Accueil > Revues > Médecine > Bulletin du cancer > Texte intégral de l'article
 
      Recherche avancée    Panier    English version 
 
Nouveautés
Catalogue/Recherche
Collections
Toutes les revues
Médecine
Bulletin du Cancer
- Numéro en cours
- Archives
- S'abonner
- Commander un       numéro
- Plus d'infos
Biologie et recherche
Santé publique
Agronomie et Biotech.
Mon compte
Mot de passe oublié ?
Activer mon compte
S'abonner
Licences IP
- Mode d'emploi
- Demande de devis
- Contrat de licence
Commander un numéro
Articles à la carte
Newsletters
Publier chez JLE
Revues
Ouvrages
Espace annonceurs
Droits étrangers
Diffuseurs



 

Texte intégral de l'article
 
  Version imprimable
  Version PDF

Les nouvelles cibles thérapeutiques dans le cancer du rein


Bulletin du Cancer. Volume 97, 53-63, Cancers du rein, Synthèse

DOI : 10.1684/bdc.2010.1070

Résumé   Summary  

Auteur(s) : J-B Meric, B Billemont, O Rixe , Centre médical de Bligny, Département d’oncohématologie, 91640 Briis-sous-Forges, France, Hôpital Cochin, centre d’études et de recours sur les inhibiteurs de l’angiogenèse, Assistance publique-Hopitaux de Paris, 75014 Paris, France, University of Cincinnati, Barrett Cancer Center, Cincinnati, OH, USA.

Résumé : Le cancer du rein est un modèle de développement pour les thérapeutiques ciblées du fait de la connaissance d’anomalies moléculaires spécifiques à cette néoplasie. Les antiangiogéniques ont bouleversé les conceptions biologiques et cliniques que nous avions de cette maladie mais montrent aujourd’hui leurs limites (absence de guérisons, toxicités sévères). Nous avons mené une revue systématique des différentes voies de signalisation et de développement tumoral propres à la mise en œuvre de thérapeutiques ciblées. Les mutations du gène VHL (von Hippel-Lindau) et l’immunogénicité des cancers du rein à cellules claires sont deux particularités de ces tumeurs dont il semble possible de tirer partie. De nouveaux antiangiogéniques et de nouvelles immunothérapies basées sur des concepts inédits sont actuellement à l’étude et pourraient modifier profondément le pronostic du cancer du rein métastatique.

Mots-clés : cancer du rein, angiogenèse, thérapie ciblée, VEGF, immunothérapie, axitinib

ARTICLE

Auteur(s) : J-B Meric1, B Billemont2, O Rixe3

1Centre médical de Bligny, Département d’oncohématologie, 91640 Briis-sous-Forges, France
2Hôpital Cochin, centre d’études et de recours sur les inhibiteurs de l’angiogenèse, Assistance publique-Hopitaux de Paris, 75014 Paris, France
3University of Cincinnati, Barrett Cancer Center, Cincinnati, OH, USA

Article reçu le 15 Mai 2009, accepté le 24 Juin 2009

Introduction

Les progrès enregistrés durant ces dix dernières années dans le traitement du cancer du rein métastatique ont abouti à une modification complète des recommandations thérapeutiques [1]. Cela repose sur la meilleure connaissance de la biologie de ces tumeurs ayant abouti au concept de thérapies ciblées et au développement de nouvelles thérapeutiques moléculaires. La preuve de ce concept pour les antiangiogéniques a été faite dès les essais précoces menés dans cette indication [2-4], puis confirmée rapidement au travers de grands essais de phase 3 [5-7]. Il en est de même des inhibiteurs des voies de signalisation intracellulaire, comme les inhibiteurs de mTOR récemment mis sur le marché. Ces études ont cependant permis de souligner les limites de ces nouvelles thérapeutiques : si les taux de réponse apparaissent élevés et la survie sans progression prolongée, l’impact réel sur la survie reste modeste. Cet apport, variant de six semaines à six mois par rapport aux thérapeutiques de référence, sans réelle obtention de survie prolongée à long terme, souligne l’importance de la poursuite de l’exploration de nouvelles voies thérapeutiques et l’identification de nouveaux facteurs pronostiques.

Ce développement repose sur l’identification de nouvelles cibles et de processus néoplasiques, la combinaison de thérapeutiques efficaces, mais également l’optimisation des thérapeutiques médicales ayant prouvé leur efficacité dans le cancer du rein : l’inhibition de l’angiogenèse, l’immunothérapie et les inhibiteurs de la voie mTOR.

De plus, les thérapeutiques actuelles exposent à des toxicités qui peuvent être sévères et limitantes, comme les toxicités vasculaires et rénales des traitements ciblant le vascular endothelial growth factor (VEGF) ou son récepteur [8]. La quête d’une plus grande efficacité couplée à une plus grande spécificité doit donc être le moteur des recherches actuelles, pour modifier le pronostic de cette maladie qui est encore, aujourd’hui, à l’origine du décès annuel de 170 000 individus dans le monde (dont 82 000 aux États-Unis).

Nouvelles pistes antiangiogéniques

Le rôle essentiel du VEGF et de ses récepteurs a clairement été établi dans l’oncogenèse et la diffusion métastatique du carcinome rénal [9]. D’autres récepteurs activés par le VEGF, ainsi que des voies parallèles VEGF-indépendantes semblent également jouer un rôle crucial dans la vascularisation tumorale. Elles représentent un événement important dans chacune des deux étapes de l’angiogenèse que représentent la phase d’activation (prolifération endothéliale, phase VEGF-dépendante) et la phase de maturation (remodelage vasculaire et recrutement des péricytes) qui est, elle, VEGF-indépendante [10].

Neuropilines

Ce sont des récepteurs membranaires essentiels dans la formation de la vascularisation tumorale [11]. Ces récepteurs sont dépourvus d’activité tyrosine-kinase et jouent également un rôle important dans la guidance axonale [12]. Les neuropilines sont des corécepteurs pour le VEGFR-2, capables de se lier à l’une des isoformes du VEGF, le VEGF165. Il a récemment été démontré que l’inhibition de la neuropiline-1 entraîne une inhibition de la croissance tumorale [13]. C’est une cible intéressante à explorer, en monothérapie ou en association à d’autres antiangiogéniques. Un anticorps monoclonal dirigé contre la neuropiline-1 est en cours d’évaluation en phase 1 (Genentech).

