ARTICLE
Évaluation
des techniques opératoires par CC
Chirurgie des voies biliaires
Il a déjà été établi que la
cholécystectomie par CC permettait une meilleure récupération
post-opératoire des patients liée à la diminution
de la douleur et de l'iléus post-opératoires par rapport
à la chirurgie ouverte (CO), à des durées d'hospitalisation
et de convalescence plus courtes, ainsi qu'un abaissement de la mortalité
post-opératoire, et de la fréquence des complications respiratoires,
et des abcès de paroi [1, 2]. La morbidité grave
a regroupé les complications traumatiques, vasculaires et viscérales
liées à la ponction abdominale nécessaire à
la réalisation du pneumopéritoine [3], et les complications
opératoires comprenant les hémorragies et les plaies des
voies biliaires, observées chez respectivement 0,3 % à 2,5
% [3, 4], et 0,3 % à 1,1 % des patients [2, 5].
Les plaies des voies biliaires étaient plus fréquentes en
début d'expérience de CC, par rapport à la CO, sans
que les études prospectives randomisées, ou comportant des
effectifs élevés de patients, n'aient montré de différence
significative [1, 2]. Les rares études prospectives randomisées,
publiées entre juin 1993 et juin 1994, et comportant des effectifs
très limités de patients, ont confirmé ces résultats,
liés à une meilleure récupération post-opératoire
des patients, et à l'absence d'augmentation de morbidité
post-opératoire après CC [6]. Le seul bénéfice
de la CO a été un temps opératoire plus court [6].
L'appariement d'effectifs importants de patients, opérés
par CC et CO, a précisé l'existence d'un abaissement de
la mortalité post-opératoire et des complications générales
après CC [7]. Une série monocentrique regroupant
un nombre de patients important, témoignant d'une grande expérience
de la CC, a montré une faible morbidité post-opératoire
avec des taux de plaies des voies biliaires et d'hémorragies de
0,4 %, et une mortalité post-opératoire de 0,01 % [8].
Témoignant d'une expérience moindre de la CC, les résultats
de séries multicentriques ont souligné la fréquence
plus élevée des complications au début de l'expérience
coeliochirurgicale [9].
La gravité des plaies des voies biliaires doit être
soulignée, car les divers moyens thérapeutiques, drainages
percutanés ou endoscopiques, et reprises chirurgicales, n'ont pas
permis d'éviter la persistance de troubles fonctionnels chez la
majorité des patients, un an après l'intervention [10].
Du fait de la validation déjà effectuée de la cholécystectomie
par CC, plus par la pratique quotidienne des chirurgiens que par des méthodes
d'évaluation rigoureuses, les publications les plus récentes
ont concerné les résultats obtenus pour des pathologies
biliaires ou des terrains particuliers, représentant des sous-groupes
pour lesquels le recours à la CC était discuté, dans
la mesure où la CC n'avait pas fait la preuve de sa supériorité
sur la CO (Tableau 1).
a. Chez le patient obèse, la CC a permis l'éviction
des complications pulmonaires et thromboemboliques, sans augmentation
de la durée opératoire, ni du taux de conversion et de complications
post-opératoires [11].
b. L'existence d'une cicatrice abdominale, secondaire à
des antécédents chirurgicaux, n'a pas augmenté la
morbidité, évaluée à 1 plaie de grêle
réalisée lors de la ponction abdominale, sur un total de
121 interventions [12] ; le recours à l'open-coelio
a permis d'éviter le risque de plaies liées à la
ponction initiale.
c. Chez les patients présentant une cholécystite,
la cholécystectomie par CC a entraîné une morbidité
post-opératoire identique à celle de la cholécystectomie
pour colique hépatique [13, 14], sans plaies des voies
biliaires, et sans mortalité post-opératoire [13].
Le taux de conversion, lié aux difficultés opératoires,
a été élevé, estimé respectivement
à 22 %, 50 % et 83 % des cas, en cas de cholécystite oedémateuse,
gangréneuse ou d'empyème : les cholécystites gangréneuses
et les empyèmes ne sont donc pas des indications de CC [14].
Le délai le plus favorable pour réaliser le traitement coeliochirurgical
de la cholécystite a été compris entre le premier
et le sixième jour suivant l'apparition des signes cliniques [13].
d. La pancréatite aiguë biliaire n'a pas été
une contre-indication à la CC, l'intervention étant réalisée
précocement, avec un délai moyen d'une semaine nécessaire
à l'amélioration de la symptomatologie clinique, mais a
entraîné des difficultés opératoires liées
à la dissection du pédicule cystique [15]. Le taux
de complications post-opératoires, ne nécessitant pas de
réintervention, a été de 25 %, et la mortalité
a été nulle [16].
