ARTICLE
Définition des NK
Les cellules NK [1] constituent le troisième type de lymphocytes,
dérivant d'un précurseur médullaire commun aux
lymphocytes T et B. À la différence des lymphocytes
T, les cellules NK n'ont pas d'organe de différenciation spécialisé
et sont présentes chez les souris athymiques. Quittant le compartiment
médullaire, les cellules NK passent dans le sang périphérique
(où elles représentent 5 à 15 % des lymphocytes
sanguins) ainsi que dans les vaisseaux lymphatiques [2]. À
la différence des lymphocytes T et B, les cellules NK sont
essentiellement circulantes et ne sont pas concentrées dans
les organes lymphoïdes secondaires.
Les lymphocytes NK sont définis par des critères
morphologiques, phénotypiques et fonctionnels (tableau
I). Morphologiquement, ils se présentent comme de grands
lymphocytes contenant des granules riches en perforines et granzymes,
libérées lors de la phase effectrice de la cytotoxicité.
Les lymphocytes NK n'expriment pas le récepteur spécifique
de l'antigène des lymphocytes T (TCR/CD3), ni l'immunoglobuline
membranaire des lymphocytes B. Ils sont définis phénotypiquement
par une combinaison de marqueurs présents à leur surface
dont les deux plus caractéristiques, mais non spécifiques,
sont le CD16 et le CD56. Le CD16 (FcgammaRIIIA est un récepteur
de faible affinité pour le fragment Fc des IgG) et le
CD56 (NCAM est une isoforme d'une molécule
d'adhérence du système nerveux) [2]. L'intensité
d'expression de CD56 permet de définir deux sous-populations
de cellules NK. L'une exprimant fortement le CD56 (CD56bright)
est capable de proliférer en réponse à certaines
cytokines, dont l'IL-2, mais exerce peu d'activité cytotoxique
spontanée. À l'inverse, l'autre sous-population exprime
faiblement le CD56 (CD56dim), prolifère peu, est
très cytotoxique et représente 90 % des cellules NK.
Un marqueur spécifique des cellules NK est une glycoprotéine
appelée PEN5, sélectivement exprimée par la population
fortement cytotoxique CD16+CD56dim [3]. Comme
certains lymphocytes T, une sous-population des cellules NK exprime
le CD2 (70 %) et le CD8 (15-20 %). Les cellules NK expriment également
un grand nombre de molécules d'adhésion (intégrines
et molécules de la superfamille des immunoglobulines) qui pourraient
contribuer à leurs fonctions cytotoxique et sécrétoire
[4].
L'activité cytotoxique des cellules NK semble de préférence
dirigée vers les cellules tumorales ou infectées par
des virus. La fréquence et la gravité des infections
à virus du groupe herpès, rapportées dans la
description clinique de l'exceptionnel déficit complet en lymphocytes
NK chez une patiente de 13 ans, soulignent l'importance des cellules
NK dans la défense antivirale [5]. Les cellules NK ne sont
cependant pas uniquement des cellules tueuses puisqu'elles sont capables
de sécréter des cytokines dont le tumor necrosis
factor-alpha (TNF-alpha), l'interféron-gamma (IFN-gamma),
le granulocyte-colony stimulating factor (G-CSF), le granulocyte
macrophage-colony stimulating factor (GM-CSF) et le transforming
growth factor-beta (TGF-beta). Elles produisent des chémokines,
cytokines chimiotactiques et activatrices, comme le macrophage
inflammatory protein-1alpha (MIP-1alpha) et une chémokine
récemment identifiée appelée la lymphotactine.
Par ces médiateurs, elles participent à la réaction
inflammatoire et à l'hématopoïèse.
Les chapitres suivants abordent les différentes voies de
cytotoxicité utilisées par les cellules NK et définissent
les familles de récepteurs membranaires régulant l'activité
de ces cellules. L'implication d'une nouvelle classe de récepteurs
inhibiteurs, les killer-cell inhibitory receptors (KIR), dans
la défense antivirale, antitumorale et dans la greffe de moelle
osseuse sera présentée à travers quelques exemples.
