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L'utilisation de cellules souches du sang périphérique
(CSP) recueillies après mobilisation par la chimiothérapie
et/ou les facteurs de croissance est devenue, ces dernières années,
la technique la plus répandue pour réaliser des autogreffes
à tel point que l'usage des greffons médullaires a pratiquement
disparu de la routine des services d'hématologie quand ils n'ont
pas d'activité d'allogreffe. Si cette technique a été
mise au point au départ dans l'espoir de diminuer la contamination
du greffon par la maladie résiduelle, le principal avantage de
ces nouveaux greffons, par rapport aux greffons de moelle, s'est avéré
différent et consiste pour l'essentiel en une reconstitution hématopoïétique
nettement plus rapide.
Dans le champ de l'allogreffe cependant, l'utilisation des cellules souches
périphériques se heurte a deux obstacles principaux qui
ont ralenti la diffusion de cette technique :
- - La mobilisation des cellules souches périphériques
chez le donneur implique dans l'état actuel de la technique l'administration
de facteurs de croissance recombinant à un sujet sain.
- - Le contenu en lymphocytes T des greffons de cellules souches périphériques
est considérablement plus important que celui des greffons médullaires
habituels et il y a donc un risque potentiel d'augmentation de la fréquence
et de la gravité de la GVHD (graft versus host disease).
- Dans la période récente, toute une série d'essais
pilotes ont été réalisés en Europe et aux
États-Unis qui permettent d'aborder les différents problèmes
posés par la greffe de cellules souches périphériques
allogénique et d'envisager quels bénéfices principaux
peuvent être espérés de l'utilisation de ce nouveau
type de greffon. Les enseignements de ces premières études
ont été rassemblés au cours du 1er Symposium
international sur l'allogreffe de cellules souches périphériques
qui s'est tenu à Genève en octobre 1995 sous l'égide
de l'EBMT. Cette revue de la littérature a donc pour objectif
de résumer les principaux acquis de cette expérience concernant
: a) la mobilisation et le recueil des cellules souches périphériques
chez le volontaire sain ; b) les caractéristiques cellulaires
des greffons ainsi obtenus et leur éventuelle modification in
vitro avant injection ; c) les greffes HLA géno-identiques
de cellules souches périphériques (manipulées in
vitro ou non) déjà réalisées et leurs
résultats en terme de reconstitution hématologique, reconstitution
immunitaire, réaction du greffon contre l'hôte et rechutes
; d) les principales perspectives ouvertes par l'utilisation de ce nouveau
type de greffon, en particulier pour la réalisation de greffes
HLA mismatch.
Cependant, avant d'aborder ces différents points, un commentaire
s'impose sur la quasi-absence de données rapportées par
des équipes françaises d'allogreffe lors de ce symposium
qui contraste fortement avec l'activité très importante
des centres français d'allogreffe sur d'autres sujets. L'explication
d'un tel retard n'est sans doute pas univoque. Il nous semble qu'elle
tient pour une part importante au traumatisme laissé dans les milieux
concernés par l'affaire du sang contaminé, qui a conduit
les investigateurs français à hésiter plus que certains
de leurs collègues étrangers devant le problème éthique
posé par le traitement de mobilisation chez le donneur. Quelques
malades isolés et quelques essais pilotes ont néanmoins
été réalisés par différentes équipes
françaises et l'expérience de l'utilisation des cellules
souches périphériques autologues dans notre pays est telle
que ce retard initial devrait être facilement comblé, surtout
si un protocole coopératif national d'évaluation voit le
jour.
Mobilisation
et recueil de cellules souches périphériques (CSP) chez
le volontaire sain
La mobilisation de cellules souches périphériques chez
le sujet sain est réalisée après l'administration
de facteurs de croissance. Des études réalisées chez
des donneurs volontaires ont cherché à définir le
type, la dose de facteurs de croissance à utiliser, et le moment
opportun du recueil des cellules souches périphériques.
