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Purpura thrombopénique immunologique chronique de l’adulte


Hématologie. Volume 15, Numéro 2, 148-53, mars-avril 2009, Mini-revue

DOI : 10.1684/hma.2009.0334

Résumé   Summary  

Auteur(s) : Raphaël Itzykson, Emmanuel Raffoux , Service des maladies du sang, Hôpital Saint-Louis, Université Paris-VII, 75462 Paris, France.

Résumé : Le purpura thrombopénique immunologique (PTI) de l’adulte est une entité le plus souvent chronique, dont la physiopathologie, considérée comme un modèle d’auto-immunité médiée par les anticorps, demeure en partie non élucidée. Son épidémiologie était encore récemment mal connue. De plus, si la prise en charge initiale des patients est codifiée par plusieurs recommandations internationales, le traitement des patients réfractaires reste difficile. Depuis l’émission de ces recommandations, de nouveaux mécanismes physiopathologiques ont été mis en évidence, et des travaux épidémiologiques ont apporté des informations précieuses. Enfin, l’utilisation de nouveaux agents tels que le rituximab ou les agonistes de la thrombopoïétine (TPO) ouvre d’importantes perspectives thérapeutiques. Dans cet article, la nosographie du PTI est revue à l’aune de ces nouvelles données.

Mots-clés : purpura thrombopénique immunologique, rituximab, agoniste de la thrombopoïétine

ARTICLE

Auteur(s) : Raphaël Itzykson, Emmanuel Raffoux

Service des maladies du sang, Hôpital Saint-Louis, Université Paris-VII, 75462 Paris, France

Diagnostic

Le diagnostic de PTI reste un diagnostic d’exclusion qui suppose d’avoir éliminé une thrombopénie centrale, mais aussi une cause secondaire de thrombopénie périphérique immunologique, notamment auto-immune (lupus, syndrome des antiphospholipides, etc.), virale (ou postvaccinale), médicamenteuse (héparine, quinidinique) ou un syndrome lymphoprolifératif (LLC, LGL, lymphome, etc.). Des causes plus rares de thrombopénie doivent parfois être évoquées, tels les déficits immunitaires (DICV, déficit en IgA) ou encore les rares formes thrombopéniques de maladie de Willebrand (forme 2B) [1]. Les patients qui présentent de façon concomitante une anémie hémolytique auto-immune (syndrome d’Evans) ont un moins bon pronostic [2]. Succédant aux recherches d’anticorps antiplaquettes par immunofluorescence, de faible spécificité, des techniques de deuxième génération ont été mises au point (MAIPA, MACE) reposant sur la reconnaissance d’un complexe plaquette-anticorps-antigène. Elles posent encore des problèmes de faux positifs (autour de 20 %) et manquent surtout de sensibilité (autour de 50 %) [3]. De plus, elles sont complexes et peu disponibles. Bien qu’elles ne puissent, à ce jour, être considérées comme un outil diagnostique de routine, elles peuvent cependant être précieuses pour mettre en évidence le rôle d’une substance ou d’une paraprotéine dans le mécanisme auto-immun. La technique MACE pourrait également avoir un intérêt pronostique [4]. La place du myélogramme fait toujours l’objet de débats, mais il semble raisonnable d’avoir recours à ce dernier en cas de doute diagnostique (autres cytopénies, syndrome tumoral), de façon systématique au-delà d’un âge de 50-60 ans (pour écarter un syndrome myélodysplasique) et, enfin, chez les patients ne répondant pas aux corticostéroïdes ou pour lesquels une splénectomie est envisagée.

Physiopathologie

Les preuves sont abondantes et anciennes qui plaident en faveur d’un mécanisme de destruction périphérique auto-immun des plaquettes par des autoanticorps, dirigés le plus souvent contre les glycoprotéines de surface GpIIb-IIIa, GPIb-IX et GPIa-IIa. Les plaquettes ainsi complexées sont ensuite détruites essentiellement par phagocytose ou de façon minoritaire par le système du complément. Ces autoanticorps semblent fabriqués par un petit nombre de clones B autoréactifs [5]. Récemment, des mécanismes de thrombopénie indépendants de ces autoanticorps ont été identifiés. Un mécanisme de destruction plaquettaire par réponse lymphocytaire T cytotoxique a été suggéré par les travaux d’Olsson et al., qui ont observé que des lymphocytes T CD8+ de patients porteurs de PTI étaient capables de détruire des plaquettes autologues dans un contexte HLA [6], et qu’ils présentaient un défaut d’apoptose en réponse aux corticoïdes [7]. L’importance relative de ce mécanisme dans les PTI sans autoanticorps identifiés et/ou corticorésistants reste cependant inconnue. Enfin, des travaux récents viennent confirmer l’hypothèse ancienne d’une composante centrale au PTI. Ainsi, des études isotopiques menées dans les années 1980 avaient montré que, de façon surprenante, la réponse médullaire à la destruction plaquettaire était inadaptée à la destruction périphérique, puisque la production médullaire de plaquettes n’est pas augmentée dans une majorité des cas de PTI [8, 9]. De même, les taux de TPO sont le plus souvent normaux ou modérément élevés [10]. Plus récemment, il a été montré que les anticorps antiplaquettes peuvent directement inhiber la mégacaryopoïèse [11, 12]. Cela est étayé par des observations morphologiques d’apoptose mégacaryocytaire dans la moelle de patients porteurs de PTI [13]. Ces derniers travaux fondent l’intérêt des agonistes thrombopoïétiques dans le traitement des PTI chroniques.

