ARTICLE
bdc.2011.1302
Auteur(s) : Sophie Taïeb1
s-taieb@o-lambret.fr,
Nathalie Rocourt1, Fabrice
Narducci2, Éric Leblanc2, Claude Adenis3,5, Charles Fournier4, Philippe Doutrelant5, Jean-Philippe Peyrat6, Philippe Vennin3
1 Centre Oscar-Lambret, département d’imagerie
médicale, 3, rue Frédéric-Combemale, BP 307, 59020 Lille Cedex,
France
2 Centre Oscar-Lambret, département de gynécologie,
59020 Lille, France
3 Centre Oscar-Lambret, département de sénologie,
59020 Lille, France
4 Centre Oscar-Lambret, unité de biostatistique,
59020 Lille, France
5 Centre Oscar-Lambret, laboratoire de biologie
médicale, 59020 Lille, France
6 Centre Oscar-Lambret, laboratoire d’oncologie
moléculaire humaine, 59020 Lille, France
Tirés à part : S. Taïeb
Introduction
Les limites du dépistage des cancers de l’ovaire en population
générale sont bien connues et régulièrement rappelées [1]. Les
publications récentes, bien que plutôt encourageante pour l’étude
réalisée outre-manche [2, 3] n’engagent pas à entreprendre un
dépistage systématique des cancers ovariens. Les tests que nous
avons actuellement à disposition (CA125 et échographie pelvienne)
sont peu sensibles, peu spécifiques et la rareté de la maladie ont
pour conséquence des valeurs prédictives positives trop faibles. On
connaît cependant des situations de risque héréditaire associées à
de très hauts risques de cancer ovarien [4]. En 2003, nous pensions
que l’augmentation de prévalence permettrait d’augmenter
l’efficacité de ce dépistage [5-7]. De plus l’analyse protéomique
des échantillons sanguins constituait à l’époque un espoir certain
d’amélioration de ces tests [8]. Nous avons donc voulu, dans le
cadre d’un programme hospitalier de recherche clinique, évaluer
l’intérêt de cette analyse protéomique plasmatique à des fins de
dépistage dans une population à risque héréditaire. Les tests
habituels : dosage du CA 125 et échographie pelvienne
transvaginale ont été associés à l’analyse protéomique. Le rythme
de six mois a été choisi, il nous paraissait un compromis
acceptable pour ces femmes souvent jeunes qui devaient
nécessairement se déplacer pour faire leur échographie et la prise
de sang. Nous souhaitions aussi garder un contact régulier avec
elles, qui n’avaient pas choisi la chirurgie préventive, par
l’intermédiaire de nos deux radiologues échographistes très
impliquées dans la prise en charge des risques héréditaires. Nous
avons préféré laisser la surveillance clinique mammaire et
pelvienne entre les mains des médecins habituels, Oei et al.
ont confirmé plus tard que l’examen pelvien n’avait pas de rôle en
dépistage des cancers ovariens [9]. Les analyses protéomiques ne
sont pas terminées, mais compte tenu des résultats de la
surveillance classique, nous avons préféré les présenter sans
attendre.
Population et méthode
De mai 2004 à février 2009, 82 femmes à risque héréditaire
documenté par la généalogie et issues de la consultation
d’oncogénétique de notre CLCC ont été incluses après consentement
écrit (figure 1).
Les critères d’inclusion étaient : mutation délétère BRCA1 ou
BRCA2 ou en l’absence de mutation identifiée :
- – un cas de cancer de l’ovaire et deux cas de cancers du sein
ou de l’ovaire, avec un cas lié aux deux autres par un lien de
parenté au premier degré ;
- – un cas de cancer de l’ovaire lié par un lien de parenté au
premier degré à un cancer du sein bilatéral d’emblée ou apparu
avant 40 ans (deux patientes ont d’ailleurs été incluses avant
le résultat de leur analyse qui s’est avérée positive).
Étaient exclues les femmes qui avaient déjà eu une ovariectomie
et celles âgées de moins de 35 ans (sauf s’il y avait un cas de
cancer de l’ovaire avant 40 ans dans la famille). Soixante-douze
sont évaluables, cinq n’ont eu aucune échographie et sont
inévaluables, cinq incluses dans l’attente des résultats du test
prédictif n’avaient pas hérité de la mutation délétère identifiée
dans la famille et sont donc inéligibles. Ces 72 femmes
appartiennent à des familles à risque de cancer du sein et de
l’ovaire et ont été vues en consultation d’oncogénétique. Presque
les trois-quarts (74 %) ont une mutation délétère identifiée,
43 BRCA1, 10 BRCA2, les autres appartiennent à des familles de type
sein/ovaire sans mutation identifiée (sept ont été testées sans
mutation identifiée, 12 appartenaient à des familles sein/ovaire
sans mutation identifiée et n’ont pas été testées).
