ARTICLE
Auteur(s) : F Goldwasser, O Mir, S
Ropert
Groupe hospitalier Cochin, Unité de cancérologie,
Assistance publique-Hôpitaux de Paris, Université
Paris-Descartes, France
Le patient unfit, la définition
et ses limites
Les essais cliniques des dernières décennies ont mis en évidence
que le médicament majeur dans les carcinomes urothéliaux vésicaux
est le cisplatine [1, 2]. Dans la littérature médicale, les
patients atteints de cancer de vessie et unfit sont des patients
qui ne peuvent pas recevoir de cisplatine [3]. Dans les séries
rapportées de patients unfit, les patients peuvent ne pas recevoir
de cisplatine en raison d'une insuffisance rénale chronique [4] ou
d'un performance status (PS) altéré ou d'un grand âge. Ainsi, les
patients unfit regroupent, sous un même terme, des réalités
cliniques très différentes, ce qui limite l'intérêt des
publications actuelles sur le sujet. Des procédures de
traitements homogènes ont été testées, tandis que cette population
est hétérogène et souvent mal décrite [5]. Cette définition du
patient « non éligible pour le cisplatine ou unfit » est
insatisfaisante :
- – elle nie l'hétérogénéité des motifs cliniques de
toxicité accrue par rapport aux données des essais cliniques. Elle
a abouti à proposer un protocole de soins unique pour une
population hétérogène de patients dont le seul point commun est de
ne pouvoir recevoir du cisplatine. Il est préférable de
distinguer les problèmes cliniques posés par l'insuffisance rénale,
de ceux posés par un vieillissement harmonieux ou non, et de ceux
posés par un PS altéré ;
- – elle inverse la relation de soins : ce n'est pas le
traitement qui est inadapté au malade mais le malade qui est
inadapté au traitement ! Il en résulte un risque d'exclusion
de cette population de patients, alors qu'il convient de leur faire
une proposition thérapeutique adaptée à leur état.
Nous passons en revue, dans cet article, les principales
difficultés cliniques qui se posent aux praticiens pour prescrire
une chimiothérapie à un patient atteint de cancer de vessie. Puis,
nous évoquerons les données publiées de chimiothérapies réservées à
des patients atteints de cancer de vessie et ne pouvant pas
recevoir de cisplatine. Enfin, nous proposerons une attitude
pratique pour la prise en charge quotidienne de ces patients.
Difficultés thérapeutiques liées aux comorbidités
Insuffisance rénale
L'insuffisance rénale est très commune en cas de cancer de vessie
avancé. Elle s'explique par la réduction de la filtration rénale
glomérulaire avec l'âge, la fréquence dans cette tranche d'âge des
néphropathies diabétique et hypertensive, la perte néphronique
consécutive à une urétérohydronéphrose préalable à la prise en
charge thérapeutique et, enfin, elle peut avoir été accentuée par
le geste chirurgical urologique ou les explorations diagnostiques
avec des produits néphrotoxiques. Dans l'expérience de l'hôpital
Cochin, sur 485 patients atteints de cancer de vessie, 120 avaient
une filtration glomérulaire satisfaisante avec une clairance
calculée de la créatinine supérieure ou égale à 60 mL/min.
Dans cette même série, parmi les patients candidats à une
chimiothérapie, à peine 20 % ont une fonction rénale normale.
Comme le cancer de vessie survient souvent sur un terrain
tabagique, il existe volontiers de manière concomitante d'autres
pathologies liées à l'intoxication tabagique, en particulier une
cardiopathie ischémique ou une bronchopneumopathie chronique
obstructive. L'existence de poussées aiguës cliniques (a fortiori
un passage en réanimation) datant de moins de 12 mois incite à
la prudence pour une expansion volémique, telle que l'exige la
perfusion de cisplatine.
Insuffisance respiratoire, BPCO sévère
L'insuffisance respiratoire va poser des problèmes non seulement en
cas de perfusion de cisplatine mais également en cas de traitement
par carboplatine. En effet, c'est une comorbidité qui rend les
neutropénies à plus haut risque de se convertir en neutropénies
fébriles. Elle va également diminuer la tolérance clinique de
l'anémie induite par les platines.
Cardiopathies ischémique et hypertensive
Les cardiopathies ischémique et hypertensive sont également plus
fréquentes avec l'âge et en cas d'intoxication tabagique. Elles
diminuent la tolérance à l'hyperhydratation, favorisent des états
d'hypoperfusion rénale fonctionnelle qui augmentent la toxicité
rénale tubulaire du cisplatine. Elles diminuent la tolérance
clinique de l'anémie chimio-induite.
