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Spi-1/PU.1, un gène maître de la différenciation myéloïde et lymphoïde


Hématologie. Volume 5, Numéro 3, 189-98, Mai - Juin 1999, REVUES ET MINI-REVUES


Résumé   Summary  

Auteur(s) : Françoise Moreau-Gachelin, .

Résumé : Spi-1/PU.1 est un facteur de transcription de la famille Ets. Il est nécessaire au développement et à la maturation des lignées granulocytaire, myélomonocytaire et lymphoïde B. Spi-1/PU.1 n’est pas fonctionnel dans l’érythropoïèse et la mégacaryopoïèse. L’activation transcriptionnelle de Spi-1 au cours du processus érythroleucémique qui se développe dans la souris infectée par le virus de Friend est un événement primaire dans la transformation maligne du proérythroblaste. La pathologie observée dans les souris transgéniques pour Spi-1 a révélé que la surexpression de Spi-1 dans un proérythroblaste amène au blocage de sa différenciation. La fonction de Spi-1/PU.1 dans l’hématopoïèse normale semble liée à la capacité de la protéine à transactiver l’expression de multiples gènes myéloïdes et lymphoïdes B en se fixant sur les promoteurs ou activateurs transcriptionnels. Cependant Spi-1/PU.1 qui lie l’ADN, est aussi capable de lier l’ARN et d’interférer avec l’épissage des ARN pré-messagers. Cette ambivalence amène de nouvelles spéculations quant à la fonction de Spi-1 dans l’hématopoïèse normale et dans la transformation du proérythroblaste. Cette revue dresse un état des lieux concernant les données actuelles qui mettent en évidence le rôle majeur de Spi-1/PU.1 dans l’hématopoïèse normale et l’érythropoïèse maligne.

Mots-clés : Spi-1/PU.1, transcription, épissage, lymphopoïèse, myélopoïèse, érythroleucémie.

Illustrations

ARTICLE

Le développement et la différenciation des cellulues précurseurs hématopoïétiques dépendent de programmes spécifiques d'expression génique dont la mise en route est déterminée par des facteurs de transcription. Les animaux PU.1-/- générés par Scott [6] meurent entre les jours 16 et 18 de la gestation. Les embryons mutants présentent un défaut de développement dans les lignées lymphoïdes et myélomonocytaires. Au jour 7 de gestation, dans le sac vitellin, il n'y a pas de précurseurs CFU-GEMM, CFU-GM, CFU-G et CFU-M alors que des précurseurs érythroïdes CFU-E, mégacaryocytaires CFU-Meg et mixtes CFU-E/Meg sont présents en nombre normal. Au jour 12 de gestation, lorsque l'hématopoïèse du foie fœtal prend le relais de l'hématopoïèse primitive du sac vitellin, il n'y a ni macrophages, ni neutrophiles (Gr1+, CD11b+, CD18+), ni cellules pro B (B220+ CD43+). Quant aux cellules plus immatures (B220-, Thy-, Ter119-, CD11b-, Gr1-) qui expriment le marqueur de surface AA4.1+, elles ont un effectif réduit de 80 %. Le thymus fœtal ne contient pas de lymphocytes T (ni Thy+ CD2-, ni double positifs CD4+ CD8+ ni simples positifs CD4+ ou CD8+). En revanche, le nombre de précurseurs érythroïdes est normal. D'autre part les cellules de foie fœtal PU.1-/- ne reconstituent pas le système hématopoïétique, à l'exception de la lignée érythroïde, dans des receveurs irradiés létalement. Afin de contourner le problème de la létalité précoce posé par la mutation PU.1-/- et pour cerner une possible fonction de PU.1 sur le micro-environnement hématopoïétique, des chimères ont été créées par injection des cellules ES PU.1-/- dans des blastocytes de souris normales [7]. Alors que les cellules ES PU.1-/- contribuent à 50 % à la reconstitution des tissus non hématopoïétiques, elles ne contribuent pas au développement des lignées lymphoïdes et myéloïdes au cours de l'hématopoïèse fœtale et adulte dans les animaux chimères. Cependant la mutation PU.1-/- n'élimine pas totalement les progéniteurs myéloïdes. Ils forment un nombre réduit (10 % par rapport aux cellules PU.1+/-) de colonies de cellules myéloïdes immatures in vitro, en réponse à l'IL-3. D'autre part, infectés par un retrovirus transduisant un ADNc PU.1, ces progéniteurs myéloïdes différencient en macrophages et granulocytes en présence de G-CSF, GM-CSF et M-CSF [8]. Il semble donc que PU.1 ne participe pas à la détermination des progéniteurs myéloïdes in vivo mais régule leur prolifération et leur différenciation en contrôlant leur réponse aux cytokines spécifiques de la myélopoïèse. Par ailleurs, les cellules PU.1-/- participent normalement à l'érythropoïèse dans le foie fœtal mais présentent une contribution réduite à l'érythropoïèse dans les adultes chimères. Il n'est pas déterminé si cette dernière observation est liée à un défaut intrinsèque des progéniteurs érythroïdes ou reflète plutôt un micro-environnement de la moelle osseuse incapable d'être colonisé par ces cellules.

