ARTICLE
bdc.2010.1288
Auteur(s) : François Guillemin f.guillemin@nancy.fnclcc.fr,
Jean-François Betala Belinga, Frédéric Marchal, Philippe Rauch,
Jean-Luc Verhaeghe
Département de chirurgie, Centre Alexis-Vautrin, 6, avenue de
Bourgogne, 54511 Vandœuvre-lès-Nancy cedex, France
Tirés à part
Introduction
Les tumeurs du testicule représentent 1 % des cancers en
France [1]. C’est le cancer le plus fréquent de l’homme jeune et on
observe une augmentation de son incidence dans les pays développés
[2-4]. Les facteurs pronostiques sont mieux identifiés [5]. La
survie à cinq ans est supérieure à 90 % tous stades confondus
[6, 7].
Leur prise en charge fait l’objet de recommandations précises
[8-10]. Mis à part le curage lomboaortique indiqué à défaut d’une
stricte surveillance chez des patients au stade I [9], la
chirurgie est une ressource thérapeutique majeure vis-à-vis des
masses résiduelles après chimiothérapie [8, 11, 12]. Le
tissu retrouvé peut être de la tumeur vivace non chimiosensible
dans 10 % des cas [13] ou du tératome dans 45 % des cas
dont le potentiel évolutif local peut être à l’origine de
complications potentiellement fatales [14-16].
La définition du stade avancé correspond à une extension
extratesticulaire biologique (S1-3) et/ou anatomique
(N1-3 et/ou M1). La classification par stade de l’AJCC
recouvre essentiellement les stades III. On s’intéressera tout
autant à la classification de l’International Germ Cell Cancer
Consensus Group (IGCCCG) qui définit des groupes pronostiques en
fonction de l’existence de métastases, en séparant les métastases
pulmonaires des métastases viscérales, et selon le taux des
marqueurs (AFP, HCG, LDH).
Certaines de ces tumeurs peuvent nécessiter une chimiothérapie
en urgence, avant castration et dès l’obtention du dosage des
marqueurs du fait d’un risque vital immédiat hépatique, rénal ou
respiratoire lié au volume des métastases.
La chirurgie des tumeurs germinales du testicule à un stade
avancé peut être lourde et complexe, s’inscrivant dans une démarche
multidisciplinaire concertée [17].
Indications opératoires
Si les marqueurs sont négativés après chimiothérapie,
l’impossibilité de déterminer avec certitude la nature des tissus
résiduels justifie leur exérèse chirurgicale ; les données de
la littérature confortent cette attitude [18, 19]. Pour les
tumeurs réfractaires, une seconde ligne de chimiothérapie (essai
thérapeutique) est indiquée ; la chirurgie ne sera indiquée
qu’en sauvetage.
En principe, la chirurgie des lésions résiduelles de petite
taille inférieures à 4 cm pose peu de problèmes techniques ;
le curage par cœliochirurgie ou mieux par télé-cœliochirurgie (cinq
cas dans notre expérience) est une bonne indication et la
préservation des rameaux nerveux sympathiques issus du plexus
L1-L4 est possible. Même pour les lésions centimétriques, le
curage améliore la survie [20]. En revanche, la chirurgie des
grosses et très grosses lésions est difficile tant pour les temps
de dissection que par la nécessité de gestes élargis.
Séminome
Dans les séminomes purs (pT1 à pT4, N3, M1a ou b), après
chimiothérapie (trois BEP ou quatre EP), si la réévaluation à
quatre semaines montre des masses résiduelles de plus de 3 cm et si
le TEP est positif, on retient l’indication du curage [21].
Techniquement, du fait de la fibrose majeure engainant les
vaisseaux et malgré l’application du chirurgien, le risque est de
n’obtenir qu’une résection R1 [22, 23]. La chirurgie des
récidives est encore plus compliquée. L’option à considérer est une
exérèse vasculaire monobloc ; l’aorte sous-rénale est réparée
par un pontage, la veine cave inférieure sous-rénale peut être
réséquée si l’interruption du flux sanguin est ancienne et bien
tolérée. Le contrôle des vaisseaux lombaires est une des
difficultés techniques.