Épidémiologie

L’incidence annuelle du PTI chez l’adulte est moindre que chez l’enfant, estimée entre 1,5 et 2,5 cas pour 100 000 [14, 15]. Chez l’adulte, l’incidence du PTI semble augmenter avec l’âge, et l’âge médian au diagnostic est de 55 ans [16]. L’évolution à long terme des patients présentant une thrombopénie modérée (> 100 G/L), dont l’étiologie et la signification restent parfois indéterminées [17, 18], demeure mal connue, mais pourrait nécessiter une surveillance régulière, du fait d’un risque accru d’évolution vers un authentique PTI [19].

L’histoire naturelle du PTI de l’adulte diffère des formes pédiatriques. Contrairement à ces dernières, qui ne se chronicisent que dans 25 % des cas, et où la normalisation totale et spontanée du taux de plaquettes est fréquente, l’adulte présente un taux de rémission complète spontanée faible (estimé entre 5 et 10 % [14, 20]). Ces rémissions sont de plus imprévisibles. Le PTI de l’adulte est donc pour l’essentiel une maladie chronique. Cependant, une majorité de patients maintient spontanément un taux de plaquettes supérieur à 50 G/L sans manifestation hémorragique [20], ce qui leur permet d’avoir une survie superposable à celle de la population générale [21]. À l’inverse, les patients en dessous de 30 G/L ont une mortalité multipliée par quatre par rapport aux sujets sains de même âge, du fait, pour part égale, d’événements hémorragiques (1,5-4 % événements/an [22]) et infectieux [21]. Le risque hémorragique augmente avec l’âge (0,4, 1,2 et 13 % par an à moins de 40, entre 40 et 60 et plus de 60 ans, respectivement [22]) et est inversement corrélé au taux de plaquettes. Plusieurs scores pronostiques du risque hémorragique ont été proposés [23, 24] afin, notamment, d’identifier les patients susceptibles de bénéficier d’une intervention thérapeutique rapidement efficace à la phase aiguë de la maladie. Ainsi, le PTI chronique de l’adulte est une maladie relativement bénigne pour une majorité de patients, tandis que le traitement du sous-groupe des PTI réfractaires, qui compte pour un dixième des patients, reste encore un enjeu thérapeutique [25].

Traitement

La publication récente d’importantes études rétrospectives d’observation et d’essais cliniques prospectifs conduit à une réévaluation de la prise en charge thérapeutique des PTI qui reposait sur les recommandations de sociétés savantes [26, 27]. Ces travaux ont permis de mieux identifier le sous-groupe des patients susceptibles de bénéficier de nouvelles approches thérapeutiques et de définir des objectifs thérapeutiques plus proches du patient que l’augmentation du taux de plaquettes [28] tels que la réduction du risque hémorragique [23, 24] et l’amélioration de la qualité de vie [29]. Celle-ci n’est pas seulement altérée par les manifestations hémorragiques et toxiques des traitements. Ainsi, la fréquence des symptômes présentés dans les bras placebo d’essais prospectifs récents [55, 56] révèle l’existence probable de signes généraux associés au PTI (céphalées, asthénie, arthralgies), encore mal connus, et dont la correction pourrait, en soi, améliorer la qualité de vie des patients.

Quand instaurer un traitement ?

Il reste consensuel d’instaurer un traitement chez les patients présentant un syndrome hémorragique significatif, ou avec un chiffre de plaquettes inférieur à 20 G/L, puisque leur surcroît de risque hémorragique est confirmé [21]. À noter cependant qu’aucune cohorte prospective de PTI non traités n’a été conduite à ce jour. À l’inverse, hormis une comorbidité ou un mode de vie majorant le risque hémorragique, il ne semble pas nécessaire de traiter un patient présentant spontanément plus de 30 G/L plaquettes. Entre ces deux situations, s’étend une zone d’incertitude où la décision doit être adaptée à chaque patient.

