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Critères électro-cliniques prédictifs de l’évolution bénigne ou sévère d’une épilepsie partielle idiopathique avec pointes centro-temporales


Epilepsies. Volume 13, Numéro 2, 81-90, Avril - Mai - Juin 2001, Articles originaux


Résumé   Summary  

Auteur(s) : R. Massa, A. de Saint-Martin, G. Rudolf, R. Carcangiu, C. Seegmuller, C. Kleitz, M.N. Metz-Lutz, É. Hirsch, C. Marescaux, via Liguria, 16-09127 Cagliari, Italie..

Résumé : De nombreuses études ont affirmé le caractère bénin de l'épilepsie partielle idiopathique avec pointes centro-temporales (EPCT). Néanmoins, des données récentes ont montré que certains patients peuvent développer des complications neuro-psychologiques sévères, mais réversibles, au cours de l'évolution de ce syndrome. Nous avons tenté de découvrir des marqueurs prédictifs de ces risques au travers d'une étude prospective d'enfants satisfaisant initialement aux critères diagnostiques classiques d'EPCT. Trente-cinq cas ont été recrutés dès leur première crise, et 5 nous ont été adressés en raison d'une évolution atypique. Des évaluations socio-familiales, neuro-psychologiques et neurologiques ainsi que des EEG de veille et de sommeil ont été répétés régulièrement jusqu'à la guérison complète. Chez 25 des 35 patients non sélectionnés (72 %), le comportement et les capacités cognitives sont restés intacts. Chez 7 (20 %), des difficultés comportementales, scolaires et neuro-psychologiques modérées sont apparues après quelques mois. Chez 3 des enfants non sélectionnés (8 %) et chez les 5 cas vus secondairement, des complications sévères ont perturbé le fonctionnement scolaire, familial et intellectuel. La survenue de complications cognitives n'était pas liée aux caractéristiques des crises ou des traitements, mais était corrélée à cinq patterns EEG intercritiques de veille : (1) foyer lent intermittent ; (2) foyers multiples asynchrones ; (3) longs trains de pointes-ondes rythmiques ; (4) décharges généralisées à 3 c/s ; (5) survenue de symptômes cliniques en conjonction stricte avec les pointes ou les ondes intercritiques. Tous les enfants souffrant de complications ont présenté, pendant plus de 6 mois, différentes combinaisons d'au moins 3 de ces 5 critères EEG.

Mots-clés : épilepsie partielle bénigne idiopathique, pointes rolandiques, pointes centro-temporales, évolution atypique, patterns EEG intercritiques, critères prédictifs.

