ARTICLE
Auteur(s) : Jean-Yves Py
EFS Centre-Atlantique – Site d'Orléans, 14 avenue
de l'Hôpital, 45072 Orléans Cedex 2
L'hémovigilance est un concept qui a été créé en France par la
Loi du 4 janvier 1993 [1]. Jusqu'alors, tous les acteurs de la
transfusion sanguine avaient une conscience élevée, mais assez
empirique, de la sécurité transfusionnelle. L'irruption du sida au
début des années 1980 en avait montré les limites. C'est un
peu comme si nous avions construit une ligne Maginot face aux
risques immunologiques, sans réaliser que la menace résidait aussi
dans les risques infectieux et allait nous contourner. Au-delà de
la réponse à la crise de société suscitée par l'affaire du sang
contaminé, cette création de l'hémovigilance marquait aussi la
volonté de disposer d'une organisation plus professionnelle, et
surtout plus proactive, pour la sécurité transfusionnelle.
Le décret du 24 janvier 1994 [2] a mis en place
l'organisation de l'hémovigilance en France. D'autres textes
officiels sont venus ensuite amender cette organisation, mais sans
jamais en remettre en cause la finalité ni les grands principes.
Parallèlement, des concepts plus ou moins similaires ont été créés
dans d'autres pays, notamment européens. Partout, leur apport a été
tel que la Commission européenne a tout naturellement introduit
l'hémovigilance dans les obligations de base des pays membres avec
la directive 2002/98/CE [3]. Elle a ensuite précisé ces obligations
dans la directive 2005/61/CE [4], qui a été transposée en France
dans la décision du 6 novembre 2006 [5].
Définition de l'hémovigilance
La définition actuelle de l'hémovigilance est celle de l'article L.
1221-13 du Code de la santé publique [6] :
« L'hémovigilance a pour objet l'ensemble des procédures de
surveillance et d'évaluation des incidents, ainsi que des effets
indésirables survenant chez les donneurs ou les receveurs de
produits sanguins labiles. Elle porte sur l'ensemble de la chaîne
transfusionnelle allant de la collecte des produits sanguins
labiles jusqu'au suivi des receveurs. L'hémovigilance comprend
également le suivi épidémiologique des donneurs. »
Il est essentiel de constater que l'hémovigilance est toujours
au moins « binaire » :
- – c'est avant tout un processus de surveillance, mais
l'adjonction d'une mission d'évaluation en change singulièrement
les objectifs ;
- – concernant la cible finale du processus, il ne s'agit
pas seulement des receveurs de produits sanguins labiles (PSL), qui
ont historiquement été sa première préoccupation, mais aussi des
donneurs de sang ;
- – concernant les événements surveillés, il y a eu aussi
une évolution historique qui a tout d'abord pris en compte les
effets indésirables avant d'inclure aussi les incidents.
Sur ce dernier point, un rappel des définitions est essentiel
:
- – effet indésirable : réaction nocive survenue chez les
donneurs et liée ou susceptible d'être liée aux prélèvements de
sang, ou survenue chez les receveurs et liée ou susceptible d'être
liée à l'administration d'un PSL ;
- – incident : incident lié aux prélèvements de sang, à la
qualification biologique du don, à la préparation, à la
conservation, à la distribution, à la délivrance ou à l'utilisation
de PSL, dû à un accident ou une erreur, susceptible d'affecter la
sécurité ou la qualité de ce produit et d'entraîner des effets
indésirables ;
- – au début, l'hémovigilance n'englobait pas vraiment ce
deuxième aspect et les effets indésirables chez le receveur
s'appelaient alors des « incidents transfusionnels », vocable qui
survit encore parfois et qu'il convient de proscrire pour éviter
toute confusion.
Le seul élément de la définition de l'hémovigilance à ne pas
être binaire se rapporte à son champ d'action : l'intégralité de la
chaîne transfusionnelle, de la collecte des donneurs de sang,
incluant leur suivi épidémiologique, jusqu'au suivi des receveurs.
Au demeurant, on pourrait retrouver ici une certaine binarité si on
étend le processus au-delà des seuls PSL vers les autres éléments
du sang, dans le champ de la biovigilance. Certains pays font le
choix de fusionner les deux processus en un seul.
