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Échos de l’ASH 2008


Hématologie. Volume 15, Numéro 2, 119-27, mars-avril 2009, Compte rendu

DOI : 10.1684/hma.2009.0335


Auteur(s) : Raphael Itzykson, Pierre Fenaux , Service d’hématologie clinique, Hôpital Avicenne, Université Paris-XIII, 125, rue de Stalingrad, 93000 Bobigny, France.

ARTICLE

Auteur(s) : Raphael Itzykson, Pierre Fenaux

Service d’hématologie clinique, Hôpital Avicenne, Université Paris-XIII, 125, rue de Stalingrad, 93000 Bobigny, France

L’édition 2007 du congrès de l’ASH avait été riche en avancées pour les syndromes myélodysplasiques (SMD), avec notamment la découverte du gène RPS14, très probablement impliqué dans le syndrome 5q- et la présentation des résultats de l’étude de phase III AZA-001 qui montrait un avantage de survie avec l’azacitidine (AZA) par rapport aux traitements conventionnels. L’édition 2008 était donc attendue. Trois sessions orales, deux cliniques et une biologique, ainsi que plusieurs dizaines de panneaux affichés ont permis d’esquisser les progrès que les techniques de biologie à « haut débit » vont apporter à la connaissance des SMD et de consolider les évolutions récentes des options thérapeutiques disponibles dans ces pathologies.

Biologie des SMD

Apports des nouveaux outils de génomique à haut débit

La technique de SNP-array (SNP-A, étude à haut débit par micropuces de polymorphismes nucléotidiques, single nucleotide polymorphism, SNP), déjà rapportée l’an passé dans les SMD (Itzykson I., Fenaux R. Hématologie 2008 ; 14 [Suppl. 2] : 60-6), était à l’honneur, avec quatre communications orales. Brièvement, cette technique permet d’étudier sur l’ensemble du génome, et avec désormais une très haute résolution, les anomalies de nombre de copies, de façon analogue à une technique de CGH-array, mais elle permet en plus de repérer des zones de perte d’hétérozygotie (LOH, ou disomie uniparentale) qui peuvent correspondre à une lésion oncogénique. Cette technique ne peut cependant détecter les translocations parfaitement équilibrées.

L’intérêt le plus immédiat de cet outil est pronostique. Les deux groupes ayant la plus grande expérience avec cette technique dans les SMD (groupes de J. Maciejewski et de G. Mufti : Tiu R., no 639) ont regroupé leurs données et présenté l’analyse de 352 patients porteurs de SMD, de SMD-SMP ou de LAM secondaire à un SMD, étudiés en SNP-A. Dans cette cohorte, une anomalie chromosomique était détectée chez 44 % par un caryotype standard et 57 % grâce au SNP-A. Un tel « gain » en termes de découverte d’anomalies cytogénétiques ne peut être obtenu par le recours systématique au FISH (Le Shammo, no 3630). Les anomalies supplémentaires détectées en SNP-A correspondent à des UPD dans un quart des cas, à des microdélétions ou plus rarement à des micro-amplifications dans le reste des cas et touchent, le plus souvent, des régions jusqu’alors non impliquées dans les SMD. Ce point est confirmé par une autre étude (Makishima, no 1483) comparant cytogénétique conventionnelle (caryotype + FISH) et SNP-A, avec un gain marginal de détection d’anomalies du chromosome 5, de trisomie 8 et de del 20q, mais un taux d’anomalies du 7, passant tout de même de 8 à 17 %. Dans la principale cohorte (Tiu, no 639), au moins une anomalie clonale était découverte en SNP-A chez 98 des 180 patients avec un caryotype normal. Une autre étude (Huh, no 1504) retrouve une anomalie en SNP-A chez 70 % des patients en échec de caryotype. Ces 98 patients avaient une survie globale inférieure à celle des 82 patients avec SNP-A normal. La présence d’anomalies additionnelles en SNP-A affectait également, de façon péjorative, le pronostic des patients avec caryotype anormal, en survie sans progression, voire en survie globale chez les patients IPSS bas ou élevé. S’il ne saurait remplacer le caryotype conventionnel, ces premières données indiquent que la réalisation d’un SNP-A permet d’affiner le pronostic des patients, notamment pour ceux dont le caryotype est normal ou a échoué. Il sera intéressant de valider cet impact pronostique dans des cohortes prospectives traitées uniformément, notamment par agents hypométhylants.

L’étude des SNP à haut débit avait initialement été mise au point pour identifier des polymorphismes de prédisposition à des pathologies polygéniques. Dans ce cas, c’est le matériel constitutionnel du patient qui est étudié. Les pathologies malignes peuvent également satisfaire ce modèle, notamment les SMD et les LAM. C’est pourquoi, le groupe de J. Maciejewski a étudié, en SNP-A, l’ADN constitutionnel de 189 patients porteurs de SMD ou LAM, comparé à une cohorte de 119 témoins sains, afin d’identifier des polymorphismes de prédisposition à ces hémopathies (Przychodzen, no 638). Ils ont trouvé que les 11 polymorphismes les plus fréquemment retrouvés chez les patients porteurs d’un SMD-LAM concernaient pour l’essentiel quatre gènes, dont le gène FRAP1 qui code pour la protéine mTOR, dont l’implication dans l’oncogenèse des LAM au sein de la voie de signalisation Akt est désormais bien caractérisée [1].