Tumeurs germinales non séminomateuses (TGNS)
Pour les TGNS (N1 à N3, ou M1) quand il y a des masses
résiduelles on distingue deux situations différentes selon la
normalisation des marqueurs.
Les tumeurs réfractaires représentent un groupe de mauvais
pronostic du fait de la résistance à la chimiothérapie ; elles
se caractérisent par la cinétique de décroissance trop lente des
marqueurs au décours de la première cure de chimiothérapie, par la
persistance d’un chiffre anormalement élevé en fin de
chimiothérapie ou par leur réascension rapide à l’issue du
protocole de chimiothérapie. Ces tumeurs à marqueurs non normalisés
justifient une nouvelle ligne de chimiothérapie.
Des marqueurs normalisés signifient du tératome et/ou de la
nécrose, avec cependant un risque de tissu malin actif résiduel en
faible proportion. Le curage permettra d’identifier la nature des
tissus. La présence de tumeur active nécessitera un complément de
chimiothérapie. Le modèle proposé pour prédire la nécrose ne peut
prédire la présence de résidus vivaces de cellules cancéreuses ni
de tératome [24] et la TEP n’est pas informative pour modifier la
prise en charge des masses résiduelles.
Matériel et méthode
Ce travail décrit une expérience monocentrique consécutive de
prise en charge des masses résiduelles lomboaortiques
post-chimiothérapie pour tumeurs germinales testiculaires, sur la
base du registre hospitalier informatisé de l’établissement durant
la décennie 2000-2009. Nous avons décrit les modalités de prise en
charge, les circonstances diagnostiques des masses résiduelles, les
indications opératoires et l’évolution après curage.
Ont été inclus les patients âgés de plus de 17 ans,
porteurs d’une tumeur primitive testiculaire de type germinal,
ayant bénéficié d’une chimiothérapie première, puis d’un curage
lomboaortique pour masses résiduelles post-chimiothérapie.
Les curages lomboaortiques réalisés sans chimiothérapie
préalable, les curages lomboaortiques d’emblée réalisés sans
certitude du primitif ont été exclus.
Les données étudiées étaient de trois ordres :
- –les données sociodémographiques et cliniques : l’âge lors
la chirurgie de la masse résiduelle, l’existence de comorbidités
associées ;
- –les données de prise en charge initiale et complémentaire des
tumeurs testiculaires :
- •l’existence et la date d’une chirurgie de castration
première,
- •le stade de la tumeur au diagnostic initial (stade AJCC et
UGCCCG),
- •la nature séminomateuse ou non de la tumeur germinale
première,
- •le nombre de lignes de chimiothérapie préalables à la
chirurgie de la masse résiduelle,
- •le type de chimiothérapie,
- •les caractéristiques de la chirurgie d’exérèse de la masse
résiduelle (localisation des ganglions en sus- ou sous-rénal,
métastasectomies extrapéritonéales concomitantes),
- •le type de curage (complet ou adénectomie),
- •les données histologiques de la masse résiduelle,
- •l’utilisation de la téléchirurgie,
- •le délai entre la fin de la chimiothérapie et la chirurgie
d’exérèse de la masse résiduelle ;
- –les données de suivi comportant toutes les dates clés du
parcours clinique du patient :
- •dates et nombre des différentes interventions chirurgicales,
date des dernières nouvelles du patient (dernière consultation dans
l’établissement, dernière communication d’un élément de prise en
charge pour les patients vivants, date du décès). Toute récidive
(récidive biologique, récidive locale, récidive à distance
métastatique) et sa date de découverte est enregistrée.
Analyse statistique
Il s’agit d’une étude descriptive. Les données quantitatives ont
été présentées sous forme de moyenne et écart type, les durées de
suivi ont été présentées en médiane de suivi et espace
interquartiles, les données qualitatives ont été décrites en
pourcentage des différentes modalités.
La date de récidive a été calculée à partir du curage
lomboaortique, l’événement d’intérêt était toute récidive, qu’elle
soit biologique, locale, régionale ganglionnaire ou métastatique à
distance. La date de point était fixée au
31 décembre 2009. La survie globale est une description
selon la méthode de Kaplan et Meier.
