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EEG versus clinique : une rivalité apparente


Epilepsies. Volume 20, Numéro 1, 9-26, janvier-février-mars 2008, Prix international Henri Gastaut

DOI : 10.1684/epi.2008.0139

Résumé   Summary  

Auteur(s) : Michelle Bureau , 505, avenue du Prado, 13008 Marseille.

Résumé : Après une première manifestation clinique, l’électroencéphalogramme (EEG) peut-il rivaliser avec la clinique et apporter des informations aidant au diagnostic et à l’établissement précoce d’un pronostic ? A partir de la classification de 1989 et de la proposition du schéma diagnostique d’Engel (2001), nous avons essayé d’évaluer les compétences respectives de la clinique et de l’EEG. Notre expérience porte surtout sur l’évaluation précoce des nourrissons, enfants et adolescents, moins sur les pathologies épileptiques de l’adulte. Dans les épilepsies et les syndromes dits « généralisés », la clinique et l’EEG semblent être aussi performants. En revanche, dans les épilepsies focales, les constatations EEG faites dès le début de l’évolution semblent apporter une aide précieuse au diagnostic et surtout au pronostic. Dans certaines étiologies particulières, par exemple les malformations corticales focales, l’EEG peut suggérer le diagnostic, dont la confirmation nécessite bien sûr l’IRM. Dans certaines anomalies chromosomiques (le chromosome 20 en anneau en est l’exemple de choix, mais d’autres cadres sont également intéressants), l’EEG très particulier peut faire à lui seul le diagnostic.

Mots-clés : épilepsie, EEG, évaluation clinique, diagnostic, pronostic

Illustrations

ARTICLE

Auteur(s) : Michelle Bureau

505, avenue du Prado, 13008 Marseille

Après une première manifestation clinique, l’électroencéphalogramme (EEG) peut-il rivaliser avec la clinique et apporter des informations aidant au diagnostic et au pronostic précoce ? Cette controverse est toujours d’actualité, comme en témoigne l’article récent de Fountain et Freeman (2006) intitulé « l’EEG est un outil clinique essentiel : le pour et le contre » (EEG is an essential clinical tool : pro and con). Le premier auteur suggère qu’à cause de la bonne valeur prédictive des pointes intercritiques pour la récurrence des crises, l’EEG est un outil utile, et le deuxième auteur souligne que l’EEG n’est pas essentiel étant donné que de nombreux cliniciens ne donnent pas de traitement après une première crise même en présence d’un EEG anormal. Le travail de King et al. (1998) témoigne aussi du fait que l’EEG, pratiqué très rapidement, 24 heures après une première crise, contribue de manière significative à la possibilité de classer correctement la pathologie, mais ce travail a évalué parallèlement la clinique, l’EEG et la résonance magnétique (IRM).

A partir de la classification internationale de 1989 (Commission, 1989) et de la proposition du schéma diagnostique de Engel (2001), nous évaluerons les compétences respectives de la clinique et de l’EEG : 1) en présence de manifestations cliniques et/ou EEG généralisées puis, 2) en présence de signes cliniques et/ou EEG focaux. Dans la dernière partie, nous évoquerons l’intérêt de l’EEG dans certaines étiologies. Certaines rubriques seront illustrées par des cas cliniques mais nous avons volontairement privilégié les données EEG.

Les épilepsies « généralisées » idiopathiques ou non idiopathiques et l’EEG

Les spasmes

Des spasmes survenant chez des nourrissons normaux sur le plan psychomoteur posent le problème diagnostique de leur origine épileptique ou non épileptique. S’agit-il de spasmes infantiles débutant un syndrome de West apparemment idiopathique et nécessitant l’instauration rapide d’un traitement (Dulac et Tuxhorn, 2005) ou d’un « myoclonus bénin », terme inapproprié décrivant en fait un syndrome de spasmes bénins (Lombroso et Fejerman, 1977 ; Dravet et al., 1986 ; Pachatz et al., 1999) ? Dans les deux cas, ces spasmes peuvent survenir en salve à la veille mais également au réveil. Un même symptôme peut donc avoir deux significations opposées quant au pronostic : une évolution défavorable en l’absence d’un traitement ou la certitude de la guérison. Peu d’arguments cliniques permettent en effet de faire un diagnostic, car l’infléchissement des acquisitions et du comportement n’est pas toujours apparent d’emblée, et, dès le début des manifestations, l’enregistrement EEG de ces spasmes est l’élément primordial (figure 1).

