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Perspectives transfusionnelles des cellules souches : le modèle des globules rouges de culture


Hématologie. Volume 16, Numéro 1, 55-64, janvier-février 2010, Mini-revue

DOI : 10.1684/hma.2009.0403

Résumé   Summary  

Auteur(s) : Luc Douay, Ali G Turhan, Hélène Lapillonne , Inserm, UMR_S 893, Prolifération et différenciation des cellules souches, Paris, UPMC Univ. Paris 06, UMR_S 893, Paris, Service d’hématologie biologique, Hôpital Armand-Trousseau, Paris, UPRES EA 3805, Laboratoire d’hématologie et oncologie, Université de Poitiers.

Résumé : Dans un contexte de difficulté chronique d’approvisionnement en produits sanguins, l’intérêt de disposer de sources complémentaires de globules rouges pour la transfusion sanguine est évident. La mise au point de molécules chimiques ou naturelles qui remplaceraient l’hémoglobine se révèle difficile. Le sang artificiel est encore hors d’atteinte. Ainsi, au lieu de remplacer ce que fait la nature, pourquoi ne pas la copier ? Pour ces raisons, tenter de générer des globules rouges dans un laboratoire, fait sens. Nous décrivons ici les recherches en cours qui permettront la génération massive d’hématies humaines à partir de cellules souches hématopoïétiques et pluripotentes. Nous faisons le point sur l’état de l’art de ce concept, évoquons les obstacles à surmonter pour passer du modèle de laboratoire à la clinique, et analysons les indications possibles à moyen et long termes. Si elle aboutit, cette nouvelle approche pourrait être un progrès considérable en matière de transfusion.

Mots-clés : globules rouges, cellules souches hématopoïétiques, cellules souches embryonnaires, cellules adultes reprogrammées, transfusion, substitut d’hémoglobine

ARTICLE

Auteur(s) : Luc Douay1,2,3, Ali G Turhan4, Hélène Lapillonne1,2,3

1Inserm, UMR_S 893, Prolifération et différenciation des cellules souches, Paris
2UPMC Univ. Paris 06, UMR_S 893, Paris
3Service d’hématologie biologique, Hôpital Armand-Trousseau, Paris
4UPRES EA 3805, Laboratoire d’hématologie et oncologie, Université de Poitiers

On caresse l’idée d’un « sang artificiel » universel et sûr depuis plus de cinquante ans. Notre rêve d’un sang artificiel doit se limiter aux globules rouges, cellules primordiales à la fonction essentielle, transporter l’oxygène pour le délivrer à tous les tissus de l’organisme. Cette fonction vitale est assurée par un pigment particulier, l’hémoglobine. Ainsi, quand on parle de « sang artificiel », on évoque simplement le remplacement de cette hémoglobine.

À première vue, le globule rouge (GR) peut paraître extrêmement frustre : un simple sac qui a perdu les éléments vitaux, noyau et mitochondries. C’est en réalité une cellule qui a poussé sa spécialisation, transporter l’oxygène, jusqu’à éliminer tout ce qui est inutile. Mais cette cellule sait être unique. Il existe, en effet, à sa surface plus d’une trentaine de familles de groupes sanguins, qui imposent les règles de compatibilité transfusionnelle.

En libérant l’hémoglobine de ce sac ou en la remplaçant par une molécule totalement synthétique, tout en conservant la capacité de transport d’oxygène, on toucherait au but du « GR artificiel ». Toutes les tentatives de conception de substituts sanguins, depuis cinquante ans, se sont révélées décevantes [1, 2], voire dangereuses. On ne remplace pas aussi facilement la nature.

L’hématopoïèse contrôlée in vitro

Si l’on ne peut remplacer la nature, pourquoi ne pas « simplement » la copier ? Nous maîtrisons suffisamment la biologie des cellules souches hématopoïétiques (CSH) [3] pour espérer fabriquer en laboratoire des hématies humaines. On peut raisonnablement avancer qu’il sera bientôt possible d’en produire suffisamment pour en transfuser [4].

Si l’on se donne comme objectif de produire des GR humains à partir de CSH dans un but transfusionnel, on s’impose d’emblée deux défis. Le premier est qualitatif. De façon paradoxale, si cette cellule est aussi simple, c’est qu’elle a suivi un long parcours, qui l’a amenée à expulser son noyau. Il faudra donc reproduire en laboratoire ce cheminement naturel. Le second est quantitatif. Un concentré de GR transfusé à un patient contient 2 000 milliards de GR. Il ne s’agit donc pas de se limiter à une prouesse de laboratoire mais bien d’être capable de répondre à ces exigences.

Les CSH représentent 1 cellule sur 10 000 dans la moelle osseuse. En contact étroit avec le micro-environnement médullaire, elles prolifèrent et se différencient selon une hiérarchie bien définie [5]. On sait, depuis les années 1980, que les CSH sont très nombreuses dans le sang du cordon ombilical [6]. On sait aussi les mobiliser de la moelle vers le sang par l’injection de facteurs de croissance spécifiques, ce qui facilite leur recueil [7].

