ARTICLE
bdc.2011.1332
Auteur(s) : Véronique Quillien1,2 v.quillien@rennes.fnclcc.fr,
Élodie Vauléon1,2, Stephan Saikali3, Thierry Lesimple1, Abderrahmane Hamlat3, Amandine Etcheverry2,4, Jean Mosser2,3,4
1 CRLCC Eugène-Marquis, 35 000 Rennes,
France
2 CNRS UMR 6061, Équipe génétique et développement,
35 000 Rennes, France
3 CHU de Rennes, 35 000 Rennes, France
4 Plate-forme transcriptome Biogenouest®,
35 000 Rennes, France
Tirés à part : V. Quillien
Le gène O6-méthylguanine-DNA méthyltransferase
(MGMT) situé en 10q26, code pour la protéine de réparation
MGMT, encore appelée O6-alkylguanine-DNA
alkyltransferase (AGT). Cette enzyme a pour fonction de surveiller
l’ADN en éliminant les groupements alkyls trouvés en position
O6 sur les guanines et, dans une moindre mesure, ceux
situés en position O4 sur les thymines. Après transfert
des groupements alkyls vers le site actif de la protéine, celle-ci
est détruite par le protéasome : la capacité de réparation de
la cellule dépend donc de la quantité d’enzyme active au niveau de
son noyau et des possibilités de production de l’enzyme. La MGMT
est exprimée par de nombreux tissus non tumoraux, tels le foie, les
poumons, les reins ou encore le système hématopoïétique. La
présence de la MGMT dans les cellules normales permet de les
protéger vis-à-vis des carcinogènes exogènes. Dans les tumeurs,
l’expression de la MGMT est variable et des études sur lignée
cellulaire ont montré que les agents alkylants sont efficaces en
l’absence de MGMT et lorsque le système MMR est actif [1]
(figure
1). Un des systèmes d’échappement observé dans la
cellule tumorale, et documenté dans les gliomes, est l’apparition
de mutations au niveau des enzymes du système MMR, notamment MSH6.
Les mutations de MSH6 ne sont jamais détectées dans des
prélèvements de glioblastomes (GBM) avant traitement. En revanche,
environ un quart des GBM en rechute ayant été traités par des
agents alkylants présentent de telles mutations. Ces mutations
s’inscrivent dans le cadre de l’apparition d’un phénotype
« hypermutant », observé notamment chez des patients
initialement répondeurs aux agents alkylants car n’exprimant pas la
MGMT, et caractérisé par l’apparition de nombreuses mutations de
type transition G-C vers A-T, notamment au niveau d’îlots CpC
[2, 3].
Différentes équipes se sont intéressées à la MGMT comme facteur
prédictif potentiel de réponse aux agents alkylants, drogues
fréquemment utilisées dans le traitement des gliomes. De nombreuses
études ont maintenant montré l’intérêt de ce marqueur pour prévoir
la réponse des patients atteints d’un GBM traités en première
intention par l’association de témozolomide (TMZ) et d’une
radiothérapie (RT). La méthylation du promoteur du gène
MGMT, méthode fréquemment utilisée pour déterminer le statut
MGMT, aurait de plus un intérêt pronostique dans les gliomes de
haut grade, qui ne serait en aucun cas lié à la réponse aux agents
alkylants, et qui pourrait être le reflet d’un phénotype
moléculaire particulier.
Différents moyens d’étude de la MGMT
Différentes approches peuvent être utilisées pour rechercher
l’expression de la MGMT au sein d’un tissu.
Détection de l’activité enzymatique de la MGMT
La détection de l’activité enzymatique MGMT, par quantification
du transfert d’un groupement méthyl radioactif d’un substrat ADN
vers la protéine a surtout été utilisée dans les années 1990. Des
techniques utilisant des marquages fluorescents et non plus
radioactifs ont récemment été mises au point. Cette technique
présente l’avantage d’être une analyse fonctionnelle, en revanche
elle est fastidieuse et donc difficilement envisageable dans la
pratique quotidienne. D’autre part, l’activité MGMT mesurée peut
potentiellement provenir des cellules non tumorales contaminant la
tumeur, notamment les cellules hématopoïétiques et les cellules
endothéliales. Par ce type d’approche, environ 20 % des
glioblastomes ne présentent pas d’activité MGMT avant traitement et
deux études ont montré une augmentation d’activité dans les tumeurs
en récidive, après traitement par des agents alkylants [4, 5].