Les accès myocloniques brefs et les pointe-ondes généralisées

Ils se traduisent à l’EEG par une décharge de pointe-ondes généralisées (PO). Le diagnostic se pose surtout entre l’épilepsie myoclonique bénigne (EMB) (Dravet et Bureau, 2005a,b) et l’épilepsie myoclonique sévère, dorénavant syndrome de Dravet (Dravet et al., 2005a,b). Les PO sont très similaires, du moins au début de la maladie (figure 2).

Lors des premiers épisodes myocloniques, la clinique peut ne pas être très performante, le principal critère semblant être l’existence et la nature de crises fébriles chez ces nourrissons. En effet, les crises convulsives fébriles ou afébriles sont toujours présentes dans le syndrome de Dravet, souvent répétées et longues alors que dans l’EMB, elles sont rares (26,1 % des cas (Dravet et Bureau, 2005b), simples et peu fréquentes (1 à 2 par nourrisson).

Par ailleurs, si des accès peuvent être déclenchés par des stimulations dans quelques cas d’EMB (bruit, contact ou SLI) (Guerrini et al., 1994), dans le syndrome de Dravet, seule la SLI peut être efficace à un stade précoce dans un pourcentage variable de cas (Dravet et al., 2005a,b).

Dans l’EMB, les PO sont pratiquement toujours accompagnées de secousses myocloniques alors que dans le syndrome de Dravet, on peut observer des PO généralisées sans accompagnement clinique, et des crises et des anomalies EEG focales ou multifocales apparaissent rapidement. L’EEG est donc très utile, mais ne peut être correctement évalué qu’à la lumière des données cliniques.

Les absences et leur traduction EEG

Les absences de l’épilepsie-absences se traduisent sur l’EEG par une décharge de PO rythmiques à 3Hz (Hirsch et Panayiotopoulos, 2005). Cette décharge est la même que celle enregistrée dans les absences myocloniques (AM) et ce n’est que l’enregistrement polygraphique qui permettra, en objectivant la contraction tonique progressive associée aux secousses myocloniques des AM, de porter le diagnostic de cette forme particulière d’absences, de pronostic parfois réservé (figure 3) (Bureau et Tassinari, 2005a,b). Ici, l’EEG peut être trompeur s’il n’est pas associé à une observation clinique soigneuse ou au moins à un enregistrement vidéo.

Les absences atypiques et les décharges diffuses différentes des PO des EGI

Les absences atypiques (figure 4) peuvent survenir chez des enfants présentant ou non des signes d’encéphalopathie. Si elles sont associées à des chutes brutales, une diminution des performances intellectuelles et des troubles du comportement, le diagnostic peut errer principalement entre deux syndromes : le syndrome des pointe-ondes continues du sommeil (POCS) (ou ESES : état de mal électrique pendant le sommeil lent) et le syndrome de Lennox-Gastaut (Tassinari et al., 2005 ; Beaumanoir et Blume, 2005). L’enregistrement de sommeil sera primordial à réaliser. Il montrera dans le syndrome des POCS dès l’endormissement (figure 5) des pointe-ondes plus ou moins lentes, généralement à 1,5-2,5 Hz, bilatérales diffuses qui persisteront pendant toutes les phases de sommeil lent. Dans le syndrome de Lennox-Gastaut, le sommeil mettra en évidence les bouffées de rythmes rapides caractéristiques et, parfois, des crises toniques (figure 5) pouvant être suffisamment brèves et peu intenses et de ce fait, passer inaperçues. Ici, l’EEG a un rôle primordial, spécifique et irremplaçable, mais on voit poindre l’importance des enregistrements sous sommeil : il ne s’agit donc plus d’EEG dits « de routine ».