Quelle fonction pour Spi-1/PU.1 ?

Spi-1/PU.1 est exprimé dans les lymphocytes B, les monocytes, les granulocytes, les mégacaryocytes et les mastocystes [3]. Il est faiblement exprimé dans les cellules érythroïdes immatures et est absent dans les cellules lymphoïdes T. Ce profil d'expression présentait Spi-1/PU.1 comme un régulateur de la lymphomyélopoïèse.
Cette présomption a été vérifiée in vivo dans les pathologies développées par les souris déficientes en PU.1.
Deux groupes ont créé des animaux nulli-zygotes pour PU.1. Les animaux générés par McKercher [4] naissent normalement mais développent, dans les deux jours qui suivent la naissance, une septicémie foudroyante. Une antibiothérapie leur permet de survivre une quinzaine de jours. A la naissance, ces animaux sont dépourvus de lymphocytes B et T, de macrophages et de neutrophiles mais ne présentent pas d'anomalies dans les lignées érythrocytaire et mégacaryocytaire. Au jour 8 après la naissance, des lymphocytes T double positifs CD4+ CD8+ et simple positifs CD4+ ou CD8+ sont détectés dans le thymus et la rate de ces animaux PU.1-/-. Toutefois, l'hypocellularité du thymus et le nombre très réduit (10 %) de lymphocytes T périphériques mettent en évidence un retard important dans le développement de cette lignée. Dans la lignée lymphoïde B, la majorité des cellules B220+ présentes dans la rate et la moelle osseuse du nouveau-né expriment de façon non coordonnée ou n'expriment pas les marqueurs caractéristiques des étapes de la maturation des cellules B. Des cellules présentant la morphologie de neutrophiles et exprimant la chloroacétate estérase (CAE) intracellulaire ainsi que les marqueurs de surface Gr1+ et CD11b+ n'apparaissent qu'au troisième jour après la naissance. Elles sont en nombre réduit et n'effectuent pas leur différenciation terminale :
elles ne répondent ni aux facteurs de croissance GM-CSF et G-CSF ni aux agents chémotactiques (IL-8 et LPS), elles n'expriment pas la NADPH oxydase (sous unité gp91Phox) et ne produisent pas de superoxyde, elles ne synthétisent pas les composants gélatinase et lactoferrine des granules secondaires, elles sont déficientes dans leur fonction de phagocytose bactérienne.