Placenta growth factor (PlGF)

Le PlGF est un facteur de croissance qui se lie et active le VEGFR-1 [14]. Fischer et al. ont démontré in vivo qu’un anticorps monoclonal anti-PlGF entraînait l’inhibition de la croissance tumorale de tumeurs résistantes à d’autres antiangiogéniques. Il est important de noter que le PlGF n’est pas exprimé par les tissus sains, à l’inverse du VEGF (dont l’expression et la fonction dans certains tissus, comme le glomérule rénal, sont essentielles à l’homéostasie cellulaire). Il sera donc essentiel de vérifier lors des prochains développements cliniques à la fois la grande spécificité et l’efficacité des molécules chélatrices de ce ligand.

Système angiopoïétine-récepteurs Tie

Le VEGF agit de façon coordonnée avec d’autres systèmes comme le système angiopoïétine-récepteurs Tie [15]. Les deux récepteurs Tie, Tie-1 et Tie-2, sont des protéines à activité tyrosine-kinase principalement exprimées sur les cellules endothéliales. Quatre ligands ont été à ce jour identifiés, les angiopoïétines Ang-1 à Ang-4, qui se lient à Tie-2 (aucun ligand n’est connu pour Tie-1) [16]. Le système est assez complexe puisque Ang-1 active le récepteur Tie-2, alors qu’Ang-2 agit comme un antagoniste sur ce même récepteur. L’activation (et l’autophosphorylation) de Tie-2 entraîne l’activation de la voie Akt et favorise, comme le PDGF et le TGF-β en association avec le VEGF, la survie des cellules endothéliales, la stabilisation et la maturation des néocapillaires et le maintien des jonctions intercellulaires. À l’inverse, Ang-2, dont l’expression est restreinte aux cellules endothéliales, agit dans la phase initiale de prolifération de l’angiogenèse, grâce à la dissociation des jonctions intercellulaires de l’endothélium et l’activation de la migration cellulaire. Ce système fait l’objet d’un ciblage pharmacologique ayant déjà démontré son intérêt dans des modèles animaux [17, 18]. Ainsi, des anticorps dirigés contre Ang-2 bloquent activement l’angiogenèse et la croissance tumorale. Des limites au développement pharmacologique ciblant ce système sont matérialisées par la difficulté d’identifier des inhibiteurs spécifiques de l’activité tyrosine-kinase de Tie-2 et par la complexité de la dualité fonctionnelle de Ang-1/Ang-2 sur le même récepteur endothélial. De plus, sept autres angiopoïétines ont été identifiées [19], appelées angiopoïétines-like proteins, et semblent jouer également un rôle important dans l’angiogenèse physiologique et tumorale. L’AMG 386, inhibiteur de l’angiopoïétine 1 et 2, est actuellement testé en association avec le sorafénib dans le cancer du rein métastatique (première ligne).

PDGF (platelet-derived growth factor)

Le PDGF ou les PDGFs (quatre gènes codant pour cette protéine ayant été identifiés) agissent sur les cellules endothéliales via leurs deux récepteurs (PDGFR-α et β). L’un des rôles principaux du PDGF est d’induire la phase de maturation de l’angiogenèse en favorisant le recrutement, la différenciation et l’accolement de péricytes sur les néovaisseaux, étape essentielle pour la stabilité et la fonctionnalité vasculaire [20]. Le PDGF et son récepteur représentent donc des cibles idéales dans le cancer du rein. Il n’existe cependant pas d’inhibiteurs spécifiques, les inhibiteurs du PDGFR entraînant le plus souvent une inhibition croisée avec d’autres récepteurs comme celui du VEGF. L’axitinib est une molécule ayant une forte action inhibitrice sur l’activité tyrosine-kinase du PDGFR, ayant démontré des résultats particulièrement prometteurs dans le cancer du rein [21] et dont les développements en phase 3 sont en cours.

Voie Notch-Deltalike ligand

La voie Notch-Deltalike ligand est une voie de signalisation essentielle dans l’angiogenèse [22]. À côté des étapes de prolifération, puis de maturation vasculaire, cette voie est impliquée dans un troisième phénomène de l’angiogenèse tumorale appelé « artérialisation ». La voie Notch est en effet une étape essentielle au développement vasculaire durant l’embryogenèse et la néoangiogenèse tumorale. L’expression à la surface des cellules endothéliales artérielles représente une cible thérapeutique intéressante à explorer.

La voie Notch est un système de communication intercellulaire assez largement conservé selon les espèces, composé chez les mammifères de quatre récepteurs transmembranaires (Notch 1, 2, 3 et 4) et de cinq ligands (Jagged 1 et 2, Delta-like 1 à 4). Le VEGF165 induit l’expression de Notch 1 et Delta-like 4 (Dll4) dans les cellules endothéliales artérielles in vitro [23]. Le récepteur Dll4 est exprimé de façon exclusive sur les cellules endothéliales, et la délétion d’un allèle du gène codant pour ce récepteur est létale chez la souris knock-out, entraînant des anomalies du développement vasculaire au stade embryonnaire. Des modulations pharmacologiques de cette voie ont déjà abouti à des résultats prometteurs [24]. Ainsi, des anticorps anti-Dll4 sont capables d’inhiber la croissance tumorale de façon paradoxale, en stimulant une angiogenèse tumorale non productive : il a en effet été observé une production vasculaire accrue, qui est constituée de vaisseaux non fonctionnels, entraînant des défauts de perfusion tumorale et une hypoxie accrue.

Récemment, d’autres ligands des récepteurs Notch ont été identifiés [25] : les protéines NOV/CCN (nephroblastoma ovexpressed) isolées à partir d’un modèle tumoral de néphroblastome. De façon intéressante, la partie C-terminale de NOV/CCN3 interagit avec VEGF et Notch 1 (en compétition avec Dll4) et représente une cible pharmacologique prometteuse dans le cancer du rein et les tumeurs solides en général.

Des inhibiteurs de Notch sont en cours de développement en phase 1, mais aucun résultat n’a encore été présenté à ce jour. Les anomalies de la régulation de Notch sont observées dans de nombreuses tumeurs incluant les carcinomes mammaires, les cancers du côlon et du col utérin. Les propriétés antiangiogéniques des inhibiteurs de Notch présentent sans aucun doute un intérêt majeur dans des cancers hypervascularisés comme les cancers du rein. Il sera important d’évaluer l’effet de ces traitements sur les vaisseaux normaux ou les tissus qui expriment ces cibles (comme les cellules thymiques qui expriment Dll4), ainsi que les effets paradoxaux potentiels de stimulation de la croissance tumorale.

