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Les cancers du cavum juvéniles : aspects anatomocliniques, biologiques, thérapeutiques et évolutifs


Bulletin du Cancer. Volume 97, Numéro 4, 427-33, avril 2010, Synthèse

DOI : 10.1684/bdc.2010.1087

Résumé   Summary  

Auteur(s) : N Toumi, M Frikha, W Siala, A Khabir, H Karray, T Boudawara, R Mokded Gargouri, M Ghorbel, J Daoud , Service de carcinologie médicale, CHU Habib-Bourguiba, 3029 Sfax, Tunisie, Service de carcinologie radiothérapie, CHU Habib-Bourguiba, 3029 Sfax, Tunisie, Service d’anatomie et de cytologie pathologique, CHU Habib-Bourguiba, 3029 Sfax, Tunisie, Service de microbiologie, CHU Habib-Bourguiba, 3029 Sfax, Tunisie, Centre de biotechnologie de Sfax, Tunisie, Service ORL, CHU Habib-Bourguiba, 3029 Sfax, Tunisie, Arome (Association de radiothérapie et d’oncologie de la Méditerranée), www.aromecancer.org.

Résumé : Le cancer du nasopharynx (CNP) représente une des tumeurs épithéliales les plus fréquentes de l’enfant et de l’adolescent dans les régions à risque intermédiaire. Dans les pays du Maghreb, il représente le premier cancer des adolescents âgés de 15 à 20 ans. L’Epstein-Barr virus (EBV) est le facteur étiologique le plus important. Son rôle dans la pathogenèse du CNP a été confirmé par plusieurs études. Chez les jeunes patients, le taux des anticorps anti-EBV est souvent peu élevé par rapport à celui observé chez les adultes. De même, le taux de cellules exprimant la LMP1 est beaucoup plus élevé. Le carcinome indifférencié de type nasopharyngé (UCNT) représente le type histologique le plus fréquent. L’étude immunohistochimique (IHC) des CNP juvéniles nord-africains est caractérisée par une faible expression de Bcl-2 et de p53 et une forte expression de LMP1 et de c-kit, ce qui les fait distinguer des formes de l’adulte. Sur le plan clinique, l’atteinte ganglionnaire cervicale est quasi constante avec une extension locorégionale très importante ainsi qu’à distance. Plus de 15 % des patients sont métastatiques au diagnostic notamment au niveau osseux. Le traitement repose essentiellement sur la radiothérapie. Seules des études rétrospectives ont été publiées pour déterminer l’intérêt, le type et le timing de la chimiothérapie dans la prise en charge des CNP juvéniles. La dose de radiothérapie reste un sujet de controverse surtout que les doses élevées se sont accompagnées d’une toxicité tardive invalidante. Les rechutes métastatiques constituent la cause principale de décès chez ces jeunes patients. Une amélioration du pronostic peut être attendue en associant de façon concomitante la chimiothérapie à la radiothérapie avec modulation d’intensité. Cependant, desétudes randomisées multi-institutionnelles sont nécessaires pour standardiser le traitement des CNP juvéniles.

Mots-clés : carcinome du nasopharynx, enfants, extension, chimiothérapie, radiothérapie, complications

ARTICLE

Auteur(s) : N Toumi1, M Frikha1,7, W Siala2, A Khabir3, H Karray4, T Boudawara3, R Mokded Gargouri5,7, M Ghorbel6, J Daoud2,7

1Service de carcinologie médicale, CHU Habib-Bourguiba, 3029 Sfax, Tunisie
2Service de carcinologie radiothérapie, CHU Habib-Bourguiba, 3029 Sfax, Tunisie
3Service d’anatomie et de cytologie pathologique, CHU Habib-Bourguiba, 3029 Sfax, Tunisie
4Service de microbiologie, CHU Habib-Bourguiba, 3029 Sfax, Tunisie
5Centre de biotechnologie de Sfax, Tunisie
6Service ORL, CHU Habib-Bourguiba, 3029 Sfax, Tunisie
7Arome (Association de radiothérapie et d’oncologie de la Méditerranée), www.aromecancer.org

Introduction

Les cancers pédiatriques sont dominés par les tumeurs embryonnaires qui prennent naissance soit au niveau du système lymphohématopoïétique, soit au niveau du système neuroendocrine.

Le cancer du nasopharynx (CNP) constitue une exception notable et représente une des tumeurs épithéliales les plus fréquentes de l’enfant [1].