L’examen clinique bisannuel était réalisé par la(e) gynécologue
habituel. Le dosage plasmatique du CA 125 (normale < à
35 UI/mL) était réalisé le même jour que l’échographie suivant
une méthode d’immuno-analyse automatisée par fluorescence en phase
homogène : technologie time resolved amplified crypto
emission (TRACE) sur automate Kryptor de la société Brahms. En
cas de valeur supérieure à la normale, un dosage de contrôle était
en principe réalisé. Les échographies ont toutes été réalisées par
deux opérateurs sur un échographe permettant une étude en
harmonique (IU22–Philips–Hollande) comprenant un temps
d’exploration sus pubien, un temps d’exploration endocavitaire et
une analyse doppler des ovaires et des flux des artères utérines.
Les examens étaient réalisés en première partie de cycle.
L’algorithme d’analyse en échographie a été le suivant :
était considéré comme pathologique et devant conduire à une
cœlioscopie exploratrice toute masse solide des ovaires, tout kyste
uni ou pluri loculaire dont l’épaisseur des parois n’était pas
strictement inférieure à 3 mm, toute lésion kystique présentant des
végétations vascularisées endo ou exokystique et enfin toute lésion
à contenu mixte solide-liquide. Étaient considérés comme anormaux
et devant avoir une surveillance rapprochée à trois mois :
avant la ménopause, les kystes de plus de 5 cm de diamètre et les
ovaires dont le volume était supérieur à 20 cm3 et
après la ménopause les kystes de plus de 3 cm de diamètre ou un
volume ovarien supérieur à 10 cm3. Les lésions complexes
ont été explorées par IRM pour éliminer les lésions bénignes dont
le diagnostic est possible par IRM en particulier les tératomes
matures et les endométriomes. Concernant les examens de
surveillance rapprochés seul l’examen considéré anormal était
répété.
Résultats
Soixante-douze patientes sont évaluables. La somme des suivis de
ces 72 femmes correspond à 156,7 femmes/années. La moyenne
d’âge est de 45,2 ans (SD 9,2), la médiane de 42,1 ans
(33,5 à 71,3 ans). Les trois-quarts (54/72) ont moins de 50 ans.
Vingt-huit pour cent sont ménopausées (20/72). Quasiment la moitié
ont un antécédent personnel de cancer du sein (34/72). Le délai
entre le cancer du sein et l’inclusion est de moins d’un an pour
21 % et de plus de cinq ans pour 29 %. La moyenne d’âge
des femmes mutées est de 42,6 ± 7,8 ans (extrêmes 33,5-71,3),
celles des femmes non mutées de 56,3 ± 8,5 ans (extrêmes
44,8-69,1), la différence est significative
(p < 10−3). Dix sont sorties d’étude
prématurément pour des raisons diverses (distance, poursuite à
proximité, déménagement, autre pathologie, métastase du cancer du
sein, demande de FIV) mais non liées à un geste chirurgical
préventif avec un délai médian de 12 mois (7 à 61). La durée
médiane de suivi des 27 femmes non encore sorties de l’étude est de
35 mois (extrêmes : 11-66).
À l’inclusion 59 échographies étaient normales et 11 décrivaient
des structures kystiques (deux échographies n’ont pas été faites à
l’inclusion). Cinquante-neuf dosages de CA 125 étaient normaux, dix
supérieures à 35 UI/mL (67 pour le plus élevé) et trois non
faits à l’inclusion. Au cours de la surveillance 212 échographies
ont été réalisées, 13,7 % anormales (29/212) chez
18 patientes différentes. Sans compter les trois cas de
cancer, il s’agissait toujours d’anomalies non suspectes, un
contrôle à trois mois était simplement demandé dans 13 cas.
Deux cent six dosages de CA 125 ont été faits, 6,8 %
supérieurs à 35 UI/mL (14/206) chez dix patientes.
L’augmentation (sauf cancer) était modérée dans tous les cas
(maximum 61 UI/mL).
