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Chimiothérapie des patients atteints de cancer de vessie et unfit


Bulletin du Cancer. Volume 97, 35-41, Cancer de la vessie, Synthèse

DOI : 10.1684/bdc.2010.1098

Résumé   Summary  

Auteur(s) : F Goldwasser, O Mir, S Ropert , Groupe hospitalier Cochin, Unité de cancérologie, Assistance publique-Hôpitaux de Paris, Université Paris-Descartes, France.

Résumé : Le carcinome urothélial vésical survient fréquemment chez une personne à haut risque de toxicité aiguë sous chimiothérapie. La littérature actuelle regroupe sous le terme unfit une population très hétérogène de patients, présentant une contre-indication au cisplatine, en raison d'une insuffisance rénale chronique, et/ou de l'âge, et/ou d'un état clinique altéré, et/ou de comorbidités sévères. Il est donc nécessaire de développer des chimiothérapies administrables en cas d'insuffisance rénale et peu susceptibles de décompenser un état clinique précaire. Le temps médical d'évaluation préthérapeutique prend ici une grande importance pour inventorier les pathologies susceptibles d'accroître l'intolérance à la chimiothérapie et d'anticiper les complications aiguës. La prise en charge de patients âgés avec des comorbidités complexes, situation commune en cas de cancer de vessie, va concerner tous les champs cliniques de la cancérologie. L'évaluation du rapport bénéfice/risque d'une chimiothérapie est typiquement l'expertise que l'on attend d'un cancérologue, celui-ci doit donc impérativement intégrer les relations complexes entre le terrain, le médicament et la toxicité. Il doit également impérativement développer un dialogue honnête avec le patient pour l'informer du rapport bénéfice/risque, le conseiller et écouter ce qui fait sens pour lui. Il paraît important que les cancérologues prennent conscience et adaptent leur démarche clinique et leur vocabulaire à cette réalité émergente.

Mots-clés : cancer de vessie, cisplatine, insuffisance rénale, oxaliplatine, sujet âgé

ARTICLE

Auteur(s) : F Goldwasser, O Mir, S Ropert

Groupe hospitalier Cochin, Unité de cancérologie, Assistance publique-Hôpitaux de Paris, Université Paris-Descartes, France

Le patient unfit, la définition et ses limites

Les essais cliniques des dernières décennies ont mis en évidence que le médicament majeur dans les carcinomes urothéliaux vésicaux est le cisplatine [1, 2]. Dans la littérature médicale, les patients atteints de cancer de vessie et unfit sont des patients qui ne peuvent pas recevoir de cisplatine [3]. Dans les séries rapportées de patients unfit, les patients peuvent ne pas recevoir de cisplatine en raison d'une insuffisance rénale chronique [4] ou d'un performance status (PS) altéré ou d'un grand âge. Ainsi, les patients unfit regroupent, sous un même terme, des réalités cliniques très différentes, ce qui limite l'intérêt des publications actuelles sur le sujet. Des procédures de traitements homogènes ont été testées, tandis que cette population est hétérogène et souvent mal décrite [5]. Cette définition du patient « non éligible pour le cisplatine ou unfit » est insatisfaisante :
  • elle nie l'hétérogénéité des motifs cliniques de toxicité accrue par rapport aux données des essais cliniques. Elle a abouti à proposer un protocole de soins unique pour une population hétérogène de patients dont le seul point commun est de ne pouvoir recevoir du cisplatine. Il est préférable de distinguer les problèmes cliniques posés par l'insuffisance rénale, de ceux posés par un vieillissement harmonieux ou non, et de ceux posés par un PS altéré ;
  • elle inverse la relation de soins : ce n'est pas le traitement qui est inadapté au malade mais le malade qui est inadapté au traitement ! Il en résulte un risque d'exclusion de cette population de patients, alors qu'il convient de leur faire une proposition thérapeutique adaptée à leur état.

Nous passons en revue, dans cet article, les principales difficultés cliniques qui se posent aux praticiens pour prescrire une chimiothérapie à un patient atteint de cancer de vessie. Puis, nous évoquerons les données publiées de chimiothérapies réservées à des patients atteints de cancer de vessie et ne pouvant pas recevoir de cisplatine. Enfin, nous proposerons une attitude pratique pour la prise en charge quotidienne de ces patients.

