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Cartes d'identité des tumeurs : une étape est franchie


Hématologie. Volume 6, Numéro 5, 327-8, Septembre - Octobre 2000, Editorial


Résumé  

Auteur(s) : François Sigaux, .

Résumé : Dans un éditorial précédent, je tentais de vous convaincre de l'importance d'associer notre discipline à l'effort visant à doter notre pays d'un outil performant et standardisé d'étude du génome et du transcriptome. Cet appel a été entendu et de nombreux projets de qualité ont été adressés à la direction du programme « Cartes d'Identité des Tumeurs ». J'ai eu plaisir à voir que des sujets aussi importants que les leucémies aiguës lymphoblastiques, les leucémies aiguës myéloblastiques et les myélodysplasies, la leucémie lymphoïde chronique, la leucémie myéloïde chronique, les lymphomes malins et le myélome avaient pu être considérés, à côté de plusieurs types de tumeurs solides, comme des priorités du programme CIT. J'ai apprécié la qualité des collections et l'acuité des questions cliniques décrites dans ces projets. Afin de faciliter la coordination du programme, j'ai demandé que les projets médicaux soient regroupés dans des consortiums qui veilleront à la qualité des collections et définissent les priorités parmi leurs meilleurs projets.

ARTICLE

Dans un éditorial précédent, je tentais de vous convaincre de l'importance d'associer notre discipline à l'effort visant à doter notre pays d'un outil performant et standardisé d'étude du génome et du transcriptome. Cet appel a été entendu et de nombreux projets de qualité ont été adressés à la direction du programme « Cartes d'Identité des Tumeurs ». J'ai eu plaisir à voir que des sujets aussi importants que les leucémies aiguës lymphoblastiques, les leucémies aiguës myéloblastiques et les myélodysplasies, la leucémie lymphoïde chronique, la leucémie myéloïde chronique, les lymphomes malins et le myélome avaient pu être considérés, à côté de plusieurs types de tumeurs solides, comme des priorités du programme CIT. J'ai apprécié la qualité des collections et l'acuité des questions cliniques décrites dans ces projets. Afin de faciliter la coordination du programme, j'ai demandé que les projets médicaux soient regroupés dans des consortiums qui veilleront à la qualité des collections et définissent les priorités parmi leurs meilleurs projets.

