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Gestion des toxicités des antiangiogéniques dans le traitement des cancers du rein


Bulletin du Cancer. Volume 97, 73-82, Cancers du rein, Synthèse

DOI : 10.1684/bdc.2010.1072

Résumé   Summary  

Auteur(s) : A Fléchon, H Boyle, S Négrier , Centre Léon-Bérard, Université de Lyon, Département d’oncologie médicale, 28, rue Laennec, 69008 Lyon, France.

Résumé : Le développement ces dernières années des thérapeutiques ciblées dans le traitement des carcinomes rénaux a modifié leur prise en charge. Quatre molécules (sorafénib, sunitinib, bévacizumab, temsirolimus) ont obtenu l’autorisation de mise sur le marché en France, en moins de deux ans, dans le traitement des tumeurs du rein métastatique ou localement avancé, et bientôt une cinquième molécule sera disponible (évérolimus) dans l’arsenal thérapeutique. Les cliniciens sont confrontés à de nouvelles modalités de prise en charge et à un certain nombre d’effets secondaires. La prise en charge de ces effets secondaires est essentielle pour la bonne observance de ces traitements et le maintien de la qualité de vie des patients. Nous détaillerons les effets secondaires de chaque classe thérapeutique et des modalités de prise en charge.

Mots-clés : antiangiogénique, toxicité, prise en charge

Illustrations

ARTICLE

Auteur(s) : A Fléchon, H Boyle, S Négrier

Centre Léon-Bérard, Université de Lyon, Département d’oncologie médicale, 28, rue Laennec, 69008 Lyon, France

Article reçu le 26 Janvier 2009, accepté le 24 Juin 2009

Antityrosine-kinase (sunitinib, sorafénib)

Le sunitinib et le sorafénib sont des inhibiteurs oraux de l’activité tyrosine-kinase du VEGF. Ils ont un certain nombre d’effets secondaires communs. Le sunitinib a une activité antitumorale propre et inhibe l’angiogenèse par les voies de signalisation du récepteur de VEGFR-1,-2 et -3, PDGFR-α et -β, Flt-3, CSF-1 et RET [1, 2]. Les effets secondaires cliniques liés au sunitinib les plus importants sont : la diarrhée, la fatigue, la mucite, l’hypertension artérielle (HTA), le syndrome mains-pieds (tableau 1). Le sorafénib est aussi un inhibiteur oral multikinase, il inhibe le VEGFR-1,-2 et-3, le PDGFR-β, Flt-3, c-Kit, RET et a une activité anti-Raf-kinase [3, 4]. Les effets secondaires les plus importants sont : la diarrhée, le rash cutané, la fatigue, le syndrome mains-pieds et l’alopécie (tableau 2).

Troubles digestifs

La diarrhée est un des effets secondaires les plus fréquents dans le traitement par sunitinib et sorafénib, elle est présente chez la moitié des patients traités [5]. Les diarrhées sont souvent nombreuses dans la journée et imprévisibles. Elles peuvent perturber la vie sociale des patients par la peur de sortir à l’extérieur de leur domicile. Il est important de proposer des règles hygiénodiététiques, des ralentisseurs de transit type lopéramide et des pansements digestifs type Smecta®. Dans certains cas, une réduction de doses sera nécessaire.

Les nausées et les vomissements sont présents chez un quart des patients sous antiangiogéniques oraux. On peut proposer un fractionnement des repas. Il est nécessaire de poursuivre une bonne hydratation, de proposer des traitements antiémétiques de type métoclopramide, permettant dans la très grande majorité des cas de les contrôler.

Les patients peuvent être gênés par des brûlures œsogastroduodénales pouvant être responsables d’une anorexie. Il est conseillé de proposer un protecteur gastrique type inhibiteur de la pompe à protons à dose préventive et des gels d’hydroxyde d’aluminium après les principaux repas qui permettent dans la majorité des cas de soulager les patients.

L’anorexie est souvent associée à l’asthénie et aux troubles digestifs. Il est important d’avoir, en cas de perte de poids supérieure à 10 % du poids du corps, un suivi par une équipe de diététiciens, d’augmenter les apports caloriques par des compléments alimentaires et de fractionner les repas.

