ARTICLE
bdc.2011.1527
Auteur(s) : Caroline Schmitt1 caroline.schmitt@hotmail.fr,
Catherine Bouteille2, Christelle
Faure3, Hervé Mignotte3, Olivier Tredan4, Thomas Bachelot4, Jean-Paul Guastalla4, Antoine Arnaud5, Isabelle Treilleux6, Nicolas Carrabin7
1 Centre Léon-Bérard, 28, rue Laennec, 69373 Lyon,
France
2 Clinique mutualiste de la Loire, chirurgie
gynécologique, 3, rue Le-Verrier, BP 209, 42013 Saint-Étienne Cedex
2, France
3 Centre Léon-Bérard, unité de sénologie, 28, rue
Laennec, 69373 Lyon, France
4 Centre Léon-Bérard, unité d’oncologie médicale, 28,
rue Laennec, 69373 Lyon, France
5 Centre Léon-Bérard, unité de radiothérapie, 28, rue
Laennec, 69373 Lyon, France
6 Centre Léon-Bérard, unité d’anatomopathologie, 28,
rue Laennec, 69373 Lyon, France
7 CHU Croix-Rousse, gynécologie obstétrique, 103,
grande rue de la Croix-Rousse, 69317 Lyon, France
Tirés à part : C. Schmitt
Introduction
Le statut ganglionnaire axillaire est un élément pronostique
essentiel chez les patientes présentant un cancer du sein et
déterminant pour la décision de traitement adjuvant. La
détermination de ce statut a reposé pendant longtemps sur la
pratique d’un curage axillaire (CA) premier. Néanmoins, du fait de
la morbidité de cette intervention et de la tendance à la pratique
des gestes de moins en moins invasifs, la technique du ganglion
sentinelle a supplanté la pratique du CA systématique au début des
années 1990 au sein des équipes prenant en charge des
patientes atteintes de cancer du sein [1, 2]. En ciblant
l’analyse histologique sur un faible nombre de ganglions et grâce à
l’évolution des techniques d’analyse histologique, des
envahissements ganglionnaires de taille de plus en plus minime ont
progressivement été mis en évidence. Les critères d’envahissement
du ganglion sentinelle ont été redéfinis par l’AJCC en 2003
[3] : macrométastase en cas de métastase de taille supérieure
à 2 mm (pN1), micrométastase en cas de métastase de taille
supérieure à 0,2 mm et inférieure ou égale à 2 mm (pN1mic) et
cellules tumorales isolées en cas d’envahissement de taille
inférieure ou égale à 0,2 mm (pN0i+). En cas de ganglion sentinelle
envahi par une macrométastase, le « gold
standard » actuel repose encore sur la pratique d’un CA
complémentaire. Cette attitude est cependant de plus en plus
décriée ; aucun bénéfice à la pratique du CA complémentaire
n’a été montré en termes de survie globale, de survie sans récidive
(SSR) ou de récidive axillaire dans l’étude ACOSOG Z0011 de
Giuliano et al. [4]. Fort de ces constatations et alors
que l’intérêt pronostique de micrométastase ou de cellules
tumorales isolées dans le ganglion sentinelle n’est pas clairement
défini pour le moment, la pratique d’un CA complémentaire dans ces
cas là peut encore plus être remise en question.
L’objectif de notre étude est de déterminer la part de patientes
présentant un ganglion sentinelle pN0i+ ou pN1mic pour lesquelles
la connaissance du statut des autres ganglions du creux axillaire
après la réalisation d’un CA modifie l’indication de traitement
adjuvant (radio- ou chimiothérapie).
Patientes et méthode
Toutes les patientes, présentant un cancer du sein invasif et
ayant bénéficié d’une prise en charge carcinologique avec la
recherche du ganglion sentinelle du premier janvier 2001 au 31 août
2010, ont été incluses dans cette étude rétrospective
monocentrique.
Les indications retenues pour la recherche du ganglion
sentinelle sont les suivantes : tumeur unifocale, de taille
inférieure à 3 cm et absence d’adénopathie axillaire palpable. La
technique n’était pas proposée en cas de métastase à distance, de
traitement néoadjuvant ou d’antécédent de chirurgie mammaire
homolatérale.