Le micro-environnement médullaire est constitué de cellules différentes, regroupées sous le terme générique de cellules stromales. Elles sécrètent des facteurs solubles, activateurs ou inhibiteurs, qui régulent la production des CSH et facilitent leurs interactions [8-11].

Ces connaissances fondamentales sur l’hématopoïèse ont amélioré la pratique des greffes de moelle osseuse et permis d’élargir le concept à celui de greffe de CSH de sang périphérique ou de sang de cordon. On cherche depuis une dizaine d’années à améliorer les greffes de CSH en augmentant leur nombre dans les greffons. On parle d’expansion ex vivo [4]. En travaillant sur ce thème, la tentation est venue de les contraindre à se différencier spécifiquement vers la lignée des GR, appelée lignée érythroïde. Cette lignée a toutefois une particularité essentielle : à la fin de sa maturation dans la moelle osseuse, la cellule érythroïde expulse son noyau avant de passer dans le sang. Ainsi naît le GR, la seule cellule de l’organisme à durée de vie longue (120 jours), malgré l’absence de noyau.

Le cahier des charges idéal

Si on laissait courir notre imagination pour rêver la transfusion idéale de demain, on pourrait aboutir au concept suivant : produire de façon automatisée des culots de GR universels à partir d’une source infinie de cellules souches. Un tel programme nécessite le développement de nouvelles technologies pour produire in vitro des populations pures de GR, immédiatement disponibles, dénuées de toutes lésions de stockage. L’aboutissement serait un automate de culture capable de fabriquer et de conditionner des quantités importantes de GR universels (O rhésus négatifs), générés à partir de cellules souches humaines. Ces GR de culture (GRc) devront évidemment avoir les mêmes qualités fonctionnelles et les mêmes caractéristiques immunologiques que des GR issus de donneurs. En d’autres termes, leur capacité transfusionnelle devra être au moins équivalente à celle des GR normaux.

Le concept final serait donc celui d’un automate de culture qui conserverait l’autorenouvellement des CSH et permettrait la différenciation, la séparation et le conditionnement de culots globulaires immédiatement transfusables, lesquels répondraient aux exigences des agences de régulation européennes et américaines. Pour atteindre ces buts, des avancées importantes, quasi révolutionnaires, devraient être réalisées dans plusieurs domaines de la recherche comme celui du contrôle de l’expansion/différenciation des CSH/progéniteurs ou celui de la bio-ingénierie. Un rêve impossible ? Analysons ici les obstacles à franchir.

Les jalons biologiques à franchir

Un globule rouge mature

Surmonter cet obstacle implique de créer in vitro les conditions expérimentales répondant à trois impératifs : stimuler la prolifération des CSH primitives, induire leur engagement exclusif vers la lignée érythroïde et aboutir au stade ultime de maturation, le GR énucléé.

Nous avons initialement proposé [12] un protocole d’expansion de CSH issues de sang de cordon (SC) dans un milieu défini et sans stroma, reposant sur une l’addition séquentielle de facteurs de croissance. Partant d’une population enrichie en cellules souches et progéniteurs hématopoïétiques, le protocole permettait une production cellulaire importante (jusqu’à 200 000 fois d’amplification) et pure de précurseurs érythroïdes (95 à 99 %), contenant de l’hémoglobine fœtale (HbF). Contrairement à nos observations ex vivo, ces progéniteurs/précurseurs injectés à la souris NOD-SCID étaient capables de continuer à proliférer in vivo et de se différencier en quatre jours jusqu’au stade terminal de cellules énucléées, confirmant le rôle majeur du micro-environnement dans la différenciation terminale érythroïde.

Sur la base de ces données, nous avons conçu un second protocole d’expansion et de différenciation des cellules CD34+ d’origine sanguine, médullaire et de sang placentaire en trois étapes [13] : une première en milieu liquide, de prolifération cellulaire et d’induction de différenciation érythroïde en présence de stem cell factor (SCF), d’interleukine 3 (IL3) et d’érythropoïétine (Epo) ; une seconde sur un modèle de reconstitution de micro-environnement [14] (lignée stromale murine MS5 ou cellules dérivées des cellules souches humaines mésenchymateuses), en présence d’Epo seule; une troisième en présence des seules cellules stromales, sans aucun facteur de croissance. Nous montrons que ce protocole, en milieu défini sans sérum, autorise à la fois l’expansion massive de CS/progéniteurs CD34+ et la différenciation complète jusqu’au stade de GR matures parfaitement fonctionnels.

Ces conditions permettent d’obtenir, au quinzième jour, un plateau d’amplification cellulaire moyenne de 20 000 fois pour des cellules CD34+ issues de la moelle osseuse ou du sang périphérique, de 30 000 fois pour celles issues de cytaphérèses mobilisées par G-CSF et 200 000 fois pour celles provenant de sang de cordon. L’engagement vers la lignée érythroïde est morphologiquement évident dès le huitième jour. La différenciation terminale est ensuite rapide. La maturation en GR adultes se poursuit du 15e au 18e jour, comme en témoigne la négativation progressive du CD71, récepteur de la transferrine, et du laser dye styryl (LDS, marqueur des acides nucléiques). À ce stade, 90 à 100 % des cellules sont énucléées.

