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Cancers du rein avancés en situations particulières. Comment les traiter ?


Bulletin du Cancer. Volume 97, 83-90, Cancers du rein, Synthèse

DOI : 10.1684/bdc.2010.1073

Résumé   Summary  

Auteur(s) : D Pouessel, J-J Patard, S Culine , Hôpital Henri-Mondor, Service d’oncologie médicale, 94010 Créteil cedex, France, CHU de Rennes, hôpital Pontchaillou, Service d’urologie, 35000 Rennes cedex 09, France.

Résumé : Le cancer du rein localement avancé ou métastatique est une pathologie fréquente en oncologie qui, encore récemment, conduisait rapidement à une impasse thérapeutique. Les nouvelles thérapies ciblant les voies du récepteur au vascular endothelial growth factor (VEGF-R), sorafénib, sunitinib et bevacizumab, et du mTOR (mammalian target of rapamycin), temsirolimus et éverolimus, ont transformé le pronostic et la qualité de vie de ces patients en quelques années. Malgré tout, les patients inclus dans les études prouvant l’efficacité de ces molécules respectent des critères d’inclusion sélectifs. Aussi, la pratique quotidienne confronte des malades présentant des caractéristiques particulières non évaluées dans ces essais pivots : état général altéré, patients de plus de 75 ans, insuffisance rénale, métastases cérébrales, histologies non conventionnelles, etc. Les données publiées dans la littérature pour ces différentes situations sont peu nombreuses, concernent de petits effectifs, souvent rétrospectifs ou non comparatifs. La tolérance semble cependant globalement peu modifiée chez les patients âgés, ou à l’état de performance dégradé, ou présentant des métastases encéphaliques, ou un cancer non à cellules claires. Le bénéfice apporté reste en revanche difficile à affirmer, et la confrontation des risques de toxicité et du bénéfice attendu est indispensable avant la mise en place du traitement. Chez l’insuffisant rénal, la prudence peut conduire à débuter les inhibiteurs du VEGF-R à posologie réduite, puis à augmenter par palier en fonction de la tolérance. Au regard des niveaux de preuves faibles, l’inclusion dans des essais cliniques spécifiques à ces différentes populations est donc plus que jamais d’actualité.

Mots-clés : cancer du rein, thérapies ciblées, sujets âgés, PS supérieur ou égal à 2, métastases cérébrales, insuffisance rénale, sous-types papillaire et chromophobe

ARTICLE

Auteur(s) : D Pouessel1, J-J Patard2, S Culine1

1Hôpital Henri-Mondor, Service d’oncologie médicale, 94010 Créteil cedex, France
2CHU de Rennes, hôpital Pontchaillou, Service d’urologie, 35000 Rennes cedex 09, France

Article reçu le 22 Juin 2009, accepté le 30 Juin 2009

Introduction

Longtemps, le traitement du cancer du rein avancé ou métastatique (CRM) a reposé sur l’immunothérapie, mais les dernières années ont vu émerger de nouvelles thérapies qui ont transformé sa prise en charge. Successivement le sorafénib, le sunitinib, le bevacizumab associé à l’interféron-α (IFN-α), le temsirolimus (et bientôt l’éverolimus) sont venus compléter l’arsenal thérapeutique qui se limitait à l’interleukine-2, à l’IFN-α et à la chirurgie [1-6]. Les études de phase III, publiées depuis 2007, permettent de proposer des algorithmes décisionnels pour les première et deuxième lignes en fonction des critères pronostiques de Motzer et al. [7]. Ces standards ont été précédemment exposés dans cet ouvrage.

Cependant, les patients inclus dans ces larges essais répondent classiquement à des critères d’inclusion et d’exclusion sélectifs : état de performance (PS) inférieur à 2 selon l’ECOG, absence d’insuffisance rénale (IR), absence de métastases cérébrales (MC), CRM à cellules claires (CRCC) à l’exclusion des autres histologies, notamment papillaires et chromophobes, faibles comorbidités. Enfin, les patients âgés de plus de 75 ans sont souvent peu nombreux, alors que la place de l’oncogériatrie croît sans cesse. Devant ces éléments, il est difficile d’extrapoler des résultats prouvant un bénéfice en termes de survie sans progression (SSP), voire de survie globale (SG) ou de qualité de vie à une population différente.