Organisation de l'hémovigilance
L'hémovigilance dispose de l'organisation la plus complète parmi
l'ensemble des vigilances. Son histoire n'est bien entendu pas
étrangère à cet état de fait. Elle est organisée en niveaux, au
sein desquels elle a un impact sur l'ensemble des acteurs concernés
:
- – au niveau national, on va trouver :
- ● l'Agence française de sécurité sanitaire et des
produits de santé (Afssaps) qui en assure la mise en œuvre, au même
titre que celle de la plupart des autres vigilances ;
- ● la Commission nationale d'hémovigilance (CNH) qui
siège auprès de l'Afssaps et anime la vie du réseau et son
évolution, en s'appuyant sur un ensemble de groupes de travail
généralistes ou spécifiques ;
- ● les opérateurs de la transfusion sanguine :
Établissement français du sang (EFS) et Centre de transfusion
sanguine des armées, auxquels il convient d'ajouter le Laboratoire
français du fractionnement et des biotechnologies, qui se raccroche
à l'hémovigilance du fait du plasma, matière première issue des
dons ;
- – au niveau régional, on va trouver :
- ● les coordonnateurs régionaux d'hémovigilance (CRH),
placés auprès des Directions régionales de l'action sanitaire et
sociale, qui vont relayer les décisions nationales sur le terrain,
principalement au niveau des établissements de soins (ES), et
organiser et surveiller le recueil des données de l'hémovigilance
;
- ● les correspondants d'hémovigilance des EFS régionaux,
qui vont assurer les mêmes missions au sein de leur EFS, et
garantir avec les CRH le bon fonctionnement du réseau local ;
- – au niveau local, on va trouver :
- ● le correspondant d'hémovigilance de l'ES, vers lequel
vont converger les notifications des événements indésirables et qui
en assurera le traitement et la déclaration ;
- ● le correspondant d'hémovigilance du site de l'EFS qui,
sous l'autorité du correspondant d'hémovigilance de l'EFS régional,
va être l'interlocuteur du correspondant de l'ES et réaliser les
mêmes tâches ;
- ● le Comité de sécurité transfusionnelle et
d'hémovigilance (CSTH), ou sa version « sous-commission » de la
Commission médicale d'établissement pour les ES publics, qui va
réunir les hémovigilants locaux et les professionnels de santé
concernés par l'acte transfusionnel, en présence du CRH le plus
souvent, pour contribuer localement à l'évaluation des données de
surveillance issues de l'hémovigilance.
Bien que ne faisant pas partie du réseau d'hémovigilance à
proprement parler, il ne faut pas oublier les professionnels de
santé qui ont l'obligation de notifier les événements indésirables
survenus dans un contexte de transfusion sanguine auprès du réseau
local d'hémovigilance. Au-delà de ce rôle direct, ils interviennent
aussi dans le CSTH.
Il n'est pas non plus absurde d'évoquer les patients eux-mêmes,
qui sont présents dans la CNH et à l'Afssaps, et qui sont sans
doute appelés à devenir parfois le premier maillon de la chaîne en
notifiant les événements indésirables dont ils seraient victimes.
Un fonctionnement en routine de ce type existe déjà en
pharmacovigilance.
Un sous-processus « rétrospectif » : la gestion
des effets indésirables survenus chez les receveurs
(EIR)
Les étapes de ce sous-processus sont les suivantes :
- – le fait générateur est l'observation par un
professionnel de santé de signes cliniques et/ou biologiques chez
un receveur de PSL, susceptibles d'être liés à la transfusion de
ceux-ci ;
- – cette observation va être notifiée à un hémovigilant,
celui de l'ES le plus souvent, et parfois celui de l'établissement
de transfusion sanguine (ETS) ;
- – les hémovigilants de l'ES et de l'ETS vont conduire
une enquête à l'issue de laquelle, si les PSL transfusés peuvent
être en cause, ils déclareront l'EIR au sein du réseau national
d'hémovigilance ;
- – la déclaration sera validée et rentrera dans une base
nationale des EIR destinée à leur évaluation.