Aucune étude n’a cependant montré de lien formel entre la mesure de
l’activité MGMT dans les tumeurs et la réponse au traitement ;
il semble donc préférable de réserver ce type d’approche à des
études fondamentales sur des modèles de type lignée cellulaire.
Mise en évidence de la protéine par immunohistochimie
La mise en évidence de la protéine MGMT peut se faire par
immunohistochimie (IHC), une technique relativement simple et
facile à mettre en place dans les services d’anatomie pathologique.
Théoriquement, il est possible de ne compter que la positivité
observée au niveau des cellules tumorales. Cependant, différentes
cellules non tumorales (cellules endothéliales, cellules
hématopoïétiques) peuvent naturellement exprimer la protéine MGMT
et être à tort considérées comme tumorales en lecture
immunohistochimique, ce qui entraîne un risque de surestimation du
pourcentage de cellules tumorales positives [6, 7]. Cela
incite certains pathologistes à étudier sur la même coupe
histologique le pourcentage des cellules CD68 positives (marqueur
histiocytaire) lors de l’interprétation des résultats
d’immunohistochimie [8, 9]. De plus l’indentification des
cellules tumorales positives s’avère difficile dans certains cas et
pose le problème de la reproductibilité de la lecture entre
pathologistes [10]. Les seuils utilisés pour différencier les
échantillons « négatifs » des « positifs »
varient de 5 % de cellules positives à 35 %.
Analyse de l’expression de l’ARNm
L’expression de la MGMT peut être recherchée au niveau de
l’ARNm. Les résultats de la littérature sont contrastés concernant
le lien entre l’expression ARN de la MGMT et la survie des patients
traités par des agents alkylants. Deux études récentes ont analysé
en parallèle l’expression de l’ARNm de la MGMT et la méthylation du
promoteur de la MGMT sur une même série d’échantillons de GBMs
traités par le schéma standard comprenant du TMZ. Dans les deux
cas, les résultats de l’analyse de la méthylation du promoteur sont
bien supérieurs à ceux obtenus par l’analyse de l’ARNm
[8, 11]. Les problèmes majeurs de ce type d’analyse sont,
d’une part, le fait de l’expression de la MGMT par les cellules non
tumorales et, d’autre part, la difficulté de fixer un seuil
clinique décisionnel.
Analyse de la méthylation du promoteur
Il existe au niveau des régions promotrices de nombreux gènes
des îlots CpG dont les bases cytosines peuvent être méthylées et
ainsi participer à la régulation de la transcription. Pour le gène
MGMT, l’îlot est constitué de 97 CpG, qui sont normalement
non méthylés dans les tissus non tumoraux. Dans les tumeurs, et
notamment les gliomes, la plupart des sites de l’îlot CpG peuvent
être méthylés, de manière variable d’un CpG à l’autre et d’une
tumeur à l’autre [12, 13]. La plupart des méthodes d’études de
la méthylation du promoteur s’intéressent aux CpG situés en partie
dans l’exon 1 du gène (CpG 70-CpG90), une région pour laquelle il a
été montré une bonne corrélation entre la méthylation et la perte
d’expression du gène analysée au niveau de l’ARNm [12].
La technique la plus ancienne pour l’étude de la méthylation est
la MS-PCR (methyl specific-polymerase chain reaction). L’ADN
est tout d’abord converti chimiquement par traitement au bisulfite,
ce qui permet de convertir les cytosines non méthylées en uraciles
alors que les cytosines méthylées sont préservées. Cela permet de
différencier les brins méthylés des brins non méthylés, après
amplification par PCR en utilisant des amorces spécifiques des 2
brins. Le résultat est rendu qualitativement, suivant les bandes
observées. La spécificité de la technique tient donc au choix des
amorces, qui vont s’apparier si les 6 à 10 sites concernés sont
méthylés ou non méthylés. Il existe une variante dite PCR nichée,
pour laquelle une première PCR amplifie sans discriminer selon le
degré de méthylation, ce qui permet d’augmenter la sensibilité de
la technique. Un des inconvénients de la MS-PCR réside dans la
lecture du résultat sur gel, ce qui laisse place à la subjectivité.
D’autre part, il existe un risque théorique de mauvaise fixation
des amorces en cas de méthylation non uniforme des sites CpG.
