ARTICLE
Auteur(s) : A
Italiano, M Toulmonde, B Bui-Nguyen
Institut Bergonié, Département d'oncologie médicale, 229, cours
de l'Argonne, 33076 Bordeaux cedex, France
Article reçu le 28 Juillet 2009, accepté le 8 F�vrier 2010
Introduction
Le standard thérapeutique des patients atteints d'un sarcome des
tissus mous (STM) métastatique reste en première ligne basé sur la
doxorubicine en monothérapie à la dose de 75 mg/m2
[1]. En effet, si les polychimiothérapies associant notamment la
doxorubicine à l'ifosfamide donnent régulièrement des taux de
réponses supérieurs, cela ne se traduit pas par une amélioration de
la survie globale, et entraîne constamment une toxicité plus
élevée. Ces polychimiothérapies sont toutefois à discuter en
première ligne si une réponse est considérée comme déterminante
pour envisager une résection chirurgicale secondaire des
métastases.
En cas de progression après une première ligne de chimiothérapie
par doxorubicine, les possibilités thérapeutiques restent encore,
en 2010, assez limitées. Cependant, à côté de standards que sont
l'ifosfamide et, dans une moindre mesure, la dacarbazine, des
possibilités de prise en charge ont vu le jour ces dernières
années, souvent restreintes à des types ou sous-types particuliers,
ce qui, d'ailleurs, confirme qu'à l'hétérogénéité morphologique des
sarcomes correspond certainement une grande diversité évolutive et
biologique. La caractérisation de cette diversité représente
le défi à relever pour une plus grande efficacité de la prise en
charge des sarcomes, notamment dans le domaine des traitements
systémiques.
Ifosfamide
L'ifosfamide est un agent alkylant de la famille des
oxazaphosphorines caractérisé par un profil d'activité antitumorale
et de tolérance supérieur à celui du cyclophosphamide.
Il s'agit avec la doxorubicine de la substance la plus active
dans les STM. La première étude ayant rapporté l'activité
potentielle de l'ifosfamide chez des patients atteints de STM a été
publiée en 1983. Dans cette étude, 42 patients atteints d'un STM
avancé ont été traités avec des doses d'ifosfamide allant de 5 à
8 g/m2 toutes les trois semaines [2]. Le taux
de réponse objective de 38 % était particulièrement prometteur.
La plus large étude prospective évaluant l'activité de
l'ifosfamide après échappement à une première ligne de
chimiothérapie par doxorubicine a inclus 95 patients atteints de
divers types de STM [3]. Le taux de réponse objective était de
18 %, la survie médiane atteignant sept mois. Dans cette étude,
l'ifosfamide était administré à la posologie de 2 à
2,5 mg/m2 par jour en perfusion courte de quatre
heures de j1 à j4 pour les 64 premiers patients. Un amendement du
protocole a ensuite modifié les modalités d'administration pour une
perfusion continue dont le profil de toxicité hématologique,
neurologique et rénal semblait plus favorable. La perfusion
continue d'ifosfamide serait néanmoins associée à une diminution de
son activité antitumorale. Le taux de réponse objective était
de 26 % chez les patients traités avec des bolus d'ifosfamide
contre 9 % chez les patients traités avec une perfusion continue.
Cette moindre efficacité potentielle de l'ifosfamide en perfusion
continue n'a pas été confirmée par une récente étude de phase III
ayant comparé l'efficacité de l'ifosfamide administré à la dose de
9 g/m2 en perfusion continue sur 72 heures à
celle d'un schéma utilisant la même dose mais sous forme de bolus
de 3 g/j pendant trois jours chez des patients atteints d'un
STM en première ligne métastatique [4]. Cette absence de différence
en termes d'activité clinique de ces deux schémas semble d'ailleurs
corroborée par des données pharmacocinétiques montrant un profil
similaire [5]. Comme pour la doxorubicine, une relation
dose-efficacité de l'ifosfamide a été rapportée par plusieurs
auteurs. Dans une étude de phase I incluant 20 patients atteints de
sarcomes, des doses d'ifosfamide allant jusqu'à
18 g/m2 étaient administrées de manière
fractionnée. La dose maximale tolérée était de
16 g/m2. Le taux de réponse objective observée
était de 35 % chez des patients prétraités dont certains avaient
déjà reçu de l'ifosfamide à des doses conventionnelles [6].
