ARTICLE
Auteur(s) : Benoît Laurent, Voahangy Randrianarison, Dominique Duménil
Département d’hématologie, Institut Cochin, INSERM U567, CNRS
UMR 8104, Université Paris V, 27, rue du Faubourg Saint-Jacques,
75014 Paris
Gfi-1 et Gfi-1B sont deux membres d’une même famille de répresseurs
transcriptionnels, la famille GPS (Gfi-1/Pag-3/Senseless). Ces
facteurs sont essentiels à la régulation de nombreux processus
biologiques tels que l’apoptose, la prolifération ou la
différenciation cellulaire. Gfi-1 et Gfi-1B sont des
proto-oncogènes impliqués principalement dans le développement de
lymphomes chez les rongeurs. Cependant, ces protéines ont été
découvertes récemment et les données sur leur fonction sont
fragmentaires et souvent contradictoires, suggérant qu’elles
n’exercent pas exactement le même rôle dans les différentes
cellules du tissu hématopoïétique. Très récemment, des expériences
de knock in ont montré que Gfi-1 et Gfi-1B pouvaient avoir la même
fonction dans le tissu hématopoïétique [1]. Cependant, le contrôle
strict de leur expression dans un lignage donné joue un rôle majeur
dans leur fonction. Dans cette revue, nous nous focaliserons sur
Gfi-1 et Gfi-1B (gènes, protéines et transcrits) et leur fonction
dans l’hématopoïèse.
Gènes codant Gfi-1 et Gfi-1B
Le gène Gfi-1 a été cloné en 1993 par une stratégie de mutation
insertionnelle développée dans le but de mettre en évidence des
molécules impliquées dans la progression tumorale. Des cellules
dérivées d’un lymphome T, dépendantes de l’IL-2 pour leur
prolifération, ont été infectées par le virus de Moloney. Le site
d’intégration du virus a été cloné dans les cellules devenues
indépendantes de l’IL-2 pour leur croissance [2]. C’est la raison
pour laquelle le gène activé par insertion rétrovirale a été appelé
Gfi-1 pour growth factor independent-1.
Gfi-1B a été cloné en 1998 par hybridation à faible stringence
avec une sonde correspondant aux doigts de zinc de Gfi-1 [3]
(tableau 1( Tableau 1 )).
Gfi-1 et Gfi-1B sont très conservés au cours de l’évolution.
Dans les espèces plus primitives comme le Zébrafish ou Xenopus, il
semblerait que seul Gfi-1 existe, suggérant qu’une duplication
génique a eu lieu au cours de l’évolution.
Tableau 1 Localisation chromosomique des gènes Gfi-1 et
Gfi-1B
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Souris
|
Homme
|
|
Gfi-1
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Chr 5
|
1p22
|
|
Gfi-1B
|
Chr 2
|
9q34
|
Protéines Gfi-1 et Gfi-1B
Structure des protéines
Gfi-1 et Gfi-1B sont des protéines nucléaires, elles possèdent deux
domaines fonctionnels : un domaine répresseur SNAG (pour
Snail/Gfi-1) situé à l’extrémité N-terminale et six doigts de zinc,
C2H2, dans la partie carboxy-terminale ((
figure 1 )). Le
domaine SNAG et les doigts de zinc sont très conservés entre les
deux protéines : 97 % d’homologie pour la région des
doigts de zinc et 90 % pour le domaine SNAG. Par contre, la
partie intermédiaire entre SNAG et les doigts de zinc est peu
conservée (24 % d’homologie).
Gfi-1 et Gfi-1B se fixent, par l’intermédiaire de leurs doigts
de zinc, sur une même séquence d’ADN : TAAATCAC(A/T)GCA
(AATC dans 100 % des cas) [3].
Le domaine SNAG, séquence de 20 acides aminés, est identique
dans Gfi-1, Gfi-1B, Gsh-1, une protéine à homéodomaine exprimée
dans le système nerveux central, IA-1, protéine à doigts de zinc
exprimée dans les cellules pancréatiques et les membres de la
famille des protéines Snail/Slug [4]. Les protéines de la famille
Snail/Slug sont également des répresseurs transcriptionnels
possédant, comme Gfi-1 et Gfi-1B, un domaine SNAG et 4 à 6 doigts
de zinc.
Par ailleurs, le domaine SNAG contient un signal de localisation
nucléaire (NLS). Cependant, d’autres séquences responsables de la
localisation nucléaire doivent exister dans la protéine car une
protéine délétée de son domaine SNAG est retrouvée dans le noyau
des cellules infectées avec un rétrovirus portant l’ADNc de Gfi-1B
délété de la partie codant le domaine SNAG [5].
Dans la majorité des études conduites chez les vertébrés, le
domaine SNAG a été décrit comme étant indispensable à la fonction
répresseur de ces protéines. Récemment, l’importance de ce domaine
a été confirmée par une expérience de knock in chez la souris. Les
souris exprimant une protéine Gfi-1 dépourvue d’un domaine SNAG
fonctionnel, présentent le même phénotype que les souris dont le
gène Gfi-1 a été totalement inactivé [1].
