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Mécanismes de résistance aux thérapeutiques moléculaires ciblées dans le cancer du sein : constats et perspectives


Bulletin du Cancer. Volume 97, Numéro 3, 385-95, mars 2010, Synthèse

DOI : 10.1684/bdc.2010.1051

Résumé   Summary  

Auteur(s) : N Magné, C Chargari, R Conforti, R-A Toillon, O Bauduceau, L Védrine, D Khayat, J-P Spano , Service d’oncologie médicale, hôpital Pitié-Salpêtrière, AP–HP, 47-83, boulevard de l’Hôpital, 75013 Paris, France, Service d’oncologie radiothérapie, hôpital d’instruction des armées du Val-de-Grâce, 74, boulevard de Port-Royal, 75230 Paris cedex 05, France, Inserm U908, université Lille-I, 59655 Villeneuve d’Ascq cedex, France.

Résumé : Les antiangiogéniques et les inhibiteurs du récepteur HER2 font l’objet d’un intérêt croissant, et leur place dans les évaluations cliniques en cours souligne l’intérêt grandissant des thérapies ciblées dans la prise en charge du cancer du sein. Le trastuzumab a été le premier à montrer son bénéfice clinique en cas de surexpression de HER2, en situation métastatique et adjuvante. L’intérêt des inhibiteurs de l’angiogenèse a également été souligné dans les études cliniques évaluant le bevacizumab. Malheureusement, il existe de nombreux arguments biologiques et cliniques qui démontrent que les cellules tumorales disposent de mécanismes de résistance vis-à-vis de ces thérapies ciblées. La présente revue vise à souligner ces mécanismes qui permettent à la cellule tumorale de développer de telles résistances. Les développements les plus récents sont également abordés.

Mots-clés : thérapie ciblée, cancer du sein, résistance, trastuzumab, bevacizumab

Illustrations

ARTICLE

Auteur(s) : N Magné1, C Chargari2, R Conforti1, R-A Toillon3, O Bauduceau2, L Védrine2, D Khayat1, J-P Spano1

1Service d’oncologie médicale, hôpital Pitié-Salpêtrière, AP–HP, 47-83, boulevard de l’Hôpital, 75013 Paris, France
2Service d’oncologie radiothérapie, hôpital d’instruction des armées du Val-de-Grâce, 74, boulevard de Port-Royal, 75230 Paris cedex 05, France
3Inserm U908, université Lille-I, 59655 Villeneuve d’Ascq cedex, France

Article reçu le 18 Juillet 2009, accepté le 20 Janvier 2010

Introduction

L’inactivation spécifique de certaines voies de signalisation et de croissance cellulaire a permis des développements thérapeutiques considérables en carcinologie mammaire. Ainsi, il est estimé que 15 à 25 % des cancers du sein présentent une surexpression du récepteur HER2. Une telle amplification expose les patientes à un phénotype tumoral agressif et à un pronostic plus péjoratif [1]. Le trastuzumab, anticorps monoclonal, cible le récepteur HER2 et a montré un bénéfice clinique dans cette population de patientes en situation métastatique [2, 3] et adjuvante [4-7]. Cependant, il existe malheureusement des phénomènes de résistance au trastuzumab, et de nombreuses patientes ne bénéficient pas pleinement du ciblage isolé de l’HER2. Le constat de cette résistance au trastuzumab a motivé l’évaluation de nouvelles molécules, tel le lapatinib, qui a montré une activité dans des modèles précliniques et chez des patientes progressant sous trastuzumab [8, 9]. Alors que les antiangiogéniques sont en plein essor [10-14], ils présententégalement certaines limites. Ainsi, le bevacizumab a permis d’améliorer la survie sans progression et les taux de réponse, sans impact sur la survie globale [15]. Ces observations suggérant l’existence de mécanismes de résistance aux thérapies ciblées sont complexes et nombreuses [16-19]. Elles imposent un éclairage aux vues des données récentes de la littérature.