Illustrations

ARTICLE

Les épilepsies partielles idiopathiques (EPI) surviennent chez des enfants ne souffrant ni de lésion cérébrale, ni de déficit neurologique, ni de handicap intellectuel, et régressent spontanément avant la fin de l'adolescence (Dalla Bernardina et al., 1992 ; Holmes, 1993 ; Lerman, 1997). La plus fréquente des EPI est l'épilepsie bénigne à pointes centro-temporales (EPCT), qui a été très largement étudiée au cours des 40 dernières années. Sa définition exacte et ses frontières sont encore discutées (Deonna et Roulet, 1995 ; Wirrel, 1998 ; Fejerman et al., 2000). L'axiome de la bénignité de l'EPCT pourrait résulter, en partie du moins, d'un biais de sélection : les premières publications ont rejeté a posteriori le diagnostic d'EPCT chez les patients qui ont développé secondairement une détérioration neurologique ou cognitive (Beaussart et Faou, 1978 ; Loiseau et al., 1992 ; Bouma et al., 1997 ; Wirrel, 1998). Jusqu'à présent, les critères diagnostiques classiques n'ont jamais été confirmés par une étude prospective menée sur une population non sélectionnée (Fejerman et al., 2000 ; Deonna et al., 2000). L'absence de déficits cognitifs a été contestée dans des publications récentes qui ont mis en évidence de minimes altérations des fonctions attentionnelles, visuo-spatiales ou auditivo-verbales (Piccirilli et al., 1994 ; Weglage et al., 1997 ; Staden et al., 1998 ; Croona et al., 1999 ; Gündüz et al., 1999 ; Metz-Lutz et al., 1999 ; Deonna et al., 2000 ; Yung et al., 2000). Ces dysfonctionnements étaient souvent infra-cliniques et n'étaient détectés que par des investigations neuro-psychologiques détaillées et par des comparaisons statistiques entre groupes de patients et groupes de sujets contrôles. La signification de ces « troubles » qui ne retentissaient pas sur les activités de la vie quotidienne est discutable (Wirrel, 1998 ; Deonna et al., 2000). Par ailleurs, de rares patients, présentant à la phase initiale les caractéristiques d'une EPCT, ont développé secondairement des symptômes sévères consistant en myoclonies positives ou négatives brèves, en syndrome bi-operculaire, en troubles cognitifs prolongés ou en décharges de pointes-ondes sub-continues au cours du sommeil (Roulet et al., 1989 ; Kanazawa et Kawai, 1990 ; Oguni et al., 1992 ; Shafrir et Prensky, 1995 ; Saint Martin et al., 1999 ; Ong et Willie, 2000 ; Saint Martin et al., 2000). De telles complications ont été observées dans de petits groupes de patients hospitalisés en raison de leur présentation atypique et ont été décrites sous diverses dénominations : épilepsie partielle bénigne atypique, épilepsie focale bénigne avec crises astato-myocloniques, état de mal partiel bénin, syndrome de Landau-Kleffner (SLK), épilepsie avec pointes-ondes continues au cours du sommeil ou POCS (Deonna et Ziegler, 1986 ; Aicardi, 1994 ; Metz-Lutz et Massa, 1999 ; Fejerman et al., 2000 ; Tassinari et al., 2000).

Jusqu'à présent, les EPCT risquant un déclin neurologique ou cognitif ne peuvent pas être différenciées précocement des formes bénignes. La fréquence relative et la situation nosographique des formes typiques et atypiques restent des sujets de controverse. Pour certains auteurs, chacun de ces syndromes correspond à une entité spécifique. Pour d'autres, ces syndromes ne sont que des sous-classes d'un continuum d'affections de la maturation cérébrale, présentant de nombreuses similitudes EEG et cliniques et dépendant de mécanismes physiopathologiques similaires (Doose et Baier, 1989 ; Dalla Bernardina et al., 1992 ; Holmes, 1993 ; Deonna et Roulet, 1995 ; Roulet-Perez, 1995 ; De Negri, 1997 ; Massa et al., 2000).

Pour tenter de répondre aux questions soulevées par ces hypothèses contradictoires, nous avons mené, depuis 1988, une étude longitudinale et prospective d'une cohorte d'enfants qui satisfaisaient à l'origine aux critères classiques d'EPCT et qui avaient consulté l'un d'entre nous dès leur première crise. Jusqu'à présent, 35 enfants de cette cohorte ont été suivis jusqu'à la guérison complète. En outre, nous avons inclus dans l'étude 5 enfants qui nous avaient été adressés en seconde intention, mais pour lesquels nous disposions des données initiales. Nos objectifs étaient :

- de préciser le décours naturel des EPCT ;

- d'évaluer la fréquence réelle des complications sociales et/ou familiales dans une population non sélectionnée ;

- de déterminer si les difficultés d'insertions socio-familiales étaient liées à des déficits cognitifs spécifiques ;

- de rechercher des critères cliniques ou EEG précoces permettant de prédire de façon fiable un risque évolutif.