La mise en œuvre de ces projets est lourde et demande des efforts non seulement des investigateurs mais également des collègues impliqués dans la définition des ressources génomiques, la construction des outils d'analyse et dans la mise en place des programmes bio-informatiques. Ces efforts seront brièvement rappelés dans cet éditorial. La constitution d'un ensemble le plus complet possible d'ADN complémentaires humains et murins a été confiée au Centre national de séquençage (CNS, Dr J. Weissenbach, G. Gyapay et W. Saurin). L'équipe de J. Weissenbach, confortée par des résultats obtenus dans d'autres centres, estime que le nombre total de gènes est de l'ordre de 30 000. En utilisant plusieurs banques d'ADN complémentaires de pleine longueur, nos collègues par séquençage extensif puis procédures de regroupement informatique des séquences, ont constitué un ensemble d'ADN complémentaires correspondant à environ 16 000 gènes humains différents. Cet ensemble se compare favorablement avec les autres ensembles obtenus à l'échelon international (l'ensemble Reference Sequences du NCBI, qui regroupe un ensemble de clones informatiques de pleine longueur complètement séquencés, comporte environ 10 000 membres). Le CNS avec l'aide de P. Dessen, cherche actuellement à compléter leur ensemble de clones afin d'obtenir une exhaustivité raisonnable vis-à-vis des objectifs de la première génération des cartes du programme CIT (un représentant ADNc pour environ 80 % des gènes). Je souhaite que nos collègues soient épaulés dans cette démarche par la communauté scientifique qui, fournissant des listes normalisées de gènes importants pour la physiologie de tel ou tel tissu ou pour les grandes fonctions cellulaires (prolifération, apoptose, etc.), aidera à détecter des biais de représentations dans l'ensemble actuel. Ces biais seront rapidement corrigés par l'introduction de nouvelles banques d'ADNc qui seront séquencées ou par l'introduction directe de certains ADNc. J'ai demandé à plusieurs groupes de la Société de nous aider dans cette action. La mise en œuvre de l'ensemble d'ADNc murins a pris quelque retard par rapport au programme humain. Cette situation m'a poussé à reporter la majorité des projets cognitifs au printemps 2001. Le CNS travaille activement sur ce projet. Un pas important sera franchi pour les ADNc lymphoïdes par l'introduction des ADNc obtenus à partir de banques préparées par nos collègues Christophe Benoist et Diane Mathis qui se sont associés au programme CIT. Ces clones sont en cours de séquençage au CNS. L'élaboration des outils d'analyse a également beaucoup progressé. J'ai chargé une équipe constituée des docteurs Aurias, Dumanoir et Theillet de définir l'outil d'analyse du génome. Le choix s'est porté sur l'hybridation génomique comparative sur tableaux ordonnés de séquences (CGH-array), qui permet une détection fiable des délétions et amplifications. Deux filières seront construites en parallèle. La première utilisera comme séquences les ADN complémentaires choisis pour l'analyse du transcriptome. Cette méthode reste délicate sur le plan technique, mais pourrait faciliter grandement les études bio-informatiques conjointes du génome et du transcriptome. La deuxième filière sera basée sur une technologie plus éprouvée, la CGH-array utilisant, comme séquences, des chromosomes artificiels de bactéries (BAC). Cet outil assure une couverture pan-génome discontinue (1 BAC pour 1,5 Mb), une couverture plus dense des régions chaudes de réarrangements et une couverture ciblée des gènes suppresseurs de tumeurs déjà identifiés. La construction de cet outil (3 000 BAC environ) demande un effort majeur. L'équipe chargée du projet sera aidée par des collègues provenant d'une vingtaine de laboratoires spécialisés dans l'étude des régions de remaniements. Afin de définir les meilleures stratégies d'étude du transcriptome, j'ai souhaité que sept laboratoires d'excellence (Équipes des Drs Aggerbeck, Auffray, Chambaz, Dumanoir et Kastner, Marguerie, Nicolas, Nguyen et Houlgatte) se soumettent à une étude comparative. Sept cents ADNc ont été choisis au hasard et rendus anonymes par G. Gyapay. Trois cents réplicats cachés ont été également inclus. Après PCR, les 1 000 produits obtenus et six échantillons anonymes (culots provenant de trois lignées, Jurkat, RS411, K562 et
3 ARN provenant de leucémies alphabeta, pré-B avec t(4;11) et d'une TA de LMC) préparés par J.M. Cayuela, ont été transmis aux équipes. Les outils d'analyse (lames de verre ou filtres) ont été créés en quadruplicate et les expériences d'hybridation ont été conduites et analysées dans chaque centre. Les données standardisées issues de ces expériences ont été analysées par G. Thomas, E. Pouiller et son équipe d'informaticiens. Les résultats ont montré qu'une corrélation raisonnable entre les expériences pouvait être obtenue sous réserve de standardiser absolument les méthodes. J'ai donc décidé de restreindre pour l'instant l'impression des outils à un seul centre par filière et d'harmoniser les protocoles et les équipements d'analyse dans chaque centre. La capacité démontrée par certaines des plates-formes d'associer correctement les échantillons (lignées et ARN) à partir des mesures obtenues en utilisant les 700 ADNc aléatoires est inespérée et constitue un bon gage de succès du programme. Le choix entre les deux filières (lames et filtres) se fera essentiellement sur la base du matériel disponible (les filtres utilisant la radioactivité demandent moins de matériel).

L'interprétation des données obtenues sur les tumeurs nécessite de pouvoir comparer les résultats à ceux qui sont obtenus pour les cellules normales. Afin de faciliter cette démarche, j'ai créé trois programmes transversaux concernant les cellules vasculaires, les cellules lymphoïdes et les cellules hématopoïétiques coordonnés respectivement par F. Amalric, M. Bonneville et W. Vainchenker. Le but de ces programmes est de faire appel à des spécialistes de sous-populations cellulaires qui isoleront ces cellules chez l'homme et la souris par les procédures les plus à même de conserver le programme transcriptionnel. Le transcriptome de ces cellules sera analysé par les outils utilisés pour l'analyse des tumeurs.

Comme le montrent ces quelques lignes, l'hématologie sera présente en bonne place dans le programme CIT. Gageons que cette démarche permettra des avancées majeures dans la compréhension des mécanismes de la leucémogenèse et dans la prise en charge et le traitement des malades. Elle constituera sûrement une occasion unique de favoriser des échanges fructueux entre la communauté scientifique et la communauté médicale ce qui constitue un des objectifs essentiels de la Société française d'hématologie


 

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