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Apports de la cytologie et de la cytométrie en flux dans le diagnostic d’un lymphome T angio-immunoblastique (LTAI) avec envahissement sanguin et médullaire : cas clinique et revue de la littérature


Hématologie. Volume 15, Numéro 4, 314-8, juillet-août 2009, Cas anatomoclinique

DOI : 10.1684/hma.2009.0365


Auteur(s) : Francois Mullier, Yvan Cornet, Nicolas Neyman, Alex Dromelet, Monique Delos, André Bosly, Christian Chatelain, Bernard Chatelain , UCL Mont-Godinne, Yvoir, Belgique.

Illustrations

ARTICLE

Auteur(s) : Francois Mullier, Yvan Cornet, Nicolas Neyman, Alex Dromelet, Monique Delos, André Bosly, Christian Chatelain, Bernard Chatelain

UCL Mont-Godinne, Yvoir, Belgique

Les envahissements a minima du sang et de la moelle par les lymphomes sont difficiles à mettre en évidence. Le cas rapporté ici illustre l’importance d’une interaction étroite entre la cytologie, l’histologie médullaire et la cytométrie en flux, et démontre l’intérêt d’une stratégie « multicouleur » adaptée dans le cadre d’un lymphome T angio-immunoblastique avec envahissement sanguin et médullaire.

Observation clinico-biologique

Une dame de 74 ans se présente à la consultation pour altération de l’état général avec toux, fatigue, dyspnée et œdème des membres inférieurs. À l’examen clinique, des adénopathies cervicales, axillaires et médiastinales, une hépato-splénomégalie et un épanchement pleuro-péricardique sont découverts. Il n’y a pas de lésion cutanée. Au niveau biologique, le complet sanguin montre une anémie sévère (hémoglobine : 6,9 g/dL), macrocytaire (volume globulaire moyen : 113,4 fl) et régénérative (réticulocytose : 151 000/μL). Une lymphopénie est mise en évidence (570 lymphocytes/μL), alors que la leucocytose est normale (5 270/μL). Le taux de plaquettes est normal (162 000/μL). D’autres paramètres de l’examen biologique sont perturbés : augmentation des LDH (1 230 UI/mL), de la β2-microglobuline (3,4 mg/L), de la bilirubine totale (2,99 mg/dL), diminution de la protéinémie (5,4 g/dL), de la gamma-globulinémie (502 mg/dL) et un effondrement de l’haptoglobine (< 26 mg/dL) évoquant une anémie hémolytique. Celle-ci est d’ailleurs confirmée par un test de Coombs direct positif (IgG-C3d). Une exérèse ganglionnaire cervicale est alors réalisée. L’architecture est perturbée ; les sinus marginaux sont remplis par une population lymphocytaire infiltrant la capsule et le tissu adipeux périganglionnaire. À faible grossissement, ce ganglion montre des plages claires et foncées. Les plages claires correspondent à des cellules lymphomateuses à cytoplasme clair, abondant, de taille intermédiaire et dotées d’un noyau à chromatine hétérogène possédant un fin nucléole. Ces cellules sont situées sur les pourtours de vaisseaux hyperplasiques correspondant à des veinules épithélioïdes. L’immunomarquage sur ces cellules révèle un phénotype CD3+/CD10+ (figure 1), CD5+ avec une perte de l’antigène CD7. Les veinules épithélioïdes sont également entourées de cellules dendritiques folliculaires (CD21+). Les plages foncées correspondent à des plasmocytes accompagnés d’immunoblastes CD20+. La recherche du génome Epstein-Barr virus (Epstein-Barr Early RNA) se révèle massivement positive par hybridisation in situ. L’image évoque un lymphome T angio-immunoblastique classique. Aux niveaux sanguin et médullaire, l’examen cytologique révèle la présence de cellules lymphoïdes de morphologie particulière. Les cellules anormales sont de taille moyenne, ont un contour cytoplasmique régulier avec un cytoplasme basophile peu abondant (rapport nucléo-cytoplasmique élevé) dépourvu de grains et possédant des vacuoles. Leur noyau est souvent irrégulier (replié ou boursouflé) (figure 2).