Un globule rouge fonctionnel

Ces réticulocytes et GR générés in vitro se révèlent fonctionnellement identiques aux GR natifs. Ils ont un contenu en glucose-6-phosphate-déhydrogenase et en pyruvate-kinase qui correspond au caractère homogène et jeune des populations cellulaires produites. Ceci témoigne de leur capacité à réduire le glutathion et à maintenir le taux d’ATP pour éviter l’accumulation de 2-3 diphosphoglycérate (2-3 DPG) qui produirait une baisse d’affinité de l’hémoglobine pour son ligand.

Leur déformabilité, évaluée par ektacytométrie, est comparable à celle des GR natifs [15].

L’hémoglobine contenue dans ces GR est fonctionnelle. Elle se comporte comme une hémoglobine tétramérique, comme en témoigne la coopération entre les différentes sous-unités validant son comportement allostérique (étude par flashphotolyse). Elle est capable de fixer et de relarguer l’oxygène avec une valeur log(P50) de 1,2 et un coefficient de Hill (N50) de 2,28, comme attendu d’une hémoglobine native dont les valeurs normales sont respectivement de 1,3 et 2,29 (courbes à l’équilibre à 37 °C par Hémox analyzer). Ces données sont confirmées par tonométrie réalisée à 25 °C.

Injectés à la souris NOD/SCID, ces réticulocytes humains produits ex vivo mûrissent normalement en GR et sont détectés aussi longtemps que peuvent l’être des GR témoins (trois jours).

Les jalons technologiques à franchir

Produire des quantités en rapport avec les besoins transfusionnels

L’objectif à atteindre est la production de culots globulaires contenant 2 000 milliards de GR. De façon intéressante, l’expansion cellulaire atteinte au cours de la première étape de culture est directement corrélée à sa durée. Ainsi, en la prolongeant de quelques jours, les niveaux d’amplification cellulaire peuvent atteindre 1 x 107, 2 x 105 fois respectivement pour les cellules provenant du sang placentaire, de cytaphérèse et/ou de moelle osseuse, tout en préservant le niveau d’énucléation durant les phases suivantes (70-90 %).

Si l’on considère d’une part qu’un SC contient de 2 à 5 x 106 CD34+ ou qu’une cytaphérèse mobilisée par un facteur de croissance comme le granulocyte-colony stimulating factor (G-CSF) permet de recueillir habituellement 4-8 x 106 CD34+ par Kg de poids, et que d’autre part les niveaux d’amplification sont respectivement de l’ordre 2 x 105 et 107 fois, c’est bien l’équivalent de 10 à 20 concentrés de GR qui peuvent être ainsi produits à partir d’un seul prélèvement.

Pour prétendre à une application clinique, il nous faut créer les outils qui permettront une production automatisée de culots globulaires. En effet, si la génération de GR à partir de sang périphérique ou de sang placentaire est maintenant facile à l’échelon de la paillasse, personne n’a, à ce jour, été capable d’en produire des quantités suffisantes. Il est évidemment impératif que les GR générés aient la même fonctionnalité que les GR natifs, en terme notamment de capacité de transport et de relargage de l’oxygène. Ceci requiert des progrès importants en matière de biologie cellulaire. Pour atteindre ces prérequis, des avancées considérables doivent être faites dans le contrôle de l’expansion, de l’autorenouvellement et la différenciation des progéniteurs hématopoïétiques. Un tel système doit être le plus automatisé possible pour assurer une reproductibilité et une standardisation en limitant les interventions humaines. D’autres avancées majeures sont requises en matière d’automatisation de la sélection cellulaire, de la culture et du packaging. Un véritable défi, qui n’est pas impossible à relever.

Rêver de globules rouges universels

Ce système de culture permettra probablement une approche nouvelle dans la recherche du GR « universel » dépourvu des principaux systèmes de groupe sanguin ABO/Rh. Il ne s’agit plus ici de tenter d’éliminer un antigène déjà formé, mais d’empêcher leur synthèse avant que le globule n’atteigne sa maturité. Les systèmes ABO ou Rh, non exprimés sur les cellules souches, sont présents dès le stade d’érythroblaste. Deux possibilités sont envisageables. La première est l’inhibition de l’expression des gènes dans les cellules CD34+. La seconde est l’inhibition intracellulaire biochimique des glycosyltransférases spécifiques des antigènes A et B. Quel que soit le mécanisme, cette inhibition doit être mise en route dès le stade de la CSH CD34+ et poursuivie jusqu’à celui du GR. Ces méthodes peuvent éviter les effets secondaires inhérents aux procédures d’élimination [16] ou de masquage d’antigènes [17], actuellement en cours d’évaluation.

Demain, de nouvelles sources de cellules souches hématopoïétiques

L’utilisation thérapeutique de CSH implique qu’elles puissent se différencier in vitro comme le font in vivo les cellules natives. Les cellules souches embryonnaires humaines (hES) et plus récemment décrites, les cellules souches pluripoptentes induites (iPS) sont un formidable espoir de sources illimitées de cellules souches pour tous les types de tissus.