-
Les
différentes voies de cytotoxicité des cellules NK
L'étape initiale de la cytotoxicité est un contact entre
les cellules NK et leurs cibles. L'interaction est directe pour la cytotoxicité
naturelle, alors qu'elle nécessite la présence d'une immunoglobuline
pour l'ADCC.
La cytotoxicité dépendante de la présence
d'anticorps : ADCC
La fixation de l'immunoglobuline (IgG1 ou IgG3) par le récepteur
de l'ADCC permet la lyse de cellules résistantes à la
cytotoxicité naturelle. La spécificité de la reconnaissance
est apportée par le répertoire de l'immunoglobuline, palliant
ainsi l'absence de récepteur spécifique pour l'antigène.
Cette stratégie permet ainsi d'activer un grand nombre de cellules
effectrices NK comparé au faible nombre de lymphocytes T cytotoxiques
spécifiques pour un antigène donné [6]. Chez l'homme,
le récepteur de l'ADCC est un complexe oligomérique formé
de la molécule CD16 (FcgammaRIIIA) associée de façon
non covalente au polypeptide CD3dzêta (présent au sein
du complexe TCR/CD3) et de la chaîne gamma du récepteur
de haute affinité des immunoglobulines E (FcepsilonRIgamma) [7].
Ce complexe présente des similarités, non seulement de
structure mais aussi de fonction, avec le récepteur des lymphocytes
T (TCR:CD3) et B (BCR:Igalphabeta). Il comprend un récepteur
codé par les gènes de la superfamille des immunoglobulines
(CD16) interagissant directement avec le ligand, mais incapable de transmettre
un signal par sa courte partie intracytoplasmique. CD16 s'associe à
des molécules membranaires de transduction (CD3dzêta, FcepsilonRIgamma)
portant des motifs d'activation appelés immunoreceptor tyrosine-based
activation motifs (ITAM), caractérisés par la séquence
consensus YxxL/I-x(6-8)-YxxL/I [8]. L'engagement de CD16
induit, de la même façon que le TCR/CD3, une activation
précoce des protéines tyrosine kinases ainsi qu'une phosphorylation
de CD3dzêta et FcepsilonRIgamma [7]. En l'absence d'activité
kinase intrinsèque, la transmission du signal utiliserait deux
familles de protéines tyrosine kinases cytosoliques : la
famille Src (telle que p56Lck) ainsi que les protéines tyrosine
kinases Syk et ZAP-70 [9]. Les événements de signalisation
d'aval impliquent la phospholipase C-gamma, la phosphatidyl-inositol
3-kinase, Ras, vav et la phospholipase A2 [8].
La cytotoxicité naturelle
À la différence de l'ADCC, elle s'exerce en l'absence
d'anticorps. Aucun récepteur spécifique responsable du
déclenchement de la cytotoxicité naturelle n'a pour l'instant
été déterminé avec certitude. Il semble
que les molécules impliquées dans les "phénomènes
d'adhésion" ou de "costimulation" puissent par elles-mêmes,
ou en présence d'autres signaux, induire l'activation de la cytotoxicité
naturelle des cellules NK [8].
Les modes d'engagement de l'ADCC et de la cytotoxicité naturelle
sont différents mais conduisent à l'apoptose des cellules
cibles (mort cellulaire avec fragmentation du noyau et condensation
cytoplasmique), par un mécanisme effecteur commun impliquant
l'exocytose des granules riches en perforines et granzymes.
Un autre mode de cytotoxicité, utilisé par les cellules
NK et déjà connu pour les lymphocytes T cytotoxiques,
fait intervenir le couple Fas ligand (détecté sur les
cellules NK) et Fas (exprimé à la surface de la cible).
Cette voie conduit à l'apoptose de façon indépendante
de l'exocytose des granules intracytoplasmiques. Il a récemment
été rapporté la présence de Fas ligand à
la surface des cellules tumorales NK humaines (leucémies et lymphomes
à cellules NK) et sa forme soluble dans le sérum de ces
patients [10]. Fas ligand soluble pourrait être impliqué
dans certains effets systémiques (anémie, hépatite)
observés lors de ces hémopathies [10].