D'autres études non contrôlées ont également mis en évidence une
augmentation du taux de réponse objective avec l'augmentation des
doses d'ifosfamide [7]. D'authentiques réponses objectives ont été
également observées chez des patients déjà exposés à des doses
conventionnelles d'ifosfamide et traités avec des doses
d'ifosfamide de 12 g/m2 [6, 8, 9]. La relation
dose-efficacité de l'ifosfamide semble néanmoins moins nette
au-delà de 12 g/m2 [10], probablement en raison
d'une saturation de son métabolisme [11], et serait
particulièrement associée à certains sous-types histologiques comme
les synovialosarcomes [8, 9, 12]. Il convient néanmoins de
considérer la toxicité hématologique particulièrement élevée des
hautes doses d'ifosfamide avec des taux de neutropénies fébriles et
d'infections atteignant respectivement 40 et 20 % dans la plus
large étude évaluant cette modalité thérapeutique [9]. Dans un
contexte de prise en charge palliative et alors que ce type
d'approche n'a pas démontré de bénéfice en survie, les hautes doses
d'ifosfamide ne peuvent être donc recommandées comme standard
thérapeutique. Des doses comprises entre 5 et
10 g/m2, administrées en bolus ou en perfusion
continue représentent donc le standard de prise en charge après
échappement à la doxorubine chez des patients atteints d'un STM
métastatique, en bon état général et non accessibles à une prise en
charge chirurgicale.
Dacarbazine
L'activité de la dacarbazine dans les STM a été évaluée dès la fin
des années 1970 par les centres investigateurs américains du SWOG
et du MD Anderson [13]. Il n'existe que peu de données sur son
rôle en monothérapie après échappement à une première ligne de
chimiothérapie par doxorubicine et/ou ifosfamide. L'EORTC a conduit
une phase II évaluant l'activité de la dacarbazine à la posologie
de 1 200 mg/m2 toutes les trois semaines chez
des patients atteints de STM métastatiques, en échappement après un
traitement par doxorubicine et/ou ifosfamide. Sur 44 patients
évaluables, sept patients (18 %) ont présenté une réponse objective
[14]. Le profil de toxicité hématologique dans cette
population de patients prétraités apparaissait plus sévère que
celui observé dans des études précédentes ayant évalué une
administration fractionnée sur cinq jours [15]. Plus récemment,
l'activité de la dacarbazine a été évaluée dans une étude
rétrospective ayant inclus 40 patients atteints de STM
métastatiques en situation de progression après une première ligne
de chimiothérapie par doxorubicine [16]. Vingt-six patients ont
reçu une dose de 800 mg/m2 i.v. à j1, cinq patients
ont reçu une dose de 400 mg/m2 i.v. par jour
pendant deux jours et neuf patients une dose de
300 mg/m2 i.v. par jour pendant trois jours. Trois
patients (7,5 %) ont eu une réponse objective et cinq (12,5 %) une
stabilité tumorale. La moitié des patients avec un bénéfice
clinique (réponse partielle ou stabilité) étaient porteurs d'un
léiomyosarcome, ce qui confirmait des données plus anciennes
suggérant la plus grande sensibilité des léiomyosarcomes à la
dacarbazine en comparaison d'autres sous-types histologiques [13].
La survie sans progression était dans cette étude
particulièrement courte (deux mois) traduisant l'activité en
réalité très modeste de la dacarbazine dans cette situation
clinique.
Trabectédine
La trabectédine est un agent alkylant isolé à partir de
l’Ecteinascidia turbinata et actuellement obtenu par synthèse.
Cette substance se lie au brin mineur de l'ADN, empêchant la
progression du cycle cellulaire, notamment lors de la phase S, et
inhibant ainsi la prolifération cellulaire. Le système de
réparation de l'ADN par excision de nucléotides (système NER) joue
probablement un rôle majeur dans la cytotoxicité de la
trabectédine. Cette substance aurait ainsi pour particularité de
recruter certaines protéines de ce système afin de former des
complexes moléculaires toxiques pour la cellule et à l'origine de
cassures double brin. L'absence de réparation de ces lésions double
brin par le système de réparation par recombinaison homologue (HRR)
faisant intervenir notamment la protéine BRCA1 entraînerait ainsi
la mort cellulaire [17]. De ce fait, l'activité cytotoxique in
vitro de la trabectédine est significativement plus faible sur les
lignées cellulaires porteuses d'un système NER déficient et/ou HRR
actif [17].