Difficultés thérapeutiques liées aux comorbidités

Insuffisance rénale

L'insuffisance rénale est très commune en cas de cancer de vessie avancé. Elle s'explique par la réduction de la filtration rénale glomérulaire avec l'âge, la fréquence dans cette tranche d'âge des néphropathies diabétique et hypertensive, la perte néphronique consécutive à une urétérohydronéphrose préalable à la prise en charge thérapeutique et, enfin, elle peut avoir été accentuée par le geste chirurgical urologique ou les explorations diagnostiques avec des produits néphrotoxiques. Dans l'expérience de l'hôpital Cochin, sur 485 patients atteints de cancer de vessie, 120 avaient une filtration glomérulaire satisfaisante avec une clairance calculée de la créatinine supérieure ou égale à 60 mL/min. Dans cette même série, parmi les patients candidats à une chimiothérapie, à peine 20 % ont une fonction rénale normale.

Comme le cancer de vessie survient souvent sur un terrain tabagique, il existe volontiers de manière concomitante d'autres pathologies liées à l'intoxication tabagique, en particulier une cardiopathie ischémique ou une bronchopneumopathie chronique obstructive. L'existence de poussées aiguës cliniques (a fortiori un passage en réanimation) datant de moins de 12 mois incite à la prudence pour une expansion volémique, telle que l'exige la perfusion de cisplatine.

Insuffisance respiratoire, BPCO sévère

L'insuffisance respiratoire va poser des problèmes non seulement en cas de perfusion de cisplatine mais également en cas de traitement par carboplatine. En effet, c'est une comorbidité qui rend les neutropénies à plus haut risque de se convertir en neutropénies fébriles. Elle va également diminuer la tolérance clinique de l'anémie induite par les platines.

Cardiopathies ischémique et hypertensive

Les cardiopathies ischémique et hypertensive sont également plus fréquentes avec l'âge et en cas d'intoxication tabagique. Elles diminuent la tolérance à l'hyperhydratation, favorisent des états d'hypoperfusion rénale fonctionnelle qui augmentent la toxicité rénale tubulaire du cisplatine. Elles diminuent la tolérance clinique de l'anémie chimio-induite.

Surdité cochléaire

La surdité cochléaire est plus fréquente avec le vieillissement. Il existe souvent une surdité de perception limitée aux fréquences aiguës, non mentionnée par le patient. Lorsqu'il existe une surdité connue du patient ou mentionnée par l'entourage, l'aggravation de l'état sensoriel en raison de la toxicité aiguë du cisplatine, irréversible, est susceptible de bouleverser la vie quotidienne relationnelle du patient de manière définitive. L'administration du cisplatine doit donc être sérieusement pesée, en particulier lorsque le bénéfice attendu est modeste, comme en situation métastatique.

Âge supérieur à 75 ans

L'évaluation gériatrique est encore peu entrée dans la pratique clinique des cancérologues. Des outils simplifiés sont en cours d'évaluation ; ils devraient faciliter l'intégration clinique de cette dimension par les cancérologues. L'évaluation gériatrique préalable à un stress thérapeutique (chirurgie ou chimiothérapie) paraît un outil indispensable pour réduire ou prévenir les risques de décompensation clinique, renforcer les conditions de surveillance et d'aide au domicile. La recherche clinique dans ce secteur doit viser au développement d'outils très simples, applicables dans le temps restreint d'une consultation de cancérologie. Les oncologues médicaux, encore peu habitués à la population gériatrique, tendent à surestimer les capacités cognitives et, en conséquence, l'intégration des messages d'éducation thérapeutique (conduite à tenir en cas de fièvre…). Le patient âgé ne doit pas être vu uniquement pour ce qu'il est à un instant « t » mais être évalué pour son aptitude à réagir, à supporter, et à faire face à une agression thérapeutique donnée. Les risques spécifiques de cette population sont une perte d'autonomie et une réponse inadaptée. Une mauvaise adaptation au stress thérapeutique expose à la survenue de complications aiguës avec réhospitalisation, en particulier en raison de diarrhée avec déshydratation, anorexie avec amaigrissement ou pour neutropénie fébrile. Enfin, les passages en AC/FA sont la complication aiguë la plus fréquente dans cette population après une chimiothérapie, même non cardiotoxique.

Sous le même terme unfit sont donc regroupées deux grandes causes de contre-indication au cisplatine :

  • l'insuffisance rénale : l'administration de cisplatine expose à un risque d'insuffisance rénale aiguë, par néphropathie tubulaire aiguë, et à un risque d'insuffisance rénale chronique, par toxicité cumulative ;
  • la fragilité, liée aux altérations sensorielles et tissulaires favorisées par le vieillissement, ou à la sévérité des comorbidités liées au tabagisme ou à la dénutrition.

