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Évaluation du protocole CMA renforcé dans le traitement du lymphome de Burkitt endémique au CHU de Yopougon à Abidjan


Bulletin du Cancer. Volume 97, Numéro 5, 507-9, mai 2010, Article original

DOI : 10.1684/bdc.2010.1037

Résumé   Summary  

Auteur(s) : A Tolo-Diebkilé, GK Koffi, CD Nanho, D Sawadogo, B Kouakou, L Siransi-Bogui, R Ayémou, I Sanogo , Service d’hématologie clinique, CHU de Yopougon, Abidjan, Côte-d’Ivoire, Service d’hématologie biologique, CHU de Yopougon, Abidjan, Côte-d’Ivoire, Centre national de transfusion sanguine, Abidjan, Côte-d’Ivoire.

Résumé : Nous rapportons les résultats du traitement par le protocole CMA (cyclophosphamide, méthotrexate, Aracytine ®) renforcé de 26 patients atteints de lymphome de Burkitt à localisation maxillofaciale dans une étude rétrospective de janvier 2000 à décembre 2007 et prospective de janvier à septembre 2008. Le but de cette étude était d’évaluer les résultats du traitement par le protocole CMA renforcé des localisations maxillofaciales. L’âge moyen était de 7,89 ans, avec un sex-ratio de 2,71. La réponse globale au traitement était de 92,3 % avec 57,7 % de rémission complète et 34,6 % de rémission incomplète. Le taux d’échec était de 7,7 %. La morbidité liée au traitement était essentiellement d’ordre hématologique (84,6 %) et hydroélectrolytique (84,6 %). L’évolution s’est faite vers le décès dans 30,8 %, et 15,4 % ont été perdus de vue. Le suivi médian était de 18,2 mois. La médiane de survie était de 7,4 mois. La réponse au traitement était liée à la compliance thérapeutique (p <\; 0,001) ainsi qu’au délai de consultation (p \= 0,01).

Mots-clés : Burkitt, localisations maxillofaciales, traitement

Illustrations

ARTICLE

Auteur(s) : A Tolo-Diebkilé1, GK Koffi1, CD Nanho1, D Sawadogo2, B Kouakou1, L Siransi-Bogui3, R Ayémou1, I Sanogo1

1Service d’hématologie clinique, CHU de Yopougon, Abidjan, Côte-d’Ivoire
2Service d’hématologie biologique, CHU de Yopougon, Abidjan, Côte-d’Ivoire
3Centre national de transfusion sanguine, Abidjan, Côte-d’Ivoire

Article reçu le 15 Juin 2009, accepté le 17 Novembre 2009

Le protocole CMA comportant la cyclophosphamide, le méthotrexate et l’Aracytine® ou cytosine arabinoside, utilisé dans notre service depuis 1994, donne des cas de guérisons [1], avec cependant des résultats moins bons pour les localisations maxillofaciales [2]. L’escalade des doses par rapport au CMA classique a donné le CMA renforcé.

Notre étude a eu lieu dans le service d’hématologie clinique du centre hospitalier universitaire de Yopougon, à Abidjan, en Côte-d’Ivoire. Elle a porté sur 26 patients atteints de lymphomes de Burkitt endémique à localisations maxillofaciales, pour lesquels la preuve histologique ou cytologique a été établie [3, 4]. Elle était rétrospective de janvier 2000 à décembre 2007 et prospective de janvier à septembre 2008.

Le protocole CMA renforcé comportait : la cyclophosphamide à la dose de 40 mg/kg en i.v. à j1, le méthotrexate à la dose de 1 g/m2 en i.v. à j1, l’Aracytine® à la dose de 200 mg/m2 en i.v. de j1 à j5, une cure sur deux. La cyclophosphamide a été administrée en une heure, le méthotrexate en deux heures et l’Aracytine® en deux heures ; en Y avec une hydratation par des solutés. Nous y associons la chimiothérapie intrathécale et du folinate de calcium.

