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Chimioradiothérapie concomitante des carcinomes de la vessie


Bulletin du Cancer. Volume 97, 19-25, Cancer de la vessie, Synthèse

DOI : 10.1684/bdc.2010.1099

Résumé   Summary  

Auteur(s) : M Housset, C Durdux, J Thariat, B Dufour , Hôpital Européen Georges-Pompidou, Service d'onco-radiothérapie, AP-HP, 20, rue Leblanc, 75015 Paris, France, Faculté de médecine Paris-Descartes, Université Paris-V, Paris, France, Université Nice - Sophia-Antipolis, Centre Antoine-Lacassagne, Département de radiothérapie, 33, avenue Valombrose, 06189 Nice, France.

Résumé : Les tumeurs infiltrantes de vessie sont caractérisées par une atteinte tumorale du muscle vésical. Lorsqu'elles sont localisées, le traitement de référence repose sur la cystectomie radicale avec reconstruction par entérocystoplastie ou dérivation de type Bricker. Le caractère mutilant de la chirurgie et la fréquence des métastases ultérieures malgré un geste radical ont conduit aux développements des associations radiochimiothérapie exclusives. Celles-ci sont basées sur l'utilisation d'un sel de platine concomitamment à l'irradiation menée jusqu'à un niveau de dose de 60–65 Gy après bilan endoscopique à mi-traitement de façon à sélectionner répondeurs et non répondeurs. La présente revue détaille les principales séries disponibles dans la littérature, leurs résultats en termes de contrôle local, survie, taux de conservation vésicale et complications ainsi que les perspectives d'études.

Mots-clés : radiothérapie, chimiothérapie, vessie, cancer urothélial

ARTICLE

Auteur(s) : M Housset1,2, C Durdux1,2, J Thariat3, B Dufour2

1Hôpital Européen Georges-Pompidou, Service d'onco-radiothérapie, AP-HP, 20, rue Leblanc, 75015 Paris, France
2Faculté de médecine Paris-Descartes, Université Paris-V, Paris, France
3Université Nice - Sophia-Antipolis, Centre Antoine-Lacassagne, Département de radiothérapie, 33, avenue Valombrose, 06189 Nice, France

Introduction

Les cancers de la vessie sont actuellement au deuxième rang des cancers urologiques en France, avec environ 10 000 nouveaux cas par an. Le diagnostic, porté sur les biopsies multiples réalisées lors de la cystoscopie, permet de différencier les tumeurs superficielles, respectant la musculeuse et les tumeurs infiltrantes, atteignant le muscle, voire la graisse périvésicale. Cette distinction anatomique est capitale dans la stratégie thérapeutique. Le traitement de référence des tumeurs infiltrantes de vessie localisées est la cystectomie totale précédée d'un évidement ilio-obturateur. Depuis la fin des années 1980, une stratégie conservatrice par radiochimiothérapie concomitante s'est peu à peu développée et peut constituer actuellement une alternative au traitement chirurgical radical chez des patients sélectionnés. Le but de cette revue est de présenter les bases rationnelles de ces radiochimiothérapies, leur historique et les données actuelles dont dispose le clinicien pour guider ses choix thérapeutiques devant un patient porteur d'une tumeur infiltrante de vessie localisée.

Bases rationnelles

Limites de la chirurgie vésicale

Le traitement curatif des tumeurs infiltrantes de vessie consiste en une cystectomie totale, (en règle prostatocystectomie chez l'homme et pelvectomie antérieure chez la femme). Malgré les progrès de la réanimation chirurgicale, il s'agit d'une chirurgie lourde, notamment chez le sujet âgé, volontiers polyvasculaire en raison de l'exposition tabagique fréquemment associée. Bien que les techniques de dérivation urinaire se soient considérablement améliorées depuis une dizaine d'années avec le développement des entérocystoplasties [1], celles-ci ne sont pas toujours possibles, notamment en cas d'atteinte du col vésical. De plus, la continence n'est obtenue que dans 75 % des cas, avec incontinence d'effort et/ou nocturne chez un quart des patients [2]. Enfin, l'impuissance est très fréquente en raison de la dissection du bloc prostato-urétral ; elle est volontiers aggravée par le retentissement psychologique des dérivations externes de type Bricker. La cystectomie reste donc une chirurgie mutilante. Ses résultats sur la survie dépendent principalement du stade et de l'état ganglionnaire. Pour les séries les plus récentes, tous stades confondus, incluant parfois des formes superficielles, elle s'échelonne à cinq ans de 50 à 70 %, allant globalement de 70 % pour le pT2, 50 % pour les pT3 à moins de 30 % pour les pT4a [3-9]. Le risque métastatique devient prédominant pour les patients pT3b–pT4a ou s'il existe un envahissement ganglionnaire, même minime.