L’identification du ganglion sentinelle a été réalisée selon la
technique de double détection colorimétrique et radio-isotopique
décrite précédemment dans la littérature [5]. Un examen extemporané
macroscopique du ganglion sentinelle était réalisé avec, en cas de
doute, une analyse par apposition sur lame et/ou coupe congelée.
L’analyse histologique définitive ensuite réalisée comportait
systématiquement une analyse en coloration hématoxyline éosine
safran (HES) et une analyse immunohistochimique (IHC) après coupe
semi-sériée. Pour l’analyse HES, chaque ganglion est inclus en
totalité en paraffine, débité en tranche de 1 mm d’épaisseur et
examiné. En l’absence d’envahissement identifié, le bloc est alors
débité en six niveaux de coupe de 150 microns et la totalité
des coupes est soumise à une analyse IHC.
Le type d’envahissement ganglionnaire a été défini selon les
critères de l’AJCC de 2003 [3] déjà cités plus haut ;
l’absence d’envahissement tumoral est défini sur coupe semi-sériées
après analyse HES et IHC. Pour les ganglions sentinelles prélevés
de 2001 à 2005, une relecture de lames a permis de
différencier les envahissements micrométastatiques des cellules
tumorales isolées.
Un CA secondaire était recommandé dans notre référentiel pour
tous les cas d’envahissement du ganglion sentinelle :
macrométastase, pN1mic et pN0i+.
Pour chaque dossier, l’indication de traitement adjuvant a été
discutée en réunion de concertation pluridisciplinaire en ne tenant
pas compte, dans un premier temps, du résultat du CA
complémentaire. L’indication définitive de traitement adjuvant sera
finalement retenue selon les résultats de l’analyse histologique
complète des ganglions du curage.
Les critères de chimiothérapie adjuvante retenus et validés, au
moment de l’étude, dans le référentiel du réseau de cancérologie
Rhône Alpes sont les suivants : taille tumorale (T) supérieure
ou égale à 20 mm et SBR2 ou 3 ; T supérieure ou égale à 10 mm
et inférieure à 20 mm avec embols et SBR2 ou 3 ; T supérieure
ou égale à 5 mm et surexpression d’Her2 ; récepteurs hormonaux
non surexprimés sauf si T inférieure à 10 mm et SBR1 ; âge
inférieur ou égal à 35 ans sauf si T inférieure à
10 mm + SBR1 ; envahissement macrométastatique
ganglionnaire.
En termes de radiothérapie, l’indication d’une irradiation
mammaire avec surimpression sur lit tumoral est systématiquement
retenue dans notre réferentiel en cas de cancer infiltrant avec
traitement conservateur. En cas de mastectomie, l’indication de
radiothérapie pariétale est retenue dans notre référentiel dans les
cas suivants : pT3 (T supérieure à 5 cm), pN1, lésion
multifocale ± SBR 3 ± embol lymphatique). L’indication
d’irradiation ganglionnaire (sus- et sous-claviculaire ± chaine
mammaire interne) dépend principalement du nombre de ganglions du
curage envahis par une macrométastase, quel que soit le type de
chirurgie mammaire réalisée.
Résultats
Sur la période étudiée, un total de 1 375 patientes
répondant aux indications pour la pratique de la technique du
ganglion sentinelle ont été incluses dans l’étude.
Les résultats de l’analyse histologique du ganglion sentinelle
sont présentés dans la figure 1. Il n’a
pas été observé d’envahissement ganglionnaire dans 813 cas
(813/1375, soit 59,1 %). Un envahissement ganglionnaire a été
observé dans 562 cas (562/1375, soit 40,9 %). Selon les
critères définis par l’AJCC [3], il s’agissait d’un envahissement à
type de macrométastase dans 253 cas (253/562, soit
45,0 %), à type de micrométastases pour 150 patientes
(150/562, soit 26,7 %) ou à type de cellules tumorales isolées
dans 159 cas (159/562, soit 28,3 %). On s’intéressera
tout particulièrement à l’analyse histologique des ganglions non
sentinelles dans ces deux dernières populations lorsqu’un CA a été
réalisé. Dans ces populations, la non-réalisation du curage a été
justifiée dans 15 % des cas par les comorbidités présentées
par la patiente, dans 10 % des cas par le refus de la patiente
et dans 75 % des cas après discussion avec la patiente par
décision partagée.