e. Face à une lithiase de la voie biliaire principale,
l'attitude des équipes chirurgicales est restée hétérogène,
adoptant soit le traitement combinant une cholangiopancréatographie
rétrograde par voie endoscopique (CPRE) et une sphinctérotomie
endoscopique pré-opératoires, suivies d'une cholécystectomie
par CC [17], soit le traitement entièrement coeliochirurgical
de la lithiase biliaire [18]. Le traitement combiné a été
responsable d'une morbidité de 4,5 % sans mortalité, et
de taux de lithiase résiduelle et de sténose de la voie
biliaire principale de 2 %, estimés avec un recul post-opératoire
maximal de 3 ans [17]. Lors du traitement entièrement coeliochirurgical,
la voie initialement choisie pour extraire le calcul a été
la voie transcystique, nécessitant des conditions particulières
(calculs peu nombreux, peu volumineux, et situés en dessous de
l'abouchement du canal cystique), la vacuité de la voie biliaire
principale étant obtenue chez 35 % à 70 % des patients [18,
19]. La voie cholédocienne a permis d'extraire les calculs
plus volumineux, ou situés au-dessus de l'abouchement du cystique,
avec un taux de succès de 95 % à 100 %, la voie biliaire
principale pouvant être fermée sur un drainage externe, ou
de façon idéale sans drainage, sans morbidité post-opératoire
[18, 19]. Enfin, en l'absence de traitement coeliochirurgical
de la lithiase de la voie biliaire principale, et en l'absence de conversion,
le recours à la CPRE post-opératoire a été
nécessaire, montrant un taux de passage spontané des calculs
de 30 %, et permettant la désobstruction de la voie biliaire principale
chez 90 % à 100 % des patients [20, 21]. Pour abaisser
le taux des complications combinées des techniques endoscopique
et coeliochirurgicale, la solution d'avenir semble être de diminuer
le recours à la sphinctérotomie endoscopique pré-opératoire,
en privilégiant, soit la voie entièrement coeliochirurgicale
qui sous-entend sa maîtrise par un apprentissage sérieux
de cette méthode difficile, soit la laparotomie d'emblée,
ou par conversion devant la découverte d'une lithiase de la voie
biliaire principale sur la cholangiographie per-opératoire lors
d'une cholécystectomie par CC. Par ailleurs, il semble que l'échec
du traitement coeliochirurgical imposant la conversion ait entraîné
une morbidité supplémentaire, car les taux respectifs de
morbidité de la sphinctérotomie endoscopique pré-opératoire,
et de la CC suivie par une conversion, ont été de 1,6 %
et de 3,5 % [22]. En conclusion, seules des études prospectives
randomisées entre, d'une part, sphinctérotomie endoscopique
pré-opératoire puis cholécystectomie par CC et, d'autre
part traitement entièrement coeliochirurgical de la lithiase biliaire,
permettront de choisir la meilleure solution.
Les explorations nécessaires pour éliminer un calcul de
la voie biliaire principale, en présence d'une lithiase vésiculaire,
ont été étudiées dans plusieurs articles.
L'absence d'intérêt des explorations systématiques
a été démontrée, tant avant l'intervention
où la CPRE systématique a rarement mis en évidence
un calcul et a entraîné une morbidité de 2 % [23],
que durant l'intervention : la cholangiographie per-opératoire
systématique n'a objectivé un calcul que dans une proportion
limitée de patients comprise entre 3 % et 7 %, avec un taux de
faux positifs ou de faux négatifs de 2 %, sans abaisser le taux
de plaies des voies biliaires [24, 25]. La CPRE pré-opératoire
sélective a montré une lithiase de la voie biliaire principale
chez 60 % des patients, le taux de succès de la sphinctérotomie
endoscopique étant de 90 %, avec une morbidité de 1 % à
9 %, et une mortalité nulle [21, 26]. Sans remettre en
cause l'intérêt de la cholangiographie per-opératoire,
la comparaison avec l'échographie per-opératoire, technique
moins accessible, a montré une meilleure sensibilité de
l'échographie per-opératoire, une durée moins longue,
mais une performance identique des deux techniques pour visualiser les
anomalies des voies biliaires [27]. Le choix d'une pratique sélective
des explorations a nécessité la détermination de
scores prédictifs de lithiase de la voie biliaire principale, établis
à partir de paramètres cliniques, biologiques ou échographiques.
L'absence de signes cliniques et biologiques évoquant une lithiase,
associée à un diamètre de la voie biliaire principale
inférieur à 5 mm, a été corrélée
à l'absence de calcul cliniquement décelable avec un recul
post-opératoire de 45 mois [25]. Les facteurs prédictifs
les plus sensibles ont été l'augmentation des phosphatases
alcalines, de l'aspartate et de l'alanine transférase, et les facteurs
les plus spécifiques ont été l'augmentation échographique
du calibre de la voie biliaire, l'élévation de la bilirubinémie
et de l'amylasémie [28]. En pratique quotidienne, la cholangiographie
per-opératoire pourrait être réalisée soit
de façon systématique, soit de façon adaptée
aux difficultés opératoires, en particulier face à
un doute anatomique ou à la crainte d'une plaie des voies biliaires.
Cependant, le résultat de l'opacification n'est fiable que si la
technique de réalisation a été parfaite, avec visualisation
de l'ensemble des voies biliaires, en particulier des voies biliaires
intra-hépatiques, absence de geste de section ou de clippage ultérieur
à la réalisation des clichés.
