ARTICLE
La chirurgie est proposée depuis de nombreuses années
maintenant comme traitement des épilepsies partielles pharmacorésistantes
temporales ou extra-temporales. L'unique critère pris en considération
pour déterminer son bénéfice a longtemps été
la suppression ou la diminution des crises. Depuis quelques années,
le retentissement sur le fonctionnement cognitif et sur l'ajustement psychosocial
et le vécu des patients est également pris en considération.
La majorité des travaux ont porté sur les épilepsies
temporales et plus récemment sur les épilepsies mésiales
du lobe temporal. L'étude approfondie de ce dernier type d'épilepsie,
se caractérisant par la présence d'une sclérose de
l'hippocampe dans environ 70 % des cas (Spencer et al., 1993),
est d'un intérêt indéniable, puisqu'il représente
la majorité des épilepsies pharmacorésistantes d'origine
temporale qui peuvent répondre à une intervention chirurgicale
(French et al., 1993). De nombreuses études ont étudié
les répercussions de l'existence d'une sclérose hippocampique
sur le fonctionnement cognitif des patients en pré- et post-opératoire.
La présence d'une sclérose hippocampique en pré-opératoire
retentit sur l'efficience intellectuelle, mnésique et sur le fonctionnement
exécutif des patients. Par ailleurs, les risques d'atteinte cognitive
et notamment de dysfonctionnement mnésique à la suite de
l'intervention sont également liés à ce facteur.
En ce qui concerne le fonctionnement cognitif des patients avant l'opération,
les données de la littérature sont consensuelles quant à
l'existence de troubles de mémoire verbale chez les patients ayant
une épilepsie temporale gauche avec sclérose hippocampique
associée (SH+). Hermann et al. (1997) montrent
en effet que les patients SH+ gauches ont des scores inférieurs
à ceux des patients SH- gauches à deux épreuves
de mémoire verbale : l'échelle Wechsler de mémoire
(mémoire immédiate et différée ainsi que pourcentage
de rétention de l'histoire) et le California verbal learning
test (rappel libre immédiat et différé des mots).
Cette étude met également en évidence, de manière
symétrique, des difficultés plus importantes aux épreuves
visuelles de l'échelle Wechsler de mémoire pour les patients
SH+ droits que pour les patients SH- droits.
Toutefois, ce résultat n'est pas systématiquement retrouvé
(Martin et al., 1999). Sur le plan de l'efficience intellectuelle,
Hermann et al. (1997) ont mis en évidence un effet de l'existence
d'une SH sur les facteurs de compréhension verbale et organisation
perceptive de la Wais-R, cela quelle que soit la latéralisation
hémisphérique. Les données sur les fonctions exécutives
restent encore sujettes à discussion, puisqu'elles ont donné
lieu à des résultats divergents. Dans le travail de Hermann
et al. (1997) aucune différence n'est mise en évidence
sur les fonctions exécutives, entre les patients SH+
et SH- quel que soit l'hémisphère impliqué
dans le départ des crises. En revanche, Giovagloni (2001) a montré
que les performances des patients SH+ gauches étaient
altérées par rapport à celles d'un groupe contrôle
au Wisconsin card sorting test.
Si la présence d'une SH entraîne des déficits cognitifs
en pré-opératoire, ce sont, à l'inverse, les patients
SH- qui sont les plus susceptibles d'être déficitaires
à la suite de l'intervention, du moins sur le plan mnésique.
En effet, les patients SH- gauches ont une probabilité
importante de présenter un déficit de mémoire verbale
après lobectomie temporale de cet hémisphère. Les
résultats de Seidenberg et al. (1998 ; 1996) vont dans ce
sens, puisqu'un trouble du rappel d'informations verbales (liste de mots,
histoire et paires associées) est mis en évidence à
la suite d'une lobectomie temporale gauche chez des patients SH-
gauches. Les patients SH- présentent un déclin
de l'apprentissage d'une liste de mots de 30 % par rapport au niveau pré-opératoire
alors que la chute est de moins de 5 % pour les patients SH+.
Le lien entre une détérioration de la mémoire visuelle
et la chirurgie des patients SH- droits est moins systématiquement
démontré. Ainsi, Gleifner et al. (1998) n'ont pas
mis en évidence d'altération de la mémoire visuelle
des patients SH+ et SH- droits à la
suite d'interventions chirurgicales alors que Seidenberg et al.