Cette évaluation est d'abord épidémiologique. Elle consiste à
compter les faits générateurs et à les rapporter à un dénominateur
qui va être l'ensemble des actes transfusionnels. Le besoin
d'exactitude du dénominateur a tout naturellement conduit à un lien
fort entre l'hémovigilance et certains aspects de l'acte
transfusionnel :
- – la traçabilité de la transfusion, c'est-à-dire la
tâche qui consiste à enregistrer positivement le lien entre un PSL
transfusé et le patient auquel il a été transfusé ;
- – les échanges de données informatisés (EDI) entre l'ES
et l'ETS permettant d'automatiser et de sécuriser cette traçabilité
;
- – la gestion du fichier des receveurs de PSL ;
- – tous ces aspects relèvent du processus de distribution
des PSL pour l'ETS et de l'acte transfusionnel pour les ES, mais
leur intrication avec l'hémovigilance a conduit celle-ci à y
participer activement et à en prendre souvent la gestion.
La France a fait le choix de surveiller l'épidémiologie de
l'ensemble des faits générateurs. Les professionnels de santé
sont tenus de notifier tout EIR, de toute nature et de toute
gravité. Une majorité de pays ayant une organisation
transfusionnelle comparable à la nôtre a choisi de ne gérer que les
EIR graves, avec parfois des particularismes locaux. Devant cette
hétérogénéité, la Commission européenne a logiquement estimé que le
socle commun, réclamé à tous les pays membres, ne pouvait être que
les EIR graves.
Au-delà de la tendance habituelle à « l'exception française »,
il est raisonnable de penser que l'exhaustivité de la déclaration
est une garantie pour être sûr de capter les événements graves et
de limiter leur sous-déclaration.
Cette évaluation est ensuite physiopathologique. Elle vise à
tenter de comprendre les mécanismes des EIR pour y rattacher les
événements recueillis. Cela suppose l'élaboration de protocoles
d'étude destinés à identifier les critères cliniques et/ou
biologiques qui vont permettre ce rattachement. Au vu des résultats
de ces enquêtes, il appartiendra aux hémovigilants
d'établir deux éléments de nature différente :
- – une hypothèse diagnostique avec son degré de
certitude, voire parfois plusieurs hypothèses qui pourront être
comparées entre elles ;
- – un degré d'imputabilité de l'EIR aux PSL transfusés,
afin de ne pas attribuer à la transfusion des événements qui ne lui
sont pas liés mais qui sont juste survenus avec une certaine
concordance de temps.
L'hémovigilance est aujourd'hui une discipline qui réclame de
plus en plus d'ouverture vers les sciences fondamentales et
appliquées d'une part, et vers les disciplines cliniques, d'autre
part. En retour, elle les alimente avec son recueil d'observations.
Que ce soit à un niveau local avec les CSTH ou au niveau des
groupes d'experts nationaux, c'est la multidisciplinarité qui lui
permet d'être plus qu'une simple activité de surveillance.
Cette évaluation est enfin prophylactique. Par nature, un
processus de surveillance doit être continu. Il est donc à
même de voir évoluer l'incidence d'un événement connu ou de
détecter l'arrivée d'un nouveau phénomène. Dans le premier cas,
l'ambition finale de l'hémovigilance est d'aider à mettre en œuvre
les stratégies de réduction ou de disparition de cet événement,
surtout s'il est potentiellement grave pour le patient et/ou s'il
est évitable. Dans le deuxième cas, l'apport de l'hémovigilance va
être dans la précocité de l'identification du phénomène, afin
d'aider dans la mesure du possible à le circonscrire.
L'hémovigilance concourt sans ambiguïté à l'amélioration du
service rendu au malade qui constitue le défi permanent du monde de
la santé. Au-delà du lien étroit avec les équipes de soins évoqué
ci-dessus, elle doit donc être aussi reliée au réseau définissant
les politiques de santé. Historiquement, un lien particulier s'est
tissé entre la « politique » et la transfusion sanguine, sous l'œil
toujours vigilant des médias et de la population. La création
de l'hémovigilance est une conséquence directe de ce lien. Elle se
doit donc de faire la preuve de sa valeur ajoutée.
