ARTICLE
bdc.2011.1304
Auteur(s) : Claire Bonneau1, Alexandre Bricou1, Emmanuel Barranger2 ebarrang@club-internet.fr
1 AP-HP, Hôpital Jean-Verdier, service de
gynécologie-obstétrique, avenue du 14-Juillet, 93143 Bondy,
France
2 AP-HP, Hôpital Lariboisière, service de
gynécologie-obstétrique, 2, rue Ambroise-Paré, 75010 Paris,
France
Tirés à part : E. Barranger
Introduction
Le cancer de l’endomètre représente la première cause de cancer
gynécologique en France. Son incidence est de 13,6 cas pour 100 000
femmes. Il constitue après le cancer du sein et le cancer
colorectal la troisième cause de cancer chez la femme [1].
Le statut ganglionnaire constitue un élément pronostique majeur
et un facteur fondamental dans la stratégie thérapeutique à adopter
[2]. Cette localisation métastatique est corrélée à une nette
diminution de la survie sans récidive et de la survie globale
[3-5]. En effet, la survie sans récidive à cinq ans est d’environ
90 % en l’absence d’atteinte ganglionnaire, de 75 % en
cas d’atteinte pelvienne et de 38 % en cas d’atteinte
lomboaortique [6].
La classification de la Fédération internationale des
gynécologues-obstétriciens (FIGO), réactualisée en 2009, intègre
dans sa stadification le statut ganglionnaire et distingue les
atteintes pelviennes (IIIC1) et les atteintes lomboaortiques
(IIIC2). Or la majorité des patientes ont une atteinte limitée à
l’utérus. Selon les séries, 0 à 20 % des curages
ganglionnaires réalisés sont positifs dans les stades I et II [7].
Ces constatations invitent à proposer une chirurgie de moins en
moins agressive pour l’exploration ganglionnaire. Un certain nombre
de facteur de risque d’atteintes ganglionnaires sont bien
identifiés tels que la taille de la tumeur, le type histologique
(carcinome séreux, à cellules claires, séropapillaire ou
carcinosarcome), le grade histologique, l’existence d’emboles
lymphovasculaires et l’invasion myométriale profonde
[2, 4, 8]. Malheureusement, ces données sont mal
évaluables en pré- et peropératoires et près de 80 % des
curages réalisés sont négatifs [7]. Le statut ganglionnaire repose
actuellement sur les curages pelviens bilatéraux éventuellement
étendus à l’étage lomboaortique. Ce type de chirurgie présente une
morbidité non négligeable. Ce d’autant que les patientes atteintes
d’un cancer de l’endomètre présentent souvent de nombreuses
comorbidités associées (femmes âgées, obèses, diabétiques ou
hypertendues) pouvant majorer le risque opératoire. Ce type de
chirurgie est à l’origine d’une morbidité précoce (fièvre
[31,5 %], infection du site opératoire [4,7 %], embolie
pulmonaire [1,3 %], décès [0,7 %], pertes sanguines et
transfusions, augmentation du temps opératoire) et tardive
(lymphocèle [1,3 %], œdème des jambes [0,7 %])
[9, 10]. Le rôle thérapeutique des curages est discutable en
termes de survie sans récidive et de survie globale [11, 12].
La lymphadénectomie systématique dans les stades précoces a été
remise en question par deux grands essais randomisés récents
[13, 14]. L’étude ASTEC ainsi que l’étude de Benedetti Panici
et al. ne retrouvent pas dans leurs populations de bénéfice
à la lymphadénectomie pelvienne en termes de survie globale.
Néanmoins, certaines études ont retrouvé un intérêt thérapeutique
lorsqu’il existe une atteinte ganglionnaire [15]. Une alternative
par prélèvements partiels de type picking ganglionnaire avec
exérèse uniquement des ganglions suspects visuellement a été
proposée mais apparaît non satisfaisante car les ganglions atteints
peuvent être macroscopiquement normaux [16].
Dans les années 1970, le principe du ganglion sentinelle
(GS) a émergé avant de devenir un standard dans des cancers tels
que le cancer du sein et le mélanome. Il s’agit d’identifier à
l’aide de traceurs colorimétriques et/ou radioactifs, le premier
relai ganglionnaire d’une région (le GS) qui serait représentatif
de l’ensemble des ganglions du territoire donné. Cette technique a
été décrite pour la première fois pour le cancer de l’endomètre par
Burke et al. en 1996 [17]. La procédure du GS paraît en
théorie séduisante dans le cancer de l’endomètre pour plusieurs
raisons. Elle permettrait la réalisation d’un geste moins invasif
et donc moins morbide que les curages rétropéritonéaux classiques
en particulier pour les stades précoces [18]. La procédure GS
permettrait également de préciser la cartographie lymphatique de la
tumeur avec par exemple la mise en évidence des drainages de
l’utérus dans des sites non explorés par les curages pelviens
standards et la mise en évidence de métastases
« occultes » par la réalisation d’une ultrastadification
ganglionnaire [19].
L’objectif de cette revue de la littérature a été d’évaluer les
modalités techniques, la faisabilité, l’intérêt et la place de la
procédure du GS dans la prise en charge du cancer de
l’endomètre.
Méthodologie
Nous avons recherché et sélectionné selon leur pertinence,
toutes les séries publiées, articles originaux et commentaires
d’articles disponibles sur la base de données PubMed, en langues
anglaise et française, jusqu’à novembre 2009. Les mots-clés
utilisés pour affiner la recherche dans la base de données Medline
étaient « sentinel node », « endometrial
cancer » et « micrometastases »
(respectivement « GS », « cancer de
l’endomètre » et « micrométastase »).
Une grille de lecture standardisée regroupant un certain nombre
d’items répertoriés dans les différents tableaux a été utilisée
pour collecter les données présentes dans les différentes études.
Nous nous sommes intéressés en particulier : aux critères
d’inclusion, au site d’injection, aux traceurs utilisés, au taux de
détection du GS par lymphoscintigraphie et au nombre moyen de GS
obtenus et au détail de leur localisation et du caractère bilatéral
de leur détection, au taux de micrométastases retrouvées et au taux
de faux-négatifs.
Pour chaque item répertorié, nous avons effectué la moyenne sur
l’ensemble des effectifs cumulés et répertorié les valeurs minimale
et maximale retrouvées dans la littérature.