L’avenir des thérapies antiangiogéniques dans le cancer du rein repose également sur un meilleur ciblage vasculaire. Les travaux menés par Ruoslathi et al. à l’université de Santa Barbara aux États-Unis ouvrent des perspectives nouvelles pour le ciblage des vaisseaux sanguins et lymphatiques [26]. Cette équipe a en effet introduit le concept de « code postal pour les vaisseaux » (vascular zip codes). Le concept repose sur l’utilisation de phages. Ces phages « présentoirs » sont des peptides fusionnés génétiquement à une protéine de coque d’un bactériophage (un virus bactérien), ce qui a pour résultat d’exposer la protéine fusionnée à l’extérieur du virion du phage, alors que l’ADN qui code la fusion demeure dans le virion. Les présentoirs de librairies à phage peuvent contenir jusqu’à 1 012 différentes variantes de peptides ou de protéines. Injectés chez la souris, il est possible de suivre le devenir de ces peptides qui dirigent le phage vers une cible spécifique de l’organisme, et en particulier les vaisseaux sanguins ou lymphatiques [27]. Des millions de peptides peuvent ainsi être testés afin d’identifier au sein des cellules endothéliales des différences spécifiques de tissus ou de tumeurs. Ainsi, des peptides ont été isolés, associés à un homing reconnaissant des marqueurs (le plus souvent des récepteurs), associés à des phénomènes communs à toute forme d’angiogenèse ou au contraire spécifiques de vaisseaux associés aux lésions précancéreuses, aux tissus sains ou aux tumeurs établies. Cette identification de peptides associés à un homing spécifique a également permis d’observer des caractéristiques propres des vaisseaux lymphatiques. Si les vaisseaux lymphatiques ne sont pas nécessaires à la croissance tumorale (car généralement peu fonctionnels), ils apparaissent essentiels à la diffusion métastatique.

Au-delà d’un homing vasculaire spécifique, certains peptides sont capables de traverser la paroi vasculaire, en pénétrant dans la cellule endothéliale, puis plus profondément dans le tissu tumoral. Les applications de cette découverte apparaissent illimitées : sur le plan thérapeutique, ces peptides peuvent être couplés à de nombreux agents, comme des nanoparticules, des toxines ou des radioémetteurs alpha. Sur le plan du diagnostic, une imagerie moléculaire spécifique à forte résolution devient possible, en couplant des agents radioactifs ou là encore des nanoparticules. Ces développements auront sans aucun doute des applications prochaines pour le diagnostic et la thérapeutique d’une tumeur hautement vascularisée comme le carcinome rénal. C’est l’ouverture d’une thérapie antivasculaire très spécifique, déjà très en avance sur les traitements actuels dont le spectre d’activité n’est pas restreint à la vascularisation tumorale (tableaux 1 et 2).

Tableau 1 Études cliniques en cours de réalisation dans le cancer du rein métastatique utilisant un inhibiteur du récepteur au VEGF (VEGFR).

Molécule

Cible associée au VEGFR

Monothérapie/association

Phase

Sorafénib

Raf

+Gemcitabine + capecitabine

1-2

Sorafénib

Raf

Monothérapie

Prénéphrectomie

Sorafénib

Raf

+IL-2

1-2

Sunitinib

PDGFR

Monothérapie

Prénéphrectomie

AV-951

Monothérapie

2

AV-951

+Temsirolimus

1-2

TKI258

FGFR3

Monothérapie

1-2



Tableau 2 Principales cibles moléculaires en cours d’évaluation dans le cancer du rein métastatique.

Cible

Phase de développement

VEGF/VEGFR

Associations en phases 1, 2 et 3

PDGFR

Phases 2-3

Met/HGF

Phase 2 (tumeurs papillaires)

PI3K

Phases 1-2

Neuropilines

Préclinique, phase 1

Tie/Angiopoietines

Préclinique, phase 1

PlGF

Préclinique

Notch

Préclinique, phase 1

Hedgehog

Préclinique, phase1

IGFR-1

Phase 1

HIF-1, HIF-2

Préclinique, phase 1

Tubuline endotheliale

Phases 1-2

Ciblage spécifique dans le cancer du rein : mesenchymal-epithelial transition factor (MET) et HGF

MET est une protéine à activité tyrosine-kinase membranaire, récepteur de l’hepatocyte growth factor (HGF). Cette voie de signalisation implique plusieurs corécepteurs membranaires et de nombreux effecteurs d’aval, aboutissant à des signaux activateurs de la migration et de la division cellulaire, et inhibiteurs de l’apoptose [28]. Un véritable phénomène d’« addiction tumorale » pour MET a été décrit, secondaire à une sélection génétique, aboutissant à l’établissement d’un phénotype malin particulièrement agressif. MET est également exprimé par les cellules endothéliales, HGF étant considéré comme un facteur proangiogénique. Plusieurs modes d’activation de MET peuvent être induits dans la tumeur par des anomalies génétiques spécifiques, des phénomènes de dérégulation transcriptionnelle, ainsi que des mécanismes autocrines ou paracrines liés au ligand HGF.

Les anomalies génétiques liées à la surexpression de MET sont des translocations (aboutissant à la formation d’une protéine de fusion, comme la protéine TPR-MET dans des lignées d’ostéosarcome), une amplification du gène codant pour MET ou des mutations activatrices [29]. Dans de nombreux types tumoraux, l’augmentation de l’expression de MET est liée à l’augmentation de la transcription du gène, sans phénomène d’amplification.

Les cancers papillaires du rein de type 1 représentent un modèle très original où les anomalies liées à MET sont des événements fréquents et essentiels à la carcinogenèse tumorale. Dans les formes sporadiques de ce cancer, des mutations activatrices sont fréquemment rencontrées. Dans les formes héréditaires, une mutation d’un des allèles est souvent associée à une trisomie du chromosome 7 (ou réside le locus de MET), suggérant que la mutation hétérozygote doit s’accompagner d’une duplication de gène muté pour aboutir au phénotype malin.

Différentes stratégies ont été imaginées pour cibler les anomalies liées à MET. Plus de dix molécules inhibitrices de l’activité tyrosine-kinase de MET (comme le SU11274, XL880, K252, PF2341066), mais également des anticorps dirigés spécifiquement contre HGF et MET (Genentech) ont été mis au point et sont en cours d’évaluation préclinique ou en phase très précoce de développement clinique.

De façon très spécifique, XL880, petite molécule inhibitrice des kinases de MET et de VEGFR-2, est en cours d’évaluation au NCI dans les formes métastatiques des formes papillaires de carcinome rénal (étude de phase 2). Le lien entre les anomalies liées à MET et l’activité antitumorale est étudié dans cet essai et sera une étape essentielle dans la validation de l’intérêt d’une telle thérapie ciblée dans cette forme particulière de cancer.

Ciblage de hypoxia inductible factor (HIF)

HIF est le régulateur essentiel de la réponse des cellules eucaryotes à l’hypoxie tissulaire. C’est un facteur transcriptionnel qui existe sous forme d’un hétérodimère composé de deux unités faisant l’objet d’une régulation dynamique (HIF-1a et HIF-2a) et d’une sous-unité β exprimée de façon constitutive [30, 31].