Au cours de la surveillance, et sans compter les deux cas de
cancers ovariens incidents, 25 patientes ont eu au moins une fois
un des deux examens anormal. Une chirurgie annexielle préventive a
été faite chez 11 de ces patientes. Parmi les autres, neuf femmes
ayant eu un examen anormal sont encore en surveillance, le contrôle
ayant secondairement négative l’anomalie, une jeune patiente
atteinte d’un cancer du sein bilatéral et un CA125 fluctuant (max
61) s’interroge sur la chirurgie préventive et enfin une patiente
avec un antécédent de cancer du sein a été opérée pour une image de
nature « tissulaire » vue en échographie qui correspond à
l’analyse histologique à une métastase de son cancer du sein. Trois
IRM ont été réalisées comme examen de contrôle chez trois patientes
et la surveillance a été faite par IRM chez une femme chez laquelle
l’échographie transvaginale n’était pas techniquement possible.
Trente-deux patientes (44 %) sont sorties d’étude après
chirurgie préventive avec un délai médian de 17 mois après
l’inclusion. Vingt-quatre de ces femmes (75 %) avaient plus de
40 ans, la plus jeune opérée avait 36 ans. Il n’y a pas de
différence dans la moyenne d’âge des femmes qui ont eu une
annexectomie (45,9 ± 7 ans) et les autres
(44 ± 10,4 ans). Il n’y a pas non plus de différence du taux
de chirurgie préventive chez les femmes mutées (25/53) et les
autres (7/19). Vingt-deux ont été opérées dans notre CLCC. Trente
ont eu une laparoscopie, deux une laparotomie. À six reprises, une
hystérectomie a été associée à l’annexectomie. Vingt-quatre femmes
ont eu chirurgie annexielle préventive alors que les examens
étaient normaux après un à sept cycles de surveillance. Huit femmes
ont eu une chirurgie pelvienne après un examen anormal. Sur les
21 comptes rendus histologiques disponibles, des anomalies
bénignes sont décrites à dix reprises. Deux cancers de l’ovaire ont
été détectés (2,7 %), tous deux séreux, de grade III, de stade
FIGO IIIB. Ce sont deux cas incidents, découverts lors de l’examen
tel qu’il avait été programmé. Il n’y a pas eu de cancer de
l’intervalle, ni de cas prévalent (au bilan initial), ni de cancer
occulte découvert lors d’une chirurgie préventive. Le premier cas
de cancer est survenu chez une femme de 62 ans, avec une
mutation BRCA1 et un antécédent de cancer du sein 22 ans
auparavant. L’échographie initiale était normale, le CA 125 à
34,4 UI/mL. À six mois, l’échographie restait normale, le marqueur
à 81 puis 127 dix jours après, la laparoscopie diagnostiquait une
carcinose péritonéale étendue. Le deuxième concerne une femme de 58
ans, dans un contexte de cancer de l’ovaire héréditaire sans
mutation identifiée par DHPLC en 2004 sur un premier cas index, 54
mois après l’inclusion, l’échographie décrivait un aspect de
carcinose péritonéale avec un CA 125 à 374 UI/mL,
l’échographie était normale six mois avant et le marqueur à
22,4 UI/mL. La laparoscopie confirmait la carcinose
péritonéale d’origine ovarienne. Une nouvelle analyse par
séquençage a été faite chez cette patiente qui a permis
d’identifier une mutation délétère BRCA1, retrouvée également par
séquençage sur le premier cas testé. Les deux patientes sont
actuellement en cours de traitement avec un recul de 66 et dix
mois.
Discussion
Malgré l’hétérogénéité des études publiées sur le dépistage des
cancers de l’ovaire des femmes à risque quant aux populations
sélectionnées, au rythme et aux modalités de surveillance, les
conclusions sont actuellement unanimes. La compilation qui a été
faite en 2009 par Van der Velde et al. [10] à partir de dix
cohortes dont quatre prospectives faisait état de
1 156 femmes mutées parmi lesquelles 40 cancers avaient
été détectés par les examens. Seize de ces 40 cas étaient de stade
I ou II, et six sur les 16 avaient un antécédent de cancer du sein
(le diagnostic de tumeur primitive ovarienne n’est pas assuré). Il
y avait eu dans ces cohortes six cancers de l’intervalle, ce qui
est relativement peu. Le calcul donne 800 femmes à tester pour
trouver un cancer de stade localisé [10]. Les deux études les plus
récentes nous viennent des Pays-Bas. La série de Van der Velde
et al., à l’université de Groningen, comporte 241 femmes
mutées BRCA1 ou BRCA2, 37 % avec un antécédent personnel de cancer
du sein. Trois cancers de l’ovaire ont été détectés, un cas
découvert au premier test (cas prévalent), un cas intervallaire et
un dépisté, les trois cas sont de stade IIIc [10]. La plus grande
cohorte à ce jour publiée est de 888 femmes mutées qui ont eu entre
1993 et 2005 une échographie annuelle transvaginale et un dosage du
Ca125 dans six centres universitaires [11]. Cinq cas prévalents ont
été identifiés, cinq incidents lors du dépistage, cinq également
pendant l’intervalle des examens. Parmi les 15 cas, il y a deux
stades IIc qui sont des tumeurs endométrioïdes, les autres sont de
stade III ou IV. Il n’y a pas dans cette série de différence de
stade entre les tumeurs intervallaires et les autres.