En conclusion
a. La supériorité de la CC sur la CO pour
réaliser une cholécystectomie a été confirmée,
non par le résultat d'études comparatives importantes, mais
par le gain évident de récupération fonctionnelle
des patients opérés par CC : l'évaluation scientifique
de la technique est difficile, car trop tardif.
b. La possibilité d'élargir les indications de la
CC à des situations particulières a été démontrée
par l'innocuité de la CC chez les patients obèses, ayant
une cicatrice abdominale, ou présentant une cholécystite,
une pancréatite ou une lithiase de la voie biliaire principale,
dans la mesure où la règle de conversion immédiate
a été respectée face à des difficultés
opératoires plus fréquemment observées chez ces patients.
c. La CC de la lithiase de la voie biliaire principale reste encore
une technique peu répandue, mais pour laquelle les efforts d'apprentissage
des chirurgiens doivent se développer. En dehors des circonstances
pour lesquelles la supériorité de la sphinctérotomie
endoscopique a été démontrée, angiocholite
grave ou mauvais terrain du patient [29], la tendance actuelle
est le recours d'emblée à la chirurgie selon la méthode
maîtrisée, CC ou CO, pour éviter la sphinctérotomie
endoscopique pré-opératoire susceptible d'entraîner
le cumul des morbidités de l'endoscopie et de la chirurgie. Cette
attitude doit être confirmée par des études prospectives
randomisées entre, d'une part, sphinctérotomie endoscopique
pré-opératoire et cholécystectomie par CC, et, d'autre
part, traitement entièrement chirurgical.
Techniques en cours
de validation
Appendicectomies
Les résultats de l'appendicectomie réalisée
par CC n'ont pas permis de montrer des avantages importants de la CC par
rapport à la CO, deux études prospectives randomisées
récentes trouvant une diminution non significative de la douleur
post-opératoire et du taux d'abcès de paroi après
CC, et l'absence de modification des délais de réalimentation,
de la durée du séjour hospitalier, et des taux de complications
post-opératoires [30, 31]. La durée opératoire
est resté supérieure après CC [30, 31]. Dans
la mesure où ces résultats ont été en contradiction
avec ceux d'études randomisées réalisées précédemment,
ayant montré une diminution de la douleur post-opératoire,
de la durée du séjour hospitalier et du taux d'abcès
de paroi secondaire à la CC [32], il apparaît nécessaire
d'entreprendre des études supplémentaires, comprenant des
effectifs de patients plus élevés. Les études prospectives
non randomisées ont obtenu des résultats plus encourageants,
liés à une diminution du taux d'appendices sains enlevés,
à un abaissement des abcès de paroi et de la durée
d'hospitalisation, bien que la durée opératoire et la morbidité
minime aient été augmentées après CC [33,
34]. Les risques de la CC en début d'expérience ont
été rappelés, liés à une incidence
élevée des abcès profonds observés chez 22
% des patients [35].
Si le recours à la CC pour réaliser une appendicectomie
n'a peut-être pas permis un gain majeur en matière de morbidité
et de récupération fonctionnelle post-opératoires
(Tableau 2),
il a permis de faciliter l'intervention en cas d'appendice ectopique,
de confirmer l'existence d'une appendicite, la CC étant théoriquement
susceptible d'éviter les appendicectomies inutiles, de vérifier
l'ensemble de l'abdomen, enfin, d'obtenir un diagnostic différentiel
chez la femme.
Hernies inguinales
Les études du traitement des hernies inguinales
par CC ont été de plus en plus nombreuses, certaines d'entre
elles étant randomisées entre CC et CO [36]. Les
méthodes de cure herniaire par CC imposent le recours à
une plaque prothétique de grande dimension et située en
position pré-péritonéale. L'intervention a été
effectuée soit par voie transpéritonéale, soit par
voie prépéritonéale. L'utilisation de bouchons prothétiques
dans l'orifice inguinal a été abandonnée, du fait
d'un taux de récidive, estimé à 20 % [37].
Les publications concernant la voie transpéritonéale ont
été deux fois plus nombreuses que pour la voie pré-péritonéale,
témoignant d'une pratique plus répandue, liée à
la facilité et à la rapidité de la voie transpéritonéale,
ainsi qu'à la possibilité d'explorer l'ensemble de l'abdomen
et de diagnostiquer une hernie inguinale contro-latérale non décelable
cliniquement. La randomisation entre CC par voie transpéritonéale,
et plaque par CO, a montré un abaissement de la douleur post-opératoire
après CC, une reprise du travail plus rapide (9 jours au lieu de
17 jours en cas de cure de hernie unilatérale par CO), mais une
augmentation de la durée et du coût opératoires [36].
Une étude prospective utilisant la voie transpéritonéale
lors de la CC a confirmé la reprise plus rapide du travail après
CC, mais a montré une durée opératoire plus longue,
une incidence plus fréquente des réhospitalisations et des
récidives, entraînant un coût de la CC globalement
plus élevé qu'après mise en place d'une plaque par
CO [38]. Dans l'ensemble la voie transpéritonéale
est associée à une douleur post-opératoire peu intense,
un taux moyen de complications de 2 %, et un taux de récidives
de 0 % à 2 % avec des reculs post-opératoires compris entre
4 à 24 mois [39, 40]. Les meilleurs résultats ont
été obtenus pour les hernies larges, bilatérales
ou récidivées [40]. Quand l'indication de la CC
a été limitée à la récidive herniaire,
aucune récidive n'a été observée avec un recul
post-opératoire de 8 mois [41]. En dehors des récidives,
les complications les plus graves de la voie transpéritonéale
ont été les névralgies du nerf fémoro-cutané
et les occlusions post-opératoires liées à l'incarcération
d'une anse au niveau d'un orifice de trocart ou de l'incision péritonéale
au contact de la plaque prothétique [40]. Les moyens de
prévenir ces complications pourraient être : (a) l'emploi
d'une prothèse autodéployante ne nécessitant pas
d'agrafage et évitant les névralgies du nerf fémoro-cutané
; (b) le recours à la voie prépéritonéale
susceptible de diminuer les taux d'occlusions post-opératoires
[42, 43]. La cure herniaire par CC utilisant la voie prépéritonéale
a permis une activité complète des patients une semaine
après l'intervention, avec des taux de morbidité post-opératoire
compris entre 0 % et 5 %, sans complication infectieuse ou occlusive,
des taux de récidives de 0 % à 0,5 % avec des reculs post-opératoires
de 1 à 2 ans [42, 43]. Cependant, la conversion a été
nécessaire chez au moins 5 % des patients, du fait des difficultés
techniques plus importantes liées à la voie pré-péritonéale
[42].
