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Incidence, épidémiologie des sarcomes et biologie moléculaire. Résultats préliminaires de l'étude EMS en Rhône-Alpes


Bulletin du Cancer. Volume 97, Numéro 6, 629-41, juin 2010, Synthèse

DOI : 10.1684/bdc.2010.1117

Résumé   Summary  

Auteur(s) : F Ducimetière, A Lurkin, D Ranchère-Vince, A-V Decouvelaere, S Isaac, C Claret-Tournier, Y Suignard, D Salameire, D Cellier, L Alberti, P-P Bringuier, J-Y Blay, I Ray-Coquard , Centre Léon-Bérard, Équipe d'évaluation des pratiques médicales, Lyon, France, Hôtel-Dieu, EA SIS 4129, 28, rue Laennec, 69002 Lyon, France, Centre Léon-Bérard, Département de pathologie, Lyon, France, Centre hospitalier Lyon-Sud, Hospices civils de Lyon, Département de pathologie, Lyon, France, Cabinet de pathologie, Chambéry, France, Cabinet de pathologie, Valence, France, Centre hospitalier universitaire, Département de pathologie, Grenoble, France, Merck Serono, Lyon, France, Centre Léon-Bérard, Inserm U590, Lyon, France, Hôpital Édouard-Herriot, Hospices civils de Lyon, Département de pathologie, Lyon, France, Hôpital Édouard-Herriot, Hospices civils de Lyon, UJOMM, Lyon, France.

Résumé : Les sarcomes représentent une pathologie rare en cancérologie, puisqu'ils représentent moins de 1 % des tumeurs malignes de l'adulte. Cette pathologie plus que toute autre pathologie cancéreuse nécessite une prise en charge multidisciplinaire, et ce, dès le diagnostic initial au moment de réaliser la biopsie qui permettra d'établir le diagnostic et de prévoir la prise en charge stratégique du patient. Plusieurs séries ont rapporté des données d'épidémiologie issues d'analyse rétrospective ou des registres généraux existant. Ces données nécessitent d'être confirmées par une analyse exhaustive dans une population donnée avec relecture du diagnostic anatomopathologique initial systématique. Pour essayer de décrire, de comprendre et aussi d'améliorer la prise en charge des sarcomes au niveau régional dans un premier temps puis au niveau national, nous avons réalisé une étude prospective analytique concernant l'organisation de la prise en charge des sarcomes dans la région Rhône-Alpes. Après une année de recueil de données, le nombre d'inclusions observé (372) est deux fois supérieur aux estimations attendues (200) d'après les registres de tumeurs. Afin de valider les résultats, nous avons prolongé cette étude sur une année supplémentaire afin de vérifier que la première année d'inclusion n'est pas une année exceptionnelle en termes d'incidence et comparer ces données avec celles recueillies pour la même année dans la région d’Aquitaine. Une relecture systématique de tous les diagnostics ainsi qu'une analyse en biologie moléculaire pour tous les prélèvements disponibles ont été réalisées. Il s'agit d'une étude descriptive, analytique et exhaustive de tous les sarcomes (tissus mous, osseux, utérins, GIST) diagnostiqués en 2005 et en 2006.

Mots-clés : sarcome, épidémiologie, biologie moléculaire, relecture pathologique systématique

ARTICLE

Auteur(s) : F Ducimetière1,2, A Lurkin1,2, D Ranchère-Vince3, A-V Decouvelaere3, S Isaac4, C Claret-Tournier5, Y Suignard6, D Salameire7, D Cellier8, L Alberti9, P-P Bringuier10, J-Y Blay9,11, I Ray-Coquard1,2

1Centre Léon-Bérard, Équipe d'évaluation des pratiques médicales, Lyon, France
2Hôtel-Dieu, EA SIS 4129, 28, rue Laennec, 69002 Lyon, France
3Centre Léon-Bérard, Département de pathologie, Lyon, France
4Centre hospitalier Lyon-Sud, Hospices civils de Lyon, Département de pathologie, Lyon, France
5Cabinet de pathologie, Chambéry, France
6Cabinet de pathologie, Valence, France
7Centre hospitalier universitaire, Département de pathologie, Grenoble, France
8Merck Serono, Lyon, France
9Centre Léon-Bérard, Inserm U590, Lyon, France
10Hôpital Édouard-Herriot, Hospices civils de Lyon, Département de pathologie, Lyon, France
11Hôpital Édouard-Herriot, Hospices civils de Lyon, UJOMM, Lyon, France

Article reçu le 10 Ao�t 2009, accepté le 8 F�vrier 2010

Introduction

Rappelons tout d'abord brièvement que le terme de cancer désigne, à l'inverse du phénomène de renouvellement des cellules, une multiplication cellulaire anormale et anarchique, formant ainsi une tumeur. Les sarcomes sont des tumeurs cancéreuses qui se développent à partir des cellules du tissu conjonctif, un tissu de soutien. Les sarcomes touchent essentiellement les tissus mous, davantage que les viscères et les os. Son originalité vis-à-vis des cancers plus classiques tient dans la multitude de ses sous-types.

Les sarcomes représentent de 1 à 2 % des cancers de l'adulte et 15 % des cancers de l'enfant. Les sarcomes ont une répartition particulière par âge et par sexe.

Les sarcomes des tissus mous (STM) de l'adulte représentent la grande majorité des sarcomes et environ 1 % des cancers [1]. On entend par STM l'ensemble des tumeurs originaires des tissus de soutien non osseux. Ils regroupent un large spectre d'entités histopathologiques différentes, de localisations ubiquitaires [2]. Cette définition a priori simple cache en fait des difficultés nosologiques ; mésothéliomes et sarcomes méningés représentent des entités cliniques et évolutives particulières qui sont étudiées à part ; pour les sarcomes viscéraux, l'organe d'origine peut imprimer des particularités cliniques et évolutives qui sont susceptibles de conduire à des stratégies thérapeutiques différentes ; en revanche, des tumeurs d'origine neuroectodermique et non pas mésodermique telles que les schwannomes malins ou neurofibrosarcomes, les neuroépithéliomes ou sarcomes d'Ewing des parties molles, ou encore les sarcomes à cellules claires restent assimilées à des STM. Il convient aussi de distinguer les sarcomes de l'enfant chez lequel le rhabdomyosarcome embryonnaire domine, mais chez qui, les sarcomes de type adulte évoluent aussi souvent de manière moins agressive.