Dans des conditions physiologiques, la régulation de HIF-α est étroitement contrôlée par des mécanismes dépendant de la concentration en oxygène impliquant la protéine von Hippel-Lindau (VHL). En présence d’oxygène, les sous-unités HIF-α sont hydroxylées, ce qui facilite, d’une part, leur reconnaissance par la protéine VHL qui appartient au complexe E3 ubiquitine-protéine ligase et, d’autre part, leur dégradation par le protéasome. À l’inverse, en condition d’hypoxie, les unités HIF-α ne sont pas hydroxylées et ne sont donc plus soumises à la dégradation par le protéasome. La persistance des unités α au niveau cytoplasmique permet la formation avec HIF-1β d’un complexe fonctionnel qui, après migration vers le noyau, est capable d’activer le promoteur de nombreux gènes dont ceux du VEGF, du PDGF-β, du GLUT1, du TGF-α et de l’érythropoïétine.

À l’inverse de cette fine régulation physiologique en condition d’hypoxie, le système HIF-α est dérégulé dans de nombreux cancers. C’est le cas de 70 % des cancers du rein sporadiques à cellules claires, où l’inactivation de la protéine (après mutation, délétion ou méthylation du gène VHL) entraîne une accumulation de HIF-α, causant une dérégulation des gènes cibles qui vont promouvoir la carcinogenèse. Dans des modèles de xénogreffes humaines, il a ainsi été démontré que HIF-1α est un élément contributeur à la croissance tumorale. C’est également un facteur témoignant d’un pronostic défavorable chez des patients porteurs d’un carcinome rénal [32].

Si HIF-1α et HIF-2α ont des propriétés communes de stimulation de l’angiogenèse et de remodelage de la matrice extracellulaire, des effets distincts ont été rapportés sur le métabolisme cellulaire et sur la prolifération. HIF-1α est la seule unité capable de stimuler l’expression des enzymes glycolytiques. HIF-1α inhibe la progression dans le cycle cellulaire in vitro par inhibition de c-Myc, alors qu’à l’opposé HIF-2α active la cycline D2 et E2F1 via la production de c-Myc et entraîne également la répression des gènes suppresseurs p21 et p27. Ainsi, il a été démontré in vivo que la sous-unité HIF-2α est responsable de la croissance des xénogreffes humaines dont la protéine VHL est déficiente.

Si l’inhibition de HIF-2α est logiquement une voie thérapeutique à tester dans le cancer du rein, les études ont, assez paradoxalement, débuté avec des inhibiteurs de HIF-1α. L’EZN-2248 est un oligonucléotide ciblant HIF-1α en cours de développement en phase 1. Dans cette étude, une réponse objective a été rapportée chez un patient porteur d’un carcinome rénal avec métastases pulmonaires, sans mise en évidence de toxicité sévère [33]. L’étude de phase 2 devrait débuter prochainement.

Nouvelles immunothérapies

L’immunothérapie par cytokines (et en particulier l’interleukine-2 [IL-2] à hautes doses) introduite dans les années 1990 par le Pr Rosenberg garde une caractéristique particulière et inégalée, puisqu’elle reste aujourd’hui la seule thérapie capable d’induire des rémissions complètes à long terme (voire des guérisons potentielles) dans les carcinomes métastatiques à cellules claires [34]. Ce traitement est malheureusement actif chez un faible pourcentage de patients, et les facteurs prédictifs d’efficacité n’ont pu être identifiés. Cela, associé à une forte toxicité nécessitant un recours à des équipes spécialisées, a limité considérablement son utilisation. Des essais sont actuellement en cours afin d’explorer et d’exploiter les mécanismes impliqués dans la réponse immune, associés au carcinome rénal afin d’identifier de nouvelles pistes thérapeutiques (tableau 3).

Des cytokines sont également en cours d’évaluation en phase 1 dans le cancer du rein comme l’IL-15, « super » IL-2, capable d’induire la prolifération, la différenciation et l’activation des lymphocytes T CD8+ et des cellules NK (sans activation des lymphocytes T régulateurs [T-regs] à l’inverse de l’IL-2) [35].

Anticorps anti-CTLA4 (cytotoxic T-lymphocyte-antigen 4)

La réponse cellulaire de type T est sous la dépendance de signaux activateurs et inhibiteurs. L’interaction du récepteur des lymphocytes T avec un épitope présenté par le complexe majeur d’histocompatibilité est l’une des composantes des signaux complexes permettant l’activation et la prolifération des lymphocytes T [36]. Des signaux inhibiteurs interviennent afin de réguler l’intensité de la réponse, comme les lymphocytes T-regs ou des récepteurs inhibiteurs tels que CTLA4 et PD-1, jouant un rôle essentiel dans la tolérance du soi. L’absence de rejet d’une tumeur peut être liée à de nombreux facteurs incluant une stimulation antigénique inadéquate ou une tolérance immunologique accrue. Le récepteur CTLA4 (ou CD152) est un récepteur inductible exprimé par les lymphocytes T, se liant à des molécules de la famille B7 identifiées sur les cellules présentatrices. Son activation conduit à l’inhibition de la prolifération et de la fonction des lymphocytes T. La levée de ce frein dans des modèles animaux induit l’apparition de syndromes lymphoprolifératifs et de maladies auto-immunes. Le développement d’anticorps anti-CTLA4 a été envisagé pour une immunothérapie anticancéreuse. Des résultats prometteurs ont été observés en phases 1 et 2, notamment dans le mélanome malin à un stade métastatique. La forte capacité du carcinome rénal à répondre à une immunothérapie a conduit à tester ces anticorps dans cette pathologie. L’étude menée récemment au NCI par Yang et al. est encourageante [37]. L’ipilimumab, anticorps monoclonal humanisé de type IgG, est capable de se lier et bloquer CTLA4. Dans cette étude de phase 2 testant deux doses de l’anticorps (administré par voie intraveineuse toutes les trois semaines), cinq réponses objectives ont été observées parmi les 46 patients traités avec la dose la plus élevée (3 mg/kg). Des toxicités significatives ont été observées à type d’entérite et de déficits hormonaux, probablement liés à des phénomènes auto-immuns. Une corrélation assez forte a été observée entre ces manifestations auto-immunes et l’activité antitumorale. Une activité antitumorale a également été rapportée chez des patients n’ayant pas répondu antérieurement à une immunothérapie. Le mécanisme de la toxicité auto-immune n’est pas clairement établi, les patients répondant aux stéroïdes sans compromettre la qualité de la réponse antitumorale. Il n’a pas été observé de réponse complète ni de réponse durable, suggérant un rôle pour cette stratégie surtout en combinaison avec d’autres traitements et en particulier d’autres immunothérapies. L’identification du réel mécanisme d’action et de la population de patients candidats à ce traitement prometteur reste à investiguer.

