ARTICLE Certains
syndromes cérébraux paroxystiques (épilepsies, dyskinésies,
ataxies épisodiques, migraines) sont très étroitement
liés. Ces pathologies présentent en effet de nombreuses caractéristiques
cliniques communes, et des liens épidémiologiques avérés.
Des associations familiales de ces syndromes ont de plus été
décrites, que ce soit de manière concomitante chez un même
individu, ou chez des sujets apparentés. Enfin, certaines molécules
thérapeutiques sont efficaces dans différents désordres
cérébraux paroxystiques épileptiques et non épileptiques.
Tous ces arguments plaident en faveur de l'existence de bases physiopathologiques
communes pour ces syndromes en apparence distincts.
Les syndromes cérébraux paroxystiques
: un lien génétique
Une origine génétique commune a été décrite
en 1996 dans deux syndromes cérébraux paroxystiques : la
migraine hémiplégique familiale, et l'ataxie épisodique
de type 2. Ces deux syndromes sont transmis selon un mode autosomique
dominant. Un seul gène, CACNA1A, est responsable de ces
deux pathologies (Ophoff et al., 1997). Il code pour une sous-unité
alpha1 de canaux calciques de type P/Q. Ces deux syndromes peuvent donc
être définis comme des « canalopathies alléliques
». En effet, des mutations distinctes de ce gène, codant pour
un canal ionique, sont à l'origine de deux syndromes cliniques
différents. Un modèle animal existe : la souris tottering,
pour laquelle la mutation du gène murin Cacna1a est à
l'origine d'un phénotype associant une épilepsie-absences
et une ataxie (Fletcher et al., 1996).
Il existe également des associations entre l'épilepsie
et d'autres syndromes neurologiques paroxystiques. La co-ségrégation
entre épilepsie et migraine est décrite depuis de nombreuses
années (Ottman, Lipton, 1994). En outre, Zuberi et al. (1999)
ont montré que les mutations d'un gène codant pour un canal
potassique voltage-dépendant, Kv1.1, sont responsables d'épilepsies
et d'ataxies épisodiques de type 2.
Les descriptions de familles ou d'individus isolés dans lesquels
co-ségrégent une épilepsie et une dyskinésie
sont anciennes (Hudgins, Corbin, 1966). L'association claire de ces deux
syndromes en une entité définie, à transmission mendélienne,
n'a été observée que dans quelques familles à
travers le monde. Ce n'est que récemment, en 1997, qu'une première
étude génétique a conduit à la description
d'un nouveau syndrome clinique : le syndrome ICCA (Szepetowski et al.,
1997).
Le syndrome ICCA : un nouveau syndrome neurologique
À l'origine, ce syndrome a été décrit dans
des familles françaises, dans lesquelles des convulsions infantiles
familiales bénignes (CIFB) et des dyskinésies paroxystiques
(DP) choréo-athétosiques, étaient associées.
Les CIFB correspondent à un syndrome épileptique monogénique
sans gène identifié à ce jour. Il est caractérisé
par la survenue de convulsions non fébriles dont le premier épisode
apparaît entre 3 et 12 mois. Les individus atteints présentent
un développement psychomoteur normal, une bonne réponse
aux traitements anticonvulsivants et habituellement une absence de récurrence
à l'arrêt du traitement (Vigevano et al., 1992 ; Lee
et al., 1993 ; Echenne et al., 1994 ; Caraballo et al.,
1997). Ce syndrome est transmis selon un mode autosomique dominant et
est génétiquement hétérogène. À
ce jour, trois loci ont en effet été décrits, l'un
en 19q dans cinq familles italiennes (Guipponi et al., 1997), le
deuxième sur le chromosome 16 dans 7 familles originaires de France
et d'Argentine (Caraballo et al., 2001), le troisième sur
le chromosome 2q24 (Malacarne et al., 2001).
Les DP sont cliniquement très hétérogènes.
Elles sont caractérisées par des attaques récurrentes
de mouvements involontaires. La nature épileptique des dyskinésies
est discutée depuis de nombreuses années. Une classification
a été proposée par Demirkiran et Jankovich (Demirkiran,
Jankovic, 1995) distinguant les DP kinésigéniques, les DP
induites par l'exercice et les DP non kinésigéniques ou
dystoniques. La majorité des formes sporadiques et la totalité
des formes familiales sont idiopathiques. Une liaison génétique
au chromosome 2 est décrite dans la choréo-athétose
dystonique paroxystique (Fink et al., 1996 ; Fouad et al.,
1996). Par ailleurs, une autre forme de choréo-athétose
associée à une ataxie paroxystique est liée au chromosome
1 (Auburger et al., 1996).