Les cellules souches embryonnaires humaines (hES)

Le développement de lignées de hES, en 1998, par le groupe de J.A. Thomson, a fait naître de nouveaux espoirs en terme de thérapie cellulaire et offre un modèle d’études unique à la compréhension des premières étapes du développement [18]. De par le monde, plus de 400 lignées cellulaires de hES sont ainsi répertoriées et viennent illustrer l’espoir placé dans ce modèle cellulaire.

Les lignées de hES sont établies à partir des cellules de la masse cellulaire interne de l’embryon humain au stade de blastocyste, au cinquième jour après la fécondation. Les hES sont des cellules indifférenciées, pluripotentes, qui possèdent des propriétés remarquables :

  • elles sont capables de se renouveler indéfiniment in vitro en présence de basic fibroblast growth factor (b-FGF) en coculture sur des fibroblastes primaires de souris (MEF) ;
  • elles se caractérisent par l’expression spécifique d’antigènes de surface SSEA-3, SSEA-4, TRA1-60, TRA1-81, et de gènes tels que Nanog, Oct4, Rex1, Sox2, témoins de leur caractère indifférencié ;
  • elles maintiennent un caryotype normal 46,XX ou 46,XY, et une activité télomérase élevée ;
  • elles présentent un cycle cellulaire tout à fait particulier avec une phase G1 quasi inexistante, une phase S prépondérante, circonstances favorables à la prolifération cellulaire ;
  • elles se distinguent par leur capacité in vitro et in vivo à donner naissance à tous les types cellulaires issus des trois feuillets embryonnaires (ectoderme, endoderme et mésoderme) et induisent des tératomes lorsqu’elles sont injectées sous forme indifférenciée à la souris NOD/SCID.

Ainsi, les hES représentent une source potentiellement illimitée de cellules capables de générer des cellules hématopoïétiques et plus spécifiquement des GR à des fins thérapeutiques, greffe ou transfusion [19, 20].

Hématopoïèse et développement

Lors du développement, l’hématopoïèse procède à partir du mésoderme et s’installe en deux phases successives : l’hématopoïèse primitive et l’hématopoïèse définitive [21]. L’hématopoïèse primitive est transitoire, se développe entre la 3e et la 9e semaine de gestation, et apparaît au niveau des îlots sanguins du sac vitellin (mésoderme extra-embryonnaire). Elle donne naissance à des érythroblastes primitifs, des macrophages, des mastocytes et des hémangioblastes (précurseur commun à potentiel mixte hématopoïétique et angioblastique), mais pas aux lymphocytes, ni aux CSH. Parallèlement, l’hématopoïèse définitive débute dans la région aorto-gonado-mésonéphros (AGM) (mésoderme intra-embryonnaire) dès la cinquième semaine de gestation, avec production d’hémangioblastes, des premières CSH définitives et de toutes les lignées hématopoïétiques, avant de migrer dans le foie fœtal à partir de la 7e semaine, puis la moelle osseuse à partir du quatrième mois de gestation. Seules les CSH définitives sont capables de reconstituer l’hématopoïèse chez des souris irradiées. Alors que l’érythropoïèse primitive génère des érythroblastes nucléés, mégaloblastiques avec production d’hémoglobine embryonnaire, l’érythropoïèse définitive permet la production d’érythrocytes énucléés, normocytaires, qui synthétisent progressivement de l’hémoglobine fœtale, puis adulte.

Pour la première fois, les hES offrent cette possibilité d’étudier in vitro toutes les étapes du développement physiologique de l’hématopoïèse et de comprendre les mécanismes pathogéniques dans un contexte pathologique.

hES et différenciation hématopoïétique

Avant toute différenciation cellulaire, les hES expriment déjà des antigènes et des gènes que l’on retrouve classiquement au sein de la population de CSH :
  • CD117 (c-kit), CD133 (AC133) et CD90 (thy-1) ;
  • les gènes LMO2, AML1 et c-MYB.

Ces cellules expriment également les gènes KDR/flk1 et FLT-1, gènes impliqués dans la différenciation endothéliale.

Après suppression des conditions de culture favorables au maintien des hES indifférenciées (b-FGF et MEF), la différenciation in vitro des hES peut être obtenue par deux voies différentes : la formation de corps embryoïdes qui miment la différenciation vers les trois feuillets embryonnaires sous formes d’agrégats cellulaires compacts non adhérents, et la coculture sur un stroma cellulaire adapté pour favoriser la différenciation vers le lignage d’intérêt.

Différenciation hématopoïétique par formation de corps embryoïdes

La différenciation hématopoïétique par formation de corps embryoïdes (CE) est optimisée par l’ajout de cinq cytokines (SCF, FLT3-L, IL3, IL6 et G-CSF), et de BMP-4, facteur induisant la différenciation mésodermique [22-24], alors que le VEGF-A165 favorise la différenciation érythropoïétique [25]. L’appréciation de la différenciation hématopoïétique se fonde sur :
  • l’expression d’antigènes de surface en cytométrie en flux (CD34, CD38, CD45, CD31, CD41a et CD235a) ;
  • l’expression de gènes par PCR quantitative (GATA-1, GATA-2, SCL/TAL1, EKLF, PU-1 et les globines) ;
  • enfin, la formation de colonies clono-spécifiques (CFU).