Patients et méthodes

Depuis 1988, nous avons sélectionné une cohorte d'EPCT sur les critères suivants : absence d'antécédents médicaux personnels ; imagerie neuro-radiologique (scanner-X ou IRM) normale ; début entre 3 et 12 ans ; crises partielles sensori-motrices avec ou sans généralisation secondaire ; anomalies intercritiques de grande amplitude focalisées sur les régions centrales et activées par le sommeil ; consultation dans notre unité dès la première crise. Lorsque les parents avaient donné leur consentement éclairé, les enfants étaient vus en consultation tous les trois mois. La fréquence des crises (nombre par mois, nombre total pendant la phase active de la maladie) et leur nature (existence de généralisation secondaire et/ou de déficit post-critique) étaient notées par les familles sur des calendriers (tableaux 1 et 2). Un traitement antiépileptique était prescrit uniquement lorsque 6 crises partielles (ou 2 crises secondairement généralisées) survenaient pendant une période de trois mois. L'acide valproïque (VPA) était proposé en première intention. Il était remplacé par une benzodiazépine (BZD) si les crises n'étaient pas contrôlées ou si une détérioration socio-familiale ou cognitive était notée. Quand des complications neuro-psychologiques invalidantes persistaient pendant plus de six mois, des corticoïdes étaient associés au traitement par BZD. Les déficits de l'attention étaient traités par méthylphénidate. Certains enfants ont été traités dès la première crise en raison d'une anxiété familiale importante, ou avec d'autres antiépileptiques que le VPA ou les BZD en raison des habitudes de prescription du médecin de famille (tableau 3).

Moins d'un mois après la première crise, un bilan neuro-psychologique complet et un enregistrement vidéo-EEG de veille et de sommeil de nuit étaient réalisés. Pendant la phase active, les examens cliniques ont été répétés tous les trois mois, les tests cognitifs et les enregistrements de jour tous les six mois, les enregistrements de sommeil tous les douze mois et les mesures d'efficience intellectuelle (quotient intellectuel ou QI) tous les dix-huit mois. Les parents et les enseignants avaient pour instruction de signaler immédiatement toute modification du comportement, des performances scolaires ou de la fréquence des crises. Durant ces phases d'aggravation, des examens supplémentaires étaient réalisés tous les mois. Après la régression complète des crises et la normalisation définitive des EEG intercritiques, les évaluations cliniques et neuro-psychologiques ainsi que les enregistrements EEG de jour et de nuit ont été effectués tous les dix-huit mois pendant 3 à 6 ans.

La batterie de tests neuro-psychologiques standardisés évaluait les fonctions auditivo-verbales, visuo-spatiales et constructives, la mémoire à court et à long terme, l'attention, l'apprentissage et l'efficience intellectuelle (Metz-Lutz et al., 1999). Les déficits cognitifs étaient quantifiés en quatre degré : 0 = absents ; 1 = mineurs, révélés par les tests mais sans conséquences sur la vie quotidienne ; 2 = modérés, nécessitant une rééducation ; 3 = sévères, handicapants malgré une prise en charge spécifique (tableau 4).

La morphologie, l'organisation, la topographie et l'abondance des anomalies EEG intercritiques étaient examinées lors de chaque enregistrement. Pendant les enregistrements de nuit, la durée des anomalies intercritiques était exprimée en pourcentage de la durée totale de chaque cycle de sommeil lent (tableau 5).

L'évolution a été considérée comme compliquée uniquement lorsque les performances scolaires et le comportement en famille avaient été altérés de façon significative pendant une période d'au moins six mois. Les difficultés scolaires ont été quantifiées sur une échelle à quatre degrés : 0 = absence de difficultés ; 1 = difficultés minimes signalées par les enseignants mais permettant une scolarisation dans une classe normale, en adéquation avec l'âge ; 2 = difficultés modérées, nécessitant un soutien pédagogique et entraînant un retard d'une année ; 3 = difficultés sévères, nécessitant des mesures éducatives spécialisées et entraînant un retard d'au moins deux années. Les troubles comportementaux (hyperactivité, impulsivité, agressivité, hostilité) ont été quantifiés sur une échelle équivalente : 0 = absence de troubles ; 1 = troubles minimes, signalés par les parents mais sans répercussion sur la vie familiale et ne nécessitant pas de traitements ; 2 = troubles modérés, nécessitant une prise en charge thérapeutique, soit psychothérapique, soit pharmacologique ; 3 = troubles sévères, ayant des répercussions familiales et scolaires malgré une prise en charge adéquate.

