ARTICLE
Auteur(s) : J-M
Coindre
Institut Bergonié, Laboratoire de pathologie, Département
de pathologie, Inserm U916, Université Victor-Ségalen
Bordeaux, France
Article reçu le 12 Ao�t 2009, accepté le 8 F�vrier 2010
Introduction
Les sarcomes des tissus mous et des viscères sont des tumeurs rares
avec environ 4 000 nouveaux cas par an en France. Environ les
deux tiers des cas s'observent au niveau des tissus mous,
principalement au niveau des membres mais également au niveau du
tronc interne, de la paroi du tronc et de la tête et du cou et un
tiers au niveau des viscères, principalement au niveau du tube
digestif et de l'utérus. Ces tumeurs sont variées avec plus de
50 types et sous-types histologiques dans la dernière
classification de l'OMS [1]. En outre, l'évolution des
connaissances et des techniques concernant ces tumeurs est
importante. Tout cela a pour conséquence une difficulté importante
du diagnostic pour le pathologiste généraliste avec des
discordances diagnostiques relativement importantes allant jusqu'à
30 % des cas [2].
Du fait de l'existence de nombreuses anomalies génomiques
spécifiques [3] à type de translocations réciproques retrouvées
dans une douzaine de types de sarcomes, d'amplification des gènes
MDM2 et CDK4 associée à un profil génomique simple dans les
liposarcomes bien différenciés et dédifférenciés et de mutations
activatrices des gènes Kit et PDGFRA dans les tumeurs stromales du
tube digestif, la cryopréservation d'un fragment tumoral est
importante pour le diagnostic et la prise en charge du patient.
Les bases de données partagées et en particulier les banques
de tumeurs virtuelles à l'échelon national ou international
constituent actuellement un outil majeur et incontournable pour la
recherche.
Une prise en charge multidisciplinaire de ces tumeurs est
fortement recommandée du fait de leur complexité et de
thérapeutiques de plus en plus spécifiques et parfois ciblées [4].
Cette prise en charge multidisciplinaire comporte de manière
obligatoire une expertise en anatomie pathologique et en biologie
moléculaire. La constitution d'un réseau structuré à l'échelon
régional et national permet ainsi une prise en charge optimale du
fait de la nécessité d'une interprétation anatomopathologique de
plus en plus difficile liée à l'utilisation étendue des
microbiopsies, de l'importance d'une cryopréservation initiale, de
la participation à la réunion de concertation pluridisciplinaire en
oncologie et de l'utilisation de techniques moléculaires
pertinentes en fonction du contexte clinique, anatomopathologique
et thérapeutique.
Banques de tumeurs et bases de données
partagées
Les banques de tumeurs permettant une cryopréservation de matériel
tumoral constituent un élément important pour la prise en charge
des patients porteurs d'un sarcome. Les recommandations de
l'INCa pour les tumorothèques à visée sanitaire [5] indiquent
clairement que toute suspicion de sarcome ou de tumeur stromale du
tube digestif doit être cryopréservée en vue d'une possible analyse
moléculaire pour la prise en charge du patient.
Il convient en pratique de congeler un fragment tumoral pour
toute tumeur des tissus mous profonde ou de plus de 5 cm, ou
toute tumeur suspecte d'être un sarcome du fait de sa récidive ou
de sa survenue chez un jeune patient. Le fragment congelé
permettra ainsi une recherche fiable de translocation réciproque
retrouvée en particulier dans le sarcome d'Ewing, les
synovialosarcomes ou rhabdomyosarcomes alvéolaires, et
particulièrement intéressante sur le plan du diagnostic pour ces
tumeurs de diagnostic souvent difficile. Il permettra
également de rechercher les mutations des gènes Kit et PDGFRA dans
les tumeurs stromales du tube digestif, ce qui peut aider au choix
thérapeutique.
Les fragments cryopréservés dans ces banques de tumeurs
contribuent également à la mise en place de projets de recherche
coopératifs par la mise en commun des données concernant les
prélèvements et les patients de différentes banques de tumeurs
locales réalisant ainsi une banque de tumeurs virtuelles.