(1998) retrouvent un déclin de la mémoire visuelle chez
les patients SH- droits en post-opératoire. Sur
le plan des fonctions exécutives, la majorité des études
ne retrouvent pas de déficits liés à l'intervention,
quelles que soient sa latéralisation et l'intégrité
de l'hippocampe réséqué. En ce qui concerne l'efficience
intellectuelle, il est possible d'observer une augmentation du QI performance
à la suite d'interventions chirurgicales des épilepsies
temporales gauches.
Ainsi les travaux effectués ces dernières années
sont consensuels sur le fait que les patients SH- gauches
ont une forte probabilité de présenter un dysfonctionnement
mnésique touchant le matériel verbal. Ce constat doit conduire
à être prudent lorsqu'une lobectomie standard est pratiquée
chez un patient SH- gauche, surtout s'il présente
une bonne efficience mnésique au préalable. Afin de minimiser
l'implication de la chirurgie sur les fonctions cognitives, les recherches
s'orientent actuellement vers une comparaison des interventions pratiquées
afin de déterminer s'il existe des corrélations entre l'étendue
de la résection et la sévérité des déficits.
Jones-Gotman et al. (1997) ont montré une atteinte similaire
du fonctionnement mnésique des patients à la suite de l'intervention,
et ce quelles que soient les structures temporales impliquées lors
de la résection. Les auteurs ne disposaient toutefois pas de données
pré-opératoires ce qui peut limiter la portée de
ce résultat.
Il ne faut toutefois pas se limiter à l'étude du fonctionnement
cognitif, mais également prendre en considération les plaintes
des patients et leurs expériences subjectives. C'est ce vers quoi
se sont orientées les études ces dernières années.
Il a ainsi été montré que les modifications de
l'efficience mnésique à la suite de l'intervention ne font
pas nécessairement l'objet d'une plainte des patients. Sawrie et
al. (1999) ont montré que chez des patients présentant
une épilepsie temporale, la prévalence d'une plainte concernant
une éventuelle détérioration était de 3 à
7 % selon la latéralisation de l'exérèse, alors que
la prévalence d'une détérioration mnésique
réelle allait de 26 à 55 %. McGlone (1994) a montré
que les plaintes mnésiques à la suite de la chirurgie restent
stables voire même tendent à diminuer, alors que lorsque
l'on s'intéresse aux performances, ces dernières ont fréquemment
diminué. Il semble par conséquent que de nombreux patients
aient une impression erronée d'amélioration de leurs fonctions
mnésiques après lobectomie temporale, cette impression étant
influencée par le résultat positif de la chirurgie sur les
crises.
Sur le plan de l'ajustement psychosocial à la suite de l'intervention
chirurgicale, Seidman et al. (1993) ont montré que les patients
qui ne faisaient plus de crises en post-opératoire rapportent une
amélioration très nette de leur bien-être, surtout
pour les patients les plus jeunes. L'étude de Vickrey et al.
(1995) révèle que les patients opérés ont
un score de qualité de vie supérieur à celui de patients
non opérés, sur la moitié des indicateurs de l'échelle
ESI-55.
L'objectif de notre travail était de déterminer l'impact
de l'intervention en comparant le fonctionnement cognitif, les plaintes
subjectives et les modifications comportementales rapportées, de
groupes de patients les plus homogènes possibles. Nous entendons
par homogènes des groupes constitués de patients ayant une
atteinte cérébrale sous-jacente similaire par sa nature,
sa latéralisation et sa localisation. Nous souhaitions également
prendre en compte le type d'intervention proposée. La pratique
d'une déconnexion se substitue parfois à une cortectomie
et pour certains patients les deux actes sont associés. Les résultats
préliminaires que nous rapportons ici ne prendront toutefois pas
en compte toutes ces variables, ils concerneront uniquement le fonctionnement
cognitif, les plaintes subjectives et les modifications comportementales
rapportées par les patients, en prenant en compte la latéralisation
de l'hémisphère concerné par l'intervention et la
présence ou non d'une sclérose hippocampique.
Patients et méthodes
Patients
Vingt-six patients épileptiques ont bénéficié
ces deux dernières années d'un examen neuropsychologique
complet pré et post-opératoire. Les patients inclus sont
âgés de plus de 18 ans et présentent une épilepsie
partielle pharmacorésistante évoluant depuis au moins 2
ans.
