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Tumeurs PNET/Ewing : prise en charge actuelle et perspectives


Bulletin du Cancer. Volume 97, Numéro 6, 707-13, juin 2010, Synthèse

DOI : 10.1684/bdc.2010.1120

Résumé   Summary  

Auteur(s) : P Marec-Bérard, F Chotel, L Claude , IHOP, Département d’oncologie pédiatrique, 1, place Joseph-Renaut, 69008 Lyon, France, Hôpital Femme-Mère-Enfant, Département de chirurgie pédiatrique, 59, boulevard Pinel, 69677 Bron, France, Centre Léon-Bérard, Département de radiothérapie, 28, rue Laennec, 69008 Lyon, France.

Résumé : Les tumeurs de type PNET/Ewing sont des tumeurs malignes à petites cellules rondes touchant le plus souvent les os et représentant la deuxième cause de tumeurs osseuses malignes du grand enfant et de l’adulte jeune. Durant les 30 dernières années, l’avènement des polychimiothérapies a permis d’augmenter les chiffres de survie globale de 5 à 65-70 % dans les formes localisées et à 25-30 % dans les formes métastatiques. En termes de contrôle local, la chirurgie reste essentielle et est optimisée par les récents progrès techniques et l’évolution de l’imagerie médicale. La radiothérapie est nécessaire dans certaines situations, mais doit être optimisée afin d’en limiter les effets secondaires tardifs. Les choix thérapeutiques doivent être guidés par des facteurs pronostiques cliniques et biologiques qui sont de mieux en mieux identifiés. Les formes métastatiques restent actuellement de très mauvais pronostic et imposent l’évaluation de thérapeutiques innovantes. Par une revue de la littérature disponible en 2009, cet article fait le point sur les connaissances cliniques et biologiques actuelles, rappelle les grands principes de prise en charge de cette pathologie et aborde les perspectives thérapeutiques.

Mots-clés : sarcome d’Ewing, PNET, thérapeutique, adolescent, adulte jeune

ARTICLE

Auteur(s) : P Marec-Bérard1, F Chotel2, L Claude3

1IHOP, Département d’oncologie pédiatrique, 1, place Joseph-Renaut, 69008 Lyon, France
2Hôpital Femme-Mère-Enfant, Département de chirurgie pédiatrique, 59, boulevard Pinel, 69677 Bron, France
3Centre Léon-Bérard, Département de radiothérapie, 28, rue Laennec, 69008 Lyon, France

Article reçu le 21 Juillet 2009, accepté le 12 F�vrier 2010

Biologie des tumeurs d’Ewing

Les tumeurs d’Ewing sont des tumeurs malignes caractérisées par de petites cellules rondes et bleues susceptibles de montrer différents degrés de différenciation neuronale. Initialement identifiée par James Ewing comme dérivant de cellules endothéliales, les données de la cytogénétique ont montré que, en réalité, cette tumeur n’était qu’une forme indifférenciée de la famille des tumeurs neuroectodermiques, et on parle actuellement de l’entité « tumeurs de la famille PNET (primitive neuroectodermal tumour) ».

Ces tumeurs partagent les mêmes translocations chromosomiques fusionnant de façon constante le gène EWS, porté par le chromosome 22, avec d’autres gènes, comme le gène FLI-1 porté par le chromosome11 dans plus de 85 % des cas [1, 2]. Des translocations plus rares ont été décrites comme les translocations t(7;22), t(17;2), t(2;22). Toutes ces translocations aboutissent à l’expression, au niveau des cellules tumorales, de protéines de fusion qui exercent leur action oncogénique par une activation transcriptionnelle anormale de gènes cibles. Ils sont devenus de véritables marqueurs génétiques de ces tumeurs, utiles dans le diagnostic, surtout lorsque l’histologie est atypique [3]. Les techniques d’inactivation de la protéine de fusion par ARN interférence ont permis de montrer que la protéine de fusion EWS–Fli inhibait la différenciation de cellules stromales osseuses de souris, ce qui plaide donc actuellement pour une origine mésenchymateuse de ces tumeurs [4].