L'activité cytotoxique in vitro et in vivo de la trabectédine a
été observée dans une large variété de lignées cellulaires et de
modèles murins de xénogreffes de tumeurs solides humaines : STM,
carcinome du sein, de l'ovaire, de la prostate, du rein, du poumon
et du mélanome [18]. Cette activité cytotoxique apparaît
particulièrement marquée dans le cadre des STM. Ainsi, l'activité
cytotoxique de la trabectédine évaluée sur diverses lignées de STM
est significativement plus importante que celles d'autres
agents testés dans les mêmes conditions comme la doxorubicine, le
paclitaxel ou l'étoposide [18]. Par ailleurs, les lignées de STM
présentent une sensibilité à la trabectédine significativement plus
élevée que celle de lignées de carcinomes coliques ou mammaires
[18].
La première démonstration de l'activité clinique de la
trabectédine chez des patients atteints d'un STM avancé a été
rapportée en 2001. Cette étude avait inclus 25 patients atteints
d'un STM non GIST en situation de progression tumorale après un
traitement par anthracyclines et agent alkylants. Huit d'entre eux
étaient traités dans le cadre d'un protocole de phase I.
Quatre patients (14 %) ont présenté une réponse partielle, et dix
(34 %) une stabilisation d'une durée supérieure à deux mois.
Le taux de survie sans progression à six mois était de 28 %
[19].
L'activité clinique de la trabectédine chez des patients
atteints de STM avancés en situation d'échappement après
anthracyclines a été confirmée par diverses autres études
rétrospectives et prospectives dont les résultats sont résumés dans
le tableau 1 [20-25]. Le taux de
réponse objective est modeste, le plus souvent compris entre 4 et 8
%. En revanche, près de 20 % des patients bénéficient d'une
stabilisation prolongée de leur maladie. Ainsi, le taux de survie
sans progression à six mois est dans toutes les études supérieur à
20 %, proportion seuil pour considérer une substance comme active
dans les STM métastatiques sur la base des données de l'EORTC [26].
L'activité de la trabectédine est particulièrement marquée dans
certains sous-types histologiques comme les liposarcomes myxoïdes
et/ou à cellules rondes et dans une moindre mesure les
léiomyosarcomes. Cette sensibilité particulière des liposarcomes
myxoïdes et/ou à cellules rondes à la trabectédine a été confirmée
par deux études rétrospectives mettant en évidence, chez des
patients en situation de progression tumorale après une ou
plusieurs lignes de chimiothérapie, des taux de réponse objective
et de survie sans progression à six mois spectaculaires atteignant,
respectivement, 50 et 90 % [27, 28]. L'activité de la trabectédine
dans les liposarcomes myxoïdes se traduirait dans certains cas en
imagerie par une diminution de la densité tissulaire précédant ou
non la réduction de la taille tumorale et similaire à celle
observée dans les tumeurs stromales gastro-intestinales traitées
par imatinib. Ainsi, les patients avec une stabilité en termes de
critères RECIST tireraient le même bénéfice clinique que les
patients avec une réponse objective [29]. Cette sensibilité
particulière des liposarcomes myxoïdes à la trabectédine serait
liée à l'interaction de cette substance avec la protéine chimérique
codée par le gène de fusion FUS-CHOP résultant de la translocation
t(12 ;16) caractéristique des liposarcomes myxoïdes.
Des données récentes démontrent, en effet, que la trabectédine
empêche la protéine chimérique FUS-CHOP de se lier à des
séquences promotrices cibles [30]. Cela aurait notamment pour
conséquence de favoriser la différenciation des lipoblastes en
cellules matures.
Outre le type histologique, le profil moléculaire associé aux
systèmes de réparation de l'ADN, NER et HRR, pourrait jouer un rôle
comme facteur prédictif de réponse à la trabectédine. Dans une
étude rétrospective, ayant inclus 113 patients porteurs d’un STM
avancé et traités par trabectédine, la combinaison d’une expression
élevée du gène ERCC5 (système NER) évaluée par RT-PCR permettrait
d’identifier un sous-groupe de patients au profil évolutif
particulièrement favorable (survie sans progression médiane :
6,4 mois, 95 % CI 1,5–11,3 versus 2,5 mois, 95 %
CI 0,5–4,4 ; p = 0,012). Ce bénéfice serait limité aux
patients porteurs de l’allèle 1104 Asp de ERCC5 alors que les
patients porteurs de l’allèle 1104 His auraient une survie sans
progression médiocre quelque soit le niveau d’expression observé
[31]. Ces résultats devront néanmoins être confirmés de
manière prospective par des études plus larges.