Les crises généralisées tonico-cloniques

Une première crise généralisée tonico-clonique (CGTC) survenant chez un jeune adolescent doit faire évoquer avant tout le diagnostic d’épilepsie myoclonique juvénile (EMJ, Thomas et al., 2005) mais il faut toujours garder en mémoire la possibilité d’autres étiologies, en particulier les épilepsies myocloniques progressives (EMP) comme la maladie d’Unverricht-Lundborg et la maladie de Lafora qui peuvent prendre pendant quelque temps l’aspect d’une EMJ (Genton et al., 2005). En effet, dans l’EMJ et dans les EMP, en plus des CGTC, les patients présentent des secousses myocloniques surtout le matin au réveil. L’EEG intercritique met en évidence des décharges de PO généralisées similaires spontanées ou déclenchées dans certains cas par la SLI, accompagnées alors de myoclonies. Ces anomalies EEG sont donc aspécifiques (figures 6 et 7) au tout début de l’évolution, car les anomalies de l’activité de fond n’apparaissent en général qu’au bout d’un certain temps d’évolution. En l’absence d’antécédents familiaux, seule l’évolution clinique et EEG permettra le diagnostic (figure 8).

Conclusion

Dans les épilepsies « généralisées », la clinique et l’EEG ont une utilité égale dans l’évaluation d’un pronostic précoce. Il faut cependant souligner que l’EEG pour être performant nécessite souvent, sinon systématiquement, des enregistrements polygraphiques et des enregistrements de sommeil et qu’il ne saurait seul rivaliser avec la clinique.

Les épilepsies et les anomalies EEG focales

Les épilepsies focales idiopathiques

Épilepsie du nourrisson à pointes et PO centrales et vertex pendant le sommeil

A partir d’une étude rétrospective portant sur 50 cas (Bureau et Maton, 1998), nous avons essayé d’évaluer la valeur de l’EEG dans le pronostic précoce des épilepsies focales non idiopathiques. Les critères d’inclusion dans cette étude étaient : un début avant 10 ans, un premier EEG dans la première année suivant la première crise, un suivi EEG régulier au cours des deux premières années (au minimum 5 EEG de veille et 2 de sommeil), une évolution électroclinique supérieure à 5 ans (moyenne : 8 ans 6 mois). Nous avons comparé l’EEG avec la clinique. Dans 88 % des cas, il y avait une bonne concordance entre l’EEG et la clinique et pour 12 %, les cas classés cliniquement défavorables ont eu une bonne évolution. En effet, les crises cliniques laissaient prévoir une évolution défavorable (Dulac et al., 1989) : leur début se situait à un âge moyen de 9 mois (extrêmes entre 1 et 20 mois), elles comportaient un arrêt de l’activité, une fixité du regard ou une révulsion oculaire, une perte du contact, des signes végétatifs (pâleur, cyanose) avec ou sans mouvements de déglutition ou de mâchonnement, une hyper ou une hypotonie. La généralisation était exceptionnelle. Bien entendu, ces symptômes n’étaient pas tous présents au cours de la même crise ou chez le même enfant. Dans 30 % des cas, il existait plusieurs types de crises. Or malgré ces signes apparemment péjoratifs, l’évolution a été favorable même en l’absence de traitement avec une guérison complète vers l’âge de 3-4 ans dans tous les cas. Des cas ayant un début précoce et le même type de crise (soit partielle complexe soit avec une généralisation secondaire) ainsi qu’une évolution favorable ont été rapportés par Watanabe et al., (1987, 1990, 1993) et Okumura et al., (2006).