Pour compléter le tableau, il convient d'ajouter que cette
évaluation peut parfois être aussi médico-légale.
Des événements indésirables subis par un receveur sont
toujours susceptibles de donner lieu à une demande de réparation de
préjudices de sa part ou de ses ayants droit. L'enquête
d'hémovigilance devient alors un support essentiel du processus
d'expertise qui conduira à définir le lien de causalité avec la
transfusion.
Un sous-processus « prospectif » : la gestion
des incidents graves de la chaîne transfusionnelle
(IGCT)
Face à ce sous-processus récemment introduit en hémovigilance [7],
un retour préliminaire vers la définition s'impose :
- – l'ensemble de la chaîne transfusionnelle, depuis le
prélèvement, est concerné, dès lors que le fait générateur peut
affecter le produit sanguin qui est appelé à être transfusé à un
receveur ;
- – les faits générateurs survenus lors des étapes aval de
cette chaîne, à l'occasion de l'acte transfusionnel pris au sens
large (de la prescription jusqu'à la surveillance du receveur), ne
sont qu'une partie des événements couverts par ce sous-processus
;
- – les faits générateurs peuvent donc survenir autant à
l'ES qu'à l'ETS.
De même, il est essentiel de réaliser qu'il existe
fondamentalement dans ce sous-processus trois catégories
d'événements selon que la transfusion « à risque » a eu lieu ou pas
et qu'elle a entraîné un EIR chez le receveur ou pas :
- – la découverte de l'incident peut avoir eu lieu avant
que le produit à risque n'ait été transfusé (ce cas est désigné
sous le terme de « near-miss » plutôt que « incident » dans une
classification internationale [8]) ;
- – la découverte de l'incident peut avoir lieu après que
le produit à risque ait été transfusé, sans que le receveur ne
fasse un effet indésirable malgré le fait que cette éventualité
était possible (ce cas correspond au terme « incident » de la
classification internationale évoquée ci-dessus) ;
- – la découverte d'un incident concernant un produit
transfusé peut apparaître dans l'enquête d'hémovigilance qui suit
un EIR chez le receveur.
Les étapes de ce sous-processus sont les suivantes :
- – le fait générateur est l'observation par un
professionnel de santé d'un accident ou d'une erreur susceptible
d'affecter la sécurité ou la qualité d'un produit sanguin et
d'entraîner des effets indésirables ;
- – cette observation va être notifiée à l'hémovigilant en
charge du lieu de découverte de ce fait générateur ;
- – si le lieu de survenue de l'incident est le même que
son lieu de découverte, l'hémovigilant alerté va conduire une
enquête à l'issue de laquelle, si l'incident est « grave » au sens
qu'il a conduit ou aurait pu conduire à un EIR grave, il déclarera
l'IGCT au sein du réseau national d'hémovigilance ;
- – si le lieu de survenue de l'incident est différent de
son lieu de découverte, l'hémovigilant alerté se rapprochera de
l'hémovigilant en charge du lieu d'origine de l'incident et ils
conduiront ensemble une enquête à l'issue de laquelle ils
déclareront l'IGCT au sein du réseau national d'hémovigilance, s'il
remplit le critère de gravité ;
- – la déclaration sera validée et rentrera dans une base
nationale des IGCT destinée à leur évaluation.
Ici encore, le premier objectif de l'évaluation est
épidémiologique. Une différence notable par rapport aux EIR réside
dans le fait que le législateur a fait le choix de n'imposer que la
déclaration des incidents graves, retrouvant ainsi une cohérence
avec les exigences européennes.
L'évaluation épidémiologique des EIR renvoyait naturellement
vers le suivi quantitatif des PSL et des patients transfusés,
auquel l'hémovigilance se trouvait de fait associée. Dans le même
esprit, un courant fort existe pour intégrer dans l'hémovigilance «
préventive » du receveur la surveillance du bon usage des PSL. Une
bonne partie des incidents de deuxième catégorie (le produit a été
transfusé sans EIR, mais pouvait en provoquer un) correspond à des
transfusions de PSL inappropriés. Cette position a donc un sens
certain, même si cette surveillance relève au moins autant du
service de Distribution de l'ETS et de l'unité de soins de
l'ES.
