ARTICLE
Auteur(s) : Yukio
Fukuyama1,2, Masako Sakauchi2
1Child Neurology Institute, c/o 6-12-17-201,
Minami-Shinagawa, Shinagawa-ku, Tokyo 140-0004, Japan
2Department of Pediatrics, Tokyo Women’s Medical
University, Tokyo 162-8666, Japan
Au début du XXe siècle, il était largement reconnu
dans la société japonaise que les enfants avaient tendance à
convulser mais que les crises se produisaient rarement et ne
nécessitaient pas de traitement au long cours. Selon cette vieille
croyance, les épisodes convulsifs, isolés ou fréquents, qui se
produisent pendant la petite enfance, sont de nature bénigne et
nonépileptique, et leur déroulement est fonction de l’âge auquel
ils apparaissent ; ils ont une nature qui leur est propre. Les
statistiques significatives dont on disposait alors accréditaient
cette croyance, en démontrant que seul un petit nombre de patients
épileptiques commencent à souffrir de leur épilepsie avant
10 ans (32 %, Wilson, 1935 ; 8 %, Taen et al.,
1956).Grâce aux progrès de la recherche clinique effectués dans les
années 1950 et 1960, la situation changea complètement.
Un certain nombre de phénomènes cliniques relatifs à ces crises
furent identifiés et la finesse et la spécificité du diagnostic
furent largement améliorées par l’arrivée de
l’électroencéphalographie, permettant une identification plus
fréquente des patients épileptiques. Des études plus tardives
démontrèrent que trois quarts, voire plus, des patients
épileptiques font leur première crise avant l’âge de 15 ans,
et que l’épilepsie pourrait donc apparaître comme « une
pathologie de l’enfance ». Alors que des crises dont la nature
est mal connue peuvent souvent survenir chez les nourrissons et les
jeunes enfants, il est maintenant établi que l’épilepsie est une
pathologie courante dans cette tranche d’âge.Une question
importante se pose donc : les convulsions de la petite
enfance sont-elles toutes de l’épilepsie ou pas ? La réponse
est tout simplement « non ». Il a déjà été admis que de
nombreux désordres non épileptiques tels que des syncopes
vaso-vagales, des pseudocrises, ou des atteintes cérébrales aiguës
(infections du SNC, etc.) puissent se manifester par des
convulsions semblables à des crises d’épilepsie.La question que
l’on doit se poser ensuite est de savoir s’il est toujours possible
de distinguer, et dans quelle mesure, les crises épileptiques des
crises non épileptiques de l’enfance. La réponse est probablement
non. Il est en effet difficile de distinguer les crises
épileptiques des crises non épileptiques chez les nourrissons en
raison de la présence d’un certain nombre de paramètres. Il y a, en
effet, dans cette tranche d’âge, pléthore de facteurs générateurs
de crises (ictogènes) mais pas nécessairement épileptogènes,
d’origine exogène ou endogène ou les deux.De plus, la question
centrale était que, alors que ce type de trouble était assez
répandu chez les nourrissons, les convulsions généralisées
idiopathiques avec perte de conscience, n’avaient pas été
systématiquement étudiées avant 1963, quand l’auteur publia sa
première étude sur « les crises bénignes du nourrisson
(infantiles) » (CIB) (Fukuyama, 1963). Malheureusement, cette
publication resta méconnue dans le monde entier, pour la seule et
unique raison que l’article était écrit en japonais. Les
épileptologues de niveau international ne commencèrent à montrer de
l’intérêt pour ces troubles qu’en 1992, quand Vigevano et al.
(1990, 1992) publièrent une étude innovante.Depuis, un certain
nombre d’articles sur les convulsions généralisées idiopathiques
avec perte de connaissance chez les nourrissons ont été écrits par
des chercheurs occidentaux, mais la majorité de ces études ne
s’intéressaient étrangement qu’à des cas familiaux, en particulier
ceux avec une hérédité autosomique dominante, du moins au début.
S’intéressant particulièrement à ce groupe de patients,
d’importantes études de génétique moléculaire furent conduites, qui
aboutirent en 1997 à l’identification par Guipponi et al. d’un
marqueur sur le chromosome 19q12-q13.1.Aujourd’hui, ce sujet
intéresse de plus en plus de scientifiques et de nombreux articles
de recherche paraissent régulièrement à travers le monde.
Récemment, les études de génétique moléculaire ont beaucoup avancé,
et on assiste à l’accélération de la communication d’informations
sur ce sujet, toujours plus nombreuses. Il n’est pas du ressort de
cet article de traiter la génétique du problème, nous nous
contentons donc de fournir deux références (Weber et al.,
2004 ; Callenbach et al., 2005).Rétrospectivement, même au
Japon, une certaine indifférence vis-à-vis de mon travail persista
un certain temps après ma première présentation en 1963 ; ce
ne fut qu’en 1976, c’est-à-dire 13 ans après, que des études
sur le même sujet furent successivement rapportées par deux groupes
(Hojo et al., 1976, Kajitani et al., 1976). Par la suite, les CIB
ont soulevé l’intérêt de mes collègues japonais et un grand nombre
d’articles fut publié. La plupart des auteurs reconnurent alors la
validité et la valeur du concept de CIB et l’adoptèrent comme
entité, ou entités, nouvelle(s) des troubles convulsifs des
nourrissons. Grâce à l’échange d’informations pertinentes qui
intervint dans les années suivantes, une idée plus fine émergea au
Japon au début des années 1990. À savoir que les CIB englobent, de
façon très large, plusieurs (au moins trois) syndromes qui ont des
caractéristiques cliniques communes et des pathologies
sous-jacentes. Ces trois syndromes sont : 1) celui des
CIB ; 2) l’épilepsie partielle bénigne du nourrisson, définie
par Watanabe ; et 3) les CIB accompagnées d’une diarrhée
modérée selon la définition de Morooka. La forme héréditaire
autosomique dominante de Vigevano peut être intégrée dans ce
syndrome complexe, au sens large.Ces dernières années, de plus en
plus d’études cliniques et de génétique moléculaire ont été menées
sur cette catégorie de syndromes. Cet article va retracer
l’histoire et l’évolution du concept du « complexe des
syndromes de crises bénignes du nourrisson ». Par ailleurs,
une longue liste d’ouvrages, incluant 138 publications japonaises,
est à votre disposition sur demande faite à l’auteur.