En résumé, les indications de hernies inguinales
pour lesquelles la CC a apporté un bénéfice par rapport
à la CO ont été les hernies très volumineuses,
présentes chez les travailleurs de force, les hernies bilatérales,
et les récidives herniaires, pour lesquelles le bénéfice
des plaques a également été démontré.
Pour le reste des indications, la majorité des chirurgiens n'a
pas eu recours à la CC, préférant la réparation
au moyen des structures anatomiques locales à la réparation
par plaque imposée par la CC. Le choix entre voies trans- ou pré-péritonéales
ne pourra être précisé qu'après la réalisation
d'études prospectives randomisant les deux méthodes ; cependant,
la facilité technique de la voie transpéritonéale
paraît largement contrebalancée par un risque plus important
d'occlusions post-opératoires, lié aux traumatismes intra-abdominaux
secondaires au passage des instruments, et à la possibilité
d'incarcération viscérale au niveau des orifices de trocarts
ou de la fermeture péritonéale en arrière de la plaque
(Tableau 2).
Reflux gastro-oesophagien
Les publications des résultats des cures de reflux
gastro-oesophagien par CC ont été nombreuses. Pour la réalisation
de valves antireflux de Toupet ou de Nissen, comparables à celles
réalisées par CO, la morbidité après CC a
été comprise entre 12 % et 25 %, incluant des complications
graves représentées par des plaies de l'oesophage observées
chez 0,9 % à 2,8 % des patients [44, 45], des embolies
pulmonaires, des pneumothorax, et des démontages de la valve présents
pour chacun d'entre eux, chez moins de 5 % des patients [45, 46].
La mortalité a été le plus souvent nulle, estimée
à 0,6 % des patients, dans une étude multicentrique [44].
La récupération post-opératoire des patients a été
peu différente après CC et CO, du fait d'un niveau de douleur
post-opératoire identique, d'une durée d'hospitalisation
diminuée de façon inconstante par la CC, la reprise du travail
étant cependant plus rapide [44, 46]. Des troubles fonctionnels
post-opératoires ont été trouvés chez 10 %
à 50 % des patients, comprenant l'apparition de dysphagie le plus
souvent régressive, de troubles de l'éructation, ou de gastroparésie
[45, 46]. Le taux de récidive ou de persistance du reflux
gastro-oesophagien, avec un recul post-opératoire de 3 à
24 mois, a été compris entre 3 % et 8 % [44, 46].
Parallèlement à ces symptômes majeurs, mais peu fréquents,
des troubles fonctionnels mineurs, et pratiquement constants, ont été
induits par la CC, à type de satiété rapide, hyperflatulence,
odynophagie, nausées ou diarrhée, ces phénomènes
ayant déjà été observés après
CO [47]. Avec un recul post-opératoire de 3 mois, le traitement
par CC a permis de faire disparaître l'oesophagite chez 70 % des
patients, de normaliser la pHmétrie chez 95 % des patients, et
de restaurer une pression normale du sphincter inférieur de l'oesophage
chez tous les patients [46].
Le traitement coeliochirurgical du reflux gastro-oesophagien continue
de poser le problème de son évaluation rigoureuse : les
publications le montrent comme une méthode efficace et sûre,
alors que des complications gravissismes et non rares sont rapportées
oralement. Un point fondamental sera de préciser l'incidence des
plaies oesophagiennes, complication la plus grave, qui pourrait être
prévenue par le respect des règles de dissection prudente,
et le recours à la conversion immédiate en cas de difficultés
opératoires (Tableau
2). Bien que, à court terme, la proportion de patients
asymptomatiques soit voisine, il sera nécessaire d'entreprendre
des évaluations fonctionnelles, pHmétriques et manométriques
à long terme, et de préciser, en particulier, la fréquence
de la symptomatologie fonctionnelle induite par la CC en comparaison avec
la CO. Il faut cependant rappeler les avantages de la CC, liés
au bénéfice pariétal et à la diminution des
complications cardiorespiratoires, démontrés chez les patients
obèses, terrain fréquent du RGO.
Ulcère duodénal
Les publications concernant le traitement de l'ulcère
duodénal chronique par vagotomie sont restées peu nombreuses,
du fait du recours de plus en plus rare au traitement chirurgical concurrencé
par les traitements médicaux anti-sécrétoires. La
réalisation de vagotomies, quel qu'en soit le mode (vagotomie suprasélective,
vagotomie postérieure associée à une séromyotomie
gastrique antérieure manuelle ou mécanique), a été
possible par CC, entraînant un résultat fonctionnel très
satisfaisant chez 85 % des patients, et une cicatrisation de l'ulcère
chez tous les patients, le taux de récidive étant de 12
% lors de la première année post-opératoire [48].