Nous avons colligé les données de la littérature et proposé une attitude pratique pour ces situations particulières mais quotidiennes que sont : les patients âgés, les patients au PS supérieur ou égal à 2, les carcinomes papillaires (CRPap) et chromophobes (CRCh), l’IR et les MC.

Patients âgés

La première difficulté est, comme cela est bien connu maintenant, de définir le sujet âgé. La définition gériatrique la plus simple est basée sur un âge supérieur à 70 ans. Il est évident que ce seul critère est largement insuffisant pour décrire cette population aux nombreuses disparités médicales (comorbidités et antécédents), fonctionnelles et sociales (isolement, communication, etc.). L’oncogériatrie, domaine en pleine expansion, tente donc de définir de façon plus optimale et efficace ces patients, en particulier en sujets au vieillissement harmonieux, patients vulnérables, fragiles et grabataires [8]. À ce jour, aucune étude spécifique à cette population n’est rapportée pour les patients porteurs de CRM traités par thérapies ciblées. Les seules données disponibles sont celles des publications d’essais de phase III ou de larges programmes d’accès précoces au sunitinib et au sorafénib mis en place dans l’attente de leur commercialisation.

Dans cette population, une première option ne doit pas être écartée : la chirurgie des métastases uniques ou résécables. En effet, chez le patient âgé sans comorbidité majeure et à l’espérance de vie prolongée, ce traitement potentiellement curatif doit être envisagé dans une concertation pluridisciplinaire oncologique, chirurgicale et anesthésique… Outre son aspect thérapeutique, il évite l’exposition à des toxicités souvent modérées mais prolongées. Si cette prise en charge chirurgicale n’est pas envisageable, la question d’un traitement systémique se pose alors.

Première ligne

L’immunothérapie, qui garde une place limitée à ce jour pour quelques patients jeunes, en bon état général et avec un seul site métastatique pulmonaire, n’est clairement pas indiquée pour des sujets gériatriques au regard de sa toxicité. Certains placent la limite de façon empirique autour de 70 ans. Les patients traités par sunitinib dans l’étude de Motzer et al. avaient un âge médian de 62 ans avec des extrêmes de 27 à 87 ans [1]. Une analyse par sous-groupes a montré un bénéfice quel que soit l’âge (≤ ou ≥ 65 ans) comparativement à l’IFN-α. L’association bevacizumab plus IFN-α a été comparée à l’IFN-α plus placebo dans l’essai AVOREN [3]. Dans le bras combiné, l’âge médian était de 61 ans, avec des extrêmes de 30 et 82 ans. L’analyse par sous-groupes semblait en faveur d’un moindre bénéfice de SSP pour les patients de 65 ans et plus [9]. Dans l’essai nord-américain ayant comparé les mêmes traitements, l’âge médian des patients du groupe bithérapie était de 61 ans, avec des bornes à 56 et 70 ans. Aucune analyse de sous-groupes n’est disponible à ce jour [10].

Le temsirolimus a montré un bénéfice en SG comparativement à l’IFN-α dans une population de mauvais pronostic [4]. L’âge médian des patients était de 58 ans, avec des extrêmes allant de 32 à 81 ans, et 31 % des malades avaient plus de 65 ans dans le bras temsirolimus. Le gain de SG n’était pas retrouvé pour ces patients dans l’étude de sous-groupes.

Après la première ligne

Le sorafénib est en 2009 le traitement standard de deuxième ligne dans le CRM après échec de l’immunothérapie. Dans l’étude TARGET, l’âge médian des patients recevant cet antiangiogénique était de 58 ans, avec des extrêmes de 19 et 86 ans. L’analyse par sous-groupes a retrouvé le même bénéfice de SSP par rapport au placebo chez les patients de plus ou de moins de 65 ans [2]. Cent quinze malades sur les 902 inclus étaient âgés de plus de 70 ans. Une analyse rétrospective a décrit et comparé les résultats de SSP, réponse, bénéfice clinique (réponses objectives et stabilisations [SD]) et qualité de vie dans les populations gériatrique et globale [11]. Sur les 115 patients, 70 étaient randomisés dans le bras sorafénib (âge médian : 72 ans [70-86]) et 45 dans le groupe placebo (âge médian : 73 ans [70-84]). Les gains apportés par l’inhibiteur de tyrosine-kinase (ITK) étaient retrouvés de façon similaire dans les populations gériatriques et jeunes pour l’ensemble des objectifs étudiés. Seules quelques toxicités étaient rapportées plus fréquemment après 70 ans mais restaient modérées et peu nombreuses (asthénie, diarrhée, syndrome palmoplantaire). Par ailleurs, sa tolérance, qui apparaît meilleure que celle du sunitinib ou de l’association bevacizumab-IFN-α, conduit certains à le prescrire chez les sujets âgés et fragiles en première intention.