Évaluation chez l'homme des
cellules NK sanguines
Le phénotype des cellules NK peut être rapidement obtenu
à partir d'un prélèvement sanguin, par des techniques
de cytométrie en flux utilisant des anticorps spécifiques
dirigés contre différents marqueurs membranaires. L'activité
fonctionnelle des cellules NK peut être évaluée
par l'étude de leurs capacités cytotoxique et sécrétoire.
L'activité cytotoxique est classiquement déterminée
par la mesure de la libération du chrome 51 (51Cr)
par les cellules cibles ainsi marquées. La cible la plus souvent
utilisée est une lignée cellulaire érythroleucémique
(K562) sensible à la cytotoxicité naturelle des cellules
NK. Les cellules effectrices sont obtenues à partir d'un prélèvement
sanguin dans lequel sont isolées les cellules mononucléées
(peripheral blood mononuclear cells ou PBMC). K562 étant
spécifiquement lysée par les cellules NK, la cytotoxicité
globale des PBDC contre K562 est un bon reflet de l'activité
cytotoxique naturelle des cellules NK. Les PBMC sont déposées
selon différents ratios cellules effectrices/cellules cibles.
La libération du 51Cr est mesurée après
quatre heures de contact. Les résultats s'expriment en pourcentage
de lyse par rapport à une lyse totale (obtenue par le traitement
des cibles à l'acide chlorhydrique) en tenant compte de la libération
spontanée du 51Cr par les cellules cibles incubées
pendant quatre heures dans le milieu de culture. Pour apprécier
la fonction sécrétoire des cellules NK, il est possible
de doser dans les surnageants de culture les cytokines produites en
réponse à divers stimuli ou de quantifier l'ARNm correspondant
à ces cytokines par RT-PCR.
Les
récepteurs inhibiteurs des cellules NK reconnaissant les molécules
du CMH-1 (NKR)
Des expériences pionnières ont montré que des
cellules n'exprimant pas le CMH-1 et sensibles à la cytotoxicité
NK devenaient résistantes après transfection de certaines
molécules de CMH-1 [11]. Un tel résultat laissait suggérer
l'existence, confirmée par la suite, de récepteurs à
la surface des cellules NK, capables de reconnaître le CMH-1 et
d'inhiber le signal activateur de la cytotoxicité (cytotoxicité
naturelle et ADCC, figure 1).
Chez l'homme, les NKR appartiennent à deux familles multigéniques
et multialléliques : la superfamille des immunoglobulines
pour les killer-cell inhibitory receptors (KIR) dont les gènes
sont présents sur le chromosome 19q13.4, et la superfamille des
lectines pour les molécules NKG2 dont les gènes sont localisés
sur le chromosome 12p13 [12].
Parmi les KIR, il existe trois groupes de molécules se différenciant
par leur poids moléculaire. Le premier, représenté
par p58, contient deux domaines de type immunoglobuline dans la partie
extracellulaire (KIR-2D) et reconnaît les molécules HLA-C
(figure 2). Les deux
autres groupes, p70 et p140, comportent trois domaines dans la partie
extracellulaire (KIR-3D) et lient respectivement les molécules
HLA-B et A. La liaison des KIR avec les molécules du CMH-1 s'effectue
au niveau de la portion C-terminale du domaine alpha du CMH-1 [13].
Les NKR de la famille lectine comprennent plusieurs molécules
NKG2A à NKG2F, dont les mieux caractérisées, NKG2-A
et NKG2-B (produites par épissage alternatif du même gène),
forment des hétérodimères liés par un pont
disulfure avec une glycoprotéine appelée CD94 [14]. CD94
est une chaîne invariable incapable de transmettre un signal car
ne comportant qu'une très courte partie intracytoplasmique (figure
2). L'hétérodimère CD94:NKG2A/B reconnaît
les molécules de CMH-1 non classiques, HLA-G et HLA-E.
Les NKR et les complexes TCR:CD3 lient les molécules du CMH-1,
avec cependant plusieurs différences importantes. Pour les NKR,
le rôle du peptide antigénique n'a pas été
montré de façon formelle et la reconnaissance des molécules
de CMH-1 est dégénérée, c'est-à-dire
qu'un même NKR peut interagir avec plusieurs allèles de
CMH-1.
