ARTICLE
Auteur(s) : H Wallerand
CHU Pellegrin-Tripode, Faculté de médecine Victor-Segalen,
Département d'urologie et de transplantation rénale,
place Amélie-Raba-Léon, 33074 Bordeaux Cedex, France
Introduction
La problématique de la prise en charge thérapeutique des tumeurs
n'infiltrant pas le muscle vésical (TVNIM) a permis, au travers des
différentes études cliniques, une évolution conséquente à la fois
dans le domaine chirurgical mais aussi dans celui des traitements
adjuvants. En Europe, l'incidence la plus élevée est retrouvée
à l'Ouest (23,6 chez l'homme et 5,4 chez la femme). En France,
le cancer de la vessie est au 5e rang des cancers de
l'homme et le 7e chez la femme, et
10 700 nouveaux cas ont été diagnostiqués en 2000.
Un changement de classification est intervenu courant 2008 afin
de lever l'ambiguïté qui subsistait dans le terme « superficiel »
entre les urologues (absence d'envahissement musculaire) et les
anatomopathologistes (absence d'envahissement du chorion).
Dorénavant, les tumeurs de vessie dites « superficielles » sont
classées en tumeur de vessie n'infiltrant pas le muscle (TVNIM) en
opposition avec celles infiltrant le muscle (TVIM) [1].
Environ 75 à 85 % des patients ayant un cancer de vessie
initial ont une TVNIM confinée à la muqueuse (Ta, carcinome in situ
[CIS]) ou à la sous-muqueuse (T1). Malgré ce terme de TVNIM, le
potentiel hautement invasif des T1 et CIS est maintenant admis,
tant au plan clinique qu'au plan moléculaire.
Prise en charge chirurgicale
Le diagnostic de cancer de la vessie se fait idéalement lors de la
consultation par la réalisation d'une fibroscopie souple en
l'absence de toute infection urinaire. Si une imagerie
(échographie +++) a visualisé une image typique de tumeur de la
vessie, on peut surseoir à la fibroscopie et à sa morbidité.
Néanmoins, la fibroscopie a l'avantage de permettre une description
exhaustive de la lésion (localisation, taille, nombre, apparence)
et une appréciation de la muqueuse vésicale adjacente.
Résection trans-urétrale des tumeurs
de la vessie TVNIM Ta et T1
Le but de cette intervention est de faire correctement le
diagnostic histologique et d'être exhaustif en retirant
l'intégralité des lésions visibles. Elle permet d'orienter, selon
le résultat anatomo-pathologique, le traitement. En raison du
risque infectieux, une ECBU stérile en préopératoire est nécessaire
et une antibioprophylaxie est administrée au patient lors de
l'induction (céphalosporine de seconde génération).
La résection se déroule se déroule sous vidéo-caméra permettant
une magnificence de l'image et une amélioration du confort
interventionnel. L'intervention se déroule sous anesthésie
générale. Avant l'intervention, un toucher pelvien vérifie
l'infiltration tumorale et la mobilité de la tumeur.
Le 1er temps opératoire est une urétro-cystoscopie
permettant de vérifier la filière urinaire basse, au mieux à l'aide
d'une optique 30°. La résection utilise un courant de section
et de coagulation et est toujours menée vers l'opérateur. Lors du
remplissage, la paroi vésicale s'amincit rendant possible une
perforation. Pour minimiser ce risque, on emploie un résecteur
d'Iglesias (double courant) qui maintient un état de remplissage
minimum. La perforation vésicale peut tout aussi bien survenir
sur une paroi distendue par le remplissage mais aussi sur vessie
vide du fait des replis de paroi.
La stratégie opératoire dépend de la taille de la tumeur. Une
tumeur de moins de 1 cm de grand axe peut être réséquée en
monobloc et contenir la tumeur plus du muscle vésical. Cela est
possible dans le cas d'une implantation tumorale fine. L'ensemble
est ensuite envoyé en anatomo-pathologie. Le pied du polype
ainsi que la muqueuse saine péri-tumorale sont enfin coagulés. Si
la tumeur est plus volumineuse, la résection est menée de la
superficie (partie exophytique) vers la base (partie musculaire) et
les fragments sont envoyés étiquetés et séparément en
anatomo-pathologie.
Lorsque la tumeur a une base d'implantation sessile, elle est
fortement suspecte d'être infiltrante. La résection doit se
faire avec soin en évitant de creuser sous peine de perforer la
paroi vésicale. La base d'implantation avec le muscle vésical
doit être soigneusement prélevée.