Ciblage de l’HER2

Mécanismes d’action du trastuzumab

En situation métastatique, de nombreuses patientes (de l’ordre de 40 %), présentant une surexpression tumorale de HER2, ne répondent pas à un traitement de première ligne comprenant le trastuzumab [3]. Chez les patientes traitées en situation métastatique, l’efficacité du trastuzumab semble limitée dans le temps, et il en est de même en situation adjuvante, où près de 20 % des patientes connaîtront une progression tumorale dans les quelques années qui suivent la fin du traitement. On rappelle à ce titre que le trastuzumab diminue le risque de rechute de 50 %, donc il ne prévient que la moitié des récidives des cancers surexprimant HER2. Les mécanismes de résistance mis en jeu contribuent ainsi à limiter le bénéfice thérapeutique du trastuzumab. Par ailleurs, ces données suggèrent l’existence d’une résistance spontanée au trastuzumab, mais également l’existence d’un phénomène de résistance acquise [20]. La compréhension des mécanismes de résistance au trastuzumab impose une connaissance de ses mécanismes d’action (figure 1). La liaison du ligand, à deux sites juxtamembranaires du domaine extracellulaire du récepteur HER2, entraîne une cascade de signalisations intracellulaires dont la conséquence ultime est une action antiproliférative (figure 2). Dans l’un des modèles mécanistiques souvent retenus, la liaison du trastuzumab entraîne une augmentation de la localisation membranaire de PTEN qui constitue un inhibiteur de la voie PI3kinase/Akt [21]. En effet, le trastuzumab inhibe la phosphorylation de src, laquelle régule négativement PTEN. Par la levée de l’inhibition induite par src, le trastuzumab contribue à l’activation de PTEN, inhibiteur de la voie PI3kinase. Cela entraîne une surexpresssion de la protéine suppresseur de tumeur p27kip1, qui a pour propriété d’inhiber CDK2, régulateur positif du cycle cellulaire. Cette cascade a donc pour conséquence l’arrêt du cycle cellulaire, une inhibition des mécanismes de réparation de l’ADN, et une induction de l’apoptose [22]. Par ailleurs, il a été observé une réduction de la production de nombreuses protéines proangiogéniques, tels VEGF, TGFalpha, Ang-1, et PAI-1. Certaines données suggèrent également l’induction d’une cytotoxicité cellulaire immunologique du trastuzumab [23, 24]. Une réponse moindre au trastuzumab a été rapportée dans des modèles précliniques chez des souris déficitaires en récepteurs au fragment Fc du complément [25]. En effet, la modulation de la réponse immunitaire pourrait être un autre mécanisme important de la sensibilité au trastuzumab. Le mécanisme immunologique de cytotoxicité anticorps-dépendante à médiation cellulaire (ADCC), médiée par les récepteurs de Fc (FcγR) portés par des cellules immunes telles que les macrophages ou les cellules NK (natural killer), joue un rôle majeur dans l’effet tumoral des anticorps de type IgG1 [26]. Enfin, le trastuzumab inhiberait le clivage protéolytique du domaine extracellulaire de HER2, dont une concentration élevée dans le sérum serait associée à un pronostic péjoratif [20, 26]. De façon synthétique, les mécanismes d’action s’effectuent soit par un effet direct sur la cible avec un effet proapoptotique et un effet antiprolifératif, soit par un effet lié au recrutement d’effecteurs immunitaires conduisant à la mise en place de mécanismes cytolytiques de type ADCC et phagocytose, il ressort qu’il peut exister plusieurs mécanismes potentiels de résistance à cet anticorps [19, 27].