Les modes de régulation de l'expression des NKR chez l'homme
ne sont pas connus, en dehors de la découverte récente
du rôle de l'IL-15 dans la maturation des précurseurs des
cellules NK vers une sous-population exprimant seulement CD94:NKG2A/B
[15].
Les voies de signalisation des récepteurs
inhibiteurs
Malgré la nature différente de leur partie extracellulaire,
les NKR ont en commun l'existence de deux motifs inhibiteurs intracytoplasmiques
appelés immunoreceptor tyrosine-based inhibition motifs
(ITIM). Ces motifs sont composés d'une séquence consensus
S/L/I/VxYxxL/V [6]. Cette séquence rappelle celle des motifs
ITAM des récepteurs activateurs (récepteur de l'ADCC,
TCR/CD3 et BCR:alphabetaIgamma). Cependant, les ITIM diffèrent
des ITAM par la nature de l'enzyme recrutée, protéine
tyrosine phosphatase pour les ITIM des NKR, protéine tyrosine
kinase pour les ITAM des récepteurs activateurs. Trois étapes
successives pourraient schématiquement résumer la cascade
d'événements induite par la reconnaissance d'une molécule
de CMH-1 par les NKR. La première étape est la phosphorylation
des tyrosines contenues dans les motifs ITIM intracytoplasmiques des
NKR. La deuxième étape est le recrutement des protéines
tyrosine phosphatases (SHP-1 et SHP-2). Dans la dernière étape,
les protéines tyrosine phosphatases inhibent l'activation proximale
dépendante des protéines tyrosine kinases associées
aux récepteurs activateurs, bloquant ainsi leur voie de signalisation.
Il semble qu'un co-engagement entre récepteur activateur et inhibiteur,
à la surface d'une même cellule NK, soit nécessaire
à la fonction d'inhibition. En effet, la co-agrégation
de ces récepteurs permettrait aux protéines tyrosine kinases
provenant de la stimulation du récepteur activateur de phosphoryler
les motifs ITIM contenus dans les NKR (première étape
du signal). De plus, l'agrégation permettrait également
aux protéines tyrosine phosphatases recrutées par les
NKR de se rapprocher de leurs substrats (protéines tyrosine-phosphorylées)
facilitant ainsi le blocage de la transmission du signal activateur
(troisième étape) [8].
Intérêts
et applications physiopathologiques des NKR
"Contrôle de qualité" de l'expression
des molécules de CMH-1
Du fait de la présence des NKR, les cellules NK ne lysent que
les cellules qui n'expriment pas de façon "normale" les molécules
de CMH-1 (perte partielle/totale d'expression ou forme altérée
de CMH-1). C'est le principe du missing self-MHC [16] conférant
aux lymphocytes NK des fonctions de "contrôle de qualité"
de l'expression des molécules de CMH-1 à la surface des
cellules de l'organisme.
Régulation négative des cellules NK
évitant une autoréactivité
Si les cellules NK peuvent exprimer des NKR dont les ligands ne sont
pas présents à la surface des cellules de l'organisme,
elles ont toujours au moins un NKR capable de reconnaître les
molécules de CMH-1 autologue. Ce phénomène permettrait
d'éviter une autoréactivité néfaste à
l'organisme des lymphocytes NK envers les cellules du soi.
Complémentarité entre les cellules
NK et les lymphocytes T cytotoxiques dans la défense antivirale
La présence de NKR est responsable de l'action "en miroir"
entre cellules NK et lymphocytes T cytotoxiques. En effet, l'activation
des lymphocytes T cytotoxiques nécessite la reconnaissance par
le TCR:CD3 du peptide antigénique présenté par
les molécules de CMH-1 alors que, pour les cellules NK, l'interaction
des NKR avec les molécules de CMH-1 est responsable d'un signal
inhibiteur. Ce phénomène permet une complémentarité
entre les lymphocytes T cytotoxiques et les lymphocytes NK, d'intérêt
majeur lors d'infections provoquées par des virus, en particulier
l'herpes simplex virus-1 ou le cytomégalovirus. Ces virus inhibent
l'expression des molécules de CMH-1 à la surface des cellules
qu'ils infectent, les protégeant ainsi de la lyse par les lymphocytes
T cytotoxiques, restreints par le CMH-1. Dans ces conditions, seules
les cellules NK pourront éliminer les cellules infectées
et pallier l'absence de reconnaissance par les lymphocytes T cytotoxiques.
