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La transfusion dans les anémies hémolytiques auto-immunes


Hématologie. Volume 15, Numéro 5, 366-77, septembre-octobre 2009, Dossier

DOI : 10.1684/hma.2009.0382

Résumé   Summary  

Auteur(s) : Thierry Peyrard, Philippe Rouger , Institut national de la transfusion sanguine ; et Centre national de référence pour les groupes sanguins, Paris.

Résumé : L’anémie hémolytique auto-immune (AHAI) est une pathologie hématologique peu fréquente. Son incidence annuelle est d’environ 1 cas pour 25 000 habitants. Les AHAI se caractérisent par l’existence d’autoanticorps capables de reconnaître les propres antigènes érythrocytaires du patient, entraînant leur destruction accélérée. L’anémie apparaît lorsque le taux de destruction des hématies dépasse la capacité régénérative de la moelle. Les signes cliniques de type asthénie, pâleur, ictère sont d’autant plus marqués que l’anémie est profonde. Les AHAI montrent de multiples présentations cliniques et biologiques. Une classification fondée sur les propriétés de l’autoanticorps responsable et l’étiologie présumée permet de différencier les AHAI à anticorps chauds \; les AHAI à anticorps froids \; les AHAI de type mixte \; l’hémoglobinurie paroxystique a frigore \; les AHAI associées aux médicaments. La transfusion de globules rouges constitue la principale thérapeutique à visée symptomatique dans les AHAI, mais elle présente des contraintes et risques immunologiques spécifiques qu’il importe de connaître. Dans le cas habituel où l’autoanticorps reconnaît un antigène érythrocytaire de fréquence élevée (> 99 %), il n’est pas possible de sélectionner des unités de globules rouges compatibles au laboratoire. L’autoanticorps peut par ailleurs masquer la présence d’alloanticorps d’intérêt transfusionnel. Afin d’assurer la sécurité optimale du patient, il est obligatoire d’engager des tests immuno-hématologiques complémentaires, de type autoadsorption ou alloadsorption du sérum, phénotypage étendu et parfois génotypage érythrocytaire. La réalisation de ces tests est longue et parfois réservée aux laboratoires de référence. Une étroite communication est indispensable entre le prescripteur et le laboratoire d’immuno-hématologie afin, d’une part, de confirmer l’indication transfusionnelle et d’évaluer son rapport bénéfice/risque et, d’autre part, de définir si le délai d’exécution de l’ensemble des investigations complémentaires est compatible avec l’urgence clinique.

Mots-clés : hématologie, immuno-hématologie, transfusion, anémie hémolytique auto-immune, autoanticorps, test direct à l’antiglobuline

Illustrations

ARTICLE

Auteur(s) : Thierry Peyrard, Philippe Rouger

Institut national de la transfusion sanguine ; et Centre national de référence pour les groupes sanguins, Paris

L’anémie hémolytique auto-immune (AHAI) représente une pathologie hématologique peu fréquente. Son incidence est évaluée à environ 1 cas pour 25 000 habitants et par an [1, 2]. Les AHAI se caractérisent par l’existence d’autoanticorps capables de reconnaître les propres antigènes érythrocytaires du patient, entraînant la destruction accélérée des hématies autologues selon un mécanisme immunologique complexe. L’anémie apparaît lorsque le taux de destruction des hématies dépasse la capacité régénérative de la moelle osseuse. Les signes cliniques de type asthénie, pâleur, ictère sont d’autant plus marqués que l’anémie est profonde.

Les AHAI montrent de multiples présentations cliniques et biologiques, ce qui a motivé la mise en place d’une classification fondée sur les propriétés de l’autoanticorps responsable et l’étiologie présumée [1-3]. Sont ainsi différenciées les AHAI à anticorps chauds, les AHAI à anticorps froids, les AHAI de type mixte, l’hémoglobinurie paroxystique a frigore, et les AHAI associées aux médicaments. Les autoanticorps reconnaissent classiquement des antigènes érythrocytaires de fréquence élevée [1-12], c’est-à-dire présents chez plus de 99 % de la population générale. La transfusion de globules rouges constitue l’un des nombreux moyens à disposition dans le cadre du traitement symptomatique des AHAI. Compte tenu des risques immunologiques spécifiquement associés, la thérapeutique transfusionnelle doit toutefois être réservée aux formes graves et mal tolérées par le patient.

Les anémies hémolytiques auto-immunes à autoanticorps chauds

Définition

Les AHAI à autoanticorps chaud se caractérisent par des autoanticorps circulants de type IgG, se liant de manière optimale aux antigènes érythrocytaires à une température de 37 °C. Il s’agit de la forme la plus commune d’AHAI (environ 70 % des cas), principalement rencontrée au cours de syndromes lymphoprolifératifs (lymphomes de type B, leucémie lymphoïde chronique), de maladies systémiques (lupus érythémateux disséminé) et plus occasionnellement associée à des maladies auto-immunes ou cancéreuses. Une large proportion de ce type d’AHAI est toutefois considérée comme idiopathique.

Présentation clinique

La présentation clinique est variable. L’installation de l’anémie peut être progressive et relativement asymptomatique, ou peut se révéler de développement très rapide avec hémolyse aiguë sévère. Les signes cliniques associent typiquement asthénie, pâleur, dyspnée à l’effort, palpitations, tachycardie et ictère. Une insuffisance cardiaque peut survenir dans les formes les plus sévères. Une splénomégalie modérée peut également survenir suite au processus d’hémolyse chronique.

Présentation biologique

Les résultats d’examens de laboratoire varient selon le degré d’hémolyse. Ils peuvent montrer une hyperréticulocytose avec présence sur le frottis de microsphérocytes, d’hématies polychromatophiles et d’érythroblastes acidophiles. Une hyperplasie de la lignée rouge est classiquement retrouvée dans la moelle. Au niveau biochimique, la bilirubine libre est classiquement augmentée de même que les LDH, alors que l’haptoglobine est effondrée. Une hémoglobinurie et hémoglobinémie sont rarement retrouvées.

Le test direct à l’antiglobuline ou TDA (anciennement dénommé « test de Coombs direct ») permet d’identifier les anticorps IgG et/ou le complément fixés à la surface des hématies in vivo. Ce test représente l’élément clé du diagnostic biologique des AHAI [1, 8, 13].