Nous rapportons ici les résultats obtenus chez les 35 premiers enfants ayant achevé la totalité du suivi prévu. Cinq enfants adressés secondairement à notre service en raison d'atypies cliniques ont été inclus dans l'étude EEG. À la fin de l'étude, les enfants ont été classés dans trois groupes évolutifs en fonction de la somme des scores scolaires et familiaux (tableau 1). Le groupe I n'a présenté aucune complication (score scolaire et comportemental ¾ 2). La qualité de vie du groupe II avait été modérément affectée (score 3-4) et celle du groupe III sévèrement compromise (score >= 5). Les données cliniques, EEG et neuro-psychologiques des groupes I, II et III ont été comparées statistiquement à trois moments au cours de l'évolution de la maladie :

- à la phase initiale, moins d'un mois après la première crise ;

- pendant la phase de stabilisation des crises et des anomalies EEG pour le groupe I, et pendant la phase d'aggravation maximale pour les groupes II et III ;

- après la rémission complète des crises et des anomalies EEG.

Les résultats étaient exprimés en moyenne ± DS pour les paramètres quantitatifs, et en nombre relatif de patients présentant un pattern EEG, ou un score comportemental donné, pour les paramètres qualitatifs. Les comparaisons intergroupes étaient effectuées afin de mettre en évidence des corrélations entre complications socio-familiales, déficits neuro-psychologiques, nature et nombre des crises, type de traitement et caractéristiques qualitatives et quantitatives des anomalies EEG. Une analyse de variance (Anova), un test de Student-Newman-Keuls, et un t-test (avec p < 0,05 comme seuil significatif) ont été utilisés.

Résultats

Données cliniques

Le groupe I était constitué de 25 enfants (10 filles, 15 garçons), le groupe II de 7 enfants (3 filles, 4 garçons) et le groupe III de 3 enfants de notre série et des 5 enfants qui nous ont été adressés en seconde intention (2 filles, 6 garçons). Les antécédents personnels et familiaux, l'âge de début, le type et le nombre de crises, la durée d'évolution et l'âge lors de la guérison ne différaient pas significativement entre les trois groupes (tableau 2).

Données neuro-psychologiques

Chez certains des enfants du groupe I, les évaluations neuro-psychologiques effectuées à différents moments au cours de l'évolution montraient de légères faiblesses d'un ou de plusieurs tests mesurant les fonctions visuo-spatiales (8/25) ou auditivo-verbales (5/25), la mémoire à court terme (5/25) ou l'attention (10/25). Les minimes perturbations des tests ne s'accompagnaient d'aucune baisse de l'efficience intellectuelle moyenne (QI verbal, performance et global) et ne retentissaient pas sur la vie quotidienne des enfants. Un seul d'entre eux présentait un QI global au-dessous de 85 (74 au début, 68 à la rémission) et un retard scolaire. Les patients ont été évalués pour la dernière fois à l'âge de 12 à 16 ans, 6 à 36 mois après la rémission complète des crises et des anomalies EEG. Ils suivaient une scolarité normale pour l'âge, sans difficultés dans 24/25 cas (tableau 4).

