| Nomenclature |
Source cellulaire |
Fonction |
| EPO |
Erythropïétine |
Cellules juxtaglomérulaires |
Stimule la formation et la libération
médullaire de globules rouges |
| TPO |
Thrombopoïétine MGDF |
Hépatocytes, cellules rénales,
endothéliales, fibroblastes |
Stimule la prolifération mégacaryocytaire et
la formation de plaquettes |
| GCSF |
Granulocyte colony stimulating factor
Filgrastime, lenograstime |
Cellules endothéliales, fibroblastes |
Stimule la formation et la fonction des
neutrophiles |
| IL-2 |
Facteur de croissance des lymphocytes T |
Cellules T (CD4, 8) Cellules NK |
Prolifération des cellules T, activité
antitumorale et antibactérienne |
| IL-11 |
Activité stimulante des plasmocytes |
Fibroblastes, trophoblastes, lignée de
cellules cancéreuses |
Stimule la prolifération des cellules
hématopoïétiques, induit la production des protéines
inflammatoires |
Cytokines et thérapie cellulaire
L'interleukine-2 (IL-2) a été utilisée soit en injection, soit
pour activer des cellules : lymphocyte activated killer
(LAK), tumor infiltrating lymphocyte (TIL) [4]. Le
granulocyte colony stimulating factor (G-CSF), le
granulocyte monocyte colony stimulating factor (GM-CSF),
l'érythropoïétine (EPO) ont été utilisés in vitro, ex vivo
et in vivo. Le GM-CSF développé à peu près en même temps que
le G-CSF a connu une limitation de son utilisation chez les
patients ayant une infection à VIH en raison de son effet stimulant
sur les macrophages sanctuaires de virus. Le G-CSF a pris
rapidement la prééminence dans le traitement des leuconeutropénies
en particulier post-chimiothérapiques.
La thrombopoïétine, les fibroblast growth factor (FGF), le
vascular endothelial cell growth factor (VEGF) [5] ont fait
l'objet d'essais thérapeutiques récents. Ces essais théoriquement
extrêmement prometteurs ont connu un ralentissement en raison de la
survenue d'effets secondaires inattendus et préoccupants [6].
Interleukine-2
L'interleukine-2 (IL-2) comme son nom l'indique, a été décrite
après l'interleukine-1. L'interleukine-2 est essentielle pour la
réponse immune et a été utilisée dans le traitement du cancer du
rein et du mélanome malin [7].
L'IL-2 injectée a une demi-vie relativement brève
(α = 13 min ; β = 85 min), ce
qui a conduit à l'administration en perfusion intraveineuse à la
dose de 1 mg/m2/j pendant 4 à 5 j.
L'injection d'IL-2 s'accompagne d'effets secondaires,
syndrome grippal, troubles du rythme cardiaque, parfois d'un
syndrome de fuite capillaire avec hypotension, œdème [8].
Les LAK sont un premier exemple de thérapie cellulaire. Les
lymphocytes du patient sont récoltés par cytaphérèse et cultivés en
présence d'IL-2. Ils acquièrent ainsi des propriétés cytotoxiques
et peuvent être réinjectés chez le patient. Les résultats de
certaines études indiquent que les résultats des LAK pourraient
être supérieurs à ceux de l'IL-2 [9, 10].
Les TIL sont plus délicats à préparer, en effet il faut isoler les
lymphocytes après exérèse de la tumeur, les cultiver environ
4 semaines en présence d'IL-2 puis les réinjecter. Des
résultats intéressants seraient obtenus grâce à cette technique
mais peu d'études cliniques comparatives sont disponibles.
Interférons
Ils n'ont pas encore vraiment leur place en transfusion mais
leur utilisation dans le traitement de l'hépatite C [11] et de
certaines hémopathies fait que l'on ne peut les passer sous
silence.
L'interféron α (IFNα) a été introduit dans le traitement de divers
cancers [12], de leucémies myéloïdes chroniques (LMC) [13], de
myélomes multiples, de cancers du rein, de mélanomes. Dans les LMC
avec chromosome Philadelphie (Ph) positif, l'IFNα seul ou en
association avec la cytosine-arabinoside améliore le devenir des
patients. Une nouvelle forme d'interféron modifié par le
polyéthylène glycol a une durée d'action prolongée et pourrait
limiter le renouvellement des injections, cependant sa récente
introduction dans la thérapeutique ne permet pas de définir avec
certitude son efficacité et sa tolérance.