Les SNP-A peuvent également permettre de mieux caractériser des anomalies chromosomiques déjà connues, notamment en affinant la connaissance des régions communes de délétion, connaissance indispensable à l’identification de gènes candidats et donc de cibles thérapeutiques. Cette technologie a ainsi été appliquée à la délétion 20q, ce qui a permis de caractériser deux régions de délétion communes (Huh, no 2056), dont l’une comporte un gène suppresseur de tumeur potentiel, le gène MMP9, puisque la copie génétiquement intacte de ce gène a été retrouvée fréquemment inactivée par méthylation du promoteur. MMP9 est une métalloprotéinase impliquée dans la micro-invasivité des cancers solides [2], dans la pathogenèse des LLC [3], mais n’avait jamais jusqu’alors été impliqué dans une hémopathie myéloïde.

Enfin, la découverte de zones de perte d’hétérozygotie (LOH), sans anomalie de nombre de copies, peut identifier des gènes suppresseurs de tumeur. C’est ainsi que le groupe de J. Maciejewski a pu identifier, à partir d’une LOH récurrente en 11q chez 12 patients porteurs de SMD-SMP (essentiellement des LMMC), des mutations faux sens du gène c-cbl (Makishima, no 851 [4]). c-cbl est une protéine avec activité U3 ubiquitine-ligase, impliquée dans la dégradation des récepteurs de tyrosine kinase (RTK). Il est donc possible que l’inactivation biallélique de ce gène participe à une signalisation aberrante de voies RTK dans ces pathologies.

Témoignant d’une démarche analogue, un travail collaboratif entre deux équipes françaises, conduites par O. Bernard et W. Vainchenker, a été présenté par F. Delhommeau lors de la session plénière late breaking abstract (Delhommeau F., lba-3). Ces auteurs avaient identifié, parmi une cohorte de patients porteurs de SMP JAKV617F+, deux sous-groupes caractérisés par des cinétiques d’hématopoïèse JAK2+ distinctes. Les auteurs ont émis l’hypothèse que dans le groupe avec la cinétique la plus rapide, les patients étaient porteurs d’un événement oncogénique additionnel, en plus de la mutation JAK2V617F. Ils ont donc analysé les profils de LOH à haut-débit par (SNP-A, mais aussi par CGH-array) de ces patients et ont retrouvé une LOH récurrente en 4q22 chez trois sur cinq d’entre eux. La région minimale de LOH ne couvrait qu’un seul gène, TET-2 (ten-eleven translocation-2). Sur une plus grande cohorte de SMP, une mutation de TET-2 a été retrouvée chez 15 % des patients environ. TET-2 a deux homologues (TET-1 et TET-3), mais ce gène n’a ni domaine ni fonction caractérisée à ce jour. Les auteurs ont déjà obtenu des premiers résultats suggérant que la perte de fonction de TET-2 est acquise, qu’elle peut intervenir avant la mutation de JAK2 et qu’in vivo TET-2 régule l’hématopoïèse humaine. De façon intéressante, une première cohorte de SMD a pu être analysée, et une mutation de TET-2 est retrouvée dans une proportion similaire de cas (15-20 %). Il s’agit donc là de la découverte importante d’un nouveau gène suppresseur de tumeur, probablement impliqué à un stade précoce de plusieurs hémopathies myéloïdes.

Avancées sur le syndrome 5q

L’an passé, une étude de génomique fonctionnelle avait élégamment identifié le gène RPS14, qui est haplo-insuffisant chez les patients porteurs d’une del 5q, comme impliqué dans la dysérythropoïèse de ce groupe de SMD. Cependant, il semble que la perte d’une copie de RPS14 ne suffise pas à expliquer l’ensemble de la pathologie 5q-, notamment parce que l’inactivation mono-allélique de RPS14 chez la souris ne semble pas conférer d’avantage prolifératif. Il est donc nécessaire d’identifier d’autres gènes présents dans la « région délétée commune » (CDR) en 5q qui a désormais pu être affinée grâce à la technique SNP-A (Mohamedali, Gondek, n° 225 et 2057). Un travail original s’est penché non pas sur les gènes, mais sur les séquences codant des micro-ARN (courtes séquences d’ARN qui sont impliquées dans la régulation posttranscriptionnelle, et dont l’implication dans l’hématopoïèse normale et pathologique est désormais bien établie [5]) situés dans la région CDR (Starczynowski, n° 853). Les auteurs ont découvert que deux micro-ARN, miR-145 et miR-146a, sont sous-exprimés dans les syndromes 5q-. Ces cibles ont pu être validées, puisque l’invalidation de ces deux micro-ARN dans des CSH récapitule en partie le phénotype plaquettaire particulier de la délétion 5q. Les auteurs ont de plus identifié, par une étude bio-informatique, la voie de signalisation en aval des récepteurs du TNF, et notamment le gène TRAF6 qui en fait partie, comme fortement régulé par ces deux micro-ARN. Ainsi, l’expression ectopique de TRAF6 dans des CSH induit cette fois un phénotype myélodysplasique plus complet avec anémie, neutropénie, thrombocytose avec mégacaryocytes monolobés, puis progression leucémique. Un schéma grossier se dessine donc, dans lequel l’invalidation de RPS14 induit l’anémie propre au syndrome 5q-, tandis que l’invalidation de ces micro-ARN induit une dérégulation de la voie de signalisation du TNF responsable des autres cytopénies et de l’avantage prolifératif du clone. Le modèle polygénique du syndrome 5q- se renforce donc et attend sa validation dans des modèles murins, mais aussi l’identification de nouveaux gènes ou micro-ARN candidats dans le CDR.