Surdité cochléaire
La surdité cochléaire est plus fréquente avec le vieillissement.
Il existe souvent une surdité de perception limitée aux
fréquences aiguës, non mentionnée par le patient. Lorsqu'il existe
une surdité connue du patient ou mentionnée par l'entourage,
l'aggravation de l'état sensoriel en raison de la toxicité aiguë du
cisplatine, irréversible, est susceptible de bouleverser la vie
quotidienne relationnelle du patient de manière définitive.
L'administration du cisplatine doit donc être sérieusement pesée,
en particulier lorsque le bénéfice attendu est modeste, comme en
situation métastatique.
Âge supérieur à 75 ans
L'évaluation gériatrique est encore peu entrée dans la pratique
clinique des cancérologues. Des outils simplifiés sont en
cours d'évaluation ; ils devraient faciliter l'intégration clinique
de cette dimension par les cancérologues. L'évaluation gériatrique
préalable à un stress thérapeutique (chirurgie ou chimiothérapie)
paraît un outil indispensable pour réduire ou prévenir les risques
de décompensation clinique, renforcer les conditions de
surveillance et d'aide au domicile. La recherche clinique dans
ce secteur doit viser au développement d'outils très simples,
applicables dans le temps restreint d'une consultation de
cancérologie. Les oncologues médicaux, encore peu habitués à
la population gériatrique, tendent à surestimer les capacités
cognitives et, en conséquence, l'intégration des messages
d'éducation thérapeutique (conduite à tenir en cas de fièvre…).
Le patient âgé ne doit pas être vu uniquement pour ce qu'il
est à un instant « t » mais être évalué pour son aptitude à réagir,
à supporter, et à faire face à une agression thérapeutique donnée.
Les risques spécifiques de cette population sont une perte
d'autonomie et une réponse inadaptée. Une mauvaise adaptation au
stress thérapeutique expose à la survenue de complications aiguës
avec réhospitalisation, en particulier en raison de diarrhée avec
déshydratation, anorexie avec amaigrissement ou pour neutropénie
fébrile. Enfin, les passages en AC/FA sont la complication aiguë la
plus fréquente dans cette population après une chimiothérapie, même
non cardiotoxique.
Sous le même terme unfit sont donc regroupées deux grandes
causes de contre-indication au cisplatine :
- – l'insuffisance rénale : l'administration de cisplatine
expose à un risque d'insuffisance rénale aiguë, par néphropathie
tubulaire aiguë, et à un risque d'insuffisance rénale chronique,
par toxicité cumulative ;
- – la fragilité, liée aux altérations sensorielles et
tissulaires favorisées par le vieillissement, ou à la sévérité des
comorbidités liées au tabagisme ou à la dénutrition.
Expériences rapportées dans la littérature en cas de
contre-indication au cisplatine
Le problème posé par la population des patients traités pour cancer
de vessie rejoint celui rencontré pour les patients traités pour
cancer pulmonaire non à petites cellules :
- – le cisplatine est le médicament majeur ;
- – les essais cliniques qui ont établi l'importance du
cisplatine ont exclu une population fréquente (PS-2, sujet âgé,
insuffisance rénale) ;
- – il est nécessaire de développer des alternatives au
cisplatine, moins toxiques.
Dans ces deux pathologies, les deux options testées ont été un
doublet sans platine ou le remplacement du cisplatine par un autre
dérivé du platine, carboplatine ou oxaliplatine.
Les tableaux 1 et 2 résument les
principales séries publiées de doublet ou triplet sans cisplatine,
en première ligne (tableau 1) ou
deuxième ligne (tableau 2), dans le
cancer de vessie [6-23]. On peut retenir que :
- – la gemcitabine est le médicament qui paraît avoir le
meilleur rapport bénéfice/toxicité. Elle est actuellement le
médicament le plus souvent utilisé en association dans cette
indication ;
- – les triplets sont beaucoup plus hématotoxiques que les
doublets, ils peuvent augmenter le taux de réponse mais
n'augmentent pas la survie. Leur place dans la stratégie
thérapeutique est limitée, et ils sont à exclure dans le contexte
précis des patients fragiles ;
- – les taxanes et les vinca-alcaloïdes sont les
principaux médicaments susceptibles de s'associer à la gemcitabine
si l'on renonce à un platine.