Dans nos cas, l’EEG montrait des anomalies très particulières au cours du sommeil (Bureau et Maton, 1998 ; Bureau et al., 1998 ; Bureau et al., 2002). L’EEG de veille était normal dans tous les cas et au cours du sommeil sont apparues des pointes de bas voltage suivies ou non par une onde lente également peu ample, localisées sur la région fronto-centrale et le vertex sur l’un ou les deux hémisphères de façon simultanée ou indépendante. Ces anomalies étaient présentes pendant toutes les phases de sommeil y compris pendant la phase de sommeil paradoxal (PMO). Elles sont souvent difficiles à mettre en évidence car mêlées aux fuseaux et aux K complexes (figure 12). Ces mêmes anomalies ont été également observées par Capovilla et al., (2000) chez des nourrissons présentant la même sémiologie clinique. Nos cas et ceux de Capovilla se rapprochent de très près des cas de Watanabe et al. (1987 ; 1993) mais ces auteurs n’ont pas mentionné d’enregistrement de sommeil.

Ici, l’EEG seul a donc permis de définir une forme d’épilepsie ignorée du nourrisson, et a permis de mettre en évidence la possibilité d’épilepsies focales bénignes à début précoce, très contestée auparavant.

L’épilepsie à pointes centro-temporales (EPCT)

La clinique de l’EPCT est souvent évocatrice (Dalla Bernardina et al., 2005). Les crises typiques sont généralement nocturnes, caractérisées par des secousses cloniques intéressant l’hémiface, occupant la langue, les lèvres et la joue, parfois associées à une déviation tonique de la bouche intéressant les lèvres et la langue, ainsi que les muscles pharyngés et laryngés, entraînant un arrêt de la parole et une sialorrhée. Ces crises surviennent entre 3 et 14 ans avec un pic de fréquence entre 5 et 8 ans, chez des enfants normaux, ayant une incidence élevée d’antécédents familiaux d’épilepsie bénigne (Genetic Collaborative Italian Group, 1993). Les crises disparaissent avant l’adolescence.

L’EEG dans ce contexte clinique est également évocateur (figure 9). Il montre lors de la veille des pointes plus ou moins lentes focales (centro-temporales), diphasiques, négatives, généralement amples et qui sont activées durant toutes les phases de sommeil. Cependant, ces mêmes anomalies peuvent s’observer dans d’autres entités cliniques (tumeurs cérébrales, syndrome de l’X fragile, dysplasie corticale focale (Van der Meij et al., 1993 ; Panayiotopoulos, 2005) et également chez des enfants ne présentant pas d’épilepsie mais quelques troubles du comportement, des difficultés d’apprentissage, des manifestations de type vagal (figure 9, voire même en l’absence de toute symptomatologie. De telles anomalies sont détectées chez une proportion d’enfants témoins de la classe d’âge concernée qui varie peu d’un auteur à l’autre (2,1 % pour Eeg-Olofsson et al., 1971 ; 2,4 % pour Cavazzuti et al., 1980 ; 3 % pour Lerman et Kivity-Ephraim, 1981 ; 3,5 % pour Okubo et al., 1994). Ici, l’EEG « fait le diagnostic », mais il faut savoir se méfier de certains pièges.

L’épilepsie occipitale bénigne à début précoce ou syndrome de Panayiotopoulos (SP)

Les crises débutent entre 1 et 14 ans (pic entre 4 et 5 ans), sont rares et même souvent uniques. Elles sont très caractéristiques, le plus souvent nocturnes et comportent au début des signes végétatifs importants avec vomissements, un changement de comportement, suivis parfois d’une déviation des yeux et d’un trouble de la conscience. Leur durée est dans la moitié des cas longue, allant de 30 minutes à plusieurs heures. Si les crises sont caractéristiques, l’EEG intercritique est très variable (Panayiotopoulos, 1999, 2005 ; Covanis et al., 2005). Il montre dans 68 % des cas des paroxysmes occipitaux à type de pointes lentes de haut voltage associées dans 64 % des cas à des pointes multifocales extra-occipitales. Dans 32 % des cas, on n’observe jamais d’anomalies occipitales mais soit des pointes multifocales (sans anomalies occipitales), soit des bouffées d’ondes lentes diffuses (figure 10) associées à des pointes de bas voltage, soit enfin un EEG normal. Dans ce syndrome, sans doute relativement fréquent, l’EEG est donc potentiellement peu informatif.