Limites de la radiothérapie

Actuellement, la radiothérapie exclusive est de moins en moins utilisée dans une optique curative, ses résultats étant décevants, quoique difficiles à interpréter, les séries publiées étant anciennes et composites. À stade égal, les résultats semblent inférieurs à ceux des séries chirurgicales. L'analyse de dix séries rétrospectives totalisant près de 3 000 patients traités entre 1960 et 1990 pour une tumeur classée T1 à T4 Nx montre un taux de réponse complète de 44 à 73 % et un taux de survie globale à cinq ans de 20 à 39 % selon le stade [10]. Une méta-analyse portant sur trois essais randomisés et un total de 439 patients comparant chirurgie et radiothérapie a montré des taux de survie globale à cinq ans respectivement de 36 et 28 % [11]. Plusieurs études ont évalué l'intérêt d'une radiothérapie exclusive préopératoire à un niveau de dose voisin de 45 Gy. L'analyse anatomopathologique des pièces de cystectomie montrait un taux de rémission complète de 31 à 43 % [12, 13]. Ainsi, ces résultats témoignent de la radiosensibilité des tumeurs urothéliales.

Concept théorique de radiochimiothérapie concomitante

Le risque chirurgical et sa mutilation potentielle, la fréquence importante des métastases, la radiosensibilité et la chimiosensibilité [14] sont à l'origine du développement d'une alternative thérapeutique à la cystectomie par radiochimiothérapie concomitante (ARC) [15]. Il importe cependant de noter d'une part, qu'il n'existe aucun essai randomisé comparant chirurgie radicale et radiochimiothérapie exclusive et que d'autre part, aucune étude médicoéconomique n'a évalué le coût des ARC.

Le bénéfice attendu des ARC repose sur deux hypothèses théoriques :

  • la coopération temporelle et spatiale des deux traitements permet de traiter dans le même temps tumeur primitive et éventuelles métastases infracliniques ;
  • l'existence d'un effet supra-additif entre chimiothérapie et radiothérapie. Les deux cytostatiques les plus fréquemment utilisés sont le 5-fluoro-uracile (5-FU) et surtout le cisplatine. Les mécanismes de radiosensibilisation restent néanmoins mal élucidés. Le 5-FU inhibe la réparation des lésions sublétales radio-induites. Les effets du cisplatine seraient multiples et complexes : radiosensibilisation des cellules hypoxiques, blocage cellulaire en G2M, inhibition des capacités de réparation, déplétion en groupements thiols, majoration de la production de radicaux libres [16].

Essais pilotes

Les premiers essais de radiochimiothérapie ont été conçus dans les années 1960. Il s'agissait exclusivement de radiochimiothérapie préopératoire avec le 5-FU [17] ou le cisplatine. Stein et Kaufman retrouvent, en effet, une augmentation significative du taux de rémission complète sur pièce de cystectomie chez les patients traités par 5-FU-radiothérapie par rapport à ceux traités par radiothérapie seule [18].

Schéma thérapeutique type

Pour la plupart des essais de phase II menés dans les années 1990, les patients sélectionnés étaient porteurs d'une tumeur urothéliale infiltrante T2 à T4 M0, sans envahissement ganglionnaire radiologique. Une résection transurétrale la plus complète possible était d'abord réalisée. La radiothérapie était administrée le plus souvent en fractionnement classique jusqu'à un niveau de dose de 40–50 Gy. De façon concomitante à l'irradiation, le cisplatine (ou le carboplatine) était systématiquement utilisé, selon des modalités très variées, associé ou non au 5-FU. Quatre à six semaines plus tard, une nouvelle cystoscopie avec biopsies de contrôle était effectuée. Les patients en rémission complète histologique étaient considérés comme répondeurs et recevaient un complément de radiochimiothérapie jusqu'à un niveau de dose totale de 55–65 Gy, puis s'astreignaient à un suivi endoscopique régulier. Les patients pour lesquels persistait un reliquat tumoral étaient non répondeurs et une cystectomie leur était proposée.

