ARTICLE
L'émergence des cellules souches hématopoïétiques
chez l'embryon est un thème d'actualité, depuis la démonstration
relativement récente que certaines des règles qui président
à cet événement chez l'embryon des vertébrés
sont très générales et, en particulier, sont valables
chez les mammifères [1, 2]. On sait depuis longtemps qu'il existe
chez l'adulte un réservoir de cellules souches hématopoïétiques
qui se répartit entre les organes hématopoïétiques,
et que, au cours de la vie embryonnaire, ces cellules prennent naissance
ailleurs que dans les ébauches qui donnent le composant stromal
des organes hématopoïétiques de l'adulte. L'organisme
embryonnaire très jeune répond à la nécessité
urgente de pourvoir à ses premiers échanges respiratoires
par la production d'une génération primitive de globules
rouges caractérisés par leur différenciation synchrone,
leur assortiment particulier d'hémoglobines et un site spécifique
d'hématopoïèse, l'îlot ventral chez les amphibiens,
le sac vitellin chez les poissons et les amniotes. Ce site primitif
promeut à la fois l'émergence de progéniteurs,
mais aussi leur expansion, leur détermination et la différenciation
de leur descendance. Le sac vitellin diffère donc des organes
hématopoïétiques définitifs dont les ébauches
sont colonisées par des cellules souches hématopoïétiques
extrinsèques. Des greffes orthotopiques de territoires marqués
chez le jeune embryon d'oiseau et d'amphibien ont permis d'établir
que ces cellules ne participent pas à la formation du système
sanguin définitif et s'éteignent relativement vite [1-3].
Elles sont remplacées par des cellules d'origine intraembryonnaire,
qui se déterminent, au moins en partie, dans la région
de l'aorte [4, 5]. L'émergence de ces cellules souches hématopoïétiques
intraembryonnaires a lieu à un stade précoce du développement,
qui suit cependant l'émergence et la différenciation des
cellules sanguines extra-embryonnaires.
L'embryon de mammifère n'est pas (ou peu) accessible à
l'expérimentation pendant les phases de la morphogenèse
et de l'organogenèse. Aussi des tactiques différentes,
inspirées des tests appliqués à l'étude
du système hématopoïétique adulte, mais adaptées
à l'identification des très petites populations cellulaires
concernées, ont-elles été nécessaires pour
explorer cette question. Des cellules souches hématopoïétiques
intraembryonnaires ont ainsi pu être mises en évidence
chez la souris [6, 7]. Dans une première phase de ces expériences,
ces cellules souches hématopoïétiques ont été
détectées relativement « tard », aux stades
de 15 à 40 somites (8,5-11 jours de gestation = jours post-coïtum),
dans la splanchnopleure paraaortique (P-Sp) (figure
1) [6-8], alors que la circulation entre le sac vitellin et
l'embryon est déjà fonctionnelle. Il était donc
impossible d'affirmer que les cellules détectées avaient
été originellement produites dans l'un ou l'autre compartiment.
Nous avons transposé cette démonstration, à la
phase précirculatoire du développement, c'est-à-dire
pendant la fin de gastrulation, alors que les somites sont en train
de se segmenter. (L'achèvement du réseau endothélial
et l'établissement de la circulation ont lieu chez la souris
au stade de 8 paires de somites à 8,5 jours post-coïtum,figure
1). Le système de culture cellulaire en deux temps (expansion/différenciation),
qui avait permis de détecter des progéniteurs multipotentiels
à partir du stade de 15 somites (8,5 jours post-coïtum)
s'est révélé inefficace dans le cas des embryons
plus jeunes. Mais si les tissus à tester sont précultivés,
en préservant leur arrangement tridimensionnel (culture organotypique)
puis dissociés et soumis à la culture cellulaire en deux
temps (figure 2), il
devient possible de mettre en évidence des progéniteurs
pluripotentiels dans certains d'entre eux [9]. Les différents
compartiments de l'embryon (figure
1) ne manifestent pas les mêmes potentialités dans
ces conditions : à partir du sac vitellin, nous obtenons seulement
des cellules myéloïdes (globules rouges et macrophages),
alors que la splanchnopleure intraembryonnaire (Sp ; figure
1), c'est-à-dire le feuillet mésodermique interne
accompagné de l'endoderme, donne naissance à des dérivés
myéloïdes mais aussi lymphoïdes dans les conditions
appropriées pour la différenciation de chaque lignage.