Technique de la procédure ganglion sentinelle dans le cancer de
l’endomètre
Le drainage lymphatique utérin
L’utérus est un organe médian qui se draine de façon bilatérale.
Il existe plusieurs voies de drainage lymphatique selon la portion
du corps utérin considérée. Le segment inférieur (col et isthme) se
draine par le ligament large vers les ganglions pelviens dans les
régions hypogastriques et obturatrices puis les vaisseaux iliaques
communs. Le segment supérieur (corporéal) se draine
préférentiellement par les lymphatiques ovariens vers les ganglions
para-aortiques. Cela explique le faible taux d’adénopathies
lomboaortiques retrouvées en dessous de l’artère mésentérique
inférieure [20]. Il existe également un passage par le ligament
rond vers les ganglions inguinaux [19]. Dans l’étude de Mariani
et al. étudiant la localisation des adénopathies de 112
patientes atteintes de cancer de l’endomètre stade IIIC, il semble
que les aires iliaques externes soient les sites les plus
fréquemment atteints et qu’il existe une localisation limitée à un
seul site ganglionnaire de façon plus fréquente dans le territoire
ilio-obturateur [19].
Traceurs
Plusieurs types de traceurs existent pour l’identification du
GS. Ils doivent avoir une demi-vie relativement longue pour
permettre une identification différée du GS. En se calquant sur les
procédures de GS réalisées pour d’autres cancers, il semble licite
d’utiliser un traceur colorimétrique tels que le bleu isosulfan,
bleu patenté ou bleu de méthylène et/ou un traceur radioactif par
nanomolécules (sulfure ou albumine humaine) marqués au Tc99m. Les
techniques colorimétriques permettent d’identifier les canaux
lymphatiques menant aux ganglions et les ganglions eux-mêmes après
dissection. Il existe également une utilisation indirecte du bleu,
lors de l’hystéroscopie, pour quantifier visuellement les fuites,
au moment de l’injection sous-muqueuse du traceur radio-isotopique
[21]. Parmi leurs effets secondaires, on note de rares cas de choc
anaphylactique au bleu patenté. Les traceurs au Tc99m sont
détectables par lymphoscintigraphie en préopératoire et à l’aide de
sonde en peropératoire. Ils sont idéalement injectés dans les
18 heures précédant la chirurgie.
On parle de simple détection lorsqu’un seul traceur est utilisé
et de double détection lorsque deux traceurs sont utilisés
(méthodes isotopique et colorimétrique).
Sites d’injection
Étant donné la complexité du drainage utérin, le site
d’injection pour visualiser le GS n’est pas clairement défini. Il
doit représenter le drainage propre de la tumeur (les aires de
drainage pelviennes et/ou lomboaortique) et être facilement
accessible pour faciliter la procédure.
Plusieurs sites d’injection du traceur ont été proposés :
cervical, intramyométrial (sous-séreux) au cours de l’intervention
et sous-muqueux péritumoral lors d’une hystéroscopie. La
combinaison de ces sites a également été proposée.
Le temps opératoire
L’injection de traceurs est réalisée la veille de l’intervention
pour les radio-isotopes et en préopératoire immédiat ou en
peropératoire (injection sous-séreuse) pour les traceurs
colorimétriques. Les ganglions bleus et/ou chauds rétropéritonéaux
sont prélevés le long des axes vasculaires puis adressés en
anatomopathologie selon leur site d’exérèse. Les ganglions
macroscopiquement suspects sont également prélevés et examinés.
Anatomopathologie : extemporanée, coupes sériées,
immunohistochimie
L’examen anatomopathologique constitue un élément clé de la
validité du GS dans le cancer de l’endomètre. L’objectif est
d’obtenir un taux de faux-négatifs le plus bas possible en
comparaison aux curages. La technique du GS permet la détection de
métastases dites « occultes », en concentrant l’analyse
histologique sur un faible nombre de ganglions. Ainsi permet-elle
l’optimisation de la stadification ganglionnaire.
L’étude histologique des GS initialement réalisée pour les
cancers du sein a bien été codifiée par la conférence de consensus
de Philadelphie [22]. Elle distingue les types de métastases selon
leur taille : métastases (> 2 mm), micrométastases (entre 2
et 0,2 mm) et cellules tumorales isolées (< 0,2 mm). Il est
conseillé lors de l’examen extemporané d’analyser les GS prélevés
soit en coupe congelée soit en cytologie d’apposition. L’examen
standard d’un GS, après hémisection, repose sur l’analyse
macroscopique puis préparation d’au moins une section (trois ou
quatre coupes si GS volumineux) dans le sens longitudinal ou
transversal qui sera examinée par une coloration d’hématoxyline et
éosine (HE). Cette technique, bien que validée, n’est pas très
performante pour la détection de micrométastases ou de cellules
tumorales isolées [23]. Actuellement nous disposons de techniques
d’immunohistochimie pour cibler les cellules tumorales.
L’amplification du signal qu’elles permettent facilite l’examen et
la mise en évidence de métastases initalement non visualisées. On y
associe des coupes sériées permettant l’obtention de recoupes à
3 mm d’intervalle. Chacune de ces coupes de section de 3 mm sont
recoupées en tranches de 150 μm qui seront soumises à un panel
d’anticorps anticytokératines [24]. Plusieurs types d’anticorps
sont disponibles pour cibler les cellules cancéreuses
endométriales : anticytokératine AE1-AE3 [25-29],
anticytokeratine large spectre LK1 [30, 31] ou
anti-MNF 116 [21].
Résultats
À l’issue de la bibliographie réalisée via la moteur de
recherche PubMed, 93 articles répondaient aux items
« endometrial cancer and sentinel lymph
node » ± « micrometastases » dont 85 en
langue française et/ou anglaise. Lorsqu’il existait des articles
utilisant une même série de patiente, l’article le plus récent et
ayant l’effectif le plus important a été retenu
[21, 25, 26, 28, 30-33]. Après analyse et
suppression des articles redondants ou non informatifs, il y avait
six études concernant l’injection de traceurs dans le site
myométrial, cinq pour le site cervical, deux pour les sites mixtes
cervical et myométrial et six pour le site endométrial. Au total,
19 études ont été analysées pour cette revue (figure
1).
Taux de détection selon le site d’injection, le type de
traceurs utilisés et la pratique ou non d’une lymphoscintigraphie
préopératoire (tableau
1)
Les taux globaux de détection du GS varient entre 0 et
100 % selon les études. Ils dépendent de nombreux facteurs
tels que le mode de détection (simple ou double détection), le site
d’injection, le délai entre l’injection et l’identification et le
stade de la maladie.