Les régions érythémateuses suspectes de CIS doivent être
réséquées ou biopsiées, coagulées.
Une résection complète et correcte est essentielle au pronostic
du patient [2].
Biopsies vésicales et de l'urètre prostatique
Les biopsies systématiques de la muqueuse saine des tumeurs Ta et
T1 ne sont pas recommandées. En effet, la présence de CIS dans ces
cas de figure reste une exception (< 2 %) et de plus, le choix
du traitement adjuvant ne sera pas influencé.
Cependant, dans le cas de cytologies préopératoires positives ou
de tumeurs de vessie d'aspect infiltrant (TVIM), les biopsies à la
pince froide sont fortement recommandées. Enfin, si la muqueuse
semble anormale, même dans le cadre des tumeurs TaT1, les biopsies
ou la résection de ces zones suspectes sont là aussi recommandées.
Ces fragments seront séparément envoyés en
anatomo-pathologie.
Le risque d'une localisation prostatique dans le cadre de TVNIM
TaT1 est élevé si la lésion tumorale est localisée sur le trigone
ou le col de la vessie, si du CIS est retrouvé ou encore dans le
cas de multifocalité tumorale [3, 4]. Dans ces cas de figures ou si
l'aspect de l'urètre prostatique est suspect, des biopsies à
la pince froide de l'urètre prostatique sont recommandées.
Apport de la fluorescence
La cystoscopie couplée à une source lumineuse ultra-violet après
instillation intra-vésicale (2 heures avant la résection)
d'un photo-sensibilisateur comme l'acide 5-aminolevulinique (ALA)
ou son ester, l'hexaminolevulinate (HAL) permet d'augmenter la
sensibilité de détection de tumeur de la vessie, notamment de CIS
[5-7]. Cependant, une fausse positivité peut-être induite par une
inflammation locale, un antécédent récent de résection ou encore
une instillation endo vésicale. Les résultats de la survie
sans récidive sont pour l'instant contradictoires.
En effet, si certaines études ont montré une amélioration
[8-10], d'autres, malgré l'amélioration visuelle apportée par
l'acide 5-amino lévulinique (5-ALA) n'ont pas mis en évidence un
impact significatif sur la survie sans récidive [11].
Les résultats d'études supplémentaires sont en attente.
D'autre part, le coût financier d'une telle technique devra
probablement faire aussi l'objet d'une évaluation précise par
rapport aux bénéfices attendus sur les taux de progression ou la
survie des patients.
Complications de la RTUV
Les perforations de la paroi vésicale peuvent soit
extrapéritonéales, soit intrapéritonéales. Les perforations
extrapéritonéales sont les plus fréquentes et peuvent facilement
être traitées de façon conservatrice par un drainage de vessie
[12]. La durée de ce drainage est affaire d'habitude et se
situe généralement autour de 8 jours.
Le traitement de la perforation intrapéritonéale peut être soit
conservateur (sondage vésical) si elle est petite, parfois au prix
d'un drainage intrapéritonéal mis en place sous guidage
échographique [13]. Un traitement chirurgical devient obligatoire
si la perforation est large, si une hémorragie ou une lésion du
tube digestif sont associées [14]. Cette réparation peut se faire
par une courte laparotomie ou laparoscopie. Dans tous les cas, il
faudra vérifier l'absence de lésion digestive, drainer
l'extravasation et suturer la vessie.
La perforation intrapéritonéale pose le problème de la
dissémination de cellules tumorales avec greffe extravésicale à la
paroi abdominale, la cloison rectovésicale, la graisse périvésicale
[15], le psoas [16]. Le délai court de l'apparition de ces
greffes extravésicales (4 à 7,5 mois) implique une
surveillance par tomodensitométrie tous les 3 mois, puis une
tous les 6 mois [17] après ce genre d'incident.
Les facteurs de risque de perforations peuvent être liés à l'âge
des patients (paroi vésicale plus fine), à la tumeur elle-même avec
perforation par stimulation du nerf obturateur en cas de lésion de
la face latérale (adduction brutale du membre inférieure) surtout
si la vessie est distendue. Les autres localisations à risques
de perforation sont les tumeurs du dôme vésical et les tumeurs
intradiverticulaires (incidence 1-10 % des cas).
En pratique, il est conseillé de ne pas effectuer de résection
profonde et agressive en cas de TVNIM connue récidivante, de tumeur
d'aspect non infiltrant ou encore de TVIM évidente.
