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Thérapies ciblées : traitements séquentiels et combinés


Bulletin du Cancer. Volume 97, 65-71, Cancers du rein, Synthèse

DOI : 10.1684/bdc.2010.1071

Résumé   Summary  

Auteur(s) : M Gross-Goupil, B Escudier , Institut Gustave-Roussy, 114, rue Édouard-Vaillant, 94805, Villejuif, France.

Résumé : La prise en charge thérapeutique du cancer du rein métastatique a été radicalement modifiée au cours des trois dernières années, avec la démonstration d’efficacité des thérapeutiques ciblées : sunitinib, sorafénib, bévacizumab en combinaison avec l’interféron, temsirolimus, et plus récemment encore évérolimus. Si les recommandations internationales pour l’utilisation de ces traitements ont été actualisées, plusieurs questions restent ouvertes. Tout particulièrement, la question de l’ordre d’administration de ces thérapies ciblées dans le cadre d’un schéma séquentiel se pose désormais avec l’introduction de nouvelles molécules dans l’arsenal thérapeutique, ainsi que le potentiel bénéfice d’une telle approche thérapeutique. De même, de récents essais cliniques ont testé la faisabilité sur le plan tolérance et l’efficacité de ces thérapies combinées entre elles. Nous rapportons ici, les études récentes présentées pour la plupart au cours des congrès de l’Asco 2007 et 2008 concernant respectivement les traitements séquentiels et combinés. En parallèle de ces essais, d’autres études devront chercher à répondre à diverses questions essentielles pour l’optimisation de la prise en charge de cette maladie, telles que la place de la néphrectomie en situation métastatique, l’efficacité de ces molécules dans les sous-types histologiques autres que le carcinome à cellules claires, l’intérêt en situation néoadjuvante et adjuvante de ces agents thérapeutiques.

Mots-clés : cancer du rein, thérapies ciblées, traitement séquentiel, traitement combiné

ARTICLE

Auteur(s) : M Gross-Goupil, B Escudier

Institut Gustave-Roussy, 114, rue Édouard-Vaillant, 94805, Villejuif, France

Article reçu le 11 Février 2009, accepté le 4 Janvier 2010

Introduction

Le cancer du rein représente 2 à 3 % des tumeurs malignes de l’adulte, soit environ 8 000 nouveaux cas par an en France. Sur le plan histologique, il s’agit dans 70 à 75 % de tumeurs à cellules claires, plus rarement de tumeurs papillaires (10 à 20 %), ou chromophobes (5 % des cas). Classiquement, un patient sur cinq présente au moment du diagnostic une extension métastatique de la maladie, et 30 % des patients présentant une forme localisée initiale auront une évolution métastatique secondaire. Longtemps considéré comme chimio- et radiorésistant, l’avènement, ces trois dernières années, de nouvelles classes d’agents, antiangiogénique, inhibiteurs de tyrosine-kinase (TKI) et de mTOR est venu révolutionner la prise en charge thérapeutique de ce cancer.

Trois grands essais de phase III randomisés ont permis, au cours des dernières années, au sunitinib [1], au sorafénib [2] et au temsirolimus [3] d’être approuvés aux États-Unis et en Europe. De plus, le bévacizumab associé à l’interféron alpha a également bénéficié, en Europe d’une autorisation de mise sur le marché [4]. Enfin, l’évérolimus a démontré son efficacité chez des patients exposés antérieurement aux TKI, faisant espérer sa mise sur le marché courant 2009 [5].

Ainsi, le traitement de première ligne du cancer du rein métastatique repose, désormais, selon les recommandations internationales [6] :

  • chez les patients de bon pronostic sur deux options : sunitinib, bévacizumab et interféron en Europe, l’immunothérapie (notamment à base d’interleukine-2) gardant une place chez des patients sélectionnés ;
  • chez les patients de pronostic intermédiaire, le sunitinib ou la combinaison par bévacizumab et interféron doivent être proposés ;
  • chez les patients de mauvais pronostic, le temsirolimus est indiqué, le sunitinib et le sorafénib ne devant être envisagés qu’en options.