La coségrégation selon un mode autosomique dominant, de
convulsions infantiles et de choréo-athétoses paroxystiques
a initialement été décrite dans quatre familles originaires
du Nord-Ouest de la France (Szepetowski et al., 1997). Cette association
a conduit à la définition d'un nouveau syndrome neurologique
à pénétrance incomplète et à expressivité
variable : le syndrome ICCA (infantile convulsions and choreoathetosis).
L'étude génétique de ces familles a permis de localiser
le gène ICCA dans la région péricentromérique
du chromosome 16 (16p12-q12). La région critique s'étendant
sur 10 cM entre les marqueurs polymorphes D16S401 et D16S517, a par la
suite été confirmée grâce à l'étude
d'une autre famille originaire du Sud de la Chine (Lee et al.,
1998) (figure 1).
La région péricentromérique
du chromosome 16 : un locus majeur des CIFB et des DP
Depuis la description du locus ICCA, plusieurs études ont montré
l'association d'autres syndromes cérébraux paroxystiques
à cette même région péricentromérique
du chromosome 16.
Guerrini et al. (1999) décrivent une famille italienne
dans laquelle coségrègent une épilepsie rolandique,
une dyskinésie paroxystique induite par l'exercice et des crampes
de l'écrivain (ER-DPE-CE). Ce nouveau syndrome à transmission
autosomique récessive est lié à une région
de 6 cM entre les marqueurs D16S3133 et D16S3131 qui est entièrement
incluse dans le locus ICCA. Il est ainsi possible que ces deux syndromes
soient alléliques (figure
1).
Deux autres études décrivent, dans huit (Tomita et
al., 1999) et dix familles ((Swoboda et al., 2000) respectivement,
une liaison de DP de type kinésigénique à une région
partiellement commune avec celle du locus ICCA (figure
1). La survenue de convulsions infantiles est notée dans la
majorité de ces familles qui doivent ainsi probablement être
considérées comme des syndromes ICCA au sens large.
Une famille afro-américaine avec une DP isolée de type
kinésigénique a été récemment liée
en 16p11-q11 (Bennett et al., 2000). Cette région d'environ
6 cM est aussi partiellement commune au locus ICCA et contiguë à
celle du locus du syndrome ER-DPE-CE (figure
1).
Une famille de DP de type kinésigénique, décrite
par Valente et al. (2000) est en revanche liée à
une région extérieure au locus ICCA, en 16q13-q22 (figure
1).
Enfin, une étude récente montre que la région péricentromérique
du chromosome 16 est également un locus pour les convulsions infantiles
familiales bénignes isolées. Une liaison génétique
à une région délimitée par les marqueurs D16S401
et D16S415 (figure 1)
a en effet été définie à partir de l'analyse
de sept familles originaires de France et d'Argentine (Caraballo et
al., 2001).
Ainsi, l'ensemble de ces études permet de conclure à l'existence
d'un locus majeur des convulsions infantiles et des dyskinésies
paroxystiques, dans la région péricentromérique du
chromosome 16. Cependant, les différentes régions décrites
ne sont pas toutes chevauchantes et ainsi, ne permettent pas de définir
un locus commun à ces syndromes cérébraux paroxystiques
apparentés. Plusieurs hypothèses peuvent expliquer ces différences.
D'une part, des erreurs de génotypage ont pu survenir. Par ailleurs,
des erreurs dans les cartes génétiques et donc dans les
localisations des marqueurs polymorphes ne sont pas à exclure.
Il est cependant aussi possible que ces différences soient dues
à l'existence non pas d'un gène unique mais de deux, voire
trois gènes homologues à l'origine de ces différents
syndromes cérébraux. La présence de nombreuses duplications
intrachromosomiques au sein même de cette région du génome
humain, plaide en faveur de cette dernière hypothèse (Loftus
et al., 1999).
