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Leucémie aiguë promyélocytaire (LAM 3) avec translocation t(11;17)(q23;q21)


Hématologie. Volume 3, Numéro 2, 174-8, Mars - Avril 1997, Présentation de cas anatomo-clinique


Résumé  

Auteur(s) : Priscille Bourquelot, Isabelle Radford-Weiss, Elizabeth Macintyre, Françoise Valensi, sous la direction de Georges Flandrin, .

Résumé : Les leucémies aiguës promyélocytaires (LAP, LAM3) sont caractérisées par la mise en évidence de la translocation t(15;17), correspondant à la présence en RT-PCR d'un ARN de fusion entre les gènes PML (pro-myelocytic leukemia) et RARa (récepteur a à l'acide rétinoïque)[1]. Ce transcrit de fusion est également retrouvé dans certains cas de LAM3 à caryotype normal par cytogénétique classique. Le bon pronostic habituel des LAM3 est corrélé à leur réponse avec l'acide tout-trans-rétinoïque (ATRA). Un sous-groupe de rares cas de LAM3 ayant une translocation impliquant également RARa sur le chromosome17 mais associé à un autre partenaire (PLZF, sur le chromosome 11) a été identifié[2]. Il semble que ces LAM3 à t(11;17) aient un pronostic très péjoratif, caractérisé par une non-réponse à l'ATRA in vivo et in vitro lorsqu'elle a pu être testée. En outre, sur les six cas rapportés en 1995, seul un patient avait pu être mis en rémission complète, grâce à une chimiothérapie conventionnelle. Cinq des six patients étaient décédés[3].

Illustrations

ARTICLE

Les leucémies aiguës promyélocytaires (LAP, LAM3) sont caractérisées par la mise en évidence de la translocation t(15;17), correspondant à la présence en RT-PCR d'un ARN de fusion entre les gènes PML (pro-myelocytic leukemia) et RARa (récepteur a à l'acide rétinoïque)[1]. Ce transcrit de fusion est également retrouvé dans certains cas de LAM3 à caryotype normal par cytogénétique classique. Le bon pronostic habituel des LAM3 est corrélé à leur réponse avec l'acide tout-trans-rétinoïque (ATRA). Un sous-groupe de rares cas de LAM3 ayant une translocation impliquant également RARa sur le chromosome17 mais associé à un autre partenaire (PLZF, sur le chromosome 11) a été identifié[2]. Il semble que ces LAM3 à t(11;17) aient un pronostic très péjoratif, caractérisé par une non-réponse à l'ATRA in vivo et in vitro lorsqu'elle a pu être testée. En outre, sur les six cas rapportés en 1995, seul un patient avait pu être mis en rémission complète, grâce à une chimiothérapie conventionnelle. Cinq des six patients étaient décédés[3].

Nous rapportons l'observation d'un patient déjà inclus dans cette série, qui a pu être mis en rémission prolongée et est vivant à 43 mois d'évolution, malgré une rechute chimio-réfractaire.

Clinique

Mr C., 34ans, est hospitalisé en 1993 en raison de douleurs osseuses et d'une neutropénie. L'examen clinique de cet homme sans antécédent ne montre pas de syndrome tumoral ni hémorragique, pas de complication infectieuse. L'hémogramme est le suivant: leucocytes 2x109/l dont 23% de blastes, plaquettes 170x109/l, hémoglobine 12,7g/dl. Le bilan d'hémostase révèle une CIVD biologique modérée avec un TP à 45%, un TCA normal, des PDF supérieurs à 1/64, des D-dimères détectables au 1/32e et une fibrinopénie à 0,8g/l.

Cytologie médullaire

La moelle est riche, infiltrée par 90% de blastes (figures 1-2-3-4). Il s'agit de blastes à noyau généralement arrondi dont le cytoplasme est rempli de fines granulations azurophiles; parmi ces blastes hypergranuleux, quelques cellules ont un noyau à chromatine plus dense correspondant à une ébauche de différenciation granuleuse; les corps d'Auer en fagots sont rares et sont visibles dans les cellules les plus différenciées; la réaction des myélo-peroxydases est fortement positive, les granulations cytoplasmiques venant masquer partiellement le noyau.

La moelle de rechute est différente (figures 5-6). Les blastes ont un noyau nettement plus irrégulier et les granulations cytoplasmiques sont beaucoup moins nombreuses; dans le cytoplasme, on rencontre fréquemment des corps d'Auer uniques ou multiples (les images de fagots restant relativement rares) ainsi que des inclusions arrondies de type Chédiak, de taille variable occupant parfois la totalité du cytoplasme.

Cytogénétique

Le caryotype médullaire effectué lors du diagnostic (culture 24-48heures) montre la formule chromosomique suivante (figure 7) : 45,X,-Y,add(2)(q33),t(11;17)(q23;q21) [16]/46,XY [4]. Le caryotype de la rechute retrouve les mêmes anomalies clonales qu'au diagnostic (figures 8a et 8b).