Au bout de 72 à 96 heures, les CE peuvent donner naissance à des colonies « blastiques » à double potentiel hématopoïétique et endothélial. D’une part, les cellules adhérentes donnent naissance à des colonies de type vasculaire avec expression de gènes tels que KDR et CD31. D’autre part, la population cellulaire non adhérente, en suspension, exprime des gènes comme GATA-1 et les chaînes de globine embryonnaire, témoignant de leur engagement hématopoïétique [22, 25-27].

À partir du cinquième jour, les premières CSH CD34 apparaissent, pour atteindre 10 % de la population cellulaire totale aux 12e et 15e jours. La différenciation hématopoïétique des hES permet ainsi d’obtenir tous types de colonies (CFU-E, CFU-GM, CFU-GEMM, BFU-E et CFU-MK) et tous types cellulaires, y compris les cellules lymphoïdes. Il est intéressant de préciser que les CE de J7/J12 donnent préférentiellement naissance à une hématopoïèse primitive qui coïncide avec l’expression des gènes SCL/TAL-1, GATA-1, GATA-2, EKLF, C-MYB, PU-1 et des chaînes de globine embryonnaire et fœtale, alors que les CE de J12/J20 permettent l’émergence d’une hématopoïèse plus définitive, avec apparition modérée de l’expression des chaînes de globine adulte [22, 25-27].

L’avantage certain de la différenciation par la formation de CE réside dans la reconstitution in vitro du modèle in vivo selon l’installation en deux phases successives primitive et définitive de l’hématopoïèse [28].

Différenciation hématopoïétique par coculture

Les stromas cellulaires adaptés et testés pour leur capacité à induire les hES vers l’hématopoïèse sont principalement les lignées cellulaires : S17 (stroma médullaire murin), C116 (sac vitellin murin), MS5 (stroma murin médullaire), OP9 (stroma médullaire murin déficient en M-CSF), FH-B-hTERT (stroma de foie fœtal murin avec expression constitutive de hTERT), AM20.1B4 et UG26.1B6 (stroma d’AGM murin), EL08.1D2 (stroma de foie fœtal murin) et les cellules primaires de foie fœtal et de la région AGM d’origine murine [29-33]. Le stroma murin OP9 apparaît comme le plus efficace, avec une production de cinq à dix fois supérieure en CSH et progéniteurs par rapport aux autres stromas MS5, S17 et C117 [30]. Les lignées cellulaires de la niche hématopoïétique (AGM et foie fœtal) favorisent nettement la formation de colonies [33]. Au cours de la différenciation cellulaire des hES, la séquence d’apparition de l’expression des gènes et des antigènes de surface est la suivante : CD34, GATA-1 et GATA-2 à J3, CD31 et SCL/TAL-1 à J4, CD41a et CD43 à J5 et CD45 à J8. En parallèle, les premières colonies à se former sont les CFU-E, suivies par les CFU-GEMM, les CFU-GM et les CFU-G. Avec ce système, le pourcentage de CSH CD34+ peut atteindre 20 % de la population totale. Le CD43 (leukosialin) émerge comme un marqueur intéressant de part son expression plus précoce que le CD45 et sa capacité à discriminer parmi les cellules CD34+ les cellules à potentiel endothélial (CD34+CD43-CD31+KDR+) et mésenchymateux (CD34+CD43-CD31-KDR-). De plus, les progéniteurs CD43+CD235a+CD41a+CD45+ s’orientent vers une différenciation érythroïde et mégacaryocytaire, alors que les progéniteurs CD43+CD45+/-Lin- s’orientent vers une différenciation myéloïde et lymphoïde [34].

hES et différenciation érythroïde terminale

Les travaux traitant spécifiquement de la différenciation/maturation érythroïde terminale à partir de hES sont encore peu nombreux [35-38]. Les deux modalités de différenciation cellulaire in vitro (CE et coculture) sont développées et aboutissent selon le protocole : soit à une érythropoïèse primitive, avec génération d’érythroblastes acidophiles mégaloblastiques produisant majoritairement de l’hémoglobine embryonnaire [35, 36], soit à une érythropoïèse définitive, avec génération de GR matures énucléés, avec une hémoglobine le plus souvent mal caractérisée. En effet, fin 2008, la génération in vitro de GR a été rapportée par deux groupes utilisant deux approches différentes : les premiers utilisent un système de coculture des hES sur un stroma de foie fœtal et optimisent ainsi la formation de colonies érythroïdes (BFU-E) au sein desquelles sont générés quelques GR coexprimant fortement les chaînes de globine alpha, bêta, gamma et epsilon en immunofluorescence et PCR quantitative [38] ; le second groupe utilise un protocole de différenciation assez complexe, où se succèdent des phases d’induction de différenciation des hES vers l’hémangioblaste, d’amplification sous l’influence de la protéine recombinante HoxB4 et différenciation/maturation érythroïde selon le protocole de génération de GR ex vivo publié par notre groupe [37]. Les auteurs aboutissent à la production d’une population érythrocytaire majoritairement mature composée à 40 % de GR. Notre équipe a également développé un protocole de différenciation des hES en globules rouges matures et fonctionnels. Notre protocole fait intervenir deux étapes successives : une première étape d’induction précoce de l’érythropoïèse par formation de corps embryoïdes en présence d’un cocktail de huit cytokines, suivie d’une étape de différenciation/maturation érythroïde terminale (MCG Nat. Biotech). L’engagement érythroïde est complet avec l’obtention au final de 60% de globules rouges matures, fonctionnels, capables de synthétiser plus de 90% d’hémoglobine F. De plus, les conditions de culture permettent de s’affranchir de tout stroma cellulaire et de la sélection des cellules CD34 positive. À ce jour, les érythroblastes et/ou les GR générés à partir de hES synthétisent au mieux de l’hémoglobine fœtale, mais pas d’hémoglobine adulte. Ces résultats sont toutefois très encourageants mais à moduler au regard des très faibles niveaux d’amplification : quel que soit le protocole utilisé, une hES donne au mieux naissance en moyenne à 2000, résultat sans commune mesure avec les niveaux d’amplification à partir des CSH de sang de cordon [37, 38].