Un immunophénotypage est alors réalisé (FACSCanto II, Becton Dickinson). Dans un premier temps, au niveau sanguin, la cytométrie en flux met en évidence une population de cellules anormales CD4+/CD3-/CD56+ (figure 3). Un immunophénotypage « multicouleur » complémentaire (CD3/CD4/CD8/CD2/CD7/CD5/CD10/CD56) montre que les cellules CD4+/CD3- sont CD10+/CD2-/CD7-/CD5+/CD8-/CD56+. Le TCRαβ est partiellement exprimé et le TCRγδ est négatif. Cette population représente 4,7 % des cellules nucléées et 21 % des lymphocytes. La même population est retrouvée dans la moelle où l’envahissement est moindre et représente 1,6 % de la totalité des cellules de l’échantillon. L’analyse en biologie moléculaire au niveau du ganglion et de la moelle osseuse met en évidence un réarrangement T monoclonal. La présence d’un clone B n’a pas été recherchée. Le diagnostic de lymphome T angio-immunoblastique au stade IV selon la classification d’Ann Arbor (avec envahissement médullaire) est finalement retenu. La corticothérapie (méthylprednisolone 1 mg/kg/jour) administrée immédiatement s’est révélée sans succès. Un traitement par 6 cures de CHOP (cyclophosphamide, adriamycine, vincristine, prednisone) est alors entrepris entraînant une rémission partielle. Neuf mois plus tard, la patiente progresse avec augmentation du volume ganglionnaire, ascite et éruption cutanée. Durant deux ans, la patiente a subi plusieurs cures de rattrapage comprenant successivement 4 cures d’ESHAP (étoposide, méthylprednisolone, cytarabine et cisplatine), 2 cures de VAD (vincristine, adriamycine et dexaméthasone) et un traitement par lénalinomide, toujours sans succès. Le décès survient alors dans un tableau septique et hémolytique.

Discussion

Le lymphome T angio-immunoblastique (LTAI) est un lymphome rare qui représente environ 2 % des lymphomes non hodgkiniens, et 15 à 20 % des lymphomes T [1-5]. Du point de vue clinique, il est caractérisé par une polyadénopathie, une hépato-splénomégalie et s’accompagne souvent d’atteintes cutanées et d’infiltrations pleurales et/ou péricardiques. De plus, il se complique généralement d’une anémie hémolytique auto-immune. Les lymphomes T angio-immunoblastiques ont un pronostic défavorable avec seulement 30 % de survie globale à 7 ans [3, 6]. La prise en charge optimale de ces lymphomes reste à définir.

Le diagnostic est essentiellement ganglionnaire et repose sur l’observation histologique, la positivité des cellules tumorales pour le marqueur CXCL13 (ou BLC/BCA-1 [B-lymphocyte chemoattractant/B-cell attracting chemokine-1]) en immuno-histochimie, la présence d’une infection à EBV dans les cellules B ganglionnaires détectée par PCR et/ou FISH et souvent, la mise en évidence d’un phénotype T CD4+/CD10+ aberrant au niveau des cellules tumorales [4, 5, 7].

La présence de veinules épithélioïdes, l’irrégularité nucléaire et surtout les amas de cellules dendritiques folliculaires (critère absent dans les autres lymphomes à cellules T) sont des arguments en faveur d’un lymphome T angio-immunoblastique, souvent difficile à établir sur la base des seuls critères morphologiques [8, 9].

L’anatomo-pathologie distingue cinq types de lymphomes T angio-immunoblastiques : LAI classique décrit ici, LAI riche en cellules claires, LAI riches en cellules épithélioïdes, LAI avec centre germinal hyperplasique et LAI riche en grandes cellules [3, 6]. Les infiltrations du sang périphérique et/ou médullaire sont peu décrites [1, 7, 10, 11] et non systématiquement recherchées, et ce malgré leur fréquence.