Les sarcomes osseux regroupent également des entités clinicopathologiques distinctes. Les registres publient des données concernant l'ensemble des tumeurs osseuses, et il est difficile de connaître l'incidence exacte des seuls sarcomes osseux. Les tumeurs osseuses représentent 0,5 à 1 % des cancers dans le monde. Les sous-types largement prédominant sont les ostéosarcomes, les chondrosarcomes et les sarcomes d'Ewing. Les stratégies thérapeutiques sont totalement différentes pour ces trois entités, les ostéosarcomes et sarcomes d'Ewing bénéficiant de chimiothérapie néoadjuvante et adjuvante, alors que le chondrosarcome est traité directement par chirurgie.

Au-delà de ces considérations nosologiques, les sarcomes posent des problèmes à tous les stades de leur prise en charge. Leur rareté, la diversité des types histologiques, des localisations, l'hétérogénéité du risque évolutif tant sur le plan locorégional que sur celui de la dissémination font de leur diagnostic un des domaines les plus difficiles de l'anatomopathologie, et de leur traitement une entreprise dont toutes les étapes comportent encore des incertitudes et pour laquelle la concertation multidisciplinaire est une nécessité absolue.

Les sarcomes (tumeurs conjonctives) sont rares (1 200 nouveaux cas incidents par an en France [3]. L'absence d'enseignement universitaire ou postuniversitaire médical concernant ces tumeurs peu fréquentes entraîne des problèmes de prise en charge pour les praticiens à l'extérieur des centres de références. La prise en charge des sarcomes aborde plusieurs problèmes : la conformité aux recommandations, l'organisation en réseaux de soins, le rôle de la concertation multidisciplinaire sur la décision médicale, l'impact de la conformité aux recommandations et de la multidisciplinarité sur la survie des patients. La recherche de standards de prise en charge des malades atteints de sarcomes doit donc commencer au diagnostic histologique de la maladie [4].

Elle doit aussi s'intéresser aux critères à prendre en compte dans l'appréciation pronostique et aux moyens, en particulier histologiques et radiologiques, à mettre en œuvre pour les réunir. Les standards de traitement, quant à eux, doivent tenir compte, au-delà des indices d'efficacité comme leur incidence sur la survie et la survie sans rechute des malades, des résultats fonctionnels et des complications à long terme.

Le pronostic de ces tumeurs dépend essentiellement de la qualité de l'exérèse initiale par rapport au risque de récidive locale [5]. La survie globale et le risque de rechute métastatique sont corrélés avant tout au grade histologique de la tumeur [6]. Les trois facteurs pronostiques reconnus sont le grade histologique, la taille et la localisation tumorale [7].

Le sarcome étant un cancer assez méconnu, peu d'études épidémiologiques ciblées ont été réalisées. Néanmoins, celles-ci ont retrouvé un certain intérêt, notamment devant la difficulté des recherches médicales à véritablement identifier des facteurs pathogènes, autres que ceux liés au facteur génétique, à un antécédent médical ou à un traitement thérapeutique antérieur. En Europe, l'incidence des sarcomes est stable depuis 20 ans, sauf pour le sarcome de Kaposi dont la hausse suit la progression de l'épidémie du sida. L'objectif de ce travail est de restituer les données de la littérature sur ce sujet et de vous faire part des résultats de l'étude EMS, qui a analysé l'incidence et la répartition de l'ensemble des sarcomes diagnostiqués en 2005 en région Rhône-Alpes.

Épidémiologie descriptive et analytique

STM

Incidence

Les STM représentent moins de 1 % des cancers et peuvent se développer aussi bien au niveau de la peau ou d'autres organes que des tissus mous. Du fait des registres de tumeurs qui présentent leurs données avec une classification par organe, les publications précédentes, notamment du SEER (Surveillance, Epidemiology and End Results) américain sous-estiment l'incidence réelle [8, 9]. Par exemple, les estimations américaines en 1993 rapportaient 6 000 cas de STM par an, alors que les estimations réelles en tenant compte des autres localisations se situaient plutôt autour de 11 400 cas par an [10]. En Europe, les données d'Eurocare montraient une incidence des STM de 5,5 cas/100 000 en prenant en compte les critères morphologiques, mais seulement de 3,5 cas/100 000 avec les critères topographiques. En raison de leur caractère ubiquitaire, les STM sont souvent intégrés à d'autres localisations tumorales et donc comptabilisés parmi d'autres types de cancer (carcinome hépatocellulaire, cancer digestif épithéliaux, etc.).

En ce qui concerne les GIST, entité rare et non identifiée avant 1998, leur nombre est maintenant estimé à plus de 5 000 cas aux États-Unis par an avec une incidence dépassant 1 cas/100 000 dans plusieurs études et atteignant 1,5 cas/100 000 dans l'étude suédoise [11].

L'incidence annuelle des STM de l'adulte est estimée à 3-4,5/100 000 habitants par an [12], soit environ 100 fois moins que les tumeurs bénignes des parties molles estimées à 300/100 000 habitants par an [13].

Dans la littérature la répartition homme, femme est équilibrée (après exclusion des sarcomes de Kaposi liés à l'infection par VIH, 20 fois plus fréquent chez les hommes que chez les femmes) [13]. Les STM sont observés à tous les âges mais l'incidence augmente avec l'âge : 50 % sont observés après 65 ans dans les séries de la littérature [14].

Classification

La classification utilisée jusqu'en 2000 était celle d'Enzinger et Weiss [2]. Il s'agit d'une classification histogénétique fondée sur l'aspect morphologique (ou type) des cellules qui prolifèrent en comparaison avec les cellules normales. Plus de 50 sous-types histologiques sont décrits dans la classification réactualisée de la World Health Organization [15], et de nouvelles reclassifications ont été décrites grâce aux analyses moléculaires récentes [16] (tableau 1).

