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Prise en charge des sarcomes des tissus mous avancés : quelle chimiothérapie après échappement aux anthracyclines ?


Bulletin du Cancer. Volume 97, Numéro 6, 679-86, juin 2010, Synthèse

DOI : 10.1684/bdc.2010.1119

Résumé   Summary  

Auteur(s) : A Italiano, M Toulmonde, B Bui-Nguyen , Institut Bergonié, Département d'oncologie médicale, 229, cours de l'Argonne, 33076 Bordeaux cedex, France.

Résumé : Le standard du traitement palliatif pour les patients atteints de sarcomes des tissus mous (STM) métastatiques demeure la doxorubicine en monothérapie à la dose de 75 mg/m 2. En cas de progression après une première ligne de chimiothérapie à base d'anthracycline, les possibilités thérapeutiques restent limitées. Une inclusion dans un essai thérapeutique est dans cette situation l'option de choix. Si ce choix n'est pas réalisable, divers traitements cytotoxiques peuvent être envisagés. L'ifosfamide prescrit à des doses comprises entre 5 et 10 g/m 2 et la dacarbazine sont des standards connus depuis longtemps. Une autorisation de mise sur le marché européenne a été obtenue pour la trabectédine après échappement à la doxorubicine et à l'ifosfamide. Les conditions optimales de son utilisation de cette substance restent cependant à définir. L'identification récente de la sensibilité particulière de certains types histologiques à tel ou tel agent a permis d'optimiser les stratégies thérapeutiques. Ainsi, l'utilisation de la gemcitabine en monothérapie ou en association avec le docétaxel est associée à un bénéfice clinique significatif dans les léiomyosarcomes en particulier d'origine utérine. La trabectédine est particulièrement active dans les liposarcomes myxoïdes et dans une moindre mesure les léiomyosarcomes. Le paclitaxel représente une option de choix dans les angiosarcomes notamment d'origine cutanée. Dans le domaine des thérapeutiques ciblées, des résultats prometteurs ont été rapportés avec des agents antiangiogéniques (sunitinib, sorafénib, pazopanib) et les inhibiteurs de mTOR. Les efforts de recherche clinique et translationnelle doivent être poursuivis afin de caractériser les facteurs prédictifs du bénéfice clinique associés à l'utilisation des divers agents de chimiothérapie ou ciblant les voies de signalisation cellulaire.

Mots-clés : sarcome, chimiothérapie, anthracyclines, ifosfamide, trabectedine, gemcitabine

ARTICLE

Auteur(s) : A Italiano, M Toulmonde, B Bui-Nguyen

Institut Bergonié, Département d'oncologie médicale, 229, cours de l'Argonne, 33076 Bordeaux cedex, France

Article reçu le 28 Juillet 2009, accepté le 8 F�vrier 2010

Introduction

Le standard thérapeutique des patients atteints d'un sarcome des tissus mous (STM) métastatique reste en première ligne basé sur la doxorubicine en monothérapie à la dose de 75 mg/m2 [1]. En effet, si les polychimiothérapies associant notamment la doxorubicine à l'ifosfamide donnent régulièrement des taux de réponses supérieurs, cela ne se traduit pas par une amélioration de la survie globale, et entraîne constamment une toxicité plus élevée. Ces polychimiothérapies sont toutefois à discuter en première ligne si une réponse est considérée comme déterminante pour envisager une résection chirurgicale secondaire des métastases.

En cas de progression après une première ligne de chimiothérapie par doxorubicine, les possibilités thérapeutiques restent encore, en 2010, assez limitées. Cependant, à côté de standards que sont l'ifosfamide et, dans une moindre mesure, la dacarbazine, des possibilités de prise en charge ont vu le jour ces dernières années, souvent restreintes à des types ou sous-types particuliers, ce qui, d'ailleurs, confirme qu'à l'hétérogénéité morphologique des sarcomes correspond certainement une grande diversité évolutive et biologique. La caractérisation de cette diversité représente le défi à relever pour une plus grande efficacité de la prise en charge des sarcomes, notamment dans le domaine des traitements systémiques.