L'évaluation physiopathologique n'a pas de sens ici, et elle
doit être remplacée par une démarche d'analyse des causes. Elle va
consister à identifier les différentes raisons de l'incident : liée
au personnel, au matériel, à la méthode, à l'organisation, etc.
On voit poindre ici le lien naturel et désormais croissant que
l'hémovigilance a noué avec la gestion des risques, à laquelle elle
va emprunter ses méthodes de travail. Dans la mesure où il y a sans
doute peu ou pas de risque propre à la transfusion sanguine seule,
cette ouverture conduit tout naturellement à une coordination des
vigilances, voire à leur mutualisation au niveau du signalement.
Ceci prend toute sa valeur dans le contexte « préventif » de la
gestion des incidents.
Enfin, ce sous-processus doit, encore plus que le précédent
puisqu'il se situe le plus souvent en amont des effets
indésirables, produire de la prophylaxie pour que la fréquence de
ces derniers baisse ou devienne nulle.
Il ne saurait y avoir de politique de prévention sans
l'implication des décideurs. Mais, à la différence du contexte des
EIR où le problème se pose plus rarement, les incidents posent très
clairement la question de la « culture positive de l'erreur ». Si
la présentation des faits générateurs pour une analyse à visée
préventive n'est pas clairement séparée des mécanismes d'évaluation
et de sanction éventuelle des personnes, il est évident qu'une
sous-déclaration et des comportements de contournements risquent de
s'installer.
Les résultats du sous-processus EIR
La solution la plus simple et la plus actualisée de présenter les
résultats de l'hémovigilance est de se référer au dernier rapport
annuel produit par l'Afssaps, relatif à l'année 2008 [9].
Pour l'année 2008, environ 512 300 patients ont reçu
2 870 835 PSL, soit une moyenne de 5 à
6 par patient. La traçabilité globale s'établit autour de
99 %, avec une intervention des EDI pour près d'un quart des
PSL.
Incidence des EIR
Les déclarations d'EIR ont été de 7 298, soit un ratio de
2,5 pour 1 000 PSL transfusés. Il s'agit là
d'une incidence globale, que l'évaluation physiopathologique va
affiner en retirant les effets indésirables qui ne sont pas ou
probablement pas liés aux PSL transfusés (les imputabilités de
niveau 0 ou 1). On arrive alors à 5 753 EIR, soit
2,0 pour 1 000 PSL délivrés, une valeur globalement
stable depuis plusieurs années. Si la sous-déclaration est
probable, elle est sûrement elle-même stable d'une année sur
l'autre.
Les résultats présentés ci-dessous ne concernent que ces EIR
pouvant être rattachés aux PSL transfusés (imputabilité supérieure
ou égale à 2).
Catégories diagnostiques des EIR
En termes de catégories diagnostiques d'EIR, il est classique de
distinguer les EIR immédiats (survenant dans les 8 jours par
rapport à la transfusion incriminée) des EIR retardés (au-delà de
8 jours), dont les proportions sont respectivement de
70 et 30 %.
Les EIR immédiats ont donc une incidence d'environ 1,4 pour
1 000 PSL délivrés et se décomposent de la manière
suivante :
- – 37,6 % de réactions fébriles non hémolytiques (RFNH)
;
- – 33,4 % de réactions allergiques ;
- – 13,9 % de réactions inconnues ;
- – 6,8 % de surcharges volémiques ;
- – 6,0 % d'incompatibilités immunologiques ;
- – 1,2 % de TRALI ;
- – 0,2 % d'infections bactériennes ;
- – 0,9 % d'autres EIR immédiats.
Les EIR retardés ont une incidence d'environ 0,6 pour
1 000 PSL délivrés, avec :
- – 99,3 % d'apparitions d'anticorps irréguliers ;
- – 0,1 % d'infections virales ;
- – 0,1 % d'hémosidérose ;
- – 0,5 % d'autres EIR retardés.