Physiopathologie

Le pouvoir pathogène des autoanticorps anti-érythrocytaires de type IgG dépend de multiples facteurs : concentration de l’anticorps circulant (titre) ; densité de l’antigène correspondant à la surface de l’hématie ; sous-classe ; avidité pour l’antigène correspondant ; capacité d’interaction avec les récepteurs Fc ; pouvoir de fixation du complément ; capacité de contrôle de la réponse immune vis-à-vis des anticorps autoréactifs [1-3, 8]. La fixation d’IgG à la surface des hématies peut activer le complément (IgG3 > IgG1 > IgG2) [1], mais elle aboutit rarement à l’activation de l’intégralité de la cascade du complément conduisant à l’hémolyse intravasculaire. Le plus souvent, seules les fractions C3b et C3dg sont retrouvées à la surface des hématies. Les IgG et fractions C3b du complément (opsonines) permettent l’interaction avec les récepteurs spécifiques des cellules macrophagiques de la rate, et accessoirement du foie. Ceci aboutit d’une part à la phagocytose des hématies (destruction extravasculaire) et d’autre part à la production de sphérocytes (perte membranaire), cellules très sensibles à la lyse osmotique extravasculaire dans les sinusoïdes spléniques.

Traitement

Dans les formes brutales d’hémolyse, un apport suffisant en substrats indispensables à la reprise de la biosynthèse de l’hémoglobine est nécessaire [8]. Chez les patients carencés en fer et en acide folique, la capacité régénérative de la moelle sera moins efficace. Dans les formes instables d’AHAI par autoanticorps chauds, la corticothérapie constitue le traitement de choix [1-3], même si les rémissions au long cours se révèlent peu fréquentes chez l’adulte. La splénectomie, les immunosuppresseurs, les échanges plasmatiques, les alcaloïdes dérivés de la pervenche, le danazol, l’azathioprine, le cyclophosphamide et les immunoglobulines polyvalentes intraveineuses peuvent représenter des traitements alternatifs d’intérêt dans certaines circonstances, en particulier en cas d’échec de la corticothérapie. Le rituximab (anticorps monoclonal anti-CD20) a récemment été décrit comme efficace dans les formes réfractaires aux traitements habituels [14]. Le recours à la transfusion en tant que traitement symptomatique dépend essentiellement du degré d’hémolyse, de la tolérance clinique de l’anémie et des facteurs de comorbidité associés chez le patient [1-3, 5].

Étude sérologique

Le bilan immuno-hématologique effectué dans le cadre d’une indication transfusionnelle chez un patient souffrant d’AHAI pose des problèmes spécifiques, rarement rencontrés lors des tests prétransfusionnels pratiqués en routine [1-12]. Il s’agit-là d’un point essentiel, qui doit être connu et compris par les prescripteurs de produits sanguins. Ceci impose une collaboration étroite entre le laboratoire d’immuno-hématologie et l’équipe médicale en charge du patient. Les antécédents transfusionnels et obstétricaux doivent être documentés, de même que le degré d’urgence de la transfusion.

La recherche d’anticorps anti-érythrocytaires

La recherche d’anticorps anti-érythrocytaires détecte aussi bien les alloanticorps que les autoanticorps. Dans les AHAI, les autoanticorps sont dans environ 80 % des cas présents aussi bien libres dans le sérum que fixés sur les globules rouges [3]. Les autoanticorps reconnaissent classiquement des antigènes érythrocytaires de fréquence élevée, présents chez plus de 99 % de la population générale. Citons pour exemple les spécificités anti-RH17 (anti-pdl), anti-RH29 (anti-dl), anti-LW5 (LWa), anti-LW6 (LWab) et anti-MNS5 (U). Ainsi, la recherche d’anticorps anti-érythrocytaires montrera une image de « pan-agglutination » correspondant à l’agglutination de l’ensemble des hématies du panel due à la présence de l’autoanticorps. Par conséquent, la présence éventuelle d’alloanticorps associés d’intérêt transfusionnel ne sera pas visible de prime abord, ces derniers étant masqués par l’autoanticorps. Il a été montré dans une étude concernant 647 patients atteints d’AHAI avec historique transfusionnel et/ou obstétrical que 32 % d’entre eux présentaient un ou plusieurs alloanticorps masqués par l’autoanticorps [12]. En cas de demande de transfusion, il est absolument indispensable d’engager les explorations biologiques complémentaires permettant l’identification d’alloanticorps potentiellement masqués.

Les techniques sérologiques permettant la détection d’alloanticorps potentiellement masqués par un autoanticorps

Plusieurs techniques permettent d’éliminer les autoanticorps anti-érythrocytaires en vue d’identifier les alloanticorps potentiellement masqués. Ces techniques sont basées sur le principe de l’adsorption de l’autoanticorps sur des hématies, autologues (patient) ou homologues (donneurs), tout en laissant libre dans le surnageant (adsorbat) les alloanticorps d’intérêt transfusionnel [1-3, 8-13]. D’un point de vue physico-chimique, le terme « adsorption » est préférable à « absorption » compte tenu du processus de fixation de l’autoanticorps sur une surface solide représentée par la membrane du globule rouge. L’adsorption sur hématies homologues est rendue possible par le fait que les autoanticorps reconnaissent classiquement un antigène érythrocytaire de fréquence élevée.

L’adsorption sur hématies autologues

Cette méthode, couramment dénommée « autoadsorption » consiste en la mise en présence in vitro à 37 °C du sérum du patient avec ses propres hématies. Afin d’améliorer le pouvoir d’adsorption des hématies, ces dernières sont traitées par une enzyme protéolytique, telle que la papaïne. Un réactif dénommé « ZZAP » peut également être utilisé, à base de papaïne cystéine-activée à une concentration de 0,1 % et de dithiotréitol (DTT) 0,1M. Ce mélange permet l’élution des autoanticorps fixés à la surface des globules rouges [15]. La procédure classique d’autoadsorption consiste en un mélange volume à volume de sérum et d’hématies autologues lavées et traitées par la papaïne (1 mL + 1 mL en général), incubé à 37 °C pendant 20 à 30 minutes puis centrifugé. Le surnageant (autoadsorbat) est récupéré, puis sujet à une seconde étape d’adsorption volume à volume sur un nouvel aliquote d’hématies autologues traitées par la papaïne. Cette opération est en général répétée 3 à 6 fois, selon le titre de l’autoanticorps à adsorber. L’adsorbat obtenu au final est sujet à une recherche d’anticorps anti-érythrocytaires classique. Une partie de l’adsorbat est réservée pour le test ultérieur de compatibilité directe au laboratoire. Il est conseillé de ne pas dépasser 10 adsorptions autologues, une légère dilution de l’adsorbat étant possible à chaque étape (solution de NaCl 0,9 % « piégée » dans le culot d’hématies lavées), avec le risque de perte de sensibilité vis-à-vis d’un alloanticorps de faible titre. La technique d’adsorption sur hématies autologues correspond à la méthode de choix pour rechercher la présence d’éventuels alloanticorps masqués. Les alloanticorps ne pourront pas en effet se fixer sur les hématies du patient, qui par définition ne portent pas l’antigène correspondant.