Tableau 1 Toxicités du sunitinib, d’après Motzer et al. [2].

Traitement

Sunitinib (n = 375)

Tous grades

Grades 3-4

%

%

Effets secondaires cliniques

Diarrhée

53

5

Fatigue

51

7

Nausée

44

3

Mucite

25

1

Vomissements

24

4

Hypertension artérielle

24

8

Syndrome mains-pieds

20

5

Inflammation des muqueuses

20

2

Rash cutané

19

2

Asthénie

17

4

Peau sèche

16

1

Décoloration cutanée

16

0

Décoloration des cheveux

14

0

Épistaxis

12

1

Douleurs articulaires

11

1

Céphalées

11

1

Bouche sèche

11

0

Fièvre

7

1

Frissons

6

1

Myalgies

5

1

Syndrome grippal

1

0

Diminution de la fraction d’éjection

10

2

Modifications biologiques

Leucopénie

78

5

Neutropénie

72

12

Anémie

71

4

Augmentation créatinine

66

1

Thrombopénie

65

8

Lymphopénie

60

12

Augmentation des lipases

52

16

Augmentation ASAT

52

2

Augmentation ALAT

46

3

Augmentation PAL

42

2

Augmentation acide urique

41

12

Hypophosphatémie

36

5

Augmentation amylase

32

5

Augmentation de la bilirubine totale

10

1



Tableau 2 Toxicités du sorafénib, d’après Escudier et al. [4].

Effets secondaires

Sorafénib (n = 451)

Tous grades

Grades 3-4

%

%

Diarrhée

43

2

Rash cutané

40

1

Fatigue

37

5

Syndrome mains-pieds

30

6

Alopécie

27

< 1

Nausées

23

< 1

Prurit

19

< 1

Hypertension artérielle

17

4

Vomissement

16

1

Anorexie

16

< 1

Constipation

15

1

Dyspnée

14

4

Neuropathie périphérique

13

< 1

Toux

13

< 1

Douleurs abdominales

11

2

Douleurs articulaires

10

2

Céphalées

10

< 1

Perte de poids

10

< 1

Anémie

8

3

Douleurs osseuses

8

1

Douleurs intratumorales

6

3

Fatigue

La fatigue est retrouvée chez un tiers des patients traités par un antiangiogénique de type antityrosine-kinase [5]. Il est important dans cette situation de ne pas négliger une hypothyroïdie sous sunitinib [6, 7], d’éliminer un syndrome dépressif et si besoin de proposer un soutien psychologique, d’aménager les temps de travail et de repos. La fatigue peut être liée à une anémie qu’il faudra rechercher, elle peut être macrocytaire et nécessite une supplémentation en vitamine B6 et folates.

Atteinte cutanée et des muqueuses

Le syndrome mains-pieds est plus fréquent avec le sorafénib (30 % des patients) qu’avec le sunitinib (20 % des patients). Le syndrome mains-pieds (figure 2) lié aux antiangiogéniques diffère de celui des cytotoxiques par sa physiopathologie. Les lésions cutanées sont hyperkératosiques localisées sur les zones de pressions et de frottements, elles peuvent être parfois œdémateuses associées à une réaction inflammatoire au pourtour. Ces lésions sont le plus souvent douloureuses, mais la douleur est rarement intolérable. Les biopsies cutanées réalisées chez les patients sous antiangiogéniques retrouvent des lésions hyperkératosiques associées à un infiltrat inflammatoire et d’un œdème du derme [2, 4]. Il est possible d’utiliser des traitements locaux avant et pendant le traitement sur les zones hyperkératosiques avec des émollients à base d’acide salicylique ou d’urée. Les dermocorticoïdes soulagent pendant la phase inflammatoire.