Le traitement de la perforation de l'ulcère duodénal par
CC a confirmé son intérêt, lié à son
innocuité, et à la possibilité d'un lavage péritonéal
associé à la suture de l'ulcère [49].
Chirurgie du côlon
Bien que la CC colique ait pris un essor difficile en
raison des difficultés techniques, des résultats initiaux
décevants, et de la crainte de favoriser une prolifération
cancéreuse, les publications ont continué d'être nombreuses.
La faisabilité de la colectomie par CC a été démontrée
par une équipe de chirurgiens colorectaux ne possédant aucune
expérience de la CC, en particulier biliaire, et ayant pu réaliser
des colectomies, sans complications majeures [50]. Aucun bénéfice
de la CC n'a pu être observé, concernant la reprise des gaz
ou la durée d'hospitalisation [50]. Une étude prospective
a montré, après CC, une récupération post-opératoire
similaire, une durée d'intervention plus longue, et des taux de
complications per- et post--opératoires respectivement de 14 %
et 20 % [51]. Le problème majeur a concerné le risque
de diffusion des cellules cancéreuses. Ce risque a été
soupçonné par la fréquence des greffes néoplasiques,
en particulier au niveau des orifices d'entrée des trocarts, supérieurs
aux taux observés après CO. Le risque de greffe néoplasique
a été estimé à 1,5 % et a été
corrélé au stade de la tumeur, les greffes survenant préférentiellement
après la résection de cancers de stades C ou D de Dukes
[52].
Les résultats actuels n'ont pas mis en évidence de bénéfices
importants de la CC, tant pour la récupération fonctionnelle
post-opératoire, que pour la morbidité, qui restent à
évaluer par des études comparatives comprenant des effectifs
élevés de patients (Tableau
2). Il est possible que des améliorations techniques
du matériel optique et des moyens de suture et d'anastomose (pinces
agrafeuses automatiques, machine à coudre) puissent permettre une
amélioration des résultats. A l'exception des très
petites tumeurs ou des tumeurs déjà métastasées,
le risque de diffusion néoplasique doit faire contre-indiquer la
CC pour les cancers colorectaux, au moins durant la période nécessaire
à la découverte des mécanismes de diffusion néoplasique.
La diffusion néoplasique pourrait être liée : (a)
à la manipulation instrumentale plus agressive du côlon ;
(b) aux contrôles vasculaires premiers moins bien réalisés
; (c) à l'exposition des zones péritonéales et cutanées
avec la tumeur, évitée par l'isolement de la tumeur dans
une gaine plastique ; (d) à la présence du CO2,
peut-être vecteur de cellules néoplasiques, ce doute imposant
d'éviter le pneumopéritoine et de recourir à des
systèmes suspenseurs de la paroi abdominale.
Chirurgie hépatique
Les gestes hépatiques réalisés par
CC ont été des résections pour lésion bénigne,
et la mise à plat de kystes non parasitaires [53]. Le traitement
des kystes hépatiques uniques a été efficace, mais
les fenestrations multiples, nécessaires au traitement de la polykystose
hépatique, se sont soldées par un taux de récidive
élevé, chiffré à 60 %, et par un risque d'ascite
post-opératoire [53].
Évaluation
de la récupération post-opératoire
Conséquences respiratoires de la
CC
De très nombreuses études ont été
récemment réalisées pour comprendre les effets de
la CC sur la fonction respiratoire, au cours de l'intervention, et durant
la période post-opératoire immédiate. Durant l'intervention,
les modifications respiratoires sont dues à la présence
du pneumopéritoine et à la position du patient, pouvant
entraîner, d'une part, des modifications de la mécanique
respiratoire et, d'autre part, une réabsorption exagérée
de CO2, non compensée par une hyperventilation alvéolaire
suffisante (figure 1).
Chez le sujet sain, la CC a été à l'origine de variations
mineures des échanges gazeux per-opératoires, avec diminution
modérée, constamment progressive de la pression artérielle
d'oxygène (PaO2), et augmentation de la pression
artérielle de CO2 (PaCO2), se stabilisant
30 minutes après le début de l'insufflation [54].
La réabsorption peropératoire de CO2, liée
à la présence du pneumopéritoine, n'a pas semblé
être la cause principale de l'hypercapnie, dans la mesure où
l'accumulation de CO2 est normalement éliminée
tout au long de l'intervention par une hyperventilation alvéolaire
contrôlée par les anesthésistes, capable d'abaisser
le gradient entre la PaCO2 et la pression téléexpiratoire
de CO2, et de rétablir la normocapnie. Une étude
chez le porc a confirmé ces données en montrant que : (a)
le débit de réabsorption de CO2 cessait d'augmenter
à partir d'une pression du pneumopéritoine de 10 mmHg, restant
stable jusqu'à 25 mmHg ; (b) l'existence d'un niveau de réabsorption
maximale était expliqué par le fait que la surface de réabsorption,
représentée par la surface du péritoine, ne pouvait
dépasser une valeur seuil fixée par la distension abdominale
maximale secondaire au pneumopéritoine [56].