La première description de cette maladie a été faite, en Tunisie, il y a plus de 30 ans [2]. Depuis, plusieurs autres cas ont été rapportés dans les autres pays du Maghreb et du pourtour méditerranéen (Algérie, Maroc, Grèce, Turquie) [3-5]. De même, les CNP juvéniles ont été décrits dans certains pays asiatiques et chez les Noirs-Américains [6, 7].

Cette entité présente certaines spécificités épidémiologiques, anatomocliniques, biologiques et évolutives qui les distinguent du cancer du cavum de l’adulte. Cependant, les principes du traitement sont les mêmes et sont basés sur la radiothérapie externe. Les résultats thérapeutiques sont généralement équivalents au prix d’une toxicité notamment tardive beaucoup plus importante chez l’enfant [8].

Épidémiologie

L’incidence mondiale du cancer du cavum est faible (0,5-2/100 000 habitants/an) [9]. Cependant, elle présente des variations considérables en fonction de l’ethnie et de l’origine géographique. L’incidence annuelle est élevée (15-50/100 000 habitants) en Asie du Sud-Est [10], intermédiaire (1,6-9/100 000 habitants) dans les pays du pourtour méditerranéen essentiellement les pays de l’Afrique du Nord [11, 12] et faible (< 1/100 000 habitants) dans les pays occidentaux [9].

Dans les pays endémiques, le pic de fréquence se voit après 40 ans et la forme juvénile est très rare et ne représente que moins de 1 % de l’ensemble des cancers pédiatriques [13, 14]. Dans les régions à risque intermédiaire, on observe une répartition bimodale avec un premier pic entre 10 et 20 ans et un second entre 40 et 60 ans [4, 6-8, 15]. Dans le sud tunisien, le CNP juvénile représente 18 % de l’ensemble des cancers du cavum [8]. Dans les pays du Maghreb, le CNP constitue 10 % de l’ensemble des cancers pédiatriques et représente le premier cancer des adolescents âgés de 15 à 20 ans [16]. L’atteinte masculine est plus fréquente et le sex-ratio est de 2-3 : 1 [3-6, 8].

Étiopathogénie

Les variations géographiques et ethniques du cancer du cavum ont suggéré la présence d’agents infectieux, de facteurs environnementaux et génétiques responsables de la maladie.

Facteurs infectieux

L’Epstein-Barr virus (EBV) est un des facteurs étiologiques les plus importants, son rôle dans la pathogenèse du CNP a été confirmé par plusieurs études et se base sur la présence d’une sérologie anti-EBV élevée et la présence du génome viral dans les cellules tumorales.

L’EBV infecte les cellules épithéliales nasopharyngées et se maintient le plus souvent dans sa phase de latence. Il exprime ainsi les gènes impliqués dans cette phase tels que les EBER (Epstein-Barr encoded RNA), l’EBNA 1 (Epstein-Barr nuclear antigen 1) et la LMP1 (latent membrane protein 1). Toutes ces particules virales ont une activité oncogénique in vitro et sont impliquées dans le phénotype malin des cellules de CNP in vivo [17].

Le profil sérologique anti-EBV associe une élévation des IgG et IgA anti-EA (early antigen), IgG et IgA anti-VCA (viral capsid antigen) et IgG anti-EBNA.

Chez les jeunes patients, le taux de ces anticorps est souvent peu élevé par rapport à celui observé chez les patients adultes témoignant ainsi du faible pourcentage de cellules tumorales entrant dans le cycle lytique de l’EBV [18]. De même, le taux de cellules exprimant la LMP1 est beaucoup plus élevé dans cette population pédiatrique [17].

Facteurs environnementaux

Ils sont dominés par les facteurs diététiques. En effet, plusieurs études ont suggéré le rôle de la consommation des poissons séchés et salés dans les régions Sud-Est asiatiques dans la genèse des CNP [19]. Dans les pays du Maghreb, la consommation de graisse animale séchée ainsi que de la viande séchée et conservée (Kaddid), notamment pendant l’enfance, semble êtrecorrélée à un risque élevé de CNP [20]. Le rôle de l’intoxication alcoolotabagique reste controversé, elleest responsable le plus souvent de carcinome épidermoïde bien différencié.

