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Tumeurs endocrines digestives et pancréatiques : prise en charge diagnostique


Hépato-Gastro. Volume 7, Numéro 5, 343-56, Septembre - Octobre 2000, Dossier : Les tumeurs neuroendocrines (1re partie)


Résumé  

Auteur(s) : Michel Mignon, Guillaume Cadiot et le Gresze, .

Résumé : Les tumeurs endocrines, qu’elles soient situées dans la région duodéno-pancréatique ou dans le reste du tube digestif, sont rares, ce qui fait que l’on évoque rarement leur diagnostic, sauf dans les situations caractéristiques. Cette mise au point a pour but de rappeler aux lecteurs la symptomatologie, la façon d’affirmer le diagnostic quand il est suspecté, et comment assurer le bilan initial de ces tumeurs. Nous insisterons plus particulièrement sur les principales tumeurs endocrines duodéno-pancréatiques et les tumeurs dites carcinoïdes de l’intestin. Enfin, un point particulier portera sur la démarche radiologique en fonction du type de tumeur. La prise en charge particulière des tumeurs intégrées à la néoplasie endocrinienne multiple de type I sera traitée dans les articles suivants.

Mots-clés : tumeur endocrine, tumeur carcinoïde, intestin, pancréas.

Illustrations

ARTICLE

Il s'agira ici des tumeurs endocrines du pancréas et de son annexe anatomique, le duodénum, qu'elles soient fonctionnelles ou non (TEDP), et des tumeurs carcinoïdes sérotonino-sécrétantes (TC) [1].

Les tumeurs endocrines duodénales et du pancréas

Les TEDP sont d'une grande rareté, représentant moins de 10 % de la totalité des tumeurs pancréatiques. Elles se développent, pour une partie d'entre elles, à partir des cellules endocrines normalement présentes dans les îlots de Langerhans ; d'autres TEDP cependant (gastrinome par exemple) se développent à partir de cellules disparues du pancréas endocrine quelques semaines après la naissance.

Leur prévalence est très variable. Les plus fréquentes sont les insulinomes et les gastrinomes ; viennent ensuite les VIPomes qui sont, par rapport aux insulinomes, 20 fois moins fréquents, et les glucagonomes 50 à 100 fois moins fréquents : les somatostatinomes sont des raretés.

Bien qu'elles aient des caractéristiques séméiologiques, anatomiques, pronostiques et thérapeutiques différentes (tableau 1), certains traits cliniques et démarches diagnostiques et thérapeutiques sont communs aux TEDP :

- une séméiologie typique inconstante : présente dans 1 cas sur 2 environ ;

- des anomalies biologiques, loin d'être toujours caricaturales et que détecteront, dans les cas douteux, des tests dynamiques ;

- l'intégration ou non et de façon variable dans un syndrome endocrinologique plus large : celui de néoplasie endocrine multiple de type I (NEM1) dont l'importance majeure pour la prise en charge des patients sera discutée dans le prochain chapitre ;

- des processus tumoraux de siège et de nombre variables que recherchera avec soin la riche batterie des moyens d'imagerie actuelle ;

- la nécessité d'essayer l'éradication du processus tumoral pour des raisons multiples dont la première est d'ordre carcinologique (60 % à 100 % des tumeurs sont malignes à l'exception des insulinomes) et d'ordre thérapeutique ;

- lorsque l'éradication est impossible ou incomplète, certains traitements permettent de contrôler pour un temps la maladie, en particulier les analogues de longue durée d'action de la somatostatine.

L'incidence des tumeurs non fonctionnelles serait, selon J.A. Norton, de 0,2 à 0,5 par million d'habitants aux États-Unis [2]. Cliniquement, durant toute (ou partie) de leur évolution, aucune manifestation clinique ou biologique d'hyperfonctionnement endocrine n'est apparente : 15 % des tumeurs pancréatiques endocrines seraient non fonctionnelles. La tumeur endocrine est révélée tardivement par des manifestations tumorales non spécifiques (douleurs abdominales, hémorragies gastro-intestinales), des métastases hépatiques (MH) ou lors d'explorations systématiques. Le diagnostic repose sur l'analyse histologique et histochimique de la tumeur et éventuellement sur l'analyse des granules intracellulaires en microscopie électronique. Ces tumeurs sont malignes dans 90 % des cas et généralement de siège pancréatique avec MH très fréquentes. Elles seraient aussi fréquemment inscrites dans le cadre d'une NEM1.

À l'inverse, certaines tumeurs sont très rares. Le tableau 2, emprunté à J.A. Norton, rassemble les principales caractéristiques des moins rares d'entre elles.

L'insulinome [3]

C'est la plus fréquente des TEDP. C'est le plus souvent une maladie de l'âge moyen, touchant les deux sexes également. L'insulinome est le plus souvent révélé par des manifestations d'hypoglycémie d'ordre neuropsychique d'une apparente banalité (tableau 3). Le délai séparant les premières manifestations et le diagnostic de la tumeur est souvent inférieur à un an dans 32 % des cas, compris entre 1 et 5 ans dans 43 % des cas et supérieur à 5 ans (25 % des cas). Les manifestations révélatrices, même banales, sont d'autant plus suspectes qu'elles apparaissent au réveil, à jeun, après un effort, et qu'elles régressent après injection de sérum glucosé ; il faut penser à l'hypoglycémie et faire un prélèvement sanguin pour dosages couplés de glycémie et d'insulinémie.

Toute suspicion d'hypoglycémie impose une démarche diagnostique précise afin d'éviter un diagnostic abusif sur des manifestations fonctionnelles variées et de ne pas méconnaître un syndrome hypoglycémique vrai rapporté à tort à des affections essentiellement d'ordre neuro-psychiatrique.