Les traitements locaux sont souvent suffisants dans les toxicités de grade 1, en cas de grade 2, il est recommandé de diminuer les doses, en cas de toxicité de grade 3 d’arrêter le traitement. L’arrêt permet une régression rapide des symptômes. Le syndrome mains-pieds diminue au cours du temps et dans certains cas, le traitement peut être repris à pleine dose. Il est important de réaliser les soins locaux quel que soit le degré de toxicité.

Le sunitinib et le sorafénib entraînent un rash cutané chez un peu moins de la moitié des patients. De façon préventive (figure 3), il est conseillé de ne pas se maquiller, d’utiliser une crème hydratante deux fois par jour, un savon à pH neutre, un shampoing antipelliculaire, d’éviter de porter des vêtements trop serrés, d’éviter l’exposition au soleil et de se protéger par une protection solaire d’indice 30 au minimum, d’éviter les contacts avec les détergents, les savons antibactériens, les parfums contenant de l’alcool. En cas de rash cutané de grades 1 et 2, on peut proposer au patient d’appliquer un dermocorticoïde à 1 %, de prendre un traitement histaminique H1 per os en cas de prurit, en cas de grade 3 d’introduire la prednisone à 25 mg/jour per os pendant deux jours, puis 10 mg/jour pendant 7 à 14 jours. Un avis dermatologique sera nécessaire en cas de toxicité de grade 4.

On observe aussi des rashs cutanés sous sunitinib ressemblant à la dermatite séborrhéique atteignant surtout le visage (au pourtour des yeux, en péribuccale et en nasolabiale), ces lésions disparaissent à l’arrêt du sunitinib et après l’application de dermocorticoïdes [8].

Un quart des patients présentent une mucite sous sunitinib et sorafénib, elle est rarement de grades 3 et 4 (inférieure à 5 %). Il est nécessaire de réaliser les soins buccodentaires avant la mise en route de ces traitements, de réaliser des bains de bouche à base de bicarbonate de sodium, en cas de lésions douloureuses, d’utiliser des antalgiques jusqu’à la morphine si besoin, de traiter une infection candidosique associée par des antifongiques. En cas de grade 3, il est préconisé d’arrêter le traitement jusqu’à complète cicatrisation.

L’alopécie est retrouvée chez 27 % des patients traités par sorafénib, une décoloration blanche de la barbe, des sourcils et des cheveux est quant à elle observée chez 14 % des patients sous sunitinib.

Prise en charge de l’HTA

L’HTA survient chez 24 et 17 % des patients traités par sunitinib et par sorafénib respectivement, et est de grade 3 pour 8 et 3 % des patients respectivement.

La prise en charge de l’HTA est essentielle, car elle expose à des accidents cardiovasculaires. Elle peut conduire à des hypertensions malignes, et il a même été décrit un cas de leucoencéphalopathie réversible sous sunitinib [9]. Il pourrait y avoir une relation entre l’HTA et la réponse au sunitinib comme le suggèrent Rixe et al. [10].

Les mécanismes incriminés dans la survenue de l’HTA lors de l’utilisation des antiangiogéniques seraient liés [11] :

  • à la diminution de la densité des microvaisseaux ;
  • à une dysfonction des cellules endothéliales associée à la réduction du nitrite oxyde et à l’augmentation du stress oxydatif ;
  • et à la modification du système rénine angiotensine.

L’apparition d’une HTA sous antiangiogéniques doit être prise en compte et traitée, elle est de survenue précoce. Il est nécessaire à l’introduction d’un traitement antiangiogénique que le patient effectue une surveillance de sa tension artérielle régulièrement au repos par des automesures ambulatoires. Les mesures doivent être réalisées trois fois de suite à cinq minutes d’intervalle le matin au lever et le soir au coucher trois jours de suite durant les premières semaines d’introduction du traitement.

Certaines classes d’antihypertenseurs sont à éviter comme les inhibiteurs calciques non dihydropyridiques en raison de l’inhibition du cytochrome 3A4 qu’ils induisent et du risque de l’augmentation des taux sériques des antiangiogéniques. Il semble que les inhibiteurs de l’enzyme de conversion ou les antagonistes des récepteurs AT1 de l’angiotensine II soient à privilégier [12]. Par ailleurs, ils agissent sur la fonction endothéliale et sur la densité de la microvascularisation.