Biologie moléculaire

L'analyse en RT-PCR sur les blastes médullaires avec des amorces concernant le transcrit classique PML-RARa étant négative et, au vu des résultats cytogénétiques, une analyse est effectuée avec les amorces permettant d'amplifier le transcrit PLZF-RARa et s'avère positive.

Différenciation in vitro

Les blastes collectés au diagnostic sont testés in vitro pour leur différenciabilité sous ATRA. Des échantillons congelés en DMS0 sont décongelés, lavés et cultivés en RPMI+SVF avec ou sans ATRA (10-7mol/l) pendant sept jours simultanément à un échantillon contrôle positif de blastes de LAM3 à t(15;17). La maturation cellulaire est évaluée après 2, 5 et 7jours sur l'augmentation du rapport nucléo-cytoplasmique, la segmentation nucléaire et la disparition des granules promyélocytaires. Aucune différenciation n'est observée pour les blastes de notre patient alors que cette différenciation est visible dès le 5e jour chez le contrôle. Cette expérience est renouvelée à concentration plus élevée d'ATRA (10-6) sans plus d'effet.

Évolution

Le diagnostic de LAM3 porté, le patient reçoit en septembre 1993, dans le cadre du protocole randomisé LAP93 un traitement par ATRA 45mg/m2 de J1 à J31, associé à daunorubicine 60mg/m2/jour de J3 à J5 et cytosine-arabinoside 100mg/m2x2/jour de J3 à J9 et à une héparinothérapie à 100UI/kg. La blastose périphérique augmente jusquà 60% de 2,5x109/l leucocytes à J5 puis disparaît sous l'effet du traitement cytotoxique. La CIVD, elle, persiste parallèlement à l'infiltration blastique médullaire contrôlée à J11 et J17. À J20, un traitement de seconde ligne par amsacrine 225mg/m2 J1 à J3 et cytosine-arabinoside à forte dose (1g/m2 toutes les 12heures de J1 à J3) est débuté, entraînant la disparition de la CIVD et la reconstitution hématopoïétique à J21 de cette seconde induction. Le myélogramme de contrôle à J26 de ce second traitement confirme la rémission complète. Le caryotype est normal et le transcrit PLZF-RARa devient indétectable en RT-PCR. Un traitement d'entretien est poursuivi dès novembre 1993 et pendant 24 mois par mini-réinductions de type «mini-CHA promyélo» (bélustine, cérubidine et cytosine arabinoside) tous les trois mois et traitement d'entretien par 6-thioguanine et cytosine arabinoside pendant les intercures. La rémission hématologique et moléculaire est contrôlée à 3, 12, 15 et 18mois. Chez ce patient sans fratrie, une recherche de donneur sur fichier national puis international est lancée dans l'optique d'une allogreffe en seconde rémission complète, sans succès.
Cinq mois après l'interruption du traitement d'entretien, la rémission hématologique persiste, mais une rechute moléculaire est mise en évidence rapidement suivie d'une évolution hématologique à trois ans du diagnostic vers une rechute franche associée à la réapparition d'une CIVD modérément symptomatique. Le patient est réfractaire à une chimiothérapie de rattrapage par etoposide, mitoxantrone et cytosine arabinoside avec persistance tout au long de l'aplasie d'une CIVD non compliquée, et d'une blastose médullaire. Néanmoins, la reconstitution hématopoïétique partielle à J50 associée à une amélioration de l'état clinique permet un retour du patient à domicile. Un traitement par hydroxyde d'arsenic est envisagé. Il est très rapidement réhospitalisé pour une défaillance cardiaque par insuffisance ventriculaire gauche sévère imputée à la toxicité cumulée des anthracyclines, avec insuffisance rénale aiguë secondaire, partiellement contrôlées par traitement médical. La blastose réapparaît associée à la majoration de la CIVD conduisant à la reprise d'une chimiothérapie orale (hydroxyurée et 6-mercaptopurine) permettant le contrôle de la prolifération et un retour à domicile.