Plus récemment, les résultats de l’essai RECORD-1 ont été publiés [12]. Des patients prétraités par au moins un ou deux ITK du récepteur au vascular endothelial growth factor (VEGF-R) étaient randomisés entre l’éverolimus et un placebo. Dans le bras à l’étude, l’âge médian était de 61 ans, et la répartition allait de 27 à 85 ans. Dans l’analyse par âge (≤ ou > 65 ans), les deux groupes semblaient en bénéficier de la même façon en SSP.

Autres données rapportées

Dans l’attente des obtentions d’autorisation de mise sur le marché, de larges programmes d’accès au sorafénib (ARCCS-NA et ARCCS-EU) et au sunitinib ont été mis en place entre 2004 et 2006 en Amérique du Nord et en Europe sous forme d’études de phase III non randomisées. Dans le cadre de l’ARCCS-NA, 2 504 patients ont été enregistrés, dont 736 de plus de 70 ans. La description des deux populations a été rapportée en juin 2008 par Bukowski et al. [13]. La SSP (35 vs 38 semaines), le bénéfice clinique (83 vs 84 %) et les toxicités étaient là encore superposables dans les groupes de moins ou plus de 65 ans. Des résultats similaires ont été retrouvés dans l’ARCCS-EU. Sur 1 159 patients traités, 267 avaient plus de 70 ans. La SSP médiane et le taux de bénéfice clinique pour les moins et les plus de 70 ans étaient respectivement de 6,4 et 8,2 mois et de 77 et 77,6 % [14]. Il n’existait pas de différence de toxicité entre les deux groupes.

En 2007, les résultats préliminaires du programme d’accès précoce au sunitinib délivré surtout en deuxième ligne ont été communiqués [15]. Sur les 2 341 patients analysés, 729 avaient plus de 65 ans. Leur taux de réponse globale était de 8,1 contre 9,3 % dans l’ensemble de la population, leur bénéfice clinique de 52,1 contre 52,3 %, et leur SSP de 10,1 contre 8,9 mois. Les toxicités étaient comparables dans les deux groupes. Enfin, une seule étude rétrospective souligne des données d’évaluation gériatrique chez 28 patients de plus de 70 ans traités par sunitinib [16]. L’âge médian était de 73 ans [extrêmes : 70-81]. Suivant l’échelle CIRS-G, six patients présentaient des comorbidités de grades 3 et 4, et 21 de grades 1 et 2. Selon une échelle d’évaluation gériatrique multidimensionnelle (MGA) 10, 11 et 5 patients étaient classés respectivement valides, vulnérables et fragiles. Les toxicités étaient modérées, et sur les 20 patients évaluables, neuf ont présenté une réponse partielle (RP) et cinq une SD. La SSP était de 7,1 mois.

L’ensemble des données publiées à ce jour concerne donc, pour la plupart, de petits effectifs, souvent extraits d’essai de phase III randomisés et sans évaluation oncogériatrique spécifique. Seuls les programmes d’accès précoce aux ITK comptent plus de patient mais restent non randomisés et non comparatifs. Cependant, malgré les réserves dues aux analyses de sous-groupes, elles semblent en faveur de l’utilisation au moins des ITK du VEGFR dans la population gériatrique qui en bénéficierait comme les sujets jeunes. La décision de la mise en place d’un traitement doit malgré tout reposer sur l’évaluation du ratio bénéfice/risque plus que sur l’âge civil. Des essais prospectifs dédiés à cette population apparaissent indispensables pour optimiser la prise en charge de ces patients chaque jour plus nombreux.

Patients au PS supérieur ou égal à 2

Si nous disposons de peu de données pour les sujets âgés, elles sont encore moins nombreuses pour les patients à l’état général altéré. De plus, les échelles utilisées varient d’une étude à une autre : échelle Eastern Cooperative Oncology Group (ECOG) ou Karnofsky (KPS), cela compliquant les interprétations.