Il s'avère que la mobilisation de CFU-GM et de cellules CD34+
est plus importante après administration de G-CSF qu'après
celle de GM-CSF [1]. La mobilisation de CFU-GM par G-CSF chez les donneurs
volontaires jeunes est supérieure à celle observée
chez les donneurs âgés [2].
À l'heure actuelle, la dose optimale de G-CSF à administrer
n'est pas parfaitement déterminée. Des posologies de 4 à
20 mug/kg ont été utilisées, avec une meilleure mobilisation
des cellules CD34 pour une dose de G-CSF supérieure à 5
mug/kg/jour. En pratique, la plupart des équipes utilise une posologie
au moins égale à 10 mug/kg/jour [3].
Après administration de G-CSF, le nombre de cellules CD34 dans
le sang circulant atteint une valeur maximale à J4 ou J5 puis décroît
pour devenir très faible après J7 ou J8 [3]. Après
trois jours de G-CSF, le nombre de globules blancs dans le sang est 6,4
fois supérieur à celui mesuré avant administration
de facteurs de croissance. Le taux de cellules CD34+ est multiplié
par 16,6 et celui de lymphocytes T (cellules CD3+) multiplié
par 1,3 [4].
Le recueil du greffon de cellules souches périphériques
est réalisé par leucaphérèses au cours desquelles
une moyenne de 10 à 20 litres de sang sont traités. En l'absence
de manipulation du greffon in vitro, une quantité de 4.106
cellules CD34/kg est jugée suffisante par la plupart des
équipes pour assurer une prise de greffe satisfaisante. Cet objectif
est atteint chez 70 % des donneurs après une cytaphérèse
et chez 90 % des donneurs après deux cytaphérèses
[3]. Il s'avère que le nombre médian de cellules CD34 recueillies
est souvent largement supérieur à 4.106 cellules/kg
: 11,7 dans une étude réalisée par l'équipe
de Houston sur 41 donneurs volontaires, et 12,4 dans une étude
réalisée par l'équipe de Seattle sur 80 volontaires
[3, 4]. Dans cette dernière étude, le nombre de cellules
CD34 recueillies était inférieur à 2.106/kg
chez quatre donneurs. Malgré la faible quantité de cellules
CD34 administrées lors de la greffe, une reconstitution hématopoïétique
satisfaisante a été observée dans tous les cas.
Lorsqu'une manipulation du greffon est réalisée in vitro,
il est nécessaire de recueillir un nombre plus élevé
de cellules CD34. En effet, la manipulation du greffon s'accompagne d'une
perte de cellules CD34 estimée à 50 % dans le cas d'une
sélection des cellules CD34+ à l'aide d'un des
dispositifs actuellement disponible (systèmes proposés par
les firmes Cell Pro ou Baxter). De plus, dans certains systèmes
de greffe à haut risque de rejet, la constitution d'un greffon
comportant un grand nombre de cellules CD34 est particulièrement
importante. C'est le cas des greffes T déplétées
réalisées en situation de mismatch où l'utilisation
d'un greffon de cellules souches périphériques devrait permettre
de diminuer le taux de rejet observé après greffe de moelle.
La mobilisation dans les mêmes conditions des cellules CD34+
par facteurs de croissance est très variable d'un individu à
l'autre. Dans l'étude précédente de l'équipe
de Houston, il est rapporté des différences de l'ordre d'un
facteur 10 entre certains sujets. On ne connaît pas actuellement,
en dehors de l'âge, de facteurs préjugeant de la qualité
de la mobilisation des cellules souches périphériques [4].
Les effets indésirables immédiats observés chez
les volontaires sains après administration de G-CSF à la
dose d'au moins 10 mug/kg/jour sont des douleurs osseuses (25 à
70 % des cas), des céphalées (dans 20 à 70 % des
cas) et plus rarement une rétention hydrique ou une prise de poids
[3, 4]. Un cas d'infarctus du myocarde mortel a été rapporté
au cours des cytaphérèses. Dans une étude réalisée
chez 80 donneurs volontaires, 10 % présentaient des difficultés
d'abord veineux rendant nécessaire la pose d'un cathéter
veineux central [3]. Dans ces cas, il paraît licite de rediscuter
de l'indication de la greffe de cellules souches périphériques.