Épidémiologie et facteurs pronostiques

L’incidence annuelle des tumeurs d’Ewing dans la population est estimée à 0,6-1/million [5]. Environ 100 nouveaux cas sont diagnostiqués en France chaque année.

Les tumeurs de type PNET/Ewing représentent la deuxième cause de tumeurs osseuses malignes chez l’adolescent et l’adulte jeune. Dans 20 % des cas, ces tumeurs surviennent dans les tissus mous. Les données de la littérature disponibles suggèrent que les caractéristiques et les facteurs pronostiques de ces patients sont superposables et qu’ils doivent bénéficier du même type de prise en charge que pour les Ewing intraosseux [6, 7].

On estime que 25 % de ces patients sont métastatiques au diagnostic, et les sites métastatiques les plus fréquents sont pulmonaires, suivis ensuite par des localisations médullaires ou osseuses.

Avant l’ère de la chimiothérapie, le pronostic des patients atteints de tumeurs d’Ewing était effroyable avec, dans plus de 90 % des cas, des décès liés à une évolution métastatique [8]. Les polychimiothérapies introduites dans les années 1960 ont permis d’améliorer ce pronostic avec des chiffres de guérison à cinq ans actuellement estimés à 65-70 % dans les formes localisées [9, 10] et 25-30 % dans les formes métastatiques. Ces chiffres chutent à moins de 10 % quand les métastases sont osseuses ou ostéomédullaires [11, 12].

L’individualisation de facteurs pronostiques, comme la présence de métastase, la qualité de l’exérèse chirurgicale, la réponse histologique à la chimiothérapie, le volume tumoral, le site tumoral initial, a permis une optimisation de la prise en charge. La détection de micrométastases circulantes par RT-PCR a aussi été récemment décrite comme un facteur pronostique à prendre en compte [13, 14].

Le type de transcrit de fusion a été rapporté comme ayant une valeur pronostique par certains auteurs [15, 16], mais les résultats des analyses récemment réalisées dans le cadre de l’essai Euro-Ewing 99 contredisent ces données.

Les tumeurs d’Ewing localisées rechutent dans 30 à 40 % des cas, principalement sous forme métastatique ou combinée. Les chances de guérison sont alors limitées avec des chiffres de survie à cinq ans qui peuvent aller jusqu’à 30 % pour les rechutes locales ou strictement pulmonaires, mais qui sont beaucoup plus péjoratifs dans les rechutes osseuses ou multiples.

Principes du traitement

L’enjeu thérapeutique de cette maladie est d'assurer à la fois le contrôle de la maladie systémique et le contrôle local.

Les patients (enfants et adultes) atteints de tumeurs d’Ewing doivent être pris en charge par des équipes multidisciplinaires (radiologues, anatomopathologistes, chirurgiens, chimiothérapeutes, radiothérapeutes) depuis la décision de biopsie jusqu’à la fin du traitement afin de bénéficier d’une stratégie thérapeutique optimale.

Traitement local

Chirurgie

La qualité de la résection chirurgicale des tumeurs d’Ewing est un facteur pronostique essentiel. La chirurgie doit réséquer en bloc la tumeur et le trajet de biopsie potentiellement contaminé. Cette chirurgie doit respecter les règles applicables à toute chirurgie des sarcomes interdisant toute effraction de la tumeur et imposant une résection avec une marge de sécurité par un chirurgien expérimenté dans ce type de pathologies. Ces objectifs impliquent une collaboration entre radiologues, chirurgiens et anatomopathologistes.

L’amélioration des techniques d’imagerie (IRM, angio-IRM) permet actuellement de réaliser des gestes moins mutilants (préservation des épiphyses et des zones de croissance avec reconstruction par auto- et allogreffe osseuses).

Les progrès récents en termes de traitements conservateurs ont permis une nette amélioration du pronostic fonctionnel de ces patients. Si l’amputation a longtemps été une règle dans les sarcomes des membres, elle est actuellement le plus souvent évitée grâce à l’amélioration des procédés de reconstruction, en particulier chez l’enfant en croissance. Les techniques faisant appel aux substituts et aux substances ostéo-inductrices ne sont pas encore utilisées couramment en chirurgie tumorale mais sont en cours d’évaluation. Leur innocuité n’est pas encore prouvée.