Résultats
La population est relativement hétérogène du fait des histoires
cliniques. Les délais entre l’orchidectomie et le curage
lomboaortique en témoignent (tableau
1) : la médiane de cinq mois amalgame trois
situations différentes :
- –les cas classiques où le délai est celui de la réalisation de
la chimiothérapie ;
- –les cas où la castration est simultanée au curage ;
- –les cas où le curage est indiqué tardivement.
Tableau 1 Âge des patients au diagnostic et âge au moment du
curage.
aMédiane (premier et troisième quartiles).
| Paramètre étudién = 36 |
Moyenne (écart type) |
Minimum |
Maximum |
| Âge au diagnostic (en années) |
32,5 (9,6) |
16,65 |
50,59 |
| Âge au curage lomboaortique (en années) |
32,9 (9,6) |
17,1 |
51,1 |
| Délai de suivi après curage (en années) |
3,7 (2,8) |
0,04 |
9,4 |
| Délai entre chimiothérapie et curage (en
jours) |
56,0 (28,0-74,0)a |
17,0 |
261,00 |
| Délai entre orchidectomie et curage (en
jours)b |
149 (70,0-239,5)a |
20,0 |
9 244,0 |
bNeuf patients ont eu le curage post-chimiothérapie comme
chirurgie première associée à l’orchidectomie.
Le critère de sélection des cas étant le curage lomboaortique à
un moment donné de l’évolution de la maladie, il n’est pas étonnant
d’observer une proportion de n ≥ 1 de 55,5 % (NX
exclus) nécessitant un geste sans délai, l’autre groupe correspond
à une évolution tardive. Dans plus du tiers des cas, il s’agissait
d’une maladie métastatique d’emblée et si l’on rapporte au
pronostic IGCCCG, c’est plus de la moitié des TGNS qui sont de
pronostic intermédiaire (29 %) ou de mauvais pronostic
(25,8 %) (tableau 2).
Dans plus du quart des cas (n = 10), il s’agissait de
tumeurs réfractaires nécessitant une deuxième, voire une troisième
ligne de chimiothérapie (tableau
3). Le type de curage réalisé correspond à
44,5 % de curage bilatéral, 25 % de curage unilatéral et
30,5 % d’adénectomie isolée (tableau
3). Par ailleurs, dans 41,6 % des cas, le
curage dépassait le niveau des vaisseaux rénaux.
Tableau 2 pTNM initial et pronostic International Germ Cell
Cancer Consensus Group (IGCCCG).
| Paramètres étudiés |
Effectif |
% |
| pT |
| pT0 |
2 |
5,6 |
| pT1 |
11 |
30,6 |
| pT2 |
6 |
16,7 |
| pT3 |
8 |
22,2 |
| pTx |
9 |
25,0 |
| N |
| 0 |
9 |
25,0 |
| 1 |
8 |
22,2 |
| 2 |
8 |
22,2 |
| 3 |
4 |
11,1 |
| X |
7 |
19,4 |
| M |
| Pas de métastases initiales |
23 |
63,8 |
| Multiples |
9 |
25,0 |
| Pulmonaires seules |
4 |
11,1 |
| Pronostic IGCCCG |
| Séminome |
5 |
|
| Bon |
5 |
100,0 |
| TGNS |
31 |
|
| Bon |
14 |
45,2 |
| Intermédiaire |
9 |
29,0 |
| Mauvais |
8 |
25,8 |
IGCCCG : International Germ Cell Cancer Consensus
Group ; TGNS : tumeur germinale non séminomateuse.