La première étape diagnostique consiste à doser la glycémie afin d'éliminer les fausses hypoglycémies à l'occasion de malaises fonctionnels variés, sans support biologique précis. Nous avons rappelé ailleurs les erreurs à éviter et comment les dépister [1]. L'hyperinsulinémie basale est inconstante (20 % à 25 % des cas). Les valeurs chevauchent celles observées chez les diabétiques obèses et fluctuent dans le temps. Il faut donc répéter les dosages. La sécrétion d'insuline au cours des insulinomes a tous les caractères d'une sécrétion tumorale : elle est excessive, non régulée et inachevée [3]. Les valeurs les plus élevées sont observées dans les insulinomes malins avec MH. Le caractère excessif peut aussi être attesté par différents tests de provocation : test au tolbutamide à éviter car il entraîne une libération importante d'insuline avec risque d'hypoglycémie majeure ; test au glucagon, intéressant pour contrôler la qualité de l'exérèse de la tumeur ou pour surveiller l'efficacité d'un traitement antitumoral.

L'épreuve de jeûne est fondamentale pour le diagnostic d'hypoglycémie organique. Elle doit être réalisée en milieu spécialisé et répondre à des modalités strictes [4]. Sa durée sera usuellement de 48 h, prolongée parfois à 72 h. Elle est anormale dans plus de 80 % des cas d'insulinomes à la 24e heure. L'absence de réduction de l'insulinémie endogène est spécifique de la présence d'un insulinome. La sécrétion d'insuline par les insulinomes est, fait majeur, non freinée par l'hypoglycémie induite par le jeûne : ainsi, l'insulinémie est beaucoup plus élevée que ne le veut la glycémie.

On retrouve dans de fortes proportions des précurseurs de l'insuline (pro-insuline) ou des fragments de chaîne comme le peptide C. Leur présence, en grande quantité, se rencontre essentiellement dans les tumeurs malignes. Elle constitue un élément diagnostique essentiel pour écarter les hyperinsulinismes factices. Plusieurs critères sécrétoires sont en faveur de la malignité de la tumeur : insulinémie très élevée et forte proportion de sécrétion de pro-insuline (90 %) avec élévation franche du peptide C.

Le diagnostic topographique de l'insulinome a été grandement facilité, notamment par l'échoendoscopie (EE) du pancréas pré- et peropératoire : habituellement, l'insulinome est une tumeur de siège pancréatique, unique et de petite taille.

Le gastrinome ou syndrome de Zollinger-Ellison (SZE) [5-7]

Le SZE est une maladie de l'âge moyen, plus fréquente chez l'homme que chez la femme. Son diagnostic est évoqué devant de nombreuses situations cliniques (tableau 4) ; beaucoup plus rarement aujourd'hui devant des ulcères multiples avec vomissements, diarrhée sévère, complications ulcéreuses ou postopératoires, œsophagite sévère ; actuellement, le SZE s'exprime souvent initialement par un ulcère duodénal (UD) en apparence banal ou par une diarrhée chronique isolée n'ayant pas fait sa preuve. Ces deux signes sont les plus souvent observés dans l'histoire naturelle de la maladie puisque les lésions endoscopiques du tube digestif supérieur sont présentes dans 85 % des cas et la diarrhée dans 65 % des cas. Chacun de ces symptômes peut inaugurer la maladie pendant quelques années. Parmi les lésions ulcérées, insistons sur :

- la fréquence des œsophagites érosives, sévères, circonférentielles ; elles peuvent être responsables de l'apparition rapide de sténose grave ;

- la valeur diagnostique des lésions muqueuses ulcérées au-delà du genu superius et a fortiori jéjunales.

La diarrhée est liée à l'augmentation des sécrétions digestives (gastriques, bilio-pancréatiques, duodéno-jéjunales) induites par l'hyperacidité intra-intestinale ; y contribuent aussi la maldigestion (pH intraluminal acide), la malabsorption (jéjunite) et l'accélération de la motricité intestinale.

Le SZE est, sur le plan biologique, la caricature de la maladie liée à l'hypersécrétion gastrique acide (HSGA) permanente et non régulée. Le diagnostic va reposer ainsi sur la mise en évidence de l'HSGA et d'une hypergastrinémie non régulée à l'état basal : tout débit acide basal horaire (DAB) supérieur ou égal à 10 mmol d'ions H+/h doit être considéré comme suspect ; l'étude de la concentration acide basale peut renforcer cette suspicion lorsqu'elle est supérieure à 100 mmol d'H+/l. La concentration gastrinique sérique basale (GSB) est élevée dans 80 % à 90 % des SZE (normale inférieure à 100-110 pg/ml). Cependant, des anomalies du DAB et de la GSB se rencontrent également dans d'autres maladies ulcéreuses digestives hautes comme l'UD avec hypersécrétion gastrique acide et l'œsophagite par reflux [8]. Il existe donc, dans un nombre important de SZE, un chevauchement des valeurs du DAB et de la GSB, avec celles notées dans les deux conditions évoquées ci-dessus. Le diagnostic de certitude n'est apporté que par un test dynamique, le test à la sécrétine (TS), mesurant les variations du débit acide et de la gastrinémie lors de l'administration de sécrétine naturelle pure ou de synthèse. Le TS est actuellement le plus performant et le mieux toléré des tests de provocation : on y observe en moyenne une élévation du débit acide et de la gastrinémie alors que l'effet inverse est généralement noté dans l'UD, notamment pour la sécrétion acide. Dans les conditions de réalisation de Bichat (perfusion de 3 U/kg/h de sécrétine avec étude simultanée de la gastrinémie et de la sécrétion acide [9], 97 % des SZE, parmi les 80 étudiés ayant un estomac encore non opéré, avaient au moins un critère spécifique du SZE présent. Le tableau 5 représente la sensibilité pour une spécificité de 100 % des différents critères retenus à Bichat [5].

* Importance de l'appartenance du gastrinome à une NEM1

Au cours du SZE, une NEM1 est observée dans 15 % à 60 % des cas, le chiffre de 25 % a été observé à Bichat à partir d'une population de 172 cas de SZE recensés fin 1989, dont 45 cas avec NEM1 [6]. La recherche d'une NEM1 doit être systématique. Le prochain chapitre de ce numéro indique les investigations pratiquées à l'hôpital Bichat pour reconnaître la NEM1 et les implications majeures que ce diagnostic entraîne.