Facteurs génétiques

Dans les zones à haut risque, plusieurs cas d’agrégation familiale ont été rapportés, suggérant une prédisposition génétique. En effet, des altérations géniques ont été mises en évidence en 1q, 3p, 9p, 11q, 13q, 14q et 16q chez les patients atteints de CNP. Dans le pourtour méditerranéen, ces altérations sont beaucoup plus prononcées en 1q et 13q [21]. De même, certains profils HLA se sont accompagnés d’une augmentation du risque de CNP. Les allèles sont cependant différents entre l’Extrême-Orient (A2, B46) et l’Afrique du Nord (A23, B13). Par ailleurs, d’autres allèles sont accompagnés d’un effet protecteur notamment l’A11-B22 dans le sud de la Chine et l’A9-DR11 dans l’Afrique du Nord [22].

Marqueurs de prolifération et d’apoptose

L’étude, par immunohistochimie, de plusieurs protéines impliquées dans la prolifération cellulaire et l’apoptose a montré l’implication de ces protéines dans la genèse des CNP et la variation de leur expression en fonction de l’âge. En effet, les CNP juvéniles nord-africains sont caractérisés par une forte expression de LMP1 [17] et de c-kit [23], et d’une faible expression de Bcl-2 [24], ce qui les fait distinguer de la forme adulte. L’expression de LMP1 est étroitement corrélée à celle de la COX-2 aussi bien chez l’adulte que chez l’enfant [25]. De même, la protéine p53 est surexprimée dans les CNP de l’adulte (80 %), alors qu’elle n’est présente que dans 38 % des CNP juvéniles [26]. Sur le plan génomique, la présence d’une homozygotie proline-proline dans le codon 72 du gène p53 est associée à une augmentation du risque de CNP [27].

Anatomopathologie

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) subdivise les carcinomes du nasopharynx en trois types en fonction de la différentiation et de la présence de kératine [28] :
  • OMS I : carcinome kératinisant bien différencié : il est caractérisé par une différentiation squameuse évidente avec des ponts intercellulaires et des dépôts de kératine. Ce type est rare dans les zones endémiques, et il est beaucoup plus fréquent dans les pays occidentaux où il est lié à l’intoxication alcoolotabagique. Par ailleurs, il est quasi inexistant chez l’enfant et chez l’adolescent ;
  • OMS II : carcinome différencié non kératinisant : ladifférentiation squameuse n’est pas nette avec présence de ponts intercellulaires mais sans aucune évidence de kératinisation ;
  • OMS III : carcinome indifférencié de type nasopharyngé (UCNT) : les cellules tumorales représentent un aspect syncitial et sont déposées en amas irréguliers au sein d’un stroma lymphoïde.

Les carcinomes peu différenciés et indifférenciés sont beaucoup plus fréquents dans les zones à risque intermédiaire et élevé où ils sont le plus souvent associés à l’infection par EBV [22].

Dans les CNP juvéniles, l’UCNT (OMS III) représente le type histologique le plus fréquent (70-100 %) [3, 6]. En Tunisie, le carcinome épidermoïde différencié non kératinisant (OMS II) est aussi fréquent et représente 50 à 60 % de l’ensemble des CNP pédiatriques [8, 24].

L’étude immunohistochimique (IHC) est d’un grand apport dans la confirmation du diagnostic de carcinome indifférencié en montrant une positivité constante pour la cytokératine et l’antigène de membrane épithéliale (EMA) et permettant d’éliminer les autres diagnostics différentiels notamment les lymphomes.

Histoire naturelle

Les adénopathies cervicales représentent la circonstance de découverte la plus fréquente des CNP suivies par les signes rhinologiques, otologiques et neurologiques [9].

Dans la population pédiatrique, 80 à 100 % des patients présentent une atteinte ganglionnaire au moment du diagnostic, cette atteinte est le plus souvent sous forme d’un bulky cervical (N3) [3, 8, 29-31]. Cependant, ce taux n’excède pas les 70 % chez les adultes atteints de CNP [8, 9].

Une fois le diagnostic suspecté sur les arguments cliniques, l’examen du cavum par nasofibroscopie directe s’impose. Il permet de visualiser la tumeur avec ses extensions possibles et de réaliser une biopsie dirigée. L’examen clinique doit inclure un examen du cou pour préciser la taille et la localisation des ganglions cervicaux quasi présents dans les CNP de l’enfant [8, 30], ainsi qu’un examen neurologique à la recherche d’une atteinte des nerfs crâniens qui peut s’observer dans 10 à 20 % des cas. L’examen clinique doit aussi apprécier l’état général et rechercher des symptômes suggestifs de métastases ou de syndromes paranéoplasiques [22].