En situation de deuxième ligne thérapeutique, le sorafénib est indiqué chez les patients de bon pronostic ayant bénéficié d’un traitement initial par cytokines [7]. Après échec de TKI (sunitinib et/ou sorafénib, l’évérolimus est recommandé chez les patients de bon ou de moyen pronostic (tableau 1).

En complément à ces recommandations, plusieurs équipes ont cherché à optimiser l’usage de ces nouveaux agents thérapeutiques. Deux types de stratégie peuvent être envisagés : l’utilisation séquentielle ou la combinaison de ces traitements. Certaines données sont disponibles, mais de nombreux essais sont en cours pour répondre à ces stratégies.

Tableau 1 Algorithme de traitement systémique du cancer du rein (d’après les recommandations ESMO [6]).

Type histologique/ligne de traitement

Groupe pronostique

Standard

Option

Cellules claires/1re ligne

Bon ou intermédiaire

Sunitinib, bévacizumab + IFN

Cytokines (dont hautes doses IL2)

Mauvais

Temsirolimus

Sunitinb

Cellules claires/2nde ligne

Postcytokines

Sorafénib

Sunitinb

Post TKIs

Évérolimus

Autres sous-types histologiques

Temsirolimus

Sunitinib

Sorafénib

Traitements séquentiels

À l’heure actuelle, il n’existe pas de séquences validées dans le cadre d’essais de phase III randomisés. Seule l’administration en deuxième intention du sorafénib après progression sous cytokines est actuellement recommandée. La réalisation d’essais thérapeutiques comparant des schémas d’administrations successives des molécules a plusieurs objectifs : préciser l’efficacité des schémas respectifs, chercher à révéler un potentiel bénéfice sur le plan de la survie globale et appréhender l’existence de potentielle résistance croisée entre les diverses classes d’agents. Si l’usage séquentiel des thérapies apporte un bénéfice en termes de contrôle de la maladie, il n’y a pas à ce jour de bénéfice démontré sur la survie.

L’ensemble des données disponibles ne suggère pas l’existence de résistances croisées entre antiangiogéniques, justifiant après échec d’une première ligne le recours à une seconde ligne d’antiangiogéniques, en attendant les données d’études de phase III.

Efficacité des thérapies ciblées après usage des cytokines

Deux essais randomisés ont démontré l’efficacité des thérapies ciblées, sorafénib ainsi que bévacizumab versus placebo, chez des patients réfractaires aux cytokines atteints de cancer du rein métastatique (tableau 2).

Concernant les TKI, le sorafénib (400 mg, deux fois par jour), comparé au placebo dans le cadre d’un essai de phase III portant sur 903 patients, a permis d’obtenir une amélioration significative de la survie sans progression de trois à six mois (p < 0,000 1) [2]. Dans un contexte de cross-over autorisé, la survie globale ne différait pas dans les deux bras, de 17,8 et 15,2 mois respectivement (p = 0,15). Cependant, l’analyse après censure des patients du bras placebo ayant bénéficié du cross-over, rapporte une efficacité sur la survie, 17,8 versus 14,3 mois (p = 0,03) [7]. L’efficacité du sunitinib après échec des cytokines a été rapportée dans le cadre d’essais de phase II, avec des taux de réponse globale de 40 %, une survie sans progression de huit mois et une survie globale de 16 mois [8, 9].