D’autres techniques ont été développées, qui débutent toutes par
une phase de bisulfitation de l’échantillon, hormis la technique
MS-MPLA. Les techniques les plus fréquemment rencontrées sont
celles dérivées de la technique MS-PCR : la PCR est effectuée
en temps réel et généralement le résultat de méthylation obtenu
pour la MGMT est normalisé au résultat obtenu pour un gène
de ménage. Une quantification peut être obtenue en effectuant en
parallèle des courbes de calibration pour le gène d’intérêt et le
gène de ménage. C’est ce type de technique qui a été développé par
la société OncoMethylome et qui est actuellement utilisé dans la
plupart des essais européens et internationaux [14]. Par rapport à
la MS-PCR classique, cette technique présente l’avantage d’une plus
grande reproductibilité, en revanche elle ne permet pas de
s’affranchir des problèmes éventuels de mauvais appariement des
amorces et la normalisation entraîne un risque de sous-estimation
du résultat en cas de contamination par des cellules non tumorales
ou d’amplification génique du gène de ménage (cas de la bêta actine
située en 7 p et fréquemment utilisée). D’autre part, le résultat
étant rendu de manière quantitative, elle nécessite la
détermination d’un seuil. Ce type de technique peut être rendu plus
spécifique en utilisant en plus une sonde à hydrolyse spécifique,
c’est le cas de la technique MethyLight testant une douzaine de
sites CpG. Elle possède les mêmes avantages et inconvénients que la
technique précédente.
Le pyroséquençage permet l’analyse du pourcentage de méthylation
de différents îlots CpG. Il existe un kit commercial qui permet
l’étude de 5 sites CpG (Quiagen), 3 d’entre eux étant communs avec
ceux reconnus dans la plupart des analyses de type MSP. Cette
technique est bien reproductible et possède l’avantage de tenir
compte de l’hétérogénéité de méthylation. Elle nécessite, en
revanche, le recours à un pyroséquenceur, appareil beaucoup moins
répandu que les appareils de PCR en temps réel. D’autre part, un
seuil permettant d’identifier les échantillons positifs des
négatifs reste à définir.
Les autres techniques développées pour évaluer la méthylation du
gène MGMT, telles les techniques COBRA (combined bisulfite
restriction analysis), ms-hrm (methylation sensitive-high
resolution melting) ou ms-mpla (methylation specific
multiplex ligation-dependent probe amplification) restent
encore assez peu utilisées.
Corrélation entre les différentes techniques de dosage
Différentes études sur des lignées cellulaires ont montré un
lien direct entre la méthylation du promoteur de la MGMT et
l’absence d’expression du gène ou de la protéine. On pourrait donc
s’attendre à une bonne corrélation entre les différentes techniques
d’analyses, ce qui n’est pas le cas. Si on compare par exemple les
résultats obtenus par technique MS-PCR avec ceux obtenus par IHC
dans différentes études, en moyenne 63 % des échantillons sont
classés de manière identique par les deux techniques (i.e. absence
d’expression protéique en présence d’un promoteur méthylé et
expression protéique en présence d’un promoteur non méthylé). Pour
le moment, on ne sait pas si cette différence est due à un problème
méthodologique de l’une ou de l’autre des techniques ou à une
réalité physiologique, les deux phénomènes observés étant
différents. Il a été démontré dans des systèmes de lignée
cellulaire que la radiothérapie, les corticoïdes, la présence de la
protéine P53 ou encore l’activation du système NF-kB pouvaient
induire l’expression de MGMT, même en présence d’un promoteur
méthylé. La différence observée pourrait donc être le reflet d’un
niveau de régulation de la MGMT indépendant de celui de la
méthylation du promoteur. Pour le moment c’est l’étude de la
méthylation qui donne de manière la plus reproductible des
résultats corrélés avec la clinique. Si la différence observée
entre l’IHC et les techniques de type MS-PCR est purement
méthodologique, on devrait au mieux réussir à avoir des résultats
comparables avec les deux techniques. Sinon, les résultats des deux
techniques pourraient être complémentaires.
Statut MGMT dans les gliomes
Gliomes avec une composante oligodendrogliale
Environ 70 % des gliomes avec une composante
oligodendrogliale ont une méthylation du promoteur MGMT,
indépendamment du grade histologique (figure 2).
Les résultats d’expression protéique sont plus difficiles à
interpréter, étant donné les différents seuils utilisés. Suivant
les études, de 44 à 100 % des échantillons sont considérés
comme n’exprimant pas ou exprimant faiblement la protéine MGMT. La
plupart des études observent une corrélation entre la méthylation
du promoteur MGMT et la perte d’hétérozygotie en 1p19q.