Traitement des urgences hémorragiques

Le traitement des urgences hémorragiques doit être distingué des options de traitement de fond. La prise en charge des saignements mettant en jeu le pronostic vital, en pratique neuroméningés ou gastro-intestinaux, repose sur l’utilisation d’immunoglobulines intraveineuses (IgIV) ou de corticostéroïdes en bolus intraveineux. Les IgIV présentent l’inconvénient d’un coût plus élevé, mais offrent un meilleur taux de réponse (proche de 80 %), une réponse plus précoce et plus importante en termes de taux de plaquettes, comme l’a confirmé un important essai multicentrique [30]. Toutefois, la réponse aux IgIV est transitoire (15-20 jours), et leur avantage sur les corticostéroïdes en termes de réduction du risque hémorragique n’est pas prouvé. En cas de saignement non contrôlé engageant le pronostic vital, outre le recours aux transfusions massives de plaquettes, certains auteurs ont utilisé du facteur VII activé recombinant [31, 32].

Traitement de fond

La place de la corticothérapie orale comme traitement de fond de première ligne n’a pas été remise en cause par les études récentes [30]. Ce traitement permet d’obtenir une réponse complète chez la majorité des patients (70 %), mais cette réponse ne sera soutenue que chez une minorité d’entre eux (15 %). Des taux de réponse intéressants ont été également rapportés avec l’utilisation de fortes doses de dexaméthasone sur des schémas courts (40 mg/j en quatre jours) [33-35], mais aucune étude contrôlée n’a comparé ces deux approches. Enfin, la durée optimale de corticothérapie reste débattue : une corticothérapie prolongée chez ces patients est associée à un risque de mortalité infectieuse égalant le risque de décès hémorragique [21], ce qui plaide en faveur de l’utilisation de schémas courts. Enfin, la corticothérapie n’a qu’un effet suspensif, sans influer sur l’évolution au long cours de la maladie [30]. Le traitement classique de deuxième ligne repose sur la splénectomie. Elle est proposée aux patients réfractaires aux corticoïdes ou en rechute, mais peut être discutée chez les patients corticodépendants, du fait des toxicités importantes d’une corticothérapie prolongée chez l’adulte. La splénectomie normalise le taux de plaquettes chez deux tiers des patients [36], mais ce traitement n’est pas systématiquement curatif : l’existence d’un authentique plateau du risque de rechute à long terme est en effet controversée, certains auteurs constatant l’existence de rechutes tardives [37, 38]. Seul l’âge est prédictif de la réponse à la splénectomie, les patients jeunes en tirant le plus de bénéfice. À l’inverse, la durée d’évolution du PTI n’est pas pronostique du succès de la splénectomie [36]. Il est donc toujours temps de l’envisager. La réalisation d’une survie isotopique de plaquettes à ce stade n’est pas impérative, la corrélation entre destruction à prédominance splénique et efficacité de la splénectomie étant débattue [36, 39, 40]. Cet examen peut, en revanche, trouver sa place en cas de rechute postsplénectomie, afin de rechercher une rate accessoire, éventualité désormais rare grâce aux progrès de la chirurgie, notamment laparoscopique [41]. La mortalité de la procédure est désormais faible, estimée à 0,2 % [36] et peut être réduite si le taux de plaquettes est remonté au-dessus de 20 G/L [42] soit par les IgIV, soit peut-être par les analogues de la TPO chez les patients non répondeurs aux IgIV [43]. Les recommandations de prophylaxie du risque infectieux restent cependant de mise, notamment la vaccination antipneumococcique. Outre-Atlantique où le recours à la splénectomie est moins systématique [44], l’utilisation alternative d’anti-D pour éviter la splénectomie est une option, puisqu’une réponse soutenue peut être observée chez deux tiers des patients non splénectomisés dans certaines séries [45, 46]. Ce traitement est toutefois peu disponible en France.