Érythropoïétine
Le gène de l'érythropoïétine a été cloné en 1985 [14] et
l'érythropoïétine recombinante introduite en 1988 dans le
traitement de l'anémie chronique chez l'insuffisant rénal dialysé.
L'epoetin alpha et beta sont produites dans les cellules d'ovaire
de hamster chinois (CHO : Chinese ovary cells). Elles
comportent des différences de glycosylation et de teneur en acide
sialique. L'EPO est avant tout utilisée chez les patients urémiques
mais elle a fait son entrée dans le domaine transfusionnel en
complément des transfusions ou dans le cadre d'autotransfusions
programmées [15]. Elle a surtout été expérimentée dans le cadre de
chirurgie orthopédique programmée chez des sujets devant subir des
interventions pour la pose de prothèse [16].
Une première étude multicentrique menée au Canada a inclus
208 patients opérés pour une prothèse totale de hanche [15].
Les patients ont reçus soit un placebo soit de l'EPO par voie sous
cutanée 11 j avant l'intervention et 3 j après à la dose
de 300 UI/kg/j soit une dose totale de 4 200 UI/kg
(groupe 1). Un autre groupe a reçu 300 UI/kg/j du jour-j-6 à
j + 3 soit une dose totale de
2 700 UI/kg/j (groupe 2). Les critères de transfusion
étaient soit une baisse de l'hémoglobine en dessous de 9 g/dL
soit une perte de la masse sanguine supérieure à 15 %. Dans le
groupe placebo 46 % des patients ont reçu une allotransfusion
contre 23 % pour le groupe 1 (EPO 4 700 UI/kg) et
32 % pour le groupe 2 (EPO 2 700 UI/kg).
Plusieurs études multicentriques réalisées en orthopédie ont
confirmé ces résultats. Compte tenu de ces résultats, un patient en
orthopédie qui n'a pas de contre-indications (accident vasculaire
cérébral, infarctus récent, hypertension) et dont l'hémoglobine est
entre 10 et 13 g/dL pourra bénéficier d'un traitement par
l'EPO à la dose de 600 UI/kg/semaine en sous cutanée en
débutant 3 semaines avant l'intervention [16].
L'administration d'EPO sur une période de 4 semaines à la
dose totale de 3 600 UI/kg multiplie l'érythropoïèse par
2,5. La consommation en fer s'accroît donc de manière importante.
L'apport per os de fer peut être suffisant si le sujet n'est
pas anémique mais l'absorption martiale intestinale étant limitée,
il faudra avoir recours dans certains cas à l'injection de fer
intraveineuse [17].
Si le traitement en fer est facile à associer à l'EPO, la survenue
d'une anémie aplastique après EPO est beaucoup plus préoccupante
même si elle est exceptionnelle. Une série de 13 patients
ayant développé des anticorps neutralisant l'érythropoïétine chez
des patients insuffisants rénaux traités par l'EPO démontre que
cette complication est possible [18].
Granulocyte colony stimulating factor
La mobilisation de cellules souches avec des facteurs de
croissance est de plus en plus utilisée pour les transplantations
médullaires dans les hémopathies malignes [19, 20].
L'allotransplantation de cellules souches HLA identiques permet
d'obtenir des résultats durables sans augmentation significative de
la réaction du greffon contre l'hôte. Le granulocyte colony
stimulating factor (G-CSF) est utilisé pour mobiliser les
cellules médullaires vers le sang périphérique [21]. Le G-CSF est
injecté en perfusion intraveineuse continue sur 24 h ou en
injection sous cutanée à la dose de 10 µg/kg/j pendant
6 j. L'efficacité du prélèvement de cellules souches est jugée
sur le nombre de cellules CD34+ collectées
(2 × 106/kg). Il existe une corrélation entre
la quantité CD34+ administrée et la récupération
plaquettaire. A côté de ces effets mobilisateurs et différentiant
le G-CSF a des effets multiples sur le système immunitaire.
