ARTICLE
Renzo Guerrini, Jean Aicardi, Frederick Andermann,
Mark Hallett
Epilepsy and Movement Disorders
Cambridge University Press, 2001, 557 pages
L'étude des épilepsies et des mouvements anormaux, longtemps
reléguée aux confins de la neurologie, se situe maintenant
à la pointe de cette discipline, en raison des innombrables progrès
diagnostiques et thérapeutiques qui ont bouleversé nos conceptions
dans ces deux domaines. Ce volume dense, extrêmement bien documenté,
vient combler une lacune majeure, et enrichir nos connaissances dans ces
pathologies des confins. Elles étaient si difficiles à comprendre,
à diagnostiquer et à traiter : ces dernières années
ont abouti à la compréhension, à la description et
à une approche thérapeutique rationnelle de nombreuses entités
mêlant mouvement anormal et épilepsie. Il était donc
urgent d'établir une synthèse de ces connaissances. Cet
ouvrage, réalisé à l'initiative de Renzo Guerrini,
qui avait, il y a quelques années, organisé un atelier international
sur ce thème à Pise, est le bienvenu.
Il étudie successivement les mécanismes fondamentaux à
la base de pathologies du mouvement et d'épilepsies (avec une place
majeure pour les canalopathies récemment identifiées par
les généticiens), les techniques d'exploration morphologiques
et surtout fonctionnelles (IRM fonctionnelle et magnétoencéphalographie),
avant d'entamer le vaste catalogue des manifestations cliniques : épilepsie
frontale nocturne (ex. : dyskinésie paroxystique nocturne), dyskinésies
paroxystiques, hyperekplexia et épilepsie-sursaut, myoclonus et
épilepsies avec myoclonies, épilepsies operculaires avec
troubles moteurs orofaciaux, mouvements anormaux néonataux... il
est difficile de citer ici toutes les pathologies évoquées.
Les derniers chapitres, qui concernent les aspects thérapeutiques,
ne sont pas les moins utiles, puisqu'une longue discussion est consacrée
au rôle potentiellement aggravant de certaines médications
(antiépileptiques ou autres), et qu'un chapitre assez exhaustif
passe en revue les médicaments utiles.
Un volume à posséder et à consulter immédiatement,
en cas de difficultés diagnostiques et/ou thérapeutiques
dans ces domaines. Il s'agit de pathologies sans doute peu communes, mais
sans doute aussi beaucoup moins rares que l'on ne le pense, car elles
restent méconnues. Cet ouvrage aura aussi le mérite d'attirer
l'attention des cliniciens et de leur apprendre à mieux évaluer
leurs patients.
Pierre Genton
Peter F. Bladin
A century of prejudice and progress
A paradigm of epilepsy in a developing society.
Medical and
social aspects. Victoria, Australia, 1835-1950
Epilepsy Australia Ltd,Camberwell, Victoria, 2001,
259 pages
L'Australie, qui accueillit, en 1995, le congrès mondial à
Sydney, est devenu depuis une ou deux décennies un pays important
du mouvement épileptologique. Ceci est en partie l'uvre du
Professeur Peter Bladin, qui a créé, à Melbourne,
un centre d'excellence, illustré ces dernières années
par de nombreux travaux, en particulier dans le domaine de la génétique
des épilepsies.
Il n'en a pourtant pas toujours été ainsi. Dans cet ouvrage
attachant, passionnant, P. Bladin se penche sur le passé, pas si
lointain que cela, de l'état de Victoria, dont Melbourne est la
capitale. Cet état s'est développé, de façon
explosive, à partir d'une petite colonie d'agriculteurs : la première
ville, Port Philipp, comptait en 1832, 192 âmes. La découverte
de gisements aurifères amena, au début des années
1850, un afflux de chercheurs d'or (et la colonie comptait, dès
1852 près de 100 000 habitants). Cette invasion amena l'établissement
des principales structures administratives - et l'établissement
des premiers médecins, des premières prisons et des premiers
asiles, ces deux derniers types d'établissement n'étant
pas clairement séparés au départ.
Ce livre retrace surtout deux aspects de l'épileptologie : le
sort des patients, et le progrès des connaissances médicales.
Pour les patients, la seule solution offerte était l'asile, et
l'auteur raconte l'histoire navrante d'une jeune fille internée,
qui avait très probablement une épilepsie myoclonique juvénile.
L'histoire évolue, en particulier vers la création de la
première structure spécifique (une sorte de ferme thérapeutique),
dans l'entre-deux-guerres. Pour les connaissances médicales, les
progrès furent aussi lents, avec, à la fin du xixe
siècle, l'apport révolutionnaire (très mal reçu,
au demeurant) des travaux de Jackson, transmis par l'un de ses élèves
australiens, au retour de son stage dans la métropole britannique.
Un livre très utile, très agréable à lire
- pour ceux qui lisent l'anglais dans le texte. Un bon exercice, de toutes
façons, par les temps qui courent.
Un siècle de préjugés et de progrès.
Un paradisme de l'épilepsie dans une société en développement.
État de Victoria, Australie, 1835-1950
Pierre Genton
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