Les données publiées avant la nouvelle classification de 2002 montraient que les sarcomes ayant une ligne de différenciation définie les plus fréquents étaient le léiomyosarcome, le liposarcome et le rhabdomyosarcome (notamment chez l'enfant) [12]. Toutefois il existe des variations dans cette répartition. Le léiomyosarcome est plus fréquent chez la femme du fait des léiomyosarcomes utérins, ainsi Levi et al. rapportent une incidence des léiomyosarcomes de 0,9 sur 1 000 000 chez l'homme et 1,28/100 000 chez la femme [12]. L'histiocytofibrome malin est de plus en plus considéré comme un sarcome à cellules pléomorphes, peu différencié, et pour lequel une ligne de différenciation n'a pu être mise en évidence. Cette tumeur, qui représente environ 30 % de l'ensemble des STM de l'adulte dans la plupart des séries, peut donc correspondre soit à un sarcome véritablement indifférencié, soit à un sarcome ayant une ligne de différenciation qui n'a pu être mise en évidence par manque d'investigations adaptées [17]. Ainsi, dans le rétropéritoine, la plupart des cas correspondent en fait à un liposarcome dédifférencié [18]. Cinq à 15 % des cas restent inclassés en dehors des tumeurs étiquetées histiocytofibrome malin. Les types histologiques observés varient en fonction de l'âge du patient, du siège de la tumeur et de certains antécédents tels qu'une radiothérapie antérieure.

La classification d'un sarcome repose principalement sur l'examen histologique standard. Elle reste très délicate, avec des discordances entre observateurs allant de 16 à 33 % des cas [19]. En cas de difficulté de classification, deux techniques spéciales peuvent aider à préciser la ligne de différenciation d'un sarcome : l'immunohistochimie et l'étude en cytogénétique et en biologie moléculaire.

Tableau 1 Classification histogénétique des sarcomes (adaptée d'après l'OMS).

Sarcomes des tissus mous

Tumeurs adipeuses

Tumeur lipomateuse atypique/liposarcome bien différencié

Liposarcome dédifférencié

Liposarcome myxoïde

Liposarcome pléomorphe

Tumeurs fibroblastiques/myofibroblastiques

Tumeur fibreuse solitaire

Tumeur myofibroblastique inflammatoire

Sarcome myofibroblastique de bas grade

Sarcome fibroblastique myxoinflammatoire

Sarcome fibroblastique

Fibrosarcome infantile

Fibrosarcome adulte

Myxofibrosarcome

Sarcome fibromyxoide de bas grade

Fibrosarcome épithélioïde sclérosant

Dermatofibrosarcome de Darier et Ferrand

Tumeurs dites fibrohistiocytiques

MFH pléomorphe/sarcome pléomorphe indifférencié

MFH à cellules géantes/sarcome pléomorphe indifférencié à cellules géantes

MFH inflammatoire/sarcome pléomorphe indifférencié inflammatoire

Tumeurs des muscles lisses

Léiomyosarcome

Tumeurs des muscles squelettiques

Rhabdomyosarcome embryonnaire

Rhabdomyosarcoma alvéolaire

Rhabdomyosarcome pléiomorphe

Tumeurs vasculaires

Sarcome de Kaposi

Hémangioendothéliome épithélioïde

Angiosarcome

Tumeurs chondro-osseuses

Chondrosarcome mésenchymal

Ostéosarcome extrasquelettique

Tumeurs de différenciation incertaine

Synovialosarcome

Sarcome épithélioïde

Sarcome alvéolaire des tissus mous

Sarcome à cellules claires des tissus mous

Chondrosarcome myxoïde extrasquelettique

Sarcome d'Ewing/PNET

Sarcome d'Ewing extrasquelettique

Tumeur desmoplastique à cellules rondes

Tumeur rhabdoïde extrarénale

Mesenchymome malin

PECome

Sarcome intimal

GIST (tumeur stromale gastro-intestinale)

Sarcomes osseux

Tumeurs cartilagineuses

Chondrosarcome central, primaire ou secondaire

Chondrosarcome périphérique

Chondrosarcome dédifférencié

Chondrosarcome mésenchymateux

Chondrosarcome à cellules claires

Tumeurs ostéogéniques

Ostéosarcome conventionnel (chondroblastique, fibroblastique ou ostéoblastique)

Ostéosarcome télangiectasique

Ostéosarcome à petites cellules

Ostéosarcome central de bas grade

Ostéosarcome secondaire

Ostéosarcome parostéal

Ostéosarcome périostéal

Ostéosarcome de surface de haut grade

Tumeurs fibrogéniques

Fibrosarcome

Tumeurs fibrohistiocytaires

Histiocytome fibreux malin

Sarcome d'Ewing/PNET

Sarcome d'Ewing

Tumeurs à cellules géantes

Tumeur maligne à cellules géantes

Tumeurs notochordales

Chordome

Tumeurs vasculaires

Angiosarcome

Tumeurs des muscles lisses

Léiomyosarcome

Tumeurs lipogéniques

Liposarcome

Anomalies cytogénétiques

Les anomalies cytogénétiques sont fréquentes dans les sarcomes qui peuvent être séparés en deux catégories. Un groupe présentant des anomalies cytogénétiques et moléculaires spécifiques et relativement simples comme les gènes de fusion ou les mutations. Un autre groupe présentant des anomalies non spécifiques et possédant un caryotype complexe [20] (tableau 2).

Tableau 2 Anomalies cytogénétiques connues, d'après Skubitz et al.

Type histologique

Evénement cytogénétique caractéristiquea

Gène impliquéb

Sarcome alvéolaire des parties molles

t(X;17)(p11;q25)

ASPSCR1-TFE3 (ASPL-TFE3) fusion

Liposarcome bien différencié

Chromosome 12 en anneau

Liposarcome myxoïde / à cellules rondes

t(12;16)(q13;p11)

FUS-DDIT3 (TLS-CHOP) fusion

t(12;22)(q13;q12)

EWSR1-DDIT3 (EWS-CHOP) fusion

Liposarcome pléomorphe

Complexec

Histiocytome fibreux malin

Complexec

Histiocytome fibreux malin myxoïde

Chromosome 12 en anneau

Leiomyosarcome

Délétion de 1p

Synovialosarcome monophasique

t(X;18)(p11;q11)

SS18-SSX1 (SYT-SSX1) ou

SS18-SSX2 (SYT-SSX2) fusion

Synovialosarcome biphasique

t(X;18)(p11;q11)

S18-SSX1 (SYT-SSX1) fusion

MPNST

Complexec

Sarcome d’Ewing / PNET

t(11;22)(q24;q12)

EWSR1-FLI1 (EWS-FLI1) fusion

t(21;22)(q12;q12)

EWSR1-ERG (EWS-ERG) fusion

Tumeur desmoplastique à cellules rondes

t(11;22)(p13;q12)