C'est seulement après le stade de 10 somites que les précurseurs
lymphoïdes commencent à être détectés
dans le sac vitellin. Cette apparition retardée indique donc
le passage probable des précurseurs intraembryonnaires, via
la circulation, vers le sac vitellin.
La signification de ces expériences
nous paraît être la suivante : aucune des cellules du mésoderme
splanchnopleural de l'embryon proprement dit n'a encore une détermination
hématopoïétique avant le stade de 10 paires de somites.
Si on préserve les interactions entre les feuillets endodermique
et mésodermique, ainsi que les interactions entre les cellules
mésodermiques elles-mêmes, ce que réalise la culture
organotypique, ces cellules se déterminent ; en d'autres termes,
des cellules mésodermiques acquièrent le statut de progéniteurs
capables de se différencier dans la voie hématopoïétique.
La séparation expérimentale des deux compartiments à
la période précirculatoire apporte la démonstration
cruciale qu'il y a bien chez la souris des cellules souches hématopoïétiques
intraembryonnaires qui relaient les progéniteurs précoces
du sac vitellin (que nous prenons soin de nommer progéniteurs
et non cellules souches hématopoïétiques). Seules
les cellules intraembryonnaires apparaissent totipotentes, et encore
verrons-nous plus loin qu'elles ne sont pas dotées de toutes
les attributions de la cellule souche hématopoïétique
telle qu'elle est définie chez l'adulte.
En parallèle à ce travail dans lequel l'expression de
marqueurs a été évaluée après leur
émergence in vitro, nous avons également cherché
à révéler l'apparition et l'évolution, sur
des cellules fraîchement dissociées, d'une panoplie de
marqueurs de surface et d'activités géniques spécifiques
de cellules hématopoïétiques [10]. Certaines de ces
cellules à vocation hématopoïétique peuvent
être diagnostiquées grâce à la présence,
à leur surface, du récepteur à activité
tyrosine kinase c-kit et de l'antigène AA4.1. Ce dernier
est présent sur une sous-population de cellules du foie foetal
qui comprend, outre les précurseurs lymphoïdes B, les progéniteurs
dotés du potentiel de reconstitution à long terme. AA4.1
se restreint à la lignée lymphoïde B pendant l'ontogenèse
[11] et est remplacé, sur les cellules souches, par l'antigène
Sca-1. Entre 8,5 et 11 jours post-coïtum l'expression de
AA4.1 se renforce progressivement, plus rapidement dans la splanchnopleure
paraaortique et l'AGM (aorte-gonade-mesonephros) que dans le sac vitellin
ou le sang. Ces patrons d'expression coïncident parfaitement avec
nos données expérimentales. Il est probable que les progéniteurs
détectés dans le sac vitellin continuent à émigrer
à partir de l'embryon par voie sanguine. Ainsi, les cellules
AA4.1+, c-kit+ de la circulation intra- et extraembryonnaire
(c'est-à-dire du sac vitellin) doivent être libérées
par la splanchnopleure paraaortique puis l'AGM. Au niveau génique,
l'expression de la recombinase RAG1, propre au lignage lymphocytaire,
apparaît en premier lieu dans la splanchnopleure paraaortique
à 9,5 jours post-coïtum et dans le sac vitellin 12
à 24 heures plus tard [10], confirmant donc l'ordre établi
par les approches expérimentales.
Les données d'une autre équipe
complètent et renforcent les nôtres, car leurs expériences,
qui portent sur des stades plus tardifs (après 30 paires de somites),
et reposent sur la mise en évidence du potentiel de reconstitution
in vivo des cellules hématopoïétiques d'origine
intraembryonnaire, montrent une évolution de ce potentiel au
cours du temps pendant la courte période du développement
considéré, c'est-à-dire 8,5 à 11,5 jours
post-coïtum. Les tests, classiques, consistent à
injecter les cellules dissociées à des souris adultes
irradiées. Suivant le délai accordé à la
reconstitution, les repères observés sont les CFU-S11(colony-forming-units
in the spleen) (progéniteurs à l'origine de colonies
observées dans la rate après 11jours) ou les LTR-HSC (long
term repopulating hematopoietic stem cells) (précurseurs
trouvés dans la rate ou la moelle osseuse 3 à 6 mois après
la reconstitution, considérés comme le signe du renouvellement
à long terme). Dans leurs premiers travaux [7], ces auteurs décelaient
les CFU-S dans la même région que nous (désignée
AGM par ces auteurs: figure
1), mais seulement à partir du stade de 31-33 somites,
c'est-à-dire à 10 jours post-coïtum. Le terme
d'AGM pour aorte-gonades-mesonephros connote la présence d'ébauches
qui n'étaient pas encore apparues aux stades précédents.