Quant aux macrophages, ils sont absents de l'hématopoïèse primitive et définitive. Les cellules de foie fœtal PU.1-/- cultivées en milieu semi-solide en présence de G-CSF, GM-CSF ou M-CSF ne prolifèrent pas et ne forment pas de colonies de macrophages. Cette absence de réponse aux facteurs de croissance semble due au très petit nombre de leurs récepteurs détectables à la surface des cellules. D'autre part, les colonies dérivées des progéniteurs multipotents de foie fœtal ou de moelle osseuse en présence de SCF, IL-3 et IL-6 ont une survie et un nombre réduits (20 à 100 fois).
Elles ne contiennent pas de macrophages alors que neutrophiles, mastocystes et mégacaryocytes sont représentés. Spi-1/PU.1 est donc un élément nécessaire au développement du macrophage et à la maturation terminale des neutrophiles et des lymphocytes B. Ces animaux PU.1-/- développent aussi une ostéopétrose provoquée par un arrêt du développement des ostéoclastes [5], une pathologie en accord avec leur origine myéloïde.
La transplantation de cellules normales de moelle osseuse dans ces animaux est suffisante pour guérir l'ostéopétrose et restaurer le développement macrophagique, démontrant que la mutation de PU.1 entraîne un défaut intrinsèque d'un progéniteur commun aux macrophages et aux ostéoclastes.
Les animaux PU.1-/- générés par Scott [6] meurent entre les jours 16 et 18 de la gestation. Les embryons mutants présentent un défaut de développement dans les lignées lymphoïdes et myélomonocytaires. Au jour 7 de gestation, dans le sac vitellin, il n'y a pas de précurseurs CFU-GEMM, CFU-GM, CFU-G et CFU-M alors que des précurseurs érythroïdes CFU-E, mégacaryocytaires CFU-Meg et mixtes CFU-E/Meg sont présents en nombre normal. Au jour 12 de gestation, lorsque l'hématopoïèse du foie fœtal prend le relais de l'hématopoïèse primitive du sac vitellin, il n'y a ni macrophages, ni neutrophiles (Gr1+, CD11b+, CD18+), ni cellules pro B (B220+ CD43+). Quant aux cellules plus immatures (B220-, Thy-, Ter119-, CD11b-, Gr1-) qui expriment le marqueur de surface AA4.1+, elles ont un effectif réduit de 80 %. Le thymus fœtal ne contient pas de lymphocytes T (ni Thy+ CD2-, ni double positifs CD4+ CD8+ ni simples positifs CD4+ ou CD8+). En revanche, le nombre de précurseurs érythroïdes est normal. D'autre part les cellules de foie fœtal PU.1-/- ne reconstituent pas le système hématopoïétique, à l'exception de la lignée érythroïde, dans des receveurs irradiés létalement. Afin de contourner le problème de la létalité précoce posé par la mutation PU.1-/- et pour cerner une possible fonction de PU.1 sur le micro-environnement hématopoïétique, des chimères ont été créées par injection des cellules ES PU.1-/- dans des blastocytes de souris normales [7]. Alors que les cellules ES PU.1-/- contribuent à 50 % à la reconstitution des tissus non hématopoïétiques, elles ne contribuent pas au développement des lignées lymphoïdes et myéloïdes au cours de l'hématopoïèse fœtale et adulte dans les animaux chimères. Cependant la mutation PU.1-/- n'élimine pas totalement les progéniteurs myéloïdes. Ils forment un nombre réduit (10 % par rapport aux cellules PU.1+/-) de colonies de cellules myéloïdes immatures in vitro, en réponse à l'IL-3. D'autre part, infectés par un retrovirus transduisant un ADNc PU.1, ces progéniteurs myéloïdes différencient en macrophages et granulocytes en présence de G-CSF, GM-CSF et M-CSF [8]. Il semble donc que PU.1 ne participe pas à la détermination des progéniteurs myéloïdes in vivo mais régule leur prolifération et leur différenciation en contrôlant leur réponse aux cytokines spécifiques de la myélopoïèse. Par ailleurs, les cellules PU.1-/- participent normalement à l'érythropoïèse dans le foie fœtal mais présentent une contribution réduite à l'érythropoïèse dans les adultes chimères. Il n'est pas déterminé si cette dernière observation est liée à un défaut intrinsèque des progéniteurs érythroïdes ou reflète plutôt un micro-environnement de la moelle osseuse incapable d'être colonisé par ces cellules. L'ensemble de ces données attribue à Spi-1/PU.1 un rôle précoce dans l'engagement des précurseurs multipotents vers les lignées lymphoïdes et myéloïdes au cours de l'hématopoïèse fœtale et adulte. Il argumente un processus de développement hématopoïétique impliquant un précurseur bipotent érythroïde/mégacaryocytaire dérivé très tôt de la cellule souche multipotente (figure 1).