Tableau 3 Nouvelles stratégies dans l’immunothérapie du cancer du rein.

Modalité

Stratégie

Cytokines

IL-15

IL-12

Thérapie cellulaire T

Identification d’Ag spécifiques

Transfection de récepteurs T spécifiques

Allogreffe

Déplétion lymphocytaire utilisant des régimes de faible intensité

Utilisation de DLI

Expansion ex vivo de cellules Th2

Réduction de la durée et de l’intensité de l’immunosuppression (sirolimus)

Vaccination

Cellules dendritiques + lysats tumoraux

Association aux thérapies ciblées

Association interleukine/VEGFR

Association allogreffe/sirolimus

Immunothérapie T spécifique

De nombreuses études menées in vitro sur des lymphocytes T humains et in vivo sur des modèles murins montrent que les lymphocytes T CD8+ sont particulièrement impliqués dans l’immunité antitumorale médiée par l’IL-2 et les autres formes d’immunothérapie. Il a été observé dans le mélanome malin [38] que ces cellules T réactives contre ces tumeurs peuvent être produites in vitro en grandes quantités à partir d’échantillons tumoraux en présence d’IL-2, et que leur réinjection associée à de hautes doses d’IL-2 entraînait des régressions tumorales significatives. Cette stratégie a cependant des limites : durée courte de la réponse au traitement probablement liée à une durée de vie courte des cellules T transférées (moins de deux jours), absence de reconnaissance par ces TIL de tumeurs différentes du mélanome malin. À partir de leur expérience clinique et de nombreuses études menées in vivo, l’équipe de la Surgery Branch du NCI développe actuellement un protocole dans le cancer du rein métastatique essayant de contourner les limites énoncées ci-dessus [39]. Cette stratégie repose sur plusieurs concepts. Le premier consiste à dépleter les cellules T du patient avant la re-injection des TIL en utilisant une chimiothérapie peu myéloablative. Il a en effet été démontré que cette déplétion entraîne la production de cytokines activatrices, réduit le taux de lymphocytes T-regs, augmente l’exposition aux LPS d’origine intestinale, ce qui active la présentation antigénique via les récepteurs toll-like. La deuxième avancée repose sur l’identification d’un clone de lymphocyte T isolé dans le sang d’un patient, reconnaissant des lignées de carcinome rénal (de façon non restreinte par le complexe majeur d’histocompatibilité), ce qui a permis de cloner le récepteur T de ces lymphocytes. Ce TCR reconnaît en particulier la molécule TRAIL (TNF-related apoptosis ligand) et se lie à son récepteur DR4. Ce récepteur T est introduit dans les lymphocytes du patient par transfection utilisant un vecteur rétroviral. Enfin, un traitement par IL-2 est administré par voie systémique (en bolus à hautes doses). Cette étude de phases 1-2 repose sur une stratégie complexe mais qui apparaît particulièrement prometteuse et devrait fournir des informations biologiques et cliniques dont la valeur cognitive sera de premier ordre.

Nouveaux concepts autour de la greffe allogénique

Basée sur l’expérience acquise en hématologie, la transplantation de cellules souches hématopoïétiques allogéniques a été initialement utilisée par Childs et al. dans le cancer du rein métastatique [40]. L’efficacité d’une telle transplantation pour le traitement des hémopathies est principalement attribuable à un effet médié par les lymphocytes T du donneur dirigés contre la leucémie (effet graft versus leukemia – GVL). Dans des modèles murins, les cellules T allogéniques peuvent également entraîner un effet antitumoral contre différents types de tumeurs solides dont les cancers du rein. Les mécanismes liés à cette réponse antitumorale sont variables, dépendent des modèles animaux, mais peuvent impliquer une réponse lymphocytaire T antigène spécifique, associée à une contribution des cytokines de l’inflammation et à des effecteurs cytolytiques. L’étude de Childs et al. a permis d’observer dix réponses objectives (dont trois réponses complètes, l’une étant durable avec un recul de huit ans) parmi les 19 patients traités. Ces réponses sont associées à l’acquisition d’un chimérisme complet des lymphocytes T du donneur, au développement d’une graft versus host disease (GVHD), et à une faible masse tumorale initiale. La large expérience acquise en Europe et récemment publiée le confirme, les résultats variant selon les publications (avec des taux de réponses allant de 0 à 57 %) [41]. Il ressort également que l’injection de lymphocytes du donneur (DLI), une prise de greffe rapide et complète sont associés à une meilleure réponse et à une meilleure survie. Malheureusement, ces protocoles de première génération sont associés à une morbidité et à une mortalité importantes (pouvant atteindre plus de 30 % des patients selon les séries), liées le plus souvent à la GVHD, et à un délai assez long dans l’apparition de l’activité antitumorale. Des protocoles plus récents sont actuellement en cours de réalisation dans le cancer du rein dont le programme mené au NCI (investigateur principal Dan Fowler) [42]. Cet essai de phases 1-2 combine trois aspects nouveaux : utilisation d’un régime de conditionnement de faible intensité (chimiothérapie non myéloablative par pentostatine/endoxan), réinjection de lymphocytes T helper (Th2) modifiés ex vivo [43], utilisation de la rapamycine administrée pendant 60 jours après la transplantation (afin d’utiliser l’activité antitumorale de ce composé, tout en modulant l’intensité de la GVH).

Autres cibles en développement

L’explosion des ressources pharmacologiques a permis d’explorer et de moduler de nombreuses voies de développement des tumeurs solides en général. Une liste exhaustive paraît difficile à établir, mais deux voies de signalisation méritent un éclairage particulier pour les développements futurs dans le carcinome rénal.

Voie PI3K-Akt

La voie de signalisation PI3K-Akt est une voie essentielle de régulation cellulaire en réponse à des signaux émis par des facteurs de croissance (PDGF, EGF, NGF, IGF, via des récepteurs transmembranaires comme les protéines G) ou des substances toxiques pour la cellule [44]. La dérégulation de cette voie de signalisation peut entraîner des signaux non-contrôlés de prolifération et de survie cellulaire, pouvant participer à la genèse précoce du cancer mais également, à un stade plus avancé, à l’établissement de mécanismes de résistances des cellules cancéreuses aux cytotoxiques. La voie PI3K-Akt est constitutivement activée dans de nombreux cancers incluant les carcinomes rénaux, son activation jouant un rôle clé dans la progression tumorale. Dans une étude menée chez 48 patients porteurs d’un carcinome à cellules claires, le haut niveau d’expression d’Akt est associé à un grade tumoral élevé, à un stade avancé de la maladie et à un pronostic péjoratif.