Conclusions essentielles des essais pilotes

Malgré des modalités diverses de la chimiothérapie concomitante, plusieurs conclusions ont émergé de ces essais préliminaires :
  • la tolérance était acceptable même chez les patients les plus âgés, sans décès toxiques ;
  • le taux de rémission complète histologique observé sur l'évaluation endoscopique intermédiaire était de 60 à 90 % selon les séries, soit plus du double de celui retrouvé après radio ou chimiothérapie néoadjuvante, témoignant ainsi d'une réelle synergie clinique ;
  • le taux de récidive locale variait de 5 à 25 % ;
  • le taux de survie à cinq ans ne semblait pas inférieur à celui observé après cystectomie totale à stade T égal, le statut ganglionnaire restant inconnu ;
  • le taux de conservation vésicale avec vessie fonctionnelle était de plus de 40 % avec peu de complications tardives.

Données cliniques actuelles

Résultats des principales séries de radiochimiothérapie concomitante

Actuellement, de nombreuses séries, plus conséquentes en nombre de patients et en durée de suivi, corroborent les résultats de ces essais pilotes. Les principales études sont présentées dans le tableau 1 [19-29]. La conservation vésicale par radiochimiothérapie astreint à une surveillance cystoscopique au moins bi-annuelle pour dépister une éventuelle récidive. Cet élément doit impérativement être expliqué au patient avant le choix définitif de la stratégie thérapeutique, une cystectomie s'imposant chez les patients non observants a priori. Le risque de récidive locale (15 à 25 %) est supérieur au risque de récidive pelvienne après chirurgie. Pour certains auteurs, il existe une prédominance des récidives non infiltrantes, probablement diagnostiquées précocement en raison du suivi endoscopique rapproché. Cela dit, les taux de survie globale à cinq ans sont comparables à ceux des séries chirurgicales excluant les lésions superficielles et la fréquence des récidives locales ne semble pas amoindrir le pronostic. En cas de récidives superficielles, résection et thérapies intravésicales semblent possibles, quoique la BCG-thérapie soit présentée par certains auteurs comme une contre-indication en raison d'un risque potentiellement accru de BCGite. En cas de récidive infiltrante, le traitement est la cystectomie de rattrapage. Les possibilités de néovessie iléale après irradiation pelvienne semblent très variables selon les équipes, faisables pour certains, responsables de complications inacceptables pour d'autres [30].

Globalement à cinq ans, un patient sur deux est en vie avec une vessie conservée et fonctionnelle. Le taux de survie le plus faible (36 %) a été rapporté dans l'étude de Chauvet et al., mais cette série n'incluait que des patients inopérables [20]. Les résultats des différentes séries sont homogènes en termes de taux de réponse complète histologique, survie et conservation vésicale, quelles que soient les modalités d'administration de la chimiothérapie (type de sel de platine, association au 5-FU, schéma mensuel ou hebdomadaire, etc.).

Certains auteurs se sont intéressés à l'administration intra-artérielle du cisplatine. Dans la série d'Eapen et al., le taux de réponse complète histologique, la survie globale et le taux de conservation vésicale à cinq ans étaient respectivement de 90, 65 et 74 %. Ces données ont été récemment confirmées sur une plus large population (200 patients) et un recul de 15 ans, mais les complications étaient non négligeables (36 % de neuropathie sacrée et deux décès toxiques) [31]. Des résultats similaires ont été obtenus par Miyanaga et al., avec l'association cisplatine–méthotrexate (respectivement 93, 84 et 84 % à trois ans) [32], et par Ikushima et al. avec CDDP seul [33]. En revanche, l'étude de Ganaha et al. montrait des résultats très inférieurs, avec un taux de réponse complète de 54 %, et une survie sans récidive à quatre ans de 28 % seulement. La dose de radiothérapie était probablement suboptimale, car limitée à 30,6 Gy [34].

Tableau 1 Résultats des principales séries de chimioradiothérapie dans les tumeurs infiltrantes de vessie localisées (chimiothérapie intra-artérielle exclue).