Expériences rapportées dans la littérature en cas de contre-indication au cisplatine

Le problème posé par la population des patients traités pour cancer de vessie rejoint celui rencontré pour les patients traités pour cancer pulmonaire non à petites cellules :
  • le cisplatine est le médicament majeur ;
  • les essais cliniques qui ont établi l'importance du cisplatine ont exclu une population fréquente (PS-2, sujet âgé, insuffisance rénale) ;
  • il est nécessaire de développer des alternatives au cisplatine, moins toxiques.

Dans ces deux pathologies, les deux options testées ont été un doublet sans platine ou le remplacement du cisplatine par un autre dérivé du platine, carboplatine ou oxaliplatine.

Les tableaux 1 et 2 résument les principales séries publiées de doublet ou triplet sans cisplatine, en première ligne (tableau 1) ou deuxième ligne (tableau 2), dans le cancer de vessie [6-23]. On peut retenir que :

  • la gemcitabine est le médicament qui paraît avoir le meilleur rapport bénéfice/toxicité. Elle est actuellement le médicament le plus souvent utilisé en association dans cette indication ;
  • les triplets sont beaucoup plus hématotoxiques que les doublets, ils peuvent augmenter le taux de réponse mais n'augmentent pas la survie. Leur place dans la stratégie thérapeutique est limitée, et ils sont à exclure dans le contexte précis des patients fragiles ;
  • les taxanes et les vinca-alcaloïdes sont les principaux médicaments susceptibles de s'associer à la gemcitabine si l'on renonce à un platine.

Nous détaillerons davantage l'expérience des associations de gemcitabine avec carboplatine ou oxaliplatine, dans la mesure où elles apparaissent les alternatives les plus logiques à l'association cisplatine-gemcitabine, du fait qu'elles permettent de conserver un dérivé du platine.

Expérience de l'association carboplatine-gemcitabine

Le carboplatine a été la première alternative proposée au cisplatine pour former un doublet gemcitabine-carboplatine. Dans cette association, la difficulté tient dans l'hématotoxicité aiguë chez l'insuffisant rénal même modéré, avec un risque de neutropénie et de thrombopénie sévères. Ainsi, une étude de l'EORTC dédiée aux patients unfit, mais comportant tout PS y compris 0, de médiane d'âge de 68 ans, a associé gemcitabine 1 g/m2 à j1 et j8 avec du carboplatine. Initialement envisagée avec une exposition plasmatique réalisant une aire sous la courbe (AUC) de 5, la posologie de carboplatine a dû être diminuée à une AUC de 4,5 [22]. Cependant, l'effet thérapeutique du carboplatine avec une AUC 4,5 est nettement moins documenté.

Dans une étude grecque du doublet carboplatine-gemcitabine, les patients inclus devaient avoir un PS supérieur ou égal à deux, ou un âge supérieur ou égal à 75 ans, ou une clairance de la créatinine inférieure à 50 mL/min [10]. La dose de carboplatine était calculée pour obtenir une AUC de 4, tandis que la gemcitabine était donnée à la dose de 1 g/m2 à j1 et j8, toutes les trois semaines. Sur une population de 56 patients, le taux de réponse était de 36 % (IC 95 % : 23,4-49,6), le temps jusqu'à progression était de 4,9 mois et la survie était de 26 % à un an. La toxicité aiguë hématologique s'est manifestée par deux décès toxiques, deux neutropénies fébriles imposant hospitalisation, 16 % de thrombopénie de grade 3 ou 4. Les auteurs concluaient que cette association a une activité antitumorale au prix d'une toxicité acceptable. Les défauts de cette étude sont pourtant nombreux :

  • sont mélangés des patients qui sont insuffisants rénaux et des patients fragiles (PS, grand âge). De surcroît, chez le patient âgé, le calcul précis et fiable de la fonction rénale est difficile malgré les formules existantes ;
  • la dose de carboplatine est infraoptimale ;
  • le rythme hebdomadaire de la gemcitabine est peu adapté au rythme de récupération hématologique du sujet âgé ;
  • deux décès toxiques sont inacceptables, a fortiori dans un contexte de bénéfice thérapeutique modeste (la survie des patients unfit est inférieure aux données publiées chez les patients fit).


Tableau 1 Résultats des essais de phase II en première ligne.