Le travail original de Fukuyama
Identification d’une forme particulière de crise spécifique des
nourrissons
Lors d’un symposium sur le rôle des examens EEG dans la pratique
clinique au cours du XIe Congrès annuel de la société
d’EEG de Tokyo en 1962, Fukuyama passa en revue 1 040 tracés de
sommeil et 610 tracés de veille enregistrés pendant les
12 mois précédents. Les patients étaient tous des enfants âgés
de moins de 15 ans, et leur diagnostic clinique était très
varié allant d’une épilepsie à des troubles non neurologiques,
systémiques ou psychosomatiques. Le but principal de cette étude
était de fournir des données importantes sur l’incidence des
constatations anormales (décharges épileptiformes) sur le premier
EEG enregistré chez des enfants souffrant de plusieurs troubles, et
ainsi, de fournir des éléments permettant de déterminer dans quelle
condition il serait nécessaire de pratiquer un EEG lors de la
première consultation en pédiatrie.
Puis, l’étude fut dirigée de manière à détecter le nombre de
décharges épileptiformes sur le premier enregistrement EEG, dans
les différents cas de crises enregistrées. Les résultats dans 221
cas d’enfants de moins de 2 ans (tableau 1( Tableau 1 )) montrèrent clairement une nette
différence au niveau du taux de détection entre le groupe des
convulsions généralisées et les autres groupes tels que les crises
focales et le syndrome de West ; le taux du premier se révéla
être incroyablement plus bas que celui du dernier. Nos données
démontrèrent que le rendement de l’EEG de routine, le plus souvent
enregistré pendant le sommeil, naturel ou provoqué, est
généralement très pauvre dans les deux sous-groupes d’épileptiques
avec crises généralisées tonicocloniques (CGTC) probables et dans
les cas présumés de CIB. On considéra que le diagnostic probable de
l’épilepsie avec CGTC dépendait beaucoup plus de la constatation
d’une récidive des crises, alors que l’on présuma que, dans le cas
de CIB, on devait se baser sur des critères hypothétiques de
diagnostic mentionnés dans la section suivante.
Une autre constatation évidente fut la prépondérance numérique
accablante de cas de crises généralisées dans ce groupe d’âge. La
plupart de ces nourrissons se présentaient cliniquement comme ayant
eu une histoire pathologique très brève, allant d’un à quelques
épisodes de « convulsions » dont la nature était mal
définie. De plus, les parents qui les accompagnaient étaient jeunes
et si inexpérimentés qu’il était difficile de leur demander
d’observer des crises très objectivement. Par conséquent, ce fut
une tâche difficile pour l’auteur que de cerner le problème à la
première consultation et de juger si l’enfant concerné souffrait
d’épilepsie ou de quelque autre maladie ressemblant à l’épilepsie,
mais de nature non épileptique. L’auteur a observé de nombreux cas
en consultation qui n’ont jamais présenté de récidive de crises
pendant leur suivi médical. Ces expériences toutefois pourraient
être jugées anecdotiques. Par conséquent, l’auteur a décidé de
suivre systématiquement un plus grand nombre de nourrissons pour
vérifier l’hypothèse qu’il existe bien un type de crises bénignes
du nourrisson.
Tableau 1 Types de crises et anomalies EEG chez 221
nourrissons (< 2 ans) avec convulsions infantiles suivis à
l’université de l’hôpital de Tokyo en 1961 (Adapté de
Fukuyama,1963)
|
EEG
|
|
Type de crise
|
N
|
Normal
|
Limite
|
Décharge épileptiforme
|
|
Crise généralisée - CIB
|
77
|
76 (98%)
|
0
|
1 (1%)
|
|
Crise généralisée - Epilepsie
|
62
|
49 (79%)
|
2 (3%)
|
11 (17%)
|
|
Epilepsie-crise focale lésionnelle
|
20
|
6 (30%)
|
2 (10%)
|
12 (60%)
|
|
Syndrome de West (spasmes infantiles)
|
40
|
1 (3%)
|
0
|
39 (97%)
|
|
Spasme du sanglot et divers
|
22
|
21 (95%)
|
0
|
1 (5%)
|
Description des crises bénignes (Fukuyama, 1963)
En se basant sur son expérience clinique, l’auteur avança
l’hypothèse que des convulsions isolées se produisant une ou
plusieurs fois pendant la petite enfance ne débouchent pas
forcément sur une épilepsie chronique ; que les convulsions
bénignes du nourrisson ne sont pas simplement anecdotiques, mais
qu’elles vont prendre de l’importance chez certains patients et
peuvent être identifiées comme une maladie à part entière.
Pour tester la validité de cette hypothèse, on tenta de définir
les crises bénignes du nourrisson (CIB) à partir de 7 critères
listés dans le tableau 2( Tableau 2
).
La première étape de l’étude consista en un recrutement de
sujets qui répondraient aux 6 premiers critères décrits dans le
tableau 2.
Dans cette procédure de recrutement, les critères 7, 8 et 9 du
tableau 2 ne furent pas pris en considération. On retint le
terme d’épilepsie généralisée pour tout cas présentant des
convulsions généralisées et ne remplissant pas au moins un ou
plusieurs des critères (4), (5) ou (6). De ce fait, 77 cas furent
attribués au groupe suspecté de CIB et 63 au groupe suspecté
d’épilepsie.
Résultats du premier EEG : on rechercha
principalement dans les premiers enregistrements de sommeil de tous
les sujets la présence de décharges épileptiformes, et l’on compara
le taux de détection des 2 groupes. L’EEG se révéla anormal dans 1
cas sur les 77 (1,3 %) suspectés de CIB, et dans 11 cas sur
les 67 (17 %) suspectés d’épilepsie, ce qui représente une
différence assez significative entre les deux groupes (p <
0,005).
Suivi de l’évolution : 53 jeunes enfants suspectés
de CIB ont été suivis avec beaucoup d’attention pendant une période
de 7 mois à 5 ans. Certains d’entre eux furent maintenus
sans traitement pendant tout le suivi, alors que d’autres furent
traités, principalement, avec une petite dose de phénobarbital.
Vingt-sept enfants suspectés d’épilepsie furent aussi suivis de la
même manière.
Dans le groupe suspecté de CIB, 70 % des cas (37/53) sont
restés libres de crises pendant tout le suivi, alors que le
diagnostic d’épilepsie fut finalement fait pour trois enfants qui
avaient présenté des crises à plusieurs reprises. Les 13 autres
enfants ont présenté une ou deux crises. Dans le groupe suspecté
d’épilepsie, 52 % (14/27) sont restés sans crise pendant le
suivi, mais 30 % (8/27) ont présenté plusieurs crises, avec
l’évolution habituelle d’une épilepsie chronique.
Dans le groupe suspecté de CIB, l’incidence de la non récidive
de crises était significativement plus élevée que dans le groupe
suspecté d’épilepsie (p < 0,05).
Étude de suivi EEG : 29 cas suspectés de CIB et 14
suspectés d’épilepsie ont eu des EEG répétés pendant une période
d’un an ou plus. Les EEG de 89 % des nourrissons suspectés de
CIB et 78 % de ceux suspectés d’épilepsie se révélèrent
normaux pendant toute la durée de ce suivi. Dans 2 cas de chacun
des 2 groupes cliniques, des décharges épileptiformes anormales
sont apparues, alors qu’un tracé anormal au début du suivi est
devenu normal dans un cas de chacun des deux groupes.