Première ligne

Dans l’essai pivot du sunitinib, aucun patient ne présentait à l’inclusion de PS supérieur ou égal à 2 selon l’ECOG [1]. Pour l’association bevacizumab-IFN-α, 20 patients avec un PS à 70 % selon le KPS ont reçu ce traitement dans l’étude AVOREN [3]. De même, dans l’essai du CALGB évaluant cette même combinaison, sept patients avaient un PS supérieur ou égal à 2 d’après l’ECOG [10]. Ces faibles effectifs ne permettent pas d’obtenir de données solides sur le bénéfice de ce traitement dans cette population ; d’autant qu’aucune donnée la concernant spécifiquement n’est publiée. Seule une analyse rétrospective de l’essai AVOREN sur la réduction de dose de l’IFN-α montre que sur les 20 patients au KPS à 70 %, neuf ont nécessité une baisse de posologie, et 11 ont pu recevoir le traitement intégralement [17].

La publication princeps du temsirolimus est plus informative sur ces malades au PS altéré, puisque 80 % des patients présentaient un KPS inférieur ou égal à 70 %. Cependant, ils présentaient également au moins deux autres critères de pronostic péjoratif. Le gain apporté par le temsirolimus en SSP et en SG par rapport à l’IFN-α est retrouvé en particulier chez les patients au PS altéré. Dans l’analyse par sous-groupes, cette différence semble moins importante pour les sujets en bon état général [4].

Après la première ligne

Dans l’étude TARGET, seuls sept patients avaient un PS à 2 selon l’ECOG à l’inclusion dans le bras sorafénib [2]. Aucun résultat spécifique n’a été publié pour cet effectif très réduit. Cependant, comme pour les sujets âgés, compte tenu des toxicités modérées, certains préconisent son utilisation en deuxième, voire en première intention chez les patients au PS altéré. Dans l’étude RECORD-1, l’éverolimus a été administré à 28 patients avec un KPS à 70 %. Les résultats publiés ne précisent pas si cette population bénéficie également du gain de SSP observé dans l’effectif global [12]. L’analyse par sous-groupes incluait la classification pronostique du MSKCC et par ce biais indirect le PS. La SSP était augmentée dans les trois groupes pronostiques.

Autres données rapportées

Dans le programme d’accès au sunitinib, 308 des 2 341 patients analysés présentaient un PS entre 2 et 4. Le taux de réponse était de 4,2 %, le bénéfice clinique de 32,4 % et la SSP de 4,4 mois. Cette étude non randomisée ne permet pas de comparaison avec l’abstention thérapeutique ou un autre traitement. Enfin, la tolérance pour cette population semblait proche de celle des autres patients [15]. Dans les résultats des programmes ARCCS dont les critères permettaient un PS supérieur ou égal à 2, il n’était pas fait mention spécifiquement du PS des patients traités par sorafénib [18].

En première ligne thérapeutique, la littérature est plutôt en faveur de l’utilisation du temsirolimus sous réserve que le patient présente également au moins deux autres facteurs de mauvais pronostic. L’utilisation des autres traitements ne peut, cependant, être récusée au regard des profils de tolérance observés, malgré l’absence d’essais randomisés incluant ces patients. Pour les lignes ultérieures, les données publiées sont peu nombreuses concernant les ITK du VEGFR et essentiellement non comparatives.

Cancer du rein non à cellules claires (CRNCC)

La majorité des études évaluant les nouvelles molécules actuelles inclut des patients porteurs de CRCC ou à cellules claires prédominantes à l’exclusion des autres histologies, notamment papillaires et chromophobes [1-3, 10, 12]. Même si le CRCC représente 75 % des CRM, les CRPap et CRCh ne sont pas rares avec respectivement 10 et 5 % des cas. La question de leur prise en charge en phase métastatique reste donc d’actualité. Cependant, le diagnostic de sous-type histologique de cancer du rein est parfois difficile notamment sur biopsie, et une relecture centralisée est rarement effectuée. En conséquence, certains cancers inclassables ou même papillaires sont parfois, à tort, considérés comme des CRNCC.