Le groupe d’A. List a également présenté quelques données supplémentaires sur les SMD avec délétion 5q : ils ont identifié des régions de perte d’hétérozygotie additionnelles, soit constitutionnelles, soit acquises, sans toutefois de lésion récurrente, mais sur un nombre encore faible de patients. Ils ont obtenu une signature d’expression génique corrélée à la réponse au lénalidomide (LEN) qui diffère de celle publiée par le groupe de T. Golub [6], peut-être parce que ce travail a étudié les cellules CD34+ (qui sont clonales dans le syndrome 5q- [7]), et non la moelle totale. Cette nouvelle signature est enrichie en gènes impliqués dans les voies cytokiniques, ce qui souligne l’importance de l’immunomodulation dans la pathogenèse du syndrome 5q-. Enfin, ces auteurs ont pu caractériser la persistance d’une del 5q chez des patients en réponse cytogénétique complète sous LEN. La technique de SNP-A, du fait de sa sensibilité légèrement supérieure à la cytogénétique conventionnelle, pourrait donc, à l’avenir, servir de technique d’étude de la maladie résiduelle.

L’implication de RPS14 dans les syndromes 5q- a suscité l’intérêt pour la voie biologique de la synthèse ribosomale dans les SMD. Ainsi, une analyse de profils d’expression génique (PEG) de cellules CD34+ issues de 64 SMD non 5q- (Sohal, no 854) a identifié la classe des gènes impliqués dans la synthèse ribosomale comme la plus altérée dans les SMD par rapport à des cellules CD34+ témoins. Un sous-groupe de cas a pu être étudié au niveau génomique par CGH-array, et épigénomique par HELP, et a révélé des variations de nombre de copies mais pas de méthylation aberrante de ces gènes. L’atteinte de la biogenèse ribosomale est donc peut-être un phénomène fréquent dans les SMD, en dehors même des syndromes 5q-, mais son rôle oncogénique dans les SMD reste méconnu.

Modèle immunologique des SMD

L’implication du système immunitaire dans la pathogenèse des SMD de faible risque repose sur plusieurs constats cliniques, comme la fréquence des manifestations auto-immunes chez ces patients [8] ou l’efficacité des traitements immunosuppresseurs chez certains d’entre eux [9]. Elle repose également sur la caractérisation d’anomalies quantitatives et qualitatives du système immunitaire dans cette pathologie [10]. Récemment, de nouvelles sous-populations lymphocytaires T CD4+ distinctes des populations T auxiliaires Th1 et Th2 ont été caractérisées. Les lymphocytes T régulateurs (Treg) sont capables de moduler de façon négative une réponse immune innée et adaptative, notamment via la synthèse d’IL10 [11]. Plus récemment encore, une sous-population baptisée Th17 a été identifiée, caractérisée notamment par la capacité de synthèse de l’IL17. Les lymphocytes Th17 jouent un rôle pro-inflammatoire et semblent impliqués dans la pathogenèse de nombreuses pathologies dysimmunitaires [12]. En outre, les populations Treg et Th17 semblent en équilibre dynamique, notamment parce que la synthèse d’IL6 par les Th17 inhibe l’expansion des Treg [11]. Le groupe de G. Mufti avait récemment décrit une expansion des Treg dans les SMD de haut risque mais pas de faible risque [13] sur la base d’un immunophénotypage lymphocytaire chez 52 patients. Ils ont cette fois étendu leur cohorte à 88 patients et analysé en parallèle les populations Th17 (Kodarsti, no 637). Les auteurs ont retrouvé une fréquence accrue de Th17 cette fois dans les SMD de faible risque, mais pas de haut risque, par rapport aux témoins. Ils ont confirmé l’existence d’une corrélation inverse pour les Treg, tandis que les populations Th1 et Th2 ne sont pas affectées. Les auteurs ont en outre vérifié que les Treg sont bien fonctionnels (les expériences sont en cours pour les Th17). A contrario, les Treg n’influent pas sur la production d’IL17 par les Th17. Grâce à l’étude par la technique Luminex® de profils cytokiniques sanguins et médullaires de SMD de faible et de haut risque et la mesure par technique TUNEL de l’apoptose médullaire, les auteurs font l’hypothèse que les cytokines pro-inflammatoires dans l’apoptose intramédullaire des SMD de faible risque [14] sont, en partie, produites par les Th17. Enfin, le modèle proposé par les auteurs soulève une question intéressante : la modification de l’équilibre Th17/Treg pourrait-elle en soi constituer un mécanisme de progression dans certains SMD ?

Méthylation

Différentes techniques permettent l’étude pangénomique de l’état de méthylation des promoteurs géniques [15]. Le groupe de A. Melnick a mis au point l’une de ces stratégies, la technique HELP, déjà présentée l’an passé (Itzykson I., Fenaux R. Hématologie 2008 ; 14 [Suppl. 2] : 60-6). Les auteurs ont pu l’appliquer à un nombre plus élevé d’échantillons, essentiellement de LAM. Un petit nombre de méthylomes de SMD a pu être validé par PEG (Zou, no 595).

Une autre stratégie d’étude du méthylome repose sur le couplage d’une modification de l’ADN par le bisulfite suivie d’une hybridation différentielle sur micropuce à ADN. C’est une telle approche (plate-forme Illumina®) qui a été appliquée par le groupe de J. Maciejewski (Ganetzky, no 850). Une partie des résultats de ce groupe a fait l’objet d’une publication récente [16]. Ce travail confirme que la méthylation de promoteurs reste, même dans un SMD, un fait rare et hétérogène d’un patient à l’autre (seuls 93 gènes hyperméthylés sont communs à au moins la moitié de la cohorte) ; hétérogénéité qui semble moindre dans le sous-groupe des SMD de haut risque (288 gènes hyperméthylés communs). Les familles de gènes impliqués sont pour certains gènes des suppresseurs de tumeur connus, pour d’autres des gènes impliqués dans les voies de régulation du cycle cellulaire, de réparation de l’ADN, d’apoptose et de différenciation. Cette technique nécessite néanmoins une validation avant de l’appliquer plus largement.