L’épilepsie occipitale idiopathique à début tardif de type Gastaut

Le début est plus tardif que dans le SP entre 3 et 15 ans (pic à 8 ans). Les crises sont généralement fréquentes, diurnes, durant de quelques secondes à quelques minutes, caractérisées par des hallucinations visuelles simples, une cécité, une possible déviation de la tête et des yeux pouvant progresser en hémiconvulsions. Une céphalée postcritique diffuse ou unilatérale s’observe dans la moitié des cas.

L’EEG typique intercritique montre des PO de haut voltage (200-300 μV), répétées rythmiquement à 2-3 Hz, en bouffées sur les régions occipitales et temporales postérieures sur l’un ou les deux hémisphères de façon indépendante ou simultanée. Ces PO sont bloquées par l’ouverture des yeux et réapparaissent dès leur fermeture (figure 11) (Gastaut, 1982 ; Gastaut, 1984 ; Beaumanoir, 1983). Mais ce type d’anomalies a été décrit dans d’autres pathologies, en particulier dans des épilepsies symptomatiques. Aicardi et Newton (1987) ont rapporté 21 cas correspondant aux critères EEG parmi lesquels 7 avaient une épilepsie sévère avec plusieurs types de crises, dont 4 avaient une épilepsie lésionnelle certaine. Gobbi et al. (1988) ont retrouvé ces mêmes anomalies dans des cas d’épilepsie avec calcifications occipitales bilatérales. Par ailleurs dans la série de Herranz Tanarro et al. (1984), portant sur 31 enfants ayant le pattern typique, 10 n’ont jamais présenté de crises.

Ici, l’EEG montre des anomalies très évocatrices du diagnostic d’épilepsie occipitale, mais peut induire en erreur quant à la nature idiopathique ou autre de l’épilepsie.

Les épilepsies focales non idiopathiques

Au cours de la même étude effectuée en 1998, nous avons essayé de dégager dans les épilepsies focales non idiopathiques des éléments EEG qui permettraient d’établir un pronostic précoce d’évolution défavorable.

Nous avons retrouvé les critères classiques à savoir une activité de fond anormale asymétrique à la veille et au cours du sommeil, des anomalies lentes focales subcontinues, associées ou non à des pointes, polypointes, polypointes ondes de siège variable et non significatif, des aplatissements localisés...

En revanche, trois points particuliers ont attiré notre attention et méritent d’être soulignés :

  • la présence d’anomalies multifocales existant dès la première année suivant la première crise. Ces anomalies ont une morphologie différente de celles observées dans les épilepsies focales idiopathiques en particulier dans l’EPCT (figure 13). L’existence d’anomalies multifocales dans les épilepsies focales non idiopathiques a été déjà soulignée par de nombreux auteurs (voir Gobbi et al., 1989), mais elles s’inscrivaient généralement dans le cadre de lésions cérébrales le plus souvent bilatérales et n’apparaissaient qu’au cours de l’évolution, n’étant jamais présentes au début de la maladie. Dans nos cas, ces anomalies sont présentes d’emblée dès la première année suivant la première crise et ont été notées aussi bien dans des cas symptomatiques que dans des cas apparemment cryptogéniques ;
  • la présence d’anomalies diffuses d’emblée à la veille et au cours du sommeil. Ces anomalies sont représentées par des pointe-ondes lentes bilatérales à prédominance antérieure, symétriques ou plus marquées d’un côté évoquant un aspect de synchronie bilatérale secondaire (SBS). Quand il y a une SBS dans les épilepsies symptomatiques, elle apparaît généralement au cours de l’évolution (9 ans en moyenne après le début) (Roger et al., 1991). Dans nos cas, elle est apparue d’emblée dès la première année (figure 14), parfois accompagnée par un tableau clinique évoquant un syndrome de Lennox-Gastaut (comme dans la SBS habituelle). Donc, la seule différence est la précocité d’apparition de ces anomalies diffuses ;
  • la présence de brèves bouffées de rythmes extrêmement rapides (de fréquence généralement supérieure à 18 Hz) (figure 15). Ces rythmes ne sont pas en rapport avec la thérapeutique, ils sont très localisés sur la région présumée d’origine des décharges critiques, apparaissent surtout en sommeil lent et persistent au cours de la PMO. Ils sont infracliniques et pourraient correspondre aux activités rapides enregistrées en SEEG.