Toutefois, et malgré l’optimisme actuel, le suivi à long terme de ces traitements conservateurs et parfois décevants et la fréquence de leurs complications (infections, descellement, fracture) amènent à relativiser ces progrès thérapeutiques. La question de la qualité de vie a été posée par plusieurs études, et il n’apparaît pas certain qu’elle soit toujours meilleure chez les patients ayant bénéficié d’un traitement conservateur [17].

Dans les localisations particulières comme le pelvis, les côtes ou les vertèbres, le geste chirurgical reste un « challenge ». Il est clairement établi qu’il n’y a pas de bénéfice à une résection intralésionnelle ou débulking et la radiosensibilité de cette tumeur doit être prise en compte pour faire les choix thérapeutiques adaptés [18]. Ces décisions difficiles doivent être prises dans le cadre de concertations multidisciplinaires.

Radiothérapie

Les tumeurs d’Ewing sont radiosensibles. La place de l’irradiation est actuellement bien codifiée, et si la chirurgie reste le traitement de choix, elle est parfois impossible ou jugée trop mutilante pour être acceptable [19]. Dans ces situations, la radiothérapie est nécessaire pour assurer le contrôle local de la maladie. Toutefois, les effets secondaires à long terme de l’irradiation et en particulier le risque de tumeurs secondaires font que ces indications doivent être portées à bon escient, par une équipe multidisciplinaire, et ce d’autant qu’il s’agit de patients jeunes.

La radiothérapie locale dans les tumeurs d’Ewing peut être : exclusive, postopératoire ou préopératoire. Si la chirurgie n’est pas envisageable ou responsable d’une perte de fonction non acceptable, l’irradiation sera exclusive. Aucune étude randomisée n’est disponible, mais certaines études montrent que le contrôle local obtenu par irradiation exclusive est significativement inférieur à celui obtenu par chirurgie avec ou sans irradiation complémentaire [20-22]. Ainsi, dans les études allemandes du German Cooperative Group Study CESS-81/86/92, le taux de rechutes locales avec la radiothérapie exclusive, toutes tumeurs confondues, était de 26,3 versus 7,5 % après chirurgie ± radiothérapie [22]. Cependant, les patients traités par irradiation exclusive constituent un sous-groupe de mauvais pronostic du fait des localisations et de leur inopérabilité. C’est la raison pour laquelle dans des localisations comme le pelvis ou la moelle, la supériorité de la chirurgie est incertaine.

Ainsi, lorsqu’il s’agit de tumeur de sites défavorables comme le pelvis, il se pourrait qu’une irradiation exclusive apporte les mêmes chances de contrôle local qu’une chirurgie incomplète suivie d’une irradiation [21]. En termes de dose, en situation exclusive, il est habituellement recommandé de délivrer 45 Gy sur le volume initial tumoral, puis un boost de 10 à 15 Gy sur la tumeur postchimiothérapie [23]. Ces doses sont bien entendu à adapter aux possibilités dosimétriques, et à la proximité des organes à risque. Une attention particulière doit être portée aux doses d’irradiation reçues par les organes à risque en cas de chimiothérapie préalable incluant du busulfan à haute dose, en raison de toxicités graves recensées dans le cadre de l’étude Euro-Ewing actuellement en cours [24]. L’irradiation doit être évitée autant que possible dans cette situation. Si elle est inévitable, la dose maximale reçue par la moelle épinière ne doit pas dépasser 30 Gy, et la dose reçue par le tube digestif doit être minimale.

Le bénéfice de l’irradiation postopératoire en cas de résection marginale a été montré dans des études non randomisées [22]. En cas de mauvaise réponse histologique à la chimiothérapie, facteur pronostique majeur de rechute locale et de survie, l’irradiation aurait également un impact en termes de gain en contrôle local, sans que l’impact sur la survie ne soit démontré [22]. L’irradiation postopératoire est habituellement délivrée quatre à six semaines après la chirurgie, la dose variant de 44 à 54 Gy sur le lit opératoire, en fonction de la qualité de la chirurgie, de la réponse histologique et des possibilités dosimétriques. Là encore, il est impératif de prendre en compte une chimiothérapie antérieure éventuelle incluant du busulfan à haute dose pour le calcul des doses délivrées aux organes à risque (moelle épinière, tube digestif, etc.).