Cependant, il a récemment été proposé un
mécanisme tout à fait original utilisé par le cytomégalovirus
pour parer à la lyse induite par les cellules NK. Le cytomégalovirus
est capable de produire une molécule similaire au CMH-1 appelée
UL18. UL18 pourrait interagir avec un nouveau récepteur inhibiteur
de la famille KIR (LIR), exprimé par de nombreuses cellules hématopoïétiques
dont les cellules NK, induisant ainsi un signal d'inhibition. Un tel
phénomène permettrait au cytomégalovirus d'échapper
à toute forme de défense de lymphocytaire T et NK [17].
Modulation du rejet de greffe de moelle osseuse
L'implication des cellules NK et le rôle des récepteurs
inhibiteurs ont été observés dans un modèle
murin de rejet de greffe de moelle osseuse appelé "résistance
hybride". De façon contraire aux lois classiques de la transplantation,
une souris irradiée F1, d'haplotype H-2k/b issue du
croisement entre deux souris homozygotes d'haplotype H-2b/b
et H-2k/k, rejette la greffe de moelle osseuse venant de
l'un des parents (H-2b/b ou H-2k/k). Les cellules
NK (relativement radiorésistantes) sont à l'origine de
ce rejet de greffe. Le rejet du greffon s'explique par l'hétérogénéité
des sous-populations NK de F1, exprimant de façon variable des
récepteurs inhibiteurs pour H-2k ou H-2b.
Ainsi, l'absence de reconnaissance de H-2b par une sous-population
de cellules NK de F1 n'exprimant pas de récepteur inhibiteur
pour cet haplotype, conduit à la lyse des cellules parentales
H-2b. Le rejet de greffe, observé en l'absence de
signal transmis par le récepteur inhibiteur à la surface
des cellules NK murines, reste réversible lors de la restauration
du signal inhibiteur [18]. Il est en effet possible d'induire in
vivo l'acceptation d'un greffon H-2b si l'on induit l'expression
transgénique dans F1 d'un récepteur inhibiteur à
ITIM (KIR), capable de reconnaître les molécules CMH-1
exprimées par le greffon. L'interaction du récepteur inhibiteur
avec son ligand induit un signal négatif qui supplante l'activation
attendue de la cytotoxicité. Ces résultats montrent pour
la première fois, dans un modèle in vivo, l'importance
des KIR humains dans le contrôle de la "tolérance" à
certaines greffes de moelle osseuse.
Expression et implications physiopathologiques
des récepteurs inhibiteurs à la surface des lymphocytes
T cytotoxiques
L'expression des NKR n'est pas restreinte aux cellules NK puisqu'ils
ont été récemment détectés à
la surface des lymphocytes T CD8+ et CD4+ [19].
Certains lymphocytes T cytotoxiques reçoivent donc un signal
d'activation venant du complexe TCR:CD3 ainsi qu'un signal opposé
transmis par le récepteur inhibiteur. La réponse des lymphocytes
T cytotoxiques semble alors dépendre de la prédominance
d'un de ces deux signaux [20]. Cet effet pourrait être bénéfique
en prévenant l'activation soutenue de certaines sous-populations
de lymphocytes T cytotoxiques, potentiellement néfaste pour l'organisme.
Cependant, l'inhibition fonctionnelle des lymphocytes T cytotoxiques
peut s'avérer désavantageuse dans la défense antitumorale
de l'organisme. En effet, l'expression de récepteurs inhibiteurs
de la famille lectine, NKG2-A, a été détectée
à la surface de clones CTL TCRalphabeta+CD8+,
obtenus à partir de tumor infiltrating lymphocytes (TIL)
spécifiques du mélanome [21]. L'engagement des récepteurs
inhibiteurs diminue leurs réponses (cytotoxiques et sécrétoires)
induites par la reconnaissance de l'antigène tumoral via
le TCR/CD3. L'expression de NKG2-A sur les TIL pourrait être en
partie due à la présence locale d'IL-15, dont l'ARNm a
été isolé à partir de mélanomes,
car cette cytokine induit l'expression de ce récepteur inhibiteur
[15].