Ifosfamide

L'ifosfamide est un agent alkylant de la famille des oxazaphosphorines caractérisé par un profil d'activité antitumorale et de tolérance supérieur à celui du cyclophosphamide. Il s'agit avec la doxorubicine de la substance la plus active dans les STM. La première étude ayant rapporté l'activité potentielle de l'ifosfamide chez des patients atteints de STM a été publiée en 1983. Dans cette étude, 42 patients atteints d'un STM avancé ont été traités avec des doses d'ifosfamide allant de 5 à 8 g/m2 toutes les trois semaines [2]. Le taux de réponse objective de 38 % était particulièrement prometteur. La plus large étude prospective évaluant l'activité de l'ifosfamide après échappement à une première ligne de chimiothérapie par doxorubicine a inclus 95 patients atteints de divers types de STM [3]. Le taux de réponse objective était de 18 %, la survie médiane atteignant sept mois. Dans cette étude, l'ifosfamide était administré à la posologie de 2 à 2,5 mg/m2 par jour en perfusion courte de quatre heures de j1 à j4 pour les 64 premiers patients. Un amendement du protocole a ensuite modifié les modalités d'administration pour une perfusion continue dont le profil de toxicité hématologique, neurologique et rénal semblait plus favorable. La perfusion continue d'ifosfamide serait néanmoins associée à une diminution de son activité antitumorale. Le taux de réponse objective était de 26 % chez les patients traités avec des bolus d'ifosfamide contre 9 % chez les patients traités avec une perfusion continue. Cette moindre efficacité potentielle de l'ifosfamide en perfusion continue n'a pas été confirmée par une récente étude de phase III ayant comparé l'efficacité de l'ifosfamide administré à la dose de 9 g/m2 en perfusion continue sur 72 heures à celle d'un schéma utilisant la même dose mais sous forme de bolus de 3 g/j pendant trois jours chez des patients atteints d'un STM en première ligne métastatique [4]. Cette absence de différence en termes d'activité clinique de ces deux schémas semble d'ailleurs corroborée par des données pharmacocinétiques montrant un profil similaire [5]. Comme pour la doxorubicine, une relation dose-efficacité de l'ifosfamide a été rapportée par plusieurs auteurs. Dans une étude de phase I incluant 20 patients atteints de sarcomes, des doses d'ifosfamide allant jusqu'à 18 g/m2 étaient administrées de manière fractionnée. La dose maximale tolérée était de 16 g/m2. Le taux de réponse objective observée était de 35 % chez des patients prétraités dont certains avaient déjà reçu de l'ifosfamide à des doses conventionnelles [6]. D'autres études non contrôlées ont également mis en évidence une augmentation du taux de réponse objective avec l'augmentation des doses d'ifosfamide [7]. D'authentiques réponses objectives ont été également observées chez des patients déjà exposés à des doses conventionnelles d'ifosfamide et traités avec des doses d'ifosfamide de 12 g/m2 [6, 8, 9]. La relation dose-efficacité de l'ifosfamide semble néanmoins moins nette au-delà de 12 g/m2 [10], probablement en raison d'une saturation de son métabolisme [11], et serait particulièrement associée à certains sous-types histologiques comme les synovialosarcomes [8, 9, 12]. Il convient néanmoins de considérer la toxicité hématologique particulièrement élevée des hautes doses d'ifosfamide avec des taux de neutropénies fébriles et d'infections atteignant respectivement 40 et 20 % dans la plus large étude évaluant cette modalité thérapeutique [9]. Dans un contexte de prise en charge palliative et alors que ce type d'approche n'a pas démontré de bénéfice en survie, les hautes doses d'ifosfamide ne peuvent être donc recommandées comme standard thérapeutique. Des doses comprises entre 5 et 10 g/m2, administrées en bolus ou en perfusion continue représentent donc le standard de prise en charge après échappement à la doxorubine chez des patients atteints d'un STM métastatique, en bon état général et non accessibles à une prise en charge chirurgicale.