Une situation très rare mais importante à signaler, différente de la NEM1, est l'observation d'un syndrome de Cushing sévère chez ces malades ; l'atteinte des corticosurrénales est en effet rarement parlante cliniquement en cas de NEM1, aussi la constatation d'un hypercorticisme sévère doit-elle faire rechercher la sécrétion de substances ACTH-like. Ces syndromes de Cushing sont généralement très graves échappant rapidement à tout contrôle thérapeutique.

* Pronostic et évolution

Avec les antagonistes des récepteurs H2 et surtout les inhibiteurs de la pompe à protons (IPP), le contrôle des symptômes (maladie ulcéreuse et diarrhée) est obtenu dans l'immense majorité des cas et la gastrectomie totale qu'accompagnait une éventuelle exérèse pancréatique est devenue exceptionnelle.

Le pronostic est dominé par l'évolution du processus tumoral lorsqu'il n'a pu être enlevé (ce qui est encore fréquent) non pas tant à cause de son évolution tumorale locale, parfois source de compression digestive veineuse porte ou cave, qu'à cause de l'essaimage métastatique, notamment hépatique. Les MH se développent habituellement sans manifestation clinique ou biologique. Elles sont aussi fréquentes (25 % à 30 % des cas) dans les SZE sporadiques que chez ceux s'inscrivant dans le cadre d'une NEM1, plus rares en revanche lorsque la localisation du gastrinome est duodénale.

Au sein des gastrinomes pancréatiques, plus la lésion tumorale est grosse, plus le risque de MH est grand, qu'il s'agisse de forme sporadique ou non de la maladie. Quant aux adénopathies régionales (25 % à 30 % des cas), associées ou non aux MH, elles n'ont, semble-t-il, pas d'incidence pronostique.

Les localisations secondaires (pulmonaires, médiastinales, osseuses), reconnues plus fréquemment aujourd'hui grâce à la scintigraphie des récepteurs à la somatostatine (Octréoscan), possèdent leur gravité propre et sont importantes à dépister avant toute entreprise chirurgicale à visée curative, notamment s'il s'agit d'une indication de transplantation qui doit alors être récusée. Les MH sont responsables de la grande majorité des décès car assez mal contrôlées par le traitement médical. Dans les SZE sporadiques, la survie à 5 ans chez ces patients se situe entre 35 % à 45 % dans les meilleures cas ; elle apparaît meilleure en cas de NEM1.

Le glucagonome [10]

Le glucagonome associe un syndrome clinique d'hypersécrétion de glucagon (manifestations cutanées en particulier) à une tumeur à cellules A ; s'y rattachent les tumeurs à cellules A avec hypersécrétion de glucagon sans symptômes cliniques. On les différenciera des tumeurs ou hyperplasies à cellules A associées aux proliférations d'autres tumeurs endocrines dans le cadre des NEM1.

L'incidence annuelle est estimée, de façon très approximative, à 0,05 à 0,5 x 106 habitants ; l'âge moyen est de 65 ans (extrêmes 19-84) et le sex ratio femme/homme est de 45/55. La revue générale de Guillausseau et Guillausseau-Scholer [10], portant sur 130 observations, et le rapport de l'AFC [in 4] permettent d'en dégager les principales manifestations. Le glucagonome ne devient symptomatique qu'après une longue période d'évolution et/ou lorsqu'il sécrète une très grande quantité d'hormones.

Les manifestations cutanées (90 %) dominent le tableau clinique.

L'érythème nécrolytique migrateur est caractéristique (figure 1) : nécrose superficielle de l'épiderme aux points de friction, de traumatisme (zones interdigitales, dos du pied, talon, périnée, siège). Il évolue en une à quatre semaines : macule érythémateuse, bulle, surface érodée, croûte ; la guérison centrale induit des figures arciformes, polycycliques, serpigineuses ; une pigmentation cicatricielle est fréquente. Cet érythème est chronique, récurrent, surinfecté, parfois prurigineux. Il peut s'accompagner d'alopécie, de dépilation pubienne et axillaire, d'une dystrophie des phanères, de conjonctivite, de glossite, stomatite, perlèche. L'atteinte cutanée, probablement en rapport avec l'hypercatabolisme azoté, précède le diagnostic de glucagonome de 6 à 8 ans en moyenne ; la réduction de l'hyperglucagonémie (octréodide ou exérèse tumorale) peut la faire régresser. Des lésions comparables ont été décrites en cas de carence en zinc, de pancréatite chronique et de maladie cœliaque.

L'amaigrissement (96 %), constant et habituellement massif, témoigne de l'hypercatabolisme induit par le glucagon mais sans valeur pronostique. Des manifestations thrombo-emboliques, dont la cause n'est pas connue, sont notées dans 25 % des cas avec risque d'embolie pulmonaire. Une diarrhée (sans malabsorption et parfois hypertrophie villositaire), des douleurs abdominales et des troubles psychiques avec parfois encéphalopathie de type carentiel sont beaucoup plus rarement observés.

Les anomalies biologiques s'expliquent en partie par l'effet du glucagon sur la glycogénolyse et la lipolyse. Elles incluent d'abord : le diabète (87 % des cas) insulino-dépendant ou non, dont la gravité n'est pas corrélée à l'importance de l'hyperglucagonémie du fait de l'association à une sécrétion d'insuline normale, voire augmentée, l'hypoprotidémie avec hypoalbuminémie < 30 g/l dans 81 % des cas et hypoamino-acidémie portant surtout sur les acides aminés glucoformateurs (alanine, glutamine), l'hypolipémie avec hypocholestérolémie et hypotriglycéridémie secondaires à la réduction de la synthèse hépatique des VLDL, l'anémie et une vitesse de sédimentation élevée ; une VS normale exclut le diagnostic ; en revanche, la zinguémie est normale.