Mécanismes de résistance au trastuzumab

L’altération du récepteur constitue un premier facteur potentiel de résistance au trastuzumab. Divers polymorphismes ont été décrits dans la séquence du gène codant pour le récepteur HER2. En particulier, certaines substitutions entraîneraient une perte de stabilité du dimère HER2, altérant ainsi la qualité de la signalisation intracellulaire [28]. De nombreuses molécules peuvent contribuer à l’émergence de résistances au trastuzumab, tout particulièrement par inhibition de la fixation du ligand au domaine extracellulaire du récepteur HER2. Par exemple, CD44 constitue un récepteur transmembranaire dont la fixation à l’acide hyaluronique peut induire une stimulation de la voie PI3kinase. Ce faisant, l’interaction de CD44 et de son ligand favorise la dégradation de la matrice extracellulaire, la migration cellulaire, et confère certaines caractéristiques de prolifération aux cellules concernées [29]. Par ailleurs, il a été démontré que CD44 pouvait induire l’internalisation de HER2, soustrayant ainsi le récepteur à son interaction avec le trastuzumab. Alors que l’expression de CD44 constitue une caractéristique cardinale des cellules souches de cancer du sein, il est donc séduisant d’imaginer que le ciblage de CD44 par des ARN antisens pourrait contribuer à lever certains mécanismes de résistance conférés vis-à-vis du trastuzumab [20]. Les glycoprotéines membranaires mucineuses (MUCs) sont des protéines glycosylées qui tapissent la surface des cellules épithéliales, et dont la présence à la surface de certaines protéines tumorales les soustrait à l’interaction régulatrice avec le système immunitaire. Il a été observé une surexpression de MUC-4 à la surface des cellules de lignées tumorales présentant une résistance de novo au trastuzumab, par blocage de l’accès du trastuzumab à son récepteur [30]. Il semble que cette surexpression soit associée à une diminution de l’affinité du trastuzumab pour son récepteur HER2. Par ailleurs, certains auteurs ont suggéré une association entre la coexistence d’autres récepteurs membranaires surexprimés dans certaines lignées cellulaires et une réduction de la réponse au trastuzumab [30]. Parmi ces récepteurs, on peut citer EGFR, IGF1-R, CXCR4, c-Met et l’intégrine β1/β4 [20, 31, 32]. La surexpression du récepteur p95HER2 a été également associée à une réponse moindre au trastuzumab ainsi qu’à un devenir clinique plus péjoratif. L’identification des patientes dont les tumeurs présentent des altérations structurelles des récepteurs HER2 pourrait permettre de proposer des traitements alternatifs. Il a été suggéré que les lignées cellulaires présentant une expression de p95HER2 resteraient sensibles à l’activité du lapatinib [33, 34].

Une anomalie moléculaire de PTEN est retrouvée chez près de la moitié des patientes traitées pour un cancer du sein [35] et une perte d’expression est associée à un profil tumoral le plus souvent agressif. Le défaut d’expression de PTEN représenterait un second facteur de résistance au trastuzumab [21, 36]. En effet, ce gène est impliqué dans le contrôle du cycle cellulaire et l’apoptose. La protéine PI3kinase exerce une activité de phosphorylation de PIP2 en PIP3, second messager activant les effecteurs de PI3kinase, PDK1 et Akt. Exerçant une activité phosphatase déphosphorylant PIP3, PTEN contribue donc à éteindre la voie PI3kinase. Il a été démontré que sa perte d’expression et l’activation excessive de PI3kinase constituaient des facteurs biologiques de mauvais pronostic chez des patientes métastatiques et présentant une surexpression de HER2 [37]. L’activation de cette voie PI3kinase contribue à conférer aux cellules tumorales une résistance au trastuzumab. De plus, l’activation de PI3kinase active la dégradation protéolytique de PTEN. Cette perte d’effet du trastuzumab peut cependant être corrigée dès lors que l’intégrité de PTEN est restaurée. In vitro et in vivo, l’inhibition de PTEN par des oligonucléotides antisens rendait les cellules tumorales résistantes au trastuzumab. Par ailleurs, les patientes qui portent une mutation inactivatrice de PTEN présenteraient des taux de réponse au trastuzumab moindres. En effet, l’activité du trastuzumab est corrélée à sa capacité à inhiber la voie PI3kinase via l’activation de PTEN. Cela laisse entrevoir une utilisation éventuelle du statut de PTEN afin d’identifier au mieux les patientes susceptibles de répondre favorablement à un traitement par trastuzumab. Le ciblage de la voie de PI3kinase pourrait contribuer à court-circuiter ce mécanisme de résistance.

La voie Akt/PI3kinase peut d’ailleurs être activée par de nombreux facteurs de croissance, au premier rang desquels le VEGF, l’IGF1 et l’EGF [38]. L’activation de ces voies favorise la prolifération cellulaire par levée de nombreux mécanismes proapoptotiques [39]. Comme démontré récemment, le blocage de la voie Akt/PI3kinase favorise l’apoptose tumorale induite par le trastuzumab [40], suggérant que la modulation de cette voie pourrait augmenter l’efficacité du ciblage de l’HER2 [19].