La position du domaine SNAG dans la protéine est également
importante. En effet, une protéine chimère composée du domaine SNAG
de Gfi-1 suivi du domaine de liaison à l’ADN de PAX3 et du domaine
de liaison à l’hormone du récepteur aux œstrogènes (SNAG/PAX3/ER)
inhibe la transcription des gènes cibles de PAX3 en présence
d’oestradiol. Par contre, si SNAG est placé en position
C-terminale, la protéine n’a plus de fonction répresseur [6].
Le mécanisme par lequel le domaine SNAG participe à la fonction
répresseur de Gfi-1 ou Gfi-1B reste à définir.
Des orthologues de Gfi-1sont décrits chez les invertébrés :
chez C. elegans : pattern of gene expression 3 (pag-3) et chez
la drosophile : Senseless (( figure 1 )). Ces protéines
sont également nucléaires. Bien que ne possédant pas de domaine
SNAG, Senseless et pag-3 sont des répresseurs transcriptionnels,
ils recrutent des co-represseurs de type CtBP. Gfi-1 et ses
orthologues pourraient, dans des organismes différents, avoir le
même rôle en interagissant avec les mêmes partenaires [7].
Fonction des protéines
Analyse des effets de l’inactivation du gène codant Gfi-1
(souris Gfi-1-/-)
Les souris déficientes pour le gène codant Gfi-1 sont petites,
présentent une neutropénie sévère et sont très sensibles aux
infections par les bactéries gram-plus. Elles meurent d’infection
entre la dixième et la cinquantième semaine, avec une médiane à
11 semaines après la naissance [8]. Un excès de production de
cytokines de l’inflammation (TNF, IL-10) pourrait participer à leur
mort prématurée [9].
Deux études démontrent le rôle de Gfi-1 dans
l’autorenouvellement des cellules souches hématopoïétiques (HSC)
[10, 11].
La première étude analyse l’hématopoïèse de souris dans laquelle
la séquence codante de Gfi-1 a été remplacée par la séquence de la
green fluorescent protein (GFP) [11]. La taille de nombreux
compartiments immatures est diminuée (LSK, LT-HSC, ST-HSC, CLP et
CMP) alors que les compartiments GMP et MEP ne sont pas modifiés.
De plus, les propriétés des cellules souches sont altérées. En
effet, des reconstitutions hématopoïétiques ont été réalisées en
injectant des cellules médullaires sauvages ou Gfi-1-/-
en présence de cellules « compétiteur » dans des
receveurs irradiés. Vingt-deux semaines plus tard, alors que les
cellules myéloïdes et lymphoïdes du donneur sont détectées dans la
moelle des receveurs après l’injection de cellules sauvages, aucune
cellule Gfi-1-/- n’est détectée dans la moelle des
receveurs injectés avec des cellules Gfi-1-/-[11].
Dans une deuxième étude [10], des souris chimères ont été
construites en injectant dans les blastocystes C57/Bl6 des cellules
ES de lignée 129 Gfi-1+/- ou Gfi-1-/-. Dans
les chimères jeunes (moins de 1 mois), des cellules
Gfi-1+/- et Gfi-1-/- sont présentes dans la
moelle et dans le thymus des chimères. Par contre, dès le deuxième
mois après la naissance, aucune cellule Gfi-1-/- n’est
détectée, ni dans la moelle, ni dans le thymus, ni dans la rate des
chimères. Les cellules Gfi-1-/-, en revanche,
participent à la constitution de tous les autres tissus et ce tout
au long de la vie des souris chimères.
Ces études démontrent clairement que la fonction des cellules
souches hématopoïétiques est altérée en absence de Gfi-1. Les
cellules souches Gfi-1-/- sont incapables de maintenir
une hématopoïèse normale à long terme. Cette anomalie pourrait
venir d’un défaut dans la régulation du cycle cellulaire, et en
particulier d’un défaut d’expression de la protéine
p21cip/WaF1, inhibiteur des kinases dépendantes des
cyclines. Ainsi, les HSC Gfi-1-/- prolifèrent plus
activement que les HSC normales aboutissant à leur épuisement
précoce. Cette hypothèse est étayée par le fait que l’inactivation
des gènes codant p21cip/Waf1 et Gfi-1 aboutisse au même
défaut d’autorenouvellement des HSC. La possibilité que le gène
codant p21 soit un gène cible de Gfi-1 ou Gfi-1B sera discutée plus
loin.
Gfi-1 serait donc essentiel pour réduire le taux de
prolifération des HSC et préserver leur intégrité
fonctionnelle.
Gfi-1 a été cloné dans des cellules du tissu lymphoïde et sa
fonction a été initialement décrite dans ce tissu [2]. Cependant,
son rôle dans la régulation du développement du système lymphoïde
est complexe car Gfi-1 semble être impliqué à différentes étapes de
ce développement.
Dans les souris Gfi-1-/-, la cellularité du thymus
est très diminuée ainsi que celle des compartiments cellulaires
contenant les précurseurs lymphoïdes (LSK Flt3+ et CLP).
Cette diminution est due à l’augmentation de l’apoptose et au
blocage partiel de la transition DN1-DN2 des précurseurs lymphoïdes
double négatifs (DN), c-kit+, dépendants de cytokines
pour leur prolifération et qui n’ont pas encore initié la
recombinaison V(D)J.