Différentes études ont montré que le G-CSF modifie les capacités
cytotoxiques des cellules NK (natural killer) activées par
l'IL-2 et dans la présentation d'antigène par les cellules
accessoires [22].
Dans une étude récente, les fonctions immunitaires ont été
étudiées chez 104 donneurs de cellules souches et comparées à
celles de donneurs non stimulés par le G-CSF. Les sujets du groupe
G-CSF ont une réduction significative de la réponse des lymphocytes
T et B aux mitogènes. Les modifications de la réponse immune
semblent liées aux allèles du système HLA (A1, A3, A24, B44, B62,
DR15, DR17). Une diminution de la réponse immune est associée à
HLA-DR13 [23].
Après avoir été pratiquement abandonnée, la transfusion de
granulocytes a connu un regain d'intérêt pour le traitement de
patients atteints d'infections fongiques. Une étude ouverte chez
15 patients transfusés par des leucocytes prélevés par
cytaphérèse chez des donneurs stimulés par le G-CSF aurait donné
60 % de résultats favorables. Cependant les résultats de
diverses études résistent mal à une analyse critique. Dans une
méta-analyse, la dose de granulocytes transfusés et le pourcentage
de survivants apparaissent comme des variables déterminantes
pouvant expliquer les succès ou les échecs [24]. La logistique
nécessaire pour réaliser les transfusions de granulocytes dans de
bonnes conditions fait que son utilisation reste limitée.
Thrombopoïétine
La thrombopoïétine (TPO) stimule les progéniteurs
hématopoïétiques dans le sens d'une différentiation
mégacaryocytaire et la production de plaquettes. La TPO est produit
par le foie et son taux n'est pas augmenté dans des maladies comme
le purpura thrombopénique immunologique [25, 26].
Deux formes de TPO ont été utilisées dans des essais
thérapeutiques. Une forme recombinante glycosylée identique à celle
de l'homme et une forme traitée au polyéthylène glycol (PEG-rHu
MGDF). Les deux formes sont de puissants stimulants de la
production plaquettaire.
La rhTPO a été administrée chez des patients avant leur deuxième
cycle de chimiothérapie (carboplatin) pour un cancer gynécologique.
Cet essai de phase I/II a permis de déterminer la dose optimale
chez 29 patients 1,2 µg/kg. La tolérance clinique a été
assez bonne et un patient a développé un anticorps de titre faible
(38 % d'inhibition). Le nombre de transfusions a été plus
faible cinq contre 16 dans le groupe non traité par la rhTPO. La
thrombopénie est moins marquée au jour 21 puisque 67 %
avaient plus de 100 000/µL dans le groupe TPO contre 37 %
dans l'autre groupe [27]. Le MGDF a aussi été utilisé pour
augmenter le nombre de plaquettes avant cytaphérèse. Cette
stimulation est efficace mais le risque d'effets secondaires a fait
interrompre cette pratique [28]. Une thrombocytopénie a été
constatée chez trois sujets recevant du PEG rHu MGDF accompagnée
d'un syndrome hémorragique. Les trois sujets avaient des anticorps
dirigés contre le PEG rHu MGDF et la TPO et neutralisant l'activité
biologique.
Si l'érythropoïétine [29] et le G-CSF [30] ont une place qui se
définit de façon plus précise en médecine transfusionnelle, de
nombreuses incertitudes persistent quant à la thrombopoïétine.
L'utilisation des cytokines en thérapie cellulaire et pour
l'expansion in vitro des précurseurs hématopoïétiques est un
sujet de recherche en développement et comme pour d'autres
thérapeutiques il sera nécessaire d'attendre les résultats des
essais cliniques pour évaluer la supériorité des différents
protocoles proposés.
L'inteleukine-11 (IL-11), facteur de croissance à potentialité
multiple isolée des cellules stromales de la moelle, stimule la
maturation des mégacaryocytes, des lymphocytes T et la
différentiation érythroïde. Après des essais de phase I et un essai
contrôlé, elle connaît un regain d'intérêt après les écueils de la
TPO.
L'effet combiné des facteurs de croissance, la meilleure
connaissance de la pharmacologie des cytokines et des effets
indésirables devraient permettre de redéfinir les applications
cliniques des nouveaux composants cellulaires et un nouveau concept
de médecine transfusionnelle n
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