Le bilan d’extension locorégionale doit comporter un scanner et/ou une IRM du cavum et du cou qui doit s’étendre de la base du crâne jusqu’aux creux sus-claviculaires. L’IRM permet une meilleure évaluation de l’extension tumorale dans les tissus mous adjacents notamment les espaces parapharyngés et rétropharyngés, les ganglions, les nerfs et les vaisseaux. Par ailleurs, le scanner est beaucoup plus performant pour détecter les atteintes osseuses.

Le bilan d’extension à distance doit comporter une radiographie du thorax, une échographie abdominale et une scintigraphie osseuse. En effet, plus de 15 % des jeunes atteints de CNP sont métastatiques au diagnostic notamment au niveau osseux [8, 29]. Par ailleurs, ce taux ne dépasse pas les 10 % dans la population adulte atteinte de CNP [9].

Au terme de ce bilan, la maladie est classée selon la classification TNM AJCC (American Joint Committee on Cancer) 2002.

Les CNP juvéniles sont caractérisés par une extension locorégionale très importante. En effet, 50 à 85 % des patients se présentent avec une tumeur classée T3-T4 et/ou N2-N3 [3, 8, 29, 30].

L’évolution après traitement est caractérisée par un excellent contrôle local et par des rechutes métastatiques fréquentes et assez précoces. En effet, dans une série récente du sud tunisien, 33 % des patients ont présenté une rechute métastatique notamment osseuse dont 84 % à la première année du diagnostic. Ce taux ne dépassait pas les 25 % chez la population adulte traitée durant la même période [8]. Plusieurs facteurs pronostiques ont été identifiés pour les CNP de l’adulte. Dans la population juvénile, seule l’atteinte ganglionnaire cervicale massive (N3) a été retrouvée comme facteur pronostique indépendant aussi bienpour la survie globale que pour la survie sans maladie [31].

Traitement

Depuis plusieurs années, la radiothérapie externe constitue la base du traitement des patients atteints de CNP. Cependant, pour les stades localement avancés, les résultats sont décevants avec des taux de rechutes locorégionales et à distance assez élevés [9]. En situation palliative, la chimiothérapie a prouvé son intérêt avec des taux de réponses objectives dépassant les 75 % [32, 33]. Sa place dans la prise en charge des CNP non métastatiques de l’adulte a été étudiée dans plusieurs essais randomisés. Pour la forme juvénile et vu la rareté de la maladie, aucune étude randomisée n’a été réalisée et la majorité des études publiées sont des analyses rétrospectives avec souvent un faible effectif [3, 8, 29, 30].

La chimiothérapie adjuvante à la radiothérapie locorégionale n’a pas montré de bénéfice dans deux études randomisées [34, 35]. L’association d’une chimiothérapie néoadjuvante à la radiothérapie a prouvé sa supériorité par rapport à la radiothérapie seule en termes de survie sans récidive mais pas en termes de survie globale [36, 37]. Les forts taux de réponses objectives à la chimiothérapie première aussi bien dans la population adulte [38, 39] que dans la population pédiatrique [4, 8] ont amené les investigateurs à proposer cette stratégie pour les jeunes patients avec des tumeurs localement avancées, afin de réduire les masses cervicales avant la radiothérapie, et d’agir précocement sur la maladie micrométastatique [6, 8, 29, 40]. Malgré cette chimiosensibilité, les métastases à distance représentent la principale cause d’échec thérapeutique notamment chez les enfants avec des taux qui varient de 10 à 33 %, alors que le contrôle locorégional est assuré dans 85 à 100 % des cas [3, 6, 8, 29]. Ces constatations ont été confirmées récemment par une large série multicentrique de 165 enfants atteints de CNP. En effet, les patients traités par l’association de radiothérapie et de chimiothérapie (qui était dans 80 % des cas néoadjuvante) avaient une meilleure survie sans rechute locale (p = 0,001), sans rechute locorégionale (p = 0,007) et sans maladie (p = 0,02) par rapport à ceux traités par radiothérapie exclusive. Cependant, il n’y avait pas de différence significative en termes desurvie sans métastases à distance et de survie globale [31].