La reconstitution à long terme n'avait été obtenue
que dans un nombre de cas médiocre. Comme nous, Dzierzak et
al. ont amélioré leurs résultats de manière
spectaculaire en soumettant l'AGM à une culture organotypique
avant de la dissocier et d'injecter les cellules aux animaux à
reconstituer [12]. Dans ces conditions, les CFU-S11 se développent
régulièrement dans la rate à partir des cellules
de l'AGM de 32-33 paires de somites (10 jours post-coïtum),
beaucoup moins fréquemment à partir des cellules du sac
vitellin et pas du tout à partir de celles du foie du même
âge. L'activité LTR-HSC, décelée 8 mois après
la reconstitution, se manifeste dans 89% des cas (24/27) avec l'AGM
de 35 à 38 paires de somites (10 jours post-coïtum),
et jamais avec le sac vitellin, le foie ou le reste du corps de l'embryon.
L'AGM apparaît donc bien comme la région qui initie la
production des cellules souches hématopoïétiques
définitives et probablement même la région seule
responsable de cette production, en tous cas à ce stade du développement.
La conclusion essentielle, qui résulte de la mise en oeuvre
de tests différents, est donc la suivante : le groupe d'Elaine
Dzierzak démontre que le potentiel de reconstitution à
long terme, que l'on considère comme le signe de la présence
de cellules souches hématopoïétiques autorenouvelables,
apparaît dans l'embryon et non dans le sac vitellin ; nous apportons
l'argument crucial qui permet d'écarter l'ensemencement préalable
de l'embryon par des cellules du sac vitellin, puisque le sac vitellin
séparé de l'embryon avant l'établissement de la
circulation ne produit que des précurseurs aux potentialités
myéloïdes mais non lymphoïdes, alors que l'embryon
privé de sac vitellin développe, lui, l'ensemble de ces
potentialités, comme nous l'avons expliqué plus haut.
Des artifices expérimentaux ont permis dans les deux séries
de travaux de surmonter l'obstacle dû à la très
petite taille des populations cellulaires concernées ; de plus
l'introduction d'un épisode de culture in toto a permis
dans les deux cas de reculer la date du développement à
partir de laquelle l'émergence des progéniteurs a pu être
démontrée. Il est clair que la culture organotypique préserve
des interactions cellulaires nécessaires à la détermination
des progéniteurs, et permet leur accumulation in situ,
puisque l'émigration vers les ébauches à coloniser
est supprimée.
Plusieurs points d'interrogation se profilent
à la suite de ces avancées. L'un concerne la relation
de développement entre les populations successives de précurseurs
révélées par ces expériences, dans le sac
vitellin, la splanchnopleure paraaortique et l'AGM (figure
1). Il est clair que les précurseurs apparus dans le
sac vitellin à 7 jours post-coïtum s'engagent entièrement
dans la différenciation érythroïde primitive et sont
suivis par une génération distincte qui se détermine
dans la splanchnopleure et dont le potentiel de différenciation
et de maintenance est plus étendu. En revanche, la relation entre
précurseurs de la splanchnopleure paraaortique et ceux de l'AGM
est inconnue et pourrait s'expliquer de deux façons. Selon la
première hypothèse, les progéniteurs de l'AGM pourraient
être indépendants de ceux de la splanchnopleure paraaortique,
résultant d'un processus de détermination à partir
de mésoderme resté totipotent dans cette région
de l'embryon ; la détermination de cellules mésodermiques
vers la voie hématopoïétique se poursuivrait donc
un certain temps pendant la vie embryonnaire, peut-être même
à des époques plus tardives que celles qui ont été
explorées. Selon la deuxième hypothèse, les précurseurs
de l'AGM pourraient, au contraire, être issus de la réplication
de ceux de la splanchnopleure paraaortique. Cette question n'est pas
purement théorique, puisque les précurseurs détectables
dans ces deux structures, qui pourtant dérivent l'une de l'autre,
n'ont pas le même potentiel, seuls les progéniteurs de
l'AGM étant des LTR-HSC. En effet Dzierzak et al. ne trouvent
pas de LTR-HSC avant le stade de 32-33 somites, ce que confirment nos
propres essais comparatifs sur la splanchnopleure paraaortique testée
dans le modèle des souris adultes irradiées. De plus,
les capacités de différenciation des cellules souches
hématopoïétiques changent tout au long du développement
embryonnaire et foetal, comme l'attestent non seulement leurs capacités
d'autorenouvellement plus ou moins étendues, mais aussi les commutations
moléculaires caractéristiques dans différentes
lignées (hémoglobines, choix des séquences réarrangées
dans les lymphocytes T, par exemple) [13-14]. Ces commutations pourraient
être sous-tendues par l'émergence de générations
successives, distinctes les unes des autres, où s'activeraient
des gènes distincts. Elles pourraient au contraire résulter
soit de changements au cours de mitoses successives, soit de changements
dans le micro-environnement auquel sont confrontés les progéniteurs
lors de leur évolution ultérieure.