La perte de p27 constitue un autre facteur de résistance au trastuzumab, par perte d’un régulateur du cycle cellulaire et inhibition du complexe Cdk2-cycline E [41]. Alors qu’il a été retrouvé une expression accrue de Cdk2 et réduite de p27 en cas de résistance au trastuzumab, il semble raisonnable de supposer qu’une restauration partielle de l’activité p27 permettrait de rétablir la sensibilité au traitement.

Membre de la famille des récepteurs à activité tyrosine-kinase, le récepteur transmembranaire IGF1-R (insuline like growth factor 1 receptor) est exprimé dans certaines lignées tumorales mammaires. Son activation a été associée à des mécanismes de prolifération tumorale et antiapoptotique. Dans des lignées cellulaires surexprimant à la fois HER2 et IGF1-R et du fait de l’hétérodimérisation entre ces deux récepteurs de croissance cellulaire, l’action inhibitrice du trastuzumab nécessitait l’administration concomitante d’un inhibiteur de IGF1-R. L’expression membranaire d’IGF1-R rendait les cellules résistantes au trastuzumab, et la downregulation d’IGF1-R permettait de restaurer leur sensibilité [32]. Une des explications a été que l’activation d’IGF1-R pouvait favoriser la dégradation de p27, restaurant ainsi l’activité des cyclines du cycle cellulaire et la levée du contrôle cellulaire réalisé par cdk2. Il n’existe à ce jour pas d’évaluation de la pertinence clinique de ces observations [19, 32].

Les interactions entre HER2 et d’autres récepteurs de facteurs de croissance comme TrkA, récepteur du NGF (nerve growth factor) peuvent également interférer avec l’activation du récepteur. De nombreuses études soulignent les effets de TrkA sur la prolifération, la survie, la migration et l’invasion des cellules cancéreuses de sein [42-44]. Ainsi, TrkA coopère avec HER2 pour activer la croissance des cellules de cancer du sein [45]. Dans les cancers de la prostate, l’application conjointe de CEP-701 (inhibiteur de TrkA), et de pertuzazumab (anticorps bloquant la dimérisation d’HER2), a un effet synergique sur l’inhibition de croissance des cellules tumorales [46].

Les mécanismes de résistances aux inhibiteurs d’HER2 sont donc multiples, notamment de par ses interactions avec les récepteurs tyrosines-kinases. Le décryptage des voies de signalisation de ces récepteurs et de leurs cross-talks est donc un élément fondamental dans la compréhension des mécanismes de résistance.

Stratégies nouvelles

L’intérêt du lapatinib a été démontré chez les patientes traitées pour un cancer du sein métastatique HER2+ et pour lesquelles les tumeurs étaient réfractaires à un traitement par trastuzumab [47-49]. Cette petite molécule constitue un inhibiteur réversible des tyrosines-kinases de HER2 et HER1. Le lapatinib exerce une activité compétitive réversible au niveau du site intracellulaire de fixation de l’ATP présent sur les récepteurs à tyrosines-kinases. Il exerce une inhibition simultanée de l’activité tyrosine-kinase de HER2 et du REGF [50]. Il diminue la phosphorylation de ces deux récepteurs, et inhibe les voies de signalisation d’aval que sont MAPK et Akt. Par ailleurs, le lapatinib peut induire l’expression de p27kip1 [51], inhibiteur de cdk2, entraînant ainsi un blocage de la cellule en phase G1/G0 du cycle cellulaire. Ces propriétés laissaient entrevoir une efficacité potentielle chez les patientes pour lesquelles les tumeurs présenteraient une résistance vis-à-vis du trastuzumab. In vitro, il a été confirmé que certaines lignées cellulaires résistantes au trastuzumab conservaient une sensibilité au lapatinib. Alors qu’une activité synergique a été observée entre ces deux molécules [8], il a été établi que le lapatinib pouvait inhiber la signalisation induite par IGF1-R dans les modèles tumoraux résistants au trastuzumab. Ce faisant, le lapatinib peut induire une apoptose dans des lignées cellulaires résistantes au trastuzumab, même en présence d’IGF1-R, dont l’interaction avec le trastuzumab a été évoquée précédemment. À ce jour, il n’a pas été établi de résistances croisées entre le lapatinib et le trastuzumab. Par ailleurs, il existerait une indépendance partielle du lapatinib vis-à-vis de l’intégrité de PTEN contrairement au trastuzumab [52].

