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Nouvelles molécules dans le cancer de la vessie


Bulletin du Cancer. Volume 97, 43-50, Cancer de la vessie, Synthèse

DOI : 10.1684/bdc.2010.1100

Résumé   Summary  

Auteur(s) : C Massard, B Albouy, M Gross-Goupil, A Ravaud , Institut Gustave-Roussy, Département de médecine, université Paris-XI, Hautes-Bruyères, 94805 Villejuif, France, Royal Marsden Hospital, Institute of Cancer Research, Sutton, Surrey, United Kingdom, CHU de Bordeaux, Hôpital Saint-André, Département d'oncologie médicale, 1, rue Jean-Burguet, 33075 Bordeaux, France.

Résumé : Le standard de traitement des cancers de vessie avancés reste une chimiothérapie à base de cisplatine (MVAC : cisplatine, méthotrexate, adriamycine, vinblastine \; ou GC : cisplatine, gemcitabine). Une meilleure connaissance de la biologie moléculaire des cancers de vessie a permis d'identifier des cibles thérapeutiques comme EGFR, HER2 ou la voie VEGF-VEGFR. Le rôle des thérapies ciblées en monothérapie, en combinaison avec la chimiothérapie ou en maintenance est en cours d'étude.

Mots-clés : cancer de vessie, thérapie ciblée, trastuzumab, bevacizumab

ARTICLE

Auteur(s) : C Massard1,2, B Albouy1, M Gross-Goupil1, A Ravaud3

1Institut Gustave-Roussy, Département de médecine, université Paris-XI, Hautes-Bruyères, 94805 Villejuif, France
2Royal Marsden Hospital, Institute of Cancer Research, Sutton, Surrey, United Kingdom
3CHU de Bordeaux, Hôpital Saint-André, Département d'oncologie médicale, 1, rue Jean-Burguet, 33075 Bordeaux, France

Introduction

Le traitement médical des cancers de la vessie ayant démontré un bénéfice clinique pour les patients reste la chimiothérapie cytotoxique classique avec des combinaisons à base de platine [1, 2]. La médiane de survie des patients avec un cancer de vessie avancé est de 12 mois [3]. Les polychimiothérapies à base de platine permettent d'obtenir des taux de réponse importants (40-70 %), car les cancers de vessie sont des tumeurs très chimiosensibles, mais ayant peu de rémission de longue durée, avec des survies à cinq ans limitées de 5 à 20 % [4, 5]. Cependant, certains patients bénéficient de réponses complètes de longue durée, en particulier, lorsque la chirurgie ganglionnaire et/ou métastatique est utilisée en complément de la chimiothérapie [6, 7]. De plus, jusqu'à très récemment, il n'existe pas de standard de traitement en deuxième ligne. L������utilisation de chimiothérapie en deuxième ligne est assez décevante, avec des taux de réponse de 20 % et des survies médianes de six à neuf mois [5]. Une récente étude de phase III a permis de démontrer un apport de bénéfices de la vinflunine en termes de survie, en comparaison des soins de support [8]. La vinflunine a obtenu dernièrement une AMM après échec d'un traitement préalable à base de platine.

Le développement de nouvelles thérapies est donc une priorité dans cette maladie « orpheline », avec en parallèle l'identification de marqueurs pronostiques et prédictifs de réponse au traitement.

Les progrès récents dans la compréhension de la biologie moléculaire des cancers de vessie ont permis de proposer de nouvelles approches thérapeutiques, en particulier avec les thérapies moléculaires ciblées [9]. À ce jour, aucune de ces nouvelles thérapies n'a permis d'améliorer la survie des patients. Il existe un développement de ces thérapies chez les patients avec cancers de vessie métastatiques, mais aussi dans les stades plus précoces de la maladie (adjuvant et néoadjuvant) [10, 11] (tableau 1).

Tableau 1 Études de phases II et III en cours dans les cancers de la vessie avancés.

