ARTICLE
Auteur(s) : A
Tolo-Diebkilé1, GK Koffi1, CD
Nanho1, D Sawadogo2, B Kouakou1, L
Siransi-Bogui3, R Ayémou1, I
Sanogo1
1Service d’hématologie clinique, CHU
de Yopougon, Abidjan, Côte-d’Ivoire
2Service d’hématologie biologique, CHU de Yopougon,
Abidjan, Côte-d’Ivoire
3Centre national de transfusion sanguine, Abidjan,
Côte-d’Ivoire
Article reçu le 15 Juin 2009, accepté le 17 Novembre 2009
Le protocole CMA comportant la cyclophosphamide, le méthotrexate
et l’Aracytine® ou cytosine arabinoside, utilisé dans
notre service depuis 1994, donne des cas de guérisons [1], avec
cependant des résultats moins bons pour les localisations
maxillofaciales [2]. L’escalade des doses par rapport au CMA
classique a donné le CMA renforcé.
Notre étude a eu lieu dans le service d’hématologie clinique du
centre hospitalier universitaire de Yopougon, à Abidjan, en
Côte-d’Ivoire. Elle a porté sur 26 patients atteints de lymphomes
de Burkitt endémique à localisations maxillofaciales, pour lesquels
la preuve histologique ou cytologique a été établie [3, 4]. Elle
était rétrospective de janvier 2000 à décembre 2007 et prospective
de janvier à septembre 2008.
Le protocole CMA renforcé comportait : la cyclophosphamide à la
dose de 40 mg/kg en i.v. à j1, le méthotrexate à la dose de
1 g/m2 en i.v. à j1, l’Aracytine® à la
dose de 200 mg/m2 en i.v. de j1 à j5, une cure sur
deux. La cyclophosphamide a été administrée en une heure, le
méthotrexate en deux heures et l’Aracytine® en deux
heures ; en Y avec une hydratation par des solutés. Nous y
associons la chimiothérapie intrathécale et du folinate de
calcium.
Le traitement d’induction comporte six cures hebdomadaires
alternant trois cures CMA et trois cures CM. Le traitement de
consolidation comporte trois cures mensuelles, trois cures
trimestrielles, deux cures semestrielles et une cure annuelle et se
fait uniquement avec du CMA. L’évaluation a été faite à la fin du
traitement d’induction, et plusieurs cas de figures sont possibles
:
- – une rémission complète avec disparition totale des
signes cliniques et biologiques ;
- – une rémission incomplète avec disparition partielle du
syndrome tumoral et/ou des signes biologiques ;
- – une rechute précoce caractérisée par la réapparition
des signes cliniques et/ou biologiques dans les six premiers mois
du traitement ;
- – une rechute tardive avec réapparition des signes
cliniques et/ou biologiques après les six premiers mois du
traitement ;
- – un échec avec persistance du syndrome tumoral.
La compliance du traitement après les six cures d’induction a
été appréciée, de même que l’évolution.
L’âge des patients variait de zéro à dix ans dans 96,1 %, avec
une moyenne de 7,89 ans. Le sex-ratio était de 2,71. Dans
73,1 %, les patients étaient originaires des régions forestières
qui ont une pluviométrie supérieure à 500 mm/an, une
température qui ne descend pas en dessous de 15 °C et une
altitude inférieure à 1 500 m au niveau de l’équateur.
La prévalence de la sérologie VIH était de 3,9 % et ne
concernait que le sujet de 43 ans. Le délai de
consultation était long, supérieur ou égal à 30 jours dans
57,7 %. Les localisations étaient maxillofaciales dans 100 %,
abdominales dans 76,9 %. D’autres localisations ont été retrouvées
dans 53,8 % (quatre cas d’adénopathie périphérique, quatre
gonadique, trois neuroméningée, un médullaire, un oculaire, un
thyroïdienne). Ainsi, 76,9 % des patients étaient au stade III de
Ziegler et 15,4 % au stade IV. Une évolutivité clinique a été
retrouvée dans 65,4 %, et une évolutivité biologique dans 73,1
%.
Sur le plan thérapeutique, le taux de réponse global était de
92,3 %, avec 57,7 % de rémission complète et 34,6 % de rémission
incomplète. Le taux d’échec était de 7,7 %. Aucun cas de
rechute n’a été retrouvé, aussi bien précoce que tardive.
L’évolution s’est faite vers le décès dans 30,8 %, et 15,4 % ont
été perdus de vue. Le suivi médian était de 18,2 mois.
La médiane de survie était de 7,4 mois. La survie à
un an était de 34,6 % et à cinq ans de 11,5 % (figure 1).
La réanimation était hématologique (84,6 %),
hydroélectrolytique (84,6 %) et anti-infectieuse, basée sur
l’antibiothérapie et l’administration de G-CSF (53,8 %).
La compliance était bonne dans 57,7 % et mauvaise dans 42,3 %.
La réponse au traitement était liée à la compliance
thérapeutique (p < 0,001) ainsi qu’au délai de consultation (p =
0,01). La bonne compliance et le court délai de consultation
augmentent le taux de rémission complète et la survie (figure 2). Notre taux
relativement bas de rémission complète s’expliquerait par le taux
de décès de 30,8 %, décès survenus lors des rémissions incomplètes.
Sangaré et al. [1] ont obtenu un taux de rémission complète de
76 % avec le CMA classique pour toutes les localisations
confondues, et les rémissions incomplètes étaient dues aux
localisations maxillofaciales. 53,9 % étaient toujours en rémission
complète après un suivi variant de 2,5 mois à six ans. Ainsi,
le protocole CMA renforcé, qui donne des survies prolongées, est
porteur d’espoir.
Conflits d’intérêts :
aucuns.
Références
1 Sangaré A, Sanogo I, Koffi KG, Touré AH, Tolo A, Cissé N,
et al. Le protocole CMA dans le traitement du lymphome de
Burkitt africain. Carcinol Prat Afr 2000 ; 3 : 7-9.
2 Koffi KG, Sanogo I, Touré AH, Tolo A,
Allangba OT, N’Dhatz E, et al. Réflexion sur le
traitement du lymphome de Burkitt africain. Ann Med 1998 ;
27 : 211-7.
3 Rain JD, Téa Daignekpo N. L’expérience de l’école
abidjanaise à propos de 250 cas de maladie de Burkitt observés en
12 ans. Ann Univ Abidjan, Série B (Médecine) 1981 ;
15 : 137-48.
4 Segbena AY, Kuéviakoé I, Vovor A,
Tataghan-Agbi K, Assimadi K, Napo-Koura GA,
et al. Le lymphome de Burkitt au Togo : aspects
épidémiologique, clinique, thérapeutique, et évolutif. Med Afr
Noire 1997 ; 44 : 141-6.
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