La trabectédine a obtenu, en 2007, une autorisation européenne
de mise sur le marché dans l'indication de traitement des patients
avec un STM (en particulier de type liposarcome ou
léiomyosarcome) avancé, en situation de progression tumorale après
exposition aux anthracyclines et à l'ifosfamide ou présentant une
contre-indication à l'utilisation de ces substances. Administrée à
la posologie de 1 500 μg/m2 sur 24 heures
toutes les trois semaines qui doit impérativement être adaptée en
fonction de la toxicité hépatique, elle représente actuellement, en
dehors du contexte d'un essai thérapeutique, une deuxième ligne de
choix dans les léiomyosarcomes avancés et une deuxième ou troisième
ligne de choix dans les liposarcomes myxoïdes. La durée
optimale de traitement n'est pas établie. Le profil de
tolérance favorable de la trabectédine (toxicité hématologique
mineure, absence de toxicité digestive, absence d'alopécie)
pourrait permettre un traitement jusqu'à progression. Toutefois,
des données récentes montrent la possibilité d'un bénéfice clinique
lors de la réintroduction de la trabectédine chez des patients en
situation de progression tumorale et, chez qui, le traitement avait
été interrompu alors qu'ils présentaient une réponse objective ou
une maladie stable [32]. Ces données qui restent à confirmer
pourraient ainsi permettre d'introduire des pauses
thérapeutiques chez les patients non progressifs.
Tableau 1 Activité de la trabectédine dans les sarcomes
des tissus mous avancés.
|
Références
|
Méthodologie de l'étude
|
Schéma d'administration
|
n
|
Taux de réponse objective
|
Survie sans progression médiane (mois)
|
Taux de survie sans progression à 6 mois (%)
|
Survie globale médiane (mois)
|
|
Delaloge et al., 2001 [19]
|
Phase I + programme compassionnel
|
1,2-1,5 mg/m2 par 24 heures
(j1 = j21)
|
29
|
14,0
|
2,8
|
28,0
|
NR
|
|
Yovine et al., 2004 [20]
|
Phase II, deuxième ligne
|
1,5 mg/m2 par 24 heures
(j1 = j21)
|
54
|
3,7
|
1,9
|
24,1
|
12,8
|
|
Garcia-Carbonero et al., 2004 [21]
|
Phase II, deuxième ligne
|
1,5 mg/m2 par 24 heures
(j1 = j21)
|
36
|
8,0
|
1,7
|
20,0
|
12,1
|
|
Le Cesne et al., 2005 [22]
|
Phase II, deuxième ligne
|
1,5 mg/m2 par 24 heures (j1=j21)
|
104
|
8,0
|
3,4
|
29,0
|
9,2
|
|
Huygh et al., 2006 [23]
|
Phase II deuxième ligne + programme compassionnel
|
0,9-1,5 mg/m2 par 24 heures
(j1 = j21)
|
89
|
7,0
|
2,0
|
NR
|
8,2
|
|
Demetri et al., 2009 [24]
|
Phase II randomisée, deuxième ligne
|
Bras A : 1,5 mg/m2 par 24 heures (j1=j21)
versus Bras B : 0,58 mg/m2 par 3 heures
(j1 = j8 = j15 = j28)
|
270
|
|
Bras A : 3,3 Bras B : 2,3
|
|
Bras A : 13,9 Bras B : 11,8
|
|
Blay et al., 2009 [25]
|
Programme compassionnel
|
1,5 mg/m2 par 24 heures (j1=j21)
|
387
|
8,0
|
3,0
|
NA
|
10,1
|
Gemcitabine et docétaxel
Plusieurs études prospectives de phase II ou rétrospectives ont
évalué l'activité de la gemcitabine dans les STM avancés. Deux
d'entre elles ont inclus exclusivement des patients en situation de
progression tumorale après une première ligne de traitement à base
d'anthracycline [33, 34]. Ces deux études ont montré un taux
de réponse objective modeste, inférieur à 10 %. Toutefois, ces
réponses ont été exclusivement observées chez des patientes
atteintes d'un léiomyosarcome utérin métastatique. Des données
précliniques ont suggéré par ailleurs une synergie de l'association
docétaxel-gemcitabine [35], alors que le docétaxel n'a qu'une
activité très modeste, voire nulle en monothérapie dans les STM
avancés [36]. Certaines études de phase II ayant évalué cette
association chez des patients atteints de léiomyosarcomes avancés,
dont certains n'étaient pas prétraités, ont montré des résultats
particulièrement encourageants avec taux de réponse objective
atteignant 53 % [37-38]. Sur la base de ces données et de celles
obtenues chez des patients non prétraités, le groupe sarcome
français a mené l'étude TAXOGEM qui avait pour objectif d'évaluer
l'association de la gemcitabine au docétaxel chez des patients
atteints d'un léiomyosarcome en situation de progression tumorale
après une première ligne de traitement à base de doxorubicine.