Le bévacizumab est également actif chez des patients en échappement après hautes doses d’interleukine-2. Dans le cadre d’un essai randomisé de phase II, 116 patients ont été inclus selon trois bras de traitement : placebo (n = 40), 3 mg/kg de bévacizumab (n = 37), ou 10 mg/kg de bévacizumab (n = 39) [10]. Le temps médian avant progression était significativement allongé dans le bras 10 mg/kg de bévacizumab comparé au bras placebo (4,8 versus 2,5 mois ; hazard ratio [HR] = 2,55 ; p < 0,001). Le taux de réponse global a été de 10 % dans ce bras bévacizumab. La survie globale ne différait pas entre les trois bras (p > 0,20), le cross-over des patients du bras placebo pouvant expliquer en partie ce résultat.

Parmi les molécules en cours de développement, l’axitinib, de la classe des TKI, s’est montré également efficace chez des patients réfractaires aux cytokines, dans le cadre d’un essai de phase II ayant porté sur 52 patients [11]. Le taux de réponses objectives a été de 44 %, et le temps médian avant progression de 15,7 mois.

Parmi les inhibiteurs de mTOR, le temsirolimus a permis d’obtenir une survie sans progression de 5,8 mois, au cours d’un essai de phase II randomisé, la plupart des patients ayant échappé aux cytokines en première ligne [12].

Tableau 2 Efficacité des thérapies ciblées après échec d’un traitement de première ligne par cytokines.

Agent

Essai

Nombre de patients

Survie sans progression (mois)

Bévacizumab [10]

Randomisé phase II

110

4,8

Sorafénib [2]

Randomisé phase III

904

6

Sunitinib [8, 9]

Phase II

168

8

Axitinib [11]

Phase II

52

15,7

Temsirolimus [12]

Randomisé phase II

111

5,8

Efficacité des cytokines après échec des thérapies ciblées

L’efficacité d’un traitement par cytokines chez des patients en échappement sous antiangiogéniques n’a pas été évaluée ; cependant, le profil de toxicité, plus spécifiquement cardiaque, semble défavorable d’après les résultats d’une étude rétrospective présentée par Schwartzberg et al. [13].

Efficacité d’un TKI, après échec de traitement par TKI

Existe-t-il un ordre préférentiel d’administration des TKI, sunitinib et sorafénib respectivement ? Sablin et al. ont présenté dans le cadre de l’Asco 2007, les résultats d’une étude rétrospective menée sur quatre centres, et ayant porté sur 90 patients. L’ordre d’administration a été sorafénib puis sunitinib (So-Su) pour 68 d’entre eux, ou séquence inverse (Su-So) pour 22 patients [14]. Chez les 11 patients progressifs sous So, deux ont présenté une réponse (18 %), sept une stabilisation (64 %) sous Su. Parmi les cinq patients progressifs sous Su, un patient a présenté une réponse partielle (20 %), deux une stabilisation (40 %) sous So. Enfin, la survie sans progression a été de 25 et 17 semaines sous Su et So respectivement. [14]. Sepulveda et al. ont également rapporté chez 20 patients évaluables parmi 23 ayant progressé sous sunitinib, un taux de réponse globale de 18 %, avec 2 % de réponse partielle, et une stabilisation pour dix patients, à la dose de 800 mg/j en continu [15]. La durée médiane de stabilisation et de réponse a été de 27 semaines, en cours. La durée médiane de survie globale a été de 37 semaines [15]. Si les deux séquences d’administration ont également permis d’obtenir un bon contrôle de la maladie, la durée de réponse est apparue plus longue pour les patients recevant la séquence So puis Su, de 42 semaines [10-113], versus 30,5 [4-56] [16]. Cependant, ces données doivent être considérées avec précaution, compte tenu de la petite taille des échantillons, et devront faire l’objet d’études complémentaires, quant à la conclusion d’un ordre préférentiel d’administration.

