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Prise en charge du patient métastatique dans le cancer de la vessie


Bulletin du Cancer. Volume 97, 27-33, Cancer de la vessie, Synthèse

DOI : 10.1684/bdc.2010.1131

Résumé   Summary  

Auteur(s) : Christine Théodore , Hôpital Foch, Service d'oncologie, 40, rue Worth, 92151 Suresnes Cedex, France.

Résumé : Le cancer urothélial métastatique ou localement avancé demeure une maladie très grave. La base de sa prise en charge repose sur la chimiothérapie systémique. En 30 ans, l'essentiel des progrès a porté sur la diminution de la toxicité grâce à l'utilisation des facteurs de croissance granulocytaires et/ou de combinaisons de drogues moins toxiques que celle décrite initialement. Toutefois, la médiane de survie globale demeure identique, aux alentours de 14 mois. Une bonne définition des facteurs pronostiques permettant de subdiviser l'entité nosologique « cancer urothélial avancé » en plusieurs groupes de patients notablement différents représente une avancée. Elle prend toute son importance à l'heure où une nouvelle drogue, la vinflunine a démontré chez ces patients un avantage en terme de survie par rapport aux soins desupport seuls en situation de deuxième ligne. De nouveaux progrès sont attendus d'une meilleure connaissance de la biologie tumorale qui devrait permettre de tirer bénéfice des thérapies ciblées.

Mots-clés : vessie, métastases, chimiothérapie

Illustrations

ARTICLE

Auteur(s) : Christine Théodore

Hôpital Foch, Service d'oncologie, 40, rue Worth, 92151 Suresnes Cedex, France

Introduction

La prise en charge des patients porteurs de métastases de cancer de la vessie a évolué au cours des dernières décennies avec l'utilisation de la chimiothérapie et l'amélioration des soins de support. Toutefois, la chimiothérapie ne peut avoir d'objectif curatif que si une tumeur est particulièrement chimiosensible. Dans les autres cas, elle a pour but d'apporter un bénéfice clinique, en terme de durée et de qualité de vie. C'est le cas dans le traitement des cancers de la vessie métastatiques qui sont chimiosensibles mais pas chimiocurables.

Chimiothérapie

La sensibilité du cancer urothélial à la chimiothérapie est connue depuis longtemps et le tableau 1 résume les résultats des principaux essais de phase II de drogues utilisées seules.

L'ère du M-VAC, classique et intensifié

À la suite d'une série d'essais de phase II de drogues utilisées seules il a été a montré que la combinaison de vinblastine, methotrexate, doxorubicine et cisplatine pouvait obtenir un taux de réponses objectives de 70 % dont 35 % de réponses complètes [1]. Malgré des différences notables de taux de réponses objectives et complètes, la médiane de survie a été similaire (de 10 à 16 mois) dans les études ultérieures [2]. Le M-VAC a été prouvé supérieur au cisplatine seul [3] et à la combinaison de doxorubicine, cyclophosphamide et cisplatine (CISCA) avec un taux de réponses objectives de 65 % contre 46 % [4]. Toutefois, la toxicité du traitement demeurait limitante avec une mortalité liée au traitement de l'ordre de 3-4 %. La toxicité hématologique particulière de cette association a conduit au premier essai de combinaison de G-CSF à la chimiothérapie [5]. Plus récemment, l'EORTC a montré que la dose intensité de cisplatine et de doxorubicine pouvait être doublée dans le protocole M-VAC dit intensifié où le J1 du M-VAC classique est administré tous les 14 jours au lieu de tous les 28 sous couvert de G-CSF. La survie sans progression était de 9,1 mois dans le bras intensifié contre 8,2 mois dans l'autre bras (p = 0,03) et la survie à 2 ans de 36,7 % contre 25,2 % mais la différence de médiane de survie globale est restée négligeable (15,1 mois contre 14,9 mois) [6].

Tableau 1 Taux de réponses en phase II des principales drogues.