L'évolution de la tumeur conduit souvent à la sélection
de variants ayant perdu l'expression de certaines molécules de
CMH-1 [22]. Dès lors, l'organisme pourrait tirer profit de la
capacité de lyse par la sous-population de lymphocytes T cytotoxiques
exprimant un récepteur inhibiteur, à la condition qu'il
n'y ait pas perte des molécules de CMH-1 engagées dans
la présentation antigénique nécessaire aux lymphocytes
T cytotoxiques. Cette hypothèse est confirmée par l'identification
récente d'une nouvelle catégorie de lymphocytes T cytotoxiques
antitumoraux, reconnaissant un antigène spécifique du
mélanome dans un contexte de restriction par le CMH-1, mais exprimant
également un KIR (p58.2, CD158b) à leur surface [23].
La présence de p58.2 permet la lyse des cellules tumorales n'exprimant
pas les molécules de CMH-1, ligands de p58.2, mais conservant
l'expression des molécules de CMH-1 permettant la présentation
antigénique [23].
Dans le modèle de la greffe de moelle osseuse, la présence
de récepteurs inhibiteurs à la surface des lymphocytes
T cytotoxiques pourrait avoir un rôle dans l'effet graft-versus-tumor
(GVT). Il a récemment été rapporté l'expansion
d'une population de lymphocytes T CD3+CD8+ provenant
du donneur lors de la phase de reconstitution d'une greffe de moelle
osseuse allogénique comportant trois locus HLA incompatibles
[24]. L'expression de KIR (p58) par ces lymphocytes leur
permettrait une discrimination entre les cellules normales CMH-1+
du receveur protégées de la lyse (absence d'effet graft-versus-host-disease
- GVHD) des cellules leucémiques CMH-1- (présence
d'un effet GVT).
Les
récepteurs activateurs des cellules NK reconnaissant le CMH-1
Chez l'homme, il a été récemment décrit
la présence de nouveaux récepteurs, à la surface
des cellules NK, capables d'induire une activité cytotoxique.
Bien que responsables d'effets opposés, ces récepteurs
activateurs ont la particularité de présenter une très
forte homologie dans leur partie extracellulaire avec les récepteurs
inhibiteurs KIR ou NKG2. Cependant, à la différence de
leurs homologues inhibiteurs, ces récepteurs ont un domaine transmembranaire
comportant un acide aminé chargé et une courte région
intracytoplasmique ne contenant pas de motif ITIM. Les récepteurs
activateurs de la superfamille des immunoglobulines sont appelés
killer cell activating receptors (KAR) par opposition aux KIR.
Ainsi, p50 (KIR-2DS) a une forte homologie extracytoplasmique avec p58
(KIR-2DL) mais contient une lysine dans sa partie transmembranaire et
a une portion intracytoplasmique plus courte que son homologue inhibiteur.
La forme activatrice des récepteurs de la famille lectine comprend
des hétérodimères composés de CD94 lié
par un pont disulfure à NKG2-C,D,E. La présence de CD94
dans les deux types de récepteurs (inhibiteurs et activateurs)
permet de comprendre les résultats opposés obtenus après
traitement des cellules NK avec un anticorps anti-CD94.
La présence d'un acide aminé chargé dans la partie
transmembranaire des récepteurs activateurs ainsi que leur courte
région intracytoplasmique rappellent la structure oligomérique
des récepteurs T (TCR:CD3) et des récepteurs de l'ADCC.
Ces derniers sont associés à des peptides portant les
motifs ITAM, responsables de la transduction du signal. Pour les KAR,
les unités de transduction sont des dimères à ITAM
et liés par des ponts disulfures appelés KAR-associated
polypeptides (KARAP) [25].
Modulation de la cytotoxicité NK par
les cytokines
Les cellules NK répondent à un ensemble de cytokines
et chémokines. Nous nous intéresserons en particulier
à l'étude de deux cytokines utilisées en clinique,
l'IL-2 et l'IFN-alpha. L'importance de l'IL-15 dans le développement
des cellules NK est une donnée récente qu'il nous a paru
intéressant de rapporter dans cette revue générale
sur les cellules NK.