Ganglion sentinelle pN1mic (micrométastase de taille
strictement supérieure à 0,2 mm et inférieure ou égale à 2 mm)
Un CA complémentaire a été pratiqué dans 130 cas sur 150
(86,7 %) (figure 2).
Un envahissement ganglionnaire non sentinelle est constaté chez
27 patientes (27/130, soit 20,8 %), à type de
micrométastases ou de cellules tumorales isolées dans huit cas et à
type de macrométastases dans 19 cas.
En suivant les critères d’indication de chimiothérapie admis
dans notre référentiel, l’indication de chimiothérapie était posée
avant le résultat du curage pour 71 patientes sur 130, soit
54,6 % des cas ; parmi les 59 patientes n’ayant pas
d’indication de chimiothérapie avant CA, un envahissement
macrométastatique est mis en évidence chez cinq patientes. Ainsi,
dans cette série, après un ganglion sentinelle pN1mic, le CA
complémentaire a posé à lui seul l’opportunité d’un traitement
adjuvant dans cinq cas sur 130, soit 3,85 % des cas.
Pour une T supérieure ou égale à 10 mm et inférieure à 20 mm
associée à un grade SBR 2 ou 3, la présence d’embols
constitue dans notre référentiel un facteur décisif pour
l’indication de chimiothérapie.
La signification pronostique et l’impact thérapeutique d’un
ganglion sentinelle envahi par une micrométastase ne sont pas
définis actuellement ; si on considère qu’une micrométastase
puisse être un facteur pronostique ayant le même poids que d’autre
facteur pronostique, tel qu’un embol vasculaire, une indication de
chimiothérapie adjuvante pourrait être retenue pour quelques
patientes supplémentaires. Dans ces conditions, l’indication de
chimiothérapie serait alors posée chez 91 des
130 patientes avant la connaissance du résultat du CA (soit
70,0 %). Parmi les 39 patientes sans indication de
chimiothérapie sur les critères tumoraux initiaux avant réalisation
du CA, il a été observé dans quatre cas un envahissement
macrométastatique des ganglions non sentinelles. L’indication de
chimiothérapie a donc été posée sur le résultat du CA seul dans
quatre cas sur 130, soit 3,08 % des cas.
Concernant l’indication de radiothérapie sus- et
sous-claviculaire adjuvante, celle-ci aura été posée suite à la
découverte de macrométastases dans les ganglions du curage dans
19 cas sur 130, soit 14,6 %.
Ganglion sentinelle pN0i+ (cellules tumorales isolées de taille
inférieure ou égale à 0,2 mm)
Un CA complémentaire a été pratiqué dans 109 cas sur
159 (68,6 %) (figure 3).
Un envahissement ganglionnaire non sentinelle est constaté pour
17 patientes (17/109, soit 15,6 %) à type de
micrométastases ou de cellules tumorales isolées dans huit cas et à
type de macrométastases dans neuf cas.
En suivant les critères d’indication de chimiothérapie admis
dans notre référentiel, l’indication de chimiothérapie était posée
avant la connaissance du résultat du CA pour 67 patientes
sur 109, soit 61,5 % des cas. Parmi les 42 patientes
sans indication de chimiothérapie avant curage, un envahissement
macrométastatique des ganglions du CA complémentaire a été constaté
dans deux cas et a posé alors l’indication de chimiothérapie pour
1,83 % des patientes.
En considérant qu’un envahissement du ganglion sentinelle par
des cellules tumorales isolées puisse avoir la même signification
pronostique qu’un embol vasculaire, l’indication de chimiothérapie
pouvait être retenue avant curage pour 87 patientes sur 109,
soit 79,8 % des cas. Un envahissement macroscopique a été mis
en évidence dans un curage sur 22 ; cet envahissement
macroscopique a donc posé à lui seul l’opportunité d’un traitement
adjuvant pour une patiente sur les 109 ayant eu un curage,
soit 0,92 % des cas.