Les patients inclus dans l'étude TAXOGEM étaient stratifiés
selon le site du léiomyosarcome initial : utérin versus
extra-utérin, chaque strate correspondant à une étude de phase II
distincte [39]. Au sein de chaque strate, les patients étaient
randomisés soit dans un bras gemcitabine en monothérapie
(1 000 g/m2 en perfusion i.v. de
100 minutes, j1, j8, j15, j1 = j28), soit dans un
bras d'association de la gemcitabine au docétaxel (gemcitabine :
900 mg/m2 en perfusion i.v. de 90 minutes, j1,
j8 ; docétaxel : 100 mg/m2 en perfusion de
60 minutes, j8, j1 = j21). L'objectif principal
était le taux de réponse objective. Tous les patients avaient reçu
au minimum une première ligne de traitement par anthracyclines.
Les résultats de cette étude sont résumés dans le tableau 2. Quels que soient la strate considérée et
le schéma de traitement, les taux de réponse objective étaient très
modestes de l'ordre de 5 %. En revanche, les taux de progression à
trois et à six mois étaient, respectivement, supérieurs aux taux de
40 et 20 % recommandés par l'EORTC pour considérer un régime de
chimiothérapie comme actif dans les STM [26]. Par ailleurs, de
manière contradictoire à ce qui avait été rapporté par une étude
américaine, l'association docétaxel-gemcitabine n'apportait pas de
bénéfice en termes de taux de réponse et de survie par rapport à la
gemcitabine en monothérapie et était plus toxique notamment sur le
plan hématologique.
Compte tenu de son activité et de son profil de tolérance, la
gemcitabine en monothérapie peut donc être considérée comme une
deuxième ligne de choix chez les patients atteints d'un
léiomyosarcome métastatique en dehors d'un essai thérapeutique.
Toutefois, à la différence de la trabectédine, la gemcitabine n'a
pas été enregistrée par les autorités de tutelle dans cette
indication.
Tableau 2 Activité du docétaxel et de la gemcitabine
dans les léiomyosarcomes : résumé des résultats de l'étude TAXOGEM
[39].
|
Bras de traitement
|
n
|
Réponse objective (%)
|
SSP (6 mois) [%]
|
SG (12 mois) [%]
|
|
Utérin
|
Gemcitabine
|
21
|
19
|
46
|
73
|
|
Gemcitabine-docétaxel
|
20
|
20
|
49
|
51
|
|
Extra-utérin
|
Gemcitabine
|
22
|
14
|
50
|
55
|
|
Gemcitabine-docétaxel
|
19
|
5
|
47
|
53
|
Autres agents cytotoxiques
Outre l'ifosfamide, la dacarbazine, la trabectédine, la gemcitabine
et le docétaxel, plus d'une vingtaine d'autres substances
cytotoxiques ont été évaluées dans les STM avancés après échec d'un
traitement de première ligne par doxorobucine. Toutes ont été
considérées comme inactives sur la base du taux de réponse
objective médiocre dans une population de patients porteurs de
sous-types histologiques très divers. Cette approche méthodologique
a conduit à méconnaître le bénéfice clinique de certains agents
dans des sous-groupes sélectionnés. Nous avons vu plus haut
l'exemple de la gemcitabine associée à un bénéfice clinique
indiscutable dans les léiomyosarcomes, en particulier d'origine
utérine. Nous citerons comme autre exemple celui du paclitaxel.
Deux études de phase II ont évalué l'efficacité de cette
substance administrée à la posologie de
200-250 mg/m2 par 24 heures chez des patients
atteints de STM avancés en situation de progression tumorale après
une première ligne de traitement par anthracyclines [40, 41].