La réalisation des cytaphérèses entraîne une
thrombopénie. Dans une étude réalisée sur
27 donneurs sains, la perte moyenne du taux de plaquettes par cytaphérèse
est estimée à 32,5 %. Le taux de plaquettes est souvent
inférieur à 70 000 lorsque plus de deux cytaphérèses
sont réalisées. En pratique, cette situation correspond
le plus souvent au recueil d'un greffon important en vue d'une manipulation
in vitro. Aucun accident hémorragique n'a été
rapporté au cours ou après cytaphérèses chez
le donneur sain, et une normalisation du chiffre de plaquettes est observé
après une semaine. Pour pallier tout risque hémorragique
chez le donneur, il a été proposé de réaliser
des autotransfusions à partir des plaquettes recueillies dans les
produits de cytaphérèses [3, 5-7]. Ces effets indésirables
sont à mettre en balance avec ceux pouvant survenir au cours d'un
prélèvement médullaire, c'est-à-dire principalement
l'inconfort et le risque liés à l'anesthésie générale.
Bien que les facteurs de croissance soient très largement utilisés
chez les patients d'oncohématologie, leur administration à
un donneur volontaire soulève un problème éthique
en raison principalement du manque de données concernant leur toxicité
à long terme. Actuellement, si la mobilisation de cellules souches
périphériques par facteurs de croissance est réalisée
fréquemment dans le cadre de greffes familiales, elle est encore
exceptionnelle dans le cadre de greffes effectuées à partir
de donneurs volontaires non apparentés. Compte tenu du développement
croissant de ces techniques de greffe, il paraît important d'organiser
un suivi systématique des donneurs. Il n'est d'ailleurs pas impossible
que le développement des techniques d'expansion in vitro
des greffons permette, dans le futur, de modifier radicalement les besoins
de mobilisation des cellules souches périphériques chez
le donneur.
Greffes
de cellules souches périphériques allogéniques en
situation géno-identique
Greffes de cellules souches périphériques
non manipulées
Le premier cas de greffe allogénique utilisant un greffon de cellules
souches périphériques a été rapporté
par Kessinger en 1989. Les cellules souches périphériques
étaient recueillies sans mobilisation, après dix cytaphérèses
et déplétées en cellules T. Une rapide sortie d'aplasie
était observée, prouvant la faisabilité de cette
technique, et l'existence possible d'un avantage en terme de vitesse de
reconstitution hématopoïétique par rapport à
un greffon médullaire [8]. Cependant, la nécessité
de réaliser un grand nombre de leucaphérèses chez
le donneur sain ne rend pas cette technique réalisable en pratique,
et on a privilégié le recueil de cellules souches périphériques
mobilisées par facteurs de croissance. Cette technique a d'abord
été rapportée avec succès dans des situations
de « sauvetage » après non-prise de greffe médullaire
[9-11].
Les premiers résultats intéressants concernant la greffe
de cellules souches périphériques en situation allogénique
ont conduit à proposer cette technique en première intention.
Actuellement, d'après les données de la littérature,
nous estimons à environ 230 le nombre de greffes de cellules souches
périphériques réalisées en première
intention à partir d'un greffon non manipulé en situation
géno-identique. Cette estimation est établie principablement
à partir des données du registre européen, celle
rapportée par les équipes américaines de Seattle,
Houston, Saint-Louis, Omaha, par les équipes canadiennes et l'équipe
brésilienne de Saõ Paulo. Nous avons réalisé
une analyse de ces résultats afin de savoir si les différences
quantitatives et qualitatives existant entre un greffon médullaire
et un greffon de cellules souches périphériques mobilisé
par facteurs de croissance avaient une incidence clinique.