Tableau 2 Définition des convulsions infantiles
bénignes proposée par Fukuyama (1963)a
|
1.
|
Age de début
|
Avant 24 mois
|
|
2.
|
Symptôme majeur
|
CGTC afébriles de 1 à 2 minutes, sans facteur déclenchant, ni
maladie systémique
|
|
3.
|
Fréquence des crises avant la première consultation
|
Très rares, 1 ou 2 dans la plupart des cas
|
|
4.
|
Antécédents familiaux
|
Négatifs pour l’épilepsie et d’autres affections du SNC
|
|
5.
|
Antécédents de facteurs acquis
|
Négatifs
|
|
6.
|
Examen clinique/neurologique/cognitif à la première
consultation
|
Normal
|
|
7.
|
EEG intercritique à la première consultation
|
Normal
|
|
8.
|
Evolution crises et EEG
|
Rien ou crises rares, l’EEG reste normal
|
|
9.
|
Pronostic (cognitif, social)
|
Excellent
|
aFukuyama Y. Seishin Igaku (Tokyo) 1963 ; 5 :
211-23.
Résumé
En 1963, Fukuyama fut le premier à définir une sous-catégorie de
convulsions du nourrisson avec une évolution clinique bénigne,
comme une entité clinique unique. Dans la mesure où la survenue des
crises dans ces cas était limitée à la toute petite enfance, il
hésita à donner le nom d’« épilepsie » à ces cas bénins
et préféra donc un terme nouveau de « crises bénignes du
nourrisson » (CIB), pour les différencier de l’épilepsie qui
désignait une maladie chronique considérée comme devant durer toute
la vie selon les connaissances médicales de l’époque (( figure 1 )).
Ainsi, le cadre conceptuel de base de CIB fut mis en place pour
la première fois il y a 40 ans, mais les caractéristiques
cliniques, telles que la sémiologie des crises et la prédisposition
génétique, restaient à définir.
Études ultérieures des CIB comme concept classique au
Japon
Après 12 ans de silence, le thème de CIB commença à soulever
l’intérêt des neuropédiatres japonais. Dans le tableau 3(
Tableau 3 ), 13 autres articles que les
miens sont listés. En tout, 833 cas probables de CIB ont été
étudiés dans ces 13 rapports. Tous ces auteurs ont approuvé le
concept de base de CIB tel que proposé par Fukuyama (1963) et ont
accepté la majorité des critères de diagnostic, à l’exception du
caractère négatif de l’enquête familiale (critère 4 dans le
tableau 2). Ces rapports venant de plusieurs institutions du
Japon ont apporté des données supplémentaires sur différents
aspects des caractéristiques cliniques. La description de la forte
tendance à la répétition des crises en série (( figure 2 )) est un exemple
de ces contributions, qui comblèrent utilement les lacunes de la
description originale.
L’étude clinique de Sakauchi
Pour montrer les caractéristiques générales des CIB, nous allons
citer ici les données essentielles de Sakauchi (1997). Cette
publication a été choisie parce qu’il s’agissait de sa thèse de
doctorat, et parce qu’elle couvrait un très grand nombre de sujets
d’études, et que l’étude fut menée au Women’s Medical College de
Tokyo (maintenant Université de Médecine) où l’auteur, professeur
et chef du service de Pédiatrie au TWMC pendant des années,
travailla avec elle et fut son mentor. Cet article fut écrit en
japonais et parut dans un journal à très petit tirage, ce qui lui
valut de rester méconnu, même de ses collègues japonais. Son étude
concernait 212 patients diagnostiqués comme CIB entre 1967
et 1992. La majorité fut hospitalisée pour obervation et mise
en place d’un traitement. Dans 34 cas (22 %), des crises
furent directement observées soit par des médecins soit par des
infirmières, alors qu’un enregistrement EEG-vidéo fut pratiqué dans
5 cas seulement (3,3 %). En ce qui concerne les autres cas,
une information aussi détaillée que possible fut recueillie auprès
des parents par des neuropédiatres très expérimentés dans les
épilepsies de l’enfant. Les sujets furent divisés en deux groupes
cliniques, en fonction de la présence ou de l’absence de
manifestations diarrhéiques. Il y avait 162 cas de CIB avec
manifestations diarrhéiques (groupe A) et 50 cas sans diarrhée
(groupe B).
La répartition des âges de survenue de la première et des
dernières crises dans les groupes respectifs est montrée sur la (
figure 3 ).
Le groupe A est constitué en majorité de patients qui cadrent avec
la définition classique des CIB. Dix cas qui furent confirmés être
des épilepsies partielles bénignes du nourrisson (EPBI) par la
sémiologie critique et par un EEG critique, furent inclus dans le
groupe A, en raison du faible nombre de patients.
L’âge de la première crise était différent dans les 2 groupes.
La majorité des patients du groupe A avait eu leur première crise
avant 12 mois, avec une moyenne de 8,6 ± 5,8 mois, alors
que dans le groupe B, le pic se situait dans la deuxième année,
avec une moyenne à 14,6 ± 9 mois (les différences entre les
deux groupes étaient statistiquement significatives [p <
0,0001]).
L’âge de la dernière crise fut confirmé dans chaque cas en
suivant l’évolution pendant une année ou davantage. Les âges moyens
dans les groupes A et B étaient respectivement 12,1 ± 8,7 et 19,1 ±
9 mois, la différence étant, là encore, très significative (p
< 0,0001).
La durée de la maladie variait de 0 à 4 ans 9 mois, la
moyenne étant de 3 ± 7 mois, ce qui est très court. En
général, 46 % des sujets (97/212) ont présenté un seul épisode
(pas de récidive). La maladie durait moins d’un mois dans 45 cas
(21 %), 1 à 3 mois dans 27 cas, 4 à 6 mois dans 20
et 7 à 12 mois dans 8. Ce qui signifie que 93 % de
l’ensemble des sujets observés (197/212) ont cessé de faire des
crises dans l’année suivant leur première crise.
La récidive de crises, après deux ans, ne se produisit que dans
3 cas, le premier présenta sa dernière crise afébrile à l’âge de
2 ans et demi ; le deuxième, à l’âge de 4 ans et
2 mois, alors qu’il présentait une varicelle, avec une forte
fièvre ; le troisième, à 4 ans et 1 mois, avec un
simple rhume et un peu de fièvre.