Doublet

n

Taux de réponse global (%)

Temps médian jusqu'à progression (mois)

Médiane de SSP (mois)

Médiane de SG (mois)

Toxicités de grades 3-4 (% patients)

Références

Anémie

Thrombopénie

Neutropénie

Gemcitabine-épirubicine

38

39,5

4,8

8,0

12

7

22

[6]

Gemcitabine-vinorelbine

21

47,6

5,0

15,0

3a

16a

[7]

Gemcitabine-docétaxel

31

51,6

8,0

15,0

7

28

[8]

Gemcitabine-pemetrexed

64

20,0

3,1

8,1

19

17

38

[9]

Gemcitabine-carboplatine

56

36,0

4,8

7,2

16

18

27

[10]

Gemcitabine-oxaliplatine

30

47,0

7,0

15,0

10

10

13

[11]

Gemcitabine-oxaliplatine

46

48,0

5,0

6,5

11

9

22

[12]

Paclitaxel-carboplatine

33

50,0

6,9

8,5

21

[13]

Paclitaxel-carboplatine

37

24,3

3,0

7,1

18

60

[14]

Paclitaxel-carboplatine-gemcitabine

49

68,0

14,7

25

44

75

[15]

Paclitaxel-carboplatine-gemcitabine-trastuzumab

44

70,0

9,3

14,1

38

[16]



Tableau 2 Résultats des essais de phase II en deuxième ligne.

Doublet

n

Taux de réponse global (%)

Temps médian jusqu'à progression (mois)

Médiane de SSP (mois)

Médiane de SG (mois)

Toxicités de grades 3-4 (% patients)

Références

Anémie

Thrombopénie

Neutropénie

Gemcitabine-vinorelbine

10

20,0

4,0

7,0

3a

16a

[7]

Gemcitabine-docétaxel

27a

33,3

3,3

13,0

7

59

[17]

Gemcitabine-paclitaxel

55a

40,0

11,8

56

[18]

Gemcitabine-paclitaxel

36

69,4

7,6

15,8

36

[19]

Gemcitabine-paclitaxel

15

50,0

11,0

13,0

22

7

30

[20]

Gemcitabine-carboplatine

16a

44,0

10,0

38

63

56

[21]

Gemcitabine-carboplatine

17a

56,0

4,0

9,0

18

18

24

[22]

Paclitaxel-carboplatine

29

20,7

52

[23]

Expérience de l'association oxaliplatine-gemcitabine

L'oxaliplatine a été proposé beaucoup plus récemment. Il présente plusieurs avantages intéressants dans cette indication :
  • comme dans toutes les pathologies malignes sensibles au cisplatine [24, 25], son activité antitumorale se révèle in vitro supérieure au cisplatine ;
  • son absence de toxicité rénale et son absence de toxicité aiguë hématologique en font tout l'intérêt chez l'insuffisant rénal [26, 27]. Il existe cependant une anémie et une thrombopénie cumulatives ;
  • sa posologie le rend utilisable avec la gemcitabine sans réduction de dose, en administration toutes les deux semaines (« GEMOX »), ce qui est plus facile pour la personne âgée dont la récupération granulocytaire est plus lente ;
  • sa tolérance n'est pas modifiée par le PS, ce qui le rend facile d'utilisation et fait de l'association gemcitabine-oxaliplatine, toutes les deux semaines, une association bien supportée.

Les principaux défauts de l'oxaliplatine sont :

  • de défixer des médicaments fortement liés aux protéines plasmatiques, ce qui peut nécessiter des ajustements thérapeutiques chez les patients sous anticoagulants, hypoglycémiants ou certains hypolipémiants ;
  • le développement progressif d'une polynévrite sensitive qui peut menacer l'autonomie chez la personne âgée. Il est donc essentiel de bien interroger le patient avant chaque administration afin d'interrompre le médicament à temps, en gardant à l'esprit que la toxicité neurologique s'aggrave encore deux mois après l'arrêt du médicament du fait de sa forte concentration intraérythrocytaire ;
  • enfin, bien qu'il existait une réponse tumorale objective dans un cancer de vessie métastatique et dans un cancer du poumon non à petites cellules dès l'étude de phase I de l'oxaliplatine, les données d'efficacité de ce médicament sont restées peu documentées dans ces deux indications jusqu'à très récemment.