Il apparaît qu'une reconstitution hématopoïétique
rapide est observée après greffe de cellules souches périphériques
: un taux de polynucléaires neutrophiles (PNN) supérieur
à 0,5 106/l est atteint après une médiane
de 10 à 16 jours et un taux de plaquettes supérieur à
20 000/l après une médiane de 10 à 18 jours (tableau
I). Ces résultats sont à interpréter avec
quelques réserves dans la mesure où il s'agit de populations
peu homogènes parmi lesquelles certaines ont reçu des facteurs
de croissance en période postgreffe ou eu une prévention
de la maladie due à la réaction du greffon contre l'hôte
(GVHD) sans méthotrexate permettant de raccourcir la durée
d'aplasie. Il semble cependant qu'en situation allogénique, la
reconstitution hématopoïétique soit plus rapide après
greffe de cellules souches périphériques qu'après
greffe médullaire, comme cela est observé en situation autologue.
Dans ce dernier cas, cela est expliqué par l'existence dans les
cellules souches périphériques de progéniteurs présents
aux différents stades de maturation. Le nombre de cellules CD34
contenues dans un greffon allogénique de cellules souches périphériques
est en moyenne quatre fois supérieur à celui contenu dans
un greffon médullaire. Parmi cette population de cellules CD34,
on peut individualiser une sous-population très primitive de cellules
CD34 Thy-1dim probablement capable de renouvellement à
long terme [4].
Une autre question soulevée est celle de l'incidence et de la
sévérité de la GVHD aiguë (aGVHD) après
greffe de cellules souches périphériques. En effet, lors
d'une greffe de cellules souches périphériques, on apporte
1 à 10 x 108 cellules CD3/kg, ce qui représente
en moyenne plus de dix fois le nombre de cellules CD3 apportées
lors d'une greffe de moelle. Malgré cela, l'incidence et la sévérité
de la GVHD aiguë ne paraissent pas supérieures à celles
observées après greffe médullaire en situation géno-identique.
Une aGVHD de grade supérieur ou égal à II est observée
chez 50 % des patients environ (tableau I), et une GVHD aiguë
(aGVHD) de grade III ou IV chez 20 % des patients [12-17]. Il existe actuellement
peu de données concernant la GVHD chronique (cGVHD) après
allogreffe de cellules souches périphériques. Cependant,
deux études apportent sur un petit nombre de patients une incidence
supérieure et des localisations différentes de celles observées
après greffe médullaire [18, 19]. Ces notions ne sont pas
confirmées par les données rapportées par l'équipe
de Seattle où une cGVHD est présente chez 37 % des patients
[14].
Les données concernant l'étude de la reconstitution immunitaire
après greffe de cellules souches périphériques sont
actuellement très limitées mais l'analyse des résultats
cliniques n'objective pas, a priori, une susceptibilité
plus importante vis-à-vis des virus ou germes opportunistes laissant
préjuger d'une reconstitution immunitaire plus lente qu'après
greffe de moelle.
On manque actuellement de recul pour évaluer le risque de rechute
postgreffe de cellules souches périphériques. Cependant,
dans les indications standards de la greffe de cellules hématopoïétiques,
ce risque ne semble pas plus important que ce qui est rapporté
après greffe de moelle.
De l'analyse actuelle des données concernant l'allogreffe de cellules
souches périphériques en situation géno-identique,
plusieurs conclusions peuvent être tirées. Il s'agit d'une
technique permettant une reconstitution hématologique rapide avec
une incidence et une gravité de l'aGVHD ne paraissant pas supérieures
à ce qui est rapporté après greffe de moelle. Les
données concernant la reconstitution immunitaire et l'effet greffon
contre leucémie sont actuellement très limitées et
ne permettent pas d'établir une comparaison avec la greffe de moelle.
Il paraît donc important, pour répondre à ces questions,
de réaliser dans les indications standards de la greffe, un protocole
prospectif comparant greffe de cellules souches périphériques
et greffe de moelle. Un tel protocole a déjà initié
à l'échelle européenne et le sera prochainement à
l'échelle française.
