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RB, gardien de la progression tumorale prostatique


Bulletin du Cancer. Volume 98, Numéro 2, 91-2, Février 2011, Brèves

DOI : 10.1684/bdc.2011.1298


Auteur(s) : Jean Bénard, Christophe Massard, .

ARTICLE

bdc.2011.1298

Auteur(s) : Jean Bénard, Christophe Massard

Le rôle suppresseur de tumeur de la protéine Rb est avéré : en réprimant l’activité du facteur E2F1, Rb s’oppose à la transcription des gènes nécessaires à l’entrée en phase S. De nombreuses tumeurs solides présentent fréquemment des mutations sur les protéines constitutives de la voie Rb et situées en amont, mais pour autant et jusqu’alors, le gène Rb lui-même n’avait pu être impliqué directement dans la progression tumorale.

Une étude récente de l’équipe de Karen Knudsen de Philadelphie parue dans le Journal of Clinical Investigation établit le rôle majeur joué par Rb dans la progression de l’adénocarcinome prostatique. Les auteurs démontrent en effet le lien fonctionnel existant entre le gène Rb et la signalisation androgénique [1].

L’expression du gène Rb mesurée sur une cohorte de tissus tumoraux prostatiques représentatifs de la progression tumorale (du carcinome in situ aux cancers métastatiques résistants à la castration [CPRC]), a permis à Sharma et al. d’observer une perte significative de l’expression de Rb dans les CPRC, ces formes incurables de la maladie, une perte d’expression corrélant également une très faible survie. L’analyse du transcriptome tumoral mit en évidence une signature génique des CPRC caractéristique d’une perte d’expression de la protéine Rb. Appliquant une déplétion de Rb sur un modèle de xénogreffe sensible à la thérapeutique hormonale [2], les auteurs observèrent alors une croissance tumorale accrue chez la souris, uniquement chez les animaux castrés ainsi qu’un taux de PSA très élevé chez ces animaux. De plus, cette déplétion de Rb (in vitro ou in vivo) entraînait un accroissement significatif du taux du récepteur nucléaire aux androgènes (RA) (ARNm et protéine). À un niveau moléculaire, des essais d’immunoprécipitations ont montré que la perte de la fonction de Rb induisait un recrutement accru de RA au niveau des promoteurs des gènes cibles entraînant un accroissement de leur expression, même en l’absence d’agonistes hormonaux de RA. Comme attendu, l’occupation du facteur transcriptionnel E2F1 sur le promoteur du gène RA s’est avérée d’autant plus importante en l’absence de la protéine Rb. Enfin, des expériences complémentaires ont confirmé la régulation du gène AR par E2F1 lors de la transition G1/S du cycle cellulaire. Cette étude montre que le gène RA est sous le contrôle d’E2F1, lequel est régulé de manière stricte par la protéine Rb.

Ainsi, Rb contrôle la progression tumorale prostatique et l’axe Rb/E2F1/RA apparaît-il central dans la carcinogenèse de cet organe ; s’il vient à être détruit, alors la cellule tumorale prostatique « bascule » vers ce phénotype CPRC résistant à tout traitement antihormonal.

Pour reprendre une métaphore de l’alpinisme, cette première réalisée sur la voie Rb pour les cancers prostatiques pourrait vraisemblablement être suivie par d’autres tentatives s’appliquant à cette même voie sur d’autres cancers. Et au-delà du mécanisme oncogénique, des approches thérapeutiques pourraient peut-être se profiler pour les CRPC, formes de la maladie résistantes aux hormonothérapies standards. Néanmoins, rappelons l’activité antitumorale prometteuse de nouvelles hormonothérapies comme le MDV3100 ou l’abiratérone [3].

Références

1 A Sharma, WS Yeow, A Ertel et al. The retinoblastoma tumor suppressor controls androgen signaling and human prostate cancer progression J Clin Invest 2010; 120: 4478-4492.

2 A Sharma, CE Comstock, ES Knudsen et al. Retinoblastoma tumor suppressor status is a critical determinant of therapeutic response in prostate cancer cells Cancer Res 2007; 67: 6192-6203.

3 L Albiges, Y Loriot, M Gross-Goupil et al. New drugs in metastatic castration-resistant prostate cancer Bull Cancer 2010; 97: 149-159.


 

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