Les îlots CpG qui permettent la régulation épigénétique de la transcription par méthylation ne sont pas situés que dans les promoteurs de gènes, mais également dans les séquences promotrices de micro-ARN. L’équipe de J.-P. Issa (Castoro, no 598) s’est ainsi penchée sur la famille des miR-124. Ces auteurs ont mis en évidence par pyroséquençage bisulfite que la méthylation des miR-124 est fréquente dans les LAM mais également dans les SMD. De façon intéressante, l’état de méthylation des miR-124 est corrélé à la survie globale dans une cohorte de SMD. De plus, lorsque les patients étaient traités par décitabine (DAC) ± acide valproïque, la déméthylation à j5-j10 des miR-124 était corrélée à la réponse au DAC. Cet effet était confirmé en niveau d’expression, et les auteurs proposent que l’oncogène CDK6, réprimé par la réexpression des miR-124 sous l’effet des hypométhylants, puisse être impliqué dans la réponse clinique. Si ces avancées sont encore fragiles, elles suggèrent qu’il importe de ne pas se focaliser que sur les promoteurs de gènes, mais également de miR, lors de l’étude des profils de méthylation. Cela signifie également qu’un traitement déméthylant peut, par le biais d’un miR, aboutir à la répression d’un oncogène. Ce nouveau modèle élargit donc un peu plus le spectre des mécanismes d’action potentiels des hypométhylants.

Biologie des syndromes myélodysplasiques/myéloprolifératifs

L’activation d’une voie de signalisation « RTK-Ras-MAPK » est un événement fréquent dans les SMP. Dans les syndromes myélodysplasiques/myéloprolifératifs (SMD/SMP) un tel mécanisme peut également être suspecté, à l’instar des anomalies de la voie Ras dans les leucémies myélomonocytaires juvéniles (LMMJ). Ces anomalies sont d’autant plus intéressantes à caractériser qu’elles peuvent représenter des cibles pharmacologiques. Cependant, dans le SMD/SMP le plus fréquent, la leucémie myélomonocytaire chronique (LMMC), aucune activation de ce type de voie n’est connue à ce jour, hormis des mutations fréquentes de Ras [17], dont le caractère primaire dans la pathogenèse des SMD est discuté. De premiers résultats (Cilloni, no 687) suggèrent que la protéine tyrosine-kinase c-Ros, une tyrosine kinase orpheline à ce jour, est spécifiquement exprimée dans les cellules CD34 et monocytaires de patients atteints de LMMC, mais pas chez des sujets témoins. Cette hyperexpression ne semble pas liée à une anomalie de nombre de copies ni à une mutation dans les séquences promotrices. L’hypothèse d’une dérégulation épigénétique peut donc être soulevée, mais nécessite confirmation. Enfin, des résultats préliminaires dans un système in vitro assez éloigné de la LMMC confirment que l’activation de c-Ros induit bien une prolifération, mais n’a pas d’effet sur l’apoptose. Si cette hyperactivation est confirmée dans une série indépendante, il reste donc à caractériser le mécanisme d’activation de c-Ros et à tester son effet dans les LMMC. Enfin, l’inactivation d’un gène comme c-cbl (cf. supra) semble indiquer une piste supplémentaire pour expliquer la composante myéloproliférative des LMMC.

Pronostic : dépendance transfusionnelle, surcharge en fer et nouveaux traitements chélateurs

Le score pronostique proposé par le MD Anderson et récemment publié [18] a été à nouveau présenté (Kantarjian, no 635). Il a l’avantage de pouvoir être utilisé non seulement au diagnostic, comme les scores IPSS [19] ou WPSS [20], mais également au cours de l’évolution de la maladie. De plus, il prend en compte la profondeur des cytopénies, dont l’intérêt pronostique semble intuitif, et avait été validé l’an passé à l’ASH (ASH 2007, Kao, no 2457), ainsi que la dépendance transfusionnelle (cf. infra). Les facteurs de mauvais pronostic identifiés étaient les suivants : PS ≥ 2, âge ≥ 65, plaquettes < 30 G/L, entre 30 et 50 G/L et > 50 G/L, Hb < 12 g/dL, blastes < 5 %, entre 5 et 10 % et ≥ 11 % (seuil à 11 et non 10 % comme dans l’IPSS), hyperleucocytose > 20 G/L ; la cytogénétique défavorable définie comme un caryotype complexe (≥ 3 anomalies) ou une anomalie du chromosome 7 et enfin l’antécédent de transfusion. À noter que ni les autres caryotypes défavorables selon l’IPSS ni la notion de caryotype favorable de l’IPSS distinction intermédiaire-favorable ne sont retenus. À titre indicatif, les survies médianes sont de 54, 25, 14 et 6 mois pour, respectivement, les scores bas, intermédiaire 1, intermédiaire 2 et élevés. Ce score peut également être appliqué aux SMD/SMP (notamment les LMMC). Outre la cohorte internationale qui, à partir de 1 915 patients, avait servi à construire et valider le score, les auteurs ont démontré cette année qu’il pouvait être appliqué aux patients traités par la DAC dans le cadre d’un essai de phase III [21]. Il semble donc s’agir du premier score pronostique validé à l’ère des hypométhylants.

Ce nouveau score pronostique relance le débat sur la valeur pronostique de la dépendance transfusionnelle qui soulève un problème méthodologique, puisque les critères d’instauration d’un support transfusionnel ne sont pas standardisés [22], et une question clinique, puisque différentes hypothèses (non exclusives) peuvent expliquer son impact pronostique :

  • l’hémochromatose post-transfusionnelle (comme déjà retrouvé, notamment pour les SMD de faible risque [20, 22, 23] ;
  • la morbidité cardiovasculaire liée à une anémie chronique ;
  • la gravité intrinsèque du SMD.