Les variabilités cliniques inter- et intra-familiales
Dans le syndrome ICCA et les autres syndromes apparentés liés
au chromosome 16 (tableau
I), existe une variabilité phénotypique entre les différentes
familles (variabilité inter-familiale), mais également entre
des individus d'une même famille (variabilité inter-familiale).
Ces variations portent sur le type de crises convulsives (partielles et/ou
généralisées) et de dyskinésies (dystoniques,
kinésigéniques ou induites par l'exercice), sur le caractère
isolé ou associé de ces manifestations cliniques ou encore
sur leur âge de survenue (tableau
II). Le rôle des facteurs environnementaux et l'existence de
gènes modificateurs peuvent probablement expliquer, au moins en
partie, ces variabilités cliniques et la pénétrance
incomplète de ces syndromes. L'influence de gènes modificateurs
serait d'autant plus à considérer dans l'hypothèse
où plusieurs gènes voisins seraient potentiellement susceptibles
d'être impliqués dans la survenue de ces syndromes. Par ailleurs,
des mutations distinctes d'un même gène pourraient se traduire
de manière variable au niveau du phénotype ; ceci pourrait
expliquer les variabilités inter-familiales observées.
La région péricentromérique
du chromosome 16 : les difficultés de l'étude génétique
Depuis la description en 1997 du locus ICCA, le ou les gènes
impliqués dans ce syndrome et dans les syndromes apparentés
liés à cette même région, ne sont toujours
pas identifiés.
La taille importante de ce locus (10 cM) est le premier obstacle pour
l'étude génétique. De plus, la localisation péricentromérique
de la région d'intérêt rend plus aléatoire
la recherche de nouveaux recombinants méiotiques éventuels,
et donc la réduction de la taille de la région d'intérêt,
moins évidente. L'analyse in silico de cette région
a permis de localiser plus de 30 gènes et 60 ARNm connus ainsi
que plus d'une centaine de prédictions de gènes et d'ESTs
(expressed sequence tags). À l'heure actuelle, aucun de
ces gènes ou prédictions référencés
ne code pour des canaux ioniques ou des récepteurs couplés
à des canaux ioniques.
Les nombreuses duplications génomiques intra- mais également
inter-chromosomiques qui caractérisent cette région chromosomique,
apportent un degré de difficulté supplémentaire,
et sont probablement comme nous l'avons vu, un argument supplémentaire
dans l'hypothèse incriminant plusieurs gènes homologues.
CONCLUSION Les
convulsions infantiles et les dyskinésies paroxystiques sont des
syndromes cliniques présentant des caractéristiques communes.
Les études génétiques de nombreuses familles ont permis
de tisser un lien certain entre ces deux désordres cérébraux
en définissant un locus génétique commun sur le chromosome
16. Elles ont permis de définir de nouveaux syndromes neurologiques
comme les syndromes ICCA et ER-DPE-CE. Au vu des résultats de ces
études, un gène unique ou un cluster de gènes
homologues, pourrait être à l'origine de ces manifestations
cliniques variables. L'identification de ce ou ces gènes est un challenge
majeur pouvant permettre de mettre à jour des mécanismes physiopathologiques
communs à l'origine de ces syndromes. REFERENCES
Auburger G, Ratzlaff T, Lunkes A, et al. A gene for autosomal
dominant paroxysmal choreoathetosis/spasticity (CSE) maps to the vicinity
of a potassium channel gene cluster on chromosome 1p, probably within
2 cM between D1S443 and D1S197. Genomics 1996 ; 31 : 90-94.
Bennett LB, Roach ES, Bowcock AM. A locus for paroxysmal kinesigenic
dyskinesia maps to human chromosome 16. Neurology 2000 ; 54 : 125-130.
Caraballo R, Cersosimo R, Galicchio S, Fejerman N. Benign infantile
familial convulsions. Rev Neurol 1997 ; 25 : 682-684.
Caraballo R, Pavek S, Lemainque A, et al. Linkage of benign familial
infantile convulsions to chromosome 16p12- q12 suggests allelism to the
infantile convulsions and choreoathetosis syndrome. Am J Hum Genet
2001 ; 68 : 788-794.
Demirkiran M, Jankovic J. Paroxysmal dyskinesias: clinical features
and classification. Ann Neurol 1995 ; 38 : 571-579.
Echenne B, Humbertclaude V, Rivier F, Malafosse A, Cheminal R. Benign
infantile epilepsy with autosomal dominant inheritance. Brain Dev
1994 ; 16 : 108-111.