Toxicité cardiaque des antityrosines-kinases

Des cas d’insuffisances cardiaques congestives ont été décrits chez les patients atteints d’un cancer du rein traités par sunitinib [13-15]. Dans l’étude princeps, le taux d’insuffisance cardiaque est de 10 %, tous grades confondus, et de 2 % de grade 3, tous les patients ayant une insuffisance cardiaque étaient exclus de l’étude [2]. Les mécanismes de l’insuffisance cardiaque ne sont pas entièrement connus. L’insuffisance cardiaque semble liée à une toxicité directe sur les myocytes cardiaques et vraisemblablement favorisée par l’HTA [16, 17]. Il est important avant l’utilisation des antiangiogéniques d’éliminer, d’une part, une diminution de la fraction d’éjection ventriculaire gauche, soit par la réalisation d’une échographie cardiaque, soit par la réalisation d’une scintigraphie myocardique, et d’autre part, de surveiller la fonction cardiaque en cours de traitement. En cas de diminution de celle-ci, il est préférable d’arrêter le traitement antiangiogénique, d’adapter le traitement cardiaque avant de tester la réintroduction du sunitinib.

Il a été retrouvé une toxicité cardiaque beaucoup plus modérée chez 3 % des patients traités par sorafénib [4].

En cas de myocardiopathie sévère, il est préférable de ne pas utiliser les antityrosines-kinases.

Hypothyroïdie induite par le sunitinib

L’hypothyroïdie est un effet secondaire important à rechercher lors de l’utilisation du sunitinib [18-20]. On parle d’hypothyroïdie lorsque la TSH est au-dessus du seuil de la valeur normale et d’une baisse de la T4. Les premiers signes sont une fatigue qu’il faut différencier de la fatigue des antityrosines-kinases, une frilosité, une constipation, une prise de poids et de façon exceptionnelle est révélée après un coma myxœdémateux. Le traitement repose sur un traitement substitutif par la L-thyroxine. L’hypothyroïdie n’a pas été décrite dans l’étude qui a permis l’obtention pour la mise sur le marché du sunitinib. Dans les études comportant un nombre plus restreint de patients, 60 à 80 % d’entre eux ont des modifications biologiques thyroïdiennes et 20 à 27 % des patients reçoivent un traitement substitutif [18-20].

La physiopathologie de l’hypothyroïdie n’est pas totalement connue. Le sunitinib semble avoir une toxicité directe sur la thyroïde par l’inhibition du VEGFR et/ou PDGFR. Dans les modèles murins, l’inhibition du VEGFR entraîne une régression des capillaires au niveau de nombreux organes dont la thyroïde. Le sunitinib pourrait inhiber la thyroïde peroxydase et entraîner une diminution de la synthèse des hormones thyroïdiennes comme le montre une étude in vitro [21].

Il est recommandé de réaliser le dosage de la TSH et de la T4 tous les 28 jours pendant les quatre premiers mois, puis tous les trois cycles, d’introduire un traitement en cas d’hypothyroïdie biologique (augmentation TSH et baisse T4) ou en cas de signes cliniques d’hypothyroïdie même sans baisse de la T4.

L’hypothyroïdie n’est pas un effet secondaire retrouvé avec le sorafénib.

Toxicités biologiques

La neutropénie, l’anémie et la thrombopénie surviennent respectivement dans 72, 71 et 66 % des cas sous sunitinib tous grades confondus, elles sont rarement de grades 3 et 4. Il est important de surveiller régulièrement la numération tous les 15 jours, lors de l’introduction du traitement par sunitinib, la survenue des toxicités hématologiques est observée le plus souvent à la troisième et à la quatrième semaine. En cas de toxicité de grades 3 et 4, il est nécessaire de diminuer les doses [2]. Aucune donnée n’est disponible de l’utilisation des érythropoïétines en association avec les antiangiogéniques. En cas d’anémie sévère inférieure à 8 g/dL, on peut proposer une transfusion sanguine.