Des enregistrements EEG intercritiques furent pratiqués sur tous
les sujets, et dans la majorité des cas, ils furent répétés
plusieurs fois (allant d’une seule fois à 33 fois, avec une moyenne
de 8, 9 fois). L’âge des derniers EEG allait de 2 à 21 ans, la
moyenne étant de 7 ans 11 mois. L’EEG a été considéré
comme normal dans les cas où les EEG répétés étaient restés
normaux, alors qu’il a été considéré comme anormal si un seul des
enregistrements présentait des décharges épileptiformes, même si
elles étaient transitoires. Sur ces critères, 90 % des
patients du groupe A et 76 % des patients du groupe B ont été
estimés normaux. La ( figure 4 ) montre une
séquence des EEG intercritiques des 21 des cas dans lesquels ils
avaient été anormaux à une ou plusieurs reprises pendant le suivi.
Bien que des anomalies EEG aient souvent été notées chez des
enfants d’âge scolaire, les crises cliniques avaient déjà cessé
avant l’âge de 2 ans.
Tableau 3 Littérature japonaise sur les crises bénignes
du nourrisson (infantiles) (CIB)
|
Auteurs
|
Année
|
Patients
|
Antécédents familiaux (%)
|
|
|
|
Toutes les crises
|
CIB
|
|
Fukuyama
|
1963
|
53
|
|
|
|
Nemoto et al.
|
1975
|
6
|
1
|
1
|
|
Kubagawa et al.
|
1976
|
71
|
21
|
9
|
|
Hojo et al.
|
1976
|
104
|
32
|
1
|
|
Kajitani et al.
|
1976
|
57
|
1
|
1
|
|
Tamai et al.
|
1978
|
47
|
19
|
11
|
|
Terauchi et al.
|
1979
|
108
|
10
|
3
|
|
Yoshino et al.
|
1981
|
2 (13)a
|
100
|
100
|
|
Sugiura et al.
|
1983
|
38
|
10
|
1
|
|
Kajiyama et al.
|
1987
|
53
|
17
|
8
|
|
Sumida et al.
|
1990
|
35
|
63
|
20
|
|
Dobashi et al.
|
1991
|
40
|
43
|
5
|
|
Takagi et al.
|
1991
|
1(5)b
|
100
|
100
|
|
Hashimoto et al.
|
1993
|
50
|
8
|
1
|
|
Sakauchi
|
1997
|
212
|
46
|
9
|
aDeux familles, incluant 13 membres atteints
bUne famille dont 5 membres avec CBI.
Étude clinico-génétique des CIB
Sakauchi et al. (1999) ont étudié l’histoire familiale de 271
patients, diagnostiqués CIB, qui ont été suivis à l’hôpital TWMU
ces 30 dernières années, et dont les dossiers médicaux
fournissaient des informations fiables sur les membres de leur
famille jusqu’à la 2e génération. Parmi les 271 probands
testés sur 266 familles (incluant 5 familles dont 2 membres
affectés dans la fratrie), une hérédité familiale de CIB fut
découverte dans 30 lignées (11,3 %). Dans 19 familles, les
membres affectés par CIB ont été trouvés dans deux ou trois
générations consécutives (arbres généalogiques 1-19, ( figure 5A )) alors que dans
11 autres familles, les deux membres de la fratrie étaient affectés
tous les deux, alors qu’aucun autre membre d’une quelconque
génération n’était affecté (affection horizontale ; arbres
généalogiques 20-30, ( figure 5B )). Une
consanguinité a été trouvée dans une famille. De cette analyse
familiale, on conclut que 14 familles sont compatibles avec une
forme héréditaire autosomique dominante, 16 familles avec une forme
autosomique récessive, et les 236 autres cas sont isolés. Des
crises fébriles (CF) ont été notées chez 6,2 % des parents au
premier degré (père, mère ou fratrie du proband), ce qui se vérifia
dans les mêmes proportions dans les cas de CF pour la population
japonaise en général.
Puis, une étude comparative a été menée sur des caractéristiques
cliniques de 30 patients avec un terrain familial (CIFB, crise
infantile familiale bénigne) et 236 cas isolés (CINFB, crise
infantile non familiale bénigne).
Pour le sex ratio, la sémiologie des crises (crises répétées,
série de crises, la proportion de crises partielles par rapport aux
CGTC), et la présence d’anomalies à l’EEG, il n’y avait pas de
différence significative entre CIFB et CINFB. Une différence
significative a été toutefois notée dans l’âge de début des crises
(CIFB : 6,5 mois versus CINFB : 10,3 mois), et
dans l’association de diarrhée (CIFB : 14,3 % versus
CINFB : 27,1 %).
Il est très rare de nos jours d’entendre parler de l’existence
possible d’une forme autosomique récessive de CIB. Notre étude de
nombreuses familles avec un cas affecté dans la fratrie nous porte
à croire qu’il est nécessaire de d’orienter nos recherches dans
cette direction dans le futur.
Reconceptualisation des crises bénignes du nourrisson en
épilepsie partielle bénigne du nourrisson par Watanabe
Un changement radical dans le concept des crises bénignes du
nourrisson fut apporté par Watanabe et ses collègues en 1987
(Watanabe et al., 1987) et les années suivantes (Watanabe et al.,
1990, 1993). Ils ont effectué une analyse clinique et
électrographique très pointue des crises en surveillant en
permanence et simultanément par EEG-vidéo leurs patients qui
avaient été jusqu’alors diagnostiqués comme CIB, en fonction des
critères de diagnostic préexistants. Grâce à cette nouvelle
approche, ils purent déterminer que les crises chez ces patients
n’étaient pas des convulsions généralisées d’emblée, mais qu’il y
avait toujours des signes focaux non convulsifs qui, soit
persistaient pendant toute la crise, soit pouvaient évoluer en
convulsions généralisées.
Dans les premiers cas, la sémiologie majeure de la crise est
celle d’une crise partielle complexe (CPC) «EPBI-CPC», alors que
dans les deuxièmes cas, la CPC initiale évolue vers une
généralisation secondaire qui fut nommée EPBI avec crises
généralisées secondaires (CGS). Ces deux groupes ont plusieurs
critères de diagnostic en commun : 1) présence dans la famille
ou pas ; 2) développement normal avant la première
crise ; 3) première crise dans la première année ; 4)
aucun dysfonctionnement sous-jacent ni aucune anomalie
neurologique ; 5) EEG intercritique normal ; 6)
excellente réponse au traitement ; et 7) développement
ultérieur normal.
Des différences existent uniquement au niveau de la sémiologie
des crises et des EEG critiques. Les crises ont tendance à survenir
en séries dans les deux groupes, mais le principal type de crises
est la CPC, avec ou sans mouvements convulsifs légers dans les
EPBI-CPC, alors qu’il y a des crises à début partiel qui vont
évoluer vers des convulsions tonicocloniques généralisées dans les
EPBI-CGS. Sur l’EEG critique, on trouve des différences sur la
localisation des foyers, le plus souvent temporale pour le premier
type et centrale, pariétale et occipitale pour le deuxième type de
crises.