Enfin, certaines équipes réalisent des irradiations préopératoires avec l’objectif de faciliter la résection ou de permettre des reconstructions biologiques sans prendre de risque lié aux effets secondaires de la radiothérapie [22]. Toutefois, les complications de cicatrisation sont, dans certaines séries, plus importantes après irradiation, compromettant parfois les résultats fonctionnels. Par ailleurs, l’irradiation préopératoire biaise l’évaluation de la réponse à la chimiothérapie, facteur pronostique majeur, rendant difficile le choix des thérapeutiques adjuvantes.

L’irradiation bipulmonaire prophylactique (IPP) chez les patients porteurs de tumeurs métastatiques pulmonaires au diagnostic est discutée. Aucune étude randomisée ne confirme l’hypothèse d’une amélioration de la survie de ces patients grâce à l’IPP, mais plusieurs études rétrospectives menées par de larges groupes coopératifs le suggèrent [25]. Le bénéfice de l’IPP (18 Gy sur les deux champs pulmonaires, à adapter pour les patients jeunes) en termes de prévention des récidives pulmonaires est en cours d’évaluation dans l’étude Euro-Ewing 99 chez les patients porteurs de métastases pulmonaires initiales.

La place de l’irradiation des sites métastatiques autres que pulmonaires fait l’objet de discussion.

En ce qui concerne les techniques d’irradiation, l’irradiation conformationnelle est actuellement le standard. L’intérêt de la radiothérapie hyper fractionnée n’a pour l’instant pas été démontré dans cette indication. L’utilisation de la modulation d’intensité doit être évaluée, afin de réduire si possible la toxicité aux organes à risque, en restant vigilant sur le risque potentiel de majorer le taux de tumeurs secondaires.

Traitement systémique

À la fin des années 1960, la CT selon le protocole VAC (vincritine [V], actinomycine [A], cyclophosphamide [C]) commence à être utilisée dans le traitement des tumeurs d’Ewing. Le premier essai randomisé conduit par le groupe IESS entre 1973 et 1978 confirme le bénéfice de la CT et démontre un rôle majeur de la doxorubicine (D) [24 % 5-year DFS avec VAC, versus 60 % avec VACD] [9]. Une étude conduite par les groupes CCG et POG entre 1988 et 1992 (VDCA versus VDCA-IE) montre un bénéfice en survie pour l’association avec ifosfamide (I) et étoposide (E) chez des patients non métastatiques [26].

Parallèlement, les Américains décrivent l’association IE-VDC comme traitement standard avec un bénéfice chez les malades localisés. Le bénéfice de l’intensification des doses d’ifosfamide [27] et, plus récemment, celui de l’augmentation du rythme des cures (régime VDC-IE tous les 15 jours) ont été démontrés [28].

Les groupes européens (SFCE, GSF, SIAK, EORTC et EICESS) et plus récemment américains (COG) se sont réunis dans le cadre d’un essai international : le protocole Euro-Ewing 99, qui pose plusieurs questions essentielles : comparaison des toxicités de l’ifosfamide et du cyclophosphamide, place de la chimiothérapie haute dose avec support de CSP dans les tumeurs d’Ewing de haut risque et en particulier en comparaison à la radiothérapie bipulmonaire dans les formes métastatiques aux poumons. En effet, la question de la place des chimiothérapies hautes doses avec support de cellules hématopoïétiques fait encore l’objet de débat. Les premières publications rapportant l’intérêt de cette stratégie datent des années 1980 [12, 29]. L’utilisation du malphalan haute dose seul ou en association avec d’autres agents (busulfan, cyclophosphamide, étoposide ou TBI) avec auto- ou allogreffe de cellules souches a été rapportée par de nombreuses équipes [31-34]. Il semble que la combinaison la plus intéressante soit le busulfan-melphalan avec support de cellules souches périphériques [30]. Néanmoins, ces études sont toutes rétrospectives et d’effectifs faibles, ce qui ne permet pas d’affirmer le bénéfice de cette stratégie thérapeutique. L’étude Euro-Ewing 99 devrait répondre à cette question. Ce protocole européen ouvert depuis 1999 a inclus plus de 2 000 patients adultes et enfants et constituera une base de données prospective unique sur cette tumeur rare.