Les bases de données partagées et les banques de tumeurs
virtuelles constituent actuellement un outil incontournable de la
recherche clinique et biologique dans le domaine des sarcomes.
L'expérience du Groupe sarcome français a permis la mise en place
d'une banque de tumeur virtuelle richement annotée au niveau
européen pour les tumeurs conjonctives des tissus mous et des
viscères dans le cadre du groupe européen Conticanet (Connective
Tissue Cancer Network) [6]. Les deux bases de données mises en
place (Conticabase : www.conticabase.org et Conticagist :
www.conticagist.org) correspondent à des bases de données communes,
partagées via Internet, sécurisées et cryptées avec une traçabilité
de toutes les modifications, la possibilité de faire des requêtes
simples pour évaluer la faisabilité de travaux de recherche et la
possibilité d'export des données sous format standardisé.
Ces bases de données comportent environ 170 paramètres
décrivant les données cliniques concernant la tumeur, les données
histologiques, l'immunohistochimie, la relecture histologique par
un groupe expert, le traitement, l'évolution et l'ensemble des
échantillons tumoraux inclus en paraffine ou cryopréservés avec
données moléculaires rattachées à ces échantillons.
La Conticabase est rattachée à des serveurs de lames
virtuelles permettant ainsi une relecture histologique des cas
difficiles à distance par lames virtuelles. Elle est en outre
rattachée à la plateforme génomique de l'institut Curie, permettant
d'avoir un accès aux données de CGH array et de cDNA array.
L'entrée des données dans la base peut se faire directement via
Internet (entrée « on line ») ou sur un module de comptes rendus
disponibles localement, téléchargeables dans un second temps
(entrée « off line ») ou par l'intermédiaire de comptes rendus
standardisés structurés de plus en plus utilisés par les
anatomopathologistes mais également dans les réunions de
concertation pluridisciplinaire. L'utilisation de plusieurs comptes
rendus standardisés et structurés devrait permettre à terme une
entrée unique des données dans la base sans ressaisie de
celles-ci.
Ces bases de données partagées (comportant ainsi une banque de
tumeurs virtuelles partagées) permettent la réalisation de travaux
cliniques, histopathologiques et moléculaires coopératifs. Elles
sont également source de progrès pour la prise en charge des
patients, car elles nécessitent un partage d'expérience, la mise en
place de procédures standardisées et des programmes de formation et
d'assurance qualité aux niveaux clinique, anatomopathologique,
biologique et thérapeutique. Dans le domaine de l'anatomie
pathologique, elles nécessitent des séances de relecture de cas
difficiles et des cas à inclure dans les bases de données,
permettant ainsi une harmonisation des pratiques, la formation des
plus jeunes et la mise à niveau permanente des participants. Ainsi,
dans le cadre du Groupe sarcome français, une dizaine de journées
de relecture est effectuée tous les ans permettant la relecture de
plus de 500 cas de sarcomes. La mise en place d'un
enseignement postuniversitaire national sur l'anatomie pathologique
des tumeurs des tissus mous, existant depuis une vingtaine
d'années, a permis la formation de plusieurs centaines de
pathologistes dans le domaine. L'utilisation d'un système de lames
virtuelles pour relire une partie des cas inclus dans les bases de
données va également permettre de constituer une banque d'images
utilisable directement pour la formation à distance. La mise
en place d'une évaluation des pratiques professionnelles, réalisée
dans un premier temps à l'intérieur de notre groupe, a également
permis une harmonisation de nos pratiques et est actuellement en
cours de diffusion au niveau des pathologistes généralistes.