Environ 90 % des gliomes avec une composante oligodendrogliale
et ayant une LOH 1p19q sont méthylés [15-19].
Gliomes sans composante oligodendrogliale
Les astrocytomes et les GBMs présentent une méthylation de
MGMT dans environ la moitié des cas (figure 2). Ces
pourcentages restent à consolider pour les gliomes de bas grades et
les gliomes anaplasiques étant donné qu’ils sont calculés à partir
d’un nombre relativement restreint de patients ; en revanche
les données sont disponibles pour plus de 1 500 GBM. Les
astrocytomes diffus et anaplasiques sont caractérisés par une
fréquence importante de tumeurs présentant des mutations de P53. Il
existe une corrélation positive entre la présence de ces mutations
et la présence d’un promoteur MGMT muté. En revanche, aucune
corrélation n’est trouvée pour les GBM.
L’hétérogénéité tumorale, un problème ?
Les gliomes de haut grade, notamment les GBMs étant considérés
comme des tumeurs très hétérogènes, il est légitime de s’interroger
sur l’homogénéité des résultats d’une analyse MGMT effectuée à
différents endroits d’une même tumeur. Afin de répondre à cette
question, Grasbon-Frodl et al. ont effectué de 2 à 4
biopsies stéréotaxiques situées en moyenne à 10 mm de distance chez
18 patients atteints d’un GBM et 7 patients atteints d’un
astrocytome anaplasique [20]. Ils rapportent une homogénéité dans
les résultats d’analyse du promoteur MGMT au sein d’une
tumeur qui est confirmée par deux autres études effectuées
respectivement sur 12 et 7 GBM [21, 22]. L’étude de Dunn et
al. trouve en revanche que 14 % des 93 échantillons de GBM
analysés par pyroséquençage donnent des résultats discordants quand
plusieurs prélèvements sont analysés. Dans la plupart des cas
(9/13), la discordance a consisté en l’obtention d’un résultat
négatif pour un prélèvement à type de smear ou étalement cellulaire
(prélèvement assez inhabituel pour ce type d’analyse), alors que le
prélèvement usuel (biopsie ou histologie) s’est avéré positif [23].
Le résultat de ces études démontre donc que l’hétérogénéité
tumorale ne serait pas un facteur limitant pour l’analyse de la
MGMT.
Intérêt clinique de la détermination du statut MGMT
Dans les gliomes de bas grade
Quelques études, sur des nombres de patients restreints, ont
cherché à savoir si la détermination du statut MGMT dans la tumeur
initiale pouvait avoir un intérêt pronostique (tableau 1). Deux études chez des patients
présentant un astrocytome de bas grade aboutissent à des
conclusions inverses, à savoir une plus grande fréquence de
progression sous forme maligne en l’absence de la protéine MGMT
dans un cas [24] et une fréquence plus importante, associée à une
survie après la progression plus courte pour les patients avec un
promoteur non méthylé dans l’autre cas [25]. Il est important de
noter que sur une cohorte de patients traités de manière identique,
cette dernière équipe avait préalablement rapporté une survie sans
récidive (SSR) plus longue en cas de non méthylation du promoteur
[26]. L’intérêt éventuel de la détermination de la MGMT dans ce
contexte reste donc largement à préciser… Dans le cadre d’un
traitement initial par TMZ, deux études montrent une meilleure
survie en cas de méthylation du promoteur MGMT
[27, 28].
Tableau 1 Études ayant analysé le lien entre le statut MGMT et
le devenir clinique de patients atteints d’un gliome de bas
grade.
| Étude |
Types histologiques |
Fréquence de méthylation |
Fréquence de résultats négatifs en IH |
Lien avec la clinique |
Traitement initial |
| Kesari et al. (2009) |
A et O et OA(initiaux ou rechutes) |
46 % (12/26)*6/26 non informatifs |
| Meilleure survie globale pour les patients avec
promoteur méthylé (sur 20 patients ayant un résultat
informatif). |
TMZ à 75 mg/m2/j sur 49 j. |
| Watanabe et al. (2007) |
A |
63 % (17/27) |
| Meilleure médiane de survie après rechute pour les
patients avec promoteur méthylé. |
|
| Nakasu et al. (2007) |
A |
| 32 % (9/28)Seuil à 10 % |
Taux de transformation maligne à 5 ans plus fort
si IH négative. Pas de lien avec la survie globale. |
|
| Everhard et al. (2006) |
AOOA |
(7/8)93 % (39/42)(17/18) |
| Meilleure survie sans récidive pour les patients
avec promoteur méthylé. |
TMZ. |
| Komine et al. (2003) |
A |
43 % (21/49) |
| Moins bonne survie sans récidive pour les patients
avec promoteur méthylé. |
Traitements divers. |
A : astrocytome ; O : oligodendrogliome ;
OA : oligoastrocytome ; TMZ : témozolomide.