Tableau 3 Fréquence des caractéristiques de prise en charge.
| Paramètre étudié |
n = 36 |
% |
| Lignes de chimiothérapie avant le
curage |
| Première ligne |
26 |
72,2 |
| Deuxième ligne |
8 |
22,2 |
| Troisième ligne |
2 |
5,5 |
| Indications du curage |
| Persistance de lésions après chimiothérapie |
34 |
94,4 |
| Réévolution de lésions ganglionnaires |
2 |
5,5 |
| Type de curage |
| Lomboaortique bilatéral |
16 |
44,4 |
| Lomboaortique unilatéral |
9 |
25,0 |
| Adénectomie sélective (tératome) |
11 |
30,5 |
| Localisation de curage |
| Sous-rénal |
21 |
58,4 |
| Sus- et sous-rénal |
15 |
41,6 |
| Histologie de la tumeur
primitive |
| TGNS |
31 |
86,1 |
| Séminome |
5 |
13,9 |
| Descriptif anatomopathologique du
curage |
| TGNS |
31 |
|
| Nécrose et/ou fibrose |
15 |
41,6 |
| Tératome |
13 |
36,0 |
| Carcinome embryonnaire |
2 |
5,5 |
| Yolk sac tumour |
1 |
2,7 |
| Séminome |
5 |
|
| Nécrose + fibrose |
4 |
11,1 |
| Séminome résiduel |
1 |
2,7 |
| Utilisation de la
télé-cœliochirurgie |
| Oui |
5 |
13,1 |
| Non |
31 |
86,9 |
| Récidive |
| Non |
28 |
77,8 |
| Oui |
8 |
22,2 |
| Séquence thérapeutique |
| Prise en charge initiale |
10 |
27,8 |
| Adressé pour complément de prise en charge |
22 |
62,1 |
| Adressé pour récidive |
4 |
11,1 |
TGNS : tumeurs germinales non séminomateuses.
Les résultats anatomopathologiques décrivent des lésions
nécrotiques dans 53 % des cas, du tératome mature ou immature
dans 35 % des cas et de la tumeur vivace dans 11 % des
cas (trois TGNS et un séminome) (tableau
3). Le descriptif des gestes chirurgicaux montre la
complexité de la prise en charge chirurgicale y compris parfois
lors de la première intervention réalisée dans l’établissement
puisqu’un patient sur cinq a eu d’emblée un geste inhabituel
(orchidectomie et curage, curage et métastasectomie ou
métastasectomie) (tableau
4). Le relevé des ganglions étudiés à partir des
comptes rendus anatomopathologiques montre l’élargissement du
curage au-delà de la description anatomique classique. L’importance
de l’atteinte ganglionnaire au niveau du pédicule rénal a imposé
une néphrectomie de nécessité dans 14 % des cas (n = 5)
(tableau 5). Dans cette
série, un seul cas a justifié un remplacement prothétique aortique
pour une récidive de séminome.
Tableau 4 Descriptif et nombre des interventions chirurgicales
réalisées dans l’établissement pour lésions résiduelles.
| Paramètre étudié |
n = 36 |
% |
| Descriptif de la
1re chirurgie |
| Orchidectomie |
25 |
69,4 |
| Curage lomboaortique isolé |
4 |
11,1 |
| Orchidectomie et curage lomboaortique |
3 |
8,3 |
| Métastasectomie autre |
1 |
2,8 |
| Curage lomboaortique et autre
métastasectomie |
3 |
8,3 |
| Descriptif de la
2e chirurgie |
| Curage lomboaortique isolé |
23 |
11,1 |
| Métastasectomie autre |
1 |
2,8 |
| Curage lomboaortique et autre
métastasectomie |
4 |
8,3 |
| Descriptif de la
3e chirurgie |
| Curage lomboaortique isolé |
3 |
|
| Curage lomboaortique et autre
métastasectomie |
3 |
|
| Descriptif de la
4e chirurgie |
| Métastasectomie autre |
1 |
|
| Descriptif de la
5e chirurgie |
| Métastasectomie autre |
1 |
|
Tableau 5 Type de ganglions individualisés lors du CLA-PC*.
| Paramètres étudiés |
n |
% |
| Ganglions inter-aortique-caves |
20 |
55,6 |
| Ganglions latéraux-aortiques |
18 |
50,0 |
| Ganglions sous-rénaux |
8 |
22,2 |
| Ganglions tissus sus-rénal |
7 |
19,4 |
| Ganglions précaves |
6 |
16,7 |
| Ganglions précaves |
3 |
11,1 |
| Ganglions préaortiques |
5 |
13,9 |
| Ganglions iliaques droits |
4 |
11,1 |
| Ganglions du méso du sigmoïde |
3 |
8,3 |
| Ganglions rétrocruraux droits |
3 |
8,3 |
| Ganglions rétrocruraux gauches |
2 |
5,6 |
| Ganglions du pédicule hépatique |
1 |
2,8 |
| Néphrectomie de nécessité |
5 |
13,9 |
* : curage lomboaortique post-chimiothérapie.