Traitement des PTI chroniques réfractaires

Le PTI chronique réfractaire est désormais défini de façon consensuelle comme un PTI évoluant depuis plus de six mois, avec moins de 30 G/L plaquettes ou nécessitant un traitement pour une autre raison. Du fait des débats sur la splénectomie Outre-Atlantique [44], celle-ci n’est pas requise pour être considérée comme réfractaire. Ces patients sont minoritaires (10 % environ) mais concentrent les risques hémorragiques et iatrogènes, notamment infectieux, avec une mortalité cumulative entre 6 et 15 %, justifiant le recours historique à des traitements parfois toxiques : androgènes (danazol), immunosuppresseurs (azathioprine, cyclophosphamide), voire cytotoxiques (vincristine) [47]. Tous ont été évalués dans des séries rétrospectives non contrôlées, ce qui ne permet pas à ce jour de hiérarchiser ces options. Jusqu’à peu, l’objectif thérapeutique dans cette situation consistait à concilier risque hémorragique et toxicité, notamment infectieuse. L’éradication d’Helicobacter pylori peut élever les taux de plaquettes chez certains patients selon certains auteurs [48]. Mais surtout, l’émergence de nouvelles approches thérapeutiques, notamment par rituximab ou agonistes de la TPO, constitue à cet égard une avancée significative.

Le rituximab, anticorps chimérique anti-CD20, est désormais utilisé dans plusieurs pathologies auto-immunes [49]. L’expérience du rituximab dans le PTI chronique repose sur des séries rétrospectives (colligées par Arnold et al. [50]), incluant pour moitié des patients non splénectomisés, avec un taux de réponse proche de 50 %, un délai médian de réponse de trois à huit semaines et une durée moyenne de réponse de dix mois. Le fait d’être splénectomisé ne semble pas influer sur la probabilité de réponse. Ces résultats intéressants ont été récemment confirmés par un essai prospectif multicentrique conduit chez 60 patients porteurs de PTI chronique mais non splénectomisés qui ont reçu quatre administrations hebdomadaires de rituximab [51], avec une bonne tolérance (1/60 infections sévères). Un tiers des patients n’a pas répondu. Un autre tiers a obtenu une réponse non durable. Enfin, le dernier tiers des patients était toujours en réponse à deux ans. En analyse multivariée, seul un jeune âge était prédictif de la réponse au rituximab. Il semble donc que ce traitement puisse également reculer, voire épargner la splénectomie de certains patients, notamment les plus jeunes, dont le risque infectieux cumulé postsplénectomie est, a priori, le plus important. Le rituximab pourrait également à l’avenir être évalué en traitement de première ligne, comme le suggèrent les premiers résultats encourageants d’un essai randomisé italien comparant la dexaméthasone seule à une combinaison rituximab-dexaméthasone, résultats présentés en session plénière lors de l’édition 2008 du congrès de l’ASH (Zaja F et al., résumé no 1, ASH 2008).

L’utilisation d’agonistes de la TPO a pour rationnel l’existence d’une mégacaryopoïèse insuffisante dans la majorité des PTI (cf. supra). Le développement clinique de la première génération d’agents thrombopoïétiques, des facteurs de croissance recombinants, a été interrompu en phase précoce du fait de leur caractère immunogène [52]. Une deuxième génération d’agents, dotés à la fois d’une meilleure biodisponibilité et d’une moindre immunogénicité, a été mise au point, dont deux sont désormais disponibles en pratique clinique. Il s’agit du romiplostim, un peptibody (molécule de fusion entre un peptide et un anticorps), et de l’eltrombopag, qui est un analogue non peptidique. Le romiplostim est un petit peptide qui agit comme un agoniste du récepteur à la TPO sans avoir pour autant d’homologie de séquence avec celui-ci. Sa biodisponibilité autorise un schéma d’administration en injections sous-cutanées hebdomadaires. Les études de phase I ont montré une augmentation dose-dépendante du taux de plaquettes chez des patients atteints de PTI, avec un profil de tolérance acceptable [53, 54]. Deux essais de phase III ont été récemment publiés, comparant le romiplostim à un placebo chez des patients atteints de PTI chroniques réfractaires avec un taux de plaquettes inférieur à 30 G/L, l’un avant splénectomie et l’autre après splénectomie [55]. Les patients recevant au long cours des corticostéroïdes ou d’autres immunosuppresseurs pouvaient continuer ces traitements pendant l’étude. Le traitement était globalement bien toléré, puisque les effets secondaires rapportés étaient similaires dans les deux bras de chaque étude. Chez les patients non splénectomisés, le taux de réponse soutenue (plaquettes ≥ 50 G/L pendant six semaines sur les huit dernières semaines de traitement) atteint 61 % chez les patients non splénectomisés, et 38 % chez les patients splénectomisés, pourtant lourdement prétraités. L’incidence de la réponse plaquettaire globale atteint 78,6 % chez les patients splénectomisés et 87,8 % chez les patients non splénectomisés. Les traitements concomitants ont pu être diminués ou interrompus chez 87 % des patients traités par romiplostim. Enfin, il n’a pas été observé dans ces essais d’immunisation contre le romiplostim ou la TPO. L’efficacité et la tolérance à long terme du romiplostim restent à déterminer, mais ces premiers résultats sont d’ores et déjà encourageants, ce dont témoigne l’enregistrement récent du romiplostim par la FDA. Une étude d’extension incluant des patients ayant un PTI chronique et ayant participé auparavant à une étude de développement sur le romiplostim est actuellement en cours. Une analyse à trois ans des données de 142 patients inclus a été récemment rapportée (Kuter et al. résumé no 402 ASH 2008). La durée médiane du traitement était de 65 semaines (1 à 156 semaines). Vingt pour cent des patients répondeurs ont interrompu le traitement, dont 7 % seulement du fait d’effets secondaires. Un taux de plaquettes supérieur à 50 G/L avec doublement du taux de départ a été atteint chez 87 % (124/142) des patients. Chez deux tiers d’entre eux, le taux de plaquettes est resté de façon quasi continue supérieur à 20 G/L. Dans le tiers restant, les plaquettes oscillaient, mais restaient supérieures à 20 G/L la moitié du temps. À la date de l’analyse, 54 et 35 % des patients ont maintenu de façon constante un taux de plaquettes supérieur à 50 G/L pendant plus de 25 et 52 semaines respectivement. Au cours de cette phase d’extension, l’incidence des saignements, y compris des plus sévères, a décliné de façon constante. Enfin, malgré l’existence de dépôts réticuliniques chez certains patients, aucun cas de myélofibrose n’a été constaté.