Intérêt d'une seconde résection
Il est maintenant démontré que le résultat oncologique dépend de la
qualité de la résection. Il existe un risque significatif de
tumeur résiduelle après une première résection de tumeur Ta/T1
telle que les sociétés savantes recommandent une seconde résection
pour préciser de façon certaine le stade tumoral et de s'assurer de
l'exhaustivité de la résection [18, 19]. Cette seconde résection
est tout du moins fortement indiquée dans le cas des T1 car il est
retrouvé une tumeur résiduelle dans 33 à 53 % des cas [20-23].
De plus, outre ce risque de tumeur résiduelle, il existe un
risque non négligeable de sous-stadification lors de la résection
initiale. En effet, 10 % des Ta/T1, de haut grade sont en fait des
TVIM [21]. Or le traitement des tumeurs de vessie de haut grade
Ta/T1 vs TVIM est complètement différent. Cette seconde résection
est réalisée entre 4 à 6 semaines après l'initiale mais
aucun consensus n'existe quand à l'intervalle qu'il faut laisser
entre les deux interventions. Dans tous les cas, lors de la seconde
résection, il faudra au minimum réséquer le site tumoral initial.
Les recommandations pour une seconde résection sont les
suivantes : s'il s'agit d'une tumeur TVNIM de haut grade ou une
tumeur classée T1, l'absence de muscle vésical sur l'examen
anatomo-pathologique, en cas de multifocalité tumorale associée à
du CIS, ou enfin lorsque le patient consulte pour un second
avis.
Il a été montré qu'une seconde résection peut améliorer la
survie sans récidive et sans progression [23].
Classification du risque de récidive
et de progression tumorale
Pour prédire le risque à court et long terme à la fois
de récidive et de progression tumorale, l'EORTC (European
Organization for Research and Treatment of Cancer) a mis au point
un système de score débouchant sur des tables prédictives de
récidive et de progression des TVNIM [24]. Le score est fondé
sur six critères : le nombre de tumeurs, leur taille, le stade T,
le nombre de récidives, la présence de CIS et le grade tumoral.
Ce calcul peut être aisément fait par l'intermédiaire
d'Internet (http ://www.eortc.be/tools/bladdercalculator/).
Ce score permet de classer la tumeur dans un groupe
à risque de récidive et de progression tumorale (tableaux 1, 2) et de discuter avec le patient
un traitement le plus adapté à sa tumeur. Cependant, cette
classification a ses limites et ne prend pas en compte certaines
données qui sont connues comme déterminantes comme la
sous-stadification T1a et T1b selon que la muscularis mucosae est
envahie ou pas [25]. De même, aucun marqueur moléculaire n'est
inclus dans la décision actuellement alors que de multiples études
ont montré leur intérêt.
Tableau 1 Critères pour le calcul
de la récidive et de la progression
des TVNIM [24].
|
Critères
|
Récidive
|
Progression
|
|
Nombre de tumeurs
|
|
|
|
1
|
0
|
0
|
|
2-7
|
3
|
3
|
|
≥ 8
|
6
|
3
|
|
Taille de la tumeur
|
|
|
|
< 30 mm
|
0
|
0
|
|
≥ 30 mm
|
3
|
3
|
|
Fréquence de récidive
|
|
|
|
premier épisode
|
0
|
0
|
|
≤ 1 récidive/an
|
2
|
2
|
|
> 1 récidive/an
|
4
|
2
|
|
Stade
|
|
|
|
Ta
|
0
|
0
|
|
T1
|
1
|
4
|
|
Carcinome in situ (CIS)
|
|
|
|
non
|
0
|
0
|
|
oui
|
1
|
6
|
|
Grade (classification 1973)
|
|
|
|
G1
|
0
|
0
|
|
G2
|
1
|
0
|
|
G3
|
2
|
5
|
|
Score total
|
0-17
|
0-23
|
Tableau 2 Probabilité de récidive
et de progression selon le score total du au 1
[24].
|
Récidive
|
Probabilité de récidive à 1 an % (95 %CI)
|
Probabilité de récidive à 5 ans % (95 %CI)
|
Groupe à risque de récidive
|
|
0
|
15 (10-19)
|
31 (24-37)
|
Risque bas
|
|
1-4
|
24 (21-26)
|
46 (42-49)
|
Risque intermédiaire
|
|
5-9
|
38 (35-41)
|
62 (58-65)
|
|
10-17
|
61 (55-67)
|
78 (73-84)
|
Risque élevé
|
|
Progression
|
Probabilité de progression à 1 an % (95
%CI)
|
Probabilité de progression à 5 ans % (95
%CI)
|
Groupe à risque de progression
|
|
0
|
0,2 (0-0,7)
|
0,8 (0-1,7)
|
Risque bas
|
|
2-6
|
1 (0,4-1,6)
|
6 (5-8)
|
Risque intermédiaire
|
|
7-13
|
5 (4-7)
|
17 (14-20)
|
|
14-23
|
17 (10-24)
|
45 (35-55)
|
Risque élevé
|
Traitement adjuvant des TVNIM
Instillations postopératoires précoces (IPOP)
Même si une résection bien conduite peut être complète, le risque
de récidive et de progression existe et l'hétérogénéité des
résultats à 3 mois rend nécessaire un traitement adjuvant chez
tous ces patients [2].