En France, la recherche à partir des hES est légalement très réglementée (loi et décret d’application en 2004) et étroitement encadrée par l’Agence de la Biomédecine qui délivre les autorisations. L’utilisation des hES en recherche permettra des avancées considérables en terme de recherche fondamentale sur la compréhension du développement cellulaire et tissulaire de l’homme. Tout reste à faire dans le domaine délicat des applications des hES à la thérapie cellulaire, « outil » peut être déjà remplacé par les cellules adultes reprogrammées en cellules ES-like ou iPS (induced pluripotent stem cell).

Les cellules souches pluripotentes adultes

Multipotent adult progenitor cells

Au cours des dernières années, plusieurs études ont clairement montré qu’il était possible d’isoler des cellules souches adultes pluripotentes à partir des tissus adultes. Les travaux initiés par le groupe de C. Verfaillie [39] ont été les premiers à démontrer la faisabilité de cette procédure, en utilisant essentiellement une technique de sélection négative : déplétion de cellules ayant des antigènes de différenciation, suivie d’une culture à long terme à très faible densité, en présence de concentrations très faibles de sérum (2,5 % de SVF) et de cytokines EGF et PDGF.

Les cellules obtenues par cette procédure, désignées sous le terme de multipotent adult progenitor cells (MAPC) ont peu de marqueurs de différenciation, mais expriment Oct4, le facteur de transcription majeur des cellules souches embryonnaires. Elles présentent surtout un potentiel de prolifération majeur (jusqu’à 120 divisions), ce point étant un élément important pour la production en quantité importante de cellules hématopoïétiques matures. Des expériences de différenciation ont montré d’emblée la difficulté d’induction de l’hématopoïèse, jusqu’à la découverte du fait que seulement les MAPC surexprimant des quantités importantes d’Oct4 étaient capables de générer une hématopoïèse in vitro et in vivo.

La difficulté d’obtention de MAPC de manière reproductible a été le problème majeur dans plusieurs laboratoires, mais d’autres types de populations cellulaires, ayant des caractéristiques similaires à celles de MAPC ont récemment été décrits dans les tissus adultes murins et humains.

Unrestricted somatic stem cells

Kogler et al. [40] ont montré qu’il était possible d’isoler à partir du sang de cordon, une population désignée sous le terme d’unrestricted somatic stem cells (USSC) après deux à quatre semaines de culture. Ces cellules possèdent des caractéristiques de cellules pluripotentes, et la technique d’obtention est beaucoup plus adaptée que les MAPC pour une utilisation clinique, dans la mesure où le sang du cordon est déjà un produit de thérapie cellulaire et que les conditions de culture ne font pas intervenir des cytokines. La fréquence de ces cellules paraît cependant faible, car, à la fin de la période de culture, des colonies adhérentes étaient détectables avec une fréquence de quatre colonies par échantillon de sang du cordon, mais chaque colonie présentait par ailleurs un potentiel de prolifération majeur pouvant théoriquement atteindre 1015 cellules [40].

Ces cellules possèdent par ailleurs un potentiel de différentiation vers les trois feuillets embryonnaires, avec possibilité de génération in vitro de cellules neurales, cardiomyocytaires et hépatiques. Le potentiel hématopoïétique de ces cellules a été testé dans un modèle de mouton après injection intra-utérine, avec démonstration d’une hématopoïèse humaine détectable pendant plusieurs mois [40], suggérant la survenue d’un auto-renouvellement hématopoïétique, indiquant un potentiel hématopoïétique « souche » des USCC. Ces résultats font penser que des cellules souches USCC que l’on peut isoler à partir d’une source cellulaire déjà en utilisation clinique (sang du cordon) seraient probablement plus facilement utilisables pour une production in vitro de GR. Cependant plusieurs points devront être testés avant d’envisager cette possibilité à l’échelle clinique. En effet, la première question est la fréquence des USSC dans un échantillon donné, dans la mesure où le travail initialement présenté indique qu’environ 30 % des échantillons de sang du cordon testés possédaient le potentiel de générer USSC in vitro (94 cordons sur 233 testés).