Une hypophospathémie et une lipasémie sont observées chez 13 et 12 % des patients sous sorafénib respectivement, la toxicité hématologique est rare [4].

Bévacizumab et interféron

Le bévacizumab est un anticorps humanisé qui inhibe le VEGF. Le bévacizumab en monothérapie a peu d’effets secondaires [22]. Dans le traitement du carcinome rénal, il est utilisé en association avec l’interféron en première ligne. Les effets secondaires sont surtout liés à l’administration de l’interféron qui peut induire un syndrome grippal, de la fièvre, des céphalées, une anémie, une neutropénie, une thrombopénie, un syndrome dépressif, une anorexie (tableau 3).

Le bévacizumab a une toxicité propre au niveau rénal avec l’apparition pendant le traitement d’une protéinurie chez 18 % des patients [23]. En cas de protéinurie à la bandelette supérieure ou égale à trois croix, il est nécessaire de contrôler la protéinurie des 24 heures et de ne reprendre le traitement qu’à un taux inférieur à 1 g/L. Il est important de rechercher une hématurie et d’éliminer une microangiopathie thrombotique (recherche de schizocytes, dosage du taux de l’haptoglobine, de l’hémoglobine, et des plaquettes). Il faut aussi rechercher une HTA et la traiter.

Il a été aussi observé des perforations digestives, il est important en cas de chirurgie digestive de différer le traitement de quelques semaines afin d’éviter ce risque.

Tableau 3 Toxicité de bévacizumab et interféron alpha, d’après Escudier et al. [22].

Traitement

Bévacizumab plus interféron alfa (n = 337)

Effets secondaires cliniques

Tous grades %

Grades 3-4 %

Fièvre

45

2

Anorexie

36

3

Fatigue

33

12

Saignement

33

3

Asthénie

32

10

Hypertension

26

3

Syndrome grippal

24

3

Céphalée

23

2

Diarrhée

20

2

Protéinurie

18

7

Dyspnée

13

< 1

Dépression

12

3

Anémie

10

3

Neutropénie

7

4

Thrombopénie

6

2

Thrombose veineuse

3

2

Thrombose artérielle

1

1

Perforation digestive

1

1

Insuffisance cardiaque

< 1

< 1

Anti-mTOR (temsirolimus et évérolimus)

Le temsirolimus a été développé chez les patients atteints d’un carcinome rénal avancé de mauvais pronostic selon les critères de Motzer. Il inhibe la protéine mTOR intervenant dans les voies de signalisations intracellulaires de la croissance et de la prolifération cellulaire.

Les résultats de l’étude de phase III comparant le temsirolimus 25 mg versus temsirolimus (15 mg) en association avec l’interféron alpha-2a (3 à 6 MUI trois fois par semaine) versus interféron alpha-2a (doses 3 à 18 millions d’unités trois fois par semaine) ont montré un bénéfice en survie globale du bras temsirolimus à 25 mg en monothérapie [24].

L’évérolimus a montré dans une étude de phase III, chez des patients atteints d’un cancer du rein métastatique en échec du sorafénib et/ou du sunitinib, un avantage en réponse et en survie sans progression par rapport à un placebo [25].

Les effets indésirables cliniques les plus fréquents sont tous grades confondus avec le temsirolimus (tableau 4) et l’évérolimus (tableau 5) respectivement : l’asthénie (50 et 18 %), le rash cutané (47 et 25 %), les nausées (32 et 15 %), l’anorexie (37 et 16 %), les mucites (20 et 40 %), la diarrhée (27 et 17 %) et de façon plus rare la dyspnée (8 % pour les deux traitements). La toxicité hématologique la plus fréquente est l’anémie chez 45 et 91 % des patients traités par temsirolimus et évérolimus. Les autres événements indésirables sont d’ordre métabolique avec l’hyperlipidémie (27 et 71 %), l’hyperglycémie (26 et 50 %), l’hypercholestérolémie (24 et 76 %) des patients recevant le temsirolimus et l’évérolimus respectivement. L’augmentation du taux de créatinine a été observée dans 11 et 46 % des cas sous temsirolimus et évérolimus. Les autres effets secondaires sont décrits dans les tableaux 4 et 5. Seules les toxicités spécifiques des anti-mTOR seront détaillées.