Dans la première hypothèse (émergence de générations
successives), se dégage l'idée que les progéniteurs
de la splanchnopleure présents à 8-10 jours post-coïtum
constitueraient une population différente de celle de l'AGM,
qui elles seules, seraient responsables de la colonisation du foie foetal,
mais peut-être également de la rate et de la moelle osseuse.
En effet, l'analyse du potentiel de différenciation des cellules
circulantes montre que les progéniteurs multipotents atteignent
une fréquence maximale à 12 jours post- coïtum,
puis chutent de façon dramatique pour être remplacés,
de façon quasi complète, à 14 jours post-coïtum,
par des précurseurs commis [11]. La rate et la moelle osseuse
doivent donc être colonisées bien avant 14 jours post-coïtum,
ce qui rend possible une colonisation de ces ébauches par des
progéniteurs de l'AGM. Dans la deuxième hypothèse
(filiation entre les différentes générations),
l'absence du potentiel de reconstitution à long terme des cellules
de la splanchnopleure paraaortique s'expliquerait par leur incapacité
à se développer directement dans le micro-environnement
de la moelle osseuse adulte. À l'appui de cette interprétation,
viennent les récentes reconstitutions de souriceaux nouveau-nés
dont le système hématopoïétique a été
déprimé par le traitement de la mère au busulfan
[15]. Dans ce nouveau système, la reconstitution à long
terme peut être obtenue à partir du sac vitellin d'embryons
de 9 jours post-coïtum [16]. Dans le test classique, ce
tissu n'est capable de LTR qu'à partir de 11 jours post-coïtum
[15]. Encore une fois, nous estimons probable que les LTR-HSC détectées
dans le sac vitellin tirent leur origine du compartiment intraembryonnaire,
c'est-à-dire à ce stade de développement de la
splanchnopleure paraaortique. Cela dit, cette inadaptation à
l'implantation et/ou au renouvellement à long terme dans la moelle
osseuse adulte des progéniteurs de l'embryon de moins de 10 jours
post coïtum doit résulter, elle aussi, d'une différence
des qualités intrinsèques de ces progéniteurs.
Le deuxième point d'interrogation est
celui de l'hémangioblaste, précurseur commun hypothétique
des lignages hématopoïétique et endothélial.
Les premiers arguments concrets en faveur de son existence ont été
avancés. Tout d'abord des souris portant une mutation inactivante
du gène flk-1, qui code pour un des récepteurs
au VEGF (VEGF-R2), ont été créées [17].
Les embryons homozygotes flk1-/- meurent à 8 jours
post coïtum, avec une déficience profonde de leur
réseau endothélial et de leur hématopoïèse,
double défaut qui pouvait indiquer soit une racine commune aux
deux lignages, soit une déficience de l'hématopoïèse
secondaire au déficit endothélial. Cette deuxième
possibilité est en partie écartée du fait qu'aucune
cellule hématopoïétique flk1-/- n'est
présente chez les chimères flk1-/- , flk1+/+,
en dépit de la présence des cellules endothéliales
du partenaire « sauvage » (et bien entendu des cellules hématopoïétiques
du partenaire sauvage). Cependant, certains dérivés hématopoïétiques
ont pu être obtenus à partir de cellules ES flk-/-.