EWSR1-WT1 (EWS-WT1) fusion

Dermatofibrosarcome de Darier et Ferrand

Chromosomes 17 et 22 en anneau

COL1A1-PDGFB fusion

t(17;22)(q21;q13)

COL1A1-PDGFB fusion

Sarcome stromal endométrial

t(7;17)(p15;q21)

JAZF1- SUZ12 (JAZF1-JJAZ1)

Tumeur stromale gastro intestinale

Monosomies 14 et 22

Mutation de KIT ou PDGFRA

Délétion de 1p

Fibrosarcome infantile

t(12;15)(p13;q26)

ETV6-NTRK3 fusion

Ostéosarcome de bas grade

Chromosomes en anneau

Ostéosarcome de haut grade

Complexec

RB1 et TP53 (Rb et p53) inactivation

Chondrosarcome extrasquelet. myxoïde

t(9;22)(q22;q12)

EWSR1-NR4A3 (EWS-NR4A3) fusion

t(9;17)(q22;q11)

TAF15-NR4A3 (TAF2N-NR4A3) fusion

Chondrosarcome

Complexec

Rhabdomyosarcome alvéolaire

t(2,13)(q35;q14)

PAX3-FOXO1 (PAX3-FKHR) fusion

t(1;13)(p36;q14), chromosomes

minuscules doubles

PAX7-FOXO1 (PAX7-FKHR) fusion

Rhabdomyosarcome embryonnaire

Trisomies 2q, 8 et 20

Perte d’hétérozygotie à 11p15

Tumeur myofibroblastique inflammatoire

Réarrangement 2p23

ALK gènes fusion

Sarcome à cellules claires

t(12;22)(q13;q12)

EWSR1-ATF1 (EWS-ATF1) fusion

Facteurs étiologiques et facteurs de risques

Facteurs endogènes

Quatre maladies génétiques sont associées à la survenue de STM : le syndrome de Li-Fraumeni, la neurofibromatose de von Recklinghausen, le rétinoblastome bilatéral et le syndrome de Werner [13]. Le syndrome de Li-Fraumeni est lié à la mutation du gène de p53 (locus 17p13). Plusieurs types de tumeurs sont diagnostiqués dans les familles atteintes (cancer du sein, sarcomes, tumeurs cérébrales, ORL, poumon, etc.) [21]. La neurofibromatose de von Recklinghausen dans sa forme périphérique est liée à une mutation du gène nf1 qui code pour la protéine neurofibrine. Quatre à 7 % des patients mutés développent des STM type sarcomes des nerfs des gaines périphériques et 42 % des sarcomes des nerfs des gaines périphériques sont associés à une neurofibromatose [22]. Les patients porteurs d'une neurofibromatose de type 2, elle aussi, liée à une anomalie autosomique dominante ont un risque important de développer un méningiome ou des sarcomes des gaines des nerfs crâniens, notamment du nerf vestibulaire. Le rétinoblastome héréditaire, lié à une altération de l'anti-oncogène Rb, augmente le risque de développer un sarcome (STM ou ostéosarcome notamment radio-induit, et risque corrélé à la dose d'irradiation) [23]. Le syndrome de Werner (gène impliqué 8p) est associé à un risque important de tumeurs malignes non épithéliales comme les sarcomes ou les tumeurs cérébrales [24].

D'autres syndromes génétiques, comme le syndrome de Gardner (anomalie autosomique dominante) lié à une mutation du gène APC, associent polypose colique familiale, tumeurs mésenchymateuses type tumeurs desmoïdes, voire fibrosarcomes [25]. L'ataxie-télangiectasie est une maladie autosomique récessive caractérisée par un déficit de l'immunité humorale, des troubles neurologiques centraux et la survenue d'un lymphome. Le gène responsable At est situé en 11q22-23. Cette pathologie est parfois associée à la survenue de léiomyosarcomes utérins ou de sarcomes de Kaposi [26].

Facteurs iatrogènes

Bien que les sarcomes surviennent en général spontanément, quelques facteurs de risques ont été identifiés. L'exposition aux radiations ionisantes augmente le risque de sarcomes typiquement sept à dix ans (rangs 2 à 67 ans) après l'exposition, notamment pour les patients irradiés pour un cancer cervical, du sein ou un lymphome [27]. La prévalence de ces sarcomes est faible (0,14 à 0,2 %). Il s'agit fréquemment de STM (angiosarcomes, fibrosarcomes) ou ostéosarcomes. Le risque est corrélé à la dose d'irradiation : augmentation du risque relatif de 3,2/100 joules [28]. De rares STM ont été décrits après irradiation de lésions bénignes comportant une dose faible, en revanche le risque est majeur pour les doses supérieures à 50 grays [29]. Leur grade histologique est élevé, et le pronostic péjoratif [30]. D'autres facteurs de risque incluent le syndrome de Stewart-Treves (angiosarcomes ou lymphangiosarcomes de haut grade décrits sur lymphodèmes chroniques du membre supérieur après chirurgie mammaire). Le risque est très faible (116 cas pour 122 991 patients suivis après cancer du sein). Le délai moyen d'apparition est long (dix ans en moyenne) et le pronostic mauvais malgré une chirurgie mutilante [31]. Des sarcomes hépatiques (angiosarcomes notamment) ont été décrits après utilisation du thorostat (radio isotope utilisée comme produit de contraste dans les années 1950) [32]. Enfin, six cas de STM (angiosarcomes, ou sarcomes inclassés) ont été rapportés en regard de prothèses vasculaires en dacron (délai quatre mois à dix ans) [33]. D'autres facteurs professionnels sont suspectés. L'exposition aux herbicides type chlorophénol, phénoxy-herbicide ont été étudiés dans plusieurs études cas-témoins ou des études de cohorte [34], celles-ci, malgré des cohortes de plus de 20 000 sujets, relatent un nombre d'événements faible, de fait, le rôle des facteurs professionnels reste controversé [13]. Ces mêmes substances ou produits proches (dioxine) semblent être incriminés comme carcinogènes environnementaux pour les enfants nés en milieu rural: pollution de la nappe phréatique, proximité d'incinérateurs et armes biologiques [35]. L'analyse du rôle des pesticides est rendue difficile par leur hétérogénéité, ainsi le produit utilisé aux États-Unis est différent de celui utilisé en Suède par exemple. L'étude de cohorte de Simonato et al. a bien confirmé le lien entre angiosarcome hépatique et chlorure de vinyle chez les ouvriers exposés au chlorure de vinyle monomère avec un excès de risque estimé à 45 [36]. À ce titre, l'angiosarcome hépatique est reconnu comme maladie professionnelle 20D pour l'arsenic et 52 pour le chlorure de vinyle monomère [13]. Hormis les causes professionnelles, d'autres causes sont suggérées par des études cas-témoins comme certaines infections virales (HHV8, HSV, oreillons, varicelle) [37] ou la surcharge pondérale [38]. Le tabac n'a été mis en cause que dans une seule étude [39]. Les microtraumatismes musculotendineux ont été étudiés dans deux études différentes chez des sportifs de haut niveau, les résultats sont contradictoires [13]. À noter le rôle possible des stéroïdes anabolisants dans l'apparition d'angiosarcomes [34].