Que conclure des pathologies développées par ces deux types d'animaux PU.1-/- ? Deux différences majeures apparaissent :

Les souris de McKercher naissent alors que les souris de Scott meurent in utero

Elle entraîne un blocage du développement des macrophages, un retard du développement des lymphocytes T et des anomalies dans la maturation des neutrophiles et des lymphocytes B. De façon différente, les animaux de Scott présentent une atteinte précoce du développement des lignées lymphoïdes et myéloïdes sans doute au niveau d'une cellule précurseur multipotente. Les deux modèles s'accordent sur l'absence de conséquences majeures de la mutation PU.1-/- dans l'érythropoïèse et la mégacaryopoïèse. Les stratégies mises en œuvre pour effectuer la recombinaison homologue de PU.1 peuvent-elles rendre compte de ces différences ? McKercher a inactivé le gène Spi-1/PU.1 en insérant dans le cinquième et dernier exon du gène Spi-1 codant pour le domaine de liaison à l'ADN, le marqueur de sélection NeoR sous contrôle du promoteur HSV-TK et dans une orientation transcriptionnelle inverse de celle de Spi-1. Scott a substitué 70 acides aminés du domaine de liaison à l'ADN par le gène Neo R placé sous contrôle du promoteur PGK dans la même orientation transcriptionnelle que Spi-1. Dans les deux cas, les animaux hémizygotes PU.1+/- sont normaux démontrant qu'une diminution de 50 % de son niveau n'empêche pas PU.1 de remplir sa fonction. Le phénotype des homozygotes PU.1-/- est corrélé par les deux groupes, à une absence d'expression de PU.1 et de toute protéine résiduelle. Comme l'introduction, dans les cellules ES PU.1-/- de Scott, d'un transgène PU.1 suffit à restaurer leur capacité à se différencier en cellules macrophagiques exprimant les marqueurs CD11b, F4/80 et M-CSF R (9), il semble clair que le déficit en macrophages de ces animaux est dû à l'absence du gène PU.1. Un effet d'insertion du promoteur PGK sur un gène localisé en aval de Spi-1 et impliqué dans le développement et la survie embryonnaire pourrait expliquer l'apparition du déficit dès l'hématopoïèse primitive dans les animaux de Scott.