L'IL-2
L'IL-2 est une cytokine majeure dans l'activation des lymphocytes
NK qui expriment de façon constitutive un récepteur fonctionnel
de l'IL-2 (IL-2R). 90 % des cellules NK expriment l'IL-2R d'affinité
intermédiaire (IL-2Rbetagamma) et sont également caractérisées
par une faible expression de CD56 (CD56dim). Environ
10 % des cellules NK ont à la fois l'IL-2R de haute affinité
(IL-2Ralphabetagamma) et d'affinité intermédiaire, ainsi
qu'une forte densité d'expression de CD56 (CD56bright).
À faible concentration, l'IL-2 induit la prolifération
des cellules NK CD56bright en se fixant sur l'IL-2R de haute
affinité. À plus forte dose, l'IL-2 stimule le récepteur
d'affinité intermédiaire sur les cellules NK CD56bright
et CD56dim et augmente leur capacité de lyse.
L'activité cytotoxique des cellules NK induite par l'IL-2 est
responsable du phénomène lymphokine-activated killer
(LAK) décrit dans les années 80. Cet effet se définit
par l'acquisition de propriétés cytotoxiques par les lymphocytes
cultivés en présence de fortes doses d'IL-2. Les lymphocytes
ainsi activés deviennent capables de tuer des cellules tumorales
initialement résistantes à la lyse. L'analyse des différentes
populations lymphocytaires T et NK a révélé le
rôle prépondérant des cellules NK activées
par l'IL-2 et la faible contribution des lymphocytes T cytotoxiques.
La possibilité d'activer in vitro des lymphocytes sanguins
autologues avec l'IL-2 et de les injecter ensuite chez l'homme, en association
ou non avec de l'IL-2 par voie parentérale, a permis beaucoup
d'espoir en oncologie. Si les expériences effectuées chez
l'animal montraient la possibilité d'obtention de régression
tumorale, l'utilisation des LAK chez l'homme dans les mélanomes
ou les cancers rénaux évolués n'a eu qu'une modeste
efficacité avec une toxicité systémique de l'IL-2
non négligeable.
L'utilisation des cellules NK activées ex vivo par l'IL-2
(et non la population lymphocytaire totale) semble cependant intéressante
dans un contexte de faible masse tumorale comme en hématologie
où la chimiothérapie intensive permet le plus souvent
d'obtenir une maladie résiduelle minime. L'immunothérapie
complémentaire à la greffe de moelle osseuse a pour principal
but d'augmenter l'effet GVT et la prise du greffon, tout en évitant
les conséquences néfastes de la GVHD. Si la déplétion
des lymphocytes T du greffon allogénique diminue l'incidence
de la GVHD, elle est par contre associée à un taux important
de rechute et à un échec de la prise du greffon. Inversement,
le transfert adoptif des lymphocytes du donneur permet d'obtenir un
effet GVT mais au prix d'une augmentation de la GVHD. Dans ce contexte,
les données très récentes sur l'utilisation des
cellules NK du donneur, dans un modèle murin de greffe de moelle
osseuse allogénique, semblent très prometteuses. En effet,
les cellules NK activées par l'IL-2 seraient capables de promouvoir
une effet GVT tout en prévenant l'induction de la GVHD (rôle
probable du TGF-beta) [26]. Elles permettraient également une
meilleure prise de la greffe de moelle osseuse allogénique (rôle
des facteurs de croissance hématopoïétiques produits
par les cellules NK) et inhiberaient l'activité des cellules
du receveur impliquées dans le rejet [26].
L'administration de cellules NK activées ex vivo par
l'IL-2 pourrait être une thérapeutique intéressante
après greffe de moelle osseuse autologue chez les patients atteints
de leucémie myéloïde chronique (LMC) [27]. En effet,
la contribution des cellules NK dans cette hémopathie est suggérée
par leur capacité à inhiber l'hématopoïèse
maligne [28] et par la diminution du nombre et des fonctions des cellules
NK lors de la progression de la LMC [27]. De plus, la baisse de la cytotoxicité
des cellules NK dans la leucémie myéloïde chronique
est restaurée in vitro après traitement par l'IL-2,
justifiant l'intérêt de cette cytokine dans l'activation
des cellules NK [27].