Dacarbazine

L'activité de la dacarbazine dans les STM a été évaluée dès la fin des années 1970 par les centres investigateurs américains du SWOG et du MD Anderson [13]. Il n'existe que peu de données sur son rôle en monothérapie après échappement à une première ligne de chimiothérapie par doxorubicine et/ou ifosfamide. L'EORTC a conduit une phase II évaluant l'activité de la dacarbazine à la posologie de 1 200 mg/m2 toutes les trois semaines chez des patients atteints de STM métastatiques, en échappement après un traitement par doxorubicine et/ou ifosfamide. Sur 44 patients évaluables, sept patients (18 %) ont présenté une réponse objective [14]. Le profil de toxicité hématologique dans cette population de patients prétraités apparaissait plus sévère que celui observé dans des études précédentes ayant évalué une administration fractionnée sur cinq jours [15]. Plus récemment, l'activité de la dacarbazine a été évaluée dans une étude rétrospective ayant inclus 40 patients atteints de STM métastatiques en situation de progression après une première ligne de chimiothérapie par doxorubicine [16]. Vingt-six patients ont reçu une dose de 800 mg/m2 i.v. à j1, cinq patients ont reçu une dose de 400 mg/m2 i.v. par jour pendant deux jours et neuf patients une dose de 300 mg/m2 i.v. par jour pendant trois jours. Trois patients (7,5 %) ont eu une réponse objective et cinq (12,5 %) une stabilité tumorale. La moitié des patients avec un bénéfice clinique (réponse partielle ou stabilité) étaient porteurs d'un léiomyosarcome, ce qui confirmait des données plus anciennes suggérant la plus grande sensibilité des léiomyosarcomes à la dacarbazine en comparaison d'autres sous-types histologiques [13]. La survie sans progression était dans cette étude particulièrement courte (deux mois) traduisant l'activité en réalité très modeste de la dacarbazine dans cette situation clinique.

Trabectédine

La trabectédine est un agent alkylant isolé à partir de l’Ecteinascidia turbinata et actuellement obtenu par synthèse. Cette substance se lie au brin mineur de l'ADN, empêchant la progression du cycle cellulaire, notamment lors de la phase S, et inhibant ainsi la prolifération cellulaire. Le système de réparation de l'ADN par excision de nucléotides (système NER) joue probablement un rôle majeur dans la cytotoxicité de la trabectédine. Cette substance aurait ainsi pour particularité de recruter certaines protéines de ce système afin de former des complexes moléculaires toxiques pour la cellule et à l'origine de cassures double brin. L'absence de réparation de ces lésions double brin par le système de réparation par recombinaison homologue (HRR) faisant intervenir notamment la protéine BRCA1 entraînerait ainsi la mort cellulaire [17]. De ce fait, l'activité cytotoxique in vitro de la trabectédine est significativement plus faible sur les lignées cellulaires porteuses d'un système NER déficient et/ou HRR actif [17].

L'activité cytotoxique in vitro et in vivo de la trabectédine a été observée dans une large variété de lignées cellulaires et de modèles murins de xénogreffes de tumeurs solides humaines : STM, carcinome du sein, de l'ovaire, de la prostate, du rein, du poumon et du mélanome [18]. Cette activité cytotoxique apparaît particulièrement marquée dans le cadre des STM. Ainsi, l'activité cytotoxique de la trabectédine évaluée sur diverses lignées de STM est significativement plus importante que celles d'autres agents testés dans les mêmes conditions comme la doxorubicine, le paclitaxel ou l'étoposide [18]. Par ailleurs, les lignées de STM présentent une sensibilité à la trabectédine significativement plus élevée que celle de lignées de carcinomes coliques ou mammaires [18].