L’étude d’une très importante cohorte rétrospective de 902 patients, pour lesquels l’histoire transfusionnelle, la ferritinémie et les paramètres pronostiques usuels étaient parfaitement connus (Sanz, no 640), a démontré que la dépendance transfusionnelle et la ferritinémie ont une valeur pronostique péjorative indépendante en termes de survie globale mais aussi de risque de transformation en LAM. Outre que cette étude confirme l’importance de la prise en charge de la surcharge en fer dans les SMD, notamment de faible risque, elle suscite également des questions. Ainsi, pourquoi l’élévation de la ferritinémie élève-t-elle le risque de progression en LAM de façon indépendante du nombre de culots globulaires transfusés ? Une piste a été proposée par certains auteurs, selon laquelle la surcharge en fer induirait un stress oxydatif potentiellement oncogénique [24]. Il n’en reste pas moins qu’en l’absence d’étude prospective, la controverse sur l’importance de la chélation du fer dans les SMD persiste [25].

Traitement des SMD de faible risque

L’essentiel des communications portait sur la chélation du fer. Le consensus international, même s’il est discuté, est de recommander la chélation chez les patients ayant reçu plus de 20 culots globulaires ou ayant une ferritinémie supérieure à 1 000-1 500 ng/mL, à condition que leur IPSS soit faible ou intermédiaire 1, ou bien qu’ils soient candidats à un traitement susceptible d’allonger la survie (allogreffe et peut-être aussi hypométhylants). Les modalités de la chélation reposaient jusqu’alors sur la déféroxamine, dont le mode d’administration (sous-cutané ou intraveineux) est peu pratique. La place des nouveaux chélateurs par voie orale reste à établir. Les résultats de deux essais de phase II de l’un d’entre eux, le déférasirox (DFX, Exjade®), ont été présentés.

Les résultats de l’étude d’un sous-groupe de 341 patients de l’étude EPIC (essai multicentrique d’efficacité du DFX) ayant un syndrome myélodysplasique dépendants des transfusions et porteurs d’une hémosidérose post-transfusionnelle prouvée par une ferritinémie supérieure à 1 000 ng/mL, ont été rapportés en communication orale (Gattermann, no 633). La moitié de ces patients avait déjà reçu un traitement chélateur, le plus souvent de la déféroxamine en monothérapie. La dose de DFX était adaptée de façon protocolaire tous les trois mois, et en moyenne les patients ont reçu 20 mg/kg par jour de DFX. L’objectif principal a été atteint, puisqu’une réduction significative de la ferritinémie, à un an, a été obtenue sur l’ensemble de la cohorte (de l’ordre de 30 %). Si presque un patient sur deux a interrompu le traitement en cours d’étude, les effets secondaires imputables à la substance n’étaient en cause que dans environ 13 % des arrêts de traitement. La grande majorité (95 %) des effets secondaires objectivés était de grades 1-2, notamment gastro-intestinaux. À noter qu’une élévation de la créatinine de plus de 33 % a été constatée chez 15 % des patients.

Ce profil de toxicité était superposable à celui rapporté sur les premiers 93 patients inclus dans l’étude US03, une étude de phase II ouverte multicentrique d’évaluation à plus long terme (trois ans) du DFX et qui n’inclut que des patients porteurs de SMD de faible risque (List, no 634).

Ainsi, il semble que le DFX soit un peu moins bien toléré chez les patients porteurs de SMD que dans d’autres indications, possiblement du fait de leur âge plus avancé, de leurs comorbidités, ou de leurs traitements concomitants. Il n’en reste pas moins que pour les patients porteurs de SMD traités auparavant par déféroxamine, le DFX leur est apparu tout aussi efficace, et bien plus supportable sur le long terme (Porter, no 1306).

Traitement des SMD de risque élevé

Faisant suite aux résultats de l’étude de phase III de l’essai AZA-001, de nombreux résultats concernant les agents hypométhylants étaient attendus.

Agents hypométhylants, seuls ou en combinaison

Il s’agissait notamment de ceux de l’essai de phase III comparant DAC et soins de support conduit par l’EORTC, deux ans après la publication d’un premier essai américain posant la même question, et qui n’avait pas retrouvé de bénéfice au DAC en termes de survie globale [26].

L’essai de l’EORTC et du groupe allemand des SMD a été conduit entre 2002 et 2007 sur 233 patients de plus de 60 ans, d’IPSS intermédiaire ou élevé (Wijermans, no 226). Dans le groupe DAC, le schéma d’administration « hospitalier » avait été retenu à l’initiation de l’étude, soit trois injections par jour pendant trois jours, les cycles étant espacés de six semaines. Une évaluation de la réponse était prévue tous les deux cycles, les patients en échec dès deux cycles sortant de l’étude. Celle-ci prévoyait l’administration au plus de huit cycles. De ce fait, le nombre médian de cycles reçus par les patients randomisés dans le groupe DAC était donc de trois seulement. Enfin, le groupe comparateur ne comportait que des « soins de support », soit un groupe a priori plus défavorable que le comparateur de l’étude AZA-001 (qui pouvait comporter de la chimiothérapie, y compris intensive). Le taux de réponse global de 34 % dans le groupe DAC (rémission complète [RC] : 13 %, rémission partielle [RP] : 6 %, amélioration hématologique : 15 %) est, bien entendu, supérieur au groupe « soins de support » (0 %) avec les nouveaux critères IWG [27]. Cela se traduit par un bénéfice significatif en termes de survie sans progression (6,6 contre 3,0 mois ; p = 0 ,04), mais malheureusement pas en retard à la transformation ni surtout en survie globale. Ces résultats décevants pour DAC peuvent d’abord s’expliquer par le faible nombre de cycles reçus (trois en médiane contre neuf cycles d’AZA dans l’essai AZA-001). Le schéma d’administration retenu en 2002 n’est non seulement pas le plus ambulatoire, mais aussi probablement pas le plus efficace [21]. Enfin, reste l’hypothèse que malgré la proximité chimique des deux substances, le radical « déoxy » qui sépare la 5-azacytidine (AZA) de la 5-aza-2’déoxy-cytidine (DAC) puisse entraîner des différences intrinsèques entre ces deux substances. In vitro, seule l’AZA peut s’incorporer à l’ARN et inhiber la synthèse protéique [28]. Enfin, l’AZA échappe à la métabolisation par la désoxycytidine-kinase, qui pourrait être en cause dans la résistance à la DAC [29].