Une méta-analyse regroupant 1 476 patients avec un
suivi moyen de 3,4 années a montré qu'une IPOP dans les
24 heures après la résection réduisait de 12 % le risque
global de récidive (de 48,8 % à 36,7 %) en détruisant les cellules
tumorales en suspension juste après la résection et/ou en ayant un
effet abrasif des cellules tumorales résiduelles sur le site
initial de résection [26]. Si l'IPOP n'est pas réalisée le
jour de la résection, le risque relatif de récidive est multiplié
par 2 [27].
Ainsi l'Association française d'urologie (AFU) et l'association
européenne d'urologie (EAU) préconisent une IPOP de chimiothérapie
chez tous les patients réséqués d'une TVNIM sauf s'il y a une
suspicion de perforation vésicale ou si l'hémostase est mal
contrôlée (passage systémique). L'effet de l'IPOP agit sur la
récidive pendant environ 2 ans après l'instillation [28].
La suite du traitement dépend dans quel groupe à risque (bas,
intermédiaire, ou élevé) la tumeur est classée.
L'optimisation de l'effet de la Mitomycine C en IPOP est un
paramètre sur lequel les équipes soignantes doivent être
sensibilisées. Il y a donc nécessité d'adapter le pH qui doit
être alcalin, de diminuer la diurèse (restriction hydrique) pour ne
pas diluer le produit. La concentration du produit est un
facteur plus déterminant que la durée de l'instillation sur le
résultat [29]. Il a d'ailleurs été montré qu'une IPOP
administrée de façon optimale diminuait le taux de récidive
tumorale [30].
Par la suite, le choix du traitement dans quel groupe à risque
est classée la tumeur après analyse anatomo-pathologique. Dans le
groupe des tumeurs à bas risque de récidive et de progression (tableaux 1, 2), l'IPOP est suffisante et
le traitement adjuvant n'est pas obligatoire. Dans une méta-analyse
comparant résection + chimiothérapie intravésicale vs résection
seule, il a été montré que le traitement combiné avait un impact
sur le risque de récidive mais pas de progression [31].
Il persiste une controverse concernant la fréquence des
instillations et la durée du traitement. Le choix entre la
chimiothérapie et l'immunothérapie adjuvante se fera selon le
risque le plus important à réduire : la récidive ou la progression
(tableau 2).
Immunothérapie intravésicale par BCG
Plusieurs méta-analyses ont montré une supériorité de la résection
+ BCG vs résection seule et résection + chimiothérapie endovésicale
concernant le risque de récidive pour les tumeurs Ta/T1 à haut
risque [32]. Néanmoins, les mêmes auteurs n'ont pas montré
d'amélioration du risque de progression et de la survie globale.
D'autre part, il a été montré l'efficacité d'un traitement
d'entretien du BCG dans plusieurs méta-analyses concernant le
risque de progression [33-35]. Rien n'a pu être conclu concernant
la durée du traitement d'entretien mais une durée minimum de
1 an semble se dégager [34, 35].
Le schéma d'induction reste le même, à savoir
6 instillations hebdomadaires. Le nombre optimal, la
fréquence des instillations ainsi que la durée du traitement
d'entretien ne sont à l'heure actuelle toujours pas
protocolisés.
Moins de 5 % des patients présentent des effets secondaires
sérieux lors des instillations tout à fait gérables à l'aide de
traitements médicaux [36]. La majorité de ces effets sont dus
à une absorption systémique du BCG. Afin de les éviter, il ne faut
pas réaliser l'instillation dans les 2 semaines après
l'instillation, si le patient présente une hématurie macroscopique
ou après un cathétérisme urétral traumatique.