Concernant l’indication de radiothérapie sus- et
sous-claviculaire adjuvante, celle-ci aura été posée suite à la
découverte de macrométastases dans les ganglions du curage dans
neuf cas sur 109, soit 8,26 % des patientes.
Discussion
Les recommandations actuelles de l’Asco préconisent la
réalisation systématique d’un CA, quelle que soit la taille de
l’envahissement du ganglion sentinelle [6]. Cette attitude semble
cependant de plus en plus débattue et contredite dans les
faits : en effet, la proportion de patientes ne bénéficiant
pas d’un CA, malgré un envahissement métastatique du ganglion
sentinelle, s’élève à 20 % en 1998 et atteint 32 % en
2004 ; cette proportion est influencée par la taille des
métastases ganglionnaires : 56 % des patientes pN1mic et
seulement 22 % des patientes pN1 n’ont pas de curage
complémentaire dans la série de Rescigno et al.
[7].
L’étude prospective ACOSOG Z0011 a évalué l’impact thérapeutique
du CA en cas d’envahissement macrométastatique du ganglion
sentinelle à l’examen histologique définitif. Aucune différence
significative n’a été observée en termes de survie globale, de SSR
et de taux de récidive axillaire entre les groupes avec ou
sans CA complémentaire. L’impact de cette étude en termes
pratique reste cependant limité du fait de sa clôture prématurée
faute d’inclusions suffisantes [4].
En cas de ganglion sentinelle envahi à l’examen histologique et
afin d’éviter la réalisation systématique de CA, certaines équipes
préconisent l’application de nomogrammes, permettant de calculer le
risque d’envahissement des autres ganglions du creux axillaire. Les
performances de ces différents modèles, en particulier le score de
Tenon [8] et le nomogramme du MSKCC [9], semblent être
satisfaisantes pour être appliqués à la population de patientes
françaises avec un taux de faux négatif acceptable de 4,4 %
[10, 11]. Malgré ces résultats satisfaisants, aucun de ces
outils ne permet cependant de déterminer avec certitude le statut
des ganglions du CA.
La pratique d’un curage ne paraît donc plus trouver qu’un
intérêt en termes de stadification de la maladie cancéreuse alors
même que son intérêt thérapeutique est très débattu à l’heure
actuelle. À l’inverse, la morbidité du CA est, elle, bien
démontrée en termes de mobilité, de lymphœdème et de
paresthésies résiduelles du bras et bien supérieure à celle d’un
ganglion sentinelle isolé : abduction réduite de plus de
10 % persistante pour 19,0 % des patientes (versus
13,2 % si ganglion sentinelle seul), lymphœdème
significatif persistant : 27,6 % (versus
16,7 % si ganglion sentinelle seul), paresthésies
résiduelles : 13,2 % (versus 6,7 % si
ganglion sentinelle seul) [12].
En cas d’envahissement pN0i+ ou pN1mic du ganglion sentinelle,
les avis quant à la réalisation du CA complémentaire sont encore
plus partagés. L’enquête menée en 2009 auprès d’oncologues,
radiothérapeutes et chirurgiens membres de l’Asco montre que
seulement 22 % d’entre eux (dont 23 % de chirurgiens)
préconisent la réalisation d’un CA en cas de ganglion sentinelle
pN1mic [13].
Différentes attitudes sont en pratique actuellement proposées.
Certaines équipes conseillent une simple surveillance sans CA
complémentaire. Après un suivi de 4,9 ans, Reed
et al. observent un taux de récidive à distance
de 8 % en cas de pN0i+ , de 6 % en cas de pN0 et de
21 % en cas de pN1 ; cette différence est statistiquement
significative uniquement entre les groupes pN0 et pN1mic
(p = 0,02) [14]. De même, sur une série prospective de
47 ganglions sentinelles (14 pN1 et 33 pN1mic) sans
CA complémentaire, Yegiyants et al. [15]
retrouvent, après un suivi de 82 mois, un cas de récidive
axillaire avec métastase à distance dans chacun des deux groupes.
La société américaine de cancérologie recommande même de ne pas
réaliser d’étude immunohistochimique pour dépister les
envahissements micrométastatiques des ganglions sentinelles
[6].