* : Technique Oncométhylome.
Dans les gliomes anaplasiques
Deux études randomisées de phases III ont permis de clarifier
l’intérêt pronostique de MGMT dans les gliomes anaplasiques. En
effet, les précédentes études avaient conclu tantôt à un lien entre
le statut MGMT et la survie [29–31], tantôt à l’absence de lien
[18, 32, 33] chez des patients traités initialement ou
lors de la rechute par des agents alkylants (tableau 2). L’essai NOA-04 qui a comparé
une radiothérapie à un traitement PCV
(procarbazine + CCNU + vincristine) ou TMZ en première ligne chez
des patients atteints d’un gliome anaplasique (astrocytomes
anaplasiques [AA], oligodendrogliome anaplasique [AO] ou
oligoastrocytome anaplasique [AOA]) montre que la méthylation du
promoteur MGMT est liée à une meilleure survie sans
récidive, quelle que soit la modalité de traitement. En analyse
multivariée, le statut MGMT reste d’intérêt pronostique, avec le
type histologique, IDH1, 1p19q et l’étendue de la résection (une
composante oligodendrogliale, la présence d’une mutation IDH1, la
méthylation du promoteur MGMT et la codélétion 1p19q étant
liées à une meilleure SSR) [19]. Dans l’étude EORTC 26951 (AO et
AOA) ; la présence d’une méthylation du promoteur est
également de meilleur pronostic pour le groupe ayant de la
radiothérapie seule ou de la radiothérapie associée à la
chimiothérapie (PCV) [17]. En analyse multivariée, que ce soit pour
la survie globale ou la survie sans récidive, la présence d’une
mutation IDH1 et la délétion 1p19q sont des facteurs pronostiques
indépendants [34]. Ces résultats interrogent sur le rôle joué par
la méthylation de MGMT au sein de ces tumeurs. Dans les GBMs
nouvellement diagnostiqués, il existe clairement un lien entre la
réponse au TMZ et le statut MGMT, qui permet de parler de facteur
prédictif de réponse au traitement. Dans les gliomes anaplasiques,
le statut MGMT serait donc plutôt un facteur pronostique,
indépendant du traitement (du moins des traitements testés lors de
ces essais). Cela est cependant à moduler : dans l’étude EORTC
26951, les patients présentant un promoteur méthylé et traités par
RT et PCV semblent tout de même bénéficier de l’adjonction de la
chimiothérapie ; le statut MGMT pourrait donc être pronostique
et prédictif dans cette population [35]. En revoyant les
histologies selon la classification WHO 2007, 28 % des
patients de l’étude EORTC 26951 présentaient des zones de nécrose
et ont donc été reclassés en GBM. Pour ce sous-groupe de patients,
aucun lien n’a pu être montré entre le statut MGMT et la survie. Il
est difficile, sur ce petit nombre de patients (40), de savoir
s’ils se comportent de manière différente de la majorité des GBM,
pour lesquels l’intérêt prédictif du statut MGMT pour la réponse
aux traitements est maintenant reconnu. Notons cependant qu’une
étude a montré que l’impact pronostique, pour des GBM traités par
nitrosourées, était surtout important quand la chimiothérapie était
administrée de manière concomitante à la radiothérapie, ce qui
n’était pas le cas pour l’essai EORTC 26951 [36].