Le développement de programmes d'assurance qualité dans le
domaine du diagnostic moléculaire des sarcomes permet d'évaluer et
d'harmoniser nos pratiques dans ce domaine. La liste des
examens de biologies moléculaires effectuées dans le cadre du
diagnostic par les partenaires du groupe est disponible sur le
site du Groupe sarcome (www.gsf-geto.org). En outre, la coopération
permanente des pathologistes et des biologistes avec les cliniciens
permet une approche multidisciplinaire indispensable en
cancérologie et particulièrement fructueuse dans le domaine des
sarcomes du fait de la difficulté de prise en charge de ces tumeurs
et de la mise à disposition de thérapeutiques de plus en plus
ciblées nécessitant une évaluation anatomopathologique et
biologique de plus en plus précise. Les approches
multicentriques et pluridisciplinaires ainsi réalisées permettent
au quotidien de résoudre des problèmes de diagnostic et de décision
thérapeutique par la mise en commun des cas difficiles.
Les bases de données partagées sont également source de progrès
pour le recueil des données. Elles nécessitent le recueil
systématique de données minimales importantes pour la prise en
charge du patient, avec une définition commune de ces données
nécessitant là également la mise en place de sessions de formation
et de programme d'assurance qualité aboutissant à une harmonisation
dans l'évaluation et la prise en charge des patients.
La collecte et l'entrée des données constituent la principale
limitation des bases de données, particulièrement en médecine, du
fait du temps passé et donc du coût et du fait de la qualité
minimale à assurer concernant les données recueillies. Notre
expérience est passée par plusieurs étapes : collecte des données
par les pathologistes, puis par des assistants de recherche
clinique dans les dossiers médicaux, donc de manière rétrospective
avec interprétation à partir de texte libre. Nous avons calculé que
le coût d'entrée des données se situe entre 40 et 100 euros
par patient. Cette stratégie nécessite en outre une formation des
assistants de recherche clinique et un programme d'assurance
qualité. De ce fait, nous mettons actuellement en place
l'utilisation au quotidien de comptes rendus standardisés et
structurés pour l'anatomie pathologique, la chirurgie et les
réunions de comité pluridisciplinaire pour la prise en charge de
ces patients. Dans un premier temps, l'utilisation de ces comptes
rendus standardisés permettra un recueil facilité sans
interprétation des données par les assistants de recherche
clinique. Notre projet, en cours de réalisation, est de faire
migrer les données recueillies au quotidien dans ces comptes rendus
structurés (langage XML) dans les bases de données sans ressaisie,
évitant ainsi les interprétations et les erreurs liées à toute
saisie.
Ces bases de données ne peuvent s'inscrire que dans
le cadre d'un réseau national ou international
pluridisciplinaire. Au niveau national, le Groupe sarcome français
comporte plusieurs centres d'excellence regroupant l'ensemble des
moyens diagnostiques et thérapeutiques pour la prise en charge des
patients porteurs d'un sarcome.
Évolution des procédures diagnostiques
Étant donné la rareté et la difficulté de diagnostic de ces
tumeurs, il est important que les pathologistes généralistes
puissent s'appuyer sur un réseau structuré de pathologistes
spécialisés dans le domaine des tumeurs conjonctives.
Le centre référent en pathologie des sarcomes des tissus mous
et des viscères récemment labellisé par l'INCa met actuellement en
place de manière structurée au niveau national ce type de réseau.
Le réseau va reposer sur un centre de référence comportant
trois sites : Institut Bergonié à Bordeaux, institut Gustave-Roussy
à Villejuif et centre Léon-Bérard à Lyon, et une vingtaine de
centres de compétence répartis par grandes régions afin de couvrir
au mieux le territoire national. Le réseau clinique labellisé
en même temps permet ainsi une couverture nationale pour une prise
en charge multidisciplinaire de qualité pour les sarcomes des
tissus mous et des viscères. Dans ce cadre, les centres de
compétence auront pour objectif une prise en charge des patients de
leur région. Sur le plan du diagnostic anatomopathologique, ils
auront pour rôle de relire les tumeurs des patients pris en charge
dans leur région et d'aider les pathologistes généralistes à
résoudre les cas difficiles. Les sites de référence auront
pour rôle la mise en place d'une relecture pour les cas difficiles,
de procédures pour améliorer les diagnostics anatomopathologiques
et moléculaires, du recueil systématisé des données concernant les
cas pris en charge, du développement de projets de recherche
coopératifs, de la formation des professionnels et de l'information
des associations de patients. Cette structuration de la prise en
charge des patients est novatrice en Europe, en effet, le réseau
européen d'excellence Conticanet a pour principal objectif de
structurer la recherche sur les sarcomes.