Dés le début de l'épilepsie, 5 des 7 patients du groupe II présentaient des déficits d'attention, 5 des 7 avaient des difficultés auditivo-verbales (3 cas) ou visuo-spatiales (2 cas), et 2 sur 7 avaient un QI global au-dessous de 85 (76 et 78). Après un délai variant entre 2 et 36 mois (moyenne : 13 ± 13), tous les enfants de ce groupe ont développé des troubles du comportement et des difficultés scolaires. Ces complications socio-familiales étaient associées à un déclin cognitif modéré. L'efficience intellectuelle moyenne diminuait significativement (QI verbal, p < 0,01 ; performance, p < 0,01 ; global, p < 0,01), avec un QI global au-dessous de 85 (76 à 78) dans 3 cas sur 7. La baisse des performances scolaires était principalement corrélée à l'inattention (p < 0,01) et à des difficultés d'apprentissage et de mémorisation à court terme. Les tests mesurant les fonctions cognitives spécifiques, visuo-spatiales ou auditivo-verbales, n'étaient que modérément altérés. Les phases d'aggravation ont duré de 9 à 36 mois (moyenne : 19 ± 8) et ont régressé parfois avant la rémission complète des crises ou des anomalies EEG. Les patients ont été évalués pour la dernière fois à l'âge de 10 à 16 ans, 12 à 36 mois après guérison. Des difficultés scolaires persistaient dans 6 cas sur 7 (retard de 1 à 2 ans). Le QI global restait entre 78 et 80 dans 2 cas (tableau 4).

Dès la première évaluation, les patients du groupe III présentaient des déficits significatifs concernant l'attention (8 cas sur 8), les fonctions auditivo-verbales (5 cas sur 8) et l'efficience intellectuelle (3 cas sur 8, avec un QI global de 62, 73 et 78). Après un délai variant de quelques jours à 45 mois (moyenne : 9 mois ± 14), 8 enfants sur 8 ont souffert de troubles du comportement et de difficultés scolaires. Ces troubles étaient contemporains d'une chute marquée de l'efficience intellectuelle (QI verbal, p < 0,001 ; performance, p < 0,01 ; global, p < 0,01) avec un QI global au-dessous de 85 (48 à 78) dans 5 cas sur 8. La baisse des performances scolaires et intellectuelles était principalement corrélée à des déficits cognitifs spécifiques, avec une régression sévère des capacités auditivo-verbales (p < 0,001) et visuo-spatiales (p < 0,05). Cinq enfants présentaient une aphasie avec agnosie auditive (évoquant un SLK) et 2 présentaient une apraxie, une hémi-négligence et des déficits visuo-constructifs (compatibles avec un syndrome de POCS). Un cas, correspondant à ceux décrits comme status epilepticus d'EPCT, présentait des déficits auditivo-verbaux associés à un syndrome bi-operculaire avec hyper-salivation, dysphagie et dysarthrie. En outre, de sévères troubles de l'attention étaient notés (p < 0,001). Les phases d'aggravation ont duré 15 à 72 mois (moyenne : 32 ± 17). Les patients ont été évalués pour la dernière fois à l'âge de 10 à 18 ans, 18 à 48 mois après la guérison. Des difficultés scolaires persistaient dans 8 cas sur 8 (retard de 1 à 4 ans). Le QI global était compris entre 54 et 82 dans 5 cas sur 8 (tableau 4).

Données EEG

Dans les groupes II et III, les anomalies EEG intercritiques étaient représentées par des pointes diphasiques (PD) et surtout par des pointes-ondes (PO) et des ondes lentes. Pendant la phase d'état, cinq paramètres qualitatifs de veille étaient significativement corrélés avec les complications évolutives :

- foyer intermittent d'ondes lentes, p < 0,001 ;

- foyers de PO asynchrones, p < 0,001 ;

- longs trains rythmiques de PO durant de 6 à 30 secondes, p < 0,001 ;

- décharges généralisées et symétriques de PO à 3-4 c/s évocatrices d'absences, p < 0,001 ;

- atonies, myoclonies et/ou brèves pertes de contact en concomitance avec l'onde lente ou la pointe des complexes PO, p < 0,001.

Différentes combinaisons d'au moins trois de ces cinq critères péjoratifs ont persisté plus de 6 mois chez tous les patients. Ces aspects étaient observés dès le premier enregistrement chez 6 patients sur 7 dans le groupe II et chez 8 patients sur 8 dans le groupe III (tableau 5 ; figures 1, 2 et 3).