Nos résultats, bien que sur une série plus courte puisque nous
n’avions pas l’ambition de mesurer l’impact des examens de
dépistage classiques, sont en cohérence totale avec ces données.
Deux cas de cancer de l’ovaire sont survenus, soit 2,7 %, nous
nous situons dans la zone du nombre attendu compte tenu de la
taille de la population, des âges et du recul. Les deux cas sont
incidents sous la forme de deux carcinoses péritonéales, les deux
examens (échographie transvaginale et CA 125) étaient normaux six
mois auparavant. Ces deux patientes n’étaient pas symptomatiques au
moment de la découverte de la maladie. Nous n’avons pas observé de
cancer de l’intervalle, ce qui n’est pas très surprenant compte
tenu de la taille de la population et du rythme choisi. Le taux
d’abandon (hors chirurgie) au cours de l’étude (10/72) est
également difficilement comparable à la littérature puisque nous
avions choisi un intervalle de six mois plutôt que de un an. Il est
souvent légitime. Sans compter les cinq patientes non évaluables
qui n’ont finalement fait aucun examen après l’inclusion et les
cinq patientes non éligibles incluses en attendant le résultat du
test prédictif qui fÛt négatif. Les chirurgies préventives étaient
attendues, sinon espérées, 32 ont été réalisées. Il n’y a pas eu de
cancer occulte tubaire ou ovarien mais l’analyse histologique des
ovaires et des trompes après chirurgie préventive n’a été
standardisée que récemment, de plus le tiers des patientes n’ont
pas été opérées dans notre CLCC. Nous avons relevé que huit femmes
ont eu au moins à une reprise une augmentation du marqueur
(modérée) au-delà du seuil associée quatre fois à une anomalie
échographique. Elles ont continué à être surveillées, ce qui
témoigne sans doute de la réticence envers la chirurgie de ces
femmes qui avaient choisi la surveillance. Les taux d’examens
anormaux sont importants, 13,7 % pour l’échographie et
6,8 % pour le marqueur. Mais en fait, il s’agit uniquement
d’anomalies bénignes, parfois nécessitant un contrôle à trois mois.
Les deux échographies réellement suspectes correspondaient à une
carcinose péritonéale et à une métastase ovarienne, le troisième
cas de cancer a été identifié par une augmentation isolée du CA 125
à 81. Ces taux d’examens anormaux sont comparables à la littérature
récente [10, 11]. Dans notre série, contrairement à celle de
Madalinska et al. [12] les femmes avec un antécédent
personnel de cancer du sein ont eu davantage recours à la chirurgie
préventive annexielle (17/34) que celles qui n’avaient pas eu de
cancer du sein (15/38) mais la différence n’est pas significative.
Il est de toutes façons évident que le choix d’une chirurgie
préventive dépend de multiples facteurs médicaux et psychosociaux
qui n’étaient pas l’objet de cette étude, et d’ailleurs, les femmes
chez lesquelles une mutation a été identifiée ne se sont pas
davantage dirigées vers la chirurgie que les autres. Il y a
cependant un biais de sélection inévitable dans cette étude, en
témoigne la différence d’âge entre les femmes mutées et les autres,
il est bien évident que nous avons sans aucun doute insisité
davantage sur l’importance de la chirurgie préventive lorsqu’une
mutation était identifiée que dans le cas contraire.