Le gefitinib est un autre inhibiteur du signal de transduction du REGF et dispose d’une activité préclinique dans les tumeurs du sein surexprimant HER2 [53]. Il n’y a cependant pas de preuve de son activité clinique. Son évaluation en association au trastuzumab s’est cependant montrée décevante [54]. D’autres inhibiteurs des tyrosines-kinases sont en cours d’évaluation, tels BIBW-2992, CI-1033 ou HK-272 [4, 7]. Le neratinib (HKI-272) constitue un inhibiteur irréversible pan-HER de type inhibiteur des tyrosines-kinases [55]. Alors que certaines données préliminaires de phase II ont mis en évidence son intérêt potentiel chez les patientes présentant une résistance au trastuzumab, sa place reste à évaluer, en particulier en association à des chimiothérapies cytotoxiques classiques [20]. Le pertuzumab est un nouvel anticorps monoclonal qui se lie spécifiquement au domaine extracellulaire de HER2 et inhibe son hétérodimérisation avec d’autres membres de la famille du REGF. Ce faisant, il empêche la cellule tumorale d’échapper à l’action du trastuzumab par les voies de signalisation du REGF [56]. Le cetuximab cible le domaine extracellulaire du REGF. Son évaluation en association au trastuzumab est en cours. Certains inhibiteurs de protéines impliquées dans la régulation fonctionnelle de HER2 sont à l’étude, tel un inhibiteur de HSP90, pour lequel des taux de réponse supérieurs à 20 % ont été rapportés chez des patientes dont la maladie progressait sous trastuzumab [57]. La voie de signalisation PI3kinase fait l’objet d’un intérêt considérable, compte tenu de son implication dans les mécanismes de résistance au trastuzumab.

L’évérolimus (RAD001), inhibiteur de la voie de la kinase mTOR, semblerait pouvoir restaurer la sensibilité tumorale au trastuzumab [58], avec des taux de réponse significatifs dans des populations de patientes préalablement lourdement traitées [59]. L’activation des récepteurs CD3 a pour conséquence de soustraire les cellules tumorales à la veille du système immunitaire. L’ertumaxomab est un anticorps monoclonal spécifique de HER2 et des récepteurs CD. Sa toxicité a été évaluée en essai de phase I et semble acceptable [60]. Des réponses objectives ont également été rapportées chez des patientes progressant sous trastuzumab, motivant le développement d’évaluations de phase II. Le ciblage d’IGF1-R par un anticorps monoclonal, le CP-751 851, est en cours d’évaluation. Enfin, il existe des résultats précliniques très encourageants qui suggèrent une activité et une sélectivité accrues du trastuzumab-DM1 (TDM1), et qui encouragent son évaluation clinique [61].