Thérapies moléculaires ciblées

Étude

Première ligne métastatique, sans contre-indication au CDDP

CDDP + gemcitabine + bevacizumab (Dr Rosenberg, CALGB-90601)

III (NCT00942331)

CDDP + gemcitabine + sorafenib (Sternberg/Bellmunt EORTC)

II

CDDP + gemcitabine + sorafenib (Memorial Sloan-Kettering Cancer Center)

II (NCT00714948)

CDDP + gemcitabine + lapatinib (EORTC)

I (NCT00623064)

CDDP + gemcitabine ± cetuximab (Dr Hussain, University of Michigan Comprehensive Cancer Center)

II (NCT00645593)

CDDP + gemcitabine + sunitinib

II (NCT00821327)

Maintenance

Lapatinib (Dr Powles, EORTC)

II/III (NCT00949455)

Sunitinib (Dr Hussain, University of Michigan Comprehensive Cancer Center)

II (NCT00393796)

Première ligne métastatique, contre-indication au CDDP

Carboplatine + gemcitabine + bevacizumab (Memorial Sloan-Kettering Cancer Center)

II (NCT00588666)

Deuxième ligne thérapeutique

Sunitinib (Alberta Cancer Board)

II (NCT00578526)

Sunitinib (California Cancer Consortium)

II

Sunitinib (Dr Theodore, Centre René-Huguenin)

II (NCT00792025)

Cetuximab ± paclitaxel (Fox Chase Cancer Center)

II (NCT00350025)

ZD6474 + docétaxel (Dr Choueiri, Dana-Farber/Harvard Cancer Center at Dana Farber Cancer Institute)

II (NCT00880334)

Pazopanib (Mayo Clinic Cancer Research Consortium)

II (NCT00471536)

RAD001 (Cliniques universitaires Saint-Luc)

II (NCT00714025)

TKI258

II (NCT00790426)

Adjuvant et néoadjuvant

Erlotinib (MDACC, Dr Siefker-Radtke)

II (NCT00749892)

Sunitinib avant chirurgie (Dr Garcia, Case Comprehensive Cancer Center)

II (NCT00526656)

MVAC + bevacizumab et chirurgie (MDACC, Siefker-Radtke)

II (NCT00506155)

Cisplatine + gemcitabine + bevacizumab avant chirurgie puis paclitaxel et bevacizumab (Dr Chaudhary, MUSC)

II (NCT00268450)

Thérapies moléculaires ciblées

Inhibiteurs de la transduction du signal (tableau 2)

Inhibition de EGFR

L'EGFR est surexprimé dans les cancers de vessie invasifs et dans les cancers superficiels de hauts grades [12-14]. Cependant, il n'a pas été mis en évidence de mutation de EGFR comme dans les cancers du poumon.

Le gefitinib a d'abord été évalué en monothérapie, en deuxiéme ligne thérapeutique. Cette étude n'a pas montré de réponse objective, et une médiane de PFS limitée ne justifiait pas la poursuite de l'évaluation du gefitinib en monothérapie [15].

Ainsi, le gefitinib a été étudié en association avec un doublet de chimiothérapies (GC) dans les cancers de vessie avancés. Le taux de réponse était de 51 %, et la survie médiane de 14,4 mois (étude du CALGB 90102) [16].

L'erlotinib a lui aussi été évalué dans le cancer de vessie, mais dans les stades plus précoces de la maladie, en néoadjuvant. Des études de DNA microarray sont prévues pour déterminer des facteurs de réponses aux traitements (NCT00749892).

Le cetuximab a démontré son activité dans plusieurs types de tumeurs et a obtenu l'AMM dans le cancer du côlon, du poumon et de l’ORL. Des études précliniques montrent une potentialisation de la chimiothérapie par l'addition du cetuximab [17]. Des études sont en cours pour évaluer une combinaison de GC avec le cetuximab (NCT00645593).

Tableau 2 Essais cliniques avec des inhibiteurs de HER.

Études

Thérapies ciblées

Résultats

Commentaires

Petrylak et al., ASCO 2003 SWOG

Gefitinib

29 patients

Peu d'efficacité

Deuxième ligne

3 % RR

n = 29 patients

4 % PFS à six mois

Philips et al., 2009 CALGB

Gemcitabine, cisplatine and gefitinib

36 % RR

Haut taux de toxicités

n = 25 patients

OS de 11,1 mois

Hussain et al., JCO 2007

HER2+

70 % de taux de réponse

Pas de phase III

Trastuzumab, paclitaxel, carboplatine et gemcitabine

14,1 mois de survie globale

n = 44/57 patients

Wülfing et al., 2009

Lapatinib

12 % de bénéfice clinique

3 % de réponse objective

Deuxième ligne

TTP de 8,6 semaines

12 % de stabilité

n = 59 patients

OS de 17,9 semaines

Inhibition de HER2

Trastuzumab

L'expression de l'oncogène HER2/neu a été corrélée dans les tumeurs de vessie à une maladie plus agressive [18]. Les tumeurs de vessie expriment HER2 en immunohistochimie ou en FISH dans 10 à 50 % [19-21]. Plusieurs études ont étudié l'efficacité du trastuzumab en association à une chimiothérapie classique chez des patients atteints de tumeurs de vessie exprimant HER2 [22, 23].