Mais la technique d’adsorption sur hématies autologues présente ses propres limites qu’il est absolument essentiel de connaître. Premièrement, il n’est pas possible de recourir à l’adsorption sur hématies autologues dans un contexte transfusionnel, autrement dit si la dernière transfusion date de moins de 4 mois. Il s’agit-là d’une réserve essentielle qu’il importe de respecter. Dans le cadre d’un contexte transfusionnel, il existe en effet un mélange d’hématies autologues (patient) et homologues (donneurs), avec le risque d’adsorber les éventuels alloanticorps du patient sur les hématies récemment transfusées si ces dernières présentent l’antigène correspondant. Ceci pourrait conduire à un faux négatif lors de la recherche d’anticorps anti-érythrocytaires sur l’adsorbat (figure 1). Une quantité aussi faible que 2 à 6 % d’hématies incompatibles résiduelles circulantes suffit à totalement adsorber in vitro un alloanticorps lors de l’épreuve d’autoadsorption [16]. Deuxièmement, il est nécessaire pour la mise en œuvre de cette technique de disposer d’une quantité suffisante de globules rouges du patient, ce qui n’est pas toujours possible dans le cadre d’AHAI sévères avec faible hématocrite. Enfin, la capacité d’autoadsorption des hématies autologues est limitée. Ceci est particulièrement vrai lorsque le titre de l’autoanticorps est important, induisant une saturation des sites antigéniques érythrocytaires in vivo, alors peu accessibles pour la fixation d’autoanticorps supplémentaires in vitro. Le réactif ZZAP est réputé plus efficace dans ce contexte que le recours à la papaïne seule [1, 3, 15], mais est très peu utilisé en France.

L’adsorption sur hématies homologues

Cette méthode, également dénommée « alloadsorption », « alloadsorption différentielle » ou « alloadsorption sur hématies du panel », consiste en la mise en présence in vitro à 37 °C du sérum du patient avec des hématies de donneurs judicieusement sélectionnées. La méthode de référence consiste au choix de 3 hématies de groupe O, respectivementde phénotype RH:1,2,-3,-4,5 (D+C+E-c-e+ ou R1R1), RH:1,-2,3,4,-5 (D+C-E+c+e- ou R2R2) et RH:-1,-2,-3,4,5 (D-C-E-c+e+ ou rr), avec au moins l’une d’entre elles K+ (KEL:1), une Jk(a-b+) [JK:-1,2] et une Jk(a+b-] [JK:1,-2] [1-3, 17]. Ces trois hématies sont traitées par la papaïne. Le respect des phénotypes Duffy et MNS n’est donc pas requis, les antigènes Fya (FY1), Fyb (FY2), M (MNS1), N (MNS2), S (MNS3) et s (MNS4) étant alors détruits. La procédure ultérieure consiste en un mélange volume à volume des 3 hématies sélectionnées avec le sérum du patient (1 mL + 1 mL en général), incubé à 37 °C pendant 20 à 30 minutes puis centrifugé. Le surnageant (alloadsorbat) est récupéré, puis sujet à une seconde étape d’adsorption. Cette opération est répétée 3 à 6 fois, selon le titre de l’autoanticorps à adsorber. Une partie de chacun des 3 alloadsorbats est réservée pour le test ultérieur de compatibilité directe au laboratoire des unités de globules rouges à transfuser.

Après les étapes d’adsorption différentielle sur les 3 hématies tests, une recherche d’anticorps anti-érythrocytaires est réalisée sur chacun des 3 alloadsorbats. Les éventuels alloanticorps anti-D (RH1), anti-C (RH2), anti-E (RH3), anti-c (RH4), anti-e (RH5), anti-K (KEL1), anti-Jka (JK1) et anti-Jkb (JK2) ne se fixeront que sur les hématies adsorbantes présentant l’antigène correspondant, mais resteront libres dans l’adsorbat si les hématies adsorbantes ne présentent pas l’antigène cible. Par ailleurs, les éventuels alloanticorps anti-Fya (FY1), anti-Fyb (FY2), anti-M (MNS1), anti-N (MNS2), anti-S (MNS3) et anti-s (MNS4) resteront libres dans l’alloadsorbat. Ils ne pourront pas se fixer sur les 3 hématies adsorbantes, puisque les antigènes correspondants ont été détruits par la papaïne. L’analyse du profil de réactivité des 3 alloadsorbats sur un panel classique d’hématies-tests ainsi que la prise en compte du profil antigénique de chaque cellule adsorbante permettent l’identification des alloanticorps anti-érythrocytaires. Tout comme pour l’autoadsorption, il est conseillé de ne pas dépasser 10 alloadsorptions, une légère dilution de l’adsorbat étant possible à chaque étape, avec le risque de perte de sensibilité vis-à-vis d’un alloanticorps de faible titre.

Une variante de cette technique existe avec une seule cellule adsorbante, de phénotype ABO, RH, KEL et JK compatible. La cellule étant traitée par la papaïne, la compatibilité pour les systèmes FY et MNS n’est pas requise. Cette approche est séduisante, mais elle nécessite d’être absolument sûr du phénotype RH et JK du patient. Ceci n’est pas toujours possible en cas de contexte transfusionnel, de même qu’avec certains réactifs si le TDA est positif.

La technique d’alloadsorption présente trois principaux avantages. Elle est tout d’abord utilisable dans un contexte transfusionnel. Par ailleurs, elle ne nécessite pas de globules rouges du patient, difficilement disponibles en cas d’anémie sévère. Enfin, les hématies utilisées n’ont pas été sensibilisées in vivo par l’autoanticorps et présentent ainsi une capacité d’adsorption plus importante que les hématies autologues.

Cette technique présente toutefois plusieurs inconvénients. Il existe, tout d’abord, un problème de disponibilité des trois hématies adsorbantes, ce qui réserve le plus souvent cette technique aux laboratoires spécialisés. Par ailleurs, il s’agit d’une technique lourde et dont le délai de réalisation et d’interprétation prend plusieurs heures. Il importe également de souligner que cette technique peut entraîner l’adsorption d’un éventuel alloanticorps dirigé contre un antigène de fréquence élevée (anticorps « antipublic » chez un patient présentant un groupe sanguin rare). Il s’agit certes d’une situation peu fréquente, mais il importe de connaître et d’assumer cette limite de la technique. Un autre inconvénient réside dans le caractère restreint du nombre de spécificité d’alloanticorps identifiables. En effet, seuls les alloanticorps courants d’intérêt transfusionnel peuvent être mis en évidence dans l’alloadsorbat.