Ce problème peut certes être résolu dans le cadre de la mise en place d’une plateforme de cellules souches permettant de collecter des échantillons dans une banque de grade clinique. Cependant les difficultés techniques restent à franchir, notamment pour l’induction d’un potentiel hématopoïétique in vitro, ce qui est un élément préalable nécessaire à la mise en place de techniques de génération de GR. Ce défi est donc relativement similaire à celui observe avec les cellules ES humaines.

Autres sources de cellules souches multipotentes

Au cours des dernières années, plusieurs équipes ont décrit des cellules souches « multipotentes » obtenues à partir de tissus adultes, comme la moelle osseuse, la peau, le tissu adipeux et, plus récemment, le liquide amniotique [41]. Cette dernière source est intéressante, dans la mesure où elle est aussi cliniquement facilement accessible et que des banques de cellules amniotiques de grade clinique pourraient facilement être mises en place. Les cellules souches désignées sous le terme d’amniotic fluid-derived stem cells (AFSC) sont obtenues par une sélection positive des cellules exprimant le récepteur c-kit, qui sont ensuite cultivées dans un milieu classique de type MEM en présence de 15 % de sérum de veau fœtal. Des clones de cellules c-kit+ sont ensuite amplifiés, avec un potentiel de prolifération important, pouvant aller jusqu’à 250 doublements de population. Les AFSC ont des télomères longs, un caryotype normal, et leur injection à la souris immunodéficiente ne génère pas de tumeur détectable [41]. Sur le plan des marqueurs de surface, ces cellules sont CD34-, CD45- et CD133-, et expriment Oct4, et Tra-1-81 comme les cellules souches embryonnaires. Dans le travail initial, ces cellules sont rapportées comme étant capables de générer des cellules musculaires et des cellules hepatocyte-like, mais leur potentiel hématopoïétique n’est pas démontré avec certitude, en particulier leur capacité de générer des cellules érythroïdes.

Cellules souches spécifiques de patients

L’utilisation clinique future de toutes les sources potentielles de cellules souches multipotentes décrites dans les chapitres précédents pose le problème de leur immunogénicité. Ce problème, concernant également les lignes de cellules souches embryonnaires humaines, a conduit certains investigateurs à envisager des stratégies de génération de cellules souches « spécifiques de patients ». Une approche originale, dont la faisabilité a été démontrée chez la souris, est la procédure de « clonage thérapeutique » par transfert d’un noyau d’une cellule adulte dans un ovocyte énucléé par micromanipulation [42]. Cette procédure permet ainsi de « reprogrammer » le noyau adulte dans le contexte cytoplasmique de l’ovocyte, qui effectue après le transfert nucléaire des divisions symétriques, avec, par la suite, apparition d’une structure embryonnaire ressemblant à un blastocyste. La masse interne de cette structure est alors extraite et mise en culture en présence de LIF, permettant l’obtention d’une lignée de cellule-souche embryonnaire. Les lignées obtenues à partir de ces procédures sont capables de subir des différenciations multiples vers plusieurs tissus adultes portant les mêmes antigènes d’histocompatibilité que la souris donneuse de noyau. Ce type de stratégie est certes extrêmement attractif, mais des difficultés persistent quant à la mise en place des méthodes reproductibles d’induction de l’hématopoïèse à partir de cellules souches embryonnaires, en particulier en ce qui concerne l’hématopoïèse définitive qui ne peut actuellement être détectée. Les deux autres problèmes majeurs sont la disponibilité des donneuses d’ovocytes et le problème éthique. Ainsi, une application à grande échelle de la technologie de clonage thérapeutique ne pourra être justifiée que si des avancées majeures survenaient dans la méthodologie d’induction d’une hématopoïèse définitive à partir de cellules souches embryonnaires humaines, permettant la mise en place d’une technique robuste de production de GR humains.