Au cours de la différenciation, Gfi-1 joue un rôle dans la
sélection CD4/CD8. En effet, dans le thymus et les ganglions des
souris Gfi-1-/-, le nombre de lymphocytes
CD8+ est plus élevé que dans ceux des souris sauvages
[8, 12]. Gfi-1 pourrait intervenir dans la sélection CD4-CD8 via la
répression de l’expression du récepteur à l’IL-7 [13]. En effet,
contrairement aux CD4+, les cellules CD8+ du
thymus des souris Gfi-1-/- expriment très fortement le
récepteur à l’IL-7, leur procurant un large avantage
prolifératif.
Gfi-1 a également un rôle dans la prolifération des cellules T
matures Th2, CD4+, suggérant un rôle pour Gfi-1 dans la
réponse immunitaire.
Le bilan de ces études montre cependant que l’inactivation de
Gfi-1 a des conséquences fonctionnelles relativement mineures dans
la fonction T. La réduction du nombre de cellules T matures du sang
et des organes périphériques, comme la rate et les ganglions, est
faible. Les cellules lymphoïdes Gfi-1-/- reconstituent
rapidement le système lymphoïde des souris irradiées létalement.
Les récepteurs aux antigènes des cellules T et B sont exprimés
normalement, le répertoire n’est pas modifié et les souris
Gfi-1-/- maintenues en conditions germ free ne
développent pas d’infections opportunistes.
Quant aux cellules B, leur nombre dans la moelle des jeunes
animaux Gfi-1-/- est diminué de 5 fois. Cependant, la
proportion des populations cellulaires aux différents stades de
différenciation B reste normale. De même, l’analyse des marqueurs
de surface des cellules B en cours de maturation ne révèle pas
d’anomalies importantes. Aucun blocage de la différenciation n’est
décrit [14]. Le nombre de lymphocytes B matures en périphérie
(rate, ganglions lymphatiques et sang) est normal. Par conséquent,
Gfi-1 ne semble pas jouer un rôle déterminant dans la lymphopoïèse
B.
La différenciation dendritique (myéloïde à partir des CMP et
lymphoïde à partir des CLP) est diminuée dans les organes
lymphoïdes des souris Gfi-1-/-. Ce défaut de
différenciation est corrélé à une diminution de la phosphorylation
de Stat3, cette diminution pouvant être la cause du défaut de
maturation des cellules dendritiques. En effet, il a été montré,
d’une part, que l’activation de Stat3 par Flt3L était indispensable
au développement des cellules dendritiques et d’autre part, que
l’inactivation de Stat3 dans les cellules hématopoïétiques
induisait une diminution à la fois du nombre de précurseurs et des
cellules dendritiques matures [15].
Gfi-1 jouerait donc sur la phosphorylation de Stat3, mais les
mécanismes mis en cause restent à déterminer.
Les souris Gfi-1-/- sont sévèrement neutropéniques et
accumulent une quantité importante de cellules monocytaires
immatures dans la moelle et le sang [9]. Ces cellules sont
incapables de se différencier en granulocytes matures. Par contre,
les progéniteurs myéloïdes Gfi-1-/- dans lesquels Gfi-1
a été introduit ex vivo se différencient en présence de G-CSF.
Gfi-1 a donc un rôle important dans le développement neutrophile,
mais aussi dans la balance neutrophile/monocyte.
Une autre étude confirme ces résultats et montre que les souris
Gfi-1-/- développent facilement des abcès ayant pour
origine des bactéries gram-positif [8]. Une accumulation de
cellules myélomonocytaires atypiques co-exprimant des marqueurs de
différenciation granulocytaire et monocytaire
(Gr1+Mac1+ et le récepteur au M-CSF) se
produit dans la moelle des souris. Ces cellules prolifèrent mais ne
se différencient pas en présence de G-CSF alors qu’elles se
différencient en monocytes en réponse au M-CSF.
L’analyse des transcrits des cellules médullaires
Gfi-1-/- bloquées au stade promyélocyte montre que ces
cellules expriment l’élastase neutrophile. Ces cellules sont
capables de phagocyter les bactéries et ont une activité
respiratory burst normale. Ceci peut rendre compte de l’absence
d’infection par des bactéries gram-négatif. Contrairement aux
souris neutropéniques résultant de l’inactivation de CEBPα ou ε, le
lignage éosinophile est normalement représenté et sa maturation est
normale.
Une recherche systématique a été entreprise pour détecter des
mutations potentielles de Gfi-1 chez les patients atteints de
neutropénie sévère congénitale (NSC) en absence de mutation dans le
gène codant l’élastase neutrophile (ELA2). Une mutation
hétérozygote (1412A→G), entraînant une substitution N382S dans le
cinquième doigt de zinc de Gfi-1, a été trouvée chez un enfant
atteint de NSC. Contrairement à la protéine sauvage, la protéine
Gfi-1 N382S ne se fixe pas à l’ADN [16] et ne réprime pas la
transcription de C/EBPε induite par le G-CSF. Cette absence de
répression de C/EBPε par Gfi-1 muté serait à l’origine de
l’apparition de la neutropénie chez les patients portant la
mutation N382S [17]. Une autre mutation entraînant une substitution
K403R a également été trouvée.