Une présentation de l’essai AZA-001 centrée sur les patients répondeurs à l’AZA (Silverman, no 227) a permis de discuter la question du nombre de cycles à administrer, tant aux patients répondeurs que non répondeurs. Ainsi, bien que 50 % des réponses soient obtenues dans les trois premiers cycles, celles-ci peuvent apparaître de façon retardée, 10 % des réponses de l’essai AZA-001 ayant été obtenues au-delà du neuvième cycle. Une autre question est de savoir quand il faut arrêter l’AZA chez un patient en réponse. Dans l’essai AZA-001, la poursuite de l’AZA chez les répondeurs permettait, dans 40 % des cas, d’améliorer la qualité de la réponse, et ce en médiane après l’administration de quatre cycles supplémentaires. De plus, il semble que l’arrêt des agents hypométhylants entraîne rapidement une rechute du SMD, comme le suggère notamment la différence de durée de réponse entre l’essai DAC de l’EORTC et AZA-001. L’ensemble de ces résultats suggère donc que les agents hypométhylants ne sont pas en mesure d’éradiquer le clone SMD, mais agissent de façon suspensive en retardant la progression et/ou en corrigeant les cytopénies.

Le profil de toxicité de l’AZA a été analysé dans l’étude AZA-001, au cours de laquelle les patients n’ont pas reçu de traitement de soutien par EPO ou G-CSF. Les cycles ont pu être administrés dans un cas sur deux sans délai (Santini, no 1653). Une adaptation de dose, le plus souvent unique, n’a été nécessaire que chez 14 % des patients. Les effets secondaires non hématologiques sont le plus souvent transitoires, ne requièrent que rarement une hospitalisation et ne sont qu’exceptionnellement (1 % des cas) responsables d’un arrêt de l’AZA. Si la toxicité hématologique est marquée lors des deux premiers cycles, entraînant même un arrêt du traitement dans 5 % des cas, elle s’estompe lors des cycles ultérieurs. Si la neutropénie peut éventuellement bénéficier d’une prophylaxie par G-CSF, le problème de la thrombopénie demeure, puisque 29 % des patients nécessitent des transfusions plaquettaires dans ce contexte (Santini, no 1653).

Le problème de la thrombopénie liée à l’administration d’AZA pourrait être surmonté grâce à l’utilisation de facteurs thrombopoïétiques, en particulier les agonistes du récepteur de la TPO comme le romiplostim. Il s’agit d’un « peptimimétique » sans analogie de séquence avec la thrombopoïétine humaine, dont l’utilisation semble possible dans les SMD, comme en témoignent les premiers résultats d’une étude de phase I rapportés l’an passé à l’ASH (Kantarjian, no 250, ASH 2007). Un essai multicentrique de phase II randomisé a donc été conduit pour évaluer sa place dans la prévention des thrombopénies induites par l’AZA. Quarante patients traités par AZA selon le schéma conventionnel ont donc été randomisés pour recevoir en plus de l’AZA soit une injection placebo, soit 500, soit 750 μg hebdomadaire de romiplostim. L’objectif principal de l’étude, un index composite, tenant compte des transfusions plaquettaires et des périodes de thrombopénies, inférieur à 50 G/L au-delà de j21 du cycle d’AZA, était évalué après quatre cycles. Les résultats des 27 premiers patients ayant atteint quatre cycles ont été présentés (Kantarjian, no 224). Le profil de tolérance est satisfaisant, puisqu’aucun effet indésirable imputable au romiplostim n’a été observé. En particulier, un seul patient a progressé au cours de l’essai, et il n’a donc pas été observé de « poussées blastiques » comme dans l’essai de phase I, poussées qui sont régressives à l’interruption du romiplostim et qui semblent dose-dépendantes. L’efficacité du romiplostim dans ce contexte semble intéressante, puisqu’une réduction significative du critère de jugement a été observée. Les patients inclus dans cette étude étaient probablement plus thrombopéniques que ceux inclus de la population générale des SMD de haut risque si l’on en juge par la proportion de patients ayant requis des transfusions plaquettaires. Ainsi, si 69 % des patients recevant le placebo ont nécessité au moins une transfusion, cela n’a été le cas que pour 46 et 39 % des patients recevant 500 et 750 μg par semaine de romiplostim, respectivement. Aucun des patients traités par romiplostim n’a eu de nadir plaquettaire inférieur à 25 G/L. Enfin, deux événements hémorragiques graves (grades 3-4) sont survenus dans le groupe placebo et aucun dans les groupes recevant le romiplostim. Il semble donc que le romiplostim, à une dose inférieure à 1 000 μg par semaine, soit bien toléré et puisse contribuer à faire passer le cap des premiers cycles d’AZA.