Le Groupe sarcome scandinave recommande d'utiliser des critères
cliniques et radiologiques simples pour sélectionner les patients
considérés comme à risque d'être porteur d'un sarcome : patient
porteur d'une tumeur des tissus mous profonde, c'est-à-dire située
au-dessous de l'aponévrose superficielle qui sépare l'hypoderme des
muscles striés sous-jacents ou d'une tumeur de plus de 5 cm de
grand axe [7]. On peut y ajouter toute tumeur suspecte d'être un
sarcome parce que récidivante ou rapidement évolutive, ou toute
tumeur des tissus mous survenant chez un enfant, un adolescent ou
un adulte jeune. Dans ces conditions, environ un cas sur sept
correspond à un sarcome et doit donc a priori être pris en charge
comme tel, c'est-à-dire bénéficier en premier lieu d'une imagerie
le plus souvent par résonance magnétique nucléaire avant tout
prélèvement.
Du fait de la difficulté du diagnostic et de la classification
des sarcomes, il convient que le clinicien sache remettre en cause
le diagnostic histologique de sarcome et qu'il fasse relire
systématiquement tout diagnostic de sarcome par un pathologiste
spécialisé dans ce domaine. En outre, ce type de tumeurs doit
impérativement bénéficier d'une prise en charge multidisciplinaire
par une équipe spécialisée dans le domaine des sarcomes.
Le prélèvement pour examen histologique doit toujours être
effectué après une exploration par imagerie et doit prévoir la
congélation d'un fragment tumoral ou sa mise dans du RNA later pour
cryopréservation ultérieure. Le pathologiste doit être en
possession d'un minimum d'informations cliniques : sexe et âge du
patient, localisation, profondeur et taille de la tumeur et
éventuellement antécédent important du patient.
La microbiopsie au trocart, éventuellement guidée par
l'imagerie, est actuellement le standard pour le premier
prélèvement [8]. Celle-ci a l'avantage d'une faible morbidité, de
faire gagner du temps et surtout d'organiser la prise en charge du
patient. En contrepartie du fait de la faible quantité de matériel,
le diagnostic peut être plus difficile. Ce type de prélèvement
doit donc être pris en charge par un pathologiste spécialisé et
prudent, et cela dans le cadre d'une équipe multidisciplinaire.
Il convient d'être particulièrement prudent en cas de tumeur
adipeuse bien différenciée, de tumeur myxoïde sans atypie et de
tumeur fusocellulaire sans signe de malignité franc.
Avant de vouloir classer un sarcome, il convient d'éliminer
formellement une lésion bénigne pseudosarcomateuse, en particulier
lorsqu'il s'agit d'une tumeur de petite taille et superficielle,
car les fasciites nodulaires sous-cutanées et les
histiocytofibromes bénins cutanés cellulaires sont souvent cause
d'erreur de diagnostic. Il convient également, devant toute
tumeur, manifestement maligne des tissus mous mais peu
différenciée, d'éliminer formellement un lymphome, un carcinome ou
un mélanome.
La classification actuelle des sarcomes des tissus mous repose
sur trois techniques : l'examen histologique en microscopie
optique, l'immunohistochimie et la biologie moléculaire.
Il convient bien entendu de tenir compte du contexte clinique
pour l'orientation diagnostique.