L’activation d’Akt-PI3K est indépendante du statut VHL. En revanche, les anomalies liées à PTEN, observées dans environ 20 % des cancers du rein (délétion, mutation) participent à l’activation de PI3K (la fonction normale de PTEN étant d’atténuer l’activité de PI3K) [45].

Si des molécules ont fait leurs preuves dans la modulation d’amont (comme les inhibiteurs du VEGF et de leurs récepteurs) ou d’aval (inhibiteurs de mTOR) d’Akt-PI3K dans le cancer du rein, des inhibiteurs spécifiques d’Akt ou de PI3K sont en phases précoces de développement, au niveau préclinique ou en phase 1. Il n’a pas encore été rapporté d’activité clinique dans le cancer du rein mais les bases rationnelles pour poursuivre les développements sont bien établies. Le LY294002 et le GCG-0941 sont des inhibiteurs spécifiques de PI3K (ayant peu d’activité sur mTor) en cours d’étude en phase 1 [46]. L’identification de caractéristiques biologiques particulières comme des mutations de PI3K ou une perte de fonctionnalité de PTEN sont probablement des caractéristiques influant sur l’activité de ces molécules dans le cancer du rein. Ces molécules sont de plus synergiques avec la plupart des antiangiogéniques modulant le VEGF.

Voie Hedgehog

La voie de signalisation Hedgehog (Hh) est un médiateur essentiel du développement embryonnaire [47]. L’activation de cette voie est initiée par la liaison de Hh à son récepteur, patched (PTCH). PTCH est une protéine transmembranaire. Il est probable, qu’en l’absence de Hh, PTCH inhibe la fonction de la protéine membranaire Smoothened (Smo). La liaison de Hh à son récepteur PTCH lève l’inhibition de PTCH sur Smo, permettant alors à Smo d’activer une cascade de signalisation intracellulaire [48]. Pour rendre encore plus complexe ces phénomènes de régulation, suppressor of fused ou Su(Fu) semble jouer un rôle dans la régulation négative de la voie Hh. Finalement, le signal de la voie Hh est transmis à trois effecteurs, les facteurs de transcription appelés glioma-associated oncogene homologue 1 (Gli1), Gli2 et Gli3. Ces molécules vont réguler l’expression de gènes cibles, par liaison à des sites spécifiques du promoteur de ces gènes. Gli1 et Gli2 sont des transactivateurs des gènes ciblés par cette voie, alors que Gli3 semble agir comme un élément répresseur.

Des activations aberrantes de la voie de Hh dans les tumeurs ont été identifiées et sont causées par des mutations observées dans la cascade de signalisation (ligand-independante) ou par une surexpression de Hh (mécanisme ligand-dependant).

La voie Hh engage la cellule vers l’absence de phase d’arrêt pendant son cycle cellulaire et la résistance à l’apoptose. Ces observations suggèrent que le rôle de la voie Hh est l’une des étapes essentielles de la carcinogenèse tumorale.

La voie Hh est activée dans les carcinomes cutanés de type basocellulaire mais également dans de nombreux types tumoraux extracutanés, incluant les tumeurs cérébrales, digestives (pancréas, voies biliaires, côlon), prostatiques, pulmonaires, mammaires et rénales [49].

Des publications récentes soulignent l’importance du rôle de Hh dans le maintien de la prolifération des cellules souches tumorales. La nature même de ces cellules souches nécessite l’activation constitutive de signaux impliqués dans le développement, comme la voie Hh, pour amplifier cette population cellulaire. Hh est une étape cruciale pour assurer le renouvellement des cellules souches gliales CD133+, en raison de sa capacité à réguler de nombreux gènes impliqués dans leur homéostasie.

La manipulation de la voie Hh à visée antitumorale fait aujourd’hui l’objet de nombreux développements, des programmes de criblage de molécules agonistes ou antagonistes ayant été mis en place. La mise à disposition récente de petites molécules inhibitrices, mais également d’autres outils incluant des anticorps monoclonaux, souligne l’importance de cette voie de signalisation dans de nombreuses tumeurs. Récemment, le GDC-0449 a fait l’objet de développements cliniques intéressants. Cette molécule est également issue d’un large screening réalisé in vitro et possède des propriétés pharmacologiques intéressantes qui la différencient des autres molécules, garce à son inhibition spécifique de Smo [50].

Des inhibiteurs de Gli1 ont également été isolés. Deux petites molécules inhibitrices inhibent la fonction nucléaire de Gli1. Un autre agent est capable d’interférer avec la liaison de Gli1 avec l’ADN. Des anticorps monoclonaux dirigés contre Hh sont à l’étude et ont démontré une action antiproliférative sur diverses lignées [51].

Une étude récente a démontré que l’agressivité des lignées de carcinome rénal était corrélée à de hauts niveaux d’expression de neuropiline-1 en régulant l’expression de Hh. De plus, il a été démontré dans un modèle murin que l’hypoxie était capable d’activer la voie Hh, cet effet étant médié par HIF-1α [11]. Ces données constituent un rationnel à l’utilisation des modulateurs de Hh dans le carcinome rénal. À ce jour, aucun signe d’activité n’a été rapporté dans les phases 1. La synergie avec des inhibiteurs du VEGF, comme le bevacizumab, est également en cours d’exploration.

Conclusion

L’historique du développement des thérapies ciblées dans le cancer du rein révèle le caractère angulaire de ce modèle tumoral. En agissant sur les mécanismes de l’oncogenèse ou du processus favorisant la progression tumorale, ces médicaments anticancéreux induisent une fragilité tumorale. Cette démarche construite se démarque des chimiothérapies cytotoxiques qui agissent uniquement sur la conséquence du développement tumoral : la prolifération tumorale [52].

Les exemples de perspectives de développements thérapeutiques dans le carcinome rénal cités dans cette revue ne sont pas exhaustifs. D’autres voies sont (ou seront explorées) comme elles le sont dans d’autres tumeurs solides. Ainsi, les modulateurs de l’IGF-1 et de son récepteur [53] et les inhibiteurs d’HSP90 de deuxième génération [54] sont deux voies pour lesquelles les outils pharmacologiques sont déjà nombreux. Des modèles précliniques servent de plus de rationnel pour l’association de ces molécules entre elles, en particulier dans le cancer du rein. Citons, par exemple, la synergie observée in vivo entre la rapamycine et ses dérivés et les inhibiteurs du récepteur à l’IGF-1. Enfin les vascular disrupting agents [55] sont des molécules dont le développement dans le carcinome rénal sera sans doute important. Ces molécules, représentées par leur chef de file, la combretastatine, ont des effets directs sur les cellules endothéliales en inhibant des constituants de leur cytosquelette, en particulier la tubuline. Capables d’agir en quelques minutes en induisant de larges nécroses tumorales sur des tumeurs de grand volume, les molécules de deuxième génération (comme le ZD6126), dont la toxicité cardiaque paraît moindre, sont en cours d’études de phase 1, testées seules ou en association.