Greffes
de cellules souches périphériques après sélection
CD34+
Afin de minimiser le risque théorique de GVHD secondaire à
l'administration d'un grand nombre de cellules CD3+ contenues
dans un greffon de cellules souches périphériques, certaines
équipes se sont orientées vers des manipulations in vitro
du greffon. La sélection positive des cellules CD34+
sur colonne Cell Pro ou Baxter constitue la méthode de T-déplétion
des cellules souches périphériques la plus utilisée,
permettant une réduction de l'ordre de deux à trois facteurs
10 du nombre de lymphocytes T. Le nombre de cellules CD3+ injectées
est alors inférieur à 106/kg dans la plupart
des cas. Ceci représente moins d'un dizième du nombre de
cellules CD3 injectées lors d'une greffe médullaire. Cette
méthode de T déplétion in vitro s'accompagne
d'une perte de l'ordre de 50 % des cellules CD34+, rendant
le plus souvent nécessaire la réalisation de quatre cytaphérèses
pour la constitution du greffon [20-22].
Il existe actuellement dans la littérature peu de données
concernant les greffes de cellules souches périphériques
T déplétées en situation géno-identique. Nous
rapportons ici les résultats concernant trois séries de
patients (tableau II).
Il s'avère que l'on observe, comme en situation de cellules souches
périphériques non manipulées, une reconstitution
hématopoïétique rapide au niveau des polynucléaires
neutrophiles et des plaquettes.
Curieusement, malgré un nombre très faible de cellules
CD3 injectées, deux des trois équipes rapportent une incidence
élevée de l'aGVHD. Ces résultats sont d'autant plus
étonnants qu'une autre prévention de l'aGVHD était
associée à la sélection CD34+ (tableau
II). Ces résultats sont à interpréter avec
prudence dans la mesure où ils portent sur de petites séries
de patients, dont la plupart sont à haut risque de GVHD car âgés
au moment de la transplantation.
L'analyse comparée des résultats des greffes de cellules
souches périphériques non manipulées et manipulées
en situation géno-identique semble paradoxale : l'incidence et
la sévérité de l'aGVHD après greffes de cellules
souches périphériques mobilisées par G-CSF et non
manipulées ne semblent pas supérieures à celles rapportées
après greffe de moelle, alors qu'une incidence relativement importante
de la maladie de l'aGVHD est observée après manipulation
in vitro par sélection CD34. Ces résultats étonnants
ont conduit à s'interroger sur l'existence d'une éventuelle
différence qualitative existant entre un greffon médullaire
et un greffon de cellules souches périphériques mobilisé
par facteurs de croissance.
Une étude réalisée par Pan s'est intéressée
au profil de cytokines sécrétées par les lymphocytes
T contenus dans les cellules souches périphériques. Le rationnel
de cette étude repose sur le fait que des travaux récents
ont montré que l'activation de lymphocytes T sécrétant
des cytokines de type TH1 (interféron gamma et IL-2) étaient
responsables de l'aGVHD alors qu'une réponse de type TH2, avec
sécrétions d'IL-4 et d'IL-10, pouvait prévenir l'aGVHD.
Dans un modèle murin, Pan a montré que l'administration
de G-CSF à des donneurs s'accompagnait d'une modification de sécrétion
des cytokines avec une augmentation de production des cytokines de type
2 et d'une réduction de production des cytokines de type 1. Ceci
s'accompagnait d'une réduction de la sévérité
de l'aGVHD [23]. Ces résultats constituent peut-être un élément
de réponse permettant d'expliquer que, malgré une grande
quantité de lymphocytes T apportés dans un greffon de cellules
souches périphériques, l'incidence de la réaction
ne semble pas supérieure à ce qui est rapporté après
greffe de moelle. Un autre élément de réponse peut
être fourni par le travail de Negrin qui a individualisé
parmi les cellules CD3 recueillies après cytaphérèse
une population de cellules CD3+, CD4-, CD8-
représentant environ un quart des cellules CD3+, et
supprimant la réaction lymphocytaire mixte. Dans un modèle
murin, une population comparable supprime l'aGVHD [24]. Les données
concernant la répartition des différentes sous-populations
lymphocytaires dans un greffon médullaire et dans un greffon de
cellules souches périphériques ne sont pas concordantes.