Les malades atteints de NSC et les souris déficientes pour le
gène Gfi-1 développent donc les mêmes symptômes. Une différence
doit cependant être notée : les souris hétérozygotes pour une
mutation nulle ne souffrent pas de neutropénie, contrairement aux
patients NSC porteurs de mutation à l’état hétérozygote, suggérant
que les mutations décrites chez l’homme conduisent à l’expression
d’une forme « dominant négatif ».
Analyse des effets de l’inactivation du gène codant Gfi-1B
(souris Gfi-1B-/-)
Gfi-1B est essentiel pour la survie de l’embryon. L’inactivation du
gène codant Gfi-1B chez la souris conduit à la mort de l’embryon au
jour 14,5 ou 15 de gestation [18].
L’analyse des embryons a montré que la mort in utero était due à
l’absence totale de cellules matures érythroïdes et
mégacaryocytaires dans le foie fœtal des embryons
Gfi-1B-/-. Cette absence ne provient pas d’un défaut de
l’engagement des cellules souches multipotentes vers les voies
érythroïde ou mégacaryocytaire car des progéniteurs érythroïdes et
mégacaryocytaires sont présents dans le foie fœtal des embryons
Gfi-1B-/-. Les progéniteurs érythroïdes
Gfi-1B-/- sont cependant bloqués dans leur maturation au
stade c-kit+Ter119+.
En effet, les colonies obtenues après culture des cellules de
foie fœtal Gfi-1B-/- en milieu semi-solide sont
composées de précurseurs érythroïdes et ne contiennent pas de
cellules synthétisant de l’hémoglobine.
Le phénotype des souris Gfi-1B-/- est très proche de
celui obtenu après inactivation des gènes codant GATA-1 ou Fog,
autres facteurs de transcription exprimés principalement dans les
mêmes lignages hématopoïétiques. Cependant, les embryons
GATA-1-/-[19] ou Fog-/-[20] meurent
légèrement plus tôt (12 à 13 jours de gestation) et
l’érythropoïèse primitive des embryons Gfi-1B-/- est
moins altérée que celle des souris GATA-1-/-.
À l’inverse de Gfi-1, Gfi-1B ne serait pas impliqué dans la
régulation de l’autorenouvellement des cellules souches
hématopoïétiques. En effet, Hock et al. montrent que les greffes
secondaires réalisées avec des cellules de foie fœtal
Gfi-1B-/- sont aussi efficaces que celles réalisées avec
des cellules de foie fœtal Gfi-1B+/-[10]. Cette
différence entre le rôle de Gfi-1 et Gfi-1B dans les cellules
souches pourrait s’expliquer simplement par l’absence d’expression
de Gfi-1B dans les cellules souches immatures (tableau 2(
Tableau 2 )).
Tableau 2 Récapitulatif des effets de l’inactivation
des gènes Gfi-1 et Gfi-1B sur l’hématopoïèse
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Effets de l’inactivation de :
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Gfi-1
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Gfi-1B
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Cellules souches hématopoïétiques
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Défaut de l’autorenouvellement et du pouvoir de reconstituer
l’hématopoïèse à long terme
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Pas d’anomalie
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Lymphopoïèse
|
T
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- Immunodéficience sévère, blocage partiel de la différenciation
au stade
- DN, c-kit+
|
Non étudiée
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Lymphopoïèse
|
B
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Légère diminution de la lymphopoïèse B dans la moelle
|
Non étudiée
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Différenciation des cellules dendritiques
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Diminution du nombre de précurseurs DC et défaut de maturation
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Normale
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Différenciation granulomonocytaire
|
- Différenciation monocytaire normale
- Neutropénie sévère
|
Normale
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Différenciation érythro-mégacaryocytaire
|
Normale
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- Blocage de l’érythropoïèse au stade
c-kit+Ter119+
- Blocage de la mégacaryopoïèse au stade précurseur (acétyl
choline estérase négatif)
|
Analyse des effets de la modulation de l’expression de
Gfi-1B
La surexpression de Gfi-1B dans les progéniteurs érythroïdes
(cellules CD36+GPA-) ou dans les cellules des
lignées cellulaires telles que UT7 ou K562 induit une
différenciation érythroblastique spontanée en absence
d’érythropoïétine (80 % des cellules sont GPA+ et
synthétisent l’hémoglobine). Le domaine SNAG est essentiel pour
cette différenciation. À l’inverse, la diminution de la quantité
d’ARN messager de Gfi-1B par RNA interférence induit un retard
d’hémoglobinisation démontrant un rôle direct de Gfi-1B dans
l’induction de la différenciation érythroïde [5].
Ces résultats ne vont pas dans le même sens que ceux obtenus par
Osawa et al. [21]. Ces derniers montrent que l’expression ectopique
de Gfi-1B dans les cellules CD34+ induit une expansion
des progéniteurs érythroïdes sans différenciation terminale.
Cependant, une étiquette Flag a été placée à l’extrémité
N-terminale de la protéine, empêchant vraisemblablement le domaine
SNAG d’exercer son rôle répresseur transcriptionnel. Cette
observation est d’ailleurs confirmée par Kazanjian et al. [6].