L'hyperglucagonémie est le plus souvent évidente : la glucagonémie basale est constamment augmentée (N < 150 pg/ml). Dans une publication portant sur 58 cas, elle était supérieure à 1 000 pg/ml dans 52 des
58 cas et entre 200 et 1 000 pg/ml dans les 8 autres cas. Cependant, une hyperglucagonémie inférieure à 500 pg/ml peut être observée dans d'autres circonstances pathologiques : diabète sucré (tous les diabètes décompensés, sauf ceux consécutifs à une pancréatectomie ou à une pancréatite), déficits du catabolisme du glucagon : insuffisance rénale, insuffisance hépatique sévère, hyperglucagonémie familiale. Une hyperglucagonémie supérieure à 1 000 pg/ml n'est observée qu'au cours des cirrhoses avec anastomoses portocaves. La sécrétion tumorale est inachevée comme le prouve la forte proportion de proglucagon (environ 42 % contre 17 % dans des conditions normales) et non régulée (sécrétion non freinée par l'administration orale de glucose, augmentée par la perfusion d'arginine et paradoxalement par la sécrétine IV). L'hyperglucagonémie s'accompagne parfois de la sécrétion d'autres peptides : insuline, PP, somatostatine, ACTH, VIP, calcitonine [10].

Le glucagonome est habituellement une tumeur unique, volumineuse et le plus souvent maligne au moment du diagnostic [2]. Sa reconnaissance préopératoire est le plus souvent facile du fait de sa grande taille : l'imagerie médicale moderne pré- et peropératoire le reconnaît habituellement

Le VIPome

On regroupe sous le terme de VIPome (syndrome de Verner et Morrison, Watery diarrhea hypokaliemia achlorhydria ou encore choléra pancréatique [4, 11]) les tumeurs avec hypersécrétion de VIP, entraînant le plus souvent une diarrhée hydrique profuse, qu'elle soit de siège prancréatique ou extrapancréatique, liée alors à un ganglioneurome, un ganglioneuroblastome ou un phéochromocytome.

C'est une affection rare (un peu plus de 200 cas rapportés depuis la description princeps) et s'observe à tout âge avec un pic de fréquence autour de 45 ans. Elle semble plus fréquente chez la femme que chez l'homme. La diarrhée est liée à une hypersécrétion hydroélectrolytique de l'intestin grêle et de l'épithélium pancréatico-biliaire à laquelle s'ajoute une hypersécrétion de potassium colique (figure 2). La réabsorption de l'eau et du sodium au niveau du côlon est variable. Le VIP est considéré comme le principal médiateur responsable de l'hypersécrétion hydro-électrolytique au niveau de l'épithélium mais d'autres médiateurs ont été également incriminés (PHI, PGE et F2, PP).

L'expression clinique du VIPome est dominée par la diarrhée dont les principales caractéristiques et les conséquences métaboliques apparaissent dans le tableau 6. Les signes biologiques sont la conséquence de la diarrhée ; ils sont dominés par l'hypokaliémie et l'insuffisance rénale. L'hypersécrétion de VIP est facilement reconnue par le dosage plasmatique : les taux plasmatiques sont le plus souvent très élevés, supérieurs à 50 pmol/l. En plus d'une hypersécrétion de VIP, il est fréquent de retrouver dans le plasma ou la tumeur une élévation du taux de PP (70 % des cas), de calcitonine, de sérotonine, de gastrine, de PGE2 ou F2 et de neurotensine.

Le diagnostic topographique est le plus souvent facile aujourd'hui compte tenu de la grande taille des tumeurs. Une hépatomégalie est retrouvée dès le premier examen clinique dans 13 % des cas (MH synchrones) et une masse abdominale dans 4 % des cas.

Les localisations du VIPome sont plus fréquemment pancréatiques (84 %) : localisation plutôt caudale, unique dans 80 % à 98 % des cas, de taille supérieure à 3 cm dans 78 % des cas, et malignes dans 50 %, qu'extrapancréatiques 16 % (surtout chez l'enfant), tumeur bronchique, ganglioneurome, ganglioblastome.

Le somatostatinome [12]

Le somatostatinome est une prolifération tumorale qui se développe de façon exclusive ou prédominante à partir des cellules à somatostatine (cellules D). Il est très rare : sa définition doit être restrictive afin d'exclure tous les cas de tumeurs endocrines, où un fort contingent de cellules D est fréquemment détecté, parfois groupées en une véritable sous-population tumorale [12].

Depuis la description du premier cas en 1977, plus d'une cinquantaine d'observations ont été rapportées ; l'âge moyen du diagnostic est d'environ 50 ans ; l'homme est plus souvent touché que la femme. La description symptomatique la plus complète à ce jour est celle de Vinik et al. [13] qui, en 1987, en ont colligé 48 cas à partir de 27 localisations pancréatiques et de 21 localisations intestinales (habituellement duodénales, en particulier autour de l'ampoule vatérienne) (tableau 7).

La présence de psammona bodies est une caractéristique exclusive des localisations duodénales : les manifestations cliniques et les anomalies biologiques (augmentation caricaturale du taux de somatostatine sanguin) y sont plus rarement exprimées, la diffusion métastatique (hépatique) est plus rare. Dans cette localisation également, l'association est fréquente avec une neurofibromatose parfois même complétée d'un hyperparathyroïdisme et d'une hyperplasie de la médullaire surrénalienne [1, 4, 12, 13].

Les localisations pancréatiques sont en général situées au niveau de la tête et du corps, souvent de grosse taille avec MH et reconnues tardivement, à l'occasion soit d'un examen clinique de l'abdomen, soit d'une laparotomie qui, après examen immuno-histochimique, fait le diagnostic de la tumeur. Le diagnostic peut se faire aussi en sens inverse : évocation sur l'association diabète, lithiase vésiculaire, stéatorrhée, amaigrissement, hypochlorhydrie, dosage de la somatostatinémie et recherche de la tumeur.

La somatostatinémie est en moyenne 50 fois supérieure à la normale (normale : 0 à 50-100 pg/ml) ; son élévation est moins franche dans les localisations duodénales. Elle n'est pas spécifique et peut s'observer dans d'autres circonstances : cancer médullaire de la thyroïde, cancer du poumon à petites cellules, phénochromocytome.