Les perspectives thérapeutiques pour les années à venir ne viendront probablement pas de la CT conventionnelle, même si on peut certainement optimiser les doses d’alkylants et introduire de nouveaux agents (topotécan, docétaxel, témozolomide).

L’association topotécan-cyclophosphamide a montré une efficacité non négligeable dans plusieurs essais de phase II avec semble-t-il une action synergique de ces deux substances [34-36].

L’association témozolomide-irinotécan semble elle aussi avoir un intérêt dans cette pathologie avec, là aussi, un effet synergique [37]. Le groupe français a d’ailleurs établi des recommandations thérapeutiques pour le traitement des rechutes de PNET/Ewing avec cette combinaison, en association avec une chimiothérapie haute dose chez les patients non intensifiés en première ligne.

Enfin, l’association gemcitabine-docétaxel a aussi fait l’objet de publications toujours avec la notion d’un effet synergique et des résultats encourageants dans certains sarcomes, y compris les PNET/Ewing. Le groupe SARC conduit actuellement un essai de phase II (SARC 003) testant cette combinaison dans les sarcomes des tissus mous et les PNET/Ewing réfractaires.

La trabectidine (ET 743) est un nouvel agent dont l’efficacité a été reconnue dans les sarcomes et est actuellement évaluée dans une phase II américaine incluant des tumeurs de type PNET/Ewing.

De nouvelles stratégies (antiangiogénie, thérapeutiques ciblées) font actuellement l’objet de travaux précliniques et cliniques [38]. Cinq essais de phase II actuellement en cours évaluent l’efficacité des anticorps anti-IGFR (R1507 de Roche, CP-751-871 de Pfizer, IMC-A12 de ImClone, AMG479 d’Amgen et SCH-717,454 de Schering). Ces anticorps monoclonaux inhibent le récepteur de l’IGF qui est impliqué dans la prolifération des cellules de type PNET/Ewing(effet antiapoptotique, mobilité des cellules tumorales et réponse à l’hypoxie) et en particulier via la protéine de fusion EWS-FLI1. Le blocage de ce récepteur favorise ainsi l’apoptose des cellules PNET/Ewing et permet une synergie avec d’autres agents cytotoxiques.

Les inhibiteurs de mTor (rapamycine, deferolimus), protéine kinase jouant un rôle central dans la prolifération de certains cancers, permettent d’inhiber l’expression de la protéine de fusion EWS/FLI1 et ainsi d’inhiber la croissance des cellules d’Ewing et un blocage du cycle cellulaire en G1 [39]. Ces substances font actuellement l’objet de phases III (étude SUCCEED) dans les sarcomes.

L’identification des cellules souches mésenchymateuses comme étant à l’origine des sarcomes de type PNET/Ewing permet d’envisager des thérapies ciblant la différenciation. Le fenrétinide est un dérivé synthétique de la vitamine A capable de ralentir la prolifération de lignées cellulaires de sarcome d’Ewing en favorisant leur différenciation. Il fait actuellement l’objet d’une évaluation dans une étude de phase II anglaise [40].

Des travaux précliniques réalisés par l’équipe de Françoise Redini à Nantes viennent de montrer que l’acide zolédronique avait un effet antitumoral (inhibition prolifération et stimulation de l’apoptose) sur des lignées de cellules d’Ewing et sur des modèles précliniques de tumeurs PNET/Ewing. Le bénéfice d’une association acide zolédronique-chimiothérapie devrait être évalué dans le prochain protocole européen.

Enfin, des travaux précliniques sont actuellement en cours et certains résultats récemment publiés permettent de donner des perspectives thérapeutiques dans les domaines de l’immunothérapie ou de la thérapie génique. En effet, l’inhibition de l’expression d’EWS-FLI1 par ARN interférent de cellules d’Ewing pourrait aboutir à un ralentissement de la croissance cellulaire, voire à une mort cellulaire. Toutefois, les techniques permettant de libérer les ARN interférents au niveau tumoral restent encore à découvrir.