Aucune réponse objective n'a été observée, et le paclitaxel a donc
été considéré comme une substance sans intérêt dans la prise
en charge de ces patients. Néanmoins, certaines données
rétrospectives ont suggéré un bénéfice clinique du paclitaxel chez
les patients souffrant d'angiosarcome en particulier d'origine
cutanée [42, 43]. Le groupe sarcome français a ainsi conduit
une étude évaluant l'intérêt du paclitaxel administré de manière
hebdomadaire à la posologie de 80 mg/m2 dans une
population de 30 patients atteints d'angiosarcomes avancés, dont 11
en situation de progression tumorale après une ou plusieurs lignes
de chimiothérapie [44]. Cinq patients sur 28 évaluables (18,5 %)
ont eu une réponse objective dont deux une réponse objective
complète. Le taux de non-progression à quatre mois était de 42
%. Si cette étude ne permet pas d'estimer avec précision la place
du paclitaxel en situation de progression après traitement par
doxorubicine, elle confirme clairement des données rétrospectives
suggérant que le paclitaxel est la substance cytotoxique de choix
en première ou en deuxième ligne de traitement des angiosarcomes,
compte tenu de son activité et de son profil de tolérance plus
favorable que celui de la doxorubicine.
Les schémas d'administration dits « métronomiques » de la
chimiothérapie sont assez largement utilisés par les
oncopédiatres. La cible n'est alors plus directement la
cellule tumorale, mais la cellule endothéliale activée. Administrée
de façon métronomique, la chimiothérapie aurait une action
essentiellement antiangiogénique [45]. Cette approche basée sur
l'utilisation de faibles doses de chimiothérapie permet de
minimiser les toxicités qui lui sont habituellement associées
(alopécie, toxicité médullaire, vomissements et autres toxicités
organiques). Dans le cadre des STM, quelques données
précliniques suggèrent une activité de ce type de protocole
thérapeutique [46]. En revanche, les données cliniques sont quasi
inexistantes [47]. Dans notre expérience, le cyclophosphamide ou
l’étoposide oral administré à la posologie quotidienne de 50 mg/j,
trois semaines sur quatre, avec une surveillance hématologique
hebdomadaire, est associé à un bénéfice clinique significatif dans
une population de patients largement prétraités [48]. Un monitorage
du taux de cellules endothéliales circulantes pourrait, dans
ce cadre, permettre d'optimiser encore l'efficacité de ce
type de traitement. Cette approche mériterait ainsi d'être
explorée dans le cadre de protocoles prospectifs en association ou
non avec d'autres agents antiangiogéniques.
Conclusion
En cas de progression après une première ligne de chimiothérapie à
base d'anthracyclines, les possibilités thérapeutiques restent
limitées. Ainsi, l'inclusion dans un essai thérapeutique reste dans
cette situation l'option de choix. Si ce choix n'est pas
réalisable, divers traitements cytotoxiques peuvent être envisagés.
L'ifosfamide, prescrit à des doses comprises entre 8 et
10 g/m2 en bolus ou en perfusion, constitue le
standard de prise en charge après échappement à la doxorubicine.
L'identification récente de la sensibilité particulière de certains
types histologiques à telle ou telle substance a permis
d'introduire des alternatives thérapeutiques. Ainsi, l'utilisation
de la gemcitabine en monothérapie est associée à un bénéfice
clinique significatif dans les léiomyosarcomes en particulier
d'origine utérine. La trabectédine est particulièrement active
dans les liposarcomes myxoïdes et dans une moindre mesure les
léiomyosarcomes. Le paclitaxel représente une option de choix
dans les angiosarcomes, notamment dans leur forme cutanée. Malgré
quelques avancées récentes dans la caractérisation clinique et
moléculaire des STM, l'approche thérapeutique actuelle des patients
atteints d'un STM avancé reste encore très empirique.
De nouvelles approches prometteuses basées sur une meilleure
connaissance de la biologie des STM sont en cours de développement.
Ainsi, des thérapeutiques moléculaires ciblant notamment mTOR et
l'angiogenèse sont actuellement en développement dans différents
types histologiques de sarcomes. L'identification de facteurs
prédictifs de réponse aux divers agents cytotoxiques actuellement
disponibles ainsi qu'aux nombreuses substances dites « ciblées » en
cours de développement et présentées dans un autre article de ce
numéro représente le principal enjeu pour les oncologues médicaux
prenant en charge les patients souffrant de STM avancés.
Conflits d'intérêts
aucuns.
Références
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