Série [ref]

N

Stades

CT

RC (%)

(%) Survie à 5 ans

(%) CV à 5 ans

Tester [19]

91

T1–T4a

CDDP

75

62

44

Chauvet [20]

109

T2–T4a

CDDP

70

36

Rodel [21]

415

T1–T4a

CDDP/carbo ± 5-FU

72

51

42

Coppin [22]

51

T2–T4a

CDDP

47

Shipley [23]a

190

T2 T4a

CDDP

59-74

54

42

Dunst [24]

131

T1–T4

CDDP

76

47

75

Housset [25]b

173

T2–T4

5-FU CDDP

78

66

75

Kachnic [26]

106

T2–T4

CDDP

70

52

43

Sauer [27]

79

T1–T4

CDDP

76

41

41

Arias [28]

50

T2–T4

CDDP

68

48

Zapatero [29]

33

T2–T4

CDDP

NP

65

69

Toxicité des associations radiochimiothérapie

Le risque de décès toxique rapporté dans l'ensemble des études est très faible (un seul décès dans l'étude de Rodel et al. [21]). Il est plus important en cas de chimiothérapie néoadjuvante, en raison de neutropénies fébriles supplémentaires, et en cas de voie intra-artérielle [32]. La toxicité semble minime même chez les patients âgés [35]. La toxicité aiguë ne semble pas différer significativement de celle rapportée dans les séries de radiothérapie exclusive (de l'ordre de 5 % de toxicité de grade 3 ou plus [36]), mais elle est assez peu étudiée. Il en est de même de la toxicité tardive. La toxicité vésicale est la plus détaillée. Pour Shipley et al., aucune cystectomie pour toxicité SOMA-LENT de grade 4 n'a été effectuée sur 190 patients traités [23]. Dans l'étude de Rodel et al., incluant 415 patients, les taux de toxicité vésicale de grades 2, 3 et 4 sont respectivement de 10, 3 et 2 %. Un cas de grêle radique est aussi mentionné [21]. Pour le Radiation Therapy Oncology Group (RTOG), à partir des essais 89-03, 95-06, 97-06, 99-06, 7 % des patients ont eu une toxicité tardive de grade 3 ou plus : 5,7 % génito-urinaire et 1,9 % digestive. Il n'y avait pas de toxicité de grade 4 ni de décès iatrogène. Aucun facteur clinique ne permettait de prédire la survenue d'une toxicité tardive de grade 3 ou plus.) [37].

À ce jour, les études portant sur la qualité de vie après radiochimiothérapie sont très parcellaires. Housset et al. ont présenté, lors de l'Astro 1998, une étude préliminaire portant sur 39 patients en rémission complète après radiochimiothérapie avec un recul médian de 30 mois. Un questionnaire de 30 items a été adressé aux patients. Quatre-vingt-dix pour cent ont répondu dans un délai de trois mois. Tous les patients professionnellement actifs ont maintenu sans changement leur activité. Soixante pour cent des patients ne se plaignaient d'aucun trouble urinaire. Sur les 82 % ayant une activité sexuelle avant traitement, 40 % ont déploré un retentissement négatif sur leur vie sexuelle. La surveillance endoscopique a été considérée comme acceptable par 91 % des patients [38]. Zietman et al. se sont intéressés plus précisément à la tolérance urodynamique après radiochimiothérapie, à partir de la série de 221 patients traités au Massachusetts General Hospital. Soixante et onze patients en rémission complète ont reçu un questionnaire d'évaluation. Soixante-neuf pour cent y ont répondu ; 6 % ont signalé une incontinence, 15 % des mictions impérieuses et 14 % des troubles digestifs mineurs [39].