Dans une étude multicentrique de phase II menée par le CTEP américain, le trastuzumab a été associé à une combinaison de chimiothérapie : paclitaxel, carboplatine et gemcitabine. Dans cette étude, 57 patients (52 %) sur 109 étaient HER2+, et 54 sur 57 patients ont été traités par trastuzumab. Les principales toxicités ont été hématologiques (avec deux décès), neurologiques et cardiaques (23 % de toxicité de grades 1-3). Trente et un patients sur 44 ont présenté une réponse (70 %) avec cinq réponses complètes et 26 réponses partielles. Le temps à progression était de 9,3 mois et la survie médiane de 14,1 mois [24]. Ces résultats sont assez encourageants et nécessitent d'être confirmés dans une phase III randomisée.

Une deuxième étude européenne de phase II randomisée est en cours d'analyse [25].

Lapatinib

De nouveaux composés permettent une inhibition des deux récepteurs HER1 et HER2. Ainsi, le lapatinib (qui a obtenu l'AMM dans les cancers du sein HER2+) a été testé dans les cancers de vessie. Dans une première étude, 59 patients avec un cancer de vessie exprimant HER2 et/ou EGFR ont été traités en rattrapage. Dans cette population, il a été observé 3 % (un patient sur 59) de réponse objective et 12 % de stabilité [26]. La médiane de survie sans progression était de 8,6 semaines. Une étude est en cours pour évaluer le lapatinib en association avec une chimiothérapie standard chez les patients ayant un cancer de vessie HER2+ (NCT00623064). De plus, une étude européenne a pour but de comparer le lapatinib en traitement d'entretien après une première ligne de chimiothérapie par GC chez les patients répondeurs ou stables (NCT00949455).

IGF1-R et FGFR

D'autres anomalies moléculaires semblent avoir un rôle important dans la transduction du signal dans les cancers de vessie.

La voie IGF1-R a été impliquée dans la résistance à la chimiothérapie et aux thérapies anti-HER [27]. Des études précoces sont en cours pour tester son intérêt dans les cancers du poumon, de la prostate ou du sein.

La voie PTEN-AKT est une voie dérégulée dans les cancers de vessie. Les inhibiteurs de mTOR ont récemment montré leur efficacité dans les cancers du rein. Dans les études précoces, des réponses ont été notées dans les cancers de vessie. Les études précliniques sont particulièrement prometteuses [28].

Antiangiogéniques (tableau 3)

VEGF/VEGFR

Le VEGF est exprimé dans les tumeurs urothéliales [29, 30], et des études précliniques suggèrent une efficacité antitumorale de l'inhibition de la voie VEGF-VEGFR seule ou en association avec la chimiothérapie [17]. Plusieurs études ont évalué des agents antiangiogéniques dans les cancers de vessie avancés en première ligne ou en rechute. Ces études montrent des toxicités importantes, mais surtout une claire activité de ces traitements.

Bevacizumab

Le bevacizumab est un anticorps monoclonal ciblant le VEGF, qui a démontré son efficacité dans plusieurs types tumoraux comme les cancers du sein, du poumon, du côlon et du rein [31].

Plusieurs études de phase II ont étudié l'apport du bevacizumab en association avec une chimiothérapie de type GC ou MVAC en situation néoadjuvante (NCT00506155 ; NCT00268450).

De plus, une récente phase II a comparé le standard de traitement en première ligne GC plus le bevacizumab dans des cancers de vessie avancés [32]. Cette étude a inclus 45 patients et a montré une PFS de 8,2 mois (ce qui ne permettait pas d'atteindre l'objectif premier de l'étude) et une survie globale de 19,1 mois (supérieure à un protocole standard de cisplatine et de gemcitabine). Cependant, cette étude a montré aussi un taux élevé de thromboses veineuses (21 % de grade3/4). Compte tenu des toxicités, 42 % des patients ontdû arrêter le traitement, ce qui pourrait expliquer la diminution de la PFS. L'équipe du MSKCC [33] aaussi testé le bevacizumab en association avec lecarboplatine et la gemcitabine.