Tableau 2 Études ayant analysé le lien entre le statut MGMT et
le devenir clinique de patients atteints d’un gliome
anaplasique.
| Étude |
Types histologiques |
Fréquence de méthylation |
Fréquence de résultats négatifs en IH |
Lien avec la clinique |
Traitements |
| Wick et al. (2009) |
AAAOAOA |
50 % (48/96)71 % (22/31)71 %
(53/75) |
| Meilleure survie sans récidive en cas de
méthylation du promoteur, dans les 3 bras. |
3 bras : RT/PCV/TMZ. |
| Van den Bent et al. (2009) |
AO et AOA |
80 % (121/152) |
| Meilleure survie sans récidive et survie globale
en cas de méthylation du promoteur dans les 2 bras |
2 bras : RT/RT et PCV. |
| Sadones et al. (2009) |
AA et AOA |
30 % (6/20)* |
| Meilleure survie globale en cas de méthylation du
promoteur |
TMZ lors de la rechute. |
| Pollack et al. (2006) |
AA (enfants) |
| 88 % (45/51)seuil à 25 % |
Pas de lien avec la survie dans le groupe des
échantillons revus de manière centralisée. |
2 bras : CCNU et vincristine/8 drogues dont
CCNU et dacarbazine. |
| Brandes et al. (2006) |
AO et AOAAOAOA |
69 % (37/54)70.3 %29.7 % |
| Pas de lien avec la survie sans récidive ou la
survie globale. |
Traitement à la rechute par TMZ. |
| Brell et al. (2005) |
AAAO et AOA |
56 % (18/32)(2/8) |
45 % (34/75)44 % (8/18)Seuil à
5 % |
Meilleure survie globale en cas d’absence de la
protéine MGMT(pas de lien pour l’analyse moléculaire). |
AA : carmustineAOA/AO : PCV. |
| McLendon et al. (2005) |
AO |
| 100 % (21/21)Seuil à 20 % |
Pas de lien avec la survie, dans le groupe
comprenant les 21AO et 24 O. |
Traitements non uniformes. |
| Kamiryo et al. (2004) |
AA |
45 % (19/42) |
| Meilleure survie sans récidive et survie globale
en cas de méthylation du promoteur |
ACNU +/- IFN-?? |
AA : astrocytome anaplasique ; AO :
oligodendrogliome anaplasique ; AOA : oligoastrocytome
anaplasique ; RT : radiothérapie ; TMZ :
témozolomide.
* Technique oncométhylome.
Ces résultats montrent clairement que la détermination du
promoteur de la MGMT n’est pas seulement le reflet d’une absence de
l’enzyme de réparation expliquant la bonne réponse des tumeurs aux
agents alkylants, du moins dans les gliomes anaplasiques. Il serait
intéressant de mieux comprendre les phénomènes sous-jacents. Il
reste également à définir la place que pourrait prendre la
détermination du statut MGMT dans la prise en charge des gliomes
anaplasiques, à côté des autres facteurs biologiques connus
(1p19q/IDH1), ou pour le moment inconnus.
Dans les glioblastomes
Avant que le traitement standard des GBM ne devienne
l’association de la radiothérapie au TMZ, suivi de l’administration
en adjuvant du TMZ, différentes études avaient recherché un lien
entre le statut MGMT des patients et leur survie. Celles-ci avaient
été menées sur des cohortes parfois restreintes de patients,
traités de manière non homogène par des agents alkylants et les
conclusions restaient incertaines. Lors de l’étude princeps
EORTC-NCIC ayant mis en évidence la supériorité du traitement
combiné RT + TMZ par rapport à la RT seule [37], l’étude de la
méthylation de MGMT avait été faite sur un sous-groupe de
patients et avait clairement démontré que les patients présentant
une méthylation répondaient mieux au traitement [38]. Ces résultats
ont été confirmés, avec un recul de plus de 5 ans. La médiane de
survie globale des patients méthylés est de 23,4 mois, avec
13,8 % de survivants à cinq ans contre 12,6 mois et 8,3 %
de survie pour les non méthylés [39]. Cela a amené à proposer des
nomogrammes, incluant le statut MGMT, le performance status et le
score MMSE (mini-mental status examination) afin de prédire
la survie individuelle des patients [40]. Depuis d’autres études
ont confirmé ce résultat et la méthylation du promoteur MGMT
peut être considérée comme un facteur prédictif important de
réponse au traitement standard des GBM nouvellement diagnostiqués
[8, 11, 23, 41–44] (tableau 3). L’intérêt persiste lorsque
différentes drogues sont ajoutées au protocole standard
[45, 46].