Dans le groupe I, les anomalies EEG intercritiques n'étaient représentées que par des PD associées à des PO. Ces anomalies survenaient habituellement de façon isolée ou parfois en brèves bouffées. Les décharges étaient strictement unilatérales (10 cas sur 25) ou diffusaient de façon synchrone sur l'hémisphère controlatéral (15 cas sur 25) (figure 4). Le rythme de fond était toujours normal. Chez 22 de ces 25 cas d'évolution bénigne, aucun des 5 critères EEG prédictifs d'évolution compliquée n'a jamais été observé. Chez 3 d'entre eux, 1 à 3 des patterns « péjoratifs » ont été enregistrés, mais uniquement pendant de courtes périodes durant moins de 3 à 6 mois (tableau 5).

Des différences significatives étaient également retrouvées pour les paramètres quantitatifs : le nombre de PD et/ou de PO par minute d'enregistrement était plus élevé dans les groupes II et III que dans le groupe I, aussi bien lors de la veille que du sommeil (résultats non présentés). Pendant plus de six mois, l'aspect des tracés de sommeil était évocateur de POCS unilatérales ou bilatérales dans 5 des 7 cas du groupe II et 7 des 8 cas du groupe III (tableau 5).

Quelques semaines à quelques mois après la mise en route d'un traitement par BZD et dans certains cas par une association BZD-corticoïdes, l'abondance et la diffusion des anomalies EEG régressaient. Le caractère ouvert de l'étude pharmacologique ne permettait pas de trancher entre une efficacité réelle ou une simple coïncidence temporelle. Chez tous les patients, avec ou sans traitement, tous les types d'anomalies EEG ont régressé après 3 à 5 ans d'évolution et les tracés se sont normalisés avec disparition complète des PD, PO et ondes lentes.

Discussion

La définition classique de l'EPCT inclut un développement neurologique ou neuro-psychologique normal (Beaussart et Faou, 1978 ; Dalla Bernardina et al., 1992 ; Loiseau et al., 1992 ; Holmes, 1993 ; Lerman, 1997). Quelques études récentes ont suggéré que les enfants souffrant d'EPCT, considérés comme un groupe, pourraient avoir des fonctions cognitives légèrement inférieures à celles d'une population contrôle (Piccirilli et al., 1994 ; Weglage et al., 1997 ; Staden et al., 1998 ; Croona et al., 1999 ; Gündüz et al., 1999 ; Metz-Lutz et al., 1999 ; Deonna et al., 2000 ; Yung et al., 2000). Cependant, l'homogénéité de ce syndrome n'est pas clairement établie, et l'altération de la moyenne des capacités pourrait dépendre de déficits marqués n'affectant qu'un sous-groupe spécifique, tandis que la majorité des enfants seraient indemnes. Enfin, la validité des méthodologies employées est discutable : les dysfonctions rapportées dans la littérature sont souvent minimes et ne sont habituellement observées qu'à un seul moment au cours de l'évolution, au moyen de batteries de tests sophistiqués. Elles ne témoignent pas obligatoirement des conséquences délétères du processus épileptique et semblent souvent correspondre à des irrégularités du profil des capacités cognitives restant dans les limites de la normale. Les éventuelles relations entre détérioration sociale et cognitive, d'une part, et traitements, crises ou anomalies intercritiques, d'autre part, sont encore l'objet de débats contradictoires. Aucune étude n'a pu établir de critères fiables permettant de prédire un risque évolutif (Fejerman et al., 2000 ; Deonna et al., 2000). Notre étude prospective d'une cohorte non sélectionnée de 35 patients avait pour but de préciser l'histoire naturelle de l'EPCT et de rechercher les marqueurs cliniques ou EEG précoces permettant de prévoir la nature de l'évolution.