Le test direct à l’antiglobuline

Le test direct à l’antiglobuline (TDA) consiste à rechercher une sensibilisation des hématies in vivo, à l’aide d’une antiglobuline polyspécifique reconnaissant à la fois les IgG et le complément. Il est également possible de recourir à une antiglobuline monospécifique anti-IgG et anti-C3. Les patients souffrant d’AHAI sévère présentent habituellement un TDA fortement positif [1-3, 8]. Il a été montré que 86 % des patients présentant des signes d’hémolyse clinique ont un TDA positif de type IgG d’intensité ≥ 2+ [18, 19]. Dans le cadre d’AHAI à autoanticorps chauds, une étude a mis en évidence que 67 % des cas étaient associés à un TDA de type IgG exclusif, 24 % à un TDA mixte IgG et C3, 7 % à un TDA de type C3 exclusif et 1 % à un TDA négatif [20]. Un TDA faussement négatif peut être retrouvé en cas de quantité trop faible de molécules anticorps IgG fixées (< 200-500/hématie) et dans de rares cas d’AHAI à anticorps chauds de type IgA, IgM ou encore d’IgG de faible affinité. Un faux négatif peut également être la conséquence d’un problème technique. Si le résultat négatif n’apparaît pas cohérent avec la clinique, il importera de répéter le test et de faire procéder si nécessaire à un contrôle par un laboratoire d’immuno-hématologie spécialisée. Toutefois, environ 50 % des AHAI avec TDA négatif demeurent sans explication [8]. Inversement, la valeur prédictive d’un TDA positif est faible pour le diagnostic des AHAI : 0,1 % des donneurs de sang et 1 à 15 % des patients hospitalisés présentent un test positif sans aucun signe ni symptôme d’hémolyse [2, 8].

L’élution directe

Le test d’élution directe consiste à détacher les anticorps fixés sur les hématies puis à réaliser une recherche d’anticorps anti-érythrocytaires sur l’éluat obtenu. Afin de confirmer que le TDA positif est dû à un autoanticorps, le test d’élution s’avère nécessaire [8]. Dans les AHAI avec autoanticorps IgG, il est classique d’observer une agglutination de l’ensemble des hématies du panel, pour le sérum comme pour l’éluat direct. Dans certains cas d’AHAI, les autoanticorps IgG peuvent toutefois être entièrement fixés sur les hématies du patient, et par conséquent être retrouvés uniquement dans l’éluat. Il existe plusieurs types de techniques d’élution, fondées sur des principes physiques (chaleur) ou chimiques (solvants organiques, pH acide). La technique à pH acide est la plus couramment rencontrée dans les laboratoires d’immuno-hématologie.

Détermination du phénotype érythrocytaire du patient

La détermination des groupes ABO, RH et KEL ne présente en général pas de problème chez un patient souffrant d’AHAI. La connaissance du phénotype étendu (FY, JK et MNS) s’avère très utile dans la prise en charge de ces sujets. Ceci permet en particulier de connaître et respecter les antigènes majeurs vis-à-vis desquels le patient a pu ou pourrait s’immuniser, dans l’hypothèse où les techniques d’adsorption ne pourraient pas être effectuées ou dont le temps de réalisation ne serait pas compatible avec l’urgence transfusionnelle [21]. Si le phénotypage étendu est réalisé en test indirect à l’antiglobuline (technique classique pour bon nombre de réactifs disponibles sur le marché), les résultats peuvent apparaître faussement positifs si les hématies du patient sont recouvertes d’autoanticorps de classe IgG. Par ailleurs, si un patient a été récemment transfusé (dans les quatre mois précédents), le phénotypage érythrocytaire n’est pas réalisable puisque deux populations de globules rouges coexistent, celle du receveur et celle du donneur. Il est ainsi essentiel que tout patient suspecté d’intégrer un programme de transfusions chroniques puisse bénéficier d’un phénotype étendu avant toute transfusion, à savoir au minimum le typage Fya (FY1), Fyb (FY2), Jka (JK1), Jkb (JK2), S (MNS3) et s (MNS4). Si la réalisation du phénotypage étendu n’est pas possible pour les deux raisons précédemment évoquées, la technique de choix consiste alors en la réalisation du génotypage érythrocytaire.

Génotypage érythrocytaire

Le génotypage érythrocytaire consiste à étudier l’expression des gènes de groupes sanguins au niveau de l’ADN génomique leucocytaire du patient. La plupart des marqueurs de groupes sanguins correspondent à un polymorphisme de type « simple substitution » ou Single Nucleotide Polymorphism chez les Anglo-Saxons (SNP), qu’il est possible d’étudier avec des techniques de biologie moléculaire spécialisées (PCR allèle-spécifique, PCR en temps réel, PCR-RFLP, etc.). Le phénotype est alors déduit du génotype. Toutefois, il importe de préciser que dans de rares situations, le génotype ne correspond pas au phénotype. Par exemple, le groupe sanguin rare MNS:-3,-4,-5 (S-s-U-), spécifiquement rencontré dans la population d’origine afro-antillaise, apparaît fréquemment MNS*3,-4 lorsque les polymorphismes MNS*3 et MNS*4 sont étudiés. Ce type particulier de phénotype U- est dénommé Uvar. Le phénotype déduit du génotype pourrait donc être faussement conclu MNS:3,-4 (S+s-) alors que le sujet présente le groupe sanguin rare MNS:-3,-4,-5.

Lorsque le patient est transfusé, il reçoit systématiquement, depuis le 1er avril 1998 en France, des concentrés de globules rouges déleucocytés, dont le taux de leucocytes résiduels est < 106 par unité. Compte tenu du rapport de concentration entre les leucocytes du patient et les leucocytes résiduels transfusés, il n’a jusqu’à présent jamais été rapporté de problème d’interprétation de résultat lié à une possible interférence avec l’ADN issu des leucocytes résiduels transfusés. Par ailleurs, l’échec ou l’absence de déleucocytation des concentrés de globules rouges transfusés ne semble pas causer de problème d’interprétation du génotypage érythrocytaire du patient [22].

Sélection des unités de globules rouges pour la transfusion

Un échantillon d’hématies de chaque unité de globules rouges à transfuser est incubé à 37 °C avec le sérum du patient (test de compatibilité directe au laboratoire). Ce test est obligatoire lorsque le patient présente ou a présenté un(des) alloanticorps anti-érythrocytaires. Comme vu précédemment, la présence dans le sérum d’un autoanticorps, reconnaissant le plus souvent un antigène érythrocytaire de fréquence élevée, rend alors le test de compatibilité ininterprétable puisque toutes les unités testées apparaissent d’emblée incompatibles Les unités semblant les « moins incompatibles » (agglutinations les moins intenses), sont d’une part supposées être les moins réactives vis-à-vis de l’autoanticorps et d’autre part ne pas être reconnues par un éventuel alloanticorps non dépisté lors de la recherche d’anticorps anti-érythrocytaires. La sélection de telles unités représente toutefois une fausse sécurité [23]. L’expression « unités les moins incompatibles » devrait être bannie du langage des immuno-hématologistes, car source d’une certaine confusion pour les prescripteurs [1, 23]. Dans le cadre d’une AHAI avec autoanticorps chauds, le test de compatibilité directe ne doit pas être réalisé avec le sérum mais avec l’adsorbat obtenu sur hématies autologues (autoadsorbat) ou homologues (alloadsorbat).