L’eltrombopag a été évalué dans un essai multicentrique contrôlé de phase II chez 118 patients porteurs de PTI chroniques [56]. L’eltrombopag a permis une ascension dose-dépendante du taux de plaquettes et une réduction des signes hémorragiques, avec 80 % de réponse au plus haut palier de dose que les patients aient été splénectomisés ou non. Une analyse à plus long terme de cette molécule, portant sur 165 patients a été rapportée à l’ASH 2008 (Saleh et al., résumé no 401). Cette analyse retrouve des taux de réponse identiques chez les patients réfractaires lorsqu’ils sont comparés aux non-réfractaires. Avec un recul de neuf mois, l’incidence des événements hémorragiques était réduite de moitié sur l’ensemble de la cohorte, et ce, tout au long de la période de traitement. Ces résultats ont conduit à un essai de phase III dont les premiers résultats ont été rapportés lors du même congrès (Cheng G et al., résumés no 400 et 3432 ASH 2008). Dans cet essai, 197 patients porteurs d’un PTI chronique avec un taux de plaquettes inférieur à 30 G/L, en échec d’un traitement antérieur, ont été randomisés entre un groupe eltrombopag (dose initiale : 50 mg/j) et un groupe placebo. Les résultats confirment l’efficacité de l’eltrombopag pour augmenter le taux de plaquettes, mais seulement 24 % des patients ont pu maintenir un taux de plaquettes supérieur à 50 G/L sur une période supérieure à 25 semaines. Le traitement a permis de réduire l’incidence des saignements, et ce, y compris chez les patients antérieurement splénectomisés ou recevant des traitements concomitants. Ces derniers ont d’ailleurs fréquemment pu être diminués ou arrêtés. Des perturbations du bilan hépatique ont été constatées chez 13 % des patients recevant de l’eltrombopag (contre 7 % dans le groupe placebo), ainsi que quelques cas de cataractes. Là encore, il n’y a pas eu de cas de myélofibrose.

Ces essais confirment donc que la famille des agonistes de la TPO devrait offrir à terme une arme supplémentaire pour épargner la splénectomie aux patients qui refusent ce geste ou n’y sont pas éligibles et, surtout, pour diminuer la mortalité hémorragique et infectieuse des patients réfractaires après splénectomie.

Conclusion

Le PTI chronique de l’adulte est une entité relativement bénigne pour une majorité de patients. Chez ceux-ci, poursuivre au long cours la corticothérapie, qui reste le traitement de première ligne du PTI, n’apporte pas de bénéfice. Malgré les importants progrès de la splénectomie laparoscopique, la place de ce geste pourrait être remise en cause à l’avenir, du fait du développement d’alternatives potentiellement moins toxiques. La poursuite des essais prospectifs avec ces nouveaux agents, couplée aux progrès dans la connaissance de la physiopathologie et de l’histoire naturelle du PTI, devrait permettre d’ouvrir de nouvelles perspectives thérapeutiques pour les patients porteurs de PTI chroniques, puisque des traitements bien tolérés et potentiellement efficaces sur le long terme sont désormais envisageables.

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