La première question était celle de la représentativité de notre échantillon. Les Hôpitaux universitaires de Strasbourg sont un centre de consultation de première intention pour une large partie des habitants de la ville. Chaque année, un millier de consultations sont motivées par une crise épileptique inaugurale ou par une récidive. Les épilepsies idiopathiques sont fréquentes dans cette population tout-venant, et les biais de sélection sont restreints. Pour éviter un biais méthodologique, nous avons défini les complications comme une difficulté d'insertion familiale et scolaire et nous n'avons utilisé l'approche neuro-psychologique que pour expliciter les mécanismes des éventuels problèmes socio-familiaux. Par définition, un enfant ne souffrant ni de modification de son comportement, ni de régression de ses compétences scolaires avait une évolution bénigne, quels que soient les résultats des tests.

Dans notre cohorte de 35 EPCT, 25 (72 %) ont eu une évolution typique, qui n'a eu aucune répercussion sur la qualité de vie familiale ou scolaire, ni sur les capacités intellectuelles. Chez ces 25 patients, certains tests neuro-psychologiques mettaient parfois en évidence des faiblesses, transitoires ou définitives, dans un ou plusieurs domaines. Nous avons considéré ces « faiblesses » comme non pathologiques, puisqu'elles n'avaient aucun retentissement dans la vie quotidienne et ne survenaient pas plus fréquemment que dans une population d'enfants normaux de même âge et de même niveau culturel. Ainsi, en raison de la distribution normative des courbes d'efficience intellectuelle, 15 % des enfants issus de groupes contrôles sont supposés avoir un QI global situé en dessous de 85. Or, dans notre groupe I, seul un enfant (4 %) n'atteignait pas ce seuil.

Des difficultés familiales et scolaires prolongées mais modérées étaient notées chez 7 des 35 patients non sélectionnés (20 %). Ce type de problèmes est parfois interprété comme une réaction aspécifique aux traumatismes psycho-sociaux secondaires à toute maladie de l'enfance. Cette explication est peu vraisemblable dans notre étude puisque les handicaps socio-familiaux étaient toujours associés à des symptômes neuro-psychologiques. Chez les 7 patients du groupe II, les complications semblaient essentiellement dépendre de troubles de l'attention, de l'apprentissage et de la mémoire à court terme. Le contrôle de l'attention et de l'impulsivité dépend de la maturation de circuits frontaux bilatéraux qui se mettent en place entre l'enfance et l'adolescence. L'EPCT qui survient pendant cette phase de la maturation cérébrale paraît donc pouvoir retarder ces processus quelles que soient la latéralisation et la localisation exacte du foyer (Metz-Lutz et al., 1999). Ce groupe paraît se rapprocher de l'épilepsie bénigne atypique décrite par Aicardi (Aicardi, 1994).

Dans 3 des 35 cas non sélectionnés (8 %) et dans 5 cas référés dans notre centre en raison d'une évolution atypique, l'insertion scolaire a été sévèrement compromise et le comportement gravement perturbé. Les handicaps sévères étaient la conséquence de troubles cognitifs spécifiques corrélés avec la localisation du foyer épileptique prédominant. Ils impliquaient une perte de fonctionnalité dans le circuit épileptique. D'autres études ont déjà montré que la nature des déficits mis en évidence par les tests est habituellement en concordance avec la topographie du foyer (Binnie et al., 1992 ; Picirilli et al., 1994 ; Weglage et al., 1997 ; Staden et al., 1998 ; Metz-Lutz et al., 1999). Les enfants du groupe III souffraient en outre de troubles majeurs de l'attention et du comportement. Ce groupe présentait des similitudes avec le SLK, les POCS ou le status epilepticus d'EPCT (Morrel et al., 1995 ; Tassinari et al., 2000 ; Fejerman et al., 2000).

Chez les enfants des groupes II et III, l'absence de lésions anatomiques conduit à penser que les déficits sont la conséquence du mécanisme épileptogène sous-jacent. Pour certains auteurs, les complications sont en grande partie iatrogènes (Deonna, 1995 ; Guerrini et al., 1998 ; Prats et al., 1998 ; Ong et Willie, 2000 ; Fejerman et al., 2000) et n'apparaissent qu'après de longues périodes de traitement avec des antiépileptiques inadéquats (carbamazépine en particulier). Dans notre étude, le pourcentage de patients traités était de 52 % dans le groupe bénin et de 100 % dans les groupes sévères. Cependant, la décision de traiter dépendait de l'évolution, et les choix pharmacologiques initiaux étaient identiques dans tous les groupes. En conséquence, les complications évolutives semblent faire partie de l'histoire naturelle de rares EPCT, même si certaines thérapeutiques peuvent jouer un rôle aggravant.

