ARTICLE
Auteur(s) : A Gonçalves
Le cancer du sein est une maladie hétérogène, dont une meilleure
connaissance moléculaire, grâce notamment aux outils
transcriptomiques, a permis le démembrement en au moins
4 sous-types : basal-like (fréquemment RE-/RP-/HER2-), luminal
A (RE+, bas grade), luminal B (RE+, haut grade), HER2+
(amplification HER2). Ces sous-types ont des caractéristiques
évolutives distinctes que les outils biopathologiques
conventionnels ont souvent du mal à anticiper [1]. Se sont donc
développées des signatures moléculaires pronostiques fondées sur
des profils d'expression génique, proposant d'identifier parmi des
patientes présentant des cancers du sein localisés, sans
envahissement ganglionnaire, celles à haut niveau de curabilité,
sans chimiothérapie [2]. Cependant, ces signatures moléculaires
n'ont pas ou peu d'utilité dans les cancers du sein HER2+, qui sont
invariablement classés comme de mauvais pronostique par la plupart
des signatures disponibles. Pourtant, au sein de ce sous-type, les
tumeurs et leur profil évolutif sont loin d'être homogènes.
Il serait donc très intéressant de mieux saisir les bases de
la diversité évolutive de ces patientes.
Dans un numéro récent du Journal of Clinical Oncology, Staaf
et al. [3], ont analysé en microarrays 58 tumeurs HER2+,
toutes prises en charge avant l'ère du trastuzumab. Par une
approche non supervisée, cette équipe a identifié
3 sous-groupes de tumeurs distinctes sur le plan génomique.
L'un de ces sous-groupes présentait un pronostic très défavorable
(survie à 10 ans de 12 % seulement, contre 50-55 % pour les
autres sous-groupes). La comparaison de ce sous-groupe avec
les deux autres a identifié un jeu de 158 gènes (avec
notamment des gènes liés à la réponse immune ou associés à
l'invasion tumorale et au processus métastatique, tels que
l'urokinase-type plasminogen activator, uPA), permettant de
distinguer des groupes de patientes HER2+ de pronostic distinct, y
compris au sein de séries indépendantes. De façon
intéressante, cette signature pronostique semblait également
fonctionner dans le sous-groupe « basal-like », identifiant là
aussi des groupes de patients de pronostic distinct.
Si la place future d'une telle signature dans la prise en charge
clinique des patientes reste incertaine (quelle validité a-t-elle à
l'ère du trastuzumab?), on pourrait imaginer par exemple, pouvoir à
l'avenir sélectionner des patientes HER2+, ne nécessitant pas ou
peu de chimiothérapie, voire pouvant se contenter de trastuzumab
seul. Sur le fond, le principe d'une seconde génération de
signatures moléculaires, démembrant toujours un peu plus loin des
entités clinico-pathologiques déjà restreintes (15 % des cancers du
sein pour HER2), n'est pas sans fasciner, nous rapprochant toujours
plus près d'une médecine encore plus individualisée.
Références
1 Sorlie T, Perou CM, Tibshirani R, Aas T,
Geisler S, Johnsen H, et al. Gene expression
patterns of breast carcinomas distinguish tumor subclasses with
clinical implications. Proc Natl Acad Sci U S A 2001 ;
98 : 10869-74.
2 Fan C, Oh DS, Wessels L, Weigelt B,
Nuyten DSA, Nobel AB, et al. Concordance among
Gene-Expression-Based Predictors for Breast Cancer. N Engl J Med
2006 ; 355 : 560-9.
3 Staaf J, Ringner M, Vallon-Christersson J,
Jonsson G, Bendahl P-O, Holm K, et al.
Identification of subtypes in Human Epidermal Growth Factor
receptor 2-positive breast cancer reveals a gene signature
prognostic of outcome. J Clin Oncol 2010 ; 28 :
1813-20.
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