Le consensus existe pour les indications du BCG. Ainsi, le BCG
n'influence aucunement l'évolution des tumeurs de la vessie à bas
risque de récidive et de progression et serait considéré comme un «
sur-traitement » dans ce genre de tumeur. En revanche, il est tout
fait indiqué en traitement d'induction associé au traitement
d'entretien comme thérapie adjuvante des tumeurs de vessie à haut
risque. Concernant les tumeurs de risque intermédiaire, il n'a pas
été remarqué de supériorité de l'immunothérapie par rapport à la
chimiothérapie intravésicale. Ainsi, la BCG-thérapie est proposée
dans ce groupe de tumeurs si la chimiothérapie est mal tolérée ou
si le patient récidive. Dans ce cas de figure, le traitement
d'entretien pendant une durée minimale de 1 an est
indiqué.
Traitement des échecs de la thérapie
intravésicale
Les patients avec une TVNIM traitée par chimiothérapie
intravésicale récidivante peuvent bénéficier en seconde intention
d'une BCG-thérapie.
Les échecs de la BCG-thérapie sont les suivants :
- – apparition d'une TVIM pendant le suivi ;
- – présence d'une TVNIM de haut grade à 3 et
6 mois du suivi [37]. Un 2e cycle de BCG, si une TVNIM et ou
un CIS sont présents à 3 mois, est efficace dans >50 % des
cas [37, 38] ;
- – aggravation de la pathologie (stade, grade, récidives,
apparition de CIS) malgré la réponse initiale.
Le passage de la BCG-thérapie à la chimiothérapie n'est pas
validé et le haut risque de progression de ces TVNIM fait préférer
la réalisation d'une cystectomie totale dans le cas d'un échec à la
BCG-thérapie.
Indications des cystectomies de TVNIM
Comme le décrit T. Lebret [39], 2 cas de figure se distinguent
: les indications immédiates de cystectomie et celles à réaliser
après échec de BCG.
Les recommandations de l'European Association of Urology
plaident en faveur d'un traitement premier par BCG pour les TVNIM à
haut risque [19]. En effet, les résultats des différentes études
concernant la cystectomie immédiate vs BCG-Thérapie sont
contradictoires [40-43]. Cependant, il a été montré que 41 % des
patients cystectomisés pour TVNIM de haut grade étaient en fait
porteur de TVIM [44].
Les arguments pour une cystectomie immédiate sont à la fois
cliniques (compliance du patient dans le suivi, multifocalité des
lésions vésicales, présence de CIS, tumeur dans l'urètre
prostatique, taille de la tumeur, tumeur intra-diverticulaire),
histologiques (invasion du chorion profond [pT1b], présence
d'emboles vasculaires) et moléculaires (p53, p21, MIB-1, Survivine,
HSP, E-Cadhérine…) mais ne sont pas validés pour la prise de
décision thérapeutique.
Les cystectomies post-échec au BCG sont admises dans des cas de
figure bien précis. En effet, l'hétérogénéité des tumeurs, la
variabilité des protocoles de BCG dans les différents centres, les
différences dans la définition de l'échec à la BCG-thérapie font
que l'indication de cystectomie reste complexe à poser.
La présence de TVNIM au 3e mois semble être un
délai unanime pour commencer à parler de cystectomie même si un
second cycle d'instillations de BCG peut apporter encore une
réponse complète [45]. Il faut cependant garder à l'esprit que
la sous-stadification initiale des tumeurs rend ces résultats
difficilement interprés. En effet, 27 % de TVNIM traitées par BCG
avec échec de ce traitement sont en fait des TVIM (≥ T2) [46]. Sur
une autre série de 125 TVNIM de haut grade traitées par
cystectomie totale après échec du traitement conservateur, >20 %
étaient des tumeurs ≥ T3 et/ou pN+ [47]. Le traitement radical
permet un contrôle de la maladie à 5 ans dans 80 à 90 %
[47] s'il est réalisé sans délai.
Conclusion
Les progrès faits dans la prise en charge des TVNIM ces dernières
années ont permis d'améliorer les résultats en terme de taux de
récidive et de progression. Parmi les règles admises, on retrouve
la réalisation d'une IPOP systématiquement dans les TVNIM (sauf
contre-indication), la seconde résection pour les TVNIM à haut
risque, l'intérêt grandissant de la résection couplée à la
fluorescence. Cependant, les limites notamment en ce qui concerne
les facteurs pronostiques sont atteintes et il semble indéniable
que dans un avenir proche, l'utilisation de marqueurs moléculaires
devienne indissociable des marqueurs déjà utilisés pour une
décision thérapeutique la plus adaptée à la tumeur considérée. À
noter que le lecteur pourra lire dans ce numéro [48] la prise
en charge des CUVIM (carcinomes urothéliaux de vessie infiltrant le
muscle).
Conflits d'intérêts
aucuns.
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