Neuf pour cent des patients présentent des réactions d’hypersensibilités lors de l’injection de temsirolimus, dont 1 % sont des réactions graves. La gestion de la prise en charge des réactions d’hypersensibilités est décrite dans la figure 1.

Toxicité pulmonaire

La toxicité pulmonaire est un des événements indésirables spécifiques des molécules agissant sur la voie mTOR, les mécanismes physiologiques ne sont pas clairement établis. Les phénomènes respiratoires concernent 35 % des patients. Ils vont de la simple toux à la pneumopathie interstitielle grave pouvant conduire jusqu’au décès [24, 26]. En cas de symptômes, il est conseillé de réaliser une radiographie pulmonaire, si celle-ci met en évidence un syndrome interstitiel, le bilan sera complété par un scanner thoracique. Les épreuves fonctionnelles respiratoires et le calcul de la DLCO sont les premiers examens qui mettent en évidence un trouble de la diffusion. En cas de fièvre, il est important d’éliminer une infection opportuniste et de réaliser au moindre doute une fibroscopie bronchique avec lavage alvéolaire et analyse bactériologique, parasitaire et virale.

Les patients n’ayant aucun symptôme ou uniquement de minimes lésions radiologiques doivent être surveillés sans contre-indication à la poursuite du traitement. Les patients paucisymptomatiques avec des lésions radiologiques doivent interrompre le traitement temporairement jusqu’à l’amélioration des symptômes.

Les patients ayant des signes cliniques croissants, radiologiques et une diminution de la diffusion en monoxyde de carbone doivent interrompre le traitement et recevoir des corticostéroïdes jusqu’à récupération clinique et des épreuves respiratoires. Une fibroscopie bronchique avec lavage alvéolaire sera réalisée. La reprise du traitement devra être prudente avec diminution des doses et surveillance des épreuves fonctionnelles respiratoires et DLCO. En cas de réapparition des symptômes, le traitement devra définitivement être arrêté.

Tableau 4 Toxicité du temsirolimus, d’après Hudes et al. [24].

Temsirolimus

Tous grades %

Grade 3-4 %

Asthénie

51

11

Rash

47

4

Anémie

45

20

Nausées

37

2

Anorexie

32

3

Douleurs

28

5

Dyspnée

28

9

Hyperlipidémie

27

3

Infection

27

5

Diarrhées

27

1

Œdèmes périphériques

27

2

Hyperglycémie

26

11

Toux

26

1

Hypercholestérolémie

24

1

Fièvre

24

1

Douleurs abdominales

23

4

Stomatite

20

1

Constipation

20

0

Douleurs dorsales

20

3

Vomissements

19

2

Perte de poids

19

1

Céphalées

15

1

Augmentation de la créatinine

14

3

Thrombopénie

14

1

Frissons

8

1

Augmentation des ASAT

8

1

Neutropénie

7

3

Leucopénie

6

1



Tableau 5 Toxicité de l’évérolimus, d’après Motzer et al. [25].

Évérolimus

Tous grades %

Grade 3-4 %

Toxicité clinique

Stomatite

40

3

Rash

25

< 1

Fatigue

20

3

Asthénie

18

1

Diarrhées

17

1

Anorexie

16

< 1

Nausées

15

0

Inflammation des muqueuses

14

1

Vomissements

12

0

Toux

12

0

Peau sèche

11

< 1

Infection

10

3

Pneumopathies

8

3

Dyspnée

8

1

Toxicité biologique

Anémie

91

10

Hypercholestérolémie

76

3

Hyperlipidémie

71

< 1

Hyperglycémie

50

12

Augmentation de la créatinine

46

< 1

Lymphopénie

42

15

Augmentation des PAL

37

< 1

Hypophosphatémie

32

4

Leucopénie

26

0

Augmentation des ASAT

21

< 1

Thrombopénie

20

< 1

Augmentation ALAT

18

< 1

Perte de poids

19

1

Céphalées

15

1

Hypocalcémie

17

0

Neutropénie

11

0

Atteinte cutanée

L’atteinte cutanée du temsirolimus est souvent représentée par un rash de type maculopapuleux chez 34 % des patients, par une acné dans 10 % des cas [26].