Le rapport de l'Afssaps présente une comparaison par
inter-région qui montre une grande hétérogénéité, tant au niveau
global que par catégorie diagnostique. Il y a donc à
l'évidence de la sous-déclaration, mais qui ne porte pas sur les
mêmes diagnostics selon les endroits.
Une estimation minimaliste de cette sous-déclaration peut être
faite en calculant une incidence « attendue » pour chaque
diagnostic par la moyenne arithmétique des deux inter-régions qui
déclarent le plus pour ce dernier. Dans cette hypothèse, ce sont
entre 10 et 30 % des EIR « attendus » qui ne seraient pas
déclarés.
La gravité des EIR
La répartition de la gravité des EIR déclarés est la suivante :
- – 94,8 % d'EIR de gravité faible (grades 1 et 2) ;
- – 5,0 % d'EIR de gravité forte (grade 3) ;
- – 0,2 % de décès imputables à la transfusion de façon
possible, vraisemblable ou certaine (grade 4).
La répartition des diagnostics est très variable au sein des EIR
de gravité forte et faible :
- – elle est assez proche pour l'allergie, les EIR
inconnus, les incompatibilités immunologiques et les autres EIR
;
- – les surcharges volémiques sont surreprésentées dans
les EIR graves (et donc peut-être sous-déclarées dans les EIR plus
bénins) ;
- – les RFNH et l'apparition d'anticorps irréguliers ne se
retrouvent que dans les EIR bénins.
En ce qui concerne les décès, il y en a eu 13 pour l'année
2008, dont 5 seulement avec une imputabilité de la transfusion
déclarée vraisemblable ou certaine. Si on ne regarde que ces
derniers, la surcharge volémique prédomine avec deux cas, devant le
TRALI, l'allergie et l'infection bactérienne avec un cas
chacun.
Les PSL mis en cause dans les EIR
Globalement, les produits plaquettaires sont mis en cause deux à
quatre fois plus que les CGR et au moins 10 fois plus que les
plasmas thérapeutiques. Ces rapports sont susceptibles d'être
différents selon les catégories diagnostiques.
Perspectives du sous-processus
La gestion des EIR est largement stabilisée. Depuis le début de
l'hémovigilance, certains types d'EIR graves ont plutôt régressé,
comme les incompatibilités immunologiques ou les infections
bactériennes et virales. Pour une part, le travail d'évaluation
issu de l'hémovigilance y a contribué, notamment en sensibilisant
les multiples acteurs concernés de la chaîne transfusionnelle. Dans
le même temps, elle a permis de mieux repérer et comprendre
certaines pathologies « émergentes » comme le TRALI, afin de lutter
contre elles plus efficacement.
Les résultats du sous-processus IGCT
Le bilan 2007 de l'Afssaps montre assez nettement que ce
sous-processus est loin d'être stabilisé, et que les résultats
observés sont donc à interpréter avec une certaine circonspection.
Classification et incidence des IGCT
Le sous-processus comporte trois catégories qui se sont empilées
historiquement :
- – le signalement d'un dysfonctionnement observé à
l'occasion de la transfusion d'un patient qui a fait un EIR existe
depuis le début de la déclaration de ceux-ci en 1994 :
- ● il a représenté 45 IG en 2008, soit 13 % de l'ensemble
des IG ;
- – le signalement d'un dysfonctionnement observé lors de
la transfusion d'un patient n'ayant pas fait d'EIR a été introduit
dans la déclaration de ceux-ci en 2002 :
- ● il s'agit des EIR dits de grade 0, sans signes
clinique et biologique ;
- ● il a représenté 196 IG en 2008, soit 54 % de
l'ensemble des IG ;
- – le signalement d'un dysfonctionnement avant que la
transfusion du patient n'ait lieu a été introduit dans
l'hémovigilance avec la décision de l'Afssaps du 7 mai 2007 :
- ● pour la première année « complète » de déclaration, il
y en a eu 119, soit 33 % de l'ensemble des IG.
Les deux premières catégories permettent de calculer une
incidence par produit sanguin transfusé qui s'établit à
8,4 pour 100 000 PSL.