Le pronostic dépend de la précocité du diagnostic et des possibilités de résection radicale de la tumeur et de sites d'extension ganglionnaire et hépatique (si limitée). Sur les 48 cas rapportés, 20 décès ont été observés dont 8 dans les 14 mois qui ont suivi le diagnostic.

Les tumeurs carcinoïdes (TC)

Ne seront abordées que les tumeurs développées à partir des cellules entéro-chromaffines de Kulchitsky-Masson (cellules EC). Leur incidence est estimée à 15 cas par million d'habitants [2]. L'âge de survenue est plus jeune en moyenne que pour les autres tumeurs endocrines. La femme est plus souvent touchée que l'homme. Quatre-vingt-dix pour cent des TC à cellules EC se développent au niveau du tube digestif (1,5 % des cancers du tube digestif). Les localisations appendiculaire, iléale et rectale sont les plus fréquentes. La structure histologique, l'activité enzymatique et la potentialité métastatique des TC à cellules EC dépendent de l'origine embryologique du siège de la tumeur primitive. Les tumeurs carcinoïdes sont habituellement de petite taille (< 2 cm), longtemps asymptomatiques. Les TC appendiculaires, rectales et gastriques sont le plus souvent découvertes à un stade précoce, asymptomatique, au cours d'une appendicectomie, d'une rectoscopie ou d'une gastroscopie respectivement. Les TC du grêle sont révélées par un syndrome tumoral ou un syndrome carcinoïde en cas de MH [14]. L'histoire naturelle des TC sérotonino-sécrétantes intestinales est illustrée par la figure 3. Le diagnostic au début est généralement celui d'un intestin irritable devant de vagues symptômes abdominaux associés à des troubles banals du transit intestinal.

Le syndrome carcinoïde témoigne de TC le plus souvent déjà évoluées et, dans 50 % des cas, déjà métastasées au foie. Dans d'autres cas, il est associé à une tumeur extradigestive qui, contrairement à une tumeur digestive non métastasée, peut déverser sa sécrétion dans la circulation systémique avant qu'elle ne soit métabolisée par le foie : tumeur bronchique ou tératome gonadique, par exemple.

Le flush est habituellement associé à la diarrhée dans 58 % des cas. Il peut apparaître spontanément ou être déclenché par l'émotion, l'exercice, l'absorption de certains aliments et surtout l'alcool ; il peut être induit par des tests provocateurs, notamment à la pentagastrine (0,6 mug/kg IV) ou l'alcool (50 % de réponse après ingestion de 10 ml d'éthanol). Le flush carcinoïde doit être distingué des flushes de la ménopause, du cancer médullaire de la thyroïde, de la neuropathie diabétique, de l'attaque de panique, de la mastocytose systémique ou en rapport avec l'effet antabuse de certains médicaments.

La diarrhée est associée au flush dans 58 % des cas, isolée dans 15 % des cas, permanente ou intermittente, d'allure motrice, peu abondante (< 1 l/j dans 60 % des cas), avec émission de selles très fréquente (> 10/j dans 45 % des cas).

La cardiopathie est observée après une longue période d'évolution dans environ un tiers des cas ; elle est la cause du décès dans 36 % des cas. Elle est liée à l'épaississement fibreux de l'endocarde du cœur droit, respectant le myocarde, le péricarde ; cliniquement, elle se manifeste par une insuffisance tricuspidienne, un rétrécissement pulmonaire et une insuffisance cardiaque droite.

Les douleurs abdominales sont liées à l'hypermotricité et parfois à un syndrome subobstructif tumoral aggravé par la fibrose adjacente du mésentère.

Parmi les autres manifestations, signalons l'instabilité tensionnelle, en particulier au moment des épisodes de flush et un bronchospasme qui peut être déclenché au moment d'une induction anesthésique ; il est amélioré par le méthysergide, aggravé par les catécholamines, et peut être prévenu par l'administration de somatostatine en IV.

L'hypersécrétion de sérotonine sera diagnostiquée sur l'élimination urinaire accrue de son métabolite, l'acide 5-hydroxy-indole acétique (5HIAA), dont le dosage doit obéir à des conditions de prélèvement. Le patient devra éviter, les jours précédents, les aliments riches en tryptophane : avocat, bananes, noix, ananas, kiwis, chocolat, crustacés, thé, café, vanille (faux positifs) ; les médicaments inhibant le métabolisme de la sérotonine : phénotiazine, alpha-méthyl-dopa (faux négatifs) ; ceux dont la présence dans les urines interfère avec le dosage fluorométrique de 5HIAA. Le recueil se fera sur 24 h dans un bocal acidifié ou conservé au réfrigérateur. L'élimination urinaire normale de 5HIAA sur 24 h est de 2 à 8 mg/24 h (10 à 15 mumol). Des valeurs supérieures à 10 mg/24 h (55 mumol) sont évocatrices ; des valeurs supérieures à 30 mg/24 h (165 mumol) sont pratiquement spécifiques. L'élévation de 5HIAA urinaire peut être intermittente. Une élimination normale sur 24 h n'exclut pas le diagnostic.

L'élévation de la sérotoninémie peut précéder l'apparition du syndrome carcinoïde et s'accompagner au début d'une excrétion normale de 5HIAA ; la sérotonine étant normalement contenue quasi exclusivement dans les plaquettes, son dosage devra se faire sur du plasma déplaquetté. Son élévation au-delà de 0,25 mg/l (142 mumol/l) est en faveur du diagnostic de tumeur carcinoïde. Sauf si franche, l'élévation de la sérotoninémie a moins de valeur diagnostique que celle des 5HIAA. Une élimination accrue urinaire de sérotonine peut être retrouvée (> 0,20 mg/24 h ou 1,14 mumol/24 h) alors que l'élimination 5HIAA est normale ou peu élevée. C'est le cas des tumeurs ne contenant pas de décarboxylase.