Nous détaillerons davantage l'expérience des associations de
gemcitabine avec carboplatine ou oxaliplatine, dans la mesure où
elles apparaissent les alternatives les plus logiques à
l'association cisplatine-gemcitabine, du fait qu'elles
permettent de conserver un dérivé du platine.
Expérience de l'association carboplatine-gemcitabine
Le carboplatine a été la première alternative proposée au
cisplatine pour former un doublet gemcitabine-carboplatine. Dans
cette association, la difficulté tient dans l'hématotoxicité aiguë
chez l'insuffisant rénal même modéré, avec un risque de neutropénie
et de thrombopénie sévères. Ainsi, une étude de l'EORTC dédiée aux
patients unfit, mais comportant tout PS y compris 0, de médiane
d'âge de 68 ans, a associé gemcitabine 1 g/m2
à j1 et j8 avec du carboplatine. Initialement envisagée avec une
exposition plasmatique réalisant une aire sous la courbe (AUC) de
5, la posologie de carboplatine a dû être diminuée à une AUC
de 4,5 [22]. Cependant, l'effet thérapeutique du carboplatine
avec une AUC 4,5 est nettement moins documenté.
Dans une étude grecque du doublet carboplatine-gemcitabine, les
patients inclus devaient avoir un PS supérieur ou égal à deux, ou
un âge supérieur ou égal à 75 ans, ou une clairance de la
créatinine inférieure à 50 mL/min [10]. La dose de
carboplatine était calculée pour obtenir une AUC de 4, tandis que
la gemcitabine était donnée à la dose de 1 g/m2 à
j1 et j8, toutes les trois semaines. Sur une population de
56 patients, le taux de réponse était de 36 % (IC 95 % :
23,4-49,6), le temps jusqu'à progression était de 4,9 mois et
la survie était de 26 % à un an. La toxicité aiguë
hématologique s'est manifestée par deux décès toxiques, deux
neutropénies fébriles imposant hospitalisation, 16 % de
thrombopénie de grade 3 ou 4. Les auteurs concluaient que
cette association a une activité antitumorale au prix d'une
toxicité acceptable. Les défauts de cette étude sont pourtant
nombreux :
- – sont mélangés des patients qui sont insuffisants
rénaux et des patients fragiles (PS, grand âge). De surcroît, chez
le patient âgé, le calcul précis et fiable de la fonction rénale
est difficile malgré les formules existantes ;
- – la dose de carboplatine est infraoptimale ;
- – le rythme hebdomadaire de la gemcitabine est peu
adapté au rythme de récupération hématologique du sujet âgé ;
- – deux décès toxiques sont inacceptables, a fortiori
dans un contexte de bénéfice thérapeutique modeste (la survie des
patients unfit est inférieure aux données publiées chez les
patients fit).
Tableau 1 Résultats des essais de phase II en première
ligne.
|
Doublet
|
n
|
Taux de réponse global (%)
|
Temps médian jusqu'à progression (mois)
|
Médiane de SSP (mois)
|
Médiane de SG (mois)
|
Toxicités de grades 3-4 (% patients)
|
Références
|
|
Anémie
|
Thrombopénie
|
Neutropénie
|
|
Gemcitabine-épirubicine
|
38
|
39,5
|
4,8
|
|
8,0
|
12
|
7
|
22
|
[6]
|
|
Gemcitabine-vinorelbine
|
21
|
47,6
|
5,0
|
|
15,0
|
|
3a
|
16a
|
[7]
|
|
Gemcitabine-docétaxel
|
31
|
51,6
|
8,0
|
|
15,0
|
7
|
|
28
|
[8]
|
|
Gemcitabine-pemetrexed
|
64
|
20,0
|
|
3,1
|
8,1
|
19
|
17
|
38
|
[9]
|
|
Gemcitabine-carboplatine
|
56
|
36,0
|
4,8
|
|
7,2
|
16
|
18
|
27
|
[10]
|
|
Gemcitabine-oxaliplatine
|
30
|
47,0
|
|
7,0
|
15,0
|
10
|
10
|
13
|
[11]
|
|
Gemcitabine-oxaliplatine
|
46
|
48,0
|
|
5,0
|
6,5
|
11
|
9
|
22
|
[12]
|
|
Paclitaxel-carboplatine
|
33
|
50,0
|
6,9
|
|
8,5
|
|
|
21
|
[13]
|
|
Paclitaxel-carboplatine
|
37
|
24,3
|
|
3,0
|
7,1
|
18
|
|
60
|
[14]
|
|
Paclitaxel-carboplatine-gemcitabine
|
49
|
68,0
|
|
|
14,7
|
25
|
44
|
75
|
[15]
|
|
Paclitaxel-carboplatine-gemcitabine-trastuzumab
|
44
|
70,0
|
9,3
|
|
14,1
|
|
|
38
|
[16]
|
Tableau 2 Résultats des essais de phase II en deuxième
ligne.