La première démonstration de l'activité clinique de la trabectédine chez des patients atteints d'un STM avancé a été rapportée en 2001. Cette étude avait inclus 25 patients atteints d'un STM non GIST en situation de progression tumorale après un traitement par anthracyclines et agent alkylants. Huit d'entre eux étaient traités dans le cadre d'un protocole de phase I. Quatre patients (14 %) ont présenté une réponse partielle, et dix (34 %) une stabilisation d'une durée supérieure à deux mois. Le taux de survie sans progression à six mois était de 28 % [19].

L'activité clinique de la trabectédine chez des patients atteints de STM avancés en situation d'échappement après anthracyclines a été confirmée par diverses autres études rétrospectives et prospectives dont les résultats sont résumés dans le tableau 1 [20-25]. Le taux de réponse objective est modeste, le plus souvent compris entre 4 et 8 %. En revanche, près de 20 % des patients bénéficient d'une stabilisation prolongée de leur maladie. Ainsi, le taux de survie sans progression à six mois est dans toutes les études supérieur à 20 %, proportion seuil pour considérer une substance comme active dans les STM métastatiques sur la base des données de l'EORTC [26]. L'activité de la trabectédine est particulièrement marquée dans certains sous-types histologiques comme les liposarcomes myxoïdes et/ou à cellules rondes et dans une moindre mesure les léiomyosarcomes. Cette sensibilité particulière des liposarcomes myxoïdes et/ou à cellules rondes à la trabectédine a été confirmée par deux études rétrospectives mettant en évidence, chez des patients en situation de progression tumorale après une ou plusieurs lignes de chimiothérapie, des taux de réponse objective et de survie sans progression à six mois spectaculaires atteignant, respectivement, 50 et 90 % [27, 28]. L'activité de la trabectédine dans les liposarcomes myxoïdes se traduirait dans certains cas en imagerie par une diminution de la densité tissulaire précédant ou non la réduction de la taille tumorale et similaire à celle observée dans les tumeurs stromales gastro-intestinales traitées par imatinib. Ainsi, les patients avec une stabilité en termes de critères RECIST tireraient le même bénéfice clinique que les patients avec une réponse objective [29]. Cette sensibilité particulière des liposarcomes myxoïdes à la trabectédine serait liée à l'interaction de cette substance avec la protéine chimérique codée par le gène de fusion FUS-CHOP résultant de la translocation t(12 ;16) caractéristique des liposarcomes myxoïdes. Des données récentes démontrent, en effet, que la trabectédine empêche la protéine chimérique FUS-CHOP de se lier à des séquences promotrices cibles [30]. Cela aurait notamment pour conséquence de favoriser la différenciation des lipoblastes en cellules matures.

Outre le type histologique, le profil moléculaire associé aux systèmes de réparation de l'ADN, NER et HRR, pourrait jouer un rôle comme facteur prédictif de réponse à la trabectédine. Dans une étude rétrospective, ayant inclus 113 patients porteurs d’un STM avancé et traités par trabectédine, la combinaison d’une expression élevée du gène ERCC5 (système NER) évaluée par RT-PCR permettrait d’identifier un sous-groupe de patients au profil évolutif particulièrement favorable (survie sans progression médiane : 6,4 mois, 95 % CI 1,5–11,3 versus 2,5 mois, 95 % CI 0,5–4,4 ; p = 0,012). Ce bénéfice serait limité aux patients porteurs de l’allèle 1104 Asp de ERCC5 alors que les patients porteurs de l’allèle 1104 His auraient une survie sans progression médiocre quelque soit le niveau d’expression observé [31]. Ces résultats devront néanmoins être confirmés de manière prospective par des études plus larges.