Tableau 1 Études évaluant la faisabilité de la technique du
ganglion sentinelle (GS) chez des patientes ayant un cancer de
l’endomètre.
| Études |
n |
Stades inclusiona |
Site d’injection |
Méthode de détection |
Taux de détection par lymphoscintigraphie |
Taux de détection in vivo (nombre de
patients) |
Nombre moyen de GS par patient |
Nombre de patientes ayant un GS positif |
Méthode d’analyse anatomopathologique |
Nombe de patients ayant un GS avec
micométastases |
Taux de faux-négatifs |
| Burke et al., 1996 [17] |
15 |
1 |
2 |
|
| Myomètre sous-séreux (3 sites) |
B |
nr |
67 % (10) |
3,1 |
2 |
H&E + IHC |
nr |
2/4 = 50 % |
| Echt et al., 1999 [29] |
8 |
1 |
2 |
3 |
4 |
Myomètre sous-séreux (3 sites) |
B |
| 0 |
0 |
- |
nr |
- |
- |
| Frumovitz et al., 2007 [38] |
18 |
1 |
|
|
| Myomètre sous-séreux (3 sites) |
B + R |
nr |
45 % (8) |
1,6 |
0 |
H&E + IHC |
nr |
0 |
| Altgassen et al., 2007 [37] |
23 |
1 |
2 |
|
| Myomètre sous-séreux (8 sites) |
B |
nr |
92 % (21) |
2,5 |
2 |
H&E + IHC |
nr |
1/3 = 33 % |
| Li et al., 2007 [46] |
20 |
1 |
2 |
3 |
| Myomètre sous-séreux (3 sites) et isthmique
sous-séreux (2 sites) |
B |
| 75 % (15) |
4,7 |
2 |
H&E |
| 0 |
| Lopes et al., 2007 [48] |
40 |
1 |
2 |
|
| Myomètre sous-séreux (2 sites) |
B |
nr |
77 % (31) |
2,03 |
5 |
H&E + IHC |
2 |
1/6 = 17 % |
|
| 124 |
|
|
|
| Myomètre sous-séreux |
| nr |
69 % (0-92 %) |
1,76 (0-4,7) |
13 % (0-25 %) |
|
| 0-50 % |
| Pelosi et al., 2003 [36] |
16 |
1b |
|
|
| Cervical (3, 6, 9, 12 h) |
B + R |
94 % |
94 % (15) |
1,6 |
3 |
H&E + IHC |
3 |
0 |
| Perrone et al., 2008 [35] |
23 |
1 |
2 |
|
| Cervical |
R |
87 % |
69 % (16) |
1,6 |
4 |
H&E + IHC |
4 |
0 |
| Bats et al., 2008 [25] |
43 |
1 |
2 |
3 |
| R : cervical (3, 6, 9, 12 h)B : cervical
(3, 6, 9, 12 h) |
B + R |
nr |
70 % (30) |
2,9 |
8 |
H&E + IHC |
2 |
0 |
| Ballester et al., 2008 [28] |
46 |
1 |
2 |
|
| R : cervical (3, 6, 9, 12 h)B : cervical
(3, 9 h) |
B + R |
nr |
87 % (40) |
2,6 |
10 |
H&E + IHC |
7 |
0 |
| Abu-Rustum et al., 2009 [40] |
21 |
1grade 1 |
|
|
| R : cervical (3, 9 h)B : cervical (3,
9 h) |
B + R |
71 % |
78 % (16) |
3 |
4 |
H&E + IHC |
1 |
0 |
| Cervical |
149 |
|
|
|
|
|
| 83 % (71-94 %) |
79 % (69-94 %) |
1,93 (1,6-3) |
25 % (11-26 %) |
|
| 0 % |
| Holub et al., 2004 [39] |
25 |
1 |
|
|
| Cervical (3, 6, 9, 12 h) et myomètre sous-séreux
(1 site fundique) |
B |
nr |
84 % (21) |
2,5 |
2 |
H&E |
nr |
0 |
| Abu-Rustum et al., 2009
[40] |
21 |
1grade 1 |
|
|
| R : cervical (3, 9 h)B : cervical (3,
9 h) et myomètre sous-séreux (2 sites fundiques) |
B + R |
71 % |
78 % (16) |
3 |
4 |
H&E + IHC |
1 |
0 |
| 46 |
|
|
|
| Cervical et myométrial |
| 71 % |
80 % (78-84 %) |
2,19 (2,5-3) |
16 % (9-11 %) |
|
| 0 |
| Niikura et al., 2004 [21] |
28 |
1 |
|
|
| Endomètre (4 sites péritumoraux) |
R |
68 % |
82 % (23) |
3,1 |
1 |
H&E + IHC |
0 |
0 |
| Fersis et al., 2004 [47] |
10 |
nr |
|
|
| Endomètre (péritumoral) |
R |
80 % |
70 % (7) |
1,7 |
1 |
H&E + IHC |
1 |
0 |
| Maccauro et al., 2005 [34] |
26 |
1 |
2 |
3 |
| Endomètre (péritumoral) |
B + R |
100 % |
100 % (26) |
2,5 |
4 |
H&E + IHCc |
0 |
0 |
| Niikura et al., 2007 [27] |
20 |
1 |
2 |
3a |
| Endomètre (4 sites péritumoraux) |
R |
nr |
100 % (20) |
3,7 |
3 + 1 ITC |
H&E + IHC |
3 + 1 ITC |
1/4 = 25 % |
| Delaloye et al., 2007 [44] |
60 |
1 |
2 |
3a |
| Endomètre |
B + R |
nr |
82 % (49) |
3,7 |
8 |
H&E + IHC |
0 |
1/9 = 11 % |
| Perrone et al., 2008 [35] |
17 |
1 |
2 |
|
| Endomètre (péritumoral) |
R |
54 % |
64 % (11) |
1,2 |
2 |
H&E + IHC |
1 |
0 |
| Endomètre |
161 |
|
|
|
|
|
| 87 % (54-100 %) |
84 % (64-100 %) |
2,58 (1,2-3,7) |
14 % (4-18 %) |
|
| 0-25 % |
nr : non renseigné ; n : nombre de
patientes incluses par études ; B : bleu (isosulfan,
méthylène ou patenté) ; R : radiotraceur ;
H&E : hématoxyline et éosine ; IHC :
immunohistochimie.
aStade de la Fédération internationale des
gynécologues-obstétriciens (FIGO) (1998).
bMais à haut risque de N+ (grades 2-3 ou papillaire
séreux ou à cellules claires).
cIHC réalisée uniquement pour les types séreux ou à
cellule claire.