Ciblage de l’angiogenèse

Mécanismes d’action des antiangiogéniques

Le VEGF constitue un facteur de prolifération et de survie endothéliale, et de migration tumorale. Son expression dans la tumeur primitive est un facteur de mauvais pronostic chez les patientes traitées pour un cancer du sein [62-67]. En particulier, l’expression du VEGF serait associée à une résistance accrue aux chimiothérapies, à l’hormonothérapie ainsi qu’à la radiothérapie [68]. Les traitements antiangiogéniques ont montré leur intérêt dans la prise en charge du cancer du sein au stade métastatique. Plusieurs stratégies ont été développées afin de lutter contre la prolifération vasculaire anarchique de la néoangiogenèse. La principale repose sur le ciblage direct du VEGF par un anticorps monoclonal, le bevacizumab, dirigé contre toutes les isoformes du VEGF-A. En empêchant l’interaction du VEGF et de son récepteur, le bevacizumab inhibe les voies de signalisation de survie des cellules endothéliales de la microvascularisation tumorale. En diminuant la densité des néovaisseaux tumoraux, il prive la cellule tumorale de ces nutriments et entraîne en effet une normalisation de l’architecture vasculaire, permettant de diminuer la pression interstitielle intratumorale, d’augmenter l’oxygénation tumorale et donc de majorer la sensibilité aux chimiothérapies classiques (figure 3). Le bevacizumab a ainsi montré son intérêt chez les patientes traitées pour un cancer du sein, seul ou en association à des agents de chimiothérapie plus classiques, tels le paclitaxel, la capécitabine et les anthracyclines [69, 70]. Le sunitinib et le sorafénib sont des inhibiteurs de nombreux facteurs de croissance cellulaire, parmi lesquels le VEGF et les récepteurs à tyrosine-kinase. Ils ont démontré leur activité en monothérapie dans le cancer du rein, avec une activité antiangiogénique et antitumorale. Par le ciblage et l’inhibition consécutive de la voie de signalisation du facteur induit par l’hypoxie (HIF), ils affectent la néoangiogenèse et la prolifération cellulaire tumorale [13]. Le sunitinib inhibe les tyrosines-kinases de nombreux récepteurs impliqués dans l’angiogenèse et la prolifération tumorale, tels que VEGFR1, VEGFR2, PDGFR, c-kit et Flt-3. Il bloque la voie de signalisation ERK 1/2 en ciblant les isoformes Raf-kinases, tels RAF-1 et B-RAF, mais inhibe également de nombreux récepteurs du VEGF (VEGFR1, VEGFR2, VEGFR3, facteurs de croissance plaquettaires β) [71].

Mécanismes de résistance aux antiangiogéniques

Compte tenu de la faible prévalence des mutations endothéliales retrouvées dans les vaisseaux néoformés, il a été initialement escompté que le ciblage de la néoangiogenèse serait à l’abri d’éventuels mécanismes de résistance [72]. La mise en évidence de mécanismes de résistance aux antiangiogéniques dans des modèles de cancer du rein soulève de nombreuses interrogations applicables en carcinologie mammaire. Ademuyiwa et Miller ont évoqué différents mécanismes de résistance : sous-estimation de l’hétérogénéité tumorale et endothéliale ou de l’impact du microenvironnement tumoral, mécanismes adaptatifs tumoraux, repopulation tumorale indépendante de la néoangiogenèse, mécanismes pharmacocinétiques de résistance, histoire naturelle du cancer et défauts de sélection des patients [73]. Relf et al. ont identifié au moins six facteurs proangiogéniques différents dans 64 échantillons tumoraux différents [74], parmi lesquels prédominait l’isoforme 121-amino acide du VEGF. Compte tenu de ces résultats, il semble utopique de considérer que l’inhibition d’un facteur unique puisse permettre une action totalement efficace sur la néoangiogenèse. Par ailleurs, HIF1 semble jouer un rôle majeur dans la réponse aux antiangiogéniques. Les tumeurs qui ne l’expriment pas présentent une production moindre du VEGF mais montrent également in vivo une croissance tumorale accélérée [75] et une dépendance moindre à la vascularisation tumorale [76], suggérant une sensibilité à l’hypoxie différente selon les types tumoraux, et donc une efficacité variable des antiangiogéniques. Alors que le microenvironnement tumoral peut affecter l’accessibilité à certains traitements, il existe des différences entre types tumoraux en termes de couverture péricytaire et de matrice extracellulaire, laquelle contient également de nombreux facteurs pro- et antiangiogéniques. Ces différences confèrent à certains types tumoraux différents phénotypes de sensibilité. L’action protéolytique des métalloprotéases de la matrice (MMP) libère l’angiostatine dans l’espace extracellulaire, contribuant à ralentir l’angiogenèse. Or, certains inhibiteurs des MMP contribueraient à favoriser l’angiogenèse [77]. L’importance du microenvironnement tumoral expliquerait partiellement l’existence de réponses dissociées entre site tumoral primitif et métastases, et la difficulté de prédire l’efficacité des traitements. Différents phénomènes vasculaires subtils peuvent contribuer à réduire la dépendance tumorale à l’angiogenèse. Ainsi, certains types de cancers du sein inflammatoire seraient davantage dépendants de la vasculogenèse qui s’oppose à la néoangiogenèse par l’incorporation de facteurs endothéliaux progéniteurs dérivés de la moelle osseuse dans la croissance vasculaire adulte [78]. D’autres tumeurs ont la capacité de développer une vascularisation tubulaire, mimant les caractéristiques d’une vascularisation embryonnaire [79], échappant ainsi à la dépendance vis-à-vis de l’angiogenèse et favorisant une repopulation tumorale. Par ailleurs, la production accrue de VEGF dans les cellules exposées à un stress génotoxique pourrait favoriser une néoangiogenèse « de secours » en situation d’hypoxie. Dans un modèle in vivo de tumeur mammaire, l’exposition au cyclophosphamide majorait précocement la production de VEGF et augmentait la proportion des cellules exprimant le CD31. Ces modifications favorisaient l’hypoxie cellulaire, protégeant la cellule d’une nouvelle exposition à la chimiothérapie [80]. Il reste également à mieux étudier la pharmacocinétique des antiangiogéniques. Par opposition à ce qui est observé avec le bevacizumab, certains inhibiteurs naturels de l’angiogenèse tels que l’endostatine sont en effet éliminés rapidement de la circulation après administration sous la forme d’un bolus [81].