Facteurs pronostiques des associations radiochimiothérapie

Les facteurs communément retrouvés dans les séries chirurgicales (stades T et N, présence ou non d'une urétérohydronéphrose, qualité de la résection transurétrale, multifocalité) restent valides pour les patients traités par radiochimiothérapie exclusive. En revanche, s'y ajoute l'obtention ou non d'une rémission complète histologique lors du bilan endoscopique intermédiaire à un niveau de dose de 40–50 Gy, la persistance d'un reliquat tumoral étant bien sûr péjoratif en termes de contrôle local et de survie. Outre ces éléments cliniques et anatomopathologiques, d'autres facteurs ayant trait à l'expression d'oncogènes et/ou de gènes suppresseurs de tumeurs semblent intéressants pour juger a priori la radiosensibilité tumorale. Les facteurs les plus étudiés sont les capacités d'apoptose radio-induite, l'expression de p53, de bcl2 et du gène du rétinoblastome (RB). Pour Rodel et al., les tumeurs ayant un index d'apoptose et un Ki67 élevés avant tout traitement sont plus chimioradiosensibles, avec des taux de contrôle local et de survie sans récidive significativement meilleurs que celles dont les index apoptotiques et le Ki67 sont bas [40]. À l'inverse, l'expression de bcl2 et de RB serait délétère en termes de radiosensibilité [41]. L'intérêt de l'expression de la p53 est très controversé avec des résultats contradictoires selon les études. L'expression de HER 2 (3+ ou FISH positif) n'est retrouvée que dans un faible nombre de tumeurs (# 5 %), corrélée à un risque ganglionnaire et métastatique accru. Pour l'instant, aucune donnée concernant sa relation éventuelle avec la radiosensibilité n'est disponible.

Perspectives

Les résultats reproductibles des séries de radiochimiothérapie faisant appel à une irradiation et à des cytostatiques « classiques » représentent des encouragements tangibles pour l'étude d'autres modalités de chimiothérapie et/ou de radiothérapie.

Nouvelles substances

Dans les formes métastatiques, deux molécules ont montré leur efficacité : la gemcitabine et les taxanes [42]. Elles représentent donc des candidats potentiels pour de nouveaux schémas d'association. L'essai RTOG 9 906 (80 patients) comportant une radiothérapie bifractionnée avec paclitaxel et CDPP concomitant, suivie d'une chimiothérapie adjuvante par CDDP conclut à un taux de rémission complète histologique postthérapeutique de 81 % [43].

Pour la gemcitabine, les doses maximales tolérées et les doses recommandées sont très variables d'une étude à l'autre : jusqu'à 400 mg/m2 hebdomadaire en association avec le CDDP pour Caffo et al. [44], limitées à 150 mg/m2 hebdomadaire pour Sangar et al. [45], de l'ordre de 30 mg/m2 bihebdomadaire pour Kent et al. [46] et Oh et al. [47]. Dans tous ces essais, les taux de réponse sont supérieurs à 80 %. L'essai RTOG 0712 actuellement en cours, comparant CDDP-5-FU et CDDP-gemcitabine associés à une RT bifractionnée, permettra de déterminer la place de la gemcitabine concomitante à l'irradiation.

Progrès de la radiothérapie

Les innovations des techniques d'irradiation [48], comme l'utilisation systématique des scanners en position de traitement devraient conduire à des améliorations dosimétriques notables [49]. Concernant la radiothérapie avec modulation d'intensité, seules des données techniques parcellaires sont pour l'instant disponibles sans recul clinique [50, 51]. Les modifications du fractionnement sont aussi à l'étude [48]. Le RTOG a déjà rapporté un essai de phase I-II combinant une irradiation bifractionnée accélérée associée à l'administration concomitante de cisplatine et adjuvante de trois cycles de CMV. Le taux de réponse complète et de survie avec vessie conservée à trois ans est de 74 et 48 % respectivement [52].

Conclusion

Chez les patients porteurs d'une tumeur infiltrante de vessie localisée, la radiochimiothérapie utilisant un sel de platine est une alternative à la cystectomie chez des patients sélectionnés (lésion préférentiellement unique, ne siégeant pas dans un diverticule, obtention d'une réponse histologique complète à un niveau de dose de 45–50 Gy) et s'astreignant à un suivi endoscopique régulier. À terme, l'étude en routine des caractéristiques biologiques permettra peut-être d'affiner la sélection des patients opérables pouvant bénéficier de cette conservation. Chez les patients inopérables en raison d'une comorbidité importante ou d'un envahissement ganglionnaire pelvien, la radiochimiothérapie devient le traitement de référence, supplantant la radiothérapie exclusive. Dans tous les cas, les progrès techniques d'irradiation et le développement de nouvelles substances sont des outils prometteurs pour l'amélioration des résultats déjà obtenus. À noter que le lecteur pourra aussi lire dans ce numéro [53] la prise en charge des CUVIM (carcinomes urothéliaux de vessie infiltrant le muscle).

Conflits d'intérêts

aucuns.

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