La trabectédine a obtenu, en 2007, une autorisation européenne de mise sur le marché dans l'indication de traitement des patients avec un STM (en particulier de type liposarcome ou léiomyosarcome) avancé, en situation de progression tumorale après exposition aux anthracyclines et à l'ifosfamide ou présentant une contre-indication à l'utilisation de ces substances. Administrée à la posologie de 1 500 μg/m2 sur 24 heures toutes les trois semaines qui doit impérativement être adaptée en fonction de la toxicité hépatique, elle représente actuellement, en dehors du contexte d'un essai thérapeutique, une deuxième ligne de choix dans les léiomyosarcomes avancés et une deuxième ou troisième ligne de choix dans les liposarcomes myxoïdes. La durée optimale de traitement n'est pas établie. Le profil de tolérance favorable de la trabectédine (toxicité hématologique mineure, absence de toxicité digestive, absence d'alopécie) pourrait permettre un traitement jusqu'à progression. Toutefois, des données récentes montrent la possibilité d'un bénéfice clinique lors de la réintroduction de la trabectédine chez des patients en situation de progression tumorale et, chez qui, le traitement avait été interrompu alors qu'ils présentaient une réponse objective ou une maladie stable [32]. Ces données qui restent à confirmer pourraient ainsi permettre d'introduire des pauses thérapeutiques chez les patients non progressifs.

Tableau 1 Activité de la trabectédine dans les sarcomes des tissus mous avancés.

Références

Méthodologie de l'étude

Schéma d'administration

n

Taux de réponse objective

Survie sans progression médiane (mois)

Taux de survie sans progression à 6 mois (%)

Survie globale médiane (mois)

Delaloge et al., 2001 [19]

Phase I + programme compassionnel

1,2-1,5 mg/m2 par 24 heures (j1 = j21)

29

14,0

2,8

28,0

NR

Yovine et al., 2004 [20]

Phase II, deuxième ligne

1,5 mg/m2 par 24 heures (j1 = j21)

54

3,7

1,9

24,1

12,8

Garcia-Carbonero et al., 2004 [21]

Phase II, deuxième ligne

1,5 mg/m2 par 24 heures (j1 = j21)

36

8,0

1,7

20,0

12,1

Le Cesne et al., 2005 [22]

Phase II, deuxième ligne

1,5 mg/m2 par 24 heures (j1=j21)

104

8,0

3,4

29,0

9,2

Huygh et al., 2006 [23]

Phase II deuxième ligne + programme compassionnel

0,9-1,5 mg/m2 par 24 heures (j1 = j21)

89

7,0

2,0

NR

8,2

Demetri et al., 2009 [24]

Phase II randomisée, deuxième ligne

Bras A : 1,5 mg/m2 par 24 heures (j1=j21) versus Bras B : 0,58 mg/m2 par 3 heures (j1 = j8 = j15 = j28)

270

Bras A : 3,3 Bras B : 2,3

Bras A : 13,9 Bras B : 11,8

Blay et al., 2009 [25]

Programme compassionnel

1,5 mg/m2 par 24 heures (j1=j21)

387

8,0

3,0

NA

10,1

Gemcitabine et docétaxel

Plusieurs études prospectives de phase II ou rétrospectives ont évalué l'activité de la gemcitabine dans les STM avancés. Deux d'entre elles ont inclus exclusivement des patients en situation de progression tumorale après une première ligne de traitement à base d'anthracycline [33, 34]. Ces deux études ont montré un taux de réponse objective modeste, inférieur à 10 %. Toutefois, ces réponses ont été exclusivement observées chez des patientes atteintes d'un léiomyosarcome utérin métastatique. Des données précliniques ont suggéré par ailleurs une synergie de l'association docétaxel-gemcitabine [35], alors que le docétaxel n'a qu'une activité très modeste, voire nulle en monothérapie dans les STM avancés [36]. Certaines études de phase II ayant évalué cette association chez des patients atteints de léiomyosarcomes avancés, dont certains n'étaient pas prétraités, ont montré des résultats particulièrement encourageants avec taux de réponse objective atteignant 53 % [37-38]. Sur la base de ces données et de celles obtenues chez des patients non prétraités, le groupe sarcome français a mené l'étude TAXOGEM qui avait pour objectif d'évaluer l'association de la gemcitabine au docétaxel chez des patients atteints d'un léiomyosarcome en situation de progression tumorale après une première ligne de traitement à base de doxorubicine. Les patients inclus dans l'étude TAXOGEM étaient stratifiés selon le site du léiomyosarcome initial : utérin versus extra-utérin, chaque strate correspondant à une étude de phase II distincte [39]. Au sein de chaque strate, les patients étaient randomisés soit dans un bras gemcitabine en monothérapie (1 000 g/m2 en perfusion i.v. de 100 minutes, j1, j8, j15, j1 = j28), soit dans un bras d'association de la gemcitabine au docétaxel (gemcitabine : 900 mg/m2 en perfusion i.v. de 90 minutes, j1, j8 ; docétaxel : 100 mg/m2 en perfusion de 60 minutes, j8, j1 = j21). L'objectif principal était le taux de réponse objective. Tous les patients avaient reçu au minimum une première ligne de traitement par anthracyclines. Les résultats de cette étude sont résumés dans le tableau 2. Quels que soient la strate considérée et le schéma de traitement, les taux de réponse objective étaient très modestes de l'ordre de 5 %. En revanche, les taux de progression à trois et à six mois étaient, respectivement, supérieurs aux taux de 40 et 20 % recommandés par l'EORTC pour considérer un régime de chimiothérapie comme actif dans les STM [26]. Par ailleurs, de manière contradictoire à ce qui avait été rapporté par une étude américaine, l'association docétaxel-gemcitabine n'apportait pas de bénéfice en termes de taux de réponse et de survie par rapport à la gemcitabine en monothérapie et était plus toxique notamment sur le plan hématologique.