Efficacité d’un TKI après échec du bévacizumab

Dans cette situation encore, aucune étude randomisée n’est accessible à ce jour. Le sunitinib a montré son efficacité chez 61 patients exposés antérieurement au bévacizumab, au minimum quatre doses, et ayant échappé, progression définie selon les critères RECIST [17]. Ces 61 patients ont ainsi reçu le sunitinib, selon un schéma conventionnel, 50 mg/j, quatre semaines sur six. Sur le plan efficacité, les taux de réponse partielle et de stabilisation ont été respectivement de 23 et 59 % [17]. Par ailleurs, la survie sans progression médiane a été de 30,4 semaines (IC 95 %, [18,3-35,6]). Les résultats obtenus avec cette séquence tendent à montrer le maintien d’efficacité des TKI, malgré le développement de processus de résistance au bévacizumab, sans que ce mécanisme ne soit expliqué à ce jour.

Efficacité d’un inhibiteur de mTOR, après échec des antiangiogéniques

La place des inhibiteurs de mTOR après échec des antiangiogéniques a été étudiée dans le cadre d’essais randomisés [18]. Ainsi récemment, l’administration d’évérolimus (RAD-001) chez des patients exposés antérieurement au sunitinib et/ou au sorafénib a été évaluée dans le cadre d’un essai randomisé : 272 patients recevant le RAD-001 (10 mg/j, per os), 138 recevant un placebo, avec cross-over autorisé. L’évérolimus a permis d’obtenir une prolongation de la survie sans progression, statistiquement significative [18]. Selon le type de traitement reçu, Su ou So, la survie sans progression médiane rapportée, a été de 3,88 mois pour le bras évérolimus versus 1,84 mois pour le bras placebo chez les patients exposés au Su antérieurement (HR = 0,34 [0,23-0,51]). En cas d’administration antérieure de So, la survie sans progression a été de 5,88 versus 2,83 mois pour l’évérolimus et le placebo respectivement, (HR = 0,25 [0,16-0,42]) [18]. Ces résultats devraient en principe conduire à une autorisation de mise sur le marché, en situation de deuxième ligne thérapeutique, chez les patients de bon pronostic, après traitement initial par sunitinib ou sorafénib postimmunothérapie, ainsi que chez les patients de pronostic intermédiaire postsunitinib.

Traitements combinés

Malgré l’avènement des thérapies ciblées, la plupart des patients présentent une progression dans les 12 mois suivant la mise en route d’un traitement. L’inhibition renforcée de l’angiogenèse via la combinaison d’agents semble donc une piste à évaluer sous réserve de la toxicité observée.

Efficacité de la combinaison interféron alpha et antiangiogénique

Quatre études de phase II ont testé l’association de sorafénib et d’interféron alpha à dose conventionnelle ou réduite, avec un gain inconstant. L’efficacité et la tolérance de l’association interféron alpha et bévacizumab ont en revanche conduit à l’autorisation de mise sur le marché européen de cet antiangiogénique en première ligne métastatique chez des patients de bon pronostic, dans le cadre d’un essai de phase III [4]. Six cent quarante-neuf patients non prétraités et ayant bénéficié d’une néphrectomie, ont été inclus et randomisés entre deux bras de traitement : interféron alpha 9 millions d’unités, trois fois par semaine SC (n = 322 patients), et interferon-α 9 millions d’unités, trois fois par semaine SC associé au bévacizumab 10 mg/kg, j1 = j15 (n = 327). L’association a permis d’obtenir un gain significatif en survie sans progression, chez les patients de bon pronostic, 12,9 versus 7,6 mois, HR = 0,60, p = 0,004, ainsi que de pronostic intermédiaire, 10,2 versus 5,4 mois, HR = 0,55, p < 0,000 1. Sur le plan tolérance, 60 % des patients recevant la combinaison ont présenté une toxicité de grade 3/4, contre 45 % pour le bras interféron seul, avec fatigue, protéinurie (6,5 versus 0%), hypertension (3,9 versus 0 %) et hémorragies (3,3 versus 0,3 %), l’association apparaissant au final acceptable. L’efficacité de cette association a été confirmée dans une étude américaine équivalente [19].