L’injection endométriale sous hystéroscopie semble obtenir les
meilleurs taux de détection avec des valeurs allant de 64 à
100 % selon les études, pour une moyenne à 84 %
[27, 34, 35]. Le site cervical présente des résultats
similaires avec une moyenne de 79 % avec des taux variant de
69 à 94 % [35, 36]. Le site myométrial quant à lui donne
de moins bons résultats avec des taux de détection allant de 0 à
92 % pour une moyenne d’identification à 69 %
[29, 37]. Ceci peut être la conséquence de l’utilisation dans
la plupart des études d’une seule technique de détection,
colorimétrique lorsque ce site est privilégié. La seule étude ayant
réalisé une double détection au bleu et au technétium sous-séreux
est biaisée par le fait que seules les huit dernières patientes
(sur un total de 18) ont réellement eu une double détection [38].
L’étude n’obtenant aucun GS est la deuxième étude réalisée sur la
technique du GS dans le cancer de l’endomètre, en 1999, et
n’intéresse qu’un nombre réduit de patientes avec injection
sous-séreuse par simple détection colorimétrique (n = 8)
[29]. Il n’existe que peu d’études concernant la combinaison
d’injections intramyométriale et cervicale [39, 40]. Les
premiers résultats montrent une moyenne de détection de 80 %
(78 à 84 %) et il semble qu’elle ne permette pas une
amélioration probante des taux de détection par rapport à
l’injection cervicale seule (p = 0,4) [40].
Concernant les traceurs utilisés, la double détection augmente
de façon significative le taux d’identification du GS. Quel que
soit le site d’injection, il existe de meilleurs résultats avec la
double détection. Dans l’étude de Ballester et al., le taux
d’identification passe de 57 % en simple détection au bleu à
94 % en double détection pour les injections cervicales
(p < 0,001) [28]. Ces données sont retrouvées dans les
études concernant la procédure du GS appliquée au cancer du col
[41, 42]. Lorsqu’on utilise les traceurs radioactifs dans la
procédure du GS, il est d’usage d’effectuer une lymphoscintigraphie
préopératoire la veille de l’intervention. Dans le cancer de
l’endomètre, on retrouve à cette lymphoscintigraphie des taux
moyens de détection de 83 % (71 à 94 %) pour les
injections cervicales et de 87 % (de 54 à 100 %) pour les
injections endométriales. L’étude de Ballester et al.
(injections cervicales) montre que sa précision est faible avec un
taux de faux-négatifs à 10,5 % [43]. La corrélation est faible
entre la lymphoscintigraphie et la détection peropératoire
(kappa = 0,266) et moyenne en ce qui concerne le caractère unique
ou multiple des GS détectés (kappa = 0,33). Toutefois, la
lymphoscintigraphie garde un intérêt pour confirmer l’effectivité
de l’injection de traceur (témoin positif), et pour identifier des
drainages atypiques et guider le chirurgien dans la recherche des
GS.
Les échecs au moment de la réalisation de l’injection pour la
technique de GS sont rares et essentiellement dus à l’hystéroscopie
pour le site endométrial. L’injection par voie hystéroscopique est
techniquement plus complexe avec une accessibilité difficile du
site d’injection péritumoral. Par ailleurs, il existe des pertes de
traceur importantes par dissémination dans la cavité au moment de
l’injection. Ces pertes peuvent être quantifiées par l’adjonction
de bleu dans le radiotraceur [21]. Les taux de réussite de
l’injection varient de 93 % [44] à 100 %
[21, 34, 35] pour cette voie d’injection
(hystéroscopie).
Les autres circonstances à risque d’échec d’identification
peropératoire des GS sont classiquement la faible expérience du
chirurgien, le délai trop long entre l’injection et la détection,
les antécédents d’irradiation pelvienne ou de pathologies
vasculaires, l’obésité et les antécédents de chirurgie abdominale
antérieure [40]. De nombreuses études évoquent l’importance de la
courbe d’apprentissage pour améliorer les taux de détection
[32, 45]. L’étude de Khoury-Collado et al. a montré
qu’un minimum de 30 cas est nécessaire pour améliorer le taux de
détection de 77 à 94 % (p = 0,033) et diminuer le taux
de faux-négatifs [45]. Par ailleurs, le stade FIGO semble également
influencer le taux de détection des GS avec de meilleurs résultats
pour les stades précoces. En effet, l’étude de Niikura et
al. retrouve un taux de détection de 82 % tous stades
confondus pour le site tumoral contre 95 % pour les stades IA
et IB avec une différence significative (p = 0,003) [21].
Dans les situations d’échec d’identification du GS, il arrive
fréquemment que les ganglions soient envahis. L’étude de Bats et
al. observe 19,3 % d’atteinte ganglionnaire chez les
patientes ayant eu au moins un GS identifié et 55,6 % [5-9]
chez les patientes ayant échoué à la procédure d’identification du
GS, avec une différence significative (p = 0,029) [25].
Localisation des ganglions sentinelles (tableau 2)
Selon le site d’injection du traceur, la localisation du GS
diffère. L’injection cervicale n’étant pas le reflet exact du
drainage du corps utérin mais plutôt celui du col, les GS
identifiés sont essentiellement localisés en pelvien dans 93,1 à
100 % des cas [25, 35, 36]. Le taux moyen
d’identification d’un ganglion lomboaortique est seulement de
3 %. L’injection myométriale retrouve un taux moyen de GS
lomboaortique de 18 %, avec des taux variant de 0 à 39 %
[17, 46]. La combinaison d’injections myométriales et
cervicales n’améliore pas ces taux avec 0 à 3 % de GS
lomboaortique [39, 40]. Le site endométrial paraît avoir le
meilleur taux d’identification de GS lomboaortique avec une moyenne
de 29 % des GS identifiés, variant de 10 à 57 %
[27, 47]. Parmi les ganglions pelviens, on ne retrouve pas de
localisation préférentielle selon les sites d’injection ; leur
répartition est variable selon les études.