Drogue

Taux de réponses

Cisplatine

30

Carboplatine

8

Methotrexate

29

Doxorubicine

17

Vinblastine

18

5 FU

17

Ifosphamide

28

Gemcitabine

28

Paclitaxel

22

Docetaxel

13

Vinflunine

18

Pemetrexed

8

L'ère de la combinaison GEMCIS

Plusieurs essais de phase II de la gemcitabine seule [7] ou associée au cisplatine [8] ont fourni des bases à un essai de phase III entre la combinaison GemCis et le M-VAC classique qui était la chimiothérapie de référence. Il s'agissait d'un essai de supériorité du GemCis par rapport au M-VAC. Cette supériorité n'a pas pu être démontrée. Par ailleurs, l'essai n'avait pas la puissance nécessaire pour démontrer une équivalence. Toutefois, comme le montre la figure 1, les courbes de survie étaient similaires, avec une médiane de survie globale à 13,8 mois contre 14,8 mois pour le M-VAC et un taux de survie à 5 ans de 13 % contre 14,8 % pour les GemCis et pour le M-VAC respectivement. Le profil de toxicité était assez nettement favorable au GemCis, avec moins de neutropénies fébriles et de mucites de grade 3-4. Du fait de cette similarité des résultats sur la survie, le GemCis est devenu une association de référence ans le traitement du cancer de la vessie métastatique [9].

Les taxanes

Les essais phase II de taxanes seuls donnent des taux de réponse de 31 % en première ligne et de 13 % en deuxième ligne pour le docetaxel [10, 11] et de 42 % en première ligne à la dose de 250 mg/m2 en perfusion continue de 24 heures pour le paclitaxel [12].

Le carboplatine

Le carboplatine, ayant l'avantage de pouvoir être administré en hôpital de jour et à des patients insuffisants rénaux non éligibles pour une chimiothérapie à base de cisplatine a fait l'objet d'essais de phase II, seul ou en association. En monothérapie et en première ligne, le carboplatine a obtenu 2 réponses sur 25 patients soit un taux de réponses de 8 % [13]. En combinaison, le carboplatine a également été prouvé inférieur au cisplatine dans un essai phase III de M-CAVI, une combinaison similaire au M-VAC utilisant le carboplatine à une AUC de 5, randomisée contre le M-VAC avec un taux de réponses de 39 % contre 52 % et une médiane de survie de 9 mois contre 16 mois (p = 0,003) [14].

Les combinaisons taxanes-sels de platine

En essais de phase II, l'association de docetaxel et de cisplatine a obtenu un taux de réponse de 62 % et une médiane de survie de 13,6 mois [15] et celle du paclitaxel avec le cisplatine un taux de réponses objectives de 70 % et une médiane de survie de 12,7 mois [16]. Toutefois, dans un large essai de phase III portant sur 220 patients et comparant le M-VAC à l'association docetaxel-cisplatine la supériorité du M-VAC a été nette avec un taux de réponses de 54,2 % contre 37,4 % (p = 0,017), un temps médian jusqu'à progression de 9,4 contre 6,1 mois (p = 0,003) et une médiane de survie de 14,2 contre 9,3 mois (p = 0,026) [17].

Le paclitaxel a principalement été associé au carboplatine pour des raisons de possibilité d'administration aux patients insuffisants rénaux et, à tous, en hôpital de jour. Toutefois, un essai de phase II utilisant des doses de 225 mg/m2 pour le paclitaxel et une AUC de 6 pour le carboplatine sur une population d'insuffisants rénaux n'a obtenu qu'un taux de réponses de 24,3 %, avec survie sans progression de 3 mois et survie globale de 7,1 mois [18].

La combinaison paclitaxel gemcitabine

Plusieurs essais phase II ont été rapportés. À des doses de 2,5 g/m2 pour la gemcitabine et de 150 mg/m2 pour le paclitaxel toutes les 2 semaines, le taux de réponses était de 37 % avec survie sans progression de 5,8 mois et survie globale de 13,2 mois [19]. À des doses de 1 g/m2 pour la gemcitabine aux jours 1,8 et 15 et de 200 mg/m2 pour le paclitaxel jour 1 d'un cycle de 21 jours, le taux de réponses était de 54 % avec survie globale de 14,4 mois [20].

La combinaison oxaliplatine-gemcitabine

Elle avait donné des résultats intéressants sur une population de patients sans facteur de risque défavorable [21] mais ces résultats n'ont pas été confirmés dans une population d'insuffisants rénaux à laquelle le traitement aurait dû être destiné [22].

Le pemetrexed

Ce nouvel antifolate avait obtenu un taux de réponses de 8 % seul [23] et une fois associé à la gemcitabine enpremière ligne de 31,8 %, similaire à celui de la gemcitabine administréee seule [24]. Son développement n'a pas été poursuivi dans cette indication.

La vinflunine

Ce nouveau poison du fuseau paraît être la nouvelle drogue la plus intéressante. Deux études de phase II ont été pratiquées en deuxième ligne. L'une sur 51 patients a obtenu un taux de réponses de 18 %, qui s'est traduit par une médiane de survie globale de 6,6 mois [25]. Dans l'autre portant sur 114 patients, le taux de réponses était de 15 % et la médiane de survie de 8,8 mois [26].