L’atteinte des muqueuses est en général de faible grade marquée par une mucite chez 19 % des patients associée à des aphtes ou des ulcérations chez 4 et 3 % des patients traités par temsirolimus, près de la moitié des patients ont une stomatite sous évérolimus. La prise en charge repose sur les mêmes recommandations que les patients sous antityrosine-kinase.

Il est important de ne pas utiliser en association avec le temsirolimus des inhibiteurs du CYP3A4 qui entraînent une augmentation des toxicités du temsirolimus.

Toxicité hématologique

Il est recommandé de ne pas administrer les anti-mTOR en cas de thrombopénie inférieure à 75 G/L et d’un taux de polynucléaires neutrophiles inférieur à 1 G/L. Le traitement sera repris après récupération hématologique de dose avec réduction des doses. Il est conseillé de ne pas diminuer la dose de temsirolimus en dessous de 15 mg hebdomadaire.

En cas d’anémie, les patients doivent être transfusés.

Troubles métaboliques

Avant l’introduction des anti-mTOR, il faut doser le cholestérol total et les triglycérides.

Pendant le traitement, le dosage du cholestérol total et des triglycérides sériques doit être réalisé toutes les deux semaines pendant 16 semaines, puis tous les mois. En cas d’hypercholestérolémie ou de dyslipidémie mixte, il faut introduire les statines. Ces traitements doivent être associés à des règles hygiénodiététiques.

Troubles biologiques

Les anti-mTOR peuvent entraîner une insuffisance rénale, il est important de surveiller la fonction rénale régulièrement d’autant plus que les patients ont eu dans la très grande majorité des cas une néphrectomie.

L’hyperglycémie est un événement fréquent, il faut réaliser une glycémie à jeun pour tous les patients avant le début du traitement. Tout patient doit être prévenu de l’importance de signaler à son médecin, l’apparition d’une soif excessive ou d’une augmentation du volume ou de la fréquence des mictions.

Pendant le traitement, chez les patients diabétiques, il faut poursuivre la surveillance biologique déjà instaurée par le diabétologue ou le médecin référent et la modifier si nécessaire en accord avec celui-ci et d’ajuster si nécessaire le traitement (antidiabétiques oraux et/ou insuline).

Chez les patients non diabétiques, il est conseillé de doser la glycémie à jeun toutes les deux semaines pendant les 16 premières semaines, puis tous les mois. En cas d’hyperglycémies répétées d’introduire un antidiabétique oral.

Conclusion

Les nouvelles thérapeutiques ciblées ont modifié la prise en charge des carcinomes rénaux. Certains effets secondaires sont communs à toutes les classes d’antiangiogéniques comme la fatigue, l’anorexie, la diarrhée, l’anémie. L’HTA est un effet secondaire fréquent avec les antityrosines-kinases oraux et le bévacizumab. D’autres sont spécifiques de certaines molécules comme l’hypothyroïdie et la toxicité cardiaque pour le sunitinib, la toxicité pulmonaire, l’hyperglycémie, l’hypercholestérolémie et l’hypertriglycéridémie pour les anti-mTOR. La toxicité cutanée est surtout marquée avec le sorafénib, le sunitinib et les anti-mTOR.

Il est important avant de débuter chaque traitement de réaliser tous les examens nécessaires afin d’éliminer une contre-indication, de réaliser au cours du traitement les surveillances spécifiques de chaque médicament et de proposer des traitements préventifs et de traiter les symptômes le plus tôt possible. La prise en charge de l’ensemble de ces symptômes permet une meilleure observance du traitement et de maintenir la meilleure dose-intensité afin de ne pas diminuer les chances d’efficacité.

Conflits d’intérêts

aucuns.

Références

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