Une étude de phase IIII randomisée est prévue par le CALCG (Cancer and Leukaemica Group B CALCG B) [CALGB 90601] comparant GC A GC plus bevacizumab. Cette étude devrait permettre de confirmer ou non l'efficacité du bevacizumab, et a pour objectif premier de démontrer une augmentation de la survie globale (NCT00942331).

Tableau 3 Essais cliniques avec des antiangiogéniques dans les cancers de la vessie avancés.

Auteurs

Études

Situation

Bénéfice clinique

Bellmunt et al., ASCO GU 2008

Sunitinib Phase II

Première ligne, patients unfit

14,3 % PR 78,6 % bénéfice clinique TTP de 6 mois

Gallagher et al., ASCO 2008/2009

Sunitinib Phase II

Deuxième ligne

7 % PR 24 % SD 17 % de PFS > 3 mois

Dreicer et al., ECOG ASCO 2008

Sorafenib Phase II

Deuxième ligne

Pas d'activité

Hussain et al., ASCO 2007

Sunitinib Phase II

Maintenance

Hahn et al., ASCO 2009, HOG

Cisplatine + gemcitabine + bevacizumab

Première ligne

17 % CR 50 % PR toxicités vasculaires

Apolo et al., ASCO 2009, MSKCC

Carboplatine + gemcitabine + bevacizumab

Première ligne

Non rapportés

Sorafenib

Il a été le premier inhibiteur de tyrosine-kinase multicibles approuvé en deuxième ligne après immunothérapie dans les cancers du rein avancés. Le sorafenib est actuellement utilisé dans les études de deuxième ligne en monothérapie dans les cancers de vessie avancés. Cependant, deux études ont montré l'absence de réponse objective en première ou en deuxième ligne de traitement [34]. Le sorafenib est actuellement évalué en première ligne en association avec une chimiothérapie de type carboplatine-cisplatine plus gemcitabine (NCT00714948).

Sunitinib

Des études précliniques montrent une activité du sunitinib seul ou en association avec le cisplatine dans les modèles de cancers urothéliaux [35].

Une activité antitumorale a été suggérée dans une étude de phase II utilisant le sunitinib en rattrapage dans des cancers de vessie en rechute [36, 37]. Le schéma discontinu du sunitinib semble être plus efficace que le schéma continu avec une tolérance identique.

Une autre étude II compare le sunitinib à un placebo en maintenance chez des patients stables après chimiothérapie, et a montré des résultats encourageants [38].

Une autre phase II a évalué le sunitinib chez 14 patients en première ligne de traitement ayant une contre-indication au cisplatine. Cette étude a montré un taux de réponse de 8 %, des stabilités tumorales de plus de trois mois chez plus de 50 % des patients, et une médiane PFS de six mois. Plusieurs patients ont bénéficié de réponse partielle [39].

Une étude néoadjuvante de phase II a pour objectif de tester une chimiothérapie par GC en association avec le sunitinib, ce qui est prévu par le Bayor College of Medecine et le Hoosier Oncology Group (NCT00526656).

Autres anti-VEGFR

D'autres molécules anti-VEGF sont en cours de développement. L'axitinib a montré une activité antitumorale en préclinique [40]. De plus, le Dana Farber Cancer Institute a prévu une étude de deuxième ligne comparant le docétaxel à docétaxel plus ZD6474, un inhibiteur de EGFR et VEGFR (NCT00880334). Le pazopanib est aussi testé en deuxième ligne par la Mayo Clinic (NCT00471536).

Autres

Les inhibiteurs de la farnésyltransférase ont été testés dans les cancers de vessie. Le processus de farnésylation est nécessaire à la transduction du signal via Ras, qui est fréquemment surexprimé dans les tumeurs urothéliales [41, 42].

Le lonafarnib a été étudié chez 19 patients en traitement de rattrapage, mais sans aucune réponse [43]. Une étude multicentrique de EORTC a comparé un traitement par gemcitabine et SCH66336 [44]. Chez 31 patients traités, le taux de réponse était de 32,3 %. Dans une autre étude de phase II, le R115777 a été testé chez 42 patients avec peu de réponses objectives. Ainsi, malgré un rationnel biologique intéressant, les FTIs n'ont pas montré d'activité antitumorale clinique convaincante [45].