La revue de la littérature montre la présence d’un réarrangement T monoclonal en biologie moléculaire dans 78 à 95 % des cas [12]. Les lymphomes B survenant au décours des lymphomes T angio-immunoblastiques sont fréquents (de 10 à 14 % selon les études les plus fréquentes [12, 13]) et doivent donc être recherchés par des biopsies ganglionnaires répétées. Ces lymphomes B secondaires sont associés à l’EBV dans environ 50 % des cas. En revanche, dans tous les cas, l’hypermutation somatique joue un rôle essentiel dans la pathogenèse.

Les publications les plus récentes montrant l’intérêt de la cytométrie en flux [5-11, 14, 15] sont essentiellement axées sur l’analyse des cellules tumorales de la masse ganglionnaire. L’expression du CD4, ainsi que la présence aberrante du CD10, ne sont pas systématiques (tableau 1). L’expression des autres marqueurs T (CD2, CD7, CD5, CD3) est également très variable. À propos du CD3, Stacchini [15] et Sterke [11] montrent une expression du CD3 membranaire dans 50 % des cas alors que son expression cytoplasmique CD3 (cCD3) est retrouvée dans tous les cas. Enfin, le CD8 et le CD56 ne sont jamais retrouvés par les auteurs qui les ont testés.

Le phénotype des cellules tumorales aux niveaux sanguin et médullaire est méconnu. Seuls 14 échantillons sanguins et 2 échantillons médullaires ont été testés. Tout d’abord, en 2000, Serke [11] a montré la présence de cellules anormales CD4+/CD3- circulantes chez les patients développant un LTAI. Elles exprimaient les cCD3, CD5 et CD2 mais pas les CD8 et CD7. Plus récemment, l’étude de Bassegio [7] effectuée sur le sang périphérique et dans la moelle de 6 patients montre que les cellules tumorales expriment toujours CD10, CD2 et CD7 (dont 3/6 avec diminution d’expression), et que le CD4 n’est parfois pas exprimé (1/6). Chen [10] a également étudié, sur deux échantillons seulement, le phénotype de cellules tumorales dans le sang périphérique et la moelle et confirmé la co-expression du CD10 et du CD2 et l’absence d’expression du CD56 pour l’échantillon médullaire.

L’immunophénotype est donc variable selon les études ; seule la présence du CD3 intracytoplasmique sur un nombre limité d’échantillons, ainsi que celle du CD10 aux niveaux sanguin et médullaire est constante. De plus, des différences existent entre le phénotype des cellules lymphomateuses aux niveaux sanguin, médullaire et ganglionnaire.

Le CD10 est exprimé dans 82 % des examens ganglionnaires (157/192). Le CD4 est exprimé respectivement dans 94 % (97/103), 79 %(11/14) et 100 % (2/2) aux niveaux ganglionnaire, sanguin et médullaire.

L’absence d’expression du CD3 membranaire est plus fréquente dans le sang périphérique (9 cas/12) qu’au niveau ganglionnaire (38 cas/103). Globalement, le CD7 est exprimé dans 50 % des cas.

Le CD2, quant à lui, est exprimé dans la majorité des cas (11 cas/12) d’essaimage sanguin et dans les deux cas décrits d’essaimage médullaire alors qu’il n’est pas exprimé chez notre patiente, et qu’au niveau ganglionnaire, il est exprimé dans 98 % des cas (65/66).

Dans notre cas clinique, dans un premier temps, les cellules tumorales du sang périphérique CD56 positives (CD56 toujours négatif dans la littérature) ont été assimilées à la population des cellules NK (CD3-, CD56+). Le marquage « multicouleur » membranaire CD3/CD4/CD8/CD2/CD7/CD5/CD10/CD56 a permis d’éviter la confusion avec celles-ci.