Enfin, un vaste effort de recherche pluridisciplinaire sur la pharmacodynamie des thérapies ciblées reste à entreprendre. L’étude de la réponse antitumorale doit être associée à l’étude de la réponse des organes et tissus physiologiques avant et pendant le déroulement des essais thérapeutiques. Elle doit inclure des spécialistes d’organes et des structures de recherches dédiées. Cette étape est l’une des conditions sine qua none du futur développement raisonné de nouvelles thérapies ou d’associations. L’exemple de l’association du sunitinib et du bevacizumab [56], ayant exposé les patients à des événements indésirables graves à type de microangiopathies thrombotiques sévères, est assez révélateur des risques importants de l’association de deux thérapeutiques ciblées ayant un spectre d’activité similaire.

Conflits d’intérêts

non renseigné.

Références

1 Bellmunt J, Guix M. The medical management of metastatic renal cell carcinoma: integrating new guidelines and recommendations. BJU Int 2009 ; 103 : 572-7.

2 Faivre S, Delbaldo C, Vera K, Robert C, Lozahic S, Lassau N, et al. Safety, pharmacokinetic, and antitumor activity of SU11248, a novel oral multitarget tyrosine-kinase inhibitor, in patients with cancer. J Clin Oncol 2006 ; 24 : 25-35.

3 Yang JC. Bevacizumab for patients with metastatic renal cancer: an update. Clin Cancer Res 2004 ; 10 : 6367S-6370S.

4 Rixe O, Bukowski RM, Michaelson MD, Wilding G, Hudes GR, Bolte O, et al. Axitinib treatment in patients with cytokine-refractory metastatic renal-cell cancer: a phase 2 study. Lancet Oncol 2007 ; 8 : 975-84.

5 Motzer RJ, Hutson TE, Tomczak P, Michaelson MD, Bukowski RM, Rixe O, et al. Sunitinib versus interferon alfa in metastatic renal-cell carcinoma. N Engl J Med 2007 ; 356 : 115-24.

6 Escudier B, Eisen T, Stadler WM, Szczylik C, Oudard S, Siebels M, et al. TARGET Study Group. Sorafenib in advanced clear-cell renal-cell carcinoma. N Engl J Med 2007 ; 356 : 125-34.

7 Escudier B, Pluzanska A, Koralewski P, Ravaud A, Bracarda S, Szczylik C, et al. AVOREN Trial investigators. Bevacizumab plus interferon alfa-2a for treatment of metastatic renal cell carcinoma: a randomised, double-blind phase 3 trial. Lancet 2007 ; 370 : 2103-11.

8 Kelly RJ, Billemont B, Rixe O. Renal toxicity of targeted therapies. Target Oncol 2009 ; 4 : 121-33 ; [Epub 2009 May 6].

9 Rini BI, Campbell SC, Escudier B. Renal cell carcinoma. Lancet 2009 ; 373 : 1119-32.

10 Ahmed Z, Bicknell R. Angiogenic signalling pathways. Methods Mol Biol 2009 ; 467 : 3-24.

11 Cao Y, Wang L, Nandy D, Zhang Y, Basu A, Radisky D, et al. Neuropilin-1 upholds dedifferentiation and propagation phenotypes of renal cell carcinoma cells by activating Akt and sonic hedgehog axes. Cancer Res 2008 ; 68 : 8667-72.

12 Soker S, Takashima S, Miao HQ, Neufeld G, Klagsbrun M. Neuropilin-1 is expressed by endothelial and tumor cells as an isoform-specific receptor for vascular endothelial growth factor. Cell 1998 ; 92 : 735-45.

13 Pan Q, Chanthery Y, Liang WC, Stawicki S, Mak J, Rathore N, et al. Blocking neuropilin-1 function has an additive effect with anti-VEGF to inhibit tumor growth. Cancer Cell 2007 ; 11 : 53-67.

14 Fischer C, Mazzone M, Jonckx B, Carmeliet P. FLT1 and its ligands VEGFB and PlGF: drug targets for anti-angiogenic therapy? Nat Rev Cancer 2008 ; 8 : 942-56.

15 Roskoski Jr. R. VEGF receptor protein-tyrosine-kinases: structure and regulation. Biochem Biophys Res Commun 2008 ; 375 : 287-91.

16 Lewis CE, De Palma M, Naldini L. Tie2-expressing monocytes and tumor angiogenesis: regulation by hypoxia and angiopoietin-2. Cancer Res 2007 ; 67 : 8429-32.

17 Hu B, Cheng SY. Angiopoietin-2: development of inhibitors for cancer therapy. Curr Oncol Rep 2009 ; 11 : 111-6.

18 De Palma M, Murdoch C, Venneri MA, Naldini L, Lewis CE. Tie2-expressing monocytes: regulation of tumor angiogenesis and therapeutic implications. Trends Immunol 2007 ; 28 : 519-24.

19 Galaup A, Cazes A, Le Jan S, Philippe J, Connault E, Le Coz E, et al. Angiopoietin-like 4 prevents metastasis through inhibition of vascular permeability and tumor cell motility and invasiveness. Proc Natl Acad Sci USA 2006 ; 103 : 18721-6.

20 Andrae J, Gallini R, Betsholtz C. Role of platelet-derived growth factors in physiology and medicine. Genes Dev 2008 ; 22 : 1276-312.

21 Rixe O, Bukowski RM, Michaelson MD, Wilding G, Hudes GR, Bolte O, et al. Axitinib treatment in patients with cytokine-refractory metastatic renal-cell cancer: a phase 2 study. Lancet Oncol 2007 ; 8 : 975-84 ; [Epub 2007 Oct 23].

22 Kopan R, Ilagan MX. The canonical Notch signaling pathway: unfolding the activation mechanism. Cell 2009 ; 137 : 216-33.

23 Phng LK, Gerhardt H. Angiogenesis: a team effort coordinated by Notch. Dev Cell 2009 ; 16 : 196-208.

24 Yan M, Plowman GD. Delta-like 4/Notch signaling and its therapeutic implications. Clin Cancer Res 2007 ; 13 : 7243-6.

25 Brigstock DR. The CCN family: a new stimulus package. J Endocrinol 2003 ; 178 : 169-75.

26 Enbäck J, Laakkonen P. Tumour-homing peptides: tools for targeting, imaging and destruction. Biochem Soc Trans 2007 ; 35 : 780-3.