La figure 2 récapitule les investigations sérologiques et les modalités de sélection de concentrés de globules rouges (CGR) dans les AHAI à autoanticorps chauds.

Lorsqu’une spécificité anti-RH courante est identifiée pour l’autoanticorps, anti-D (RH1) ou anti-e (RH5) par exemple, la question du recours à des unités dépourvues de l’antigène correspondant est régulièrement soulevée. Il est couramment admis de ne pas respecter la spécificité d’un autoanticorps anti-RH, même si certaines études ont suggéré une durée de vie diminuée d’hématies transfusées porteuses de l’antigène reconnu par l’autoanticorps [1-3, 8, 9]. En l’absence de respect de la spécificité de l’autoanticorps, il existe de rares situations où les transfusions s’avèrent inefficaces, voire exceptionnellement source d’hémolyse post-transfusionnelle. Le recours à des unités de sang de phénotype rare peut parfois représenter la seule alternative pour la transfusion de patients souffrant d’AHAI graves et pour lesquels la transfusion d’hématies ne respectant pas la spécificité de l’autoanticorps se révèle totalement inefficace [24]. Il ne semble pas par ailleurs exister de corrélation entre la spécificité de l’autoanticorps et son potentiel hémolytique [19].

Compte tenu des contraintes particulières nécessaires à la sélection d’unités de sang dans un contexte d’AHAI, entraînant un certain délai de réalisation pour les investigations immuno-hématologiques (plusieurs heures), il est essentiel que la prescription de produits sanguins soit anticipée le plus tôt possible par le clinicien en charge du patient. Tous les renseignements cliniques doivent simultanément être transmis avec les échantillons sanguins, de même que l’historique transfusionnel et obstétrical, ainsi que les résultats de bilans immuno-hématologiques éventuellement réalisées au sein d’autres laboratoires. La quantité d’échantillons sanguins doit être suffisante pour réaliser les adsorptions sur hématies autologues (privilégier les tubes sur EDTA) ou homologues (privilégier les tubes sans additif).

Aspects pratiques de la transfusion dans les AHAI à autoanticorps chauds

Tous les patients atteints d’AHAI ne sont pas concernés par la transfusion. La décision transfusionnelle se fait au cas par cas. Deux types de risques immunologiques sont alors spécifiquement rencontrés. Premièrement, la présence d’autoanticorps complique fortement les tests prétransfusionnels et peut gêner l’identification d’alloanticorps masqués. Ce risque est d’autant plus accru chez les personnes présentant un historique transfusionnel et/ou obstétrical. Deuxièmement, l’autoanticorps en lui-même peut entraîner une réduction plus ou moins importante de la durée de vie des hématies transfusées. Le risque est en particulier accru chez les patients souffrant d’AHAI sévères pour lesquels la transfusion peut se révéler inefficace, voire entraîner une aggravation de l’hémolyse [3]. Cependant, les réactions immuno-hémolytiques post-transfusionnelles sévères par autoanticorps demeurent très rares.

L’indication transfusionnelle doit mettre en balance plusieurs critères, incluant l’état clinique du patient et les facteurs de comorbidité, son âge, la tolérance clinique de l’anémie, la réponse aux autres thérapeutiques (corticostéroïdes par exemple) et les données complètes du bilan immuno-hématologique [1-3, 5-9, 25]. Le rapport bénéfice/risque doit être discuté étroitement entre le clinicien et le responsable du laboratoire d’immuno-hématologie, en tenant en particulier compte de l’existence d’éventuels antécédents transfusionnels et obstétricaux. Une anémie sévère mais stable lors du diagnostic initial est le plus souvent plutôt bien tolérée et peut répondre favorablement en quelques jours à la corticothérapie, sans recours nécessaire à la transfusion. Les patients souffrant d’une anémie chronique stable peuvent ponctuellement bénéficier de transfusions en cas de mauvaise tolérance clinique. La fréquence des transfusions dépend du taux d’hémolyse et de la capacité régénérative de la moelle pour la lignée rouge. La présence d’une réticulocytopénie constitue un facteur de mauvais pronostic pouvant justifier une transfusion dans les meilleurs délais [26]. Une transfusion en urgence peut s’avérer nécessaire dans les cas d’hémolyse aiguë fulminante, ou suite à l’installation progressive d’une anémie profonde [1-3]. Lorsque les fonctions cardiaques et cérébrales sont menacées, la transfusion doit être réalisée sans délai, même si les investigations immuno-hématologiques ne sont pas terminées. Il importe de rappeler qu’il peut être plus dangereux de bloquer une transfusion absolument nécessaire que de délivrer des unités de globules rouges incompatibles en raison de la présence de l’autoanticorps [8]. Les signes cliniques et symptômes de l’anémie peuvent habituellement être corrigés avec de faibles quantités de globules rouges. La transfusion d’un seul CGR, souvent qualifiée d’inutile lors d’une transfusion classique, peut tout à fait s’entrevoir dans le cadre des AHAI afin de passer un cap. Le volume transfusé doit être le minimum requis afin de maintenir l’oxygénation des organes et tissus, et la transfusion doit être opérée lentement. Si des signes exacerbés d’hémolyse post-transfusionnelle apparaissent, un bilan exploratoire complet devra être réalisé. Même si la réaction hémolytique post-transfusionnelle peut être due à l’autoanticorps dans de rares circonstances, il est indispensable d’éliminer l’hypothèse d’un alloanticorps masqué et non identifié, voire une incompatibilité ABO.

Les anémies hémolytiques auto-immunes à autoanticorps froids

Définition

Les AHAI à autoanticorps froid peuvent se manifester sous forme chronique, particulièrement rencontrées chez les adultes plutôt âgés et parfois associées à des hémopathies de type B (lymphomes, macroglobulinémie de Waldenström ou leucémie lymphoïde chronique). On parle alors de maladie des agglutinines froides. Il existe par ailleurs des formes transitoires survenant au décours de complications de maladies infectieuses, particulièrement rencontrées chez l’enfant. Ce contexte représente toutefois moins de 10 % des AHAI rencontrées en pédiatrie.