Après curage, la récidive locale est liée à un geste initial
incomplet, celui-ci ayant été particulièrement difficile. La
maladie étant métastatique d’emblée dans 36 % des cas
(n = 13), il n’est pas étonnant d’observer un nouvel
événement évolutif ou un geste chirurgical complémentaire hors de
l’espace rétropéritonéal dans 16,7 % des cas (tableau 6).
Tableau 6 Données de suivi à long terme des patients ayant
bénéficié d’un CLA-PC.
| Paramètres étudiés |
n = 36 |
% |
| Curage positifa |
17 |
47,2 |
| Récidive locale |
2 |
5,6 |
| Récidive hors site du curage |
6 |
16,7 |
| Tumeur réfractaire |
10 |
27,7 |
aPrésence d’un contingent histologique de tumeur bénigne
(tératome) ou maligne (choriocarcinome, rhabdomyosarcome, tératome
malin, etc.).
Au-delà de la première année, malgré la fréquence des événements
évolutifs, la survie globale reste stable à 93,6 % (figure
1). Le risque cumulé d’observer un événement
évolutif est de l’ordre de 20 % à cinq ans ; l’effectif
de la population étudiée devient trop faible (censures) au-delà de
cette échéance pour avancer un chiffre ayant une signification
utile même si des événements ont été observés ultérieurement
(figure
2). On déplore deux décès dans la série, l’un est dÛ
à une métastase cérébrale, l’autre à un accident vasculaire
cérébral sans métastase.
Commentaires
La chirurgie des masses résiduelles ganglionnaires
rétropéritonéales après une chimiothérapie efficace (normalité des
marqueurs) est diagnostique, mais acquiert une valeur thérapeutique
s’il persiste de la tumeur vivace ou s’il s’agit de tératome.
Pour des lésions de taille limitée et latéralisées, le curage
rétropéritonéal radical modifié correspond à un curage homolatéral
au testicule pathologique, respectant les fibres nerveuses
sympathiques afin de limiter les séquelles sexuelles. La
surveillance controlatérale sera assurée par scanner trimestriel au
cours de la première année. Un très gros volume de la masse
ganglionnaire et l’englobement des vaisseaux vont poser de
difficiles problèmes techniques. Cette situation nécessite au
minimum une libération de l’aorte et/ou des artères rénales, une
phlébolyse, voire une résection de la veine cave inférieure
sous-rénale. Elle peut aboutir au sacrifice d’un rein, à un
remplacement aortique, à une résection colique segmentaire (un cas
dans la série étudiée)… Le risque de récidive de tératome dépend du
volume de la masse résiduelle [25, 26]. Il existe une
concordance entre l’histologie des tissus rétropéritonéaux et les
lésions sus-diaphragmatiques [27, 28]. Cette donnée va
argumenter les indications d’exérèse des métastases pulmonaires,
mais pas celles des métastases hépatiques.
Pour les très grosses masses et pour les récidives dans le
territoire rétropéritonéal déjà opéré certaines limites anatomiques
ne sont plus guère repérables et les plans de dissection très
théoriques… Le chirurgien doit savoir arrêter une chirurgie qui
devient déraisonnable et induit des risques excessifs.
Si le curage suit une seconde ligne de chimiothérapie, le taux
de présence de tumeur maligne vivace résiduelle est notoirement
plus élevé, de l’ordre de 50 % [29].
Une masse médiastinale antérosupérieure et/ou en arrière est une
évolution ganglionnaire (M1). Il existe alors souvent des
adénopathies résiduelles rétrocrurales, rétropéritonéales
sus-rénales dont l’accès et la dissection nécessitent une tactique
chirurgicale réfléchie, parfois en plusieurs temps. L’atteinte
ganglionnaire médiastinale supérieure ou sus-claviculaire gauche
peut imposer une voie d’abord combinée cervicotomie et sternotomie
partielle pour contrôler les axes vasculaires majeurs.