Tableau 3 Études ayant analysé le lien entre le statut MGMT et
le devenir clinique de patients atteints d’un glioblastome.
| Étude |
Fréquence de méthylation MS-PCR classique |
Fréquence de méthylation-Autres techniques- |
Fréquence de résultats négatifs en IH |
Lien avec survie sans récidive |
Lien avec survie globale |
Remarques |
| GBM nouvellement diagnostiqués et
recevant le traitement standard : radiothérapie et TMZ
concomitant suivi de TMZ en adjuvant |
| Weller et al. (2009) |
45 % (133/295) |
|
| Oui |
Oui |
Lien pour le groupe des 185 patients recevant du
TMZ. |
| Felsberg et al. (2009) |
39 % (26/66) |
| 69 % (40/58)Seuil à 10 % |
Oui |
Oui |
Uniquement pour la méthylation du promoteur. |
| Karayan-Tapon et al. (2009) |
68 % (55/81) |
50 % pyroséquençageSeuil à 8 %
(médiane) |
50 % (39/78)Seuil à 15 % (médiane) |
Oui |
Oui |
Uniquement pour la méthylation du promoteur. |
| Brandes et al. (2009) |
43 % (16/37) |
|
| Oui |
Oui |
Patients âgés de plus de 65 ans. |
| Dunn et al. (2009) |
| 53 % (58/109)pyroséquençageSeuil à
9 % |
| Oui |
Oui |
|
| Brandes et al. (2008) |
35 % (36/103) |
|
|
| Oui |
|
| Hegi et al. (2005) |
44 % (92/206) |
|
| Oui |
Oui |
Lien pour le groupe des 106 patients recevant du
TMZ. |
| Hegi et al. (2004) |
68 % (26/38) |
|
| Oui |
Oui |
|
| GBM nouvellement diagnostiqués et
recevant un traitement non standard |
| Glas et al. (2009) |
48 % (11/23) |
|
| Oui |
Oui |
Ajout de lomustine au TMZ. |
| Prados et al. (2009) |
36 % (16/44) |
|
|
| Oui |
Erlotinib ajouté au traitement standard. |
| Clarke et al. (2009) |
19 % 9/48(technique non précisée) |
|
|
| Oui(analyse univariée)Non (analyse
multivariée) |
TMZ en adjuvant, soit en intensification de dose,
soit en métronomique. |
| Weiler et al. (2009) |
41 % (16/39) |
|
| Oui |
Non |
TMZ avant RT, puis en adjuvant(l semaine sur 2),
avec indomethacine. |
| Chinot et al. (2007) |
|
| 44 % (11/25)Seuil à 35 % |
Oui |
Oui |
TMZ avant RT, puis en adjuvant(l semaine sur 2),
chez des patients inopérables. |
| GBM en rechute |
| Metellus et (2009) |
29 % (6/21)31 % (6/19)* |
29 % (6/21)32 % (5/20)*(technique
MethyLight) |
36 % (8/22)25 % (5/20)*Seuil à
10 % |
Oui |
Oui |
Implantation de gliadel à la rechute. Pour
méthylation MethyL, lien pour la tumeur à la rechute ou la tumeur
initiale. |
| Wick et al. (2007) |
47 % (17/36) |
|
| Non |
| TMZ à la rechute(1 semaine sur 2). |
| Brandes et al. (2006) |
45 % (10/22) |
|
| Non |
Non |
TMZ à la rechute(1 semaine sur 2) chez des
patients n’ayant pas eu initialement de CT. |
TMZ : témozolomide.
* : Tumeur à la rechute.
Sur les connaissances actuelles, serait-il licite de ne proposer
le traitement à base de TMZ qu’aux patients méthylés ? Afin de
répondre à cette question, il faut comparer les courbes de survie
des patients non méthylés, ayant eu de la RT seule ou un traitement
combiné. Dans l’essai EORTC-NCIC, il existe une petite différence
de survie globale (11,8 mois contre 12,6 mois) et zéro survivant
contre quatre au-delà de 4 ans dans le groupe ayant eu le
traitement combiné. Les différences sont donc minimes et il n’est
pas non plus exclu que quelques patients aient été mal classés par
la technique MS-PCR (faux négatifs). Une autre étude rétrospective
portant sur des patients ayant eu uniquement de la radiothérapie ou
un traitement combiné ne retrouve d’ailleurs pas de longs
survivants [41]. Étant donné qu’il semble difficile à l’heure
actuelle de proposer un essai sans TMZ, après stratification sur le
statut MGMT, ce qui permettrait de répondre de manière formelle à
cette question, il faut au moins s’interroger sur l’aspect
économique de l’apport éventuel de l’analyse du statut MGMT s’il
permettait une sélection des patients. C’est à cette réponse que
doit répondre une étude médico-économique multicentrique
actuellement en cours en France. Cette étude vise également à
comparer différentes techniques d’analyse de la MGMT (le
pyroséquençage, la technique MS-HRM, la technique MethyLight et
l’IHC), quant à leurs valeurs prédictives, mais également quant à
leurs valeurs analytiques. Bien évidemment la valeur prédictive du
statut MGMT trouvera surtout sa place lorsque des traitements
efficaces alternatifs au traitement standard auront vu le jour.