De nombreuses études de phase II avaient testé la combinaison d’un agent hypométhylant avec un inhibiteur d’histone-déacétylase, avec des taux de réponse globale qui ne semblaient pas différer de ceux obtenus par hypométhylants seuls, du moins dans les SMD [30]. Le MD Anderson a rapporté le premier essai de phase II randomisé dans cette catégorie (Issa, no 228). Il comparait au DAC seul (administré cette fois selon le schéma ambulatoire validé dans cette même institution [21]) l’adjonction d’acide valproïque à forte dose (50 mg/kg par jour) de j1 à j7 de chaque cycle, schéma validé dans des essais antérieurs [31] (Raffoux, no 763).

Quatre-vingt-quatre patients sont inclus à ce jour (44 SMD, 30 LAM, dix LMMC). Après une médiane de quatre cycles, le taux de réponse global de la cohorte est de 67 % (RC : 39 %, RP : 10 %, amélioration hématologique : 18 %) et ne diffère pas entre les deux groupes. De même, les survies globales ne semblent pas différentes (neuf mois pour les LAM, 15 mois pour les SMD), mais le recul est pour l’instant faible. Les auteurs mettent en cause la toxicité neurologique du VPA, puisqu’un patient sur deux dans le groupe DAC + VPA a dû interrompre le VPA. Outre les résultats définitifs de cette étude avec un recul suffisant, il faudra attendre la conduite d’essais analogues avec des inhibiteurs de HDAC moins toxiques pour juger de l’efficacité de ces stratégies.

Le spectre d’activité du LEN s’est récemment étendu au-delà de son efficacité remarquable dans les SMD de faible risque avec délétion 5q [32], comme l’ont récemment prouvé deux essais conduits dans les SMD sans délétion 5q mais dépendants des transfusions [33], et dans les SMD avec délétion 5q mais de haut risque [34]. L’association de LEN et d’AZA dans les SMD de haut risque paraissait donc séduisante mais pouvait achopper sur la toxicité hématologique cumulée de chacune de ces drogues. Les résultats définitifs d’un essai de phase I, testant la tolérance de cette association selon la méthodologie classique « 3 + 3 », ont été présentés (Sekeres, no 221). L’essai a inclus 18 patients, répartis en six cohortes testant des doses croissantes d’AZA (cinq jours ou deux fois cinq jours d’AZA 75 mg/m2/j) et de LEN (5 mg/j, 14 ou 21 jours et 10 mg/j, 21 jours), les cycles étant répétés tous les 21 jours. La tolérance de cette association semble correcte, puisque le début du deuxième cycle n’a dû être décalé du fait de la toxicité hématologique que chez cinq patients sur 18. L’incidence des neutropénies fébriles (5/18) incite cependant à une administration en milieu hospitalier. Les résultats préliminaires en termes de réponse sur 17 patients sont très encourageants, avec sept RC, une RP, trois améliorations hématologiques et deux rémissions médullaires, soit un taux de réponse global de 72 %, sans effet-dose évident. Les auteurs vont donc poursuivre l’évaluation de cette association sous la forme d’une phase II qui retiendra a priori le schéma AZA 75 mg/m2, j1-5 + LEN 10 mg/j, j1-21. Une alternative pour limiter potentiellement la toxicité hématologique de cette association consisterait en une administration séquentielle, par exemple AZA, puis LEN, voire à n’introduire le LEN qu’après les premiers cycles d’AZA seul.

Chimiothérapie

Les derniers résultats des agents hypométhylants semblent faire diminuer les indications de chimiothérapie intensive dans les SMD de haut risque. Pour autant, cette stratégie reste, à ce jour, l’option thérapeutique apportant le plus haut taux de RC (du moins en l’absence de caryotype défavorable), ce qui peut être utile avant allogreffe. Les nouvelles molécules sont peu nombreuses, et les résultats présentés cette année portaient essentiellement sur la clofarabine (CLO), un analogue nucléosidique de deuxième génération qui a déjà montré son intérêt dans les LAM à la fois chez le sujet jeune en échec et le sujet âgé en première ligne, soit seule, soit en combinaison avec l’AraC [35,36] (Erba, no 558). S. Faderl du MDACC présentait de façon groupée les premiers résultats de deux études de phases I-II conduites chez des patients avec cytogénétique défavorable ou excès de blastes, avec CLO intraveineuse (à la dose de 15 ou de 30 mg/m2 par jour, cinq jours, selon un schéma d’adaptation bayesien) ou orale (40 puis 30 mg/m2 par jour, cinq jours) (Faderl, no 222). Sur 61 patients évaluables (25 traités per os et 36 intraveineux), le taux de réponse global est de 46 %, dont 30 % de RC, la plupart des réponses étant observées après une seule cure. À noter également le taux de réponse global intéressant des patients en échec d’agent hypométhylant (33 %), un groupe de patients dont le pronostic est sombre, y compris avec la chimiothérapie conventionnelle (Jabbour, no 1659). La toxicité de la CLO reste cependant importante avec 10 % de décès toxiques, notamment dans le schéma intraveineux, où 78 % des patients ont dû être hospitalisés contre seulement 16 % dans le schéma oral, alors même que le taux de réponse avec la formulation orale ne semble pas inférieur. L’étude de doses atténuées de CLO s’éloignant des schémas de LAM pourrait donc s’avérer intéressante dans les SMD, ce, d’autant qu’un rôle hypométhylant de la CLO à faible dose a été proposé (Zhang, no 379). De façon parallèle, de faibles doses de CLO induisent l’expression de gènes codant pour des antigènes tumoraux de la famille des cancer testis antigens, qui sont la cible de stratégies de vaccination antitumorale [37]. Il n’est cependant pas démontré de lien entre ces deux activités, même s’il est possible que l’expression de ces gènes soit la conséquence de la déméthylation de leurs promoteurs.