Efficacité de la combinaison d’antiangiogéniques

L’association du bévacizumab et du sunitinib a été évaluée dans le cadre d’un essai de phase I [20]. Dix-neuf patients traités pour carcinome rénal métastatique ont reçu du sunitinib à doses croissantes de 25 à 50 mg/j, en combinaison avec une dose fixe de bévacizumab (10 mg/kg iv, tous les 15 jours). La toxicité dose-limitante a été une hémorragie de grade 4, ainsi qu’un infarctus du myocarde. Le taux de réponse global observé a été de 37 %. Cependant, cette association s’est montrée très toxique, notamment du fait de la survenue de microangiopathies thrombotiques, faisant actuellement déconseiller cette association.

L’association de bévacizumab et sorafénib a également fait l’objet d’une étude de phase I [21]. Seize patients ont été traités avec escalade de doses. Les toxicités dose-limitantes ont résulté en protéinurie de grade 3 et d’hypertension non contrôlée de grade 3, définissant la dose maximale tolérée. De même, dans le cadre d’une étude de phase I/II, chez 48 patients vierges de tout traitement, Sosman et al. ont rapporté des taux intéressants de réponse et de stabilisation de la maladie, respectivement de 52 et 38 %, avec une survie sans progression de 14 mois [22]. Sur le plan tolérance, 20 % d’hypertension de grade 3 ont été rapportés, 18 % de syndrome mains-pieds de grade 3 ainsi que 14 % de protéinurie de grade 3. Ainsi, les doses recommandées de la combinaison sont 200 mg deux fois par jour de sorafénib et 5 mg/kg de bévacizumab, tous les 15 jours.

Efficacité de la combinaison d’anti-EGFR et anti-VEGF(R)

La combinaison d’erlotinib et de bévacizumab a fait l’objet d’un essai de phase II multicentrique, rapporté par Bukowski et al. [23]. Cent quatre patients ont été randomisés entre bévacizumab (10 mg/kg, toutes les deux semaines) avec erlotinib (150 mg/jour) ou placebo. La survie sans progression médiane a été respectivement de 9,9 et 8,5 mois (HR = 0,86 ; IC 95 % [0,5-1,49] ; p = 0,58). Le taux de réponse global ne différait pas significativement entre deux bras de traitement, de 14 et 13 % respectivement. Sur le plan tolérance, les toxicités de grade 3/4 combinaient protéinurie, hypertension, rash, diarrhée, et hémorragie (> 5 % des patients). L’efficacité du bévacizumab ne semble donc pas optimiser par l’adjonction d’un agent anti-EGFR tel que l’erlotinib.

Efficacité de la combinaison antiangiogénique et inhibiteur de mTOR

L’association bévacizumab et temsirolimus aux doses standard, dans le cadre d’un essai de phase I n’a pas permis de déterminer une dose maximale tolérée [24]. Les toxicités dose-limitantes, observées au-delà de 25 mg/semaine de temsirolimus et de 10 mg/kg toutes les deux semaines de bévacizumab ont associé stomatites de grade 3 et hypertriglycéridémie. Sur le plan de l’efficacité, huit réponses partielles ont été rapportées parmi les 12 patients évaluables. La combinaison du bévacizumab et de l’évérolimus a également été testée chez 59 patients exposés auparavant aux TKI [25]. Le taux de réponse global a été de 23 % pour les patients non prétraités et de 17 % chez les patients exposés auparavant. Par ailleurs, la survie sans progression était respectivement dans les deux groupes de patients de 12 et 11 mois. Sur le plan toxicité, une protéinurie de grade 3/4 a été rapportée chez dix patients (19 %), les autres événements de grade 3/4 étaient peu fréquents (fatigue 9 %, stomatite 8 %). Les autres toxicités décrites étaient de grade 1/2, comprenant : fatigue (68 %), éruption cutanée/prurit (55 %), mucite/stomatite (49 %), hyperlipidémie (45 %), nausées (40 %), hypertension (25 %). L’association temsirolimus et sorafénib a également fait l’objet d’un essai clinique [26]. Les patients ont été traités à doses croissantes de sorafénib (200 mg deux fois par jour, et 400 mg deux fois par jour) et par perfusions hebdomadaires de temsirolimus (15 et 25 mg). Trente-trois patients évaluables ont présenté une toxicité dose-limitante comprenant un syndrome mains-pieds grade 3, mucite, rash, thrombopénie, neutropénie et élévation de la créatininémie. La sévérité de la toxicité muqueuse à type de mucite fait considérer la combinaison comme inutilisable en routine.