D’autres équipes soutiennent l’application de nomogrammes, bien
que leurs performances ne soient pas validées en cas de pN0i+ ou de
pN1mic. L’étude de Coutant et al. [10], comparant les
différents nomogrammes existants, observe en effet des performances
diminuées pour le groupe pN0i+/pN1mic comparé au groupe pN1. Alran
et al. [11] retrouvent les mêmes résultats pour
le nomogramme du MSKCC avec un AUC à 0,538 en cas
d’envahissement pN1(mic) versus 0,724 en cas
d’envahissement pN1 du ganglion sentinelle.
Enfin, certaines équipes recommandent la pratique systématique
d’un CA, quel que soit le type d’envahissement du ganglion
sentinelle. Houvenaeghel et al. [16] retrouvent un taux
d’envahissements ganglionnaires non sentinelles de 13 % en cas
de pN1mic ou de pN0i+. Seul le sous-groupe de patientes présentant
un cancer pT1a ou pT1b et de type médullaire, colloïde ou tubuleux,
présentent un risque inférieur à 5 % d’envahissement des
autres ganglions du creux axillaire. Ces patientes, qui pourraient
donc ne pas nécessiter de CA, ne représentent cependant qu’une
proportion inférieure à 30 % des patientes.
Différents arguments sont avancés en faveur de la pratique
systématique d’un CA en cas de ganglion sentinelle pN0i+ ou pN1mic
alors même que l’intérêt thérapeutique du geste n’a jamais été mis
en évidence. Dans l’étude de Bilimoria et al. [17], en
cas de ganglion sentinelle pN1mic, la survie globale à cinq ans
s’élève à 99,0 % en l’absence de curage complémentaire et à
97,8 % si un curage est réalisé (p = 0,81). En cas de
ganglion sentinelle pN1mic, le taux de récidive axillaire était de
0,4 % en l’absence de CA complémentaire réalisé et de
0,2 % en cas de CA complémentaire (p = 0,18). Dans la
série de Pernas et al. [18] à propos de
59 patientes, présentant un ganglion sentinelle pN1mic, aucun
cas de récidive axillaire ou à distance n’a été mis en évidence
dans le groupe sans curage complémentaire après un suivi de
60 mois.
Le principal argument en faveur de la réalisation systématique
d’un CA complémentaire en cas de pN0i+ ou de pN1mic sentinelle
repose sur l’impact, en termes de traitement adjuvant, de la
découverte de ganglion(s) envahi(s) macroscopiquement au sein du
curage. Dans la méta-analyse de De Boer et al.
[19], un envahissement ganglionnaire macroscopique est mis en
évidence dans 20 % des curages en cas de ganglion sentinelle
pN1mic et dans 12 % en cas de ganglion sentinelle pN0i+.
En effet, si l’indication de chimiothérapie adjuvante n’est pas
retenue à partir des caractéristiques tumorales initiales, la
présence d’un envahissement i + ou mic du ganglion sentinelle ne
constitue pas à ce jour, de manière isolée, un argument formel pour
la réalisation d’une chimiothérapie adjuvante. La découverte d’un
ganglion macrométastatique dans le CA complémentaire sera en
revanche en faveur de la réalisation de cette chimiothérapie
adjuvante.
À l’heure actuelle cependant, aucune étude n’a évalué l’impact
de la connaissance du statut des autres ganglions du CA en termes
de modification de traitement adjuvant.
Dans notre étude, nous avons pu constater un envahissement
macrométastatique d’un ou plusieurs ganglion(s) du CA
complémentaire dans 14,6 % (19/130) des cas d’envahissement
pN1mic du ganglion sentinelle et dans 8,3 % (9/109) des cas
d’envahissement pN0i+ du ganglion sentinelle. Cependant, du fait
des caractéristiques tumorales initiales, la mise en évidence de
cet envahissement macrométastatique n’a posé l’indication de
chimiothérapie adjuvante que dans 3,85 % des cas en cas de
ganglion sentinelle pN1mic et dans moins de 1 % des cas pour
un ganglion sentinelle pN0i+. Ce taux faible de modification des
indications de chimiothérapie adjuvante après résultats du CA,
justifie-t-il la pratique systématique d’un tel geste en cas de
ganglion sentinelle pN0i+ ou pN1mic ?