|
Doublet
|
n
|
Taux de réponse global (%)
|
Temps médian jusqu'à progression (mois)
|
Médiane de SSP (mois)
|
Médiane de SG (mois)
|
Toxicités de grades 3-4 (% patients)
|
Références
|
|
Anémie
|
Thrombopénie
|
Neutropénie
|
|
Gemcitabine-vinorelbine
|
10
|
20,0
|
4,0
|
|
7,0
|
|
3a
|
16a
|
[7]
|
|
Gemcitabine-docétaxel
|
27a
|
33,3
|
3,3
|
|
13,0
|
7
|
|
59
|
[17]
|
|
Gemcitabine-paclitaxel
|
55a
|
40,0
|
|
|
11,8
|
|
|
56
|
[18]
|
|
Gemcitabine-paclitaxel
|
36
|
69,4
|
7,6
|
|
15,8
|
|
|
36
|
[19]
|
|
Gemcitabine-paclitaxel
|
15
|
50,0
|
11,0
|
|
13,0
|
22
|
7
|
30
|
[20]
|
|
Gemcitabine-carboplatine
|
16a
|
44,0
|
|
|
10,0
|
38
|
63
|
56
|
[21]
|
|
Gemcitabine-carboplatine
|
17a
|
56,0
|
|
4,0
|
9,0
|
18
|
18
|
24
|
[22]
|
|
Paclitaxel-carboplatine
|
29
|
20,7
|
|
|
|
|
|
52
|
[23]
|
Expérience de l'association oxaliplatine-gemcitabine
L'oxaliplatine a été proposé beaucoup plus récemment.
Il présente plusieurs avantages intéressants dans cette
indication :
- – comme dans toutes les pathologies malignes sensibles
au cisplatine [24, 25], son activité antitumorale se révèle in
vitro supérieure au cisplatine ;
- – son absence de toxicité rénale et son absence de
toxicité aiguë hématologique en font tout l'intérêt chez
l'insuffisant rénal [26, 27]. Il existe cependant une anémie
et une thrombopénie cumulatives ;
- – sa posologie le rend utilisable avec la gemcitabine
sans réduction de dose, en administration toutes les deux semaines
(« GEMOX »), ce qui est plus facile pour la personne âgée dont la
récupération granulocytaire est plus lente ;
- – sa tolérance n'est pas modifiée par le PS, ce qui le
rend facile d'utilisation et fait de l'association
gemcitabine-oxaliplatine, toutes les deux semaines, une association
bien supportée.
Les principaux défauts de l'oxaliplatine sont :
- – de défixer des médicaments fortement liés aux
protéines plasmatiques, ce qui peut nécessiter des ajustements
thérapeutiques chez les patients sous anticoagulants,
hypoglycémiants ou certains hypolipémiants ;
- – le développement progressif d'une polynévrite
sensitive qui peut menacer l'autonomie chez la personne âgée.
Il est donc essentiel de bien interroger le patient avant
chaque administration afin d'interrompre le médicament à temps, en
gardant à l'esprit que la toxicité neurologique s'aggrave encore
deux mois après l'arrêt du médicament du fait de sa forte
concentration intraérythrocytaire ;
- – enfin, bien qu'il existait une réponse tumorale
objective dans un cancer de vessie métastatique et dans un cancer
du poumon non à petites cellules dès l'étude de phase I de
l'oxaliplatine, les données d'efficacité de ce médicament sont
restées peu documentées dans ces deux indications jusqu'à très
récemment.
Les publications qui ont rapporté des séries de patients
atteints de cancer vésical, traités par l'association
gemcitabine-oxaliplatine, sont remarquablement similaires dans
leurs résultats [11, 12, 28-30] :
- – l'administration toutes les deux semaines ne nécessite
pas de recours aux facteurs de croissance granulocytaires ;
- – la dose administrée de gemcitabine est de
1,2 g/m2 à j1 + j8 [12], avec
100 mg/m2 d'oxaliplatine à j8 ou
1,5 g/m2 de gemcitabine avec
85 mg/m2 d'oxaliplatine [11, 28] toutes les deux
semaines (« GEMOX ») ;
- – le nombre médian de cycles réalisés, bon reflet de la
tolérance de l'association, est acceptable : quatre [11] ou cinq
[28] ;
- – les résultats sont superposables aux autres
traitements : taux de réponse sur de petites séries de 47 % sur 30
patients (IC 95 % : 28-66) [11], 48 % sur 46 patients [12]
bien qu'il s'agisse de patients de mauvais pronostic ;
- – les retards de traitement pour neutropénie sont rares
: moins de 10 % des cycles.