Compte tenu de son activité et de son profil de tolérance, la gemcitabine en monothérapie peut donc être considérée comme une deuxième ligne de choix chez les patients atteints d'un léiomyosarcome métastatique en dehors d'un essai thérapeutique. Toutefois, à la différence de la trabectédine, la gemcitabine n'a pas été enregistrée par les autorités de tutelle dans cette indication.

Tableau 2 Activité du docétaxel et de la gemcitabine dans les léiomyosarcomes : résumé des résultats de l'étude TAXOGEM [39].

Bras de traitement

n

Réponse objective (%)

SSP (6 mois) [%]

SG (12 mois) [%]

Utérin

Gemcitabine

21

19

46

73

Gemcitabine-docétaxel

20

20

49

51

Extra-utérin

Gemcitabine

22

14

50

55

Gemcitabine-docétaxel

19

5

47

53

Autres agents cytotoxiques

Outre l'ifosfamide, la dacarbazine, la trabectédine, la gemcitabine et le docétaxel, plus d'une vingtaine d'autres substances cytotoxiques ont été évaluées dans les STM avancés après échec d'un traitement de première ligne par doxorobucine. Toutes ont été considérées comme inactives sur la base du taux de réponse objective médiocre dans une population de patients porteurs de sous-types histologiques très divers. Cette approche méthodologique a conduit à méconnaître le bénéfice clinique de certains agents dans des sous-groupes sélectionnés. Nous avons vu plus haut l'exemple de la gemcitabine associée à un bénéfice clinique indiscutable dans les léiomyosarcomes, en particulier d'origine utérine. Nous citerons comme autre exemple celui du paclitaxel. Deux études de phase II ont évalué l'efficacité de cette substance administrée à la posologie de 200-250 mg/m2 par 24 heures chez des patients atteints de STM avancés en situation de progression tumorale après une première ligne de traitement par anthracyclines [40, 41]. Aucune réponse objective n'a été observée, et le paclitaxel a donc été considéré comme une substance sans intérêt dans la prise en charge de ces patients. Néanmoins, certaines données rétrospectives ont suggéré un bénéfice clinique du paclitaxel chez les patients souffrant d'angiosarcome en particulier d'origine cutanée [42, 43]. Le groupe sarcome français a ainsi conduit une étude évaluant l'intérêt du paclitaxel administré de manière hebdomadaire à la posologie de 80 mg/m2 dans une population de 30 patients atteints d'angiosarcomes avancés, dont 11 en situation de progression tumorale après une ou plusieurs lignes de chimiothérapie [44]. Cinq patients sur 28 évaluables (18,5 %) ont eu une réponse objective dont deux une réponse objective complète. Le taux de non-progression à quatre mois était de 42 %. Si cette étude ne permet pas d'estimer avec précision la place du paclitaxel en situation de progression après traitement par doxorubicine, elle confirme clairement des données rétrospectives suggérant que le paclitaxel est la substance cytotoxique de choix en première ou en deuxième ligne de traitement des angiosarcomes, compte tenu de son activité et de son profil de tolérance plus favorable que celui de la doxorubicine.