Dans une étude de l'équipe de Houston menée sur 41
donneurs sains, la répartition entre les différents sous-types
de lymphocytes est comparable dans un greffon de cellules souches périphériques
ou un greffon de moelle [4]. En revanche, une équipe allemande
rapporte une différence au niveau de la répartition de cellules
CD3 avec un rapport CD4/CD8 plus élevé dans les greffons
de cellules souches périphériques que dans les greffons
médullaires et une majorité de cellules CD4+
mémoires (CD45+ RA-) dans les greffons de
cellules souches périphériques, alors qu'une majorité
de cellules CD4 (CD45 RA+) est retrouvée dans les greffons
médullaires [25]. De plus, une plus grande proportion de cellules
natural killer (NK), considérées comme effecteur
important de l'effet greffon contre leucémie (GVL, graft versus
leukemia) est présente dans les greffons de cellules souches
périphériques [26].
Il apparaît donc que les différences quantitatives et qualitatives
observées entre un greffon de cellules souches périphériques
et un greffon médullaire ne concernent pas seulement les progéniteurs
hématopoïétiques contenus dans la population CD34+
mais aussi les différentes sous-populations lymphoïdes. Cela
est en rapport, au moins en partie, avec le protocole de mobilisation
par le G-CSF et pourrait expliquer également des résultats
paradoxaux observés en termes de réaction du greffon contre
l'hôte. La fréquence des précurseurs T cytotoxiques
et T helper spécifiques anti-hôte (pré-CTL et pré-HTL)
dans les greffons de cellules souches périphériques et de
moelle mériterait sûrement d'être comparée et
reliée à la réaction du greffon contre l'hôte,
de même que l'activité éventuelle de population suppressive.
Il faut rappeler enfin, qu'à la différence des méthodes
de sélection négative, précédemment employées
pour la T-déplétion, la sélection positive CD34+
produit également une déplétion des cellules B et
NK dont les conséquences éventuelles sont mal connues.
Ces questions concernant la composition cellulaire des greffons comme
paramètre important de la greffe (prise, réaction du greffon
contre l'hôte, greffon contre leucémie) se trouvent donc
relancées par l'allogreffe de cellules souches périphériques
et doivent continuer à faire l'objet d'investigations, d'autant
qu'un contrôle de ces paramètres, grâce à des
procédures in vitro de sélection positive, sélection
négative et expansion spécifique de certaines populations
myéloïdes ou lymphoïdes, sont désormais disponibles
ou le seront à court terme dans les laboratoires de thérapie
cellulaire.
Perspective
: greffes HLA haplo-identiques
Si l'utilisation des greffons de cellules souches périphériques
mérite donc clairement d'être évaluée par rapport
aux greffons médullaires dans les conditions habituelles de compatibilité
HLA, ils offrent surtout des perspectives nouvelles dans les situations
de moindre compatibilité HLA comme les greffes phéno-identiques
pratiquées avec des donneurs volontaires ou même les greffes
haplo-identiques familiales (où les donneur et receveur sont identiques
pour un des haplotypes HLA mais différents pour l'autre haplotype).
Nous avons déjà signalé que la mobilisation par les
facteurs de croissance est encore considérée par beaucoup
comme un problème délicat pour un donneur volontaire non
apparenté et cela explique que, dans l'état actuel des données,
les observations de greffes avec donneur non apparenté à
l'aide de cellules souches périphériques restent encore
anecdotiques. Il n'en est pas de même pour l'utilisation des donneurs
HLA haplo-identiques familiaux qui constitue d'ores et déjà
un des apports les plus importants de cette nouvelle technique.