Récemment, plusieurs études randomisées ont démontré une amélioration significative aussi bien de la survie globale que de la survie sans maladie avec la chimioradiothérapie concomitante associée ou non à une chimiothérapie adjuvante par rapport à la radiothérapie exclusive dans les CNP de l’adulte [41-44]. Cela a été confirmé par la méta-analyse de Baujat qui a démontré le bénéfice apporté par la chimioradiothérapie concomitante [45]. Dans la population pédiatrique, certains auteurs ont rapporté, dans des études rétrospectives, une amélioration de la survie en utilisant la chimioradiothérapie concomitante. Cependant, sa place doit être confirmée par des études prospectives randomisées notamment pour évaluer les toxicités aussi bien aiguës que tardives.

Plusieurs protocoles de chimiothérapie ont été utilisés dans le traitement des CNP, ceux à base de cisplatine ont donné les meilleurs taux de survie [4, 8, 39, 40].

Avec la radiothérapie exclusive, les taux de contrôle local varient de 65 à 75 % pour les enfants irradiés à des doses supérieures à 65 Gy. La dose optimale de radiothérapie reste toujours controversée notamment lorsqu’elle est associée à une chimiothérapie. Wolden et al. [46] ainsi qu’Ozyar et al. [31] ont rapporté une augmentation significative des rechutes locorégionales avec des doses inférieures à 65 Gy. Cela a été confirmé par deux autres études qui ont montré une baisse significative de la survie globale et sans maladie avec des doses inférieures à 60 Gy [6, 47]. La désescalade de dose est associée à des taux élevés de rechutes locorégionales et ne doit pas donc être recommandée pour le CNP juvénile malgré une morbidité, parfois sévère. En effet, les toxicités tardives de la radiothérapie peuvent inclure des troubles endocriniens, des fibroses cutanées et sous-cutanées, des problèmes dentaires, des déformations osseuses, des infections récurrentes et des cancers secondaires [3, 4, 6, 8, 48, 49]. Par ailleurs, certains auteurs ont rapporté, dans une étude rétrospective, la possibilité de réduire la dose de radiothérapie à 50 Gy pour les bons répondeurs à la chimiothérapie néoadjuvante [50]. Ces résultats doivent être confirmés par d’autres études notamment prospectives.

La radiothérapie accélérée et/ou hyperfractionnée a amélioré de façon significative la survie globale des patients atteints de cancers de la sphère ORL, cependant son intérêt dans le cancer du cavum n’a pas été démontré. En effet, dans une étude randomisée comparant, chez des patients jeunes et adultes, la radiothérapie conventionnelle à la radiothérapie bifractionnée avec split course, aucune différence significative en termes de survie n’a été observée [51]. Par ailleurs, les nouvelles techniques d’irradiations (radiothérapie conformationnelle, radiothérapie avec modulation d’intensité) permettent une meilleure distribution des doses avec augmentation de la dose reçue au niveau tumoral tout en épargnant au maximum les tissus sains. Elles sont donc associées avec un bon contrôle local et surtout une réduction du taux de complications tardives, ce qui constitue une grande avancée pour la prise en charge des patients jeunes [52, 53]. Cependant, la plupart des études utilisant ces techniques innovantes manquent de recul suffisant.

Afin d’améliorer les résultats thérapeutiques, surtout pour les formes localement avancées, et en connaissant la relation intime des CNP avec l’infection à EBV, certains auteurs ont associé l’immunothérapie par l’interféron bêta à la chimioradiothérapie et ont rapporté des taux de survie globale intéressants dépassant les 90 % [54]. Cependant, cette approche doit être validée par des études randomisées. D’autres moyens d’immunothérapie adoptive ou active anti-EBV sont en cours d’expérimentation soit en situation palliative, soit en première ligne de traitement [55].

Conclusion

Les CNP juvéniles constituent une entité particulière et se distinguent de ceux de l’adulte par des voies de cancérogenèse probablement différentes, une présentation initiale localement avancée, et par un génie évolutif caractérisé surtout par la fréquence des métastases à distance et par les toxicités tardives du traitement.

Malgré l’excellent contrôle locorégional des CNP juvéniles avec la radiothérapie associée ou non à la chimiothérapie, les rechutes métastatiques constituent la cause principale de décès chez ces jeunes patients. De nouveaux protocoles de chimiothérapie doivent être développés et utilisés en association avec la radiothérapie. Dans le futur, une amélioration du pronostic peut être attendue en associant de façon concomitante la chimiothérapie à la radiothérapie avec modulation d’intensité ; les thérapies ciblées ainsi que l’immunothérapie peuvent avoir un apport considérable. Cependant, des études randomisées multi-institutionnelles sont nécessaires pour standardiser le traitement des CNP juvéniles.

Conflits d’intérêts

aucuns.

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