Lieu de survenue des IGCT
L'analyse des dysfonctionnements des trois catégories permet
d'identifier le lieu de survenue du dysfonctionnement :
- – le lieu de survenue est l'unité de soins dans environ
60 % des cas ;
- – le dépôt de l'ES est responsable d'environ 10 % des
cas ;
- – l'ETS est responsable d'environ 10 % des cas ;
- – le reste correspond à une responsabilité partagée par
au moins deux acteurs ;
- – encore faut-il préciser qu'il s'agit là du lieu de
survenue du premier dysfonctionnement, celui-ci étant souvent le
début d'un enchaînement de plusieurs dysfonctionnements.
Perspectives du sous-processus
La consolidation des trois catégories est en fait assez discutable
à ce jour. En effet, la décision du 7 mai impose désormais la
déclaration des incidents « graves », c'est-à-dire ceux
susceptibles d'entraîner des effets indésirables graves.
On peut supposer que la troisième catégorie d'IG répond à cette
définition puisqu'elle en est issue. Il est juste un peu tôt
pour évaluer le nombre d'IG annuel auquel on arrivera quand le
processus se sera stabilisé (probablement pas avant 2009).
Cette caractéristique de gravité était absente de la déclaration
des dysfonctionnements de la catégorie 1 jusqu'à la décision
du 7 mai. L'harmonisation qui aurait dû s'ensuivre est loin
d'avoir été faite à ce jour et les données sont donc difficilement
comparables.
Il en est de même pour la catégorie 2. Certes, on peut
considérer que le fait de transfuser un PSL qui n'aurait pas été
transfusé si le dysfonctionnement avait été repéré à temps ouvre
bien la potentialité d'un EIR grave. Mais encore faut-il que la
raison de l'inadéquation du PSL transfusé puisse effectivement
représenter un risque grave, ce qui est loin d'être toujours le
cas.
Ce sous-processus se cherche encore. Mais il représente d'ores
et déjà une source de progrès réelle pour l'hémovigilance du
receveur.
Il n'aura sans doute que peu d'impacts sur la compréhension et
la prévention des EIR qui sont imputables aux produits sanguins
eux-mêmes, sans qu'aucun dysfonctionnement ne soit intervenu sur
l'ensemble de la chaîne transfusionnelle. Ceci représente la
majorité des EIR où le hasard va mettre en présence un receveur et
un PSL donné, alors que le même receveur n'aurait pas réagi à un
autre PSL et que ce PSL n'aurait pas entraîné d'EIR chez un autre
receveur.
Néanmoins, certaines catégories d'EIR supposent la survenue
d'erreurs. C'est bien entendu le cas classique de l'accident
d'incompatibilité ABO, mais cela peut être aussi, à moindre titre,
le cas de nombreuses surcharges volémiques. Pour ces catégories, la
compréhension de la genèse de ces erreurs est une étape
indispensable à leur prévention.
Conflit d'intérêts
aucun.
Références
1 Loi n° 93-5 du 4 janvier 1993 relative à la sécurité en matière
de transfusion sanguine et de médicament.
2 Décret n° 94-68 du 24 janvier 1994 relatif aux règles
d'hémovigilance.
3 Directive 2002/98/CE du 27 janvier 2003 établissant les normes
de qualité et de sécurité pour la collecte, le contrôle, la
transformation, la conservation et la distribution du sang humain
et des composants sanguins.
4 Directive 2005/61/CE du 30 septembre 2005 en ce qui concerne
les exigences en matière de traçabilité et la notification des
réactions et incidents indésirables graves.
5 Décision du 6 novembre 2006 définissant les principes de
bonnes pratiques.
6 Code de la santé publique partie législative, Première partie,
Livre II, Titre II, chapitre 1er, article L.1221-13.
7 Décision du 7 mai 2007 fixant la forme, le contenu et les
modalités de transmission de la fiche de déclaration d'incident
grave.
8 ISBT Working Party on Haemovigilance. Proposed standard
definitions for surveillance of non infectious adverse transfusion
reactions – Draft document. ISBT; juin 2007.
9 Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé.
Rapport annuel Hémovigilance 2008.
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