Avant de décrire les premiers résultats de ces essais pilotes
de greffe en mismatch, plusieurs éléments doivent être
rappelés car ils ont constitué le rationnel préalable
à ces études :
1) Il faut d'abord souligner que la rareté des donneurs HLA identiques
constitue depuis toujours le principal obstacle au développement
de la greffe de moelle : 30 % au plus des malades ayant une indication
reconnue de greffe ont un donneur HLA identique dans la fratrie. Ce chiffre
peut être amené à 40 ou 45 % grâce au développement
des fichiers de donneurs volontaires. Au contraire, la possibilité
de réaliser des greffes HLA haplo-mismatch familiales à
l'aide d'un des parents ou d'un germain non identique permettrait de greffer
80 à 90 % de ces malades.
2) L'obstacle de la barrière d'histocompatibilité majeure
dans le sens du rejet (host versus graft reaction ou HVG : réaction
de l'hôte contre le greffon) a fait l'objet par le passé
de nombreuses tentatives de conditionnements « alourdis », plus
immunosuppresseurs pour le receveur, mais le plus souvent au prix d'une
toxicité inacceptable. De même, l'obstacle de la réaction
du greffon contre l'hôte a été combattu par des mesures
radicales comme la T-déplétion des greffons. Cependant,
au moins chez l'adulte, ces protocoles sont restés décevants
du fait de la mortalité liée soit au rejet, soit à
la GVHD, soit à la toxicité des traitements et aux conséquences
de l'immunosuppression.
3) Ce bilan pessimiste doit pourtant être nuancé chez les
enfants : en particulier dans le cas des déficits immunitaires
combinés sévères (SCID) où l'obstacle du rejet
est quasi inexistant. Dans ce modèle particulier, il a été
clairement établi qu'une T-déplétion radicale des
greffons permettait de contrôler la réaction du greffon contre
l'hôte à travers la barrière d'histocompatibilité
majeure et d'établir le greffon, il est vrai au prix d'un chimérisme
mixte fréquent et d'un déficit immunitaire postgreffe prolongé
(risque de lymphome EBV-induit).
4) Enfin, il faut rappeler que des travaux expérimentaux déjà
anciens, portant sur des modèles murins ou de rats de greffe de
moelle en situation MHC mismatch [27], avaient établi depuis longtemps
l'importance du nombre de cellules hématopoïétiques
injectées comme paramètre essentiel de la prise de greffe
: pour un degré donné d'immunosuppression du receveur, plus
l'incompatibilité MHC est grande, plus la dose injectée
doit être importante. Il est même possible de faire prendre
une greffe chez une souris préalablement immunisée volontairement
contre son donneur à condition d'injecter les doses de greffon
les plus massives.
Les nouveaux greffons de cellules souches périphériques,
avec leur contenu cinq à dix fois supérieur en termes de
cellules CD34 injectées, permettent pour la première fois
en clinique d'avoir accès à ce paramètre et de reposer
le problème de la greffe HLA mismatch chez l'homme sur des bases
nouvelles.
- C'est l'équipe italienne de Perrugia qui a actuellement accumulé
le plus d'expérience sur ce terrain : les premiers résultats
ont été publiés en décembre 1994 [28] et
actualisés récemment au cours de plusieurs congrès.
- Ce protocole, proposé à des enfants ou des adultes à
des stades avancés de leur hémopathie et qui n'ont pas
de donneur HLA identique s'appuie sur trois grands principes :
- a) Un conditionnement alourdi et très immunosuppresseur basé
sur l'association de Thiotepa®, d'Endoxan®,
de sérum anti-lymphocytaire (SAL) prégreffe et d'une irradiation
corporelle totale (TBI) à dose unique et à débit
élevé pour combattre l'HVG.
- b) Une prévention de la réaction du greffon contre l'hôte
par une T-déplétion la plus radicale possible du greffon
(employant pour les premiers malades une technique inspirée du
modèle des greffes mismatch réalisées pour SCID),
mais une absence de drogues immuno-suppressives postgreffe pour faciliter
la reconstitution immunitaire et l'établissement éventuel
de la tolérance.