Tableau 2 Localisation des ganglions sentinelles (GS) en
fonction des sites d’injection.
| Études |
n |
Site et méthode d’injection |
Taux de détection in vivo (nombre de
patients) |
Nombre moyen de GS par patient |
Param |
Iliaque externe |
Iliaque interne |
Obturateur |
Inter-iliaque |
Iliaque commun |
Bifurcation aortique |
Aorticocave |
Pelvien |
Lomboaortique |
P + LAa |
Bilatéral |
| Burke et al., 1996 [17] |
15 |
MSSB |
67 % (10) |
3,1 |
0 |
20 % |
3 % |
13 % |
6 % |
19 % |
0 |
39 % (12/31) |
61 % |
39 % (12/31) |
nr |
nr |
| Echt et al., 1999 [29] |
8 |
MSSB |
0 |
0 |
nr |
nr |
nr |
nr |
nr |
nr |
nr |
nr |
nr |
nr |
nr |
nr |
| Frumovitz et al., 2007 [38] |
18 |
MSSB + R |
45 % (8) |
1,6 |
15,4 % |
23,1 % |
30,7 % |
0 |
15,4 % |
15,4 % (2) |
69,2 % |
30,8 % (4) |
25 % (2) |
12 % (1) |
| |
| Altgassen et al., 2007 [37] |
23 |
MSSB |
92 % (21) |
2,5 |
nr |
nr |
nr |
nr |
nr |
nr |
nr |
6 % (3/52) |
94 % (49) |
6 % (3/52) |
14 % (3) |
nr |
| Li et al., 2007 [46] |
20 |
MSS + ISSB |
75 % (15) |
4,7 |
0 |
18 % |
0 |
41 % |
26 % |
15 % |
0 |
0 |
100 % |
0 |
- |
73 % (11) |
| Lopes et al., 2007 [48] |
40 |
MSSB |
77 % (31) |
2,03 |
0 |
25,4 % |
19 % |
17,4 % |
0 |
3,2 % |
0 |
35 % |
65 % (41/63) |
35 % (22/63) |
nr |
12 % (7) |
| Myomètre sous-séreux |
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
| 18 % |
| 35 % |
|
| Pelosi et al., 2003 [36] |
16 |
CervB + R |
94 % (15) |
1,6 |
0 |
100 % (sauf iliaque interne) |
0 |
0 |
0 |
100 % |
0 |
- |
56,3 % (8) |
0 |
| |
| Perrone et al., 2008 [35] |
23 |
CervR |
69 % (16) |
1,6 |
0 |
100 % |
0 |
0 |
100 % |
0 |
- |
37,5 % (6) |
| 0 |
| |
| Bats et al., 2008 [25] |
43 |
CervB + R |
70 % (30) |
2,9 |
0 |
0 |
0 |
0 |
82,7 % |
10,4 % |
6,9 % |
0 |
93,1 % |
6,9 % (7/87) |
0 |
53 % (16) |
| Ballester et al., 2008 [28] |
46 |
CervB + R |
87 % (40) |
2,6 |
0 |
77,2 % |
0 |
0 |
15,8 % |
6 % |
1 % |
0 |
99 % |
1 % |
(1) |
62,5 % (25) |
| Abu-Rustum et al., 2009 [40] |
21 |
CervB + R |
78 % (16) |
3 |
0 |
30 % |
36 % |
23 % |
0 |
8 % |
0 |
3 % |
97 % |
3 % |
nr |
nr |
| Cervical |
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
| 3 % |
| 77 % |
|
| Holub et al., 2004 [39] |
25 |
Cerv + MSSR |
84 % (21) |
2,5 |
0 |
0 |
52,8 % |
13,2 % |
0 |
0 |
0 |
100 % |
0 |
0 |
81 % (17) |
|
| Abu-Rustum et al., 2009 [40] |
21 |
Cerv + MSSB + R |
78 % (16) |
3 |
0 |
30 % |
36 % |
23 % |
0 |
8 % |
0 |
3 % |
97 % |
3 % |
nr |
nr |
| Cervical et myométrial |
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
| 80 % |
|
| Nikura et al. (19), 2004 |
28 |
EndoR |
82 % (23) |
3,1 |
0 |
25,4 % |
4,2 % |
19,7 % |
1,4 % (1) supra-inguinal |
5,6 % |
1,4 % |
42,3 % (30) |
57,7 % |
42,3 % |
65 % (15) |
47,8 % (11) |
| Fersis et al., 2004 [47] |
10 |
EndoR |
70 % (7) |
1,7 |
nr |
nr |
nr |
nr |
nr |
nr |
nr |
10 % (2) |
90 % |
10 % (2) |
nr |
20 % (5) |
| Maccauro et al., 2005 [34] |
26 |
EndoB + R |
100 % (26) |
2,5 |
0 |
31 % dont interiliaque |
3 % |
18,5 % |
31 % (dont ilaque externe) |
26 % |
0 |
21,5 % (14/65) |
78,5 % |
21,5 % (14/65) |
nr |
18 % (12) |
| Niikura et al., 2007 [27] |
20 |
EndoR |
100 % (20) |
3,7 |
nr |
nr |
nr |
nr |
nr |
nr |
nr |
57 % (42/74) |
43 % |
57 % (42/74) |
nr |
nr |
| Delaloye et al., 2007 [44] |
60 |
EndoB + R |
82 % (49) |
3,7 |
0 |
31 % |
18 % |
20 % |
0 |
20 % |
0 |
14 % (25) |
86 % |
14 % (25) |
nr |
44,8 % (22) |
| Perrone et al., 2008 [35] |
17 |
EndoR |
64 % (11) |
1,2 |
0 |
0 |
0 |
10 patientes/11 |
0 |
1 patiente/11 |
0 |
18 % (2) |
82 % |
18 % (2) |
nr |
nr |
| Endomètre |
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
| 29 % |
| 47 % |
nr : non renseigné ; MSS : myomètre
sous-séreux ; ISS : isthmique sous-séreux ;
Cerv ; cervical ; Endo : endomètre ; B :
bleu ; R : radiotraceur ; Param :
paramètre.
a Nombre de patientes ayant à la fois des ganglions
sentinelles, pelviens et lomboaortiques.