La dernière révolution : induced pluripotent stem cells

Le domaine de la recherche sur les cellules souches a été modifié de manière profonde et probablement durable par la description récente de la technologie de reprogrammation de cellules adultes par surexpression de gènes de pluripotence. Cette technique a été mise au point par le groupe de Yamanaka [43, 44], qui a réalisé un criblage approfondi des gènes de pluripotence nécessaires et suffisants pour l’induction d’une pluripotence dans les cellules adultes. Cette équipe a ainsi identifié quatre gènes de pluripotence (Oct4, Klf4, Sox2 and c-myc), dont la surexpression dans une cellule fibroblastique embryonnaire ou adulte permet d’induire un phénotype de cellule-souche absolument identique à celui des CS embryonnaires dérivées des blastocytes, comme cela a été confirmé par d’autres [45]. En effet, les lignées de CS obtenues de cette manière, désignées sous le terme d’induced pluripotent stem cell (iPSC), sont capables de contribuer à tous les tissus adultes après injection dans un blastocyste, avec, par ailleurs, toutes les autres caractéristiques des lignées de CS embryonnaires, y compris la génération de tératomes chez la souris immunodéficiente et expression de marqueurs de pluripotence [44, 45]. Les techniques initiales d’isolement des colonies d’iPSC ont la nécessité d’utilisation d’une souche de souris transgénique dans laquelle le locus Fbx15, un gène cible d’Oct4 contrôlant l’expression du gène de résistance à un G418 par une procédure de recombinaison homologue. Les cellules qui exprimaient le gène Oct4 devenaient donc résistantes à l’antibiotique Néomycine, permettant l’identification des colonies de type embryonnaire. Ces dernières, qui devenaient aussi identifiables par leurs morphologies caractéristiques, étaient ensuite individuellement isolées et amplifiées dans les conditions de cellules souches embryonnaires murines, notamment en présence de LIF. Une étape importante dans la mise en évidence de la pluripotence des iPSC a été franchie par les expériences démontrant leur capacité de transmission germinale [46]. Cependant, la surexpression de c-Myc, entraînait, de manière attendue, des tumeurs chez certaines souris. Récemment, il a été montré que la combinaison d’Oct4, de Klf4 et de Sox2 était suffisante pour l’induction du phénotype pluripotent [47].

Les perspectives d’utilisation clinique potentielle de la technologie d’iPSC ont rapidement apparu par la démonstration de la faisabilité de cette approche de programmation dans les cellules humaines [48]. En effet, il a été montré que l’expression des quatre gènes de « Yamanaka » était suffisante pour générer des iPSC, mais les fibroblastes adultes et les cellules mésenchymateuses étaient relativement résistants à l’induction, sauf lorsque les cellules exprimaient l’antigène T de SV40 et hTERT [48]. En parallèle, la faisabilité des iPSC à partir des cellules adultes humaines a été montrée par l’équipe de Thomson, qui a utilisé une combinaison de gènes différente de celle de Yamanaka, comprenant Oct4, Sox2, Nanog et Lin28 [49]. Parmi ces quatre gènes, Oct4, Sox2 et Nanog apparaissent comme suffisantes pour générer des iPSC à partir de cellules adultes. L’application de cette technique aux cellules humaines [50] a également été facilitée par le fait que le criblage initial par la morphologie des colonies paraît satisfaisant, suivi par la caractérisation phénotypique et moléculaire. Les techniques de différenciation ont, par ailleurs, commencé à être mises en place. Ainsi, le potentiel hématopoïétique des iPSC humaines a été démontré [51]. La possibilité de programmation de tissus adultes, à partir de tissus adultes provenant de patients atteints de maladies diverses, a été montrée [52], avec, notamment, démonstration de la génération de neurones dopaminergiques autologues chez les patients atteints de Parkinson [53]. Plus récemment, des cellules souches CD34+ mobilisées par cytaphérèse ont été montrées comme étant programmables [54]. Les progrès rapides de ce domaine permettent de donner des réponses à des inquiétudes soulevées par l’introduction de gènes via les rétrovirus ou les lentivirus dans les cellules humaines [55]. En effet, les approches de virus non intégratifs sont en cours de développement, ainsi que la possibilité d’excision de constructions virales par des procédures de type Cre/Lox [56, 57]. Certains agents chimiques, comme le valproate de sodium, semblent également favoriser la génération d’un phénotype iPS à partir de cellules adultes [58].

L’enthousiasme généré par la technologie iPSC ne doit pas cependant conduire à une sous-estimation des difficultés d’induction de l’hématopoïèse à partir des iPSC, par rapport aux cellules souches embryonnaires. Les mécanismes de la reprogrammation sont loin d’être élucidés ; en particulier, la surexpression de gènes de pluripotence exogène semble induire l’expression de gènes endogènes correspondants, mais l’extinction de gènes transmis par les rétro- ou lentivirus est nécessaire avant qu’une utilisation clinique puisse être envisagée [56, 57]. L’avantage majeur de cette technologie est le caractère autologue des cellules produites, mais des possibilités d’induction de tumeurs par un processus de programmation mal contrôlée ne sont pas exclues. Les progrès futurs permettront sans doute cependant des stratégies innovantes de programmation, par la mise en place de protéines diffusibles qui pourraient remplacer la technologie de transfert de gènes de pluripotence.

Un scénario futuriste pourrait donc déjà être envisagé pour des applications de la technologie des iPS visant à produire des GR autologues : Si ce scénario devient une réalité au cours du XXIe siècle, un patient pris en charge pour une pathologie hématologique grave comme une aplasie médullaire ou leucémie aiguë, pourrait se voir proposer une biopsie cutanée pour la constitution d’un master cell bank d’IPSC ayant pour but la production de CSH autologues. Ces cellules, générées dans un laboratoire de thérapie cellulaire de grade clinique, pourraient ensuite être utilisées pour la génération de cellules différenciées, y compris les GR autologues et compatibles. Une étape importante dans cette direction a été déjà réalisée dans un modèle de drépanocytose chez la souris, avec correction de la mutation dans les iPSC par recombinaison homologue, suivie de greffe de CSH normales/hétéro dérivées des iPSC « réparées » [59].

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