Présentation clinique

La forme chronique chez l’adulte est habituellement caractérisée par une anémie discrète à modérée, stable et dépendante de la capacité de l’autoanticorps froid à activer le complément. Sous l’action du froid peut survenir une acrocyanose des extrémités distales (doigts, nez, oreilles, orteils) due à l’agglutination in vivo des hématies par l’autoanticorps, parfois associée à une hémolyse intravasculaire et chute brutale de l’hémoglobine (AHAI fulminante). Les formes les plus graves peuvent conduire à une nécrose ischémique des extrémités. Dans les formes primaires (hémopathies de type B par exemple) ou idiopathiques, l’autoanticorps froid est habituellement une IgM, de nature monoclonale, matérialisée par un pic à l’électrophorèse des protéines et une bande en immunofixation. La présence d’une hémopathie de type B doit être recherchée avant le traitement symptomatique de l’AHAI, dans la mesure où la chimiothérapie peut à elle seule corriger l’anémie. Dans les formes idiopathiques d’AHAI, l’anémie est en général modérée, et l’absence d’exposition au froid permet d’éviter les formes sévères.

Les AHAI associées à des agents infectieux, en particulier Mycoplasma pneumoniae et virus d’Epstein Barr, se caractérisent typiquement par une installation brutale, avec parfois une anémie sévère apparaissant deux à trois semaines après le début des signes infectieux. Contrairement aux AHAI secondaires, les AHAI transitoires associées aux infections montrent des autoanticorps de nature polyclonale, le plus souvent de type IgM et beaucoup plus rarement IgG ou IgA.

Physiopathologie

Le pouvoir pathogène de l’autoanticorps IgM dépend de sa capacité d’activation du complément sur la membrane du globule rouge. L’autoanticorps se fixe sur l’hématie dans la circulation périphérique où la température corporelle est la plus basse (extrémités distales), puis fixe et active le complément jusqu’au fragment C3b. Lors du passage ultérieur dans la circulation générale où la température corporelle est plus élevée, l’IgM se détache des globules rouges. Les hématies recouvertes de C3b sont éliminées en partie par le foie, tandis que le fragment C3b est dégradé en iC3b puis C3dg sur de nombreux globules rouges circulants. Les patients présentant un autoanticorps de grande amplitude thermique ou un déficit du système d’inactivation du C3b sont classiquement ceux touchés par les AHAI les plus sévères [3].

Traitement

La thérapeutique la plus efficace consiste à éviter l’exposition au froid. Le port de vêtements chauds en toute saison est indispensable. Les AHAI transitoires post-infectieuses ne nécessitent pas de traitement spécifique. Les AHAI associées aux syndromes lymphoprolifératifs sont réputées les plus difficiles à traiter. La splénectomie n’est pas efficace. La corticothérapie n’est pas indiquée, sauf chez les patients avec autoanticorps de type IgM exclusif, de faible titre et d’amplitude thermique large. Le cyclophosphamide peut être utilisé, de même que le rituximab [14], ou encore la plasmaphérèse dans les formes les plus graves [27].

Étude sérologique

La recherche d’anticorps anti-érythrocytaires

Les différents paramètres étudiés afin de caractériser un autoanticorps froid sont l’amplitude thermique, le titre, la classe (isotype) et la spécificité. Les autoanticorps froids réagissent plus fortement à 4 °C qu’à des températures plus élevées. Les réactions d’agglutination tendent à disparaître lorsque la température d’incubation s’approche de 37 °C. Toutefois, il existe des autoanticorps d’amplitude thermique large donnant des réactions encore nettement positives entre 31 et 37 °C. L’amplitude thermique de l’anticorps constitue un meilleur marqueur prédictif de pathogénicité que son titre [3]. La plupart des sujets sains présentent à l’état physiologique des autoanticorps IgM, de titre inférieur ou égal à 64. Dans les cas classiques d’AHAI avec autoanticorps froids, le titre de l’autoanticorps est nettement plus élevé (> 1 000 à 4 °C). Les autoanticorps froids présentent classiquement une spécificité anti-I ou anti-i [1-3]. La distinction entre auto-anti-I et auto-anti-i peut se faire grâce au recours à des hématies de sang cordon (I-,i+) et d’adultes (I+,i-). Dans la plupart des AHAI liées aux infections à Mycoplasma pneumoniae, la spécificité est de type anti-I, alors que l’anticorps retrouvé dans la mononucléose infectieuse est de type anti-i [1-3].

Comme pour les AHAI à autoanticorps chauds, il est important de rechercher la présence d’éventuels alloanticorps associés à l’autoanticorps. Du fait de sa réactivité optimale à basse température, l’autoanticorps froid peut ne pas réagir lors de la recherche d’anticorps anti-érythrocytaires, en particulier si tous les réactifs et le sérum sont pré-incubés à 37 °C. Ceci permet la détection exclusive d’alloanticorps d’intérêt transfusionnel de type IgG. Dans le cas d’un anticorps d’amplitude thermique large, la recherche d’anticorps anti-érythrocytaires à 37 °C peut être perturbée. Le cas échéant, une adsorption du sérum réalisée à froid (4 °C ou 22 °C) sur hématies autologues ou homologues permet en général d’éliminer l’autoanticorps et de rechercher la présence d’alloanticorps dans l’adsorbat. Il est également possible de traiter le sérum volume à volume avec le dithiotréitol (DTT) 0,01 M, clivant les ponts disulfures des IgM tout en conservant les IgG intègres. Cette technique présente toutefois l’inconvénient de diluer le sérum au demi, d’où un risque de faux négatif pour des alloanticorps IgG de faible titre potentiellement masqués par l’autoanticorps IgM.

Étude de l’amplitude thermique

Le test d’amplitude thermique consiste à titrer l’autoanticorps à différentes températures. Il est important que les échantillons sanguins soient immédiatement conservés à 37 °C dès le prélèvement du patient [8]. Le titre de l’autoanticorps est classiquement étudié à quatre températures : 4, 22, 30 et 37 °C, dans un but diagnostique et de suivi thérapeutique.

Le test direct à l’antiglobuline

Le test direct à l’antiglobuline (TDA) est classiquement de type complément exclusif. Il existe une corrélation directe entre le degré d’hémolyse et la quantité de complément fixé à la surface des hématies [18]. L’anticorps monoclonal anti-C3d est aujourd’hui très largement utilisé pour rechercher le complément sur les hématies. Le fragment C3d n’est toutefois pas généré in vivo. Il correspond à la dégradation in vitro du C3dg sous l’action d’enzymes protéolytiques (trypsine par exemple). L’anticorps monoclonal anti-C3d est capable de reconnaître un épitope commun aux fragments du complément générés in vivo de type C3, C3b, iC3b et C3dg.