Bien qu’il puisse exister des différences clinico-électriques,
comme mentionnées ci-dessus, il est tentant de considérer que les
différences pourraient se situer à un niveau quantitatif et non
qualitatif, de telle sorte qu’il serait impossible de faire la
moindre distinction entre les deux. Watanabe lui-même dut admettre
que les deux types de crises puissent alternativement affecter le
même patient. C’est pourquoi Watanabe proposa plus tard une
nomenclature unifiée de l’épilepsie bénigne du nourrisson, (EPBI),
pour couvrir ces deux pathologies (1993) et sa proposition fut
mondialement acceptée.
Dans un récent article de revue (2000), Wanabe et Okumura ont
résumé des données concernant 13 nourrissons présentant une
EPBI-CPC et 11 une EPBI-CGS. Le diagnostic dans ces cas fut
clairement établi grâce à un enregistrement EEG-vidéo et un suivi
suffisant. Dans tous les cas examinés, la nature focale de
l’origine des crises fut confirmée. La plupart des enfants étudiés
étaient à l’origine considérés comme ayant des convulsions
tonicocloniques généralisées ; ces crises se sont révélées
être des crises partielles avec généralisation secondaire, après
l’enregistrement d’un EEG critique. Les manifestations focales
critiques initiales peuvent être méconnues, sauf lorsqu’elles sont
accompagnées d’un phénomène moteur localisé.
Ce diagnostic est très important. Même dans les cas de
convulsions de l’enfance associées à une diarrhée modérée
(Morooka), un enregistrement EEG critique a révélé que ce type de
crise devait être considéré comme étant de type EPBI-CGS,
contrairement à ce qui avait été conclu après l’examen clinique
initial. On observa exactement la même chose dans des cas de
convulsions infantiles bénignes héréditaires
autosomiques dominantes, pour lesquelles un EEG critique
démontra l’existence d’un début focal des décharges et leur
propagation progressive vers d’autres régions du cerveau, et
finissant par se propager de façon très diffuse sur les deux
hémisphères, après un certain laps de temps variant de quelques
secondes à 30 secondes après le début de la crise.
Par conséquent il est donc clairement établi que les convulsions
généralisées décrites jusqu’ici dans tous les sous-groupes des
syndromes de crises bénignes du nourrisson, sont en réalité des cas
de EPBI-CGS. Dans son récent ouvrage, Panayiotopoulos (2005)
proposa comme acronyme « le syndrome de
Watanabe-Vigevano » au groupe des « crises bénignes du
nourrisson » (familiales ou non familiales).
Les crises bénignes du nourrisson associées à une diarrhée
modérée (Morooka)
Dans sa définition originale de CIB (tableau 2), Fukuyama
(1963) ne prit pas en compte le rôle potentiel des facteurs
extrinsèques inducteurs de crises dans le CIB. Il partit plutôt du
principe que le CIB était une forme idiopathique de crises
spontanées survenant sans déclenchement immédiat. Des études
cliniques ultérieures, cependant, ont démontré l’existence d’une
association entre les CIB et d’autres événements tels que le bain,
les pleurs, une diarrhée ou un simple rhume. En 1981
et 1982, Morooka décrivit pour la première fois une nouvelle
entité clinique potentielle. En se basant sur l’étude d’un groupe
de nourrissons en bonne santé (22 cas) qui présentaient des
convulsions généralisées associées à une diarrhée, il proposa un
nouveau syndrome clinique appelé crises bénignes de l’enfant avec
diarrhée modérée (CIBD). Goto et al. (1975) avaient, en fait,
identifié avant lui, ce syndrome qu’ils décrivaient dans un résumé.
Ils notaient que 6 parmi les 196 enfants atteints de diarrhée
hivernale (3 %) avaient des convulsions non fébriles sans
déshydration ou déséquilibre électrolytique et une évolution
finalement bénigne.
Description originale des CIBD par Morooka
Le syndrome des CIBD est constitué de deux symptômes majeurs,
convulsions et diarrhée. Il est bien connu que des convulsions
généralisées peuvent survenir pendant le stade aigu d’une diarrhée
sévère, comme complication neurologique à la fois toxique (e.g.
Shigellose), métabolique (déséquilibre électrolytique et
déshydratation, hypoxie, etc.) ou circulatoire (hypotension,
ischémie, etc.). Au contraire, et de façon très caractéristique,
les nourrissons souffrant de CIBD présentent des crises quand ils
sont en bonne condition physique, et la diarrhée reste
habituellement légère et ne provoque aucune déshydration ou
déséquilibre électrolytique grave.
Voici la description des caractéristiques cliniques de 22 cas
(10 garçons et 12 filles) souffrant de CIBD (Morooka 1981, 1982).
L’âge de début se situe entre 6 mois et 2 ans et demi (1
an et 5 mois en moyenne). Les périodes pré- et périnatales
étaient complètement normales chez tous, et le développement
psychomoteur normal. Des crises fébriles simples ont été observées
chez 3 enfants, mais aucun d’entre eux n’avait eu de crises non
fébriles avant. Chez quatre autres enfants étaient notées des
crises fébriles dans la famille.
L’épisode en question se produisait en général en hiver de
décembre à mars (20 de 29 épisodes). Cet épisode débutait
généralement avec une diarrhée, bien que des vomissements aient pu
être observés la veille dans 10 cas. Les convulsions survenaient
soit le même jour que la diarrhée soit 1 à 3 jours après. Une
diarrhée modérée persistait pendant quelques jours, mais les
vomissements cessaient rapidement au bout d’un jour ou deux ;
il arrivait donc que l’on néglige les symptômes gastro-intestinaux
le jour des convulsions, et les parents avaient tendance à ne faire
état que de la survenue de graves convulsions au service des
urgences.
Il s’agissait là typiquement de convulsions généralisées
tonicocloniques, accompagnées d’une perte de conscience et d’une
fixité du regard, durant moins d’une minute dans la plupart des cas
(33 sur 55 crises), les plus longues étant environ de 5 minutes
pour 6 crises. Les convulsions tendaient à se répéter en série en
quelques heures et/ou plusieurs fois sur une période de 2 ou
3 jours. Les autres signes et symptômes cliniques observés à
la première visite incluaient une inactivité, une mauvaise humeur
et un manque d’appétit, mais pas de fièvre, ni d’altération de la
conscience ou de signes méningés ou d’insuffisance circulatoire
périphérique. Les résultats des examens biologiques, incluant des
numérations sanguines, des électrolytes, des tests fonctionnels du
foie et des reins, et des EEG intercritiques se révélèrent tous
normaux. Le scanner (5 cas), la scintigraphie (1 cas), le LCR (5
cas), la glycémie (15 cas) et les gaz du sang (1 cas), étaient
également normaux.