Cancer du rein papillaire

Choueiri et al. ont rapporté l’expérience de cinq centres dans la prise en charge de 41 CRPap traités par sunitinib (n = 13) et/ou par sorafénib (n = 28) [19]. Deux RP étaient observées avec le sunitinib, avec des durées de réponse de 12 mois et de plus de huit mois. Aucune réponse n’était obtenue avec le sorafénib, mais 27 SD de plus de trois mois étaient rapportées avec ces deux ITK. La SSP était de 7,6 mois pour l’ensemble de la cohorte et respectivement de 11,9 et 5,1 mois avec le sunitinib et le sorafénib. Le démembrement des CRPap en types I et II, et la meilleure connaissance de leur physiopathologie, conduisent à envisager une efficacité différente des thérapies ciblées pour les deux sous-groupes.

Cancer du rein chromophobe

Dans l’étude rétrospective précédemment citée, 12 patients avec CRCh étaient répertoriés [19] : sept traitées par sunitinib et cinq par sorafénib. Les RP étaient au nombre de trois : respectivement deux et une avec le sorafénib et le sunitinib. Les neuf autres patients ont bénéficié d’une SD de plus de trois mois. La SSP globale était de 10,6 mois et celle des patients recevant le sorafénib de 27,5 mois.

CRNCC, papillaires et chromophobes compris

Dans l’étude pivot comparant le temsirolimus à l’IFN-α en première ligne, 18 % des patients traités présentaient un CRNCC, dont 75 % de CRPap. Les SSP et SG étaient respectivement de 7 et 11,6 mois, contre 5,5 et 10,6 mois en cas de CRCC [4, 20].

Dans la cohorte nord-américaine ARCCS, 212 des 1 871 patients évaluables rapportés en 2007 présentaient un CRNCC dont 118 CRPap et 18 CRCh traités par sorafénib en première ou deuxième ligne [18, 21]. Les taux de RP étaient de 4 et 1 % respectivement pour les CRPap et les CRCh. Parallèlement, des SD prolongées supérieures à trois mois ont été observées pour 80 et 95 % des patients. De même, la cohorte ARCCS-EU incluait 118 CRPap et 118 autres CRNCC sur les 1 155 patients. Les SSP étaient respectivement de 7,5, 5,2 et 5,8 mois chez les malades avec CRCC, CRNCC, et CRPap. Des SD tumorales étaient rapportées chez respectivement 75,7, 64,5 et 66,4 % des CRCC, CRNCC et CRPap [22].

Dans l’étude non randomisée donnant un accès précoce au sunitinib mise en place avant sa commercialisation, les données concernant 2 341 patients sont publiées [15]. Soixante-dix-huit pour cent avaient reçu une immunothérapie préalable. Chez 276 patients, l’histologie était non à cellules claires. Le taux de réponse globale était de 5,4 % et le bénéfice clinique de 47 % ; par comparaison, ils étaient de 9,3 et 52,3 % pour l’ensemble de la cohorte. La SSP était supérieure dans le groupe CRCC par rapport au groupe CRNCC (9,2 vs 6,7 mois). Le détail des histologies papillaires ou chromophobes n’était pas rapporté.

Plus récemment en juin 2008, des résultats préliminaires d’une étude prospective de phase II évaluant le sunitinib dans les CRNCC ont été publiés à l’Asco 2008 [23]. Vingt patients ont été inclus dont 13 CRPap et un CRCh. Le suivi médian était très court de 15 semaines [extrêmes : 4-34]. Aucune réponse n’était obtenue, neuf progressions tumorales et huit SD (six CRPap et un CRCh) étaient observées.

À ce jour, il n’existe donc pas de traitement standard validé pour les CRNCC. Les séries publiées sont pour la plupart rétrospectives à effectifs réduits, ou non comparatives. La poursuite d’essais prospectifs spécifiques, comme l’étude SUPAP évaluant le sunitinib dans les CRPap, apparaît indispensable. Dans cet essai français, les données d’efficacité seront effectuées pour les deux sous-types I et II séparément.

IR et dialyse

Dans la population de CRM, nombreux sont les patients néphrectomisés présentant une fonction rénale altérée. La question de la mise en place d’un traitement systémique, de ses risques et de son bénéfice éventuel se pose donc régulièrement. Pour les cinq thérapies ciblées disponibles, les données publiées restent rares.