La protéine Spi-1/PU.1

Spi-1/PU.1 régule la transcription, d'une part en liant l'ADN sur des éléments spécifiques dans les régions promotrices et activatrices de la transcription des gènes, d'autre part en interagissant avec la machinerie basale de transcription. Ces deux fonctions impliquent des régions différentes de la protéine. Les domaines fonctionnels de Spi-1 ont été définis par des analyses mutationnelles de la fonction de Spi-1 dans des systèmes cellulaires variés : cellules hématopoïétiques et non hématopoïétiques, cellules hématopoïétiques de moelle osseuse en primoculture et lignées établies, modèles de différenciation hématopoïétiques aviaires, murins et humains, cellules souches embryonnaires PU.1-/- dans lesquelles un transgène Spi-1/PU.1 est exprimé sous le contrôle du promoteur de Spi-1...
De cette multitude de systèmes cellulaires développés pour élucider la fonction de Spi-1 dans la lymphopoïèse et la myélopoïèse, il ressort une apparente disparité dans les résultats qui n'est sans doute que le reflet - d'une part d'une différence intrinsèque entre modulation de la transcription dans les cellules myéloïdes versus lymphoïdes, - d'autre part de l'activité de Spi-1 sur des sites proximaux (promoteur) ou distaux (activateur) de l'initiation de la transcription.
Spi-1/PU.1 est une protéine de 272 acides aminés (aa) qui contient trois domaines fonctionnels : un domaine de liaison à l'ADN (aa 164 à 272), un domaine transactivateur (aa 1 à 118) et une région centrale PEST (aa 118 à 164) (figure 2).
Le domaine de liaison à l'ADN localisé dans la partie carboxyterminale de la protéine contient le signal de localisation nucléaire de la protéine. Il est caractérisé par un motif de 85 aa qui signe son appartenance à la famille ETS de régulateurs transcriptionnels. Il est le membre le plus éloigné phylogénétiquement de cette famille, son motif Ets ne présentant que 40 % d'identité avec celui du membre fondateur c-Ets1. Avec son plus proche homologue Spi-B, il forme une sous-famille dans cette famille constituée de plus d'une trentaine de membres. Spi-1/PU.1 lie l'ADN sous forme monomérique sur un motif contenant un noyau central 5'-G/AGAA-3' et une séquence riche en adénines située quelques nucléotides en 5' de ce motif central (figure 3A). Le domaine de liaison à l'ADN a été cristallisé sous une forme liée à un oligonucléotide de 16pb contenant un site de reconnaissance pour PU.1 [10]. Il est constitué d'un enchaînement de 3 hélices alpha et 4 feuillets beta antiparallèles, un motif déjà décrit pour les autres protéines Ets : Fli-1 et Ets-1.
Ce domaine se replie en formant un motif winged helix-turn-helix qui ressemble à une hélice boucle hélice (HLH).
La protéine contacte l'ADN par 2 lysines et 2 arginines strictement conservées entre les différentes protéines ETS. Le domaine Ets de Spi-1/PU.1 peut également lier l'ARN avec une préférence pour les ribonucléotides G. Cette propriété est partagée avec Spi-B mais n'est pas observée pour d'autres protéines Ets comme Ets-2 et Fli-1. Elle pourrait être liée à une divergence évolutive des protéines Spi. Le domaine transactivateur de Spi-1/PU.1 est localisé dans la région amino-terminale (118 aa) de la protéine. Il est unique mais complexe. Il combine deux motifs d'activation dont les prototypes sont représentés dans le domaine transactivateur acide de VP16 du virus herpes simplex et dans le domaine transactivateur riche en glutamines de Sp1. Les régions riches en aa acides (aa 7 à 70) et en glutamines (aa 75 à 100) se comportent comme des domaines transactivateurs autonomes qui pourraient avoir des fonctions différentes selon le contexte cellulaire. Ainsi dans les cellules épithéliales (HeLa) ou fibroblastiques (HT1080) qui n'expriment pas Spi-1, la fonction transactivatrice de Spi-1/PU.1 dépend uniquement de la région acide [11]. Inversement, la région riche en glutamines suffit pour transactiver le promoteur de la chaîne J des immunoglobulines dans les cellules B [12] et pour déterminer les cellules ES