Sur ces 26 patients, quatre seulement ont eu une intervention n'intéressant
pas le lobe temporal. Nous n'avons par conséquent pas retenu ces
patients, leur nombre étant insuffisant pour pouvoir effectuer
des analyses comparatives en fonction du lobe impliqué lors de
la chirurgie. Les analyses ont donc été faites sur 22 patients,
10 hommes et 12 femmes, âgés de 19 à 50 ans. Pour
13 des 22 patients les crises admettaient une origine temporale droite.
Chez 16 des 22 patients une sclérose hippocampique a été
mise en évidence à partir des données IRM confirmées
par l'étude anatomopathologique, lorsqu'elle a été
pratiquée. L'IRM des six autres patients met également en
évidence des anomalies, résumées dans le tableau
I.
Méthode
L'examen neuropsychologique comportait une évaluation de l'efficience
intellectuelle, du fonctionnement mnésique, des fonctions exécutives
et visuo-spatiales. La passation des épreuves a été
répartie sur deux demi-journées du fait de la longueur de
l'examen. L'évaluation neuropsychologique pré-opératoire
a eu lieu si possible alors que le patient était sous enregistrement
EEG avec des électrodes de surface. Ainsi l'examen des tracés
nous a permis de nous assurer de l'absence de crises infra-cliniques.
L'évaluation neuropsychologique post-opératoire a été
effectuée dans un délai de 6 à 8 mois après
l'intervention.
L'efficience intellectuelle a été quantifiée par
la Wechsler adult intelligence scale version révisée
(WAIS-R, 1989). Cette échelle permet d'avoir une estimation du
QI global, performance et verbal.
L'efficience mnésique des patients a été évaluée
par la Batterie 144 ou BEM144 (Signoret, 1991). Cette échelle évalue
la mémoire dans ses composantes verbales et visuelles et permet
de tester à la fois le rappel immédiat, différé
ainsi que la reconnaissance. Une épreuve d'empan a également
été administrée afin d'évaluer la capacité
de la mémoire à court terme.
Le Trail making test (TMT) versions A et B (Reitan, 1976), le
Wisconsin card sorting test (WCST) version Nelson (1976), et le
Stroop color test (Stroop, 1935) ont été utilisés
afin d'évaluer les fonctions exécutives. Les deux premières
épreuves mentionnées permettent respectivement de mesurer
l'attention sélective, la rapidité d'exécution et
la flexibilité mentale. Pour le WCST, nous avons retenu pour les
analyses le nombre de classements effectués ainsi que le nombre
d'erreurs persévératives, d'erreurs non persévératives
et la proportion de réponses persévératives. Ces
indicateurs permettent d'avoir des renseignements sur la capacité
d'abstraction du patient, ainsi que sa capacité à maintenir
une action et à changer de réponse lorsque celle ci n'est
plus adaptée (flexibilité mentale). Le Stroop a permis de
mesurer la sensibilité à l'interférence.
Enfin, les capacités de traitement visuo-perceptif des patients
ont été évaluées à l'aide de deux épreuves
; le test de Hooper (Hooper, 1958) et le test des 15 objets de Pillon
(Pillon, 1989). Ces épreuves évaluent respectivement les
capacités de synthèse visuelle et de discrimination perceptive.
En complément de cette évaluation, deux questionnaires
ont été complétés par les patients. Le premier
questionnaire nous a permis de recueillir des informations sur les plaintes
mnésiques subjectives. Ce questionnaire d'autoévaluation
mnésique ou QAM (Van der Linden, 1989) permet en effet, d'estimer
sur une échelle normalisée les éventuelles difficultés
mnésiques rencontrées par les patients dans leur vie quotidienne.
Le second questionnaire, l'IOWA (Juillerat, 1999) est un questionnaire
de changement de personnalité ou de comportement. Ce questionnaire
a été complété lors de l'évaluation
post-opératoire. Les informations obtenues par ce biais nous ont
renseignés sur les éventuelles améliorations ou dégradations
observées par le patient dans son comportement.
Analyse des données
Nous avons dans un premier temps effectué des analyses afin de
déterminer l'effet de la latéralité sur (a) le fonctionnement
cognitif pré-opératoire et (b) sur les éventuelles
modifications post-opératoires.
Dans un deuxième temps, nous avons effectué des analyses
afin de déterminer l'effet de la présence ou non d'une sclérose
hippocampique sur (a) le fonctionnement cognitif pré-opératoire
et (b) sur les modifications post-opératoires.