Conclusion

Malgré les progrès thérapeutiques des dernières années, il reste essentiel de traiter les patients atteints de cancer du rein métastatique dans le cadre d’essais thérapeutiques afin d’optimiser la prescription des agents et de répondre à de nombreuses questions liées à leur introduction dans l’arsenal thérapeutique.

Deux essais en cours, ont pour objectif de préciser le schéma thérapeutique du sunitinib ainsi que du sorafénib en monothérapie : un essai de Motzer et al., comparant le schéma classique du suntinib 50 mg/j, quatre semaines sur six, avec un schéma continu à 37,5 mg/jour ; un essai mené par Gore et al., testant l’escalade de dose du sorafénib, de 400 mg, deux fois par jour, à 600, puis 800 mg, deux fois par jour [27].

L’essai START est une des études susceptibles de donner des éléments de réponse sur la séquence optimale, 240 patients devant recevoir en première intention le sunitinib, le bévacizumab ou le temsirolimus, puis après progression, l’un des deux autres agents après randomisation. De même, l’essai RECORD 3, est un essai randomisé comparant la séquence RAD-001 puis sunitinib après progression, à la séquence inverse, en première ligne métastatique, avec un objectif primaire de survie sans progression, et secondaires de survie globale, et de sécurité. En parallèle de ces études, il semble important dans le cadre d’une approche séquentielle de chercher à définir des facteurs prédictifs de réponse aux différentes classes d’agents, TKI, sunitinib et sorafénib, antiangiogénique bévacizumab et plus récemment inhibiteurs de mTOR. Dans cette logique, l’étude rapportée par Motzer et al. a permis de démontrer le rôle pronostique défavorable chez des patients traités par sunitinib comparé à l’interféron en première ligne de plusieurs paramètres cliniques, tels qu’un taux faible d’hémoglobine (p = 0,004), une calcémie supérieure à 10 mg/mL (p = 0,001), un ECOG supérieur à zéro (p = 0,000 5), plus d’un site métastatique (p = 0,006 4) et un intervalle libre diagnostic-métastases inférieur à un an (p = 0,000 2) [28].

Concernant les combinaisons, trois essais majeurs devraient permettre d’apporter des éléments de réponse :

  • l’essai BEST (ECOG E2804), de phase II, randomisant 360 patients selon le bras de traitement, bévacizumab versus bévacizumab + temsirolimus versus bévacizumab + sorafénib versus sorafénib + temsirolimus ;
  • l’essai français TORAVA, de phase II avec 160 patients prévus, évaluant l’association temsirolimus + bévacizumab, avec deux bras témoins correspondant aux deux standards actuels en première ligne, le sunitinib et l’association bévacizumab + IFN ;
  • l’essai Wyeth 3 311, essai de phase III comparant deux bras : bévacizumab + IFN versus bévacizumab + temsirolimus.

La question de l’intérêt de la néphrectomie reste d’actualité. La réalisation du geste reste faisable sans majoration de morbidité, au décours d’une exposition au traitement [29]. En parallèle, la notion de chronologie des traitements médicamenteux et chirurgicaux doit être envisagée [30]. L’intérêt thérapeutique des thérapies ciblées en situation néoadjuvante doit également être évalué. De même, la place de traitements adjuvants est en cours d’évaluation dans le cadre d’essais cliniques, STRAC (sunitinib), SORCE (sorafénib). La majorité des données d’efficacité des traitements le sont dans le cadre de carcinome à cellules claires, qu’en est-il des sous-types histologiques ? Là encore des essais tels que le SUPAP, place du sunitinib dans le traitement des cancers papillaires, doivent permettre de répondre à cette question [31].