Fink JK, Rainer S, Wilkowski J, et al. Paroxysmal dystonic choreoathetosis:
tight linkage to chromosome 2q. Am J Hum Genet 1996 ; 59 : 140-145.
Fletcher CF, Lutz CM, O'Sullivan TN, et al. Absence epilepsy
in tottering mutant mice is associated with calcium channel defects. Cell
1996 ; 87 : 607-617.
Fouad GT, Servidei S, Durcan S, Bertini E, Ptacek LJ. A gene for familial
paroxysmal dyskinesia (FPD1) maps to chromosome 2q. Am J Hum Genet
1996 ; 59 : 135-139.
Guerrini R, Bonanni P, Nardocci N, et al. Autosomal recessive
rolandic epilepsy with paroxysmal exercise-induced dystonia and writer's
cramp: delineation of the syndrome and gene mapping to chromosome 16p12-11.2.
Ann Neurol 1999 ; 45 : 344-352.
Guipponi M, Rivier F, Vigevano F, et al. Linkage mapping of benign
familial infantile convulsions (BFIC) to chromosome 19q. Hum Mol Genet
1997 ; 6 : 473-477.
Hudgins RL, Corbin KB. An uncommon seizure disorder: familial paroxysmal
choreoathetosis. Brain 1966 ; 89 : 199-204.
Lee WL, Low PS, Rajan U. Benign familial infantile epilepsy. J Pediatr
1993 ; 123 : 588-590.
Lee WL, Tay A, Ong HT, Goh LM, Monaco AP, Szepetowski P. Association
of infantile convulsions with paroxysmal dyskinesias (ICCA syndrome):
confirmation of linkage to human chromosome 16p12-q12 in a Chinese family.
Hum Genet 1998 ; 103 : 608-612.
Loftus BJ, Kim UJ, Sneddon VP, et al. Genome duplications and
other features in 12 Mb of DNA sequence from human chromosome 16p and
16q. Genomics 1999 ; 60 : 295-308.
Malacarne M, Gennaro E, Madia F, et al. Benign familial infantile
convulsions: mapping of a novel locus on chromosome 2q24 and evidence
for genetic heterogeneity. Am J Hum Genet 2001 ; 68 : 1521-1526
Ophoff RA, Terwindt GM, Vergouwe MN, Frants RR, Ferrari MD. Wolff Award
1997. Involvement of a Ca2+ channel gene in familial hemiplegic
migraine and migraine with and without aura. Dutch Migraine Genetics Research
Group. Headache 1997 ; 37 : 479-485.
Ottman R, Lipton RB. Comorbidity of migraine and epilepsy. Neurology
1994 ; 44 : 2105-2110.
Swoboda KJ, Soong B, McKenna C, et al. Paroxysmal kinesigenic
dyskinesia and infantile convulsions: clinical and linkage studies. Neurology
2000 ; 55 : 224-230.
Szepetowski P, Rochette J, Berquin P, Piussan C, Lathrop GM, Monaco
AP. Familial infantile convulsions and paroxysmal choreoathetosis: a new
neurological syndrome linked to the pericentromeric region of human chromosome
16. Am J Hum Genet 1997 ; 61 : 889-898.
Tomita H, Nagamitsu S, Wakui K, et al. Paroxysmal kinesigenic
choreoathetosis locus maps to chromosome 16p11.2- q12.1. Am J Hum Genet
1999 ; 65 : 1688-1697.
Valente EM, Spacey SD, Wali GM, et al. A second paroxysmal kinesigenic
choreoathetosis locus (EKD2) mapping on 16q13-q22.1 indicates a family
of genes which give rise to paroxysmal disorders on human chromosome 16.
Brain 2000 ; 123 ( Pt 10) : 2040-2045.
Vigevano F, Fusco L, Di Capua M, Ricci S, Sebastianelli R, Lucchini
P. Benign infantile familial convulsions. Eur J Pediatr 1992 ;
151 : 608-612.
Zuberi SM, Eunson LH, Spauschus A, et al. A novel mutation in
the human voltage-gated potassium channel gene (Kv1.1) associates with
episodic ataxia type 1 and sometimes with partial epilepsy. Brain
1999 ; 122 (Pt 5) : 817-825.
|