Discussion

Les LAM3 avec t(11;17) représentent un sous-groupe rare de LAM3, initialement peu distinguées des LAM3 classiques à t(15;17). En effet, dans 5 cas sur 6 de la série publiée, le diagnostic initial était celui de LAM3 malgré des particularités liées au caractère peu granuleux des blastes et à la quasi-absence des corps d'Auer en fagots. Chez ce patient, le diagnostic de M3 est rapidement évoqué sur le caractère hypergranuleux de tous les blastes et la présence de rares corps d'Auer en fagots. Si l'on admet une certaine diversité morphologique au sein des LAM3 avec t(15;17), le caractère hypergranuleux des blastes constitue le critère essentiel du diagnostic. Bien que l'aspect des blastes lors de la rechute soit différent, la présence d'une blastose peu granuleuse, considérée comme plus indifférenciée est assez habituellement observée lors des rechutes de LAM3.
La corrélation stricte de la coagulopathie de consommation à l'évolution de la LAM3 chez notre patient est identique à celle établie pour les LAM3 classiques. Cette coagulopathie n'est présente que dans 3 des 6cas de LAM3 à t(11;17) rapportés en 1995.
C'est l'analyse cytogénétique puis moléculaire par RT-PCR qui révèle le caractère inhabituel de cette LAM3 par la mise en évidence de la t(11;17) (q23;q21) et du transcrit de fusion PLZF/RARa. Le séquençage du transcrit de fusion a montré que deux domaines à doigts de zinc de PLZF étaient fusionnés au domaine B-F de RARa (domaine identique à celui fusionné à PML dans les LAM3 à t(15;17)). Il en était de même pour quatre autres patients de la série publiée, le sixième patient présentait un transcrit de fusion PLZF-RARa comportant les trois domaines à doigts de zinc de PLZF[2].
Un autre cas de LAM3 a été rapporté, comportant une translocation t(5;17) impliquant la bande 17q12 et un réarrangement du gène RARa uniquement détectable par son transcrit en RT-PCR[4]. La réponse au traitement fut initialement médiocre chez notre patient avec persistance de l'envahissement médullaire jusqu'à 20jours après la mise en route de l'ATRA, soit 17jours après le début de la chimiothérapie conventionnelle associée. Cette résistance in vivo à l'ATRA était corrélée à l'observation in vitro d'absence de toute différenciation des blastes de ce patient et d'un autre cas cultivés pendant 7jours en présence d'ATRA à concentration optimale ou dix fois supérieure. Parmi les quatre autres cas de LAM3 à t(11;17) traités par ATRA, aucun n'a été mis en rémission cytologique ou cytogénétique, même si un effet partiel a parfois été observé, dont un patient décédé de leucostase pulmonaire sous ATRA.
Les rémissions sous chimiothérapie conventionnelle sont généralement difficiles à obtenir (1 après une cure, + 3 après deux cures) et de courte durée chez ces patients, le seul long survivant étant décédé en troisième rechute chimioréfractaire à 31mois d'évolution.
Une rémission complète cytologique et moléculaire de plus de deux ans a été obtenue chez notre patient par la seconde cure d'induction et un traitement d'entretien de deux ans. Cependant, la rechute cytologique qui est survenue 10mois après l'interruption du traitement, n'a pas été sensible à une chimiothérapie conventionnelle de «rattrapage», mais le patient est vivant sous chimiothérapie orale palliative.
La LAM3 avec t(11;17) apparaît donc comme une entité clinico-biologique particulière, caractérisée par un pronostic sombre, notamment du fait d'une résistance à l'ATRA. Les mécanismes par lesquels la protéine de fusion PLZF-RARa bloque la différenciation myéloïde sont partiellement communs avec la protéine PML-RARa. Cependant, PLZF active spécifiquement certains gènes au cours de la différenciation myéloïde, et son expression est diminuée au cours de la différenciation induite par l'ATRA[2]. La protéine de fusion PLZF-RARa pourrait bloquer la différenciation myéloïde par effet dominant négatif sur la protéine RARa sauvage, selon un mode identique à celui de PML-RARa, et conférer la résistance à l'ATRA par activation constitutive de gènes normalement down- régulés par l'ATRA et rendus inaccessibles à son action par liaison des sites aux doigts de zinc de PLZF *

REFERENCES

1.Warrell RP, De ThéH, WangZY, DegosL. Acute promyelocytic leukemia. N Engl J Med 1993; 329: 177-89.

2.ChenZ, BrandNJ, ChenA, ChenSJ, Tong, WangZY, WaxmanS, ZelentA. Fusion between a novel Krüppel-like zinc finger gene and the retinoic receptor-a locus due to a variant t(11;17) translocation associated with acute promyelocytic leukemia. Embo J 1993; 12: 1161-7.

3.LichtJD, ChomienneC, GoyA, ChemA, ScottA, HeadDR, MichauxJL, WuY, DeBlasioA, MillerWH, ZelenetzAD, WillmanCL, ChenZ, ChenSJ, ZelentA, MacintyreE, VeilA, CortesJ, KantarjianH, WaxmanS. Clinical and molecular characterization of a rare syndrome of acute promyelocytic leukemia associated with translocation (11;17). Blood 1995; 85: 1083-94.

4.CoreySJ, LockerJ, OliveriDR, Shektet-LevinS, RednerRL, PenchanskyL, GollinSM. A non-classical translocation involving 17q12 (retinoic acid receptor a) in acute promyelocytic leukemia (APML) with atypical features. Leukemia 1994; 8: 1350-3.


 

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