PU.1-/- à différencier en macrophages [9]. La région centrale (118-164) est dite PEST parce que riche en proline, acide glutamique, sérine et thréonine. Ce motif est habituellement considéré comme un signal de protéolyse [13].Toutefois, comme la protéine Spi-1 délétée de cette région PEST présente la même stabilité que la protéine sauvage quand elles sont exprimées dans des cellules ES PU.1-/- [9], il ne semble pas que cette région soit particulièrement sensible à la protéolyse. Quel que soit le domaine considéré, sa fonction semble toujours dépendre in vivo d'un partenaire protéique. Ainsi la délétion ( 245-272) dans le domaine de liaison à l'ADN élimine les feuillets beta3 et beta4 et empêche, comme attendu, la liaison de la protéine à l'ADN (testée en retard sur gel ou EMSA : electrophoretic mobility shift assay).
Cependant, elle n'empêche pas une protéine Spi-1 (DELTA 245-272) de programmer le développement macrophagique dans des cellules ES PU.1-/- [9]. In vivo, la liaison à l'ADN de Spi-1 se passe donc dans des conditions différentes de l'EMSA et pourrait mettre en jeu des partenaires protéiques qui stabilisent sa liaison à certains promoteurs. Il en est de même pour le domaine transactivateur. La fonction transactivatrice de Spi-1, définie comme sa capacité à activer en trans l'expression d'un gène rapporteur placé sous le contrôle d'éléments de réponse à Spi-1, peut être analysée dans des cellules qui n'expriment pas Spi 1/PU.1 (type fibroblastique ou épithélial). Ces études ont l'avantage d'étudier la fonction de la protéine Spi-1/PU.1 exogène en absence de toute interférence avec la protéine cellulaire endogène. Spi-1/PU.1 apparaît ainsi comme un faible transactivateur. Cependant quand ces mêmes tests sont réalisés dans des cellules fonctionnelles pour Spi-1/PU.1 (cellule lymphoïde B ou macrophagique), l'activité transactivatrice de Spi-1/PU.1 est très supérieure. Ainsi, Spi-1/PU.1 apparaît plutôt comme un co-régulateur qui a besoin d'autres facteurs pour une pleine activité sur ses éléments de réponse. Dans le domaine transactivateur acide et dans la région PEST, Spi-1/PU.1 est phosphorylé in vivo sur plusieurs résidus sérine (figure 2) [14]. Bien qu'une interaction directe entre Spi-1 et la caséine kinase II (CKII) n'ait pas été décrite, de nombreuses données expérimentales permettent de considérer la CKII comme responsable de la phosphorylation de Spi-1 in vivo. Cette modification post-traductionnelle n'est pas nécessaire pour la liaison à l'ADN (la protéine recombinante lie l'ADN) mais a des conséquences variées sur la fonction de Spi-1/PU.1. La phosphorylation sur sérine de Spi-1/PU.1 par la CKII est augmentée dans les cellules macrophagiques RAW 264-7 activées par le LPS, ce qui accroît la résistance de la protéine aux protéases [15]. La phosphorylation de la sérine 148 augmente l'activité transactivatrice de Spi-1/PU.1 dans des fibroblastes stimulés par le LPS. Dans les cellules B, elle permet à Spi 1/PU.1 de recruter le facteur NF-EM5 (ou Pip1 ou IRF4) sur le promoteur des chaînes légères des immunoglobulines [14] (voir plus loin). En revanche, la mutation de la sérine 148 en alanine ne change pas la capacité de Spi-1/PU.1 à provoquer la différenciation des cellules ES PU.1-/- en macrophages alors que la sérine 133 également phosphorylable par la CKII est nécessaire. La phosphorylation des sérines 41 ou 45 de Spi 1/PU.1 dans les macrophages primaires dérivés de la moelle osseuse, augmente leur capacité à proliférer en réponse au M-CSF alors qu'elle est sans effet sur des lignées macrophagiques indépendantes de facteur de croissance [16]. Peut-être cette phosphorylation dans le domaine transactivateur augmente-t-elle la capacité de Spi-1/PU.1 à transcrire le gène du récepteur au M-CSF ? Il est probable que ces phosphorylations par la CKII répondent à l'activation de voies de signalisation spécifiques des cytokines. Elles pourraient changer la conformation de Spi-1/PU.1 et permettre le recrutement de partenaires myéloïdes ou B spécifiques.