L'interféron-alpha
L'interféron-alpha augmente la cytotoxicité des cellules
NK et induit le phénomène LAK, de façon indépendante
de l'IL-2 et à un niveau moindre. Lors d'une infection virale,
l'interféron-alpha libéré induit la redistribution
des précurseurs médullaires des cellules NK vers les organes
périphériques comme le foie et la rate [29]. Dans l'infection
par le virus de l'hépatite C, virus cytopathogène sur
les hépatocytes, le recrutement des cellules NK dans le foie
pourrait favoriser l'accès direct à l'antigène
viral. La présence intrahépatique des cellules NK a pu
être observée chez l'homme sur des biopsies hépatiques
effectuées après traitement des patients par l'interféron-alpha.
Ce phénomène permettrait également de localiser
la réponse immunitaire et la sécrétion de cytokines,
en particulier l'interféron-gamma, au site de l'infection. Pour
ces raisons, il est probable que l'efficacité du traitement des
hépatites virales C chroniques par l'interféron-alpha
dépende non seulement de son activité antivirale directe,
mais aussi de son rôle dans le recrutement et l'activation des
lymphocytes NK.
L'IL-15
Chez la souris, l'inactivation du gène de l'IL-2 ne modifie
pas le développement des cellules NK alors que l'absence de la
chaîne gamma commune (gammac) de l'IL-2R chez la souris
et chez l'homme empêche toute production de ces cellules. Ces
résultats suggèrent le rôle d'une cytokine différente
de l'IL-2, mais utilisant également la chaîne gammac
de l'IL-2R, dans le développement des cellules NK. Après
étude de plusieurs cytokines utilisant la chaîne gammac
(IL-4, 7, 9, 13), l'IL-15 s'est avérée être un facteur
impliqué dans le développement des cellules NK [30]. Elle
est aussi un facteur de survie important de ces cellules, prévenant
leur mort par apoptose [30]. L'IL-15 utilise les chaînes beta
et gammac de l'IL-2R associées à la chaîne
alpha du récepteur de l'IL-15 (IL-15Ralpha). La sécrétion
d'IL-15 par les cellules stromales médullaires permet le développement
et la différenciation des précurseurs hématopoïétiques
CD34+ vers les cellules NK. Comme déjà mentionné,
l'IL-15 est également capable d'induire la prolifération
et la différenciation des cellules NK exprimant préférentiellement
le récepteur inhibiteur CD94/NKG2-A [15]. En synergie avec l'IL-12,
elle induit la production d'IFN-gamma, de TNF-alpha et de GM-CSF par
les cellules NK. Par ses effets activateurs (cytotoxicité et
sécrétion de cytokines), l'IL-15 sécrétée
par les monocytes/macrophages contribue in vivo à la défense
contre les infections à germes intracellulaires (Listeria
monocytogenes, Toxoplasma gondii) et virales (virus du groupe herpès).
CONCLUSION Les
cellules NK sont des lymphocytes ayant d'importantes propriétés
cytotoxiques et sécrétoires. Leur exploration (phénotype
et fonctions) est possible à partir d'un simple prélèvement
sanguin. L'activité cytotoxique de ces cellules, ne nécessitant
ni immunisation préalable ni présentation antigénique
par le CMH-1, les rend complémentaires des lymphocytes T cytotoxiques.
Les cellules NK participent à la défense anti-infectieuse
et anti-tumorale de l'organisme, en première ligne, mais aussi
après l'élaboration de la réponse immunitaire spécifique
de l'antigène. Elles sont régulées par un équilibre
délicat entre des signaux activateurs et inhibiteurs venant de
leurs récepteurs membranaires. La présence des récepteurs
inhibiteurs également sur une sous-population de lymphocytes T
cytotoxiques est une donnée récente qui pourrait expliquer
que certaines tumeurs échappent au contrôle du système
immunitaire. L'utilisation de cytokines (IL-2, IL-15 et interféron-alpha)
modulant l'activité des cellules NK pourrait avoir des applications
intéressantes en thérapeutique anti-infectieuse et antitumorale.
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