Nous ne pouvons donc que constater l’inefficacité de la
surveillance pelvienne chez ces femmes à risque héréditaire, du
moins avec les méthodes actuelles. Certes la série est courte mais
notre constat est quand même extrêmement décevant. La solution la
plus efficace est l’annexectomie préventive, mais ce n’est pas le
choix de toutes les femmes, même si c’est le choix très majoritaire
après la ménopause dans la cohorte française [13]. On peut
d’ailleurs se demander dans quelle mesure la proposition d’une
surveillance pelvienne par le médecin n’est pas une façon de
rassurer à tort la patiente et de la leurrer en quelque sorte sur
le bénéfice d’examens manifestement inefficaces. D’un autre côté,
on conçoit qu’il soit difficile de rester totalement inactif dans
une telle situation. Les hésitations les plus importantes
surviennent chez les femmes jeunes qui ont eu antérieurement un
cancer du sein. Il serait contre-indiqué chez ces femmes d’employer
un traitement hormonal substitutif en cas de symptômes de ménopause
après la castration. Par ailleurs, le gain attendu en survie est
sans doute moindre du fait du risque de rechute de la tumeur
mammaire.
Les limites de cette étude tiennent évidemment à la petite
taille de la population, mais l’objectif était avant tout l’analyse
protéomique des échantillons plasmatiques dont l’analyse est en
cours. Nous pensons cependant que le rythme intensif de la
surveillance, l’expérience des deux radiologues, le caractère
monocentrique et la comparaison avec la littérature rendent ces
résultats tout à fait solides. L’originalité vient du rythme de
surveillance choisi de six mois, alors que tous les résultats
publiés jusqu’à présent avaient un rythme annuel, nous espérions
évidemment que ce rythme intensif permettrait d’améliorer les
résultats. La conclusion la plus importante est qu’il faut sans
doute essayer de tester le maximum de familles en situation de
risque héréditaire de cancer du sein pour se passer de la
surveillance pelvienne en l’absence de mutation délétère dans les
familles sans cancer de l’ovaire [14]. Pour les familles
sein/ovaire sans mutation identifiée, même si le risque de cancer
de l’ovaire est dans certaines séries étonnamment faible [15], il
est sans doute prudent de considérer les femmes apparentées au
premier degré à risque de cancer du sein et d’ovaire, ce compte
tenu de la sensibilité incomplète des techniques, en témoigne
d’ailleurs notre deuxième cas de carcinose péritonéale. La
difficulté dans ces situations est de s’assurer du diagnostic de
localisation primitive ovarienne non mucineuse surtout si
l’événement est ancien. Pour les femmes qui ont une mutation
BRCA1/2 et celles atteintes de cancer du sein dans les familles
sein/ovaire, la recommandation ne peut être que celle d’une
chirurgie préventive annexielle dont il reste à discuter le moment
[16, 17].
Les autres solutions sont clairement du ressort de l’évaluation.
La biologie semble prépondérante, sont en cours des évaluations
d’un algorithme du dosage du Ca125 [18], avec des associations de
marqueurs [19]. L’option qui nous semble actuellement la plus
intéressante, mais à évaluer, pour les femmes qui ne sont pas
prêtes à la castration, est celle d’une chirurgie tubaire isolée.
Un élément nouveau est la fréquence inattendue des lésions
histologiques précancéreuses sur le pavillon, découvertes par
l’examen attentif des pièces de chirurgie préventive des femmes
mutées [20]. Cette technique permettrait de ne recourir à la
castration qu’après l’installation de la ménopause. L’origine
tubaire d’une certaine proportion de ces tumeurs très souvent de
haut grade expliquerait d’ailleurs les difficultés voire
l’inutilité du dépistage avec les moyens actuels [21], dépistage
dont les résultats paraissent encore plus décevants que dans les
formes sporadiques en population générale.
Conclusion
Dans notre expérience qui est avant tout une étude d’évaluation
de l’analyse protéomique comme dépistage des cancers pelviens
tubaires et ovariens, les examens traditionnels qui ont été
associés à l’étude protéomique n’ont pas permis d’aider au
diagnostic précoce de ces tumeurs. Le clinicien est partagé entre
l’abstention totale d’un quelconque moyen de dépistage dont les
limites sont évidentes et l’organisation de tests réguliers qui
risquent de rassurer à tort ces femmes qui se savent à risque. La
chirurgie préventive est la seule solution dont l’efficacité est
avérée, mais elle n’est pas toujours facile à accepter et de façon
compréhensible chez les femmes jeunes, surtout si elles ont eu
antérieurement un cancer du sein. Finalement, le seul élément
plutôt rassurant est que la plupart de ces tumeurs pelviennes
surviennent après la ménopause.
Conflits d’intérêts: aucun.
Remerciements
Merci à Valérie Delage (secrétariat d’oncogénétique) et Yvette
Vendel (Unité intégrée de recherche clinique) pour leur aide
précieuse dans la planification de l’étude et le recueil des
données. Le projet a reçu un soutien financier dans le cadre des
PHRC 2003.
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