Caractérisation des gènes cibles de Gfi-1 et Gfi-1B
La caractérisation des gènes cibles de Gfi-1 et Gfi-1B est peu
avancée. Pourtant, elle aiderait à définir la fonction de ces
répresseurs transcriptionnels.
Pour caractériser les gènes cibles de Gfi-1, Yücel et al. ont
comparé les transcriptomes de populations lymphocytaires
double-positives CD4+/CD8+ (DP) du thymus
d’animaux sauvages et de souris Gfi-1-/-. Ils ont trouvé
cinq gènes dont la transcription est significativement augmentée
dans les souris Gfi-1-/-. Il s’agit de c-Maf, LKLF,
(TRAF)5, Id1 et Id2 [12]. Curieusement, les auteurs ne retrouvent
pas le récepteur à l’IL-7 identifié comme un gène cible de Gfi-1 au
stade DP [13].
Par ailleurs, l’équipe qui a décrit les mutations de Gfi-1
responsables des neutropénies sévères congénitales, a réalisé des
immunoprécipitations de la chromatine avec l’anticorps anti-Gfi-1
sur 34 promoteurs de gènes exprimés dans les cellules myéloïdes
susceptibles d’être régulés par Gfi-1 [22]. Cette étude, réalisée
dans trois lignées différentes de cellules myéloblastiques (KG-1 et
HL60), monoblastiques (U937) et lymphocytaires T (Jurkat) montre
que sur les 34 gènes testés, Gfi-1 est immunoprécipité avec la
séquence promotrice de 15 d’entre eux. Les auteurs ont également
recherché la présence de Gfi-1 sur le promoteur des gènes cibles au
cours de la différenciation de HL60 induite par l’ATRA. Les gènes
cibles de Gfi-1 sont des gènes codant des protéines indispensables
à la différenciation myéloïde (ELA2, AZU, Jak3, C/EBPα et ε, Ets,
E2F5) et au contrôle du cycle cellulaire (E2F5, E2F6, Ets2, c-myc
et p21cip/WAf) dont l’expression diminue au cours de la
différenciation. Il est intéressant de noter que Gfi-1 se lie
différemment sur les différents promoteurs selon le type
cellulaire. Par exemple, Gfi-1 est retrouvé sur le promoteur du
gène p21cip/Waf uniquement dans les cellules U937 et non
dans les cellules KG-1 ou Jurkat.
Le gène p21 a été décrit comme étant un gène cible de Gfi-1 et
Gfi-1B, cependant ce résultat est discuté.
Gfi-1 réprime la transcription du gène p dans les cellules HL-60
[23] en recrutant la méthyl transférase G9a et HDAC1 sur son
promoteur. Pourtant, l’inactivation du gène codant Gfi-1 induit une
diminution de l’ARNm et/ou de la protéine p21 dans les cellules
souches (population LSK) [10, 11]. Ce résultat reste difficile à
interpréter quant au rôle de Gfi-1 dans la régulation de la
transcription de p21.
Dans l’étude décrivant le clonage de Gfi-1B, Tong et al.
démontrent que Gfi-1B est capable de réprimer la transcription du
gène codant p21cip/Waf en se fixant directement sur la
séquence promotrice de ce gène [3]. Ces résultats ont été obtenus
dans les cellules d’une lignée myélomonocytaire, M1. Cependant,
Saleque et al. rapportent que l’expression de la p21 n’est pas
affectée au cours du développement des souris
Gfi-1B-/-[18]. En effet, ils ne détectent pas de
modification de l’accumulation des ARNm de la p21 dans les cellules
érythroïdes provenant de cellules de foie fœtal d’embryons
Gfi-1B-/- cultivées en milieu semi-solide en présence
d’érythropoïétine (EPO) et de SCF.
Nos résultats préliminaires montrent également que la
surexpression de Gfi-1B n’induit pas systématiquement une
diminution de p. La diminution de l’ARN messager p21 pourrait être
la conséquence de la surexpression de Gfi-1B sur la différenciation
des cellules érythroïdes. En fait, comme le suggèrent Duan et al.
[22], si Gfi-1 et Gfi-1B ont un rôle dans la régulation de la
transcription du gène p21, celle-ci dépend du contexte
cellulaire.
Les protéines de la famille Suppressors of cytokine signaling
(SOCS), Socs 1 et Sosc 3, seraient également des gènes cibles de
Gfi-1B. Les protéines de cette famille régulent négativement la
signalisation induite par les récepteurs de cytokines. Plusieurs
sites consensus de fixation de Gfi-1B ont été trouvés au niveau des
promoteurs de leur gène [24]. Les résultats d’expériences de
transfection transitoire et de retard sur gel permettent aux
auteurs de conclure que Gfi-1B se fixe sur le promoteur de Socs1
dans des cellules érythroïdes (32-D exprimant R-EPO et HCD57) et
réprime sa transcription. Par ailleurs, les auteurs proposent un
modèle dans lequel Gfi-1B et Stat5 auraient un rôle antagoniste sur
le promoteur de Socs1 et Socs3, Stat5 activant et Gfi-1B réprimant
la transactivation de ces gènes. Cette hypothèse relierait la
transduction du signal induite par la fixation de l’EPO sur son
récepteur et la régulation transcriptionnelle spécifique de
l’érythropoïèse.