De nombreuses autres substances ont été retrouvées dans la tumeur ou le sang circulant des patients présentant une TC. Les plus fréquentes sont : substance P 15 %, catécholamines 10 %, prostaglandines 10 %, gastrine 10 %, histamine 8 %.

Les TC ont des spécificités cliniques en fonction de leur localisation.

Les TC de l'intestin grêle représentent 13 % à 34 % des tumeurs du grêle et 17 % à 46 % des tumeurs malignes du grêle. Elles siègent principalement au niveau de l'iléon terminal et au voisinage de la valvule ; elles sont multiples une fois sur trois. Le fait anatomique essentiel est la précocité de l'envahissement ganglionnaire, même lorsque la tumeur est de petite taille, puisqu'on l'estime à 20 % pour les tumeurs inférieures à 1 cm [14].

Le diagnostic topographique va recourir aux diverses techniques d'imagerie médicale sans oublier le transit du grêle (TG) permettant de retrouver la tumeur dans environ 50 % des cas, mise en évidence soit par un rétrécissement, soit plus souvent par la rétraction du mésentère en regard donnant une coudure caractéristique à l'anse tumorale. Le TG peut montrer aussi l'élargissement des espaces inter-anses et des signes de compression extrinsèque des anses grêles en rapport avec des adénopathies satellites métastasiques. Le pronostic de ces tumeurs, d'évolution lente mais mortelles après 15 à 20 ans, a été amélioré par les approches thérapeutiques modernes : chirurgie plus agressive, chimio-embolisation, chimiothérapie systémique des MH, toutes thérapeutiques simplifiées aujourd'hui par la possibilité, dans la majorité des cas, de contrôler le syndrome carcinoïde grâce aux analogues longue-action de la somatostatine.

Les TC du rectum sont découvertes habituellement de façon fortuite au cours d'un examen endoscopique (1/2 500 rectoscopies). Elles ne représentent environ que 1 % des tumeurs rectales. Elles sont non sécrétantes, sauf exception. Leur taille est inférieure à 0,5 cm dans plus de 70 % des cas. Elles se présentent sous la forme de petits polypes sessiles recouverts d'une muqueuse normale. Leur évolution est lente ; seules, semble-t-il, les tumeurs de plus de 2 cm sont susceptibles de métastaser. Leurs modalités d'exérèse va dépendre de leur taille et du degré d'envahissement locorégional qui préciseront au mieux l'échoendoscopie rectale et l'IRM pelvienne.

Les TC appendiculaires représentent environ 75 % des tumeurs appendiculaires ; elles sont, dans la grande majorité des cas, découvertes à l'occasion d'une appendicectomie (prévalence 0,32 % sur 34 505 appendicectomies). La conduite thérapeutique est fonction de la taille de la tumeur puisque celle-ci conditionne le risque de métastases.

Les TC coliques sont rares (0,3 % des tumeurs coliques), siégeant surtout sur le côlon droit. Leur découverte est faite généralement à un stade tardif, ce qui explique la présence de métastases dans 40 % à 60 % des cas au moment du diagnostic.

Diagnostic topographique des tumeurs endocrines digestives et pancréatiques

C'est un temps capital de l'investigation de ces malades dans la mesure où chaque fois que possible le traitement moderne vise à éradiquer le processus tumoral [2-7, 15, 16].

Nous ne nous étendrons pas sur les résultats des techniques d'imagerie conventionnelle : échographie transpariétale, scanographie et résonance magnétique nucléaire.

Ces trois examens ont une sensibilité moindre que l'échoendoscopie (EE) et l'Octréoscan® pour la détection des tumeurs endocrines primitives et métastatiques. Pour les tumeurs pancréatiques de moins de 1 cm, leur sensibilité est proche de 0 % ; pour celles mesurant entre 1 et 3 cm, elle varie de 15 % à 30 % et pour les tumeurs de plus de 3 cm, elle est de 95 % [17, 18]. La TDM spiralée a probablement une sensibilité bien meilleure, mais elle n'a pas encore été évaluée correctement dans le domaine des tumeurs endocrines. Il est possible qu'en raison du caractère très vascularisé des tumeurs endocrines, la TDM spiralée puisse détecter de très petites tumeurs. La TDM spiralée a théoriquement l'intérêt de faire un examen total de l'abdomen. Toutefois, elle n'est performante que quand elle est centrée sur un organe unique à étudier. Une spirale large d'une TDM abdominale ne pourra pas détecter une petite tumeur pancréatique ne s'opacifiant que très brièvement. Cela est également valable pour l'examen du foie. L'échographie-Doppler n'a pas encore été évaluée correctement dans le domaine des tumeurs endocrines pancréatiques.

L'IRM est actuellement l'examen d'imagerie standard de référence pour la recherche de métastases hépatiques, mais sa sensibilité est inférieure (71 %) à celle de l'Octréoscan® [18].

Cette imagerie conventionnelle a laissé la place aujourd'hui à deux techniques complémentaires remarquables : l'EE et l'Octréoscan®.

L'échoendoscopie

Dans des mains expérimentées, l'échoendoscopie est un des examens de référence pour visualiser et localiser les TEDP. Sa sensibilité pour la détection des tumeurs pancréatiques varie de 75 % (pour les petites tumeurs) à presque 100 % (tableau 8) [19-21]. Sa spécificité est proche de 100 % dans un contexte de tumeur endocrine. Les petites tumeurs isoéchogènes au pancréas sont très difficiles à visualiser. Les principales limites de l'échoendoscopie concernent les gastrinomes duodénaux pour lesquels sa sensibilité est d'environ 50-55 % (celle de l'endoscopie est de 38 % à 40 %) et les adénopathies péripancréatiques avec une sensibilité de 55 % à 63 % (figure 4) [19, 22]. Néanmoins, le temps passé et l'expérience de l'opérateur sont des facteurs déterminants de réussite. Il existe des limites d'ordre technique (gastrectomie totale ou partielle) et général (anesthésie). Les complications sont exceptionnelles.