Spi-1 régulateur transcriptionnel

En accord avec son profil d'expression tissulaire, des sites de liaison à Spi-1 ont été identifiés dans les régions régulatrices de la transcription de nombreux gènes myéloïdes et lymphoïdes B (figure 3B). Les éléments de réponse à Spi-1/PU.1 caractérisés dans les gènes myéloïdes se trouvent principalement dans les régions promotrices proches des sites d'initiation de la transcription des gènes alors qu'ils sont plutôt situés dans les régions introniques activatrices de la transcription des gènes lymphoïdes B. Dans les cellules lymphoïdes B, il participe à la régulation de la transcription des gènes codant pour les chaînes J, lourde mu et légères kappa et lambda des immunoglobulines. Au cours de la différenciation myélomonocytaire, Spi-1 se lie sur les promoteurs de transcription de gènes exprimés soit précocement au cours du développement comme la tyrosine kinase c-fes, soit plus tardivement dans la maturation des macrophages et neutrophiles comme les récepteurs au G-CSF et M-CSF. Ces éléments de réponse à Spi-1 sont considérés comme tels parce qu'ils répondent à certains critères ex vivo :

CONCLUSION

Elles se produisent entre des facteurs de transcription de la famille des protéines à zinc finger (Sp1), à leucine zipper (C/EBP, Jun), à homéodomaine (Oct), à hélice boucle hélice (E), à domaine Ets (Ets1), à domaine Runt (AML1) ainsi que des protéines de la famille des facteurs activés en réponse à l'interféron (IRF). Ces facteurs ont un profil d'expression ubiquitaire comme Sp1 ou tissu spécifique comme Oct 2 dans les cellules lymphoïdes B et C/EBP (CCAAT/enhancer binding protein) dans les cellules myéloïdes. La figure 4 présente ces différentes coopérations qui se traduisent toutes par une augmentation de l'activité transcriptionnelle de Spi-1/PU.1. Dans les gènes myéloïdes, une région relativement petite (quelques 100 pb en amont du site d'initiation de la transcription) détermine l'expression tissu-spécifique. Le site de liaison de PU.1 se situe le plus souvent près d'une boîte GC qui fixe le facteur de transcription Sp1 dans des promoteurs dépourvus de boîte TATA. Sp1 coopère avec Spi-1/PU.1 pour l'activité de ces promoteurs sans qu'aucun complexe physique n'ait pu être mis en évidence entre ces deux protéines. Sur les promoteurs des gènes codant pour les récepteurs au G-CSF [24], M-CSF et GM-CSF [25], Spi-1/PU.1 coopère avec C/EBPalpha. Les protéines C/EBP sont multiples (alpha, beta, delta). Elles agissent sous forme homo ou hétérodimérique par leur région leucine zipper pour lier l'ADN sur une boîte CCAAT. L'interaction se produit entre la région leucine zipper de C/EBP et les 28 aa carboxy terminaux de Spi-1 dont 10 aa du domaine Ets.

REFERENCES

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3. Hromas R, Orazi A, Neiman RS, Maki R, Vanbeveran C, Moore J, Klemsz M. Hematopoietic lineage-restricted and stage-restricted expression of the ETS oncogene family member PU.1. Blood 1993 ; 82 : 2998-3004.

4. McKercher SR, Torbett BE, Anderson KL, Henkel GW, Vestal DJ, Baribault H, Klemz M, Feeney AJ, Wu GE, Paige CJ, Maki RA. Targeted disruption of the PU.1 gene results in multiple hematopoietic abnormalities. EMBO J 1996 ; 20 : 5647-58.

5. Tondravi MM, McKercher SR, Anderson K, Erdmann JM, Quiroz M, Maki R, Teitelbaum SL. Osteopetrosis in mice lacking haematopoietic transcription factor PU.1. Nature (London) 1997 ; 386 : 81-4.

6. Scott EW, Simon MC, Anastasi J, Singh H. Requirement of transcription factor PU.1 in the development of multiple hematopoietic lineages. Science 1994 ; 265 : 1573-7.


 

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