Il faut rappeler que, Gfi-1B est un gène cible de Gfi-1 et Gfi-1
est un gène cible de Gfi-1B. Cependant, Gfi-1 et Gfi-1B sont
rarement exprimés simultanément dans une même cellule
hématopoïétique, on peut donc s’interroger sur la pertinence de
cette observation dans la physiologie de l’hématopoïèse.
Caractérisation des partenaires de Gfi-1 et Gfi-1B
Gfi-1 et Gfi-1B pourraient exercer leur rôle en s’associant à des
répresseurs transcriptionnels. En effet, plusieurs études
démontrent que Gfi-1 et Gfi-1B se lient à ETO-2 par leurs doigts de
zinc [23, 25, 26]. ETO-2 est un corépresseur identifié par son
implication dans la translocation t(8; 21) qui entraîne
l’expression d’une protéine de fusion AML-1/ETO, translocation
présente dans 12 à 25 % des cas de leucémies myéloïdes aiguës
humaines [27]. Récemment, un complexe protéique comprenant Gfi-1,
ETO2 ainsi que la méthyl transférase G9a responsable de la
méthylation de la lysine K9 de l’histone H3, a été décrit au niveau
du promoteur de p21cip/WAF1. Le recrutement de protéines
impliquées dans le remodelage de la chromatine par Gfi-1 et Gfi-1B
est vraisemblablement un élément important dans la fonction
répresseur de ces protéines.
Par ailleurs, Gfi-1 se lie à un inhibiteur de la transduction du
signal induite par des cytokines, PIAS3 (protein inhibitor of
activated STAT3) [28]. PIAS3 se lie aux dimères de STAT (signal
transducers and activators of transcription) et bloque leur
capacité à se fixer à l’ADN. Gfi-1, en fixant PIAS3, l’empêche de
se lier à STAT3 et donc favorise l’activation de la signalisation
par STAT3. De façon intéressante, cette liaison à PIAS3 se fait par
le domaine de Gfi-1 compris entre SNAG et les doigts de zinc,
domaine non homologue entre Gfi-1 et Gfi-1B. L’interaction avec
PIAS3 serait donc spécifique de Gfi-1 et ne semble pas être
essentielle à sa fonction dans l’hématopoïèse car la
lymphohématopoïèse des souris KI Gfi-1/Gfi-1B est normale [1].
Gfi-1B a été mis en évidence dans des complexes contenant
SCL/Tal-1 [26] ou GATA-1 [29] dans des cellules érythroïdes et
mégacaryocytaires, respectivement.
Rodriguez et al. ont montré que GATA-1 forme des complexes avec
différents partenaires, complexes qui pourraient avoir des
fonctions différentes au cours de l’érythropoïèse [29]. Par
exemple, le complexe GATA-1/Gfi-1B pourrait avoir un rôle
répresseur sur la transcription de gènes impliqués dans la
régulation du cycle cellulaire au cours de la différenciation
érythroïde.
Gfi-1B fait également partie d’un complexe contenant la protéine
SCL/Tal-1 [26]. En effet, SCL/Tal-1, facteur de transcription
possédant un domaine bHLH, fait partie du complexe contenant ETO-2
et Gfi-1B dans les cellules immatures érythroïdes (cellules MEL).
Gfi-1B disparaît du complexe au cours de la différenciation
érythroïde des cellules de foie fœtal. Gfi-1B est absent du
complexe SCL/ETO-2 dans les cellules mégacaryocytaires établies en
lignée (L8057).
Le rôle précis de ces complexes dans la régulation de
l’hématopoïèse reste à définir.
Gfi-1, Gfi-1B et oncogenèse
Bien que Gfi-1 ait été cloné par insertion rétrovirale dans des
cellules T devenues indépendantes de facteur de croissance pour
leur prolifération, les souris transgéniques lck-Gfi-1, dans
lesquelles les lymphocytes T expriment Gfi-1, ne développent pas
fréquemment de tumeurs. La surexpression de Gfi-1 ne semble donc
pas suffisante pour déclencher la transformation cellulaire. Par
contre, l’infection des souris transgéniques pim-1 ou c-myc par
MoMuLV induit des lymphomes T avec une latence raccourcie [30-32].
Dans ces tumeurs, le site d’insertion rétroviral le plus
fréquemment retrouvé (37 % des cas) est le locus pal-1/Gfi-1.
Gfi-1 coopère donc avec c-myc dans la formation de ces lymphomes.
Trois groupes de gènes cibles de MoMuLV ont été
identifiés : les gènes codant les protéines de la famille des
sérine-thréonine kinases Pim, les protéines de la famille des
facteurs de transcription Myc et un autre groupe comprenant Bmi1,
Gfi-1 et Gfi-1B. Bmi-1, membre de la famille polycomb, est un
répresseur transcriptionnel des gènes homéotiques et des gènes
codant des suppresseurs de tumeur tels que p16/p19 [33]. La
coopération entre c-myc et Bmi-1 passerait par la répression de
p16ink4a/p19 arf [34]. La coopération myc-Gfi-1 passerait-elle par
une répression similaire ?