Les types histologiques les plus fréquents au niveau des membres
chez l'adulte sont les liposarcomes, les léiomyosarcomes et les
sarcomes peu différenciés inclassés anciennement dénommés
histiocytofibromes malins. Au niveau du rétropéritoine et chez
l'adulte, les liposarcomes bien différenciés et dédifférenciés sont
les plus fréquents, suivis par les léiomyosarcomes, tandis que les
sarcomes peu différenciés inclassés sont rares dans cette
localisation. En ce qui concerne les sarcomes des viscères, les
deux types histologiques les plus fréquents sont les tumeurs
stromales au niveau du tube digestif et les léiomyosarcomes au
niveau de l'utérus. Le dermatofibrosarcome de Darier et
Ferrand et le sarcome de Kaposi représentent chacun entre 5 et 10 %
de l'ensemble des sarcomes, tandis que les angiosarcomes, les
rhabdomyosarcomes, les myxofibrosarcomes, les synovialosarcomes,
les sarcomes du stroma endométrial et les sarcomes d'Ewing
extrasquelettiques représentent chacun entre 1 à 5 % de l'ensemble
des sarcomes. Les autres types de sarcomes sont encore plus
rares, représentant moins de 1 % chacun de l'ensemble des sarcomes.
Ces chiffres sont issus d'une étude d'épidémiologie des
sarcomes des tissus mous et des viscères réalisée dans trois
régions européennes (Rhône-Alpes, Aquitaine et Vénitie) comportant
environ 12 millions d'habitants réalisée dans le cadre du
réseau Conticanet.
L'immunohistochimie est actuellement d'une aide précieuse pour
classer les sarcomes [9], car elle permet parfois de démontrer une
ligne de différenciation tissulaire ou plus souvent de la suggérer
: ainsi l'immunohistochimie est obligatoire pour le diagnostic de
tumeur stromale du tube digestif (CD117, DOG1), de rhabdomyosarcome
(myogénine), de sarcome à cellules claires (protéine S100, HMB45),
de sarcome épithélioïde (marqueurs épithéliaux, CD34 et INI1), de
tumeur desmoplastique à cellules rondes (pankératine et desmine),
de tumeur rhabdoïde maligne (pankératine et INI1) et souvent utile
pour les diagnostics d'angiosarcome (CD31 et CD34), de
synovialosarcome (pankératine et EMA), de léiomyosarcome (actine
musculaire lisse, caldesmone), de liposarcome bien différencié ou
dédifférencié (MDM2, CDK4), de sarcome d'Ewing (CD99), de
schwannome malin (protéine S100) et de sarcome alvéolaire des
parties molles (TFE3).
L'analyse moléculaire constitue actuellement une technique
incontournable pour l'exploration des sarcomes [3]. Environ 45 %
des sarcomes des tissus mous et des viscères comportent une
anomalie moléculaire plus ou moins spécifique. Une translocation
réciproque spécifique a été décrite dans une douzaine de sarcomes
différents (tableau 1) permettant ainsi
le diagnostic de manière spécifique. Environ un tiers des sarcomes
de l'enfant est caractérisé par une translocation. Le plus
souvent, le gène de fusion comporte un activateur de la
transcription tel EWS. Dans d'autres cas, le gène de fusion a une
action tyrosine-kinase comme dans le fibrosarcome congénital ou
correspond à un facteur de croissance autocrine comme dans le
dermatofibrosarcome de Darier et Ferrand. La détection de ces
gènes de fusion a permis de mieux cerner certaines entités et de
rapprocher certaines tumeurs : sarcome d'Ewing et tumeur
neuroectodermique périphérique, néphrome mésoblastique cellulaire
et fibrosarcome congénital. Les outils techniques utiles pour
mettre en évidence ces translocations sont actuellement la RT-PCR
et la Fish. La RT-PCR est utilisable à partir des ARN extraits
de matériel congelé ou éventuellement à partir de matériel fixé et
inclus en paraffine pourvu que les amorces choisies détectent un
transcrit de moins de 150 à 200 paires de base. La technique
de Fish est utilisable sur matériel congelé, empreintes et matériel
fixé et inclus en paraffine. Pour la détection de translocation par
Fish, on utilise plus volontiers des sondes encadrantes d'un gène
tel EWS, le diagnostic de translocation reposant alors sur la
séparation de ces deux sondes. Un profil génomique simple avec
amplification des gènes MDM2 et CDK4 est observé dans les
liposarcomes bien différenciés ou dédifférenciés ainsi que dans les
sarcomes intimaux siégeant au niveau des gros troncs vasculaires.