Cependant, des situations particulières ont été à
l'origine d'une hypercapnie secondaire à la réabsorption
du CO2, regroupant l'existence de débits de réabsorption
très élevés en cas d'insufflation extrapéritonéale
ou de brèche vasculaire, et l'impossibilité d'une hyperventilation
alvéolaire efficace. Dans ces cas, les pressions de travail respiratoire
étaient trop élevées, soit parce qu'il existait une
insuffisance respiratoire obstructive pour laquelle le respirateur ne
pouvait augmenter le volume courant en forçant les résistances
pulmonaires, soit parce que la mécanique ventilatoire était
perturbée par une pression du pneumopéritoine trop élevée,
ou une position de Trendelenburg trop marquée gênant l'expansion
pulmonaire, et augmentant l'espace mort par élévation de
la pression thoracique [55]. Dans la mesure où la réabsorption
du CO2 a été le plus souvent modérée
et compensée par une hyperventilation alvéolaire, il est
apparu que le facteur majeur de perturbation pulmonaire était représenté
par les modifications du rapport ventilation/perfusion pulmonaire [57].
Le pneumopéritoine, par son action de compression pulmonaire, a
été montré responsable, d'une part, d'une diminution
de la perfusion des bases pulmonaires à l'origine d'une augmentation
des espaces morts et, d'autre part, d'une diminution de la compliance
pulmonaire d'autant plus élevée que la pression du pneumopéritoine
était importante [54] : une pression supérieure
à 15 mmHg est corrélée à l'apparition d'un
shunt circulatoire pulmonaire lié à une diminution du
rapport ventilation/perfusion du fait de la dystélectasie des bases
; le shunt pourrait être prévenu par une augmentation
de la pression de ventilation pouvant contrebalancer la pression abdominale
[58]. L'augmentation de la pPNP à 15 mmHg comparée
à 10 mmHg n'a cependant augmenté significativement la capnie
que chez les patients insuffisants cardiaques ou obèses [59].
Les changements de position du patient sur la table d'intervention ont
majoré les effets mécaniques du pneumopéritoine,
la position de Trendelenburg accentuant la baisse de ventilation alvéolaire
[55], et la position en proclive étant à l'origine
d'une redistribution du sang vers les bases pulmonaires, responsable d'une
élévation du rapport ventilation/perfusion à l'apex,
et donc d'une augmentation des espaces morts physiologiques et alvéolaires
[60].
Parmi les facteurs prédictifs d'hypercapnie per-opératoire,
le rôle de l'insuffisance respiratoire pré-opératoire
et de l'obésité a été confirmé,
car l'hypercapnie a été plus fréquente en cas de
VEMS abaissé d'au moins 30 %, de coefficient de diffusion pulmonaire
inférieur à 80 % de la valeur normale [61], et de
surface corporelle élevée corrélée à
une capacité de réabsorption du CO2 importante
[62]. Les résultats des gaz du sang pré-opératoires,
l'âge du patient, la quantité totale de CO2 insufflée,
et la durée de l'intervention n'ont pas influencé la PaCO2
per-opératoire [61, 62]. Les règles à
respecter sont le maintien d'une pression de pneumopéritoine
inférieure à 15 mmHg, d'une inclinaison modérée
de la table d'opération, et l'éviction de durées
opératoires longues qui n'ont eu une influence péjorative
qu'en cas de pression de pneumopéritoine supérieure à
10 mmHg [59]. Dans la mesure où la PCO2 télé-expiratoire
durant l'insufflation péritonéale a été corrélée
à la valeur trouvée avant l'insufflation, la pression pré-insufflation
optimale a été estimée à 30 mmHg, permettant
de n'entraîner qu'une augmentation de la PCO2 télé-expiratoire
de 10 mmHg [63]. Les précautions anesthésiques ont
permis d'abaisser la pression abdominale au moyen des curares, et d'adapter
le volume courant à la PCO2 télé-expiratoire
[57]. L'administration d'anesthésiques locaux en situation
intrapéritonéale n'a eu aucun effet sur la fonction respiratoire
per-opératoire [64].
Durant la période post-opératoire immédiate, des
études prospectives, randomisées entre CC et CO, ont permis
de montrer que la CC était responsable d'une moindre diminution
de la capacité vitale, des débits expiratoires maximaux,
et de la saturation artérielle en oxygène, mesurées
avec un délai post-opératoire de 24 heures [65, 66].
Après CC, le délai post-opératoire nécessaire
à la récupération d'une fonction respiratoire complète
a été diminué de 4 à 10 jours, comparativement
à la CO [67]. La récupération fonctionnelle
respiratoire plus rapide a été liée à un moindre
dysfonctionnement post-opératoire du diaphragme et de la paroi
abdominale, ainsi qu'à une douleur moins intense [68].
La fonction des muscles abdominaux est réapparue immédiatement
après l'intervention, du fait de l'absence d'incision et de douleurs
importantes, et la fonction du diaphragme a été peu perturbée,
les troubles n'apparaissant qu'en cas de volumes courants élevés,
pour lesquels le diaphragme n'était pas capable d'augmenter suffisamment
la force développée par son raccourcissement actif [68].
Les perturbations post-opératoires du diaphragme ont été
liées au site opératoire, car la force contractile du diaphragme
et le volume courant ont été respectivement abaissés
de 50 % et de 30 %, 3 heures après une cholécystectomie,
alors qu'ils n'ont pas été modifiés après
une cure de hernie inguinale ; l'explication probable est que la réalisation
de la cholécystectomie s'accompagne de la stimulation d'afférences
inhibitrices sympathiques du nerf phrénique, à partir des
ganglions splanchniques, proches du site opératoire [69].