L'Octréoscan®

L'Octréoscan® permet de visualiser les tumeurs ayant des récepteurs de la somatostatine fixant l'octréotide [18, 23]. La plupart des TEDP, mais moins fréquemment les insulinomes, ont des récepteurs de la somatostatine permettant leur visualisation par l'Octréoscan®. Par rapport aux autres techniques d'imagerie, un des intérêts de l'Octréo-scan® est de faire un bilan d'extension générale de la maladie, en particulier de rechercher des métastases hépatiques ou extra-abdominales ou des associations tumorales en cas de NEM1 (figures 5 et 6). La sensibilité de l'Octréoscan® dépend beaucoup de la taille tumorale, bien que de très petites tumeurs (3-5 mm) puissent être visualisées. Elle est élevée pour les tumeurs pancréatiques (90 % pour les tumeurs de plus de 2 cm, 60 % pour les tumeurs plus petites), plus basse pour les gastrinomes duodénaux et ganglionnaires (58 %) en raison de leur petite taille (tableau 8) [22]. Dans ce cas, la sensibilité de l'échoendoscopie est également faible (58 %) et l'association échoendoscopie et Octréoscan® permet de détecter 90 % des gastrinomes de petite taille. L'Octréoscan® est l'examen ayant la plus forte sensibilité (> 90 %) pour la détection des métastases hépatiques [18, 24]. Il est maintenant démontré que l'Octréoscan® modifie la prise en charge des malades atteints de TEDP [24-26]. Dans le SZE, l'Octréoscan® apporte des informations ayant une influence sur la prise en charge chez 17 % à 60 % des malades, en fonction de l'existence ou non d'une NEM1 et de métastases hépatiques [25, 26]. Il doit donc être réalisé systématiquement, soit dans le cadre du bilan initial, soit avant une décision thérapeutique importante ou devant une modification de l'état clinique. Ses limites sont l'absence de visualisation des tumeurs ne contenant pas de récepteurs de la somatostatine fixant l'octréotide et les difficultés à localiser avec précision une tumeur, en particulier dans la région duodéno-pancréatique. Néanmoins, les images obtenues en Octréoscan® et en TDM peuvent être superposées, ce qui améliore considérablement la précision de la localisation des foyers scintigraphiques. De plus, la relecture des clichés de TDM après l'Octréoscan® révélant des foyers d'hyperfixation permet souvent de retrouver des tumeurs initialement non vues. La spécificité de l'Octréoscan® est excellente dans le contexte précis d'un malade atteint d'une tumeur endocrine, à partir du moment où on évite les situations dans lesquelles on peut rencontrer des faux positifs (période postopératoire précoce, infection évolutive, lymphome). En revanche, en dehors d'un contexte connu de tumeur endocrine, l'Octréoscan® ne doit pas être fait dans le but d'affirmer la nature endocrine des tumeurs. En effet, d'autres pathologies, tumorales ou non, sont associées à la présence de récepteurs de la somatostatine et peuvent être visualisées en Octréoscan®. Néanmoins, la grande majorité des adénocarcinomes pancréatiques n'est pas visualisée en Octréoscan® [27]. L'existence d'un foyer d'hyperfixation pancréatique est donc très en faveur de sa nature endocrine [27].

Stratégie d'utilisation des techniques d'imagerie

Malheureusement aucune technique d'imagerie ne permet à elle seule de répondre à toutes les questions que se posent les cliniciens, ce qui nécessite souvent de multiplier les examens pour un bénéfice probablement faible pour la majorité des malades et une augmentation considérable des coûts. L'Octréoscan® est certainement l'examen de première intention [18, 28, 29]. S'il n'y a pas de foyer d'hyperfixation hépatique, le risque de méconnaître des métastases hépatiques est suffisamment faible pour éviter la réalisation d'autres explorations hépatiques dans la plupart des situations. Pour la détection des tumeurs duodéno-pancréatiques, l'échoendoscopie et surtout l'association échoendoscopie-Octréoscan® sont les examens de référence. Néanmoins, comment visualiser les surrénales en cas de suspicion de NEM1 si ce n'est en faisant un TDM... En fait, l'expérience montre que tous ces malades ont, avant d'être adressés à des centres de référence, une voire plusieurs échographies et tomodensitométries.

Schématiquement, la démarche diagnostique morphologique des TEDP peut être envisagée dans quatre circonstances : 1) en cas de syndrome hormonal évoquant une tumeur fonctionnelle ; 2) en cas de métastases hépatiques dont la nature endocrine a été prouvée histologiquement ; 3) devant la découverte fortuite en imagerie d'une tumeur du pancréas en dehors d'un contexte de tumeur endocrine ou de NEM1 et 4) dans le cadre du bilan d'un malade atteint d'une NEM1.

Situation clinique évoquant une tumeur fonctionnelle

En cas de syndrome évoquant une tumeur fonctionnelle, l'étape essentielle qui doit précéder la recherche des tumeurs en imagerie est la confirmation biologique de la tumeur fonctionnelle. En effet, les TEDP sont rares, leurs symptômes sont souvent non spécifiques et les examens morphologiques sont chers et parfois invasifs. Enfin, la plupart des examens d'imagerie ne font que montrer des tumeurs sans apporter la preuve de leur nature endocrine. Les attitudes proposées pour l'insulinome et les autres TEDP sont schématisées dans les figures 7 et 8.

* Insulinome

En l'absence de NEM1 et de métastases hépatiques, le seul examen préopératoire nécessaire est l'échoendoscopie qui permet de dépister et de localiser l'insulinome dans plus de 90 % des cas si l'opérateur est expérimenté [30]. Si l'échoendoscopie est négative, il paraît préférable de la refaire par un opérateur « encore plus expérimenté » avant de doser l'insuline dans les veines pancréatiques, ou dans les veines sus-hépatiques après injection de calcium [31, 32]. Étant donné que les chirurgiens expérimentés, aidés de l'échoendoscopie préopératoire et de l'échographie peropératoire et après un décollement duodéno-pancréatique le plus complet possible, trouvent la plupart des tumeurs, les techniques angiographiques ne sont plus réservées qu'à des situations exceptionnelles, d'autant plus qu'elles sont la source d'une morbidité propre et doivent être faites par des opérateurs très expérimentés.