Sarcomes osseux primitifs

Les sarcomes osseux les plus fréquents sont l'ostéosarcome, le chondrosarcome et le sarcome d'Ewing. La prise en charge de ces tumeurs a radicalement changé durant ces 30 dernières années, notamment en termes de chirurgie conservatrice, et la survie des patients s'est, elle aussi, remarquablement améliorée [40].

Ostéosarcomes

Épidémiologie et facteurs de risques

Les ostéosarcomes sont les sarcomes osseux les plus fréquents (un tiers des tumeurs malignes osseuses), mais ils doivent être considérés comme rares, représentant moins de 5 % des cancers de l'enfant. Environ 400 cas sont diagnostiqués chaque année aux États-Unis, la majorité chez des enfants ou des adultes jeunes [41]. Ils sont caractérisés par la production d'os ostéoïde immature par les cellules tumorales. Ils présentent une incidence biphasique, avec un premier pic à l'adolescence et un second chez les adultes âgés. La majorité survient sur les os longs. L'incidence en France est estimée entre 100 et 150 cas par an [42].

Bien que la plupart des ostéosarcomes soient sporadiques, quelques facteurs de risque sont associés, notamment les antécédents de radiothérapie ou de chimiothérapie comportant des agents alkylants ou des anthracyclines. La maladie de Paget caractérisée par un turn over cellulaire osseux accéléré augmente le risque d'ostéosarcome [43]. Quelques autres situations bénignes incluant l'ostéomyélite, l'ostéochondrome, l'enchondrome et la dysplasie fibreuse ont été associées au risque d'ostéosarcome. Les maladies génétiques types Rb et Li-Fraumeni, sont aussi associées à une incidence plus élevée d'ostéosarcome [40].

Alors que les ostéosarcomes de haut grade sont des tumeurs à génétique complexe, les ostéosarcomes de bas grade ont un profil génétique simple avec la présence de chromosomes en anneaux (tableau 2), formés par des amplifications des gènes MDM2 et CDK4. Ces données soulèvent d'ailleurs l'hypothèse d'une histogenèse commune des liposarcomes bien différenciés et des ostéosarcomes de bas grade [42].

Sarcome d'Ewing

La découverte des anomalies cytogénétiques dont la plus fréquente est la translocation fusionnant le gène EWS du chromosome 22 avec le gène FLI1 du chromosome 11 a situé la tumeur d'Ewing dans le cadre plus large des tumeurs neuroectodermiques. Cette translocation est spécifique pour ces tumeurs et elle est actuellement la base de leur définition. Elle a de plus fourni un nouvel outil diagnostique et aussi probablement pronostique s'ajoutant à l'imagerie et à l'examen histologique.

Épidémiologie et facteurs de risques

La famille des sarcomes d'Ewing inclut les tumeurs d'Ewing et les tumeurs neuroectodermiques périphériques (PNET). Le sarcome d'Ewing est un sarcome rare développé généralement au niveau des os longs des adolescents ou adultes jeunes, mais il peut être diagnostiqué à tous les âges et aussi au niveau des tissus mous. Le sarcome d'Ewing est caractérisé par la translocation du gène EWSR1 situé sur le chromosome 22 et un autre chromosome, généralement le 11 ou le 21, générant un gène de fusion EWS-FLI1 ou EWS-ERG (tableau 2) [44]. Le sarcome d'Ewing est la deuxième tumeur maligne osseuse la plus fréquente chez les adolescents et adultes jeunes. Sur les 600 tumeurs osseuses malignes diagnostiquées chaque année aux États-Unis, 200 sont des sarcomes d'Ewing [40]. Le pic d'incidence se situe entre 10 et 20 ans, les patients plus jeunes ou plus âgés représentant moins de 30 % [45]. Pour des raisons inconnues, les sarcomes d'Ewing sont plus fréquents chez les personnes de race blanche plutôt que noire ou asiatique. Aucun facteur de risque héréditaire, congénital ou environnemental n'est à ce jour associé au risque de développer un sarcome d'Ewing [40].

Histologie et biologie moléculaire

En 1983, Aurias et al. décrivent la présence d'une translocation chromosomique équilibrée retrouvée dans 83 % des sarcomes d'Ewing. La translocation t(11;22)(q24;q12) devient un marqueur cytogénétique spécifique de cette entité tumorale. L'année suivante, elle est identifiée dans les cellules de PNET [46]. Le séquençage moléculaire de l'ADN révèle que la translocation entraîne de façon constante la fusion du gène EWS porté par le chromosome 22 avec l'homologue humain du gène FLI1 de la souris, porté sur le chromosome 11. Il faut attendre 1994 pour que soit mis en évidence par RTPCR (reverse transcriptase polymerase chain reaction) le transcrit de fusion issu de l'expression du gène chimère EWS-FLI1. Retrouvé dans plus de 95 % des cellules d'Ewing et de PNET, l'ARNm d'EWS-FLI1 devient un marqueur génétique très spécifique [47]. La translocation t(11;22)(q24;q12) est la plus fréquente, aboutissant au gène de fusion EWS-FLI1 (90 %). Il existe deux variants de fusion chimérique principaux, correspondant aux différents points de cassure : la forme commune (60 %), dite de type 1, et le type 2, correspondant à 25 % des cas. L'oncogénicité probable de la protéine chimérique peut être expliquée par la vocation des deux gènes impliqués dans la translocation. Le gène EWS en 22q12 est un gène d'expression ubiquitaire, codant pour un cofacteur de la transactivation (« allumage » de gènes cibles par activité transcriptionnelle). Le gène FLI1 en 11q24, lui, code pour un facteur de transcription dont l'expression est essentiellement, et normalement, limitée aux stades précoces de l'hématopoïèse, de l'angiogenèse et du développement neuroectodermique. En 1990, Kovar et al. découvrent une liaison génétique supplémentaire partagée par le sarcome d'Ewing et le PNET : ces deux entités néoplasiques surexpriment de façon constante le gène MIC2 codant pour la protéine transmembranaire CD99 [48]. Le sarcome d'Ewing n'est donc que la forme indifférenciée des tumeurs neuroectodermiques, dont le neuroépithéliome représente la forme différenciée. La famille des tumeurs d'Ewing devient alors une famille de tumeurs neuroectodermiques regroupant l'ancien « sarcome » d'Ewing, le PNET, la tumeur d'Askin, et les quelques sarcomes d'Ewing à localisations « extraosseuses ». Elle est caractérisée par la présence d'un transcrit de fusion issu de l'expression génique de la t(11;22)(q24;q12).