Au total, cette association, beaucoup plus maniable que
l'association carboplatine-gemcitabine, paraît très adaptée aux
patients fragiles. Son efficacité sur ces données préliminaires a
incité certaines équipes, dont la nôtre, à la développer plus
précocement en néoadjuvant [31].
En pratique : quel bilan clinique et paraclinique
pour évaluer le risque de toxicité ?
À l'interrogatoire, il est essentiel de dater l'ancienneté des
pathologies chroniques (diabète, insuffisance coronarienne, etc.),
d’identifier la fréquence, la sévérité et le caractère récent de
complications aiguës survenues durant leur évolution. Cliniquement
et par les examens paracliniques, il convient d'évaluer la sévérité
des pathologies chroniques associées. L'évaluation de la fonction
rénale chez le sujet âgé est délicate, mais la détection d'un
hyperaldostéronisme secondaire d'après l’ionogramme urinaire sur
échantillon (rapport Na/K urinaire inversé) est un moyen simple
d'identifier une hypoperfusion rénale qui accroîtrait
considérablement les risques d'une administration de cisplatine ou
de carboplatine.
Le dosage plasmatique de HbA1c et la recherche de
microalbuminurie permettent une évaluation simple de la gravité du
diabète, sans induire un retard à la mise en route du traitement.
L'échographie cardiaque est essentielle chez le patient tabagique
et chez le patient âgé, lequel a fréquemment une insuffisance
cardiaque de type diastolique que la mesure de FEVG par méthode
isotopique ne détectera pas ou trop tardivement. La présence
d'une sarcopénie, d'une ostéopénie est témoin de fragilité chez le
sujet âgé. L'évaluation clinique de l'état nutritionnel est un
temps fondamental : calcul de l'indice de masse corporelle et du
pourcentage d'amaigrissement rapporté au temps. La mesure
complémentaire de l'albuminémie est recommandée. Une étude
nationale multicentrique récente a mis en évidence que la moitié
des patients atteints de cancer et de PS-2 est dénutrie, de même
qu'un tiers des patients de PS-1. La présence d'une
dénutrition, d'une inflammation et/ou l'existence d'une lymphopénie
sont associées à un risque de neutropénie fébrile accru.
À l'issue de l'évaluation préthérapeutique, il faut s'efforcer
de répondre à plusieurs questions :
- – Existe-t-il un risque de surexposition aux
cytotoxiques (en particulier ceux d'élimination rénale) ?
- – Existe-t-il un risque d'excès de toxicité aiguë
tissulaire pour un niveau d'exposition plasmatique normal aux
cytotoxiques (dénutrition, âge, inflammation, diabète, etc.) ?
- – Existe-t-il un risque d'inadaptation à un stress
thérapeutique : altérations des fonctions cognitives, isolement
social, dépression, etc. ?
- – Faut-il anticiper des conditions du suivi d'intercure
particulières (lieu de soin, fréquence des contacts médicaux ou
paramédicaux) ?
Littérature médicale sur le patient unfit : enjeux
éthiques
Évoquer des patients unfit par rapport à un médicament plutôt qu'un
médicament unfit par rapport au patient expose au risque de voir
une population de malades, bien réelle, exclue des soins et de
l'accès à l'innovation thérapeutique. Rappelons donc que ce n'est
pas au médecin de dire si le soin « vaut la peine » [32].
Il doit informer le patient honnêtement sur le rapport
bénéfice/risque du traitement, donner un conseil d'expert puis
respecter le malade pour juger si la proposition thérapeutique fait
sens ou non [33]. C'est tout l'esprit de la loi Léonetti parue en
2005, peu connue des cancérologues, que de rappeler la primauté du
principe éthique d'autonomie. Celui-ci prévaut pour faire stopper
des traitements qui ne feraient pas sens pour le malade et
s'inscriraient donc dans le champ de l'obstination déraisonnable,
mais également, réciproquement, pour ne pas s'abstenir de proposer
un soin avant de savoir quel sens la proposition fait pour le
malade.
Conflits d'intérêts
aucuns.
Références
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