La répétition de crises rapprochées peut provoquer des déficits post-critiques de longue durée, correspondant à des formes extrêmes de paralysie de Todd (Engel, 1996 ; Saint-Martin et al., 1999). Ce mécanisme a pu être éliminé dans notre étude puisque les crises étaient rares chez tous les patients, même pendant les phases d'aggravation. Dans le SLK ou les POCS, les complications sont corrélées à l'abondance des anomalies intercritiques de jour et surtout de nuit, et en particulier à l'apparition de décharges continues ou sub-continues au cours du sommeil lent (Deonna et Roulet, 1995 ; De Negri, 1997 ; Tassinari et al., 2000). Nos résultats confirment ce lien statistique très significatif pour les comparaisons intergroupes. Néanmoins la grande variabilité inter-individuelle des paramètres quantitatifs ne permet pas d'utiliser les résultats chiffrés d'un enfant donné comme critère prédictif individuel : un pourcentage de 40-50 % de PO pendant le sommeil lent peut se voir dans un cas bénin très activé ou dans un cas sévère peu activé. Les patterns qualitatifs de jour nous ont paru plus faciles à interpréter. En effet, les troubles cognitifs étaient très significativement associés à 5 aspects de l'EEG de veille : foyer lent intermittent ; foyers multiples asynchrones ; longs trains de pointes-ondes rythmiques ; décharges généralisées à 3 c/s ; survenue de symptômes cliniques en conjonction stricte avec les pointes ou les ondes intercritiques. Tous les enfants souffrant de complications ont présenté, pendant plus de six mois, différentes combinaisons d'au moins 3 de ces 5 critères EEG. Dès le premier tracé, il semblait possible, en s'appuyant sur ces critères EEG pertinents, de différencier les EPCT avec ou sans risques cognitifs mais avec un degré de certitude moindre. Le type et la sévérité des complications pouvaient aussi être évoqués, mais avec un degré de certitude moindre.

CONCLUSION

Comme les crises de l'épilepsie partielle idiopathique guérissent spontanément avant la fin de l'adolescence, le terme bénin est souvent utilisé comme un synonyme d'idiopathique. Cependant, « idiopathique » se réfère à un mécanisme étiologique et « bénin » à l'évolution à long terme. Notre suivi prospectif d'une cohorte d'EPCT confirme que ce syndrome n'a pas toujours des conséquences anodines. Plus de 70 % des cas ont évolué de façon typique, mais 20 % ont présenté des complications cognitives modérées et 10 % des complications invalidantes. Plusieurs caractéristiques EEG de veille apparaissent être des marqueurs précoces et fiables de ces risques évolutifs. Parmi ces critères prédictifs, trois sont aisément identifiés et hautement spécifiques : foyer lent intermittent, multiples foyers de pointes-ondes asynchrones, survenue de symptômes inter-ictaux strictement corrélés d'un point de vue temporel avec l'une des composantes (pointes ou ondes lentes) d'une anomalie intercritique isolée. Ces symptômes brefs consistent en myoclonies positives, myoclonies négatives, chutes atoniques et/ou altération de la conscience. Nos données ne permettent pas de trancher entre les hypothèses concernant la nosographie des formes bénignes et sévères d'EPCT qui pourraient correspondre à des syndromes distincts ou à un continuum.

Remerciements : Nous tenons à exprimer notre gratitude envers l'ensemble du personnel, infirmières, techniciennes et psychologues qui ont suivi les patients. Ce travail a été soutenu par une bourse de la Ligue française contre l'épilepsie et le Laboratoire Novartis.

REFERENCES

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