Sunitinib

L’élimination de cet ITK du VEGFR est essentiellement hépatique, et seulement 16 % sont métabolisés par voie rénale sous forme de sunitinib ou de son métabolite principal. Une étude a été rapportée en juin 2008 et incluait 24 patients dont huit à fonction rénale normale, huit avec IR (clairance de créatinine < 30 mL/min) et huit en cours d’hémodialyse [24]. L’objectif était de réaliser une étude pharmacocinétique comparative après une prise unique de sunitinib. L’IR sévère ne semblait pas modifier les paramètres pharmacocinétiques du médicament et de son métabolite. L’exposition à ces deux molécules chez les patients dialysés apparaissait en revanche diminuée. L’effectif réduit et l’absence d’administration prolongée empêchent de porter des conclusions définitives.

Sorafénib

Son élimination est là encore principalement hépatique et pour moins de 20 % rénale. Quelques études de pharmacocinétique ont permis de montrer que les paramètres étaient comparables chez l’insuffisant rénal modéré et sévère. Plus récemment, Miller et al. ont recherché la dose maximale tolérée (DMT) chez des patients répartis en trois groupes soit présentant des clairances de créatinine entre 40 et 59 mL/min ou 20 et 39 mL/min, soit nécessitant une hémodialyse. Les DMT retrouvées pour les trois cohortes étaient respectivement de 400 mg en deux prises quotidiennes, 200 mg en deux fois par jour et 200 mg quotidien. Les toxicités étaient celles habituellement observées : syndrome palmoplantaire, diarrhées, rash cutané, asthénie, HTA. Devant une variabilité importante de la clairance du médicament, les auteurs proposaient une dose de départ empirique à adapter secondairement à la tolérance [25]. Par ailleurs, quelques cas rapportés de patients insuffisants rénaux sévères ou dialysés traités par sorafénib sont en faveur d’une toxicité gérable et d’une efficacité [26, 27].

Bevacizumab, temsirolimus et éverolimus

L’association bevacizumab-IFN-α n’a pas été étudiée chez les patients à la fonction rénale altérée. L’anticorps, dont le catabolisme n’est pas rénal mais protéolytique, a en revanche été évalué chez quelques insuffisants rénaux ou sujets dialysés, traités pour d’autres types de cancers, en monothérapie ou en association à d’autres cytotoxiques. Il apparaissait utilisable avec parfois une adaptation de posologie [28-30].

Enfin, les deux inhibiteurs de mTOR, qui sont éliminés en grande majorité par le foie, n’ont pas été évalués chez l’insuffisant rénal. Leur profil de tolérance met en évidence des augmentations de créatinine pouvant être sévères et qui doivent donc conduire à la prudence chez les patients à la fonction rénale altérée [4].

Pour cette population particulière insuffisante rénale, voire dialysée, les données publiées sont donc peu nombreuses. Cependant, les quelques expériences rapportées, notamment en cours de dialyse, semblent en faveur d’une utilisation possible du sunitinib et du sorafénib sous réserve d’une adaptation de posologie aux toxicités observées. La prudence peut conduire à débuter à faible dose et à augmenter par palier en fonction des effets secondaires.

MC

L’évolution métastatique cérébrale est fréquente et de mauvais pronostic chez les patients porteurs de CRM [31, 32]. L’utilisation des traitements systémiques, notamment antiangiogéniques, peut-elle se faire sans risque et est-elle bénéfique ?

MC et traitements antiangiogéniques

La question de l’accès des médicaments jusqu’aux cellules métastatiques n’est pas tranchée, et la présence de la barrière hématoencéphalique (BHE) serait pour certains un obstacle à l’efficacité des traitements systémiques. Mais cette BHE présente fréquemment des altérations entraînant une augmentation de perméabilité, une nécrose tumorale et une sécrétion accrue de VEGF [33]. En dehors du CRM, l’utilité au niveau encéphalique des antiangiogéniques, même de type macromolécule telles que les anticorps monoclonaux, a été confirmée par l’association irinotécan-bevacizumab dans le glioblastome [34]. De plus, des réponses objectives de MC de CRM au sunitinib et au sorafénib, parfois complètes ou prolongées, ont été décrites par plusieurs auteurs au cours des dernières années [35-37]. Néanmoins, les risques majorés d’hémorragie et le pronostic d’une telle toxicité au niveau cérébral ont fait contre-indiquer initialement les antiangiogéniques chez les patients avec métastases encéphaliques. Quelques rares cas de saignements intracrâniens sous ITK de VEGFR ont été rapportés, mais l’absence de contrôle de la tension artérielle a pu être évoquée comme possible facteur favorisant [38]. Plus récemment, une revue de la littérature a cherché à évaluer les risques d’hémorragie cérébrale sous traitement antiangiogénique [39]. Les auteurs concluent que ces accidents restent exceptionnels, et que le lien avec la thérapeutique ne peut être affirmé.