En conclusion, chez le sujet sain, la CC n'a entraîné
aucune perturbation per-opératoire de la fonction respiratoire,
et a permis une reprise ventilatoire meilleure et plus précoce
après l'intervention, à l'origine d'un abaissement des risques
d'atélectasie, témoignant d'un gain certain par rapport
à la CO [67]. L'obstruction respiratoire chronique, l'insuffisance
cardiaque et l'obésité majeure ont été des
terrains imposant une adaptation ventilatoire per-opératoire rigoureuse,
pouvant conduire à une conversion rapide, voire à la contre-indication
à la CC, bien que les bénéfices de la CC, réels
durant la période post-opératoire, imposent de mettre en
balance risques et bénéfices.
Conséquences
hémodynamiques de la CC
Les modifications hémodynamiques secondaires à
la CC sont liées : (a) aux conséquences mécaniques
du pneumopéritoine et de la position du patient sur la table, par
compression vasculaire ; (b) à la possibilité d'une hypercapnie
secondaire à la réabsorption du CO2, pouvant
entraîner une dépression myocardique, une tachycardie, ou
une diminution des résistances vasculaires systémiques à
l'origine d'une augmentation du débit cardiaque, et traduisant
les effets ß-adrénergiques du CO2 (figure
2). Le sujet sain ne présente pas d'hypercapnie,
car il se laisse imposer une hyperventilation alvéolaire par le
respirateur [54, 55], et la cause majeure des modifications hémodynamiques
survenant lors de la CC sont les troubles mécaniques secondaires
au pneumopéritoine. La réalisation d'une cholécystectomie
par CC entraîne une augmentation de la pression cave inférieure
liée à la pression du pneumopéritoine, disparaissant
à l'arrêt de l'insufflation, mais responsable d'une diminution
de la précharge durant l'intervention [70]. Le débit
cardiaque est soit inchangé [71], soit modérément
abaissé, et la tension artérielle est augmentée,
du fait d'une élévation des résistances vasculaires
systémiques ; ces phénomènes représentent
des mécanismes compensateurs de l'organisme, visant à augmenter
la post-charge et à diminuer le volume d'éjection systolique
[72]. Une étude chez le chien a confirmé l'existence
d'un abaissement du débit cardiaque et d'une augmentation de la
tension artérielle, et a précisé les effets de la
CC sur le débit splanchnique : (a) abaissement du débit
de la veine porte et de l'artère mésentérique supérieure,
disparaissant à l'exsufflation ; (b) ischémie muqueuse par
abaissement du flux pariétal, faisant recommander des épisodes
intermittents de diminution de la pression du pneumopéritoine pour
prévenir l'ischémie digestive [73]. Les perturbations
hémodynamiques étaient présentes dès le maintien
de la pression du pneumopéritoine, peu élevée à
12 mmHg [70], ont disparu après l'exsufflation, et n'ont
pas été observées chez les patients jeunes et ayant
un volume corporel minime [72]. Une étude réalisée
chez le porc a confirmé que les valeurs du débit cardiaque,
de la fréquence cardiaque et de la tension artérielle n'étaient
pas significativement différentes pour des pressions du pneumopéritoine
comprises entre 0 et 25 mmHg [56]. En revanche, la position per-opératoire
du patient accentue ou contrebalance les effets hémodynamiques
du pneumopéritoine. La position proclive entraîne une majoration
de la diminution de la pré-charge secondaire au pneumopéritoine,
sans avoir d'influence sur l'augmentation réactionnelle de la post-charge
[74], accentue la baisse du flux fémoral, sans adaptation
avec le temps, exposant à un risque embolique en cas d'intervention
longue [75]. La position de Trendelenburg, par le biais d'une
augmentation du retour veineux, entraîne une majoration du débit
cardiaque puis, par stimulation réflexe secondaire, l'apparition
d'une vasodilatation et d'une bradycardie, pouvant être délétères
chez les patients ayant des fractions d'éjection altérées.
Du fait de la diminution per-opératoire de la pré-charge,
les cardiopathies hypertensives non équilibrées restent
les seules contre-indications formelles de la CC, et l'augmentation de
la post-charge impose une extrême prudence en cas de maladie coronarienne,
d'insuffisance cardiaque congestive, de valvulopathie non équilibrée
et d'hypertension artérielle non équilibrée, représentant
des contre-indications relatives de la technique. Après l'intervention,
si la majorité des perturbations hémodynamiques per-opératoires
sont réversibles après l'exsufflation, la constitution d'une
thrombose veineuse fémorale est un risque possible, imposant sa
prévention par la mise en place de contentions élastiques
des membres inférieurs, capables de restaurer le débit veineux
fémoral [76].
Statut fonctionnel
et métabolisme
Lors de l'intervention, la libération de cytokines au
niveau des tissus opérés est à l'origine d'une réponse
hépatique inflammatoire, et d'une stimulation des voies de sécrétions
neurohormonales. Celles-ci peuvent également être directement
activées par voie splanchnique locale, médullaire ou centrale,
du fait du stress lié à l'intervention (figure
3). Les sécrétions neurohormonales, qui témoignent
des réactions de défense de l'organisme, regroupent la libération
hypothalamique d'ADH, la libération hypophysaire de prolactine,
d'ACTH et d'hormone de croissance, et la libération périphérique
de cortisol, de neuromédiateurs sympathiques et d'insuline. La
production post-opératoire de cytokines a été trouvée
identique ou moindre après CC, comme l'indique un taux d'IL6 moins
élevé après cholécystectomie, ou colectomie
réalisée par CC, que par CO [66, 77, 78]. Par voie
de conséquence, après CC, les réponses hépatiques,
inflammatoires et immunologiques, post-opératoires sont calquées
sur celles des cytokines, avec une hypersécrétion de CRP
et de facteurs immunocompétents, identique dans les 2 techniques
[66], ou une sécrétion de CRP moindre après
CC [77, 78], et l'absence de réponse immunologique, objectivée
par des taux de globules blancs inchangés, et des tests cutanés
négatifs, contrairement à l'hypersécrétion
des facteurs immunocompétents observée après CO [79].