Les sujets se remirent rapidement et sans complication de
l’épisode aigu. Des observations de suivi pour une moyenne de
22 mois (moyenne de 13 à 52) confirmèrent une évolution
clinique favorable, à l’exception de 5 cas où il y a eu
réapparition de convulsions généralisées non fébriles avec diarrhée
légère comme lors du premier épisode (un réépisode dans 3 cas et 2
dans 2 cas). Il faut noter que toutes les récidives sont survenues
avant l’âge de 2 ans, excepté dans un cas où la dernière
survint à l’âge de 2 ans et demi. Il n’a pas été noté de
crises non fébriles ou d’épilepsie pendant le suivi.
Morooka suggéra qu’une infection virale, très probablement par
rotavirus, était à l’origine de la diarrhée, bien qu’il n’ait pu le
prouver.
Données générales des CIBD – revue de la littérature
Depuis 1982, 36 articles traitant de ce sujet ont été publiés
(tableau 4( Tableau 4 )),
reconnaissant unanimement l’identité des CIBD en tant que syndrome
clinique ou en tant qu’état clinique unique, et l’hypothèse d’une
relation causale entre une gastro-entérite et des convulsions en
fut considérablement renforcée. Les caractéristiques cliniques des
CIBD en général sont rapportées dans le tableau 5( Tableau 5 ), basé sur une revue de la littérature.
Des nourrissons et de jeunes enfants âgés de 3 mois à
3 ans (âge moyen 1 an et 1/2), préalablement en bonne santé
peuvent présenter des convulsions apparemment généralisées en
association avec des gastro-entérites légères particulièrement en
hiver, de décembre à mars. Des vomissements et une légère diarrhée
précèdent habituellement les crises de 2 ou 3 jours ;
mais parfois, il arrive que des convulsions soudaines surviennent
avant et soient suivies d’une diarrhée modérée 1 à 3 jours
plus tard. Il peut arriver parfois que la diarrhée soit si légère
que les parents ne la remarquent pas, jusqu’à ce qu’un médecin leur
pose clairement la question. Les crises surviennent typiquement la
veille et chez des nourrissons en bonne forme physique, sans
fièvre. Parfois, la mauvaise humeur, des stimuli douloureux, des
pleurs violents, etc, semblent favoriser les crises. Quant aux
crises, la plupart des premiers rapports les décrivent comme des
convulsions généralisées symétriques, de type soit tonicoclonique,
soit tonique, avec perte de conscience, pouvant durer de 20
secondes à quelques minutes, mais ne persistant jamais au-delà de
30 minutes et suivies d’un sommeil post-critique. Certains auteurs
rapportent une fixité du regard, une déviation des yeux, une
cyanose et une hypokinésie, suggérant une crise de type partiel
complexe.
Des études récentes d’enregistrement simultané EEG- vidéo ont
complètement changé la sémiologie de la crise dans les CIBD. Dans
tous les cas ainsi examinés, on constata que les crises étaient des
crises partielles complexes qui se généralisaient. (Tsurui et al.,
1989 ; Ohfu et al., 1996, Honma et al., 1997 ; Hongou et
al., 1998 ; Imai et al., 1999 ; Watanabe, 2000). Les EEG
critiques seront décrits plus loin dans ce chapitre.
Une autre caractéristique particulière des épisodes de crises de
ce type est la haute incidence (40-80 % des cas) des crises en
série ; fréquemment, plusieurs crises surviennent en une heure
ou plusieurs heures (par exemple 2 à 20 crises en 24 heures).
Entre les crises de la série, l’état mental reste inaltéré :
un épisode de véritable état de mal épileptique est assez
exceptionnel. Le déroulement d’une série dure habituellement moins
de 24 heures dans la majorité des cas (8 %, Uemura et
al., 2002), mais il peut s’étendre à 2 ou 3 jours dans
certains cas. Il serait intéressant de noter que ces crises en
série sont résistantes aux mesures d’urgence banales telles qu’une
perfusion rapide de diazépam. Différents médicaments ont été
essayés pour stopper la survenue d’autres crises dans les cas
résistants pour lesquels le diazépam a échoué. Les résultats furent
variés, mais un certain nombre de chercheurs obtinrent de meilleurs
résultats avec une perfusion de lidocaïne, de midazolam, de
phénytoïne, etc. Certains auteurs préconisent la prise orale de CBZ
dont les effets anticonvulsivants peuvent se révéler
spectaculaires, même à petite dose. Après avoir traversé la période
d’une série de 2 à 3 jours, les crises disparaissent
clairement pendant de nombreux mois ou de nombreuses années, avec
une prise orale de médicaments antiépileptiques (MAE), ou même plus
souvent sans traitement.
Les examens neurologique et physique des patients en période de
crises restent en grande partie normaux, comme le sont sans
exception tous les examens de laboratoire, incluant la numération
globulaire, la biochimie sanguine, le LCR. Le scanner et/ou l’IRM
sont normaux. L’EEG intercritique est normal, alors qu’une activité
lente, diffuse ou localisée, peut être trouvée occasionnellement
sur l’EEG quand l’enregistrement est réalisé peu de temps après la
période des crises. Des EEG critiques ont été obtenus actuellement
dans 9 cas, et ont tous montré des bouffées de pointes focales avec
une généralisation secondaire. Le début était variable d’un
nourrisson à l’autre, au niveau des lobes initialement impliqués,
mais un début latéralisé sur un hémisphère était la règle générale.
Chez une petite fille de 6 mois souffrant d’un CIBD
diagnostiqué par Imai et al. (1999), une série de 3 crises non
fébriles fut enregistrée sous vidéo-EEG. Toutes les crises furent
identifiées comme étant des crises partielles complexes avec
généralisation secondaire et la localisation du foyer initial
migrait sans cesse des régions occipitales droites aux régions
centropariétotemporales droites et occipitales gauches. Toutes ces
caractéristiques des EEG critiques faits dans ces conditions sont
tout à fait identiques à celles décrites dans les cas d’épilepsie
bénigne du nourrisson selon Watanabe.
Le rotavirus a été identifié comme étant responsable de la
gastro-entérite dans la majorité des cas (20-70 %). Dans les
cas négatifs, un petit virus à la structure ronde, appelé
Norwalk-like, apparaît clairement comme deuxième agent important.
Dans les gastro-entérites d’origine bactérienne ou autre origine
non virale, l’incidence des crises afébriles est faible et elle se
situe au même niveau que pour la moyenne de la population.
Le pronostic, à la fois des crises et des fonctions cognitives,
se révéla être tout à fait bénin selon de nombreuses études de
suivi couvrant 2 à 5 années. Il est bien sûr intéressant de noter
que le même nourrisson peut être affecté à nouveau par des CIBD
l’hiver suivant, alors qu’il est très rare de voir un nourrisson
souffrir d’autres types de CIB, de CF ou d’épilepsie dans
l’évolution.