Conclusion

Dans les épilepsies focales idiopathiques, la clinique prime sur l’EEG à l’exception de l’épilepsie bénigne du nourrisson à pointes et PO centrales et vertex pendant le sommeil, dans laquelle les crises plaident pour une évolution défavorable alors que les anomalies EEG sont synonymes de bonne évolution. Dans les épilepsies focales non idiopathiques, l’EEG avec certaines particularités peut aider dans le pronostic précoce.

Épilepsies avec étiologies particulières

Nous voudrions souligner l’apport de l’EEG dans quelques étiologies particulières, principalement dans les dysplasies corticales et dans le syndrome du chromosome 20 en anneau.

L’EEG peut aider au diagnostic devant une encéphalopathie avec crises multiples surtout à type de spasmes ou de crises toniques. Effectué précocement, il pourra montrer des rythmes de grande amplitude évoquant une agyrie-pachygyrie (Dalla Bernardina et al., 1996). Si ce pattern est bien évident dans le jeune âge, son amplitude décroît au cours de l’évolution (figure 16) et le diagnostic sera alors plus aléatoire.

De même, en présence de crises focales ne posant pas de problème quant à leur séméiologie clinique, l’EEG est volontiers, dans notre expérience, contributif dans le diagnostic étiologique notamment dans les dysplasies corticales focales avec la présence d’activités rapides localisées (figure 17).

Enfin, dans le syndrome du chromosome 20 en anneau, l’EEG intercritique est aspécifique montrant quelques ondes lentes thêta uni- ou bilatérales. L’EEG devient caractéristique, et même spécifique (Inoue et al., 1997 ; Canevini et al., 1998 ; Roubertie et al., 2000), lors des états d’obnubilation prolongés en montrant des rythmes lents relativement amples, autour de 2-3 Hz, auxquels se superposent des pointes ou des PO prédominant sur les régions antérieures (figure 18) mais, cependant, cet aspect EEG particulier ne s’observe qu’à partir de l’âge de 4 à 5 ans (Ville et al., 2006).

Conclusion

Un diagnostic et un pronostic précoces reposent à la fois sur la clinique et sur l’EEG, les deux sont indissociables. En fait la rivalité n’est qu’apparente, les deux sont complémentaires. Il faut, bien évidemment, commencer par la clinique qui est primordiale, faire l’EEG en fonction des questions posées par la clinique et ne l’interpréter qu’en fonction des données apportées par cette dernière. Le poids respectif de la clinique et de l’EEG peut varier en fonction du syndrome, et plus généralement de la situation particulière du patient. Il est bien évident que l’évaluation clinique doit être complète et rigoureuse, et que l’examen EEG doit s’adapter aux questions soulevées, et inclure, au-delà d’un EEG dit « de routine », des éléments polygraphiques, et un recueil des tracés sous sommeil. Si les moyens modernes, en particulier la neuroimagerie, ont permis et permettent toujours d’affiner le diagnostic, ils n’ont pas remis en cause le couple parfois en désaccord mais inséparable que forment la clinique et l’EEG.

Remerciements

Je remercie la Ligue Française Contre l’Epilepsie et les Laboratoires Sanofi-Aventis de m’avoir décerné le Prix International Henri Gastaut. Je remercie également Pierre Genton pour son aide précieuse dans la rédaction de cet article, ainsi qu’Arielle Crespel et Philippe Gélisse pour leur soutien iconographique.

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