Nouvelles modalités pour les études cliniques avec thérapie ciblée

Les cancers de vessie nécessitent la démonstration de l'efficacité de nouveaux agents anticancéreux. La démonstration du bénéfice clinique pour les patients nécessite de longues études cliniques de phase I, II et III randomisées. Il est indispensable, aujourd'hui, avec l'afflux de nouvelles thérapies plus intéressantes les unes que les autres, d'avoir des paramètres intermédiaires pour évaluer le bénéfice clinique attendu.

Phase I/II avec biomarqueurs

Il est probablement indispensable d'avoir, dès les phases précoces de développement, des marqueurs biologiques de l'activité des agents anticancéreux. Ainsi, les agents antiangiogéniques ont montré qu'ils pouvaient moduler des paramètres sanguins qui pourraient être corrélés au bénéfice clinique. De même, des biopsies tumorales séquentielles sont sans doute intéressantes pour déterminer les altérations moléculaires actuelles de la tumeur traitée et étudier les modulations des cibles par les agents anticancéreux.

Le développement de nouveaux agents nécessite parfois de nouveaux outils d'évaluation. Récemment, il a été montré que la détection de cellules tumorales circulantes dans les cancers du sein, de la prostate et du côlon avait une valeur pronostique et pouvait prédire le bénéfice clinique d'une thérapie. Ces techniques pourraient être parfaitement appliquées dans les tumeurs de vessie [46].

L'imagerie moderne peut permettre aussi d'avoir une évaluation précoce de l'efficacité des agents anticancéreux. Les imageries fonctionnelles peuvent permettre d'évaluer l'activité antivasculaire des antiangiogéniques [47, 48].

Traitement en néoadjuvant

Il est classique d'évaluer de nouveaux agents en situation métastatique avancée, en absence de standard traitement. Récemment, des études précoces ont été menées en situation néoadjuvante ; le traitement néoadjuvant a plusieurs avantages pour comprendre la biologie de la tumeur et les effets des traitements : il permet d'évaluer la réponse sur la tumeur primitive en place, d'évaluer des modification pré- et posttraitement, de contrôler la maladie micrométastatique. Ce paradigme a été appliqué en particulier au cancer du sein et du poumon pour tester des traitements antiangiogéniques [49, 50] ou des inhibiteurs de EGFR avec des résultats préliminaires très intéressants. Cette attitude est parfaitement adaptée aux tumeurs urothéliales.

Traitements combinés et séquentiels

Le développement de nouveaux agents ciblés permet de proposer l'association d'agents dans le même temps ou en séquentiel. Ainsi, dans le cancer du rein, les antiangiogéniques et les inhibiteurs de mTOR ont démontré un bénéfice clinique pour les cancers du rein avancés. Actuellement, les stratégies thérapeutiques sont des stratégies de combinaison (association d'agents ayant une action inhibant la même voie de signalisation ou des voies de signalisation complémentaires) ou des stratégies de traitements séquentielles (comme dans le cancer du côlon ou du sein).

Classification moléculaire des cancers de vessie et facteur moléculaire pronostique

Les progrès de la biologie moléculaire vont probablement aboutir à une nouvelle classification des tumeurs urothéliales comme dans les lymphomes ou dans les cancers du sein. De plus, des facteurs moléculaires peuvent être liés à la résistance ou à la sensibilité à une thérapie comme ERCC1 pour le cisplatine, RRM1 pour la gemcitabine, HER2 pour le trastuzumab [51]. Ainsi, une véritable cartographie moléculaire des tumeurs de vessie commence à se dessiner, ce qui peut bouleverser la prise en charge de cette pathologie dans les prochaines années.

Conclusion

Le pronostic des cancers de vessie avancés a été peu modifié par les études de ces 20 dernières années. Le standard de traitement en première ligne reste une chimiothérapie à base de cisplatine (MVAC ou gemcitabine associé au cisplatine).

Un nouveau traitement, la vinflunine, est aujourd'hui disponible en deuxième ligne. Plusieurs études ont évalué des thérapies ciblées comme les antiangiogéniques ou les inhibiteurs de la voie HER. Malheureusement, il ne semble pas que le modèle du cancer du rein soit applicable au cancer de la vessie. En mettant à part les patients unfit et les tumeurs rares [52, 53], il reste plus que jamais important d'inclure les patients avec cancer de vessie avancé dans des essais cliniques.

Conflits d'intérêts

aucuns.

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