L’étude clinique génétique de membres de la famille de probands
est loin encore d’être satisfaisante, mais un certain nombre
d’études ont démontré l’existence croissante de CIBD dans les
fratries (Kai et al. (1984) : 17 %, ; Okumura et al.
(1999), 8 %), alors qu’une probable affection
multigénérationnelle avait été rapportée seulement dans quelques
familles. Okumura et al. (1999) ont rapporté le cas de deux jumeaux
monozygotes qui firent tous les deux des convulsions le même jour,
presque simultanément, en association avec une gastro-entérite
virale rotanégative. Dans ce cas, la mère et la tante du côté
maternel avaient eu des convulsions afébriles dans l’enfance, bien
que l’on n’ait pas su si elles avaient été accompagnées ou non de
diarrhée. Ces observations suggèrent qu’une sensibilité génétique
spécifique aux CIBD, pourrait être présente, mais aucun lien direct
ne semble exister entre les CIBD et d’autres formes de CIB ou de CF
ou d’épilepsie. Jusque là, aucun rapport ne faisait état d’un
analyse moléculaire génétique de cette pathologie.
Tableau 4 Littérature sur les crises infantiles
bénignes afébriles avec diarrhée modérée (36 études portant sur un
total de 867 patients)
|
Année
|
Auteurs
|
Nb de pts
|
Pays
|
Année
|
Auteurs
|
Nb de pts
|
Pays
|
|
1975
|
Goto et al.
|
6
|
Japon
|
1998
|
Shikano et al.
|
26
|
Japon
|
|
1982
|
Morooka
|
22
|
Japon
|
1999
|
Okumura et al.
|
26
|
Japon
|
|
1982
|
Nakai et al.
|
5
|
Japon
|
2001
|
Wong
|
68
|
Hong Kong
|
|
1982
|
Ono et al.
|
15
|
Japon
|
2002
|
Uemura et al.
|
105
|
Japon
|
|
1983
|
Ushijima et al.
|
7
|
Japon
|
2002
|
Kobayashi et al.
|
25
|
Japon
|
|
1984
|
Kai et al.
|
12
|
Japon
|
2002
|
Omata et al.
|
19
|
Japon
|
|
1984
|
Kajiyama et al.
|
25
|
Japon
|
2002
|
Wu et al.
|
33
|
Chine
|
|
1988
|
Ito et al.
|
7
|
Japon
|
2002
|
Ong & Lee
|
7
|
Singapour
|
|
1993
|
Nishimura et al.
|
6
|
Japon
|
2002
|
Maeda et al.
|
3
|
Japon
|
|
1993
|
Wang et al.
|
20
|
Taiwan
|
2003
|
Hara et al.
|
27
|
Japon
|
|
1994
|
Contino et al.
|
3
|
USA
|
2003
|
Kohno et al.
|
32
|
Japon
|
|
1995
|
Hotta et al.
|
22
|
Japon
|
2003
|
Kawasaki et al.
|
19
|
Japon
|
|
1995
|
Jones et al.
|
1
|
Australie
|
2003
|
Hung et al.
|
40
|
Taiwan
|
|
1995
|
Komori et al.
|
10
|
Japon
|
2004
|
Inage et al.
|
18
|
Japon
|
|
1996
|
Mizukawa et al.
|
8
|
Japon
|
2004
|
Okumura et al.
|
126
|
Japon
|
|
1996
|
Lin et al.
|
8
|
Taiwan
|
2004
|
Ichiyama et al.
|
16
|
Japon
|
|
1997
|
Repetto et al.
|
?
|
Italie
|
2004
|
Inoue et al.
|
50
|
Japon
|
|
1997
|
Minamiura et al.
|
10
|
Japon
|
2004
|
Omata et al.
|
40
|
Japon
|
Tableau 5 Caractéristiques cliniques des CIB avec
diarrhée modérée (CIBD) – Données générales
|
Âge de début
|
3 mois - 3 ans, pic 1 à 6 m
|
|
Sexe
|
Égalité pour les 2 sexes
|
|
Histoire familiale d’épilepsie
|
CF chez quelques-uns. CIB et épilepsie très rares
|
|
Antécédents personnels
|
|
|
Prépérinatal
|
Sans particularité
|
|
Développement psychomoteur
|
Normal
|
|
Antécédents médicaux
|
Rien. Pas de crise néonatale. CF dans 5 à 15 % des cas,
absence de crises non fébriles
|
|
Symptômes majeurs de l’épisode aigu
|
Vomissements et diarrhée suivis de convulsions apparemment
généralisées sans fièvre, souvent en salve
|
|
Examens à la phase aiguë
|
|
|
Physique
|
Normal ou légère déshydratation
|
|
Neurologique
|
Normal ou quasi-normal entre les convulsions
|
|
Examens biologiques
|
NFS, ionogramme, LCR, dans les limites de la normale
|
|
EEG
|
EEG critique : décharges de pointes à début focal suivies
d’une généralisation secondaire ; EEG intercritique normal
|
|
Bilan virologique (selles, LCR)
|
Positif aux antigènes des rotavirus dans près de 50 % des cas.
Positif aux SRSV et adénovirus parfois
|
|
Scanner, IRM
|
Normaux
|
|
Évolution
|
|
|
Récidive des crises
|
Rare. Rechute CIBD dans 5-20 %, moins pour les CF, pas
d’épilepsie
|
|
Développement psychomoteur
|
Normal
|
Épidémiologie et étiologie
Selon de récentes études, la survenue de convulsions dans des
gastro-entérites à rotavirus varie de 2,9 à 9,1 % [Morooka
1982 ; Nakai et Masuda, 1982 ; Komori et al. 1995 ;
Shikano et al., 1998 ; Omata et al., 2002]. La gastro-entérite
à adénovirus peut aussi se compliquer de convulsions dans les mêmes
proportions, mais la fièvre est toujours une complication dans le
deuxième cas, contrairement aux convulsions dans l’infection à
rotavirus dans laquelle on ne trouve pas de fièvre. L’âge des
enfants touchés par ces deux affections est aussi différent. Il est
préférable de dire, par conséquent, que l’association entre
diarrhée modérée et convulsions afébriles, en particulier pendant
l’hiver, est largement due au rotavirus.
Il existe un lien très étroit entre les CIBD et la
gastro-entérite, mais la physiopathologie de l’ictogenèse n’a pas
encore été tout à fait éclaircie. Nishimura et al (1993) ont
démontré que l’antigène du rotavirus était positif dans le LCR et
dans les selles à la phase aiguë chez 5 enfants sur 6 atteints de
CIBD examinés par PCR. Il a été rapporté des cas d’encéphalite
(Ushijima et al, 1986) probablement causée par une infection à
rotavirus. Cependant, il n’existe aucune autre preuve de l’invasion
du virus dans le tissu du SNC.