Conflits d’intérêts

M. Gross-Goupil est consultant Roche pour une mission d’un an.

Références

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19 Rini BI, Halabi S, Rosenberg JE, Stadler WM, Vaena DA, Ou SS, et al. Bevacizumab plus interferon alfa compared with interferon alfa monotherapy in patients with metastatic renal cell carcinoma: CALGB 90206. J Clin Oncol 2008 ; 26 : 5422-8.

20 Feldman DR, Kondagunta GV, Ronnen EA, Fischer P, Chang R, Baum M, et al. Phase I trial of bevacizumab plus sunitinib in patients (pts) with metastatic renal cell carcinoma (mRCC). Abstract no 5099 2007 ASCO Annual Meeting-Category: Genitourinary Cancer-Kidney Cancer.

21 Azad NS, Annunziata C, Barett T, Chen C, Steinberg S, Kwitkowski VE, et al. Dual targeting of vascular endothelial growth factor (VEGF) with sorafenib and bevacizumab: clinical and translational results. Abstract no 3542 2007 ASCO Annual Meeting-Category: Genitourinary Cancer-Kidney Cancer.

22 Sosman JA, McDermott DF, Rothenberg ML, Vermeulen WL, et al. Abstract no 5011 2008 ASCO Annual Meeting-Category: Genitourinary Cancer-Kidney Cancer.

23 Bukowski RM, Kabbinavar FF, Figlin RA. Randomized phase II study of erlotinib combined with bevacizumab compared with bevacizumab alone in metastatic renal cell cancer. J Clin Oncol 2007 ; 25 : 4536-41.

24 Merchan JR, Liu G, Fitch T, Picus J, Qin R, Pitot HC, et al. Phase I/II trial of CCI-779 and bevacizumab in stage IV renal cell carcinoma: phase I safety and activity results. Abstract no 5034 2007 ASCO Annual Meeting-Category: Genitourinary Cancer-Kidney Cancer.

25 Whorf RC, Hainsworth JD, Spigel DR, Yardley DA, Burris HA, III, Waterhouse DM, et al. Phase II study of bevacizumab and everolimus (RAD-001) in the treatment of advanced renal cell carcinoma (RCC). Abstract no 5010 2008 ASCO Annual Meeting-Category: Genitourinary Cancer-Kidney Cancer.

26 Patnaik A, Ricart A, Cooper J, Papadopoulos K, Beeram M, Mita C, et al. A phase I, pharmacokinetic and pharmacodynamic study of sorafenib (S), a multitargeted kinase-inhibitor in combination with temserolimus (T), an mTOR inhibitor in patients with advanced solid malignancies. Proc Am Soc Clin Oncol J Clin Oncol 2007 ; 25 : 3512.

27 www.clinicalTrials.gov: NCT00618982.

28 Motzer RJ, Figlin RA, Hutson TE, Tomczak P, Bukowski RM, Rixe O, et al. Sunitinib versus interferon-alfa (IFN-α) as first-line treatment of metastatic renal cell carcinoma (mRCC): updated results and analysis of prognostic factors. Proc Am Soc Clin Oncol J Clin Oncol 2007 ; 25 : 2004.

29 Thomas AA, Rini BI, Campbell SC. Integration of surgery and systemic therapy in the management of metastatic renal cancer. Curr Urol Rep 2009 ; 10 : 35-41.

30 http://www.eortc.be/protoc/details.asp?protocol=30073

31 http://www.e-cancer.fr/les-essais-cliniques/registre-des-essais-cliniques?task=detailEtude&=460


 

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