MC et cancer du rein

Les essais de phase III randomisés ayant démontré le bénéfice des antiangiogéniques n’incluaient aucun patient porteur de MC, ces dernières étant un critère d’exclusion [1-3, 10]. Les études pivot évaluant les inhibiteurs de mTOR, temsirolimus et éverolimus permettaient l’inclusion de ces patients. Mais aucun résultat ne précise le nombre de patients ni les données d’efficacité ou de tolérance [4, 12]. En revanche, les programmes d’accès précoce au sunitinib et au sorafénib n’empêchaient pas de proposer ces traitements en cas de localisation cérébrale. Hariharan et al. ont rapporté les résultats du sunitinib dans cette population [40]. Sur les 4 185 patients analysables, 313 avaient des MC dont un seul a présenté une hémorragie cérébrale de grades 1 et 2. Les taux de RP et de SD de plus de trois mois étaient respectivement de 12 et 53 %, à comparer aux 17 et 59 % de l’ensemble de la cohorte. Les SSP étaient de 5,3 et 11,3 mois selon que les patients avaient ou non des MC. Le pronostic des patients avec MC était plus sombre : les SG des groupes avec et sans MC étaient respectivement de 11,5 et 18,2 mois.

Dans les deux ARCCS-EU et -NA, les patients avec localisations encéphaliques étaient également inclus. Dans l’étude nord-américaine, 65 des 2 488 malades traités présentaient des MC [41]. Quarante-sept patients étaient évaluables : deux RP (4 %) et 33 SD (70 %) étaient obtenues. Enfin, 28 des 1 159 patients de l’ARCCS-EU présentaient des MC [42]. Le bénéfice clinique était comparable dans cette population par rapport à l’ensemble de la cohorte (64,3 vs 77,1 %). De même, les SSP médianes étaient pour les deux groupes respectivement de 7,4 et 6,9 mois. Dans ces deux études, aucun saignement intracrânien toxique n’était constaté, et les toxicités étaient proches de celles observées chez les patients sans évolution encéphalique.

Même si les effectifs de ces études restent limités, des réponses de MC aux ITK et des SD sont observées. De plus, la tolérance à ces traitements semble superposable à celle de la population générale, en particulier sans risque important de saignement intracérébral. Une étude de phase II prospective française va prochainement évaluer l’activité et la toxicité du sunitinib chez des patients avec MC évolutives prétraitées par radiothérapie ou chirurgie, ou non prétraitées antérieurement. En effet, la question de l’intérêt d’une irradiation des lésions cérébrales asymptomatiques préalable à l’initiation d’un traitement antiangiogénique reste entière.

Conclusion

L’apport des nouvelles thérapies ciblées dans la prise en charge et le pronostic des CRM est indéniable. Cependant, les données des essais de phase III ayant validé leur efficacité ne permettent pas de conclure sur le bénéfice potentiel dans des situations particulières telles que les patients âgés, au PS altéré ou avec MC, les insuffisants rénaux, etc. Ces populations spécifiques n’ont fait l’objet, à ce jour, que d’études essentiellement rétrospectives, de quelques analyses de sous-groupes dans le cadre d’essais randomisés ou non comparatifs. Le niveau de preuve de ces résultats est faible et peut être coté à 4. Ces travaux ne permettent donc pas de définir des attitudes standard pour ces différentes situations cliniques, et l’inclusion dans des essais prospectifs est donc indispensable.

Conflits d’intérêts

aucuns.

Références

1 Motzer RJ, Hutson TE, Tomczak P, Michaelson MD, Bukowski RM, Rixe O, et al. Sunitinib vs interferon alfa in metastatic renal-cell carcinoma. N Engl J Med 2007 ; 356 : 115-24.

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