Les traitements plus agressif, dont les triplets

Dans l'optique d'améliorer le taux de réponses, des traitements plus agressifs, associant souvent trois drogues considérées comme majeures ont été développés. Deux « triplets » sortent du lot.

La combinaison d'ifosphamide 1,5 g/m2 J 1, 2 et 3, paclitaxel 200 mg/m2 et cis platine 70 mg/m2 J1 d'un cycle de 28 jours a obtenu un taux de réponse de 79 % mais ne peut être proposé qu'à un sous-groupe de patients en très bon état général et à fonction rénale normale [27]. Une version encore plus agressive de ce protocole, associant à ce triplet de la gemcitabine et de la doxorubicine, de façon séquentielle, a obtenu 73 % de taux de réponses avec 12,1 mois de survie sans progression et 16,4 mois de survie globale. En outre, malgré l'utilisation systématique de facteurs decroissance hématopoïétiques, le taux de toxicité hématologique grade 3 et 4 a été de 68 % [28].

Le triplet cisplatine 70 mg/m2 J1, gemcitabine 1 000 mg/m2 et paclitaxel 80 mg/m2 J1 et 8 d'un cycle de 28 jours a de même obtenu en phase II des résultats intéressants, avec 77,6 % de taux de réponses [29] mais l'étude phase III avec randomisation contre la combinaison classique gemcitabine-cisplatine n'a pas pu démontrer de bénéfice statistiquement significatif au triplet qui était par ailleurs plus toxique (survie sans progression 8,8 mois contre 7,7 mois et survie globale 15,7 mois contre 12,8 mois mais avec p = 0,10) [30]. L'efficacité du triplet similaire avec carboplatine au lieu du cisplatine a été difficile à évaluer du fait de l'importance de la toxicité, avec 7 décès liés au traitement sur 68 patients traités [31].

Les traitements moins agressifs pour les patients dits « unfits »

Bien que théoriquement, le traitement de référence soit à base de cisplatine, presque la moitié des patients ne peuvent pas le recevoir du fait d'une altération ou de l'état général ou de la fonction rénale, en rapport avec la localisation tumorale ou avec l'âge et l'état vasculaire souvent lié à l'intoxication tabagique associée auxtumeurs urothéliales. Chez ces patients, on utilise fréquemment le carboplatine malgré ses résultats insuffisants. Un essai de phase III comparant la combinaison carboplatine-methotrexate-vinblastine (M-CAVI) contre celle de carboplatine-gemcitabine (CG) a eu lieu dans le cadre de l'EORTC. Les objectifs étaient la comparaison des taux de réponses et de toxicité sévère. Le taux de réponses a été de 42 % et de 30 % en faveur du CG mais celui de toxicité sévère a été de 26 % pour le CG et de 25 % pour le M-CAVI. Il était conclu qu'il fallait chercher d'autres traitements pour cette population [32].

La situation particulière de la seconde ligne

Il faut d'abord bien distinguer ce que l'on entend par seconde ligne. Il a en effet été montré précédemment que la situation est différente si l'on a affaire à des patients rechutant à distance d'un traitement local encadré par une chimiothérapie péri-opératoire ou à des patients progressant sous chimiothérapie faite déjà en situation métastatique, le potentiel de réponses à une chimiothérapie de seconde ligne pouvant varier du simple au double [33].

C'est dans la situation particulièrement défavorable de progression tumorale sous chimiothérapie pour maladie avancée que la vinflunine a montré un avantage en terme de survie (6,9 mois contre 4,3 mois de médiane de survie globale) dans un essai randomisé devinflunine contre soins de support seuls chez 370 patients. Il y avait en outre une tendance à l'amélioration de la qualité de vie en faveur du bras vinflunine malgré la toxicité intrinsèque de la chimiothérapie [34].

Développement des thérapies ciblées

Bien que seulement 5,1 % des tumeurs urothéliales aient surexprimé HER2 dans une étude faite avec FISH et immunohistochimie [35], des études cliniques préliminaires ont montré des possibilités de réponses à l'association de chimiothérapie et de trastuzumab chez certains patients [36] mais l'étude la plus importante concerne 44 patients ayant eu un taux de réponses de 70 % mais une médiane de survie de seulement 14,1 mois donc similaire à ce qui est obtenu sans traitement ciblé [37]. Une étude randomisée (chimiothérapie seule contre association avec trastuzumab) est actuellement en cours pour évaluer le bénéfice éventuel du trastuzumab chez ces patients.