Chondrosarcome

Le chondrosarcome est une tumeur cartilagineuse maligne. Les principaux sites sont le bassin (31 %), le fémur (21 %) et l'épaule (13 %) [42]. Cette tumeur est très rare au niveau des petits os : tout en étant la plus commune des tumeurs malignes primitives de la main, elle représente seulement 1,5-3 % de la totalité des chondrosarcomes [49]. Le chondrosarcome peut être primitif ou survenir sur une lésion préexistante : chondrome solitaire, chondromes multiples, maladie d'Ollier, syndrome de Maffuci [50].

Épidémiologie

Sur le plan épidémiologique, le chondrosarcome se manifeste chez les patients de plus de 40 ans avec un pic de fréquence entre 50 et 70 ans. Des cas plus jeunes ont été rapportés, 11, 17, 20, 21 ans et autour de 30 ans. Il existe une prédominance féminine [51].

On distingue classiquement le chondrosarcome central du chondrosarcome périphérique. Le premier se développe à partir de la médullaire et y reste longtemps localisé. On le retrouve au niveau de la diaphyse ou de la métaphyse [52] et plus rarement au niveau de l'épiphyse. À l'inverse, le chondrosarcome périphérique serait indolore et se développerait à partir d'un ostéochondrome ou d'un chondrome juxtacortical. Il naît à proximité de la corticale et s'étend vers les tissus mous. Le taux de métastase et de récidive n'est pas clairement établi. Pour Muller, les métastases sont tardives, et la localisation est surtout pulmonaire. Comme pour la plupart des tumeurs malignes, le taux de métastase est fonction du grade histologique et de la taille de la tumeur. Bovee et al. pensent que le taux de métastase dépend de la localisation de la tumeur : le risque serait dix fois plus important en cas d'atteinte des métacarpiens ou des métatarsiens (18 %) par rapport aux atteintes phalangiennes (1,8 %) [53].

Histologie et biologie moléculaire

L'examen macroscopique confirme la malignité s'il y a une rupture de la corticale, une extension aux parties molles ou des nodules de perméation. La surface tumorale est bosselée et recouverte d'une pseudocapsule avec des nodules de perméation. Comme toute tumeur des tissus mous, l'examen microscopique devra préciser la profondeur, la taille et le grade de malignité, c'est-à-dire les trois facteurs pronostiques essentiels pour la survie des patients. Le grading histologique prend en compte la densité cellulaire, la taille des noyaux et le degré d'hyperchromatisme nucléaire. Suivant la classification d'Evans classant les chondrosarcomes en trois grades du plus différencié (grade I) au moins différencié (grade III), le grade I pose des problèmes diagnostiques avec le chondrome [54]. Les éléments microscopiques qui orientent vers le diagnostic de chondrosarcome sont :
  • la présence de cellules présentant un noyau plus dense et parfois même turgescent (moins de 5 % dans le grade I) ;
  • les chondrocytes renfermant un noyau double ou paraissant multinucléés ;
  • l'essaimage des chondrocytes dans les tissus.

Le diagnostic histologique est rendu d'autant plus difficile que la pièce de biopsie est sous forme de curetage.

À noter que les chondrosarcomes myxoïdes extrasquelettaux sont définis par la présence d'un gène de fusion entre le récepteur CHN1/NR4A3 et un de ces partenaires fréquents : EWSR1.

Confirmation des données d'incidence et apport de la biologie moléculaire : étude EMS en région Rhône-Alpes

Objectifs et méthodes

Les apports récents de la biologie moléculaire ont conduit à une nouvelle classification des sarcomes en 2002. Par ailleurs, les nombreuses séries publiées concernant l'incidence des sarcomes ont toujours étudié séparément les STM des sarcomes osseux, ou les sarcomes adultes des sarcomes pédiatriques. Les sarcomes viscéraux ayant pour leur part rarement été identifiés exhaustivement. L'objectif de l'étude en Rhône-Alpes était de calculer l'incidence réelle globale des sarcomes portant sur des diagnostics avérés et prenant en compte la totalité des sous-types histologiques de la nouvelle classification. Par aileurs, cette étude permettait d'étudier la distribution des sous-types histologiques et des sous-types moléculaires. Pour cela, il était nécessaire d'obtenir les nouveaux cas de sarcome de la région, de façon exhaustive pendant deux années consécutives, avec une relecture systématique des diagnostics par un pathologiste expert et la réalisation des examens de biologie moléculaire.

La région Rhône-Alpes représente 10 % de la population de la France avec six millions d'habitants (équivalent d'un petit pays tel que la Norvège ou la Finlande). En 2005, il y avait 43 laboratoires de pathologie regroupant 158 pathologistes. Les critères d'inclusion étaient les suivants : nouveau cas de sarcome diagnostiqué initialement entre le 1er mars 2005 et le 28 février 2007, tout type de sarcome (tissus mous, osseux, viscéraux, GIST, utérins, sarcomes dermatologiques). Les critères d'exclusion étaient : récidive d'un sarcome diagnostiqué dans les années antérieures, date de biopsie antérieure au 1er mars 2005, patient habitant en dehors de la région Rhône-Alpes à la date de diagnostic (grâce au code postal d'habitation) et diagnostic différent d'un sarcome après la relecture par le pathologiste expert (les tumeurs trop indifférenciées ou diagnostiquées sur du matériel trop exigu pour lesquelles le pathologiste expert ne pouvait trancher entre un sarcome et un autre cancer ont été exclues).