Spécificité de la prise en charge

Les tumeurs d’Ewing touchent principalement des patients âgés de 15 à 25 ans. Ces adolescents et jeunes adultes sont considérés comme une population à part. L’OMS définit l’adolescence comme une période allant de 10 à 19 ans (préadolescence entre 10 et 14 ans, et adolescence vraie entre 15 et 19 ans) et la post adolescence entre 20 et 25 ans. Cette population nécessite une attention particulière, car cette période charnière correspond à l’entrée dans la vie affective et sexuelle et dans la vie professionnelle. Leur prise en charge doit conjuguer au quotidien la dimension humaine, où l’accompagnement du parcours de soin est capital pour l’adolescent et sa famille, avec une dimension médicale et scientifique d’excellence. Elle nécessite une compétence et une formation optimale des soignants, une masse critique, des plateaux techniques de haut niveau et un engagement dans la recherche.

La plupart des enfants de moins de 15 ans atteints de cancer sont traités dans des protocoles coopératifs alors que seuls 10 % des adultes le sont [39]. Malgré l’existence d’un essai coopératif européen destiné aux patients adultes et enfants atteints de sarcomes d’Ewing, on retrouve cette notion de moindre inclusion pour les patients de plus de 19 ans [41, 42].

Au sein de cette même étude, des données préliminaires non encore publiées révèlent que l’EFS à trois ans des patients de moins de 15 ans est significativement supérieure à celle des plus de 15 ans (76 versus 61 % ; p < 0,01) et par ailleurs quand on s’intéresse à la population des plus de 15 ans (en analysant les tranches 16-20 ans, >  20 et > 30), il existe des différences en survie significative selon que ces patients sont pris en charge dans des unités pédiatriques ou adultes (67 % pour les unités pédiatriques versus 56 % pour les unités adultes (Paulussen conticanet communication orale, avril 2009). Les hypothèses pour expliquer ces chiffres sont multiples : biologie tumorale différente, facteurs liés au patient, au type de traitement (inclusion dans des essais), au type de service (délais diagnostiques, rigueur dans l’administration des traitements). Des recherches doivent être faites pour identifier ces causes et expliquer ces chiffres.

Ces données posent le problème des modalités de prise en charge des patients de plus de 18 ans atteints de sarcome d’Ewing. Faut-il les laisser dans les unités adultes ? Comment optimiser leur prise en charge pour gommer ces différences ? Dans l’attente de voir apparaître des unités dédiées à la prise en charge des cancers de l’adolescent et adulte jeune, une collaboration étroite entre les oncologues adultes et les pédiatres est nécessaire tant sur le plan des décisions thérapeutiques (partage d’expérience, essais cliniques communs, RCP communes) que du cadre de la prise en charge (espaces de vie adaptés, liens avec les associations, scolarité et études, animations).

Conclusion

Les patients atteints de tumeurs de type PNET/Ewing ont vu leurs survies augmenter ces 40 dernières années, néanmoins les progrès faits grâce à l’avènement des chimiothérapies ont atteint un plateau. Par ailleurs, les formes métastatiques et les rechutes ont encore un pronostic effroyable. L’amélioration de ces chiffres ne sera possible que grâce à des thérapeutiques innovantes et des progrès dans la compréhension de la biologie de ces tumeurs. Les anticorps anti-IGFR semblent pour l’instant être une voie prometteuse, mais d’autres thérapeutiques ciblées sont en cours de développement. La rareté de ces tumeurs et la multiplicité des nouvelles molécules actuellement en cours de développement imposent une collaboration au sein d’essais multicentriques internationaux associés à des études biologiques de grande envergure. Par ailleurs, une réflexion doit avoir lieu en ce qui concerne le cadre de prise en charge de ces patients qui sont le plus souvent des adolescents et des adultes jeunes, et qui pourraient bénéficier d’une prise en charge spécifique et adaptée, fruit d’une collaboration entre oncologues adultes et pédiatres.

Conflits d'intérêts

aucuns.

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