Le meilleur site d’injection est celui qui met en évidence le
plus haut taux de drainage pelvien bilatéral. Concernant cette
bilatéralité des GS identifiés, les sites cervicaux, sous-séreux et
endométriaux permettent d’obtenir une identification bilatérale des
GS dans 37,5 à 62,5 % des patientes [28, 35], 12 à
73 % des patientes [38, 46, 48] et 18 à 47,8 %
des patientes [21, 34], respectivement. En moyenne,
l’injection cervicale permet d’obtenir 63 % de détection
bilatérale contre 48 et 35 % pour les sites endométriaux et
myométriaux. Il n’existe pas d’explication à la détection des GS
unilatéraux dans près de la moitié des cas malgré les injections
multiples et symétriques de traceurs et le caractère centropelvien
de l’utérus. Ces taux ne sont pas suffisants pour proposer cette
technique en routine. En théorie, lorsque le GS n’est identifié que
d’un seul côté il est nécessaire de réaliser un curage
controlatéral, ce d’autant que la non-détection d’un GS pourrait
être associé à un plus fort risque d’atteinte ganglionnaire. La
réflexion du taux d’identification devrait porter par hémipelvis et
non par patientes. Ces informations sont peu détaillées dans la
littérature.
Apport de l’immunohistochimie : micrométastases et
cellules tumorales isolées
La procédure du GS permet la sélection d’un nombre réduit de
ganglions à examiner par les anatomopathologistes. Il est possible
de réaliser une ultrastadification avec l’apport des coupes sériées
et de l’immunohistochimie.
Toutes les études sélectionnées, à l’exception de trois études,
ont utilisé l’immunohistochimie [29, 39, 46]. Trois
études l’ont utilisée sur l’ensemble des ganglions recueillis après
exérèse des GS et des curages [26, 27, 48]. Selon le site
d’injection, on observe dans 25 à 58 % des micrométastases
dans les GS induisant un changement de statut de N- à N+ après
ultrastadification ganglionnaire. Cela contribue à expliquer le
taux relativement élevé de patientes ayant une atteinte
ganglionnaire (13 à 25 %) (tableau
3). On retrouve deux cas de cellules tumorales
isolées à l’examen des GS [36, 40]. À chaque fois, il existait
d’autres adénopathies atteintes à l’examen des curages
complets.
Tableau 3 Résultats obtenus par la technique du ganglion
sentinelle selon le site d’injection utilisé.
| Site d’injection |
Myomètre |
Cervical |
Cervical + myomètre |
Endomètre |
| Nombre d’études |
6 |
5 |
2 |
6 |
| Effectif total |
124 |
149 |
46 |
161 |
| Lymphoscintigraphie |
nr |
83 % (71-94 %) |
71 % |
87 % (54-100 %) |
| Détection peropératoire |
69 % (0-92 %) |
79 % (69-94 %) |
80 % (78-84 %) |
84 % (64-100 %) |
| Nombre moyen de GS/patiente |
1,76 (0-4,7) |
1,93 (1,6-3) |
2,19 (2,5-3) |
2,58 (1,2-3,7) |
| % de patientes ayant un GS positif |
13 % (0-25 %) |
25 % (11-26 %) |
16 % (9-11 %) |
14 % (4-18 %) |
| % GS positifs dus à des micrométastases |
40 % |
58 % |
25 % |
26 % |
| Taux de faux-négatifs |
0-50 % |
0 % |
0 % |
0-25 % |
Valeur moyenne (valeur minimale–maximale).
Taux de faux-négatifs, sensibilité, spécificité, valeur
prédictive négative (tableau
4)
L’objectif de la technique de GS est d’identifier le premier
relai ganglionnaire, reflet du statut de l’ensemble des ganglions
drainant la tumeur. Pour pouvoir l’utiliser de première intention
comme standard à la place des curages, ses performances
diagnostiques doivent être exemplaires : sensibilité,
spécificité et valeur prédictive négative les plus élevées
possibles et taux de faux-négatifs le plus bas possible.
Tableau 4 Analyse des faux-négatifs, sensibilité, specificité et
valeur prédictive négative en fonction des études.
| Études |
n |
Se (%) |
Sp : |
Taux de faux-négatifs |
VPN |
RVN |
| Injection myométriale |
| Burke et al. [17], 1996 |
15 |
50 |
100 |
2/4 = 50 % |
75 |
0,5 |
| Echt et al., 1999 [29] |
8 |
- |
- |
- |
- |
- |
| Frumovitz et al., 2007 [38] |
18 |
- |
100 |
0 |
100 |
- |
| Altgassen et al., 2007 [37] |
23 |
67 |
100 |
1/3 = 33 % |
95 |
0,33 |
| Li et al., 2007 [46] |
20 |
100 |
100 |
0 |
100 |
0 |
| Lopes et al., 2007 [48] |
40 |
83 |
100 |
1/6 = 17 % |
96 |
0,17 |
| Injection cervicale |
| Pelosi et al., 2003 [36] |
16 |
100 |
100 |
0 |
100 |
0 |
| Perrone et al., 2008 [35] |
23 |
100 |
100 |
0 |
100 |
0 |
| Bats et al., 2008 [25] |
43 |
100 |
100 |
0 |
100 |
0 |
| Ballester et al., 2008 [28] |
46 |
100 |
100 |
0 |
100 |
0 |
| Abu-Rustum et al., 2009 [40] |
21 |
100 |
100 |
0 |
100 |
0 |
| Injection combinée |
| Holub et al., 2004 [39] |
25 |
100 |
100 |
0 |
100 |
0 |
| Abu-Rustum et al., 2009 [40] |
21 |
100 |
100 |
0 |
100 |
0 |
| Injection endométriale |
| Nikura et al. (19), 2004 |
28 |
100 |
100 |
0 |
100 |
0 |
| Fersis et al., 2004 [47] |
10 |
100 |
100 |
0 |
100 |
0 |
| Maccauro et al., 2005 [34] |
26 |
100 |
100 |
0 |
100 |
0 |
| Niikura et al., 2007 [27] |
20 |
75 |
100 |
1/4 = 25 % |
93 |
0,25 |
| Delaloye et al., 2007 [44] |
60 |
89 |
100 |
1/9 = 11 % |
97 |
0,11 |
| Perrone et al., 2008 [35] |
17 |
100 |
100 |
0 |
100 |
0 |
Se : sensibilité ; Sp : spécificité ;
VPN : valeur prédictive négative ; RVN : rapport de
vraisemblance négative.
* Immunohistochimie (IHC) sur tous les ganglions
prélevés.