Nous nous sommes en dernier lieu intéressés à l'analyse
des questionnaires complétés par les patients.
Les données pré-opératoires ont été
analysées au moyen de tests non paramétriques de Mann-Whitney.
Des tests de Student sur échantillons appariés ont été
utilisés afin de vérifier s'il existait des modifications
entre les données pré et post-opératoires.
Toute différence a été considérée
comme statistiquement significative au seuil de 0,05.
Résultats
Épilepsie temporale droite (ETD) versus
gauche (ETG)
Équivalence des deux groupes
Il n'y a pas de différence statistiquement significative entre
les patients ETD et ETG concernant l'âge de début de l'épilepsie,
l'âge lors de la chirurgie, et la durée de l'épilepsie.
La proportion d'hommes et de femmes ainsi que la proportion de patients
ayant le bac est identique dans chaque groupe.
Fonctionnement cognitif pré-opératoire
Aucune différence significative n'est retrouvée dans les
analyses comparant les performances mnésiques, intellectuelles
et attentionnelles des ETD et ETG en pré-opératoire. Les
résultats des deux groupes de patients ne semblent par ailleurs
globalement pas déficitaires.
Modifications post-opératoires
Les analyses comparatives effectuées sur les données pré-
et post-opératoires en fonction de la latéralité
de l'intervention ne mettent pas en évidence de modification significative
de l'efficience mnésique à la batterie 144, ni d'ailleurs
dans aucun des sous-tests de cette épreuve chez les patients ayant
une ETD. En revanche, une augmentation statistiquement significative du
QI et des capacités de mémoire à court terme est
retrouvée dans ce même groupe de patients.
Les patients ayant une ETG voient leurs performances chuter de manière
significative à deux sous-tests de mémoire verbale, l'apprentissage
d'une liste de mots ainsi que la reconnaissance différée
de phrases. Le score moyen de mémoire verbale chute également
de 53 à 46. Cette différence n'est toutefois que tendancielle
à l'analyse statistique (p = 0,08). En ce qui concerne les
fonctions exécutives, l'analyse statistique retrouve une augmentation
significative du pourcentage de réponses persévératives
au Wisconsin. L'efficience intellectuelle, quant à elle, s'améliore
puisque le QI performance augmente significativement dans ce groupe de
patients.
Ainsi, à la suite d'une exérèse impliquant l'hémisphère
gauche, une altération post-opératoire de la mémoire
verbale est mise en évidence (tableau
II).
Résection impliquant un hippocampe
sclérosé (SH+) ou non (SH-)
Équivalence des deux groupes
Il n'y a pas de différences entre les patients SH+
et SH- concernant l'âge de début de l'épilepsie
et l'âge lors de la chirurgie. En revanche nous retrouvons une différence
significative sur la durée de l'épilepsie, celle-ci étant
plus longue pour les patients SH+, 26 ans contre 16 ans pour
les SH-. Les deux groupes sont composés dans des
proportions différentes d'hommes et de femmes. Par ailleurs, les
patients ayant obtenu le bac sont moins nombreux dans le groupe SH+
que SH-, constituant respectivement 31 % et 83 % des échantillons.
Fonctionnement cognitif
L'efficience intellectuelle évaluée par la Wais-R est
plus élevée chez les patients SH-. La différence
de statut socio-culturel mentionnée ci-dessus peut en partie expliquer
cet effet.
En ce qui concerne l'efficience mnésique, les patients SH+
ont des performances inférieures à celles des patients SH-.
Ce résultat ne signifie en aucune manière que les patients
SH- aient des troubles de mémoire. En effet, nous savons que la
performance mnésique et le QI sont liés. Les différences
entre les patients SH+ et SH- peuvent alors
s'expliquer simplement comme le corollaire de leurs différences
de statut socio-professionnel.
Nous avons décidé dans un premier temps de retenir pour
les analyses uniquement les patients de même niveau socio-culturel.
N'ont été inclus que les patients de niveau bac et plus.
Nous avons ainsi pu comparer cinq patients SH+ à cinq
patients SH-, afin de déterminer si, à niveau
équivalant, des différences pouvaient être mises en
évidence.
Nous avons dans un deuxième temps vérifié pour
les patients SH+ et SH- si le score de mémoire
était pathologique par rapport à un groupe de même
niveau socio-culturel. Nous avons ainsi pu déterminer si les troubles
mnésiques sont plus fréquents chez les patients SH-
ou SH+.