La chirurgie des métastases se trouvera indiquée avec la même
chronologie et le même objectif que le curage ganglionnaire
rétropéritonéal [30]. La prédiction de la nature des métastases à
partir des données de l’analyse des ganglions rétropéritonéaux
n’est pas fiable [31]. Le geste peut aller d’une métastasectomie
isolée, à l’exérèse de plusieurs foyers, voire à une résection
viscérale réglée.
De multiples foyers résiduels dans un poumon vont nécessiter des
résections multiples atypiques en évitant au maximum le sacrifice
du parenchyme pulmonaire sain. L’utilisation de la bléomycine peut
entraîner une fibrose pulmonaire délétère dans les suites
opératoires. Un abord par sternotomie ne donne pas un accès optimal
aux lésions très postérieures. On privilégie un abord par
thoracotomie bilatérale dont on sépare les deux temps de quelques
semaines. Il est préférable de gérer complètement un côté, sans
laisser de résidu macroscopique. S’il s’agit de tératome, on
n’opérera l’autre côté que si les lésions s’accroissent. S’il
s’agit de nécrose, on engagera une surveillance.
Pour les métastases hépatiques, la chirurgie est économe et
réfléchie, ce d’autant que ces patients sont multimétastatiques et
doivent subir plusieurs interventions. Les indications sont
discutées au cas par cas selon la distribution anatomique des
lésions. Les petites lésions suspectes de tératome peuvent n’être
réséquées que si elles augmentent de volume au cours de la
surveillance.
Les métastases cérébrales sont d’un très mauvais pronostic (un
décès dans notre série). La chirurgie a une place après la
chimiothérapie. Elle doit être pratiquée en urgence pour une
hypertension intracrânienne non contrôlée médicalement avec menace
d’engagement.
Les récidives post-curages rétropéritonéales sont d’autant plus
fréquentes que le stade est élevé. Les sites sont le thorax
(30 %), l’abdomen (15 %), les ganglions sus-claviculaires
(8 %), le cerveau (5 %) [32]. La récidive peut être en
relation avec un résidu tumoral malin actif marqué par une
élévation des marqueurs et nécessitant une reprise de la
chimiothérapie éventuellement dans le cadre d’un essai
thérapeutique (figures 3, 4 et
5). Cette situation concerne 20 à 30 % des
patients [33, 34]. La chirurgie est indiquée dans un second
temps. Si les marqueurs restent bas, il s’agit d’un tératome
croissant qui justifie une exérèse d’emblée. Quoiqu’il en soit, la
chirurgie reste indiquée pour réaliser l’exérèse des masses
tumorales où qu’elles se situent. Au niveau lomboaortique,
l’intervention est réalisée dans un tissu cicatriciel, conséquence
d’un curage incomplet malgré une technique correcte. Le geste est
difficilement réglé compte tenu de la fibrose et des risques de
plaies vasculaires [35]. Un remplacement aortique peut être
envisagé de principe surtout quand le primitif est un séminome. Une
localisation basse sur l’iliaque primitive ou sur l’iliaque externe
justifie un curage réglé, un remplacement vasculaire est une
éventualité à prévoir.
Les complications sont celles de toute chirurgie lourde et
longue. L’altération de la fertilité, les complications
respiratoires et l’ascite chyleuse sont à souligner. L’altération
de la fertilité associant éjaculation rétrograde et oligospermie
aggravée par la chimiothérapie est une préoccupation chez ces
adultes jeunes et impose un prélèvement de sperme avant le
traitement. Les complications respiratoires peuvent être
particulièrement graves en lien avec la fibrose induite par la
bléomycine. La survenue d’une ascite chyleuse dont le diagnostic
est habituellement retardé nécessite un drainage percutané et une
alimentation parentérale. Quand le liquide devient clair et que son
débit diminue, la reprise de l’alimentation orale est progressive
en privilégiant un régime avec des triglycérides à chaîne moyenne
[36].
Conflits d’intérêts
aucun.
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