La validité interne de cette technique repose sur la
sensibilité, la spécificité et le taux de faux-négatifs qui ne
varient pas selon la prévalence des adénopathies. La sensibilité du
test s’avère excellente pour le site cervical avec une valeur de
100 % pour toutes les études, bonne pour le site endométrial
allant de 75 à 100 % [21, 27, 34, 35], moins
bonne pour le site myométrial de allant 50 à 100 %
[17, 46]. Quel que soit le site, il n’existe pas de
faux-positif puisque la référence est anatomopathologique. La
spécificité est donc excellente, à 100 %, pour toutes les
études. La validité externe de la procédure repose sur la valeur
prédictive négative et le rapport de vraisemblance négative. Ces
valeurs dépendent de la prévalence de l’atteinte métastatique
ganglionnaire dans la population étudiée et donc indirectement du
stade de la maladie en préopératoire. Globalement, la majorité des
études ne s’intéressent qu’aux stades I et II, à faible risque
métastatique. Lorsque les études incluent des stades III
préopératoires, ils sont minoritaires dans la population étudiée.
Bien que théoriquement, le site cervical ne soit pas le meilleur
site pour reproduire le drainage lymphatique du corps utérin, il
présente les meilleures performances avec l’absence de
faux-négatifs dans les cinq études sélectionnées y compris avec un
effectif important (46 patientes dans l’étude de Ballester et
al. [28]). L’association du site cervical et myométrial obtient
les mêmes résultats. Ces résultats sont à interpréter avec prudence
puisqu’il n’y a que deux études disponibles [39, 40].
Concernant les six études consacrées au site endométrial, quatre ne
retrouvent pas de faux-négatifs [27, 44]. Delaloye et
al. qui ont réalisé l’étude ayant le plus grand nombre de
patientes (60 patientes) observent 11 % de faux-négatifs
avec une bonne valeur prédictive négative à 97 % et un rapport
de vraisemblance négative intéressant à 0,11 [44]. Le taux de
faux-négatif pour ce site est variable selon les études allant de 0
à 25 %. L’injection myométriale est moins performante avec des
valeurs de faux-négatifs variant de 0 à 50 %, des valeurs
prédictives négatives entre 75 et 100 % et un rapport de
vraisemblance négative entre 0 et 0,5 [17, 38, 46]. Les
moins bonnes performances sont obtenues par l’étude princeps de
Burke et al., réalisée en 1996 avec une simple détection au
bleu. Trois études avaient réalisé une recherche de micrométastases
systématique, sur tous les ganglions prélevés dans les curages
[20, 27, 48]. Elles retrouvent des résultats de
faux-négatifs variables (respectivement 0, 17 et 25 %) et de
rapports de vraisemblance négative (respectivement 0, 0,17 et
0,25].
Finalement, le taux de faux-négatif semble faible dans la
littérature, mais les conclusions doivent être considérées avec
précaution du fait du faible nombre de patientes et du faible taux
de stade N+. De plus, ce taux devrait logiquement être reporté par
coté tout comme le taux d’identification et non par
patientes ; ce qui n’est pas décrit dans la littérature.
Discussion
La comparaison des différentes études est difficile en raison de
l’hétérogénéité de ces dernières et de leurs faibles effectifs.
Quel que soit le site, la double détection par technique
colorimétrique et radio-isotopique apparaît plus performante que la
simple détection. La procédure GS devrait donc intégrer cette
double détection pour être diffusée en routine.
L’injection par hystéroscopie semble être intuitivement le
meilleur reflet du drainage tumoral avec une injection à proximité
du site lésionnel. Son principal inconvénient est la difficulté
d’accessibilité du site d’injection, source d’échec. La logistique
à mettre en place pour l’injection de radio-isotopes en France est
lourde, non réalisable en dehors des services de médecine nucléaire
et il paraît difficile de réaliser le geste hystéroscopique au sein
du service de médecine nucléaire. Les différentes études utilisant
les radio-isotopes par voie hystéroscopique ne mentionnent pas
clairement les modalités de manipulations d’éléments radioactifs en
dehors des services appropriés. En outre, l’injection du marqueur
colorimétrique n’étant pas concomitante de celle du radiotraceur,
il est nécessaire de réaliser une seconde hystéroscopie en
préopératoire immédiat. Or, le temps hystéroscopique a suscité la
polémique compte tenu du risque théorique de dissémination des
cellules tumorales dans le péritoine par reflux tubaire. Ce risque
serait en réalité faible car les pressions de distension de la
cavité utérine sont faibles (< 40 mmHg) et la cytologie
péritonéale réalisée en peropératoire n’a pas montré de risque
accru de dissémination des cellules tumorales [34]. De plus, il n’y
aurait pas de réduction de la survie globale et sans récidive après
hystéroscopie [49]. Le site cervical bien que ne reflétant pas
exactement le drainage lymphatique du corps utérin a l’avantage
d’être facile d’accès avec une injection reproductible. Le taux de
détection des GS est satisfaisant entre 69 et 94 % et son taux
de faux-négatifs est de 0 % dans l’ensemble des séries. Le
principal défaut de l’injection cervicale est le faible taux de
drainage des GS au niveau lomboaortique contrairement au site
endométrial, or nous savons qu’il peut y avoir des atteintes
lomboaortiques isolées sans autre localisation ganglionnaire
pelvienne. Le site myométrial, d’accès difficile (peropératoire),
reflète le drainage du corps utérin. Il rencontre les mêmes
contraintes que la voie hystéroscopique avec une logistique
complexe à mettre en place lorsque l’on désire utiliser une double
détection. En France, l’injection de radiotraceur n’est possible
qu’au sein de l’unité de médecine nucléaire et ne peut pas être
effectuée au bloc opératoire lors de l’intervention. L’injection
myométriale s’avère décevante avec des taux de détection
insuffisants et des taux de faux-négatifs importants. Les
performances de cette procédure pourraient éventuellement être
améliorées par la combinaison de différents sites d’injection tout
en sachant que cela alourdirait la procédure. Peut-être faut-il
envisager la réalisation des sites différents d’injections pour les
deux types de traceurs en privilègiant la voie cervicale pour le
traceur isotopique. Une autre alternative serait la réalisation de
l’injection isotopique myométriale ou endométriale à l’aide d’un
échoguidage en service de médecine nucléaire.