27 Laakkonen P, Zhang L, Ruoslahti E. Peptide targeting of tumor lymph vessels. Ann N Y Acad Sci 2008 ; 1131 : 37-43.

28 Eder JP, Vande Woude GF, Boerner SA, LoRusso PM. Novel therapeutic inhibitors of the c-Met signaling pathway in cancer. Clin Cancer Res 2009 ; 15 : 2207-14.

29 Rosner I, Bratslavsky G, Pinto PA, Linehan WM. The clinical implications of the genetics of renal cell carcinoma. Urol Oncol 2009 ; 27 : 131-6.

30 Weidemann A, Johnson RS. Biology of HIF-1alpha. Cell Death Differ 2008 ; 15 : 621-7.

31 Semenza GL. Regulation of cancer cell metabolism by hypoxia-inducible factor 1. Semin Cancer Biol 2009 ; 19 : 12-6.

32 Richard S, Ladroue C, Gad S, Giraud S, Gardie B, Réseau national maladie de VHL et prédispositions héréditaires au cancer du rein de l’Institut national du cancer (INCa). Genetics and angiogenesis: the example of von Hippel-Lindau disease. Bull Cancer 2007 ; 94 : S170-S1S9.

33 Greenberger LM, Horak ID, Filpula D, Sapra P, Westergaard M, Frydenlund HF, et al. A RNA antagonist of hypoxia-inducible factor-1alpha, EZN-2968, inhibits tumor cell growth. Mol Cancer Ther 2008 ; 7 : 3598-608.

34 Rosenberg SA. Progress in human tumour immunology and immunotherapy. Nature 2001 ; 411 : 380-4.

35 Waldmann TA, Dubois S, Tagaya Y. Contrasting roles of IL-2 and IL-15 in the life and death of lymphocytes: implications for immunotherapy. Immunity 2001 ; 14 : 105-10.

36 Wolchok JD, Saenger Y. The mechanism of anti-CTLA-4 activity and the negative regulation of T-cell activation. Oncologist 2008 ; 13 : 2-9.

37 Yang JC, Hughes M, Kammula U, Royal R, Sherry RM, Topalian SL, et al. Ipilimumab (anti-CTLA4 antibody) causes regression of metastatic renal cell cancer associated with enteritis and hypophysitis. J Immunother 2007 ; 30 : 825-30.

38 Dudley ME, Yang JC, Sherry R, Hughes MS, Royal R, Kammula U, et al. Adoptive cell therapy for patients with metastatic melanoma: evaluation of intensive myeloablative chemoradiation preparative regimens. J Clin Oncol 2008 ; 26 : 5233-9.

39 http://clinicaltrials.gov/ct2/show/NCT00870389?term=yang+renal&rank=9.

40 Childs R, Chernoff A, Contentin N, Bahceci E, Schrump D, Leitman S, et al. Regression of metastatic renal-cell carcinoma after nonmyeloablative allogeneic peripheral-blood stem-cell transplantation. N Engl J Med 2000 ; 343 : 750-8.

41 Bay JO, Choufi B, Tournilhac O, Faucher C, Blaise D. Allogeneic hematopoietic cell transplantation in solid tumors. Bull Cancer 2001 ; 88 : 900-7.

42 http://clinicaltrials.gov/ct2/show/NCT00641485?term=fowler+renal

43 Foley JE, Jung U, Miera A, Borenstein T, Mariotti J, Eckhaus M, et al. Ex vivo rapamycin generates donor Th2 cells that potently inhibit graft-versus-host disease and graft-versus-tumor effects via an IL-4-dependent mechanism. J Immunol 2005 ; 175 : 5732-43.

44 Kane LP, Weiss A. The PI-3 kinase/Akt pathway and T cell activation: pleiotropic pathways downstream of PIP3. Immunol Rev 2003 ; 192 : 7-20.

45 Figlin RA, Seligson D, Wu H, et al. Characterization of the mTOR pathway in renal cell carcinoma and its use in predicting patient selection for agents targeting this pathway. J Clin Oncol 2005 ; 23 (16 Suppl.) ; (Abstract 4539).

46 Park JY, Lin PY, Weiss RH. Targeting the PI3K-Akt pathway in kidney cancer. Expert Rev Anticancer Ther 2007 ; 7 : 863-70.

47 Fietz MJ, Concordet JP, Barbosa R, Johnson R, Krauss S, McMahon AP, et al. The hedgehog gene family in Drosophila and vertebrate development. Dev Suppl 1994 : 43-51.

48 Kalderon D. Transducing the hedgehog signal. Cell 2000 ; 103 : 371-4.

49 Jiang J, Hui CC. Hedgehog signaling in development and cancer. Dev Cell 2008 ; 15 : 801-12.

50 Williams JA, Guicherit OM, Zaharian BI, Xu Y, Chai L, Wichterle H, et al. Identification of a small molecule inhibitor of the hedgehog signaling pathway: effects on basal cell carcinoma-like lesions. Proc Natl Acad Sci USA 2003 ; 100 : 4616-21.

51 Xie J. Hedgehog signaling pathway: development of antagonists for cancer therapy. Curr Oncol Rep 2008 ; 10 : 107-13.

52 Kitano H. A robustness-based approach to systems-oriented drug design. Nat Rev Drug Discov 2007 ; 6 : 202-10 ; [Epub 2007 Feb 23].

53 Rosendahl AH, Holly JM, Celander M, Forsberg G. Systemic IGF-I administration stimulates the in vivo growth of early, but not advanced, renal cell carcinoma. Int J Cancer 2008 ; 123 : 1286-91.

54 Ronnen EA, Kondagunta GV, Ishill N, Sweeney SM, Deluca JK, Schwartz L, et al. A phase 2 trial of 17-(Allylamino)-17-demethoxygeldanamycin in patients with papillary and clear cell renal cell carcinoma. Invest New Drugs 2006 ; 24 : 543-6.

55 Beerepoot LV, Radema SA, Witteveen EO, Thomas T, Wheeler C, Kempin S, et al. Phase 1 clinical evaluation of weekly administration of the novel vascular-targeting agent, ZD6126, in patients with solid tumors. J Clin Oncol 2006 ; 24 : 1491-8.

56 Soria JC, Massard C, Izzedine H. From theoretical synergy to clinical supra-additive toxicity. J Clin Oncol 2009 ; 27 : 1359-61 [Epub 2009 Feb 17].


 

Qui sommes-nous ? - Contactez-nous - Conditions d'utilisation - Paiement sécurisé
Actualités - Les congrès
Copyright © 2007 John Libbey Eurotext - Tous droits réservés
[ Informations légales - Powered by Dolomède ]