On ne connaît pas au Japon l’incidence précise des CIBD, mais il
est probable que les CIBD apparaissent plus fréquemment que les CIB
sans diarrhée ou les EPBI, et qu’elles soient aussi fréquentes que
les CF, à en croire ce qui ressort de la pratique clinique
quotidienne.
De toute évidence, les articles sur les CIBD émanent presque
tous exclusivement du Japon. Les rapports rédigés dans d’autres
pays que le Japon, sont ceux de Wang et Hung (Taiwan, 1993),
Contino et al. (USA, 1994), Jones et al. (Australia, 1995)Lin et
al. (Taiwan, 1996), Wong (Hong Kong, 20011998), Hung et al.
(Taiwan, 2003), Ong et Lee (Singapour, 2002), et Wu et al. (Chine,
2002). La raison pour laquelle si peu d’articles sont parus dans
les pays occidentaux n’est toujours pas claire à ce jour et l’on
peut se demander si cela est dû à la rareté de cette pathologie
dans ces pays ou à un défaut de prise de conscience des
médecins.
Autres nouveaux syndromes héréditaires avec CIB
Convulsions infantiles familiales et choréoathétose
Szepetowski et al. (1997) ont étudié 4 familles en France chez
lesquelles les CIB avaient une hérédité autosomique dominante,
associées à une choréoathétose paroxystique (CA, d’où syndrome
ICCA, infantile convulsions and choreoathetosis). Les
manifestations cliniques des crises sont les mêmes que celles
décrites dans les CIB. Les mouvements choréoathétosiques qui
apparaissent pendant la petite enfance ou l’enfance sont de type
dystonique, surviennent au repos ou peuvent être induits par un
état de fatigue ou d’anxiété. Un lien entre le gène de la maladie
et la région per-centromérique du chromosome 16 a été établi.
Hattori et al. (2004) ont rapporté le lien encore plus étroit
qui existe entre deux manifestations différentes de pathologie (CIB
et CA) dans le cas de 11 familles japonaises (( figure 6 )). Dans ces 11
familles, il y avait seulement 7 cas de CIB, seulement 2 cas de CA,
et 19 cas avec à la fois CIB et une CA. Ces deux conditions sont
dépendantes de l’âge : les CIB se manifestent généralement
pendant la petite enfance et disparaissent après l’âge de
2 ans, alors que la CA n’apparaît qu’après l’âge de
5 ans. Les observations de Hattori laissent entrevoir une plus
grande interrelation qu’on ne l’avait pensé précédemment entre CIB
et CA ou une possibilité de troubles génétiques alléliques. Des
analyses moléculaires récentes localisent les gènes responsables
dans la même région du chromosome 16.
Crises néonatales infantiles familiales bénignes
(Berkovic et al, 2004) et migraines hémiplégiques familiales et CIB
familiales (Terwindt et al., 1997) ont été ajoutées à la liste des
syndromes complexes de CIB, mais leurs particularités ne sont pas
décrites dans cet article.
Conclusion
En annexe, un historique du développement du syndrome de BIS,
montré dans le diagramme (( figure 7 )). Au tout début
de l’apparition de ce syndrome, on se trouvait en présence de
nouveau-nés, de nourrissons et de jeunes enfants, qui présentaient
des problèmes de crises mal définies. Dans les années 1960 et 1970,
il était impossible de trouver dans un manuel classique de
pédiatrie un chapitre portant clairement le titre d’épilepsie, par
contre, un tel chapitre portait le plus souvent le titre de
« troubles convulsifs » ou de « troubles
paroxystiques ». Il semblait clair que les éditeurs voulaient
éviter d’employer le terme d’épilepsie pour cette catégorie d’âge.
La tendance s’inversa rapidement. Le temps passant, les crises du
nourrisson et de l’enfant devinrent des cibles de recherches
favorites pour les scientifiques, et de nombreux types d’épilepsie
et syndrome épileptique furent reconnus. Cependant, persiste
toujours un doute quant à la limite exacte existant entre
l’épilepsie et les troubles non épileptiques paroxystiques. De
plus, l’ensemble des syndromes de CIB soulève un certain nombre de
problèmes non résolus à ce jour, comme précisé dans le tableau 6(
Tableau 6 ). Tous ces thèmes semblent
assez significatifs pour faire l’objet d’une future recherche.
Tableau 6 Problèmes du complexe « CIB »
|
1.
|
Concepts : est-ce de l’épilepsie ?
|
|
Nomenclature appropriée : CIB ? ou EIB ?
|
|
2.
|
Des crises vraiment généralisées existent-elles chez le
nourrisson ?
|
|
•Les EEG critiques publiés n’ont jamais montré de début focal, à de
rares exceptions près
|
|
•Dans les CNNFB comme dans les CF simples, les EEG critiques
mettent en évidence un début focal
|
|
3.
|
Est-il raisonnable d’utiliser le terme d’épilepsie ou de crises
« focales » dans les syndromes de CIB, avec la même
signification que dans les épilepsies de l’adulte ?
|
|
•Le siège du début de l’ EEG critique migre souvent chez le même
patient, y compris au cours d’une même série de crises
|
|
4.
|
Pourquoi s’organisent-elles en séries ?
|
|
•Habituellement sans état de mal
|
|
5.
|
Par quels mécanismes la CBZ a-t-elle une activité rapide et
sélective dans le contrôle des crises en séries ?
|
|
•La CBZ 2 mg/kg per os arrête rapidement une série
|
|
•Le diazépam i.v. ou rectal est totalement inefficace
|
|
•Supersensibilité d’un canal sodique muté à la CBZ ?
|
|
6.
|
Interrelations nosologiques entre syndromes ?
|
|
•Maladies génétiquement alléliques ?
|
|
•Similaires pour le phénotype, mais génétiquement
distinctes ?
|
|
•Les différents syndromes sont-ils coségrégués dans les
familles ?
|
|
•Différents syndromes peuvent-ils coexister chez un même
individu ?
|
Références
Berkovic et al, 2004 Berkovic SF, Heron SE,
Giordano L, et al. Benign familial neonatal-infantile
seizures : Characterization of a new sodium channelopathy. Ann
Neurol 2004 ; 55 : 550-7.
Callenbach et al, 2005 Callenbach PMC, Van den
Boogerd EH, De Coo RFM, et al. Refinement of the
chromosome 16 locus for benign familial infantile convulsions. Clin
Genet 2005 ; 67 : 515-7.
Contino et al, 1994 Contino MF, Lubby T,
Arcinue EL. Rotavirus gastrointestinal infection causing
afebrile seizures in infancy and childhood. Am J Emerg Med
1994 ; 12 : 94-5.
Dobashi et Ikeno, 1991 Dobashi H, Ikeno T. Clinical
study of benign infantile convulsions (in Japanese). Rinsho Shoni
Igaku (Sapporo) 1991 ; 39 : 215-8.
Fukuyama, 1963 Fukuyama Y. In : Borderland of
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