- c) Et surtout une dose la plus massive possible de cellules CD34 injectées
grâce à l'adjonction au greffon de moelle des cellules
souches périphériques du donneur recueillies par quatre
cytaphérèses après mobilisation par le G-CSF.
- Il convient d'ajouter à la mise en oeuvre de ces trois principes
une utilisation large et préventive des médicaments antiviraux
modernes, comme le DHPG et le foscarnet pour limiter le risque viral
majeur dans la longue période de déficit immunitaire postgreffe.
- Lors de la dernière actualisation (symposium de Keystone),
cet essai avait inclus 36 patients porteurs de leucémies et d'un
âge moyen de 22 ans. Quatorze patients étaient en rémission
à la greffe et 21 en phase blastique. Les malades ont reçu
en moyenne 10 x 106 cellules CD34+ par kg et moins
de 1 x 106 cellules CD3+ par kg. Trente patients
ont eu une prise de greffe très rapide et, parmi les 6 autres,
4 ont pu survivre grâce à une deuxième greffe de
cellules souches périphériques. Parmi les 30 patients
ayant eu une prise immédiate, 6 ont fait une réaction
grave du greffon contre l'hôte et en sont décédés.
Sur les 24 malades restants, 7 ont rechuté et 6 sont décédés
d'infection (pneumonies virales surtout). Il reste 11 patients vivants
en rémission avec un recul moyen de 28 mois pour le groupe greffé
en phase blastique et de 11 mois pour les malades greffés en
rémission complète (dont 8 sur 18 sont vivants en rémission
complète).
À côté de cette série principale, plusieurs
équipes rapportent de petites séries (dont 5 malades à
Créteil) qui semblent confirmer ce résultat d'ensemble :
cette technique permet d'assurer un très haut pourcentage de prise
de greffe malgré le mismatch, la réaction grave du greffon
contre l'hôte reste un problème pour un petit pourcentage
de malades, et le déficit immunitaire prolongé expose les
survivants à un risque viral accru par rapport à une greffe
compatible.
Tels qu'ils sont, et sous réserve qu'ils soient confirmés
avec un plus grand nombre de patients et un plus grand recul, ces résultats
constituent une avancée considérable car ils se comparent
favorablement aux greffes phéno-identiques réalisées
dans les mêmes conditions. Ils permettent d'envisager avec confiance
de futurs essais : nouveaux conditionnements, abandon du greffon médullaire,
optimisation du greffon en terme de T-déplétion et de nombre
de cellules injectées, politique antivirale, transfert de CTL spécifiques,
etc. De plus, ces malades greffés en mismatch devraient permettre
d'étudier in vivo chez l'homme les mécanismes de
la reconstitution immunitaire et de la tolérance postgreffe dans
un modèle plus clair que dans la greffe HLA identique où
la différence donneur-receveur limitée aux antigènes
mineurs rend ces études difficiles.
CONCLUSION
À n'en pas douter, cette revue rapide des données actuelles
concernant les allogreffes de cellules souches périphériques
démontre clairement qu'il ne s'agit pas seulement d'un changement
technique mineur dans le champ de la transplantation médullaire.
Au minimum, ce nouveau type de greffon doit être comparé aux
méthodes plus classiques dans des essais prospectifs contrôlés
et il est très probable qu'il sera appelé à court terme
à remplacer avantageusement les greffons médullaires comme
cela est déjà le cas pour les autogreffes. De plus, à
moyen terme, les nouvelles possibilités offertes par ce type de greffon
devraient donner un nouveau souffle à l'investigation clinique autour
de la greffe de moelle et relancer l'activité de manipulation in
vitro des greffons qui, pour ce qui concerne l'allogreffe, s'était
quelque peu essoufflée après l'arrêt des protocoles
de T-déplétion en 1987. Les nouvelles méthodes de sélection
positive de certaines populations, d'expansion in vitro, de T-déplétion
ou d'expansion de certaines populations lymphoïdes, devraient trouver
là un champ d'application important qui fera de l'allogreffe de cellules
souches périphériques un des composants essentiels de la thérapie
cellulaire de demain.REFERENCES
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