D'autre part, chez l'embryon de poulet, des cellules triées
à partir du jeune blastodisque pour l'expression de VEGF-R2 (dit
Quek 1), ensemencées dans un milieu semi-solide sans ajout de
facteurs de croissance, donnent naissance à des colonies hématopoïétiques-clonales
[18]. Mais si du VEGF est introduit dans le milieu de culture, des colonies
endothéliales apparaissent, le nombre des colonies hématopoïétiques
diminuant à leur profit.
Les cellules VEGF-R2+ ont donc la capacité à
se différencier dans les deux lignages. Par ailleurs, si on introduit,
dans le milieu originel - sans facteur de croissance - le récepteur
VEGF-R2 sous forme soluble, le nombre des colonies hématopoïétiques
est significativement diminué sans compensation par une augmentation
du nombre des colonies endothéliales [18]. Selon l'interprétation
proposée par les auteurs, le VEGF-R2 soluble agirait en captant
un ligand autre que le VEGF ; ce ligand serait celui qui détourne
le progéniteur commun - l'hémangioblaste - vers la voie
hématopoïétique. Ce ligand hypothétique pourrait
être un ligand déjà connu ou encore à identifier.
Le fait qu'aucune colonie mixte ne se développe jamais semble
à l'encontre de l'hypothèse de l'hémangioblaste.
Il est donc intéressant de constater que l'hématopoïèse
intraaortique illustre in vivo l'impossibilité de la co-existence
entre cellules-filles de l'hémangioblaste, endothéliales
et hématopoïétiques : des cellules bourgeonnent à
partir du plancher dans la lumière du vaisseau, avec un aspect
absolument stéréotypé, chez l'oiseau [19-20], chez
la souris [21] et chez l'homme [22]. Caractérisant les affinités
immunocytologiques de ces bourgeonnements chez le poulet, nous observons
que le marquage endothélial par l'anticorps dirigé contre
VEGF-R2 disparaît à leur niveau et est remplacé
par l'expression de l'antigène CD45 ; le plancher de l'aorte
embryonnaire est alors une mosaïque composée de cellules
à phénotype endothélial et de cellules à
phénotype hématopoïétique (Jaffredo et Dieterlen-Lièvre,
en préparation). De plus la détermination des lignages
cellulaires à l'aide d'un gène rapporteur transduit par
un vecteur rétroviral ne révèle jamais de clones
bipotents.
CONCLUSION Alors
que l'identification et la physiologie des cellules souches hématopoïétiques
murines et humaines chez l'adulte ont fait l'objet de centaines de publications
depuis la mise au point dans les années60 de tests in vivo
et in vitro, la détermination de ces cellules pendant la
vie embryonnaire est restée une boîte noire, alors que la
compréhension de cet (ou ces) événement(s) fondateur(s)
paraît indispensable. L'émergence des cellules souches hématopoïétiques
commence à être cernée en ce qui concerne la période
du développement et le site où elle a lieu: le mésoderme
intraembryonnaire donne naissance à ces cellules, et non le mésoderme
du sac vitellin. Le potentiel hématopoïétique évolue
au cours de cette émergence, acquérant la capacité
d'autorenouvellement à long terme, après la capacité
de former des colonies dans la rate. Dans un proche avenir, les données
moléculaires qui s'accumulent en parallèle [12] devraient
être reliées à ces données cellulaires et permettre
de comprendre le mécanisme de cette émergence, en particulier
la nature des signaux échangés entre cellules du mésoderme
ou entre cellules du mésoderme et de l'endoderme, d'autant mieux
que cette détermination peut être obtenue in vitro,
ce qui doit permettre de disséquer le processus. Dans le contexte
actuel où la thérapeutique s'oriente vers l'utilisation
de cellules souches hématopoïétiques du nouveau-né,
dont certains caractères favorables s'apparentent probablement
beaucoup plus à ceux des cellules souches hématopoïétiques
embryonnaires ou foetales qu'à ceux des cellules souches hématopoïétiques
de la moelle osseuse adulte, il semble utile de comprendre en profondeur
le comment et le pourquoi de l'acquisition progressive du phénotype
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