Les laboratoires de pathologie nous ont déclaré leurs cas de façon prospective à partir du 1er mars 2005, d'après une liste des codes Adicap établie par le pathologiste expert (D. Ranchère-Vince, Centre régional de lutte contre le cancer [CRLCC] Léon-Bérard à Lyon). Afin de contrôler l'exhaustivité des déclarations, la liste des cas obtenus a été comparée avec d'autres sources : séjours hospitaliers au CRLCC, cas envoyés pour avis au pathologiste expert de la région, registre pédiatrique de la région (Arcerra, exhaustif pour les 0-15 ans) [55] et la liste des patients dont les dossiers sont passés en RCP au CRLCC. En même temps que le compte rendu anatomopathologique, les pathologistes nous envoyaient un bloc de tumeur. Les deux pathologistes spécialistes des sarcomes du CRLCC (D. Ranchère-Vince, A.-V. Decouvelaere) ont revu toutes les tumeurs pour lesquelles un bloc était disponible. L'immunohistochimie a été répétée et complétée, les examens de cytogénétique et de biologie moléculaire réalisés (Fish, PCR, séquençage). Les dossiers médicaux des patients ont tous été consultés dans les établissements les ayant pris en charge afin de vérifier les critères de sélection et de collecter les données.

L'incidence brute et l'incidence standardisée sur l'âge ont été calculées grâce aux recensement Insee des populations de Rhône-Alpes et de la France au 1er janvier 2006.

Résultats

Nous décrivons ici les résultats obtenus pour la première année d'étude, les résultats de la deuxième année servant uniquement de validation.

Entre mars 2005 et février 2006, 691 tumeurs suspectées d'être un sarcome nous ont été déclarées par l'ensemble des pathologistes de Rhône-Alpes. Trois cent soixante-douze remplissaient les critères d'inclusion (les 319 exclues sont : 42 avec une date de diagnostic en dehors de la période de l'étude, 130 en récidive locale ou métastatique, 77 n'habitant pas en Rhône-Alpes, 70 ayant un diagnostic après relecture différent d'un sarcome). Les 28 laboratoires de pathologie privés ont diagnostiqué 62 % des sarcomes, tandis que les centres hospitaliers et le CRLCC ont diagnostiqué 38 % des cas. Les caractéristiques des patients sont décrites dans le tableau 3.

Distribution des sous-types histologiques et incidence

Les GIST sont les sarcomes les plus fréquents, représentant 18 % de la totalité des cas de sarcomes, avec une incidence brute de 1,1 cas pour 100 000 habitants en région Rhône-Alpes. L'incidence chez les femmes est de 1,4 cas/100 000, alors que chez les hommes elles représentent 0,9 cas/100 000. Viennent ensuite les sarcomes inclassés (16 %), les liposarcomes (15 %) et les léiomyosarcomes (11 %). Les quatre premiers sous-types représentent à eux seuls 60 % des sarcomes. L'incidence brute des sarcomes en Rhône-Alpes est de 6,2 cas/100 000, avec une incidence respective de 6,5 cas/100 000 chez les hommes et de 5,9 cas/100 000 chez les femmes. L'incidence standardisée sur l'âge selon la population de référence française est de 6,3 cas/100 000. L'incidence brute respective des STM, sarcomes viscéraux et sarcomes osseux est de 3,6, 2 et 0,6 cas/100 000, alors qu'elle est respectivement de 4,3, 1,5 et 0,7 chez les hommes, et de 2,9, 2,5 et 0,5 chez les femmes (tableau 4).

Seize sarcomes (4 %) étaient des tumeurs radio-induites (huit sarcomes inclassés, cinq angiosarcomes, deux ostéosarcomes et un léiomyosarcome).

Tableau 3 Caractéristiques des tumeurs en région Rhône-Alpes (2005).

Caractéristiques

Nombre de patients (%)

Sex-ratio H/F

1,05

Hommes

191

(51)

Femmes

181

(49)

Type de sarcome

Tissu mou

213

(57)

Viscéral

122

(33)

Osseux

37

(10)

Âge au diagnostic (ans)

Médiane

60

Minimum-maximum

0-92

< 18

27

(7)

18 < < 75

264

(71)

> 75

81

(22)

Site de la tumeur

Tronc

212

(57)

Abdomen

112

(30)

Thorax

50

(13,5)

Pelvis

50

(13,5)

Membres

131

(35)

Membres inférieurs

92

(25)

Membres supérieurs

39

(10)

Tête et cou

29

(8)

Taille de la tumeur (cm)

≤ 5

147

(39)

5 < ≤ 10

107

(29)

> 10

84

(23)

Inconnue

34

(9)

Localisation

Profonde

292

(78)

Superficielle

80

(22)



Tableau 4 Répartition des sous-types histologiques, taux d'incidence brut et taux d'incidence standardisé sur l'âge des sarcomes en région Rhône-Alpes (2005)a.

Sous-types histologiques

Nombre

Sexe n (%)

Âge

Taux d'incidence brute/100 000b

Taux d'incidence standardisé/100 000b

n

(%)

Hommes

Femmes

Med

(Min-max)

Totale

Hommes

Femmes

GIST

67

(18,0)

25

(37)

42

(63)

66

(34-91)

1,1

0,9

1,4

1,2

Sarcome inclassé

59

(15,9)

37

(63)

22

(37)

66

(10-92)

1,0

1,3

0,7

1,0

Liposarcome

55

(14,8)

36

(65)

19

(35)

60

(26-84)

0,9

1,2

0,6

0,9

Léiomyosarcome

40

(10,7)

11

(28)

29

(72)

64

(28-87)

0,7

0,4

0,9

0,7

Dermatofibrosarcome

21

(5,6)

12

(57)

9

(43)

36

(8-91)

0,3

0,4

0,3

0,3

Ostéosarcome

19

(5,1)

13

(68)

6

(32)

41

(7-75)

0,3

0,4

0,2

0,3

Sarcome de Kaposi

14

(3,8)

12

(86)

2

(14)

56

(30-90)

0,2

0,4

0,1

0,2

Ewing/PNET

13

(3,5)

5

(39)

8

(61)

23

(1-83)

0,2

0,2

0,3

0,2

Rhabdomyosarcome

13

(3,5)

9

(69)

4

(31)

14

(2-83)

0,2

0,3

0,1

0,2

Angiosarcome

12

(3,2)

4

(33)