Les schémas d'administration dits « métronomiques » de la chimiothérapie sont assez largement utilisés par les oncopédiatres. La cible n'est alors plus directement la cellule tumorale, mais la cellule endothéliale activée. Administrée de façon métronomique, la chimiothérapie aurait une action essentiellement antiangiogénique [45]. Cette approche basée sur l'utilisation de faibles doses de chimiothérapie permet de minimiser les toxicités qui lui sont habituellement associées (alopécie, toxicité médullaire, vomissements et autres toxicités organiques). Dans le cadre des STM, quelques données précliniques suggèrent une activité de ce type de protocole thérapeutique [46]. En revanche, les données cliniques sont quasi inexistantes [47]. Dans notre expérience, le cyclophosphamide ou l’étoposide oral administré à la posologie quotidienne de 50 mg/j, trois semaines sur quatre, avec une surveillance hématologique hebdomadaire, est associé à un bénéfice clinique significatif dans une population de patients largement prétraités [48]. Un monitorage du taux de cellules endothéliales circulantes pourrait, dans ce cadre, permettre d'optimiser encore l'efficacité de ce type de traitement. Cette approche mériterait ainsi d'être explorée dans le cadre de protocoles prospectifs en association ou non avec d'autres agents antiangiogéniques.

Conclusion

En cas de progression après une première ligne de chimiothérapie à base d'anthracyclines, les possibilités thérapeutiques restent limitées. Ainsi, l'inclusion dans un essai thérapeutique reste dans cette situation l'option de choix. Si ce choix n'est pas réalisable, divers traitements cytotoxiques peuvent être envisagés. L'ifosfamide, prescrit à des doses comprises entre 8 et 10 g/m2 en bolus ou en perfusion, constitue le standard de prise en charge après échappement à la doxorubicine. L'identification récente de la sensibilité particulière de certains types histologiques à telle ou telle substance a permis d'introduire des alternatives thérapeutiques. Ainsi, l'utilisation de la gemcitabine en monothérapie est associée à un bénéfice clinique significatif dans les léiomyosarcomes en particulier d'origine utérine. La trabectédine est particulièrement active dans les liposarcomes myxoïdes et dans une moindre mesure les léiomyosarcomes. Le paclitaxel représente une option de choix dans les angiosarcomes, notamment dans leur forme cutanée. Malgré quelques avancées récentes dans la caractérisation clinique et moléculaire des STM, l'approche thérapeutique actuelle des patients atteints d'un STM avancé reste encore très empirique. De nouvelles approches prometteuses basées sur une meilleure connaissance de la biologie des STM sont en cours de développement. Ainsi, des thérapeutiques moléculaires ciblant notamment mTOR et l'angiogenèse sont actuellement en développement dans différents types histologiques de sarcomes. L'identification de facteurs prédictifs de réponse aux divers agents cytotoxiques actuellement disponibles ainsi qu'aux nombreuses substances dites « ciblées » en cours de développement et présentées dans un autre article de ce numéro représente le principal enjeu pour les oncologues médicaux prenant en charge les patients souffrant de STM avancés.

Conflits d'intérêts

aucuns.

Références

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4 Lorigan P, Verweij J, Papai Z, Rodenhuis S, Le Cesne A, Leahy MG, et al. Phase III trial of two investigational schedules of ifosfamide compared with standard-dose doxorubicin in advanced or metastatic soft tissue sarcoma: a European Organisation for Research and Treatment of Cancer Soft Tissue and Bone Sarcoma Group Study. J Clin Oncol 2007 ; 25 : 3144-50.

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