Cette amplification peut être suspectée par l'immunohistochimie
[10] et affirmée par la technique de Fish pour les cas difficiles
[11]. Cette donnée relativement nouvelle a permis de montrer que la
plupart des sarcomes peu différenciés ou histiocytofibromes malins
développés dans le rétropéritoine correspondait en réalité à des
liposarcomes peu différenciés [12, 13]. Les tumeurs stromales
du tube digestif ou GIST représentent environ 20 à 25 % des
sarcomes et sont caractérisées par la présence de mutations
activatrices le plus souvent du gène Kit (60 à 70 % des cas) et
plus rarement du gène PDGFRA (10 à 20 % des cas) [14].
Ces mutations sont de plus en plus systématiquement
recherchées dès le diagnostic de GIST. Cette recherche peut être
réalisée sur matériel fixé au formol par séquençage direct ou mieux
après criblage par DHPLC. L'intérêt est diagnostique dans les GIST
négatives pour Kit en immunohistochimie, pronostique et surtout
prédictif de la réponse au traitement par les inhibiteurs de
tyrosine-kinase. Ces mutations représentent actuellement
l'exemple des cibles thérapeutiques.
Un peu plus de 50 % des sarcomes des tissus mous et des viscères
ne comportent pas d'anomalie génomique spécifique, mais au
contraire des anomalies complexes encore mal comprises.
Ces sarcomes sont principalement représentés par les
léiomyosarcomes et les sarcomes peu différenciés.
Sur le plan du pronostic, il convient de distinguer formellement
deux types d'événement : les récidives locales qui surviennent dans
10 à 20 % des cas et les métastases à distance principalement
pulmonaires dans 30 à 50 % des cas. Au niveau des membres, le décès
est en règle lié à la survenue de métastase. Le principal
facteur de récidive locale est lié à la qualité de l'exérèse
chirurgicale et donc à l'évaluation des marges d'exérèse qui doit
être faite en collaboration par le chirurgien et
l'anatomopathologiste [15]. Cette évaluation macroscopique et
histologique comporte trois catégories : R0 : exérèse complète sans
résidu histologique, R1 : exérèse macroscopique complète mais
présence d'un résidu histologique, R2 : présence d'un résidu
macroscopique lors de l'intervention. Cette classification est
importante pour la prédiction des récidives locales et pour la
décision de la poursuite du traitement locorégional.
Le principal facteur prédictif de métastase et de décès est
constitué par le grade histologique [16] aidé par le type
histologique de sarcomes. Le système de grading dit de la
FNCLCC ou grading français repose sur trois critères histologiques
(tableau 2) : la différenciation, le
nombre de mitoses et l'importance de la nécrose tumorale [17].
Les tumeurs de grade 1 comportent moins de 10 % des métastases
à cinq ans, et dans cette situation les traitements adjuvants
antimétastatiques sont inutiles. En revanche, les tumeurs de grade
3 comportent environ 60 à 70 % des métastases à cinq ans et doivent
bénéficier, si cela est possible, d'une thérapeutique adjuvante
ayant pour objectif de stériliser les éventuelles métastases. Bien
entendu, la connaissance du grade doit être complétée par d'autres
facteurs pronostiques, en particulier cliniques, comme la taille et
la profondeur de la tumeur ainsi que l'envahissement vasculonerveux
et/ou osseux. Ce grading histologique, purement morphologique,
sera certainement remplacé, dans le futur, par un grading
moléculaire.
Toutes ces informations doivent si possible être collectées dans
un compte rendu standardisé (figure 1) et structuré sur
le plan informatique permettant ainsi une réponse homogène entre
pathologistes, une adéquation des informations fournies avec les
besoins du clinicien pour la prise en charge du patient et une
extraction automatisée des données pour alimenter les bases de
données.