Dans la mesure où seul le complément est présent sur les hématies, l’élution montre un résultat négatif. Dans les formes plus rares d’AHAI avec autoanticorps froids impliquant à la fois une IgG et une IgM, le TDA permettra de mettre en évidence l’IgG à la surface de l’hématie. L’IgM pourra quant à elle être détectée avec certains réactifs de deuxième intention (antiglobuline monospécifique anti-IgM).

Détermination du phénotype érythrocytaire du patient

Dans les AHAI avec autoanticorps froids, des difficultés peuvent être rencontrées dans la réalisation du groupage ABO et Rh à température ambiante. Le problème d’auto-agglutination à 22 °C des hématies du patient peut être résolu en maintenant les échantillons sanguins à 37 °C après le prélèvement. Par ailleurs, les problèmes d’interprétation de l’épreuve sérique ABO peuvent être évités en pré-incubant les hématies tests et le sérum à 37 °C, ou en utilisant le sérum adsorbé à froid sur hématies autologues ou homologues.

Sélection des unités de globules rouges et aspects pratiques de la transfusion

Lorsque le test de compatibilité directe au laboratoire est réalisé à 37 °C, les unités de globules rouges peuvent apparaître incompatibles si l’autoanticorps froid présente une amplitude thermique large. Ce problème peut en général être résolu si l’ensemble des réactifs et échantillon de sérum sont pré-incubés à 37 °C [17]. Toutefois, des hématies trouvées compatibles n’auront pas forcément une durée de vie normale, car une activation du complément peut survenir dans les zones où la température corporelle est inférieure à 37 °C. Ceci est particulièrement vrai en cas d’exposition au froid ambiant. Après avoir été transfusées, les hématies peuvent ainsi subir une destruction plus ou moins rapide, qui perdurera jusqu’à ce qu’elles acquièrent une résistance à l’action du complément. Tout comme pour les AHAI à autoanticorps chauds, la transfusion dans les AHAI à autoanticorps froids doit être indiquée avec précaution. Toutefois, la transfusion doit être considérée sans délai pour les cas les plus graves d’anémie, en particulier les formes fulminantes et celles avec signes d’intolérance clinique majeure chez le patient.

Dans le cas d’un autoanticorps de spécificité anti-I, le recours à des unités de sang rare I négatif ne se justifie pas, en dehors de cas tout à fait exceptionnels. Il importe de préciser que seuls 47 sujets I négatifs, dont 3 donneurs, sont répertoriés en France début 2009.

Le recours à un réchauffeur de sang pour la transfusion des patients souffrant d’AHAI avec autoanticorps froids est classiquement recommandé. Certaines études ont cependant montré une efficacité controversée. Le réchauffement à 37 °C de la pièce où séjourne le patient est réputé plus efficace [3, 8].

Les anémies hémolytiques auto-immunes à autoanticorps chauds et froids

Environ 7 à 8 % des AHAI présentent des caractéristiques sérologiques associant à la fois un autoanticorps chaud et un autoanticorps froid. Ce type d’AHAI mixte est réputé le plus sévère. Les patients atteints de lupus érythémateux disséminé représentent 25 à 40 % des AHAI de ce type. L’efficacité du traitement aux corticostéroïdes peut s’avérer spectaculaire. La plupart des patients souffrent cependant d’hémolyse chronique.

Contrairement aux AHAI avec autoanticorps froids exclusifs, les autoanticorps IgM des AHAI mixtes ont un titre habituellement faible (< 64 à 4 °C) mais une amplitude thermique large allant jusqu’à 37 °C. Comme dans les AHAI à autoanticorps chauds, il importe de rechercher la présence éventuelle d’alloanticorps masqués par l’autoanticorps. Une adsorption du sérum sur hématies autologues ou homologues pourra être effectuée en associant de manière séquentielle une série d’adsorptions à 37 °C et une série à 22 °C (voire 4 °C). Les risques potentiels liés à la transfusion sont les mêmes que ceux vus précédemment.

L’hémoglobinurie paroxystique a frigore

Définition et présentation clinique

L’hémoglobinurie paroxystique a frigore, à distinguer de l’hémoglobinurie paroxystique nocturne, représente la forme la plus rare d’AHAI. Elle était assez fréquente au début du XXe siècle en tant que pathologie chronique chez les patients adultes souffrant de syphilis. Aujourd’hui, l’hémoglobinurie paroxystique a frigore est très rare chez l’adulte (< 2 % des cas d’AHAI). Elle représente par contre 5 à 40 % des AHAI de l’enfant, faisant classiquement suite à un syndrome infectieux dont les principaux agents responsables sont Mycoplasma pneumoniae et les virus responsables d’infections ORL et bronchiques. L’hémolyse peut être fulminante et la thérapeutique transfusionnelle peut s’avérer nécessaire.

Étude sérologique

L’autoanticorps est de classe IgG et qualifié d’hémolysine biphasique ou hémolysine de Donath-Landsteiner. L’hémolysine biphasique IgG se fixe sur les hématies à froid et active les deux premiers composants du complément. La cascade enzymatique du complément se poursuit lorsque les hématies sont réchauffées à 37 °C, aboutissant à l’hémolyse. Ceci est à la base du test diagnostique dénommé test de Donath-Landsteiner. In vivo, l’autoanticorps IgG réagit avec les hématies dans les zones corporelles les plus froides et fixe le complément, phénomène exacerbé par une faible température ambiante. L’autoanticorps se détache de l’hématie lorsqu’il parvient dans les zones plus chaudes de la circulation corporelle. Ceci explique pourquoi le TDA est typiquement de type complément exclusif, ainsi que le résultat négatif de l’élution. L’autoanticorps IgG, de type hémolysine biphasique, est classiquement de spécificité anti-P (GLOB1). L’antigène P correspond à un antigène érythrocytaire de fréquence élevée, seul représentant à ce jour du système de groupe sanguin GLOB. Dans les conditions de température adéquates in vitro, l’autoanticorps anti-P réagit avec toutes les cellules du panel, à l’exception des cellules des exceptionnels sujets P négatif, autrement dit des individus de phénotype GLOB:-1,-2 [Tj(a-) ou p] et Pk (GLOB:-1,2). L’absence de réactivité du sérum vis-à-vis de ce type d’hématies rares peut représenter pour les laboratoires de référence une alternative au test de Donath-Landsteiner.