Stratégies nouvelles

La connaissance des mécanismes de résistance aux antiangiogéniques laisse entrevoir le développement de traitements permettant de les contourner. La synergie d’action entre les antiangiogéniques et les agents de chimiothérapies constitue l’un des axes de recherche. En effet, l’action antiapoptotique du VEGF favorise la résistance des cellules endothéliales vis-à-vis de la plupart des agents de chimiothérapie qui possèdent pourtant une activité antiangiogénique propre modérée [82]. Il a été démontré que le VEGF protégeait les cellules endothéliales de l’action du docétaxel. Cette action est cependant réversible [83]. Par ailleurs, le VEGF possède une action antiapoptotique propre via son action sur la neuropilline 1, un corécepteur du VEGF exprimé dans certains sous-types tumoraux, protégeant ainsi les cellules tumorales de l’action de la chimiothérapie [84]. Cette action renforce le rationnel à l’utilisation concomitante des inhibiteurs du VEGF et de la chimiothérapie. Les données d’association des antiangiogéniques sont encore préliminaires, mais il existe un rationnel à poursuivre les travaux de recherche [85]. De même, l’association d’antiangiogéniques et d’inhibiteurs des facteurs de croissance cellulaire constitue un axe d’étude. En effet, l’HER2 et le REGF contribuent tous deux à la régulation du VEGF, et la modulation de leurs voies de signalisation influe celle du VEGF [86, 87]. En association au paclitaxel, le bevacizumab a montré son intérêt dans une population essentiellement constituée de patientes HER2 négatives [88]. L’évaluation du bevacizumab se poursuit en association au trastuzumab. Des données initiales de phase II rapportent des taux de réponse de l’ordre de 46 % en première ligne métastatique [89]. L’essai NCT00444535 évalue l’association du bevacizumab et du lapatinib après progression sous trastuzumab. La place du sunitinib et du sorafénib reste l’objet d’évaluations cliniques en carcinologie mammaire, en particulier en association au trastuzumab chez les patientes présentant une surexpression de HER2. Lors de son évaluation en phase II, le sunitinib en monothérapie a permis d’observer un taux de réponse globale supérieur à 10 %, en particulier chez des patientes surexprimant HER2 et traitées au préalable par trastuzumab [90]. L’AMG 386 est un inhibiteur recombinant de fusion ciblant les angiopoïétines 1 et 2. Ces cytokines tiennent un rôle central dans le phénomène de néovascularisation. L’AMG 386 inhibe l’interaction entre les angiopoïétines et leur récepteur, Tie-2, inhibant ainsi l’activation Tie-2-dépendante des cellules endothéliales. Il est en cours d’évaluation.

Conclusion

Malgré des résultats enthousiasmants en première ligne métastatique et pour le