Un essai phase II en seconde ligne a été mené avec lelapatinib sur 59 patients dont la tumeur surexprimait HER1 et HER2. le taux de réponse a toutefois été seulement de 1,7 % contre 10 % espéré avec une médiane de survie de 17,9 semaines [38].

Il a par ailleurs été montré in vitro que l'angiogenèse était un facteur de progression dans les tumeurs urothéliales, en particulier à leur stade non infiltrant. Cet argument a été utilisé pour lancer des essais de phase II avec le sunitinib. Là encore, l'essai publié a été négatif par rapport à l'objectif préétabli de 20 % de taux de réponses. Toutefois, 4 des 77 patients ont eu une réponse partielle, et 29 ont eu une stabilisation selon les critères RECIST. Il était conclu que les anti-angiogéniques pouvaient avoir une certaine activité dans certaines tumeurs urothéliales et que les critères RECIST n'étaient pas le moyen idéal d'évaluation pour ce type de drogues [39].

Des essais thérapeutiques sont actuellement en cours pour explorer l'apport d'autres thérapies ciblées telles que les anticorps anti-EGF récepteur (cetuximab ou panitumumab) ou des inhibiteurs de la voie de signalisation m-TOR.

Place des traitements locaux

La chirurgie

Chirurgie urologique

Il existe bien sûr des indications à titre symptomatique, telles que la levée d'obstacles urinaires, par dérivation interne type sonde(s) double J, voire externe, par néphrostomie ou même montage de Bricker « de propreté ». En revanche, la cystectomie radicale + curage ganglionnaire à visée curative chez un patient diagnostiqué à un stade métastatique et répondeur à la chimiothérapie peut être indiquée, mais demeure un traitement non standard dit d’« investigation » [40].

Autres chirurgies

Là encore, il existe des indications à visée symptomatique telles que la laminectomie pour compression médullaire, mais rarement des indications de métastasectomie à visée curative. Une série rétrospective, portant sur 44 patients, rapporte une survie sans progression de 19 mois avec une survie globale à 5 ans après métastasectomie chez des patients sélectionnés par leur bonne réponse à la chimiothérapie [41]. Une telle option ne peut donc pas être rejetée dans tous les cas.

La radiothérapie

Les données sont similaires, avec des indications à visée symptomatiques, soit antalgique soit décompressive mais très peu de données concernent des indications « à visée curative » sauf dans des cas de métastases exclusivement ganglionnaires ayant répondu à la chimiothérapie suivie d'un traitement local du cancer de la vessie par radiochimiothérapie. Une série rétrospective de 12 patients sélectionnés sur leur réponse à la chimiothérapie a été rapportée avec une médiane de survie de 15,6 mois et un temps médian sans progression pelvienne de 12,8 mois [42].

Importance des facteurs pronostiques

Du fait de l'élargissement constant des options thérapeutiques, il est de plus en plus important de savoir à quelle population de patients on s'adresse, à la fois à la fois pour ne pas proposer de traitements abusivement toxiques à certains et pour faire bénéficier ceux qui y sont éligibles des traitements à visée curative. Trois catégories pronostiques ont été définies par Bajorin, tenant compte de deux facteurs pronostiques défavorables indépendants en analyse multivariée sur 203 patients traités par M-VAC si cela était possible. Ces deux facteurs étaient l'existence de métastases viscérales et l'atteinte de l'état général (indice de Karnovski ≤ 80). La médiane de survie était de 33 mois, 13,4 mois et 9,3 mois respectivement selon qu'il n'existait aucun, un seul ou les deux facteurs de mauvais pronostic (p = 0,000 1) [43], comme illustré par la figure 2. Ces résultats ont été confirmés par les études ultérieures chez des patients traités par d'autres chimiothérapies [44]. Une démarche similaire a été entreprise pour identifier lesquels des patients évoluant après traitement par un sel de platine étaient de moins mauvais pronostic. Dans une étude pratiquée sur 370 patients, 3 facteurs de mauvais pronostic ont puêtre identifiés comme indépendants : l'indice d'état général ECOG ≥ 1, l'hémoglobine ≤ 10 g/dL et l'existence de métastases hépatiques avec 4 groupes de patients, avec aucun ou 1 ou 2 ou 3 facteurs de mauvais pronostic. La survie pour chacun de ces groupes, validée dans une autre cohorte de patients a été respectivement de 14,2 mois, 7,3 mois, 3,8 mois et 1,7 mois (p < 0,001) [45].

Conflits d'intérêts :

aucuns.

Références

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