Sélection des unités de globules rouges pour la transfusion

Dans la mesure où l’autoanticorps responsable est rarement agglutinant in vitro au-delà de 4 °C, les unités de sang auront toutes les chances d’être trouvées compatibles lors des tests classiques. Certaines études semblent suggérer que les hématies de phénotype Tj(a-) présenteraient une survie significativement accrue par rapport aux hématies P positif en présence d’autoanticorps anti-P [3]. Toutefois, la prévalence des sujets Tj(a-) est d’environ 1/200 000 dans la population générale (23 donneurs répertoriés en France début 2009). Il apparaît donc illusoire de recourir à de telles unités pour la transfusion de ces patients. L’utilisation d’unités de phénotype classique est donc indiquée en cas de besoin transfusionnel urgent. Dans les formes les plus graves, la plasmaphérèse peut être indiquée [2]. Par ailleurs et malgré l’absence de données consensuelles, plusieurs études suggèrent l’intérêt de réchauffeurs de sang pour la transfusion des patients atteints d’hémoglobinurie paroxystique a frigore [3, 28, 29]. Le recours à des unités de globules rouges lavées, afin de limiter l’apport de complément, ne semble pas apporter d’avantage significatif en termes de sécurité transfusionnelle [2].

Le tableau 1 fournit les principaux éléments du diagnostic biologique différentiel entre les AHAI par autoanticorps chauds, AHAI par autoanticorps froids, AHAI mixtes et hémoglobinurie paroxystique a frigore.

Tableau 1 Le diagnostic biologique différentiel des différents types d’anémies hémolytiques auto-immunes (d’après [2])

AHAI à autoanticorps chauds

AHAI à autoanticorps froids

AHAI de type mixte

Hémoglobinurie paroxystique a frigore

Autoanticorps

IgG (rarement IgM ou IgA)

IgM

IgG et IgM

IgG biphasique

Présentation clinique

Variable : hémolyse extravasculaire prédominante

Anémie modérée. Hémolyse intravasculaire possible

Clinique des AHAI à anticorps chauds, ou anticorps chauds et froids

Phase inaugurale brutale. Anémie sévère. Hémolyse intravasculaire

Recherche d’anticorps anti-érythrocytaires

Profil typique : anticorps dirigé contre un antigène de fréquence élevée

Négative à 37 °C, sauf si anticorps de large amplitude thermique

Profil typique : anticorps dirigé contre un antigène de fréquence élevée

Négative à 37 °C

Test direct à l’antiglobuline

IgG (67 %), IgG + C3 (24 %), C3 (7 %)

C3 (> 90 %)

IgG + C3 (> 70 %)

C3 (> 95 %)

Eluat

Anticorps dirigé contre un antigène de fréquence élevée

Non réactif

Anticorps dirigé contre un antigène de fréquence élevée

Non réactif

Investigations et résultats complémentaires

Phénotypage ou génotypage étendu (FY, JK et MNS) Asdorption sur hématies autologues ou homologues

Titrage (≥ 64 à 4 °C) Amplitude thermique large

Faible titre de l’IgM à 4 °C (< 64) mais amplitude thermique large

Test de Donath-Landsteiner

Spécificité autoanticorps classique

Anticorps à composante anti-RH (anti-RH29, anti-RH17, anti-RH1, anti-RH5, etc.)

Anti-I Anti-i

Anti-P

Les anémies hémolytiques associées aux médicaments

Définition

Les anémies hémolytiques associées aux médicaments représentaient 12 à 18 % de l’ensemble des AHAI lorsque des doses élevées de bêtalactamines (pénicilline en particulier) et d’alpha-méthyldopa étaient couramment utilisées. La prévalence relative de ce type d’AHAI est aujourd’hui beaucoup moins élevée. Une anémie hémolytique associée à un médicament doit être suspectée au laboratoire si le patient présente une hémolyse brutale, un TDA positif, une recherche d’anticorps anti-érythrocytaires négative et des témoins autologues négatifs. Trois principaux mécanismes peuvent être à l’origine d’un TDA positif et d’une possible hémolyse associée à la prise de médicament : l’adsorption du médicament sur la membrane du globule rouge, le médicament jouant le rôle d’haptène (cas le plus fréquent, exemple de la pénicilline) ; la formation de complexes immuns adhérant aux hématies (exemples de la quinidine et ceftriaxone) ; l’induction de la production d’autoanticorps dont la cible est le globule rouge (exemples de l’alpha-méthyldopa et fludarabine).

Étude sérologique

Pour les cas impliquant un phénomène d’adsorption du médicament sur les hématies, le TDA est positif de type IgG exclusif, ou mixte IgG et complément. La recherche d’anticorps anti-érythrocytaires est négative, sauf dans le cas où les hématies tests sont suspendues dans une solution incluant la molécule incriminée en tant que conservateur. Dans le cas du mécanisme impliquant les complexes immuns, l’étude sérologique est comparable à la précédente, en dehors du TDA qui apparaît le plus souvent de type complément exclusif. Dans le mécanisme de type induction auto-immune, les résultats de l’étude sérologique sont similaires à ceux des AHAI à autoanticorps chauds.

Sélection des unités de globules rouge pour la transfusion

Il n’existe pas de mesures particulières à prendre pour la transfusion dans le cadre des anémies hémolytiques associées aux médicaments. Seuls les médicaments inducteurs d’une auto-immunité anti-érythrocytaire (type alpha-méthyldopa) peuvent perturber la recherche d’anticorps anti-érythrocytaires (agglutination de l’ensemble des hématies du panel) et les tests de compatibilité directe au laboratoire. Des tests d’adsorption du sérum sur hématies autologues ou homologues s’imposent alors dans ce cas afin de rechercher d’éventuels alloanticorps associés.

En conclusion, la présence d’autoanticorps sériques libres et présents à la surface des hématies chez les patients souffrant d’AHAI interfère le plus souvent avec la réalisation des tests prétransfusionnels de routine, tels que la recherche d’anticorps anti-érythrocytaires, le phénotypage étendu et le test de compatibilité directe au laboratoire. Le principal risque transfusionnel dans les AHAI, en particulier celles à autoanticorps chauds, correspond au masquage potentiel d’alloanticorps d’intérêt clinique par l’autoanticorps, ce dernier reconnaissant le plus souvent un antigène érythrocytaire de fréquence élevée. Il est alors indispensable d’engager des tests complémentaires longs et fastidieux (autoadsorption ou alloadsorption du sérum, phénotypage étendu, génotypage érythrocytaire). La décision transfusionnelle dans la prise en charge des AHAI doit être établie de manière conjointe entre le prescripteur et le laboratoire d’immuno-hématologie. Elle devra tout particulièrement prendre en compte la sévérité de l’anémie, son niveau de tolérance clinique ainsi que le bénéfice potentiel de thérapeutiques alternatives. En cas d’urgence transfusionnelle, il importera également de considérer le risque d’un retard transfusionnel lié au délai d’exécution de l’ensemble des tests immuno-hématologiques, tout en prenant en compte l’existence d’éventuels antécédents transfusionnels et obstétricaux.

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