La technique du GS apporte un avantage en termes
d’ultrastadification. La notion de métastases
« occultes » ganglionnaires est apparue suite au
développement de nouvelles techniques anatomopathologiques
d’ultrastadification [50]. Leur présence augmenterait le risque de
récidive pour les stades précoces. Dans une étude de Yabushita
et al., on observe que le risque de récurrence est corrélé à
l’expression des cytokératines (micrométastases) dans les ganglions
et à l’envahissement lymphovasculaire de façon indépendante du
stade [51]. Gonzalez Bosquet et al. estimaient à 12,5 %
le taux de micrométastases occultes après immunohistochimie [50].
Les études sélectionnées montrent des taux plus élevés variant de
25 à 58 % (tableau
3). L’immunohistochimie permet d’améliorer la
sensibilité et la valeur prédictive négative respectivement de 33 à
83,3 % et de 79 à 93,8 % par rapport à la technique d’HE
classique [52]. Des cellules tumorales isolées ont également été
rapportées [36, 40]. Pour le moment, les adénopathies sièges
de cellules tumorales isolées ne sont pas considérées comme
métastatiques (classification FIGO 2009). Elles sont de plus en
plus fréquentes grâces à l’amélioration des techniques
anatomopathologiques et nécessitent une plus ample évaluation de
leur impact pronostique.
En ce qui concerne la réduction de la morbidité opératoire par
la réalisation de la procédure GS, on ne peut pas statuer car
toutes les patientes ont bénéficié dans le même temps d’un curage
rétropéritonéal plus ou moins étendu. En effet, les études récentes
tentent de valider la procédure GS en réalisant un curage
systématique. Le statut ganglionnaire définitif n’est connu qu’à
distance de la chirurgie et implique une reprise chirurgicale pour
curage rétropéritonéal dans un deuxième temps lorsqu’une atteinte
du GS serait retrouvée. Celle-ci semble alors à plus haut risque
qu’une chirurgie en un temps (tissus inflammatoires, adhérences
nouvelle anesthésie…) ce d’autant qu’il existe bien souvent des
comorbidités associées. À notre connaissance, nous n’avons pas
retrouvé d’étude sur l’évaluation de l’examen extemporané des GS
dans le cancer de l’endomètre.
La procédure de GS pourrait avoir sa place dans les stades
précoces où le risque de dissémination ganglionnaire est faible. De
plus, dans les stades précoces le taux de détection est plus
important que dans les stades plus avancés [20]. Il en est de même
pour la valeur prédictive négative qui est inversement
proportionnelle à la prévalence des adénopathies métastatiques. La
place du curage lomboaortique reste actuellement débattue. Tous
stades confondus, le risque d’atteinte métastatique lomboaortique
est de 1 à 6 % (< 1 % pour les grades 1) [52]. Les
atteintes ganglionnaires lomboaortiques isolées existent et sont
évaluées entre 16 à 29,3 % des patientes présentant une
atteinte ganglionnaire [53-55]. Actuellement, le curage
lomboaortique n’est pas systématique, il est réservé à des
populations à haut risque. Compte tenu de la rareté de l’atteinte
lomboaortique dans les stades précoces, la procédure GS pourrait
être suffisante pour accéder au statut ganglionnaire lomboaortique.
Ainsi la présence de GS en lomboaortique pourrait-elle inviter le
chirurgien à réaliser une exérèse de ce dernier et donc une
exploration de l’étage lomboaortique alors qu’il n’aurait pas
réalisé d’exérèse ganglionnaire à ce niveau. Si cette indication
était retenue, le site cervical ne semblerait pas le plus
informatif au niveau lomboaortique.
L’ensemble des résultats obtenus dans les différentes séries
doivent être interprétés avec prudence. Il existe une grande
variabilité entre les différentes études en termes de prévalence de
l’atteinte ganglionnaire et de l’hétérogénéité des populations
(stades inégaux à l’origine d’une prévalence inégale de l’atteinte
ganglionnaire). Enfin, l’absence de standard sur le type de
lymphadénectomie et sur les modalités d’examen anatomopathologique
des ganglions (étendues variable du curage pelvien ± lomboaortique,
techniques anatomopathologiques variables selon les études)
constituent un biais majeur pour affirmer le caractère sain des
ganglions. L’idéal serait des études comportant une
lymphadénectomie complète pelvienne et lomboaortique avec analyse
immunohistochimique sur l’ensemble des ganglions prélevés.
Actuellement, la plupart des études réalisent des curages pelviens
isolés et réservent le curage lomboaortique aux cas d’atteintes
ganglionnaires pelviennes. La valeur diagnostique en cas de GS
négatif au niveau lomboaortique n’est donc pas évaluée. Le taux
d’atteinte ganglionnaire est significativement plus élevé lorsqu’il
y a eu échec à l’identification du GS [36]. Cela renforce l’idée
qu’il faut réaliser un curage systématique en l’absence de GS
retrouvé et soulève la question de la nécessité de réaliser un
curage unilatéral du côté où aucun GS n’a été détecté. Les
conséquences de la détection unilatérale des GS ne sont pas connues
actuellement.
Conclusion
Les différentes données recueillies sur la procédure GS dans le
cancer de l’endomètre sont très hétérogènes sur le plan
méthodologique et au niveau des populations étudiées. Plus de dix
ans après la première description de la technique, elle demeure
toujours au stade de la faisabilité. Sa place dans la stratégie
thérapeutique reste à définir et son éventuel intérêt reste à
prouver. Elle pourrait avoir sa place dans les stades précoces où
le risque ganglionnaire est faible. Il pourrait être un compromis
entre l’absence d’exploration ganglionnaire et la réalisation d’un
curage rétropéritonéal complet. L’autre intérêt qui semble moins
discutable serait la réalisation d’une ultrastadification sur ces
GS lors de la réalisation d’une lymphadénectomie complète. Cette
ultrastadification ganglionnaire pose la question de la
significativité d’un point de vue pronostique des micrométastases
et cellules tumorales isolées et de l’attitude thérapeutique à
adopter. Il ne ressort pas d’attitude consensuelle sur le type de
procédure à adopter. Le site optimal d’injection n’est pas
identifié. Seule la double détection semble être un fait acquis.
Pour permettre l’évaluation au mieux de la procédure ainsi que sa
place potentielle dans la prise en charge des cancers de
l’endomètre, il est nécessaire d’y associer un curage pelvien et
lomboaortique exhaustif avec ultrastadification de l’ensemble des
ganglions prélevés.
Conflits d’intérêts: aucun.
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