Les patients de niveau bac et plus : fonctionnement
cognitif pré-opératoire
Il existe des différences d'efficience mnésique entre
les patients SH+ et SH-, avec un score total,
un score verbal et de reconnaissance de dessins et de phrases inférieurs
chez les patients SH+, sans pour autant que leurs résultats
soient pathologiques.
Aucune différence significative n'a été mise en
évidence lors de l'analyse de l'efficience intellectuelle, du fonctionnement
exécutif et du traitement visuo-perceptif.
Ainsi seule une différence concernant l'efficience mnésique
a été observée entre ces patients SH+
et SH- de niveau socio-culturel supérieur.
Modifications post-opératoires
En ce qui concerne les modifications post-opératoires, l'analyse
ne montre aucun changement significatif chez les patients SH-.
Pour les patients SH+ l'analyse met en évidence une
chute des résultats à deux sous-tests de mémoire
visuelle, l'apprentissage de paires associées ainsi que le rappel
différé de la liste de dessins. En revanche, une augmentation
du QI est observée. Par ailleurs, la part des erreurs persévératives
augmente au Wisconsin alors que le nombre d'erreurs diminue. L'empan augmente
également et le temps nécessaire à la résolution
du TMT B diminue. Ces données suggèrent une amélioration
de la capacité de maintien en mémoire à court terme,
associée à une diminution du coût attentionnel dans
une tâche d'attention partagée. En revanche, la capacité
de flexibilité mentale semble s'altérer au WCST.
La mémoire : analyse par sujet
Afin d'analyser plus précisément l'influence de la chirurgie
sur le fonctionnement mnésique des patients, nous avons pris en
considération les résultats des 22 patients à la
batterie 144. Cette échelle de mémoire disposant de normes,
ces dernières ont servi de référence pour déterminer
si les résultats des patients étaient pathologiques. Nous
avons considéré comme pathologique, tout score inférieur
ou égal à deux écarts types de la moyenne du groupe
contrôle.
Fonctionnement pré-opératoire
Cette approche qualitative révèle qu'un seul des six patients
SH- présente des performances mnésiques
pathologiques à trois sous-tests (rappel immédiat et différé
de la figure et apprentissage de paires associées visuelles) de
la batterie 144. Nous retrouvons ainsi un déficit de mémoire
visuelle chez un patient qui a une épilepsie temporale droite sans
sclérose hippocampique.
Lorsque nous nous intéressons aux résultats des patients
SH+ nous retrouvons des performances pathologiques à
au moins un sous-test de la batterie 144 chez 12 des 16 patients. Pour
5 des 12 patients les troubles intéressent à la fois la
mémoire verbale et visuelle, l'atteinte étant moins massive
pour les autres patients.
Modifications post-opératoires
Lorsque nous nous intéressons aux modifications de l'efficience
mnésique à la suite de l'intervention, nous retrouvons une
atteinte de la mémoire verbale pour un des trois patients SH-
gauche. Ce patient a en effet des performances post-opératoires
pathologiques à l'échelle verbale, ainsi qu'aux sous-tests
d'apprentissage de paires associées et lors de la reconnaissance
différée de phrases, et ses performances sont limites (1,9
écart-type) pour le rappel immédiat et différé
de l'histoire. Les deux autres patients n'ont pas présenté
de modifications mnésiques. Par ailleurs, aucun des patients SH-
droit n'a présenté de déficit mnésique post-opératoire.
En ce qui concerne les patients SH+, les modifications de
l'efficience mnésique sont très variables. Certains patients
ont des résultats superposables à ceux obtenus en pré-opératoire,
alors que d'autres voient leurs performances chuter ou s'améliorer.
Trois patients sur 16 ont vu leurs performances diminuer de manière
marquée. Ainsi, après chirurgie gauche, les troubles de
mémoire verbale se sont aggravés pour deux patients, et
un patient a présenté un trouble de mémoire visuelle
après chirurgie droite, alors qu'il n'y avait pas d'atteinte au
préalable.
Questionnaires : plaintes et modifications
rapportées
Les patients ETG se plaignent plus de troubles mnésiques que
les patients ETD, notamment pour se souvenir des informations de l'actualité
et de certaines connaissances générales, ainsi que des événements
personnellement vécus.
Nous n'avons pas obtenu de différences significatives entre les
plaintes exprimées par les patients SH+ et SH-
en pré-opératoire.