En cas de NEM1, compte tenu de la multiplicité des tumeurs, l'imagerie ne permet pas de savoir laquelle ou lesquelles correspondent aux insulinomes. Il pourrait rester ici une place pour les techniques angiographiques avec dosages veineux étagés d'insuline.

* Syndrome de Zollinger-Ellison

Les métastases hépatiques peuvent être éliminées en l'absence de foyers hépatiques en Octréoscan®. En l'absence de NEM1, la localisation de la tumeur primitive, le plus souvent duodénale et/ou ganglionnaire, repose sur l'endoscopie, l'échoendoscopie et l'Octréoscan®. Un examen par TDM est néanmoins indispensable pour visualiser les surrénales dans le cadre du bilan à la recherche d'une NEM1. Les techniques angiographiques avec dosage de la gastrine sont abandonnées en France, mais restent pratiquées dans les pays dans lesquels l'échoendoscopie n'est pas disponible sauf, peut-être, en cas d'insulinome associé. La chirurgie, si elle est réalisée, doit comprendre une exploration duodénale endoscopique peropératoire avec transillumination et une échographie peropératoire. En cas de NEM1, l'Octréoscan® est indispensable, car, dans 20 % des cas, il dépiste des lésions thoraciques [25]. Compte tenu des indications actuelles de la chirurgie chez les malades avec SZE sporadiques et, de façon plus controversée dans les SZE avec NEM1, basées en particulier sur la taille tumorale ou sur des critères d'évolutivité des tumeurs, des examens morphologiques permettant de bien localiser et mesurer les tumeurs sont indispensables, essentiellement l'échoendoscopie. En effet, bien qu'il semble que la résection chirurgicale des tumeurs de grande taille n'empêche pas toujours l'apparition ultérieure des métastases, notamment dans les SZE-NEM1 [33], les tumeurs de plus 3 cm sont généralement opérées. Pour les tumeurs de plus petite taille, la logique est de réserver la chirurgie à celles dont la taille augmente. Cette attitude n'est néanmoins pas validée. Elle nécessite une estimation précise et reproductible de la taille tumorale, que seule l'échoendoscopie est capable de donner.

Métastase hépatiques de nature endocrine

Il s'agit d'une situation qui n'est pas rare. La prise en charge médicale (chimiothérapie), voire chirurgicale, des métastases hépatiques endocrines dépend du degré de différenciation mais aussi de la nature de la tumeur primitive, ce qui nécessite de la localiser. Les principales tumeurs responsables de métastases hépatiques sont les TEDP, les tumeurs endocrines du tube digestif et les tumeurs endocrines thymiques et bronchiques. Bien qu'il n'ait pas été étudié spécifiquement dans cette indication, l'Octréoscan® est l'examen de base permettant de débrouiller la situation et d'orienter les autres examens morphologiques. L'échoendoscopie est néanmoins indispensable pour s'assurer de l'existence ou non d'une tumeur pancréatique.

Découverte fortuite d'une tumeur pancréatique en imagerie en dehors d'un contexte de tumeur endocrine ou de NEM1

Il s'agit d'une situation de plus en plus fréquente liée d'une part à l'amélioration de la sensibilité des techniques d'imagerie et, d'autre part, à leur utilisation de plus en plus large. Malheureusement, la conduite à tenir dans cette situation n'a pas encore été évaluée. Le problème, chez un malade asymptomatique, est de ne pas passer à côté d'un petit adénocarcinome pancréatique qui serait curable. Pour cette raison, des investigations complémentaires pouvant aller jusqu'à la chirurgie sont nécessaires. La base de ces investigations est la biopsie (sous échoendoscopie si besoin) et l'Octréoscan®.

Recherches d'une TEDP chez un malade avec NEM1 en l'absence de syndrome hormonal

Dans cette situation, l'indication des examens morphologiques dépend de l'attitude ultérieure, essentiellement surveillance ou chirurgie. Cette attitude n'est pas consensuelle. Le Genem (Groupe d'étude des néoplasies endocriniennes multiples) a fait des recommandations sur le dépistage et le suivi des TEDP chez les sujets de plus de 18 ans atteints de NEM1 [34] (cf. article de G. Cadiot à paraître dans Hépato-Gastro). Le dépistage repose sur la biologie et l'échoendoscopie.

CONCLUSION

Quoique rares, les tumeurs endocrines digestives représentent un groupe d'entités cliniques fascinant dans la mesure où elles produisent souvent des syndromes cliniques bien définis liés à la production excessive d'une ou de plusieurs hormone(s) naturelle(s).

Grâce aux formidables progrès de la connaissance de ces maladies et à leur diagnostic plus précoce, elles apparaissent plus fréquentes qu'il n'y paraissait et deviennent ainsi des préoccupations réelles de nombreux hépato-gastroentérologues qui ne doivent plus les considérer comme des raretés pour ultra-spécialistes.

C'est dans le domaine des techniques de détection du(des) processus tumoral(aux) que les moyens médicaux ont progressé le plus récemment, permettant chaque fois que possible et utile d'agir sur le processus néoplasique lui-même et non seulement sur ses symptômes périphériques.

Comme modèles physiopathologiques, ces tumeurs représentent aussi des instruments de connaissance dans le domaine des essais thérapeutiques. Leur évolution naturelle lente autorise les plus grandes audaces thérapeutiques - et leur évaluation -, non seulement chirurgicales, quand indiquées à bon escient, mais aussi chimiothérapiques (systémiques et/ou in situ), immunomodulatrices, ou encore hormonales (somatostatine longue action) seules ou combinées. L'irradiation interne par de fortes doses d'indium, d'ytrium ou d'autres isotopes à venir, associée à la somatostatine, représente aussi un outil thérapeutique en développement, apparemment prometteur [35].

REFERENCES

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