8

(67)

78

(38-84)

0,2

0,1

0,3

0,2

Chondrosarcome

11

(3,0)

5

(46)

6

(54)

66

(20-74)

0,2

0,2

0,2

0,2

Synovialosarcome

9

(2,4)

4

(44)

5

(56)

24

(13-57)

0,1

0,1

0,2

0,1

Myxofibrosarcome

9

(2,4)

5

(56)

4

(44)

67

(44-84)

0,1

0,2

0,1

0,2

Sarcome stromal endométrial

6

(1,6)

0

6

(100)

47

(23-71)

0,1

-

0,1

0,1

Caractérisation moléculaire

Parmi les 372 sarcomes inclus, 50 % (n = 187) représentaient des sous-types ayant une altération moléculaire connue : 81 % des moins de 18 ans (22 cas/27) contre 48 % des sarcomes adultes (165 cas/345). Une caractérisation moléculaire a pu être réalisée au CRLCC pour 85 % de ces tumeurs (159 cas/187), les 15 % restants n'ayant pu être caractérisées en raison d'une fixation en liquide de Bouin ou parce qu'il ne restait pas suffisamment de matériel histologique dans le cas de microbiopsies. Parmi les 159 caractérisations moléculaires, 72 % étaient positives, 15 % négatives et 13 % étaient des échecs dus à la qualité de l'ADN. Les résultats négatifs étaient constitués de dix GIST, six rhabdomyosarcomes (dont trois embryonnaires, deux pléomorphes et un alvéolaire), cinq liposarcomes (dont trois bien différenciés, un dédifférencié, un myxoïde), deux dermatofibrosarcomes et une tumeur myofibroblastique inflammatoire. Les dix GIST ont été considérés comme des « types sauvages ». Pour les rhabdomyosarcomes embryonnaires et pléomorphes, le résultat négatif était attendu et permettait surtout d'exclure un type alvéolaire. Dans les autres cas, le diagnostic a été maintenu sur les critères morphologiques et immunophénotypiques, soit parce que des transcrits plus rares peuvent exister, soit en raison de la qualité discutable de l'ADN ou de la sensibilité de la technique. Parmi les GIST, 64 % portaient des mutations de C-kit, 16 % des mutations du PDGFRA et 20 % étaient des types sauvages. Parmi les liposarcomes bien différenciés, 82 % comportaient une amplification conjointe de MDM2 et CDK4, tandis que 18 % ne comportaient qu'une amplification de MDM2. Dans 82 % des 187 cas de sarcomes ayant une anomalie moléculaire connue, le diagnostic avait été porté avec les critères morphologiques et immunohistochimiques, et la biologie moléculaire a confirmé le diagnostic. Dans 12 % des cas, c'est la biologie moléculaire (résultat positif) qui a permis de trancher et de donner un diagnostic final correct. Dans les 6 % des cas restant, la biologie moléculaire n'a pu être effectuée mais aurait été nécessaire, car les critères morphologiques et immunohistochimiques étaient discordants ou la présentation clinique inhabituelle, et le diagnostic final a été établi, par défaut, sur les critères morphologiques de la tumeur.

Discussion-conclusion

Concernant l'incidence des sarcomes, nous avons pu voir au travers de l'analyse de la littérature à quels points les publications anciennes ont eu comme difficulté, tant sur le point diagnostique que du recueil exhaustif, à établir une carte précise des cas réels en fonction de leur localisation, notamment pour les sarcomes viscéraux et cutanés. La mise en place de cette étude régionale, qui n'est pas celle d'un registre mais une photo à un moment donné, nous a permis de confirmer cette notion de sous-estimation, la nécessité de relecture systématique des diagnostics pour ce type de tumeur rare si nous voulons réellement appréhender ces pathologies et leur répartition. À l'heure de la thérapeutique adaptée aux anomalies moléculaires causales du cancer, cela nous semble indispensable [56, 57].

Notre étude a confirmé la répartition particulière des sarcomes par sexe et par âge selon le sous-type histologique. Elle a également apporté de nouvelles informations [58]. L'incidence brute globale des sarcomes est de 6,2 cas/100 000 en Rhône-Alpes, et l'incidence standardisée sur l'âge selon la population française est de 6,3 cas/100 000. Parmi les quatre premiers sous-types qui représentent 60 % des sarcomes, deux ont une incidence supérieure ou égale à 1 cas/100 000 : les GIST et les sarcomes inclassés. La prédominance masculine pour les STM et la prédominance féminine pour les sarcomes viscéraux sont confirmées. Les sarcomes viscéraux ont une incidence loin d'être négligeable de deux cas pour 100 000 habitants et doivent donc être correctement identifiés. Contrairement aux données publiées précédemment, les synovialosarcomes sont rares et représentent 2,7 % de l'ensemble des STM de notre étude. Cinquante pour cent des sarcomes ont une anomalie moléculaire connue et peuvent être caractérisés par la biologie moléculaire. Les résultats obtenus durant la deuxième année d'étude valident ceux de la première année, avec la même répartition des différents sous-types histologiques.

Concernant l'épidémiologie analytique, finalement, il est relativement bien établi que l'angiosarcome hépatique est relié aux principes arsenicaux inorganiques, au chlorure de vinyle et au thorostat. Pour les autres formes de STM, les radiations ionisantes et certains états d'immunodéficience sont en partie incriminés dans un faible nombre de cas. Une attention particulière doit être portée à certains facteurs de risque comme la dioxine, les phénoxyherbicides et autres pesticides. Les facteurs génétiques semblent jouer un rôle important. Cependant, beaucoup d'incertitudes demeurent pour la majorité des sarcomes (75 %). Aussi, de nouvelles études épidémiologiques s'appuyant sur un diagnostic formellement établi, évaluant l'exposition environnementale grâce à des travaux interdisciplinaires, devraient permettre d'évaluer les interactions gène-environnement dans l'étiologie des sarcomes. C'est cette approche que l'étude EMS en Rhône-Alpes et au sein du réseau Conticanet à l'échelle européenne essaye de réaliser.

Remerciement

Les auteurs remercient l'ensemble des pathologistes de la région Rhône-Alpes pour leur participation active à cette étude, ainsi que leurs sponsors : Merck santé, le réseau européen Conticanet, la ligue contre le cancer : comités départementaux de l'Ain et du Rhône, l'Institut national du cancer.

Conflits d'intérêts : aucuns.

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