En conclusion, une prise en charge multidisciplinaire
spécialisée et structurée au niveau national est indispensable pour
les sarcomes du fait des difficultés diagnostiques et
thérapeutiques rencontrées, liées en particulier à la rareté et la
grande variété de ces tumeurs. La mise en place de bases
de données partagées et en particulier de banques de tumeurs
virtuelles annotées constitue un progrès important pour le
développement d'études coopératives fructueuses.
Tableau 1 Principales translocations dans les
sarcomes.
|
Tumeur
|
Translocation
|
Gène de fusion
|
|
Sarcome d'Ewing/PNET
|
t(11;22)(q24;q12) t(21;22)(q22;q12) t(7;22)(q22;q12)
t(17;22)(q12;q12) t(2;22)(q33;q12)
|
EWS-FLI1 EWS-ERG EWS-ETV1 EWS-E1AF EWS-FEV
|
|
Rhabdomyosarcome alvéolaire
|
t(2;13)(q35;q14) t(1;13)(p36;q14)
|
PAX3-FKHR PAX7-FKHR
|
|
Synovialosarcome
|
t(X;18)(p11;q11)
|
SYT-SSX1 SYT-SSX2 SYT-SSX4(rare)
|
|
Fibrosarcome congénital
|
t(12;15)(p13;q25)
|
ETV6-NTRK3
|
|
Sarcome fibromyxoïde de bas grade
|
t(7;16)(q33;p11) t(11;16)(p11;p11)
|
FUS-CREB3L2 FUS-CREB3L1(rare)
|
|
Tumeur myofibroblastique inflammatoire
|
t(1;2)(q22;p23) t(2;19)(p23;p13) t(2;17)(p23;q23)
t(2;2)(p23;q13)
|
TPM3-ALK TPM4-ALK CLTC-ALK RANBP2-ALK
|
|
Histiocytofibrome angiomatoïde
|
t(12;16)(q13;p11)
|
FUS-ATF1
|
|
Dermatofibrosarcome de Darier et Ferrand
|
t(17;22)(q22;q13)
|
COL1A1-PDGFB
|
|
Tumeur desmoplastique à petites cellules rondes
|
t(11;22)(p13;q12)
|
EWS-WT1
|
|
Sarcome à cellules claires
|
t(12;22)(q13;q12)
|
EWS-ATF1
|
|
Sarcome alvéolaire des parties molles
|
t(X;17)(p11;q25)
|
TFE3-ASPL
|
|
Liposarcome myxoïde
|
t(12;16)(q13;p11) t(12;22)(q13;q12)
|
FUS-DDIT3 EWS-DDIT3
|
|
Chondrosarcome myxoïde extrasquelettique
|
t(9;22)(q22;q12) t(9;17)(q22;q11) t(9;15)(q22;q21)
|
EWS-NR4A3 RBP56-NR4A3 TCF12-NR4A3
|
Tableau 2 Système de grade histopronostique de la
FNCLCC.
|
Différenciation
|
|
Score 1 : aspect proche du tissu normal
|
|
Score 2 : type histologique certain
|
|
Score 3 : sarcomes embryonnaires, synovialosarcomes, sarcomes à
cellules claires, sarcomes épithélioïdes, sarcomes inclassables ou
de type incertain
|
|
Index mitotique
|
|
Score 1 : de 0 à 9 mitoses pour 10 champs au grossissement 400
|
|
Score 2 : de 10 à 19 mitoses pour 10 champs au grossissement
400
|
|
Score 3 : plus de 19 mitoses pour 10 champs au grossissement
400
|
|
(surface du champs : 0,1 734 mm2)
|
|
Nécrose
|
|
Score 0 : pas de nécrose
|
|
Score 1 : moins de 50 % de nécrose
|
|
Score 2 : au moins 50 % de nécrose
|
|
Obtention du grade
|
|
Grade 1 pour un total de 2 ou 3
|
|
Grade 2 pour un total de 4 ou 5
|
|
Grade 3 pour un total de 6, 7 ou 8
|
Conflits d'intérêts :
non renseigné.
Références
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