Les publications qui ont rapporté des séries de patients atteints de cancer vésical, traités par l'association gemcitabine-oxaliplatine, sont remarquablement similaires dans leurs résultats [11, 12, 28-30] :

  • l'administration toutes les deux semaines ne nécessite pas de recours aux facteurs de croissance granulocytaires ;
  • la dose administrée de gemcitabine est de 1,2 g/m2 à j1 + j8 [12], avec 100 mg/m2 d'oxaliplatine à j8 ou 1,5 g/m2 de gemcitabine avec 85 mg/m2 d'oxaliplatine [11, 28] toutes les deux semaines (« GEMOX ») ;
  • le nombre médian de cycles réalisés, bon reflet de la tolérance de l'association, est acceptable : quatre [11] ou cinq [28] ;
  • les résultats sont superposables aux autres traitements : taux de réponse sur de petites séries de 47 % sur 30 patients (IC 95 % : 28-66) [11], 48 % sur 46 patients [12] bien qu'il s'agisse de patients de mauvais pronostic ;
  • les retards de traitement pour neutropénie sont rares : moins de 10 % des cycles.

Au total, cette association, beaucoup plus maniable que l'association carboplatine-gemcitabine, paraît très adaptée aux patients fragiles. Son efficacité sur ces données préliminaires a incité certaines équipes, dont la nôtre, à la développer plus précocement en néoadjuvant [31].

En pratique : quel bilan clinique et paraclinique pour évaluer le risque de toxicité ?

À l'interrogatoire, il est essentiel de dater l'ancienneté des pathologies chroniques (diabète, insuffisance coronarienne, etc.), d’identifier la fréquence, la sévérité et le caractère récent de complications aiguës survenues durant leur évolution. Cliniquement et par les examens paracliniques, il convient d'évaluer la sévérité des pathologies chroniques associées. L'évaluation de la fonction rénale chez le sujet âgé est délicate, mais la détection d'un hyperaldostéronisme secondaire d'après l’ionogramme urinaire sur échantillon (rapport Na/K urinaire inversé) est un moyen simple d'identifier une hypoperfusion rénale qui accroîtrait considérablement les risques d'une administration de cisplatine ou de carboplatine.

Le dosage plasmatique de HbA1c et la recherche de microalbuminurie permettent une évaluation simple de la gravité du diabète, sans induire un retard à la mise en route du traitement. L'échographie cardiaque est essentielle chez le patient tabagique et chez le patient âgé, lequel a fréquemment une insuffisance cardiaque de type diastolique que la mesure de FEVG par méthode isotopique ne détectera pas ou trop tardivement. La présence d'une sarcopénie, d'une ostéopénie est témoin de fragilité chez le sujet âgé. L'évaluation clinique de l'état nutritionnel est un temps fondamental : calcul de l'indice de masse corporelle et du pourcentage d'amaigrissement rapporté au temps. La mesure complémentaire de l'albuminémie est recommandée. Une étude nationale multicentrique récente a mis en évidence que la moitié des patients atteints de cancer et de PS-2 est dénutrie, de même qu'un tiers des patients de PS-1. La présence d'une dénutrition, d'une inflammation et/ou l'existence d'une lymphopénie sont associées à un risque de neutropénie fébrile accru.

À l'issue de l'évaluation préthérapeutique, il faut s'efforcer de répondre à plusieurs questions :

  • Existe-t-il un risque de surexposition aux cytotoxiques (en particulier ceux d'élimination rénale) ?
  • Existe-t-il un risque d'excès de toxicité aiguë tissulaire pour un niveau d'exposition plasmatique normal aux cytotoxiques (dénutrition, âge, inflammation, diabète, etc.) ?
  • Existe-t-il un risque d'inadaptation à un stress thérapeutique : altérations des fonctions cognitives, isolement social, dépression, etc. ?
  • Faut-il anticiper des conditions du suivi d'intercure particulières (lieu de soin, fréquence des contacts médicaux ou paramédicaux) ?

Littérature médicale sur le patient unfit : enjeux éthiques

Évoquer des patients unfit par rapport à un médicament plutôt qu'un médicament unfit par rapport au patient expose au risque de voir une population de malades, bien réelle, exclue des soins et de l'accès à l'innovation thérapeutique. Rappelons donc que ce n'est pas au médecin de dire si le soin « vaut la peine » [32]. Il doit informer le patient honnêtement sur le rapport bénéfice/risque du traitement, donner un conseil d'expert puis respecter le malade pour juger si la proposition thérapeutique fait sens ou non [33]. C'est tout l'esprit de la loi Léonetti parue en 2005, peu connue des cancérologues, que de rappeler la primauté du principe éthique d'autonomie. Celui-ci prévaut pour faire stopper des traitements qui ne feraient pas sens pour le malade et s'inscriraient donc dans le champ de l'obstination déraisonnable, mais également, réciproquement, pour ne pas s'abstenir de proposer un soin avant de savoir quel sens la proposition fait pour le malade.

Conflits d'intérêts

aucuns.

Références

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