Tableau 1 Lymphome T angio-immunoblastique : immunophénotypes par cytométrie en flux décrits dans la littérature

Conclusion

Le lymphome T angio-immunoblastique est un diagnostic difficile fondé sur des arguments cliniques, cytologiques, histologiques, immunophénotypiques et moléculaires. Les envahissements sanguins et médullaires sont fréquents mais peu recherchés.

Notre cas illustre la difficulté de mettre en évidence des populations rares en cytologie, et donc l’importance d’un panel de marqueurs adaptés en cytométrie en flux. Nous recommandons le marquage « multicouleur » membranaire CD3/CD4/CD8/CD2/CD7/CD5/CD10/CD56. De plus, l’utilisation du CD3 intracytoplasmique en présence d’une population CD4+/CD3- devrait être systématique pour confirmer l’origine lymphoïde T des cellules anormales. Étant donné la fréquence des lymphomes B secondaires au lymphome T angio-immunoblastique, un clone B doit être également recherché de façon répétée au décours de la maladie. Enfin, la conjonction de cette population T anormale et de cellules à morphologie caractéristique lors de l’examen cytologique permet de confirmer l’infiltration médullaire et/ou périphérique afin de stadifier le LTAI.

Références

1 Felman P, Gentilhomme O. Atlas de cytopathologie ganglionnaire. Paris : Éditions Arnette, 1997 ; : 802.

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7 Baseggio L, Berger F, Morel D, et al. Identification of circulating CD10 positive T cells in angioimmunoblastic T-cell lymphoma. Leukemia 2006 ; 20 : 296-303.

8 Attygalle AD, Chuang SS, Diss TC, Du MO, Isaacson PG, Dogan A. Distinguishing angioimmunoblastic T-cell lymphoma from peripheral T-cell lymphoma, unspecified, using morphology, immunophenotype and molecular genetics. Histopathology 2007 ; 50 : 498-508.

9 Merchant SH, Amin MB, Viswanatha DS. Morphologic and immunophenotypic analysis of angioimmmunoblastic T-cell lymphoma: Emphasis on phenotypic aberrancies for early diagnosis. Am J Clin Pathol 2006 ; 126 : 29-38.

10 Chen W, Kesler MV, Karandikar NJ, Mckenna RW, Kroft SH. Flow cytometric features of angioimmunoblastic T-cell lymphoma. Cytometry 2006 ; 70B : 142-8.

11 Serke S, Van Lessen A, Hummel M, Szczepek A, Huhn D, Stein H. Circulating CD4+ T lymphocytes with intracellular but no surface CD3 antigen in five of seven patients consecutively diagnosed with angioimmunoblastic T-cell lymphoma. Cytometry 2000 ; 42 : 180-7.

12 Tan BT, Warnke RA, Arber DA. The frequency of B- and T-cell Gene Rearrangements and Epstein-Barr Virus in T-cell Lymphomas. A comparison between angioimmunoblastic T-cell lymphoma and peripheral T-cell Lymphoma, Unspecified with and without associated B-cell proliferations. Journal of Molecular Diagnostics 2006 ; 8 : 466-75.

13 Willenbrock K, Bräuninger A, Hansmann ML. Frequent occurrence of B-cell lymphomas in angioimmunoblastic T-cell lymphoma and proliferation of Epstein-Barr virus-infected cells in early cases. Br J Haematol 2007 ; 138 : 733-9.

14 Karube K, Aoki R, Nomura Y, et al. Usefulness of flow cytometry for differential diagnosis of precursor and peripheral T-cell and NK-cell lymphomas: analysis of 490 cases. Pathol Int 2008 ; 58 : 89-97.

15 Stacchini A, Demurtas A, Aliberti S, et al. The usefulness of flow cytometric CD10 detection in the differential diagnosis of peripheral T-cell lymphomas. Am J Clin Pathol 2007 ; 128 : 854-64.


 

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