Le taux de faux négatifs toléré dans la pratique de la technique
du ganglion sentinelle s’élève à 5 % [20]. Faut-il donc
imposer la morbidité d’un CA alors que le bénéfice escompté du
geste, en termes d’indication de chimiothérapie adjuvante, est
inférieur à l’erreur acceptée initialement ?
Actuellement, les indications de chimiothérapie deviennent de
plus en plus larges ; pour certaines équipes en effet,
l’existence d’un envahissement micrométastatique du ganglion
sentinelle est un argument en faveur d’une chimiothérapie
adjuvante, même si cette donnée mérite encore d’être confirmée.
Dans l’étude MIRROR [21], De Boer et al. mettent
en évidence pour les envahissements N1(mic) d’un (des) ganglion(s)
du CA une augmentation de la SSR en faveur de la réalisation d’une
chimiothérapie adjuvante : SSR sans chimiothérapie adjuvante
égale à 75,9 % ; SSR avec chimiothérapie adjuvante égale
à 87,9 % ; (p < 0,001). Les résultats de ces
différentes études, en termes de modification de la prise en charge
par chimiothérapie adjuvante, méritent cependant d’être interprétés
au cas par cas. En effet, les indications de chimiothérapie
adjuvante à partir des caractéristiques de la tumeur initiale sont
plus ou moins restrictives et propres à chaque équipe. Ces
indications peuvent être différentes des indications présentées
dans cet article qui sont basées sur notre référentiel
régional.
Concernant la radiothérapie adjuvante, le résultat du CA influe
de manière plus marquée ses indications : en effet, d’après
les RPC 2010 de Saint-Paul-de-Vence [22], il existe une
indication d’irradiation de l’aire sus- et sous-claviculaire pour
tous les cas d’envahissement macrométastatique d’un ganglion du CA.
Dans notre série, le CA impose la réalisation d’une irradiation
sus- et sous-claviculaire pour 8,3 % (9/109) des patientes en
cas de ganglion sentinelle pN0i+ et pour 14,6 % (19/130) des
patientes en cas de ganglion sentinelle pN1mic.
Ainsi donc, l’intérêt de la pratique systématique d’un CA en cas
de pN1mic ou de pN0i+, afin de déterminer l’opportunité d’une
chimiothérapie adjuvante et donc d’optimiser le contrôle systémique
de la maladie cancéreuse, paraît limité d’après nos résultats
(inférieur à 5 %) ; cependant, en termes d’indication
d’irradiation ganglionnaire, qui permet d’assurer le contrôle
locorégional de la maladie, ces résultats paraissent moins
nets.
Afin de connaître l’impact véritable de la détermination du
statut ganglionnaire par la pratique d’un CA en termes d’indication
de traitement adjuvant, une étude prospective serait souhaitable.
Cette étude serait cependant difficile à mettre en œuvre en
pratique du fait du faible taux d’évènements retrouvés dans les
différents groupes et nécessiterait l’inclusion d’un grand nombre
de patientes. À l’heure actuelle, la conduite thérapeutique en cas
de pN0i+ ou de pN1mic ne peut donc s’appuyer que sur des résultats
d’études rétrospectives de faible puissance telles que
celle-ci.
L’évolution de la prise en charge chirurgicale du cancer du sein
se fait actuellement dans le sens de techniques de plus en plus
mini-invasives. Cette évolution doit se faire néanmoins, en
assurant à la patiente une prise en charge carcinologique optimale
tant au niveau systémique qu’au niveau locorégional. Comme
alternative à la pratique du curage, la chimiothérapie néoadjuvante
ainsi que la radiothérapie sont en cours d’évaluation en termes de
contrôle de la maladie cancéreuse au niveau axillaire. En termes de
radiothérapie, les résultats de l’étude AMAROS [23], comparant
radiothérapie axillaire versus CA, en termes de récidive
locorégionale et de séquelles au long cours, devraient apporter des
données complémentaires.
Conflits d’intérêts: aucun.
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23. Protocole étude AMAROS :
http://www.eortc.be/protoc/details.asp?protocol=10981.
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