De façon intéressante, le site d’insertion rétrovirale
pal-1/Gfi-1 n’est pas retrouvé dans les tumeurs myéloïdes,
suggérant que le pouvoir oncogène de la surexpression de Gfi-1 est
restreint aux lymphocytes.
Par ailleurs, les insertions rétrovirales conduisant à la
surexpression de Gfi-1B sont rares. Comment expliquer cette
différence de potentialité oncogénique entre Gfi-1 et Gfi-1B ?
Il est possible que l’environnement chromatinien (conformation de
la chromatine ou nature des protéines fixées au niveau du locus) de
Gfi-1B ne soit pas le même que celui de Gfi-1 et qu’il ne puisse
pas être une cible de MoMuLV.
Le gène codant Gfi-1 se trouve sur le chromosome 1p22, une
région réarrangée dans certaines maladies comme les lymphomes
non-Hodgkiniens, le mésothéliome ou le mélanome [35]. De même, le
gène codant Gfi-1B est localisé en 9q34.13, une région cible de
réarrangements dans certains désordres hématologiques comme la
leucémie aiguë myéloblastique (LAM), la leucémie myéloïde chronique
(LMC) ou le myélome multiple. Le gène codant Gfi-1B se trouve sur
le même chromosome et est très proche du gène codant ABL1. Bien que
cela ne soit pas décrit, la séquence codant Gfi-1B pourrait être
amplifiée en même temps que ABL1.
La surexpression de Gfi-1 dans les cellules lymphoïdes entraîne
leur transformation. La surexpression de Gfi-1B pourrait-elle
participer au développement de désordres de type
myéloïde ?
Expression de Gfi-1 et Gfi-1B
Le niveau d’expression (ARN messager ou protéine) de Gfi-1 et
Gfi-1B dans les cellules du tissu hématopoïétique a été
partiellement étudié dans plusieurs papiers [5, 11, 14, 21, 36].
Les résultats obtenus par des expériences de « knock in »
résument ces données. En effet, la séquence de la GFP a été clonée
dans le locus Gfi-1 [14] ou Gfi-1B [37]. L’analyse de l’expression
de la GFP dans les différents organes de la souris atteste de
l’expression de ces facteurs.
Une forte expression de Gfi-1 est trouvée dans les thymocytes
ainsi que dans les populations immatures du lignage B (pré-pro B).
L’expression de Gfi-1 diminue au cours de la maturation pour
devenir indétectable dans les cellules B matures. Cependant une
stimulation antigénique entraîne une expression de Gfi-1 dans les
cellules B matures stimulées [14].
L’expression de Gfi-1B est restreinte aux cellules des lignages
érythrocytaire et mégacaryocytaire. Gfi-1B est exprimé à la fois
dans les progéniteurs érythro-méga (MEP) et dans les cellules
matures érythroïdes (Ter119+) et mégacaryocytaires
(CD41high) [37].
Dans les cellules du tissu hématopoïétique, l’expression de
Gfi-1 et de Gfi-1B est généralement exclusive suggérant qu’il
existe une régulation différente des deux loci au cours de
l’hématopoïèse. L’expression concomitante de Gfi-1 et Gfi-1B n’est
retrouvée que dans une population de cellules B immatures [37].
En dehors du tissu hématopoïétique, Gfi-1 est exprimé dans les
précurseurs des neurones sensoriels, les cellules de la rétine,
certaines cellules du poumon et du système nerveux [38, 39]. Par
contre, Gfi-1B n’est pas retrouvé en dehors des cellules du tissu
hématopoïétique.
Régulation de l’expression de Gfi-1 et de Gfi-1B
Le promoteur de Gfi-1 a été décrit par Yucel et al. [14] et Doan et
al. [40]. Ce promoteur est très conservé chez la souris, le rat et
l’homme. Il contient des sites consensus potentiels pour la
fixation de nombreux facteurs de transcription : Gfi-1 ou
Gfi-1B, NFAT, IRF2, Est1, SP-1 et GATA. Gfi-1 est régulé
négativement par lui-même par un mécanisme de rétro-contrôle [14].
En effet, un croisement entre souris « knock in » (la
séquence codante de Gfi-1 remplacée par le gène de la GFP) et
souris transgénique lck-Gfi-1 montre une diminution drastique de
l’expression de la GFP (donc de Gfi-1) dans les cellules T CD4 ou
CD8 simple-positives du thymus et de la rate et une diminution
partielle dans les cellules T double-positives. Les auteurs n’ont
pas analysé le niveau d’expression de Gfi-1 endogène dans les
cellules médullaires des animaux transgéniques. Des expériences
d’immunoprécipitation de la chromatine sur l’ADN de thymocytes de
ces souris montrent que Gfi-1 se lie à son propre promoteur in
vivo.
Le promoteur de Gfi-1B a été également étudié. Comme Gfi-1,
Gfi-1B régule négativement sa propre expression. L’expression
endogène de Gfi-1B est totalement inhibée par Gfi-1B transgénique
dans les cellules spléniques.
En revanche, aucune inhibition de l’expression endogène de
Gfi-1B n’est observée dans les cellules de la moelle osseuse [41].