Les résultats actualisés de l’essai du groupe Nordique concernant la place de l’AZA en entretien après une chimiothérapie intensive (Grovdal, no 223) n’ont pas montré, à ce jour, d’intérêt de l’AZA dans ce contexte. Le groupe nordique avait déjà présenté l’an passé le schéma de leur essai d’AZA en entretien après chimiothérapie intensive, auquel est accolée une étude biologique, qui avait déjà permis d’identifier sur trois promoteurs un profil de méthylation prédictif de la réponse à la chimiothérapie intensive [38]. Les résultats de la phase d’entretien de cet essai de phase II multicentrique ont été rapportés cette année, portant désormais sur 60 patients, porteurs de SMD de haut risque (n = 23) ou transformés (n = 37), dont 24 ont obtenu une RC après chimiothérapie intensive mais étaient considérés non éligibles à l’allogreffe. Les 24 patients en RC ont reçu des cycles d’AZA jusqu’à la rechute. La dose conventionnelle (75 mg/m2 par jour pendant sept jours) s’est avérée trop toxique au décours de la chimiothérapie, et les patients ont donc reçu une dose de 60 mg/m2 de j1 à j5. La survie globale et la durée médiane de RC de cette cohorte sont de 20 et 13,5 mois respectivement, ce qui semble analogue aux résultats de la chimiothérapie intensive seule [39]. L’état de méthylation de p15/INK4b avant entretien n’influence pas le pronostic. La plupart des patients ont pu être suivis de façon prospective pour la méthylation de certains gènes et, de façon intéressante, chez certains, l’apparition d’une hyperméthylation du promoteur de p15 a précédé la survenue d’une rechute hématologique, ce qui suggère que le suivi de ce promoteur de manière quantitative, par pyroséquence après traitement au bisulfite par exemple, pourrait servir de marqueur de MRD. Enfin, la méthylation du promoteur de l’E-cadhérine confirme avec plus de recul son impact pronostique péjoratif [38]. À noter que le groupe francophone des myélodysplasies mène actuellement une étude similaire d’AZA en maintenance, dans des SMD ayant obtenu une RC ou RP avec la chimiothérapie intensive.

Allogreffe de cellules souches hématopoïétiques (CSH)

Bien que l’allogreffe de CSH demeure, à ce jour, la seule option thérapeutique curative dans les SMD, la plupart des patients restent non éligibles pour une allogreffe à conditionnement standard, du fait d’un âge avancé. L’essor des stratégies dites de conditionnement atténué constitue donc une avancée importante, et leur étude dans les SMD repose le plus souvent sur des cohortes rétrospectives de taille limitée ou hétérogène. La plus grande série prospective publiée à ce jour comporte 93 patients [40]. Le CIBMTR rapportait cette année une série, certes rétrospective, mais incluant néanmoins 551 patients, ayant bénéficié d’une telle stratégie entre 1995 et 2005 (McClune, no 346). Bien qu’hétérogène, la série comportait une majorité de donneurs non apparentés, de greffons recueillis en périphérie, et de conditionnements à base de fludarabine. À trois ans de l’allogreffe, un tiers des patients est décédé du fait de la procédure, un tiers des patients a rechuté, enfin le dernier tiers est vivant sans rechute. En analyse multivariée, l’âge n’exerçait pas d’influence sur le pronostic des patients, ce qui, compte tenu du caractère rétrospectif de l’étude, suggère essentiellement que, même sans outils sophistiqués d’évaluation des comorbidités, les cliniciens savent assez bien sélectionner les « bons » candidats à l’allogreffe.

Par ailleurs, l’analyse d’une très importante cohorte rétrospective multicentrique, comportant plus de 5 000 patients allogreffés entre 1997 et 2004 pour une LAM ou un SMD permet de faire deux constatations intéressantes (Luger, no 348). D’une part, il semble que la toxicité à long terme d’un conditionnement non myéloablatif rejoigne celle d’un conditionnement standard, du fait notamment de l’incidence accrue de maladie du greffon contre l’hôte chronique. D’autre part, si le risque de rechute et la survie sans leucémie sont plus favorables dans le groupe ayant reçu un conditionnement standard, cela ne se traduit pas par un bénéfice en survie globale, alors même que l’IPSS moyen des patients SMD inclus dans cette cohorte ne différait pas entre les deux groupes de conditionnement. Ces résultats concordent avec ceux déjà observés chez des patients allogreffés en situation de RC [41], et les résultats de deux études prospectives randomisées comparant ces stratégies, dont une européenne, sont donc attendus avec intérêt. Enfin, la persistance d’un risque de rechute élevé après allogreffe incite à mettre au point des stratégies de maintenance après allogreffe, qui pourraient par exemple reposer sur l’emploi d’agents hypométhylants, à condition d’en maîtriser la toxicité hématologique, qui semble accrue dans ce contexte, ainsi qu’en témoignent les premiers résultats d’une étude de phases I-II (de Lima, no 1134).

Conclusion

L’édition 2008 du congrès de l’ASH n’a pas apporté de bouleversement dans le traitement des SMD, mais elle a permis de consolider les évolutions récentes des stratégies thérapeutiques, notamment avec les hypométhylants, et pour la première fois, de confirmer l’efficacité d’un chélateur par voie orale du fer, le DFX, dans les SMD.

Sur le plan biologique, l’utilisation des techniques de SNP-A est en train de faire découvrir des zones génétiques « d’intérêt » pour la découverte de gènes potentiellement impliqués dans la physiopathologie des SMD, comme le gène TET2 en 4q ou le gène c-cbl en 11q. Ces méthodes devraient permettre de combler le retard existant de ce point de vue dans les SMD par rapport aux leucémies aiguës et la LMC, où l’existence de translocations équilibrées a permis depuis de nombreuses années de détecter des gènes d’intérêt, et dans le cas des translocations t(9;22) et t(15;17) la mise au point de thérapeutiques « ciblées ».

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