Le traitement adjuvant standard consiste, après
radiochimiothérapie avec TMZ, à administrer le TMZ 5 jours
consécutifs, tous les 28 jours. En administrant le TMZ de
manière plus prolongée (1 semaine sur 2 ou 21 jours sur 28), on
peut avoir une imprégnation plus continue de l’organisme et donc
espérer saturer les capacités de réparation de la MGMT. Ce type de
schéma d’administration devrait donc théoriquement bénéficier
particulièrement aux patients n’ayant pas de méthylation du
promoteur MGMT. Dans 3 essais, un schéma 1 semaine sur deux a
été proposé à des GBM en début de traitement. Chinot et al.,
chez des patients non opérables, trouvent que les patients
exprimant peu la protéine MGMT répondent mieux au traitement [47].
Un résultat identique est rapporté par une autre étude,
l’intensification de dose semblant bénéficier surtout aux patients
avec une méthylation de MGMT [48]. Le troisième essai note
une meilleure survie des patients traités par le régime intensif,
par rapport aux résultats de l’essai EORTC-NCIC ; celui-ci
pouvant notamment bénéficier aux patients non méthylés. Il faut
cependant noter que seuls 19 % des patients sont trouvés
méthylés dans cette série, ce qui laisse supposer un certain nombre
de faux négatifs [49]. Au vu de ces résultats, il n’est donc pas
évident que l’intensification du dosage apporte un bénéfice pour
les patients non méthylés. Les résultats de l’étude de phase III
RTOG-EORTC-0525 permettront peut-être de clarifier ces questions.
Cet essai de phase III randomisé a comparé le traitement standard à
une intensification de dose. Parmi les objectifs secondaires figure
l’étude du bénéfice du traitement intensif chez les patients
méthylés et non méthylés.
La détermination du statut MGMT sur la tumeur initiale peut-elle
apporter des informations pronostiques pour le traitement à la
récidive ? Dans un essai sur une vingtaine de patients
recevant à la récidive des implants de CCNU (Gliadel®),
le statut MGMT initial est corrélé à la réponse [50]. D’autres
études utilisant le TMZ (protocole standard ou intensifié) chez des
patients ayant déjà eu ou non, de la chimiothérapie, ne trouvent en
revanche pas de lien entre le statut MGMT initial de la tumeur et
la réponse au traitement [29, 51, 52]. La première
question à se poser concerne évidemment l’évolution du profil
moléculaire de la tumeur lors de l’évolution de la maladie. Les
quelques études ayant analysé la méthylation du promoteur
MGMT sur la tumeur initiale et la tumeur à la rechute ne
trouvent pas de changement significatif [22, 50, 53].
L’absence de lien pourrait provenir du traitement (chimiothérapie
non associée à la radiothérapie lors de la récidive), ou de
l’apparition d’anomalies moléculaires autres que celles touchant la
MGMT et associées à un phénotype de résistance.
Conclusion
L’étude du statut MGMT est à l’heure actuelle incontournable
lors de la mise en place de nouveaux essais thérapeutiques dans les
gliomes, étant donné son intérêt prédictif et/ou pronostique. La
justification de son utilisation en routine reste plus délicate, la
plupart des cliniciens n’étant pas prêts à abandonner le traitement
standard dans les GBM sur des résultats biologiques. Certaines
équipes s’appuient cependant sur le statut MGMT dans certains cas
particuliers où le bénéfice du traitement standard n’est pas
clairement démontré, par exemple pour les patients atteints d’un
GBM, traités sans exérèse (biopsie) et âgés de plus de 70 ans. Il
apparaît d’autre part que l’intérêt de ce facteur n’est pas
restreint à la relation qui existe entre la présence de
l’enzyme et la résistance aux agents alkylants. La mise en évidence
de la méthylation du promoteur MGMT pourrait être le reflet d’un
phénotype moléculaire ayant une signification pronostique propre.
Les études de l’ensemble du méthylome qui commencent à voir le jour
devraient nous en apprendre plus à ce sujet.
Conflits d’intérêts
non renseigné par les auteurs.
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