Par ailleurs, quel que soit le groupe de patients, nous n'avons pas
retrouvé de modifications significatives des plaintes en post-opératoire.
En revanche, à l'échelle Iowa, les patients rapportent
de nombreuses modifications allant toutes dans le sens d'une amélioration.
Tous les groupes de patients considérés dans les analyses
précédentes rapportent des modifications similaires. Ainsi
les patients se disent moins anxieux, moins dépendants de leur
entourage, moins en retrait social et prenant plus d'initiatives, avec
une humeur moins fluctuante et une meilleure capacité à
s'organiser.
Ainsi les patients ne rapportent pas de détérioration
ou d'amélioration de leur efficience mnésique à 6
mois de l'intervention. En revanche, ils évoquent tous une amélioration
significative de leur comportement.
Discussion
Les analyses effectuées sur les données de l'examen neuropsychologique
pré-opératoire n'ont pas mis en évidence de différences
selon la latéralité de l'épilepsie. L'évaluation
des fonctions exécutives n'a pas donné lieux a des différences
entre ETG et ETD, ce qui rejoint les résultats obtenus par Martin
et al. (2000) et Hermann et al. (1997). Nous n'avons pas
retrouvé de différences en ce qui concerne l'efficience
intellectuelle et mnésique des patients ayant une ETD et une ETG.
Ainsi, les effets de latéralité mis en évidence dans
la littérature ne sont pas retrouvés ici. En revanche, nos
résultats confirment l'existence d'un lien entre la présence
d'une sclérose hippocampique et l'efficience mnésique des
patients. En effet, la présence d'une sclérose hippocampique
qu'elle soit droite ou gauche est associée à un déficit
mnésique modéré à majeur dans 75 % des cas.
Ce déficit mnésique n'est toutefois pas spécifique
de la latéralité de l'atteinte.
En ce qui concerne l'évolution des fonctions cognitives à
la suite de l'intervention, l'efficience intellectuelle a tendance à
s'améliorer pour les patients ETD et ETG. La diminution des crises,
voire leur disparition pour la majorité de nos patients, peut également
rendre compte de cette amélioration. Jokeit et al. (1999)
ont en effet mis en évidence une légère amélioration
du QI chez des patients ne faisant plus de crises à la suite de
l'intervention. Un effet de pratique peut également en partie expliquer
cette amélioration, l'augmentation du QI allant de paire avec une
augmentation du QI performance dont la cotation prend en compte le temps
de réalisation. Sur le plan de l'efficience mnésique, nous
n'avons pas mis en évidence de modifications significatives pour
les patients ETD. En revanche, les patients ETG présentent une
diminution marquée, même si elle n'est pas significative,
du score de l'échelle verbale ainsi qu'une chute de performances
statistiquement significative dans certains sous-tests verbaux. Une altération
des performances de mémoire verbale à la suite de résections
temporales gauches a conduit à considérer ces interventions
comme les plus risquées sur le plan mnésique. Plus spécifiquement,
si l'on prend en considération la présence d'une sclérose
hippocampique, un des patients SH- gauche sur trois a
vu ses performances chuter à la suite de l'intervention alors qu'aucune
modification n'a été mise en évidence pour des SH-
droits. Pour le seul patient SH- gauche qui a présenté
un trouble, l'hippocampe avait été impliqué lors
de l'exérèse, alors que ce n'était pas le cas pour
les autres patients. Or, ce type d'intervention chez un patient qui n'a
par ailleurs pas de déficit pré-opératoire, a de
grandes chances de provoquer un dysfonctionnement de la mémoire
verbale. Ainsi, ces données confirment l'intérêt de
prendre en compte les données neuropsychologiques dans le choix
de l'intervention à pratiquer. Chez ces patients, il est préférable
de réaliser une exérèse qui épargne l'hippocampe,
dans la mesure où ce type d'intervention reste efficace en termes
de suppression des crises, ce qui reste la demande principale des patients.
Pour les patients SH+, les modifications du fonctionnement
mnésique entraînées par l'intervention sont très
variables. L'efficience mnésique a été altérée
chez trois patients sur 16. Deux patients avec SH+ gauche ont
vu leurs troubles s'aggraver à la suite de l'intervention, et un
patient SH+ droit a présenté des troubles qu'il
n'avait pas auparavant. Ces chutes de performances sont généralement
expliquées par l'exérèse des structures parahippocampiques
impliquées dans le processus de mémorisation. Il paraît
toutefois pertinent de multiplier les études prenant en considération
les structures impliquées lors de l'exérèse et de
considérer conjointement les données en IRMf afin de définir
précisément l'implication des structures réséquées
dans le fonctionnement mnésique si l'on souhaite avoir une réelle
idée des conséquences de l'intervention ; et ne pas se limiter
à un simple entretien.