Des expériences d’immunoprécipitation de la chromatine montrent
que, dans les cellules spléniques de souris normales, les sites de
fixation pour Gfi-1 (ou Gfi-1B puisque ce sont les mêmes) du
promoteur de Gfi-1B sont occupés par Gfi-1B. Qu’en est-il de la
fixation de Gfi-1B sur ses sites dans les cellules
médullaires ? Malheureusement, les auteurs n’ont pas étudié ce
point. La différence entre les effets de la surexpression de Gfi-1B
sur la régulation de l’expression de Gfi-1B endogène dans les
cellules spléniques et médullaires est intéressante et semble
suggérer que Gfi-1B pourrait avoir un rôle différent ou agir
différemment dans les cellules spléniques et médullaires.
Plus récemment, un promoteur minimal de Gfi-1B spécifique des
cellules érythroïdes a été décrit [42, 43]. Cette séquence
(-145/+19) ne contient pas de boîte TATA mais contient un élément
initiateur INR. Un site de fixation pour GATA a été mis en évidence
à –132 paires de bases du site d’initiation de la transcription.
Trois sites de fixation de Gfi-1B sont regroupés en un core situé à
-60 paires de bases du site d’initiation. GATA-1 aurait un
rôle direct dans la transactivation de Gfi-1B. Des tests de
transactivation in vitro avec le promoteur de Gfi-1B suivi de la
séquence d’un gène rapporteur, ont montré qu’effectivement GATA-1
est responsable de l’activation de la transcription de Gfi-1B. La
façon dont GATA-1 et Gfi-1B interfèrent pour réguler la
transcription de Gfi-1B au cours de la différenciation érythroïde
reste cependant à définir.
Gfi-1B pourrait également être régulé par SCL/Tal-1, facteur de
transcription bHLH, au cours de la différenciation érythroïde
[44].
Conclusion
Gfi-1 et Gfi-1B sont donc des répresseurs transcriptionnels dont le
rôle est crucial dans la régulation de l’hématopoïèse. Ces deux
facteurs de transcription exercent leur fonction dans des types
cellulaires différents. En effet, Gfi-1 est exprimé dans les
cellules souches, les précurseurs lymphoïdes et dans les cellules
du lignage granulocytaire. En conséquence, les cellules souches des
souris Gfi-1-/- ont un défaut d’autorenouvellement, les
souris Gfi-1-/- sont neutropéniques et leur lymphopoïèse
est altérée. Par contre, Gfi-1B est exprimé dans les cellules des
lignages érythroïde et mégacaryocytaire et les souris
Gfi-1B-/- meurent in utero d’anémie. La compréhension de
la régulation de l’expression de ces facteurs de transcription est
donc essentielle pour appréhender le mécanisme d’action de ces
protéines. Cependant, cette régulation est peu étudiée et mal
comprise (( figure
2 )).
Nous avons vu que Gfi-1 ou Gfi-1B étaient interchangeables. En
effet, lorsque l’un ou l’autre de ces facteurs est surexprimé dans
une cellule, les effets de la surexpression sont les mêmes [21] et
l’hématopoïèse des souris KI Gfi-1/Gfi-1B est normale [1]. Gfi-1B
peut donc remplacer Gfi-1 au cours de la différenciation
lymphocytaire et granulocytaire suggérant que l’interaction de
Gfi-1 avec PIAS3 n’est pas indispensable à la maturation
lymphocytaire et neutrophile.
Quelle est la fonction de Gfi-1 et de Gfi-1B ?
La caractérisation des gènes cibles de ces facteurs dans les
différents types cellulaires nous renseignerait sur leur fonction
précise. En effet, les résultats contradictoires concernant la p21,
un des rares gènes cibles de Gfi-1 et Gfi-1B décrit à ce jour,
démontrent la complexité des mécanismes d’action de Gfi-1. Alors
que Gfi-1 ou Gfi-1B sont généralement décrits comme répresseurs de
la transcription de p21, comment l’inactivation de Gfi-1
induit-elle une diminution de l’expression de p21 dans la
population cellulaire immature LSK ? Il est possible que, dans
les cellules très immatures du tissu hématopoïétique, Gfi-1 active
directement ou indirectement la transcription des gènes codant des
inhibiteurs du cycle cellulaire (tel que p21), puis, au cours de la
différenciation, Gfi-1 et Gfi-1B réprimeraient la transcription de
ces inhibiteurs du cycle, permettant aux cellules de
proliférer.
Comment Gfi-1 et Gfi-1B exercent-ils leur fonction de
répresseur ?
Il est clairement établi que le domaine SNAG en position
N-terminale est indispensable à cette fonction même si la façon
dont SNAG réprime la transcription reste à définir. Aucune
compétition entre activateur et répresseur n’a été décrite. Le
recrutement des protéines impliquées dans le remodelage de la
chromatine pourrait expliquer la fonction répresseur de Gfi-1 et
Gfi-1B. Une étude très récente conforte cette hypothèse en montrant
un lien direct entre Gfi-1B et la méthylation des histones
[45].
Remerciements
Nous remercions particulièrement Sylvie Gisselbrecht, Françoise
Moreau-Gachelin et Catherine Lacombe pour les discussions
scientifiques sur la famille Gfi-1 et pour la relecture de la
revue.
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