Le traitement d’induction comporte six cures hebdomadaires alternant trois cures CMA et trois cures CM. Le traitement de consolidation comporte trois cures mensuelles, trois cures trimestrielles, deux cures semestrielles et une cure annuelle et se fait uniquement avec du CMA. L’évaluation a été faite à la fin du traitement d’induction, et plusieurs cas de figures sont possibles :

  • une rémission complète avec disparition totale des signes cliniques et biologiques ;
  • une rémission incomplète avec disparition partielle du syndrome tumoral et/ou des signes biologiques ;
  • une rechute précoce caractérisée par la réapparition des signes cliniques et/ou biologiques dans les six premiers mois du traitement ;
  • une rechute tardive avec réapparition des signes cliniques et/ou biologiques après les six premiers mois du traitement ;
  • un échec avec persistance du syndrome tumoral.

La compliance du traitement après les six cures d’induction a été appréciée, de même que l’évolution.

L’âge des patients variait de zéro à dix ans dans 96,1 %, avec une moyenne de 7,89 ans. Le sex-ratio était de 2,71. Dans 73,1 %, les patients étaient originaires des régions forestières qui ont une pluviométrie supérieure à 500 mm/an, une température qui ne descend pas en dessous de 15 °C et une altitude inférieure à 1 500 m au niveau de l’équateur. La prévalence de la sérologie VIH était de 3,9 % et ne concernait que le sujet de 43 ans. Le délai de consultation était long, supérieur ou égal à 30 jours dans 57,7 %. Les localisations étaient maxillofaciales dans 100 %, abdominales dans 76,9 %. D’autres localisations ont été retrouvées dans 53,8 % (quatre cas d’adénopathie périphérique, quatre gonadique, trois neuroméningée, un médullaire, un oculaire, un thyroïdienne). Ainsi, 76,9 % des patients étaient au stade III de Ziegler et 15,4 % au stade IV. Une évolutivité clinique a été retrouvée dans 65,4 %, et une évolutivité biologique dans 73,1 %.

Sur le plan thérapeutique, le taux de réponse global était de 92,3 %, avec 57,7 % de rémission complète et 34,6 % de rémission incomplète. Le taux d’échec était de 7,7 %. Aucun cas de rechute n’a été retrouvé, aussi bien précoce que tardive. L’évolution s’est faite vers le décès dans 30,8 %, et 15,4 % ont été perdus de vue. Le suivi médian était de 18,2 mois. La médiane de survie était de 7,4 mois. La survie à un an était de 34,6 % et à cinq ans de 11,5 % (figure 1). La réanimation était hématologique (84,6 %), hydroélectrolytique (84,6 %) et anti-infectieuse, basée sur l’antibiothérapie et l’administration de G-CSF (53,8 %). La compliance était bonne dans 57,7 % et mauvaise dans 42,3 %. La réponse au traitement était liée à la compliance thérapeutique (p < 0,001) ainsi qu’au délai de consultation (p = 0,01). La bonne compliance et le court délai de consultation augmentent le taux de rémission complète et la survie (figure 2). Notre taux relativement bas de rémission complète s’expliquerait par le taux de décès de 30,8 %, décès survenus lors des rémissions incomplètes. Sangaré et al. [1] ont obtenu un taux de rémission complète de 76 % avec le CMA classique pour toutes les localisations confondues, et les rémissions incomplètes étaient dues aux localisations maxillofaciales. 53,9 % étaient toujours en rémission complète après un suivi variant de 2,5 mois à six ans. Ainsi, le protocole CMA renforcé, qui donne des survies prolongées, est porteur d’espoir.

Conflits d’intérêts :

aucuns.

Références

1 Sangaré A, Sanogo I, Koffi KG, Touré AH, Tolo A, Cissé N, et al. Le protocole CMA dans le traitement du lymphome de Burkitt africain. Carcinol Prat Afr 2000 ; 3 : 7-9.

2 Koffi KG, Sanogo I, Touré AH, Tolo A, Allangba OT, N’Dhatz E, et al. Réflexion sur le traitement du lymphome de Burkitt africain. Ann Med 1998 ; 27 : 211-7.

3 Rain JD, Téa Daignekpo N. L’expérience de l’école abidjanaise à propos de 250 cas de maladie de Burkitt observés en 12 ans. Ann Univ Abidjan, Série B (Médecine) 1981 ; 15 : 137-48.

4 Segbena AY, Kuéviakoé I, Vovor A, Tataghan-Agbi K, Assimadi K, Napo-Koura GA, et al. Le lymphome de Burkitt au Togo : aspects épidémiologique, clinique, thérapeutique, et évolutif. Med Afr Noire 1997 ; 44 : 141-6.


 

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