Par ailleurs, il est nécessaire d'utiliser
des épreuves neuropsychologiques sensibles à un dysfonctionnement
et qui fournissent des informations sur la nature des troubles. Nous avons
utilisé la batterie 144 dans le but d'évaluer de manière
similaire la mémoire verbale et visuelle. Toutefois un inconvénient
majeur de cette batterie est que certains items visuels peuvent donner
lieu à des verbalisations. Ces biais, intrinsèques au matériel
utilisé, ne permettent ainsi pas une évaluation optimale
de la mémoire visuelle. Ils gênent la mise en évidence
de troubles spécifiques, des stratégies annexes de mémorisation
pouvant être adoptées par les patients. Ceci peut expliquer
l'absence de différences observées entre les patients ETD
et ETG ; et la non-spécificité des troubles des patients
SH+. De même pour l'évaluation de l'efficience
intellectuelle, la Wais-R est très fréquemment employée
avec comme hypothèse que les patients ETD ont un QI performance
inférieur, alors que les patients ETG auraient un QI verbal déficitaire.
Or la sensibilité de cette échelle à la latéralisation
du dysfonctionnement, est remise en question (Hermann et al., 1995).
L'utilisation de nouveaux indicateurs, les facteurs compréhension
verbale et organisation perceptive, provenant des analyses factorielles
réalisées sur les sous-tests de la Wais-R est proposée.
Ces facteurs sont sensés refléter de manière plus
pure un dysfonctionnement hémisphérique gauche pour le premier
et droit pour le deuxième. Toutefois, la pertinence de leur utilisation
est actuellement également remise en cause lorsque leur utilisation
a pour objectif de déterminer la latéralité d'un
dysfonctionnement cérébral. En effet, Hermann et al.
(1997) ont mis en évidence, un effet de l'existence d'une sclérose
hippocampique sur les facteurs compréhension verbale et organisation
perceptive de la Wais-R, mais pas d'effet de la latéralisation
de la zone épileptogène.
Les analyses des questionnaires complétés par les patients
n'ont pas mis en évidence de modifications des plaintes concernant
la mémoire, même pour les patients dont les performances
ont chuté à la suite de l'intervention. Ces données
sont compatibles avec le fait que la plainte subjective ne reflète
pas nécessairement la réalité du fonctionnement cognitif.
La plainte subjective est liée à des facteurs tels que la
réduction des crises ou l'humeur du patient (McGlone, 1994) qui
devront être pris en considération pour les analyses. Il
est par conséquent nécessaire d'avoir recours à des
évaluations directes du fonctionnement mnésique si l'on
souhaite avoir une réelle idée des conséquences de
l'intervention ; et ne pas se limiter à un simple entretien.
Par ailleurs, les changements évoqués dans les questionnaires
par les patients vont dans le sens d'une amélioration de leur comportement
ou de leur humeur. Il semble nécessaire de déterminer si
cette attitude positive est uniquement retrouvée chez les patients
ne faisant plus de crises, ce que nous ne pouvons étudier ici,
très peu de patients ayant recommencé à faire des
crises dans les délais post-opératoires pris en considération.
À l'avenir, il sera également nécessaire de mettre
en lien les données neuropsychologiques avec le vécu des
patients face à l'intervention et les changements comportementaux
et thymiques rapportés. Pour ce faire, il faudra, sur des échantillons
plus importants de patients, essayer de voir s'il est possible de mettre
en évidence des corrélations entre l'expérience subjective
des patients et des modifications particulières du fonctionnement
cognitif et thymique. La modification de l'humeur a une incidence sur
la perception qu'ont les patients de leur vie ainsi que sur leurs plaintes,
et ce facteur doit tout particulièrement être pris en considération.
Ce travail est en cours de réalisation mais nécessite d'évaluer
encore un grand nombre de patients afin qu'une analyse des données
puisse être effectuée.
CONCLUSION
Remerciements : Ce travail a bénéficié du soutien
de la Bourse Médico-Sociale de la Ligue Française Contre l'Épilepsie
Joseph-Roger 2000. REFERENCES
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