L'augmentation de l'ADH a été inférieure après
CC comparée à la CO, et a duré moins longtemps [80].
La CC a entraîné une libération per et post-opératoire
d'ACTH, et d'hormone de croissance identique à celle de la CO [80-82],
le taux de prolactine étant trouvé identique [81],
ou inférieur exclusivement après l'intervention, montrant
la capacité de la CC à abaisser la durée du stress
opératoire, sans en modifier l'intensité [82]. L'augmentation
de la réponse hypophysaire après CC n'a pas été
confirmée ; elle était attribuée à une hyperstimulation
par des afférences vagovagales activées par le pneumopéritoine
[83]. L'élévation du cortisol a été
identique dans les 2 techniques durant l'intervention [82], et
le plus souvent après l'intervention, qu'il s'agisse d'une cholécystectomie
[77, 81], ou d'une colectomie [76] ; cependant, des études
randomisées ont montré une élévation du cortisol
identique, ou moins importante après l'intervention par CC [66,
82]. L'augmentation de l'adrénaline a été identique
lors des deux techniques, et l'augmentation de la noradrénaline
a été supérieure lors de la CC, suggérant
qu'une stimulation sympathique plus importante pouvait être due
aux effets du CO2 [80]. L'augmentation de l'insulinémie
a été inférieure après CC comparée
à la CO, mais la durée de la « convalescence »
hormonale a été identique dans les deux techniques [84].
Bien que certains résultats apparaissent contradictoires, la CC
n'a pas semblé diminuer le degré de stress opératoire
de façon importante, et si les réponses ont eu une durée
moins longue, traduisant une « convalescence » hormonale plus
courte, la réponse sympathique a été plus élevée.
En matière de récupération post-opératoire
des patients, les études prospectives randomisées entre
cholécystectomie et CC et CO ont montré un niveau de douleur
post-opératoire moindre après CC, comparée à
la CO, évalué par l'abaissement des scores analogiques visuels
et de la consommation de morphine [1]. Les facteurs prédictifs
de douleurs après CC ont été l'existence, avant l'intervention,
de douleurs, nausées, vomissements, ou ballonnement abdominal [85],
ainsi que la présence de l'insufflation ; le degré de la
douleur a été corrélé à la quantité
de gaz insufflé, probablement par le biais du refroidissement lié
au gaz, et non d'une augmentation de la pression du PNP, ou de la composition
chimique du gaz insufflé [86]. Les anesthésiques
locaux introduits par voie intrapéritonéale n'ont pas permis
d'abaisser la douleur post-opératoire [64], à l'inverse
des anesthésiques locaux injectés dans le lit vésiculaire
[87]. Les scores de fatigue, et la fatigabilité musculaire
ont été inférieurs après CC, et se sont normalisés
plus rapidement qu'après CO, sans être corrélés
au niveau de la douleur post-opératoire ou aux perturbations métaboliques
[88].
En résumé, il est possible que le degré de
stress après la CC soit peu différent de celui entraîné
par la CO ; cependant, l'existence d'une « convalescence » hormonale
plus courte pourrait expliquer la récupération post-opératoire
plus rapide des patients. Des études ultérieures comprenant
des effectifs de patients suffisants, randomisées entre CC et CO,
restent nécessaires dans la mesure où les résultats
actuels ont été obtenus à partir d'effectifs de patients
de l'ordre de la dizaine, sans randomisation entre CC et CO pour la plupart
des études.
CONCLUSION A
côté de la cholécystectomie pour laquelle le bénéfice de la CC est déjà
établi, l'appendicectomie par CC n'a fait la preuve de son intérêt que chez
la femme, les cures de hernies inguinales par CC ne sont à proposer qu'aux
patients présentant des hernies bilatérales ou récidivées, la cure de reflux
gastro-oesophagien nécessite une évaluation rigoureuse des taux de morbidité
et des résultats fonctionnels à long terme, et la colectomie prend un essor
difficile lié au risque de dissémination néoplasique semblant supérieur
à celui de la CO. Cependant, si la majorité des techniques reste encore
à évaluer, l'avènement de la CC a permis de nouvelles avancées : (a) dans
le domaine des connaissances physiopathologiques, car la présence du pneumopéritoine
a imposé d'affiner la connaissance des conséquences pulmonaires, hémodynamiques,
et métaboliques de la CC ; (b) dans le domaine technique où les essais de
robotisation ont commencé, permettant l'augmentation de la précision et
de la reproduction des gestes chirurgicaux, ainsi que le contrôle des interventions
par un chirurgien expert lors de la phase d'apprentissage de la méthode
; (c) par une réflexion générale sur la prise en charge post-opératoire
immédiate des patients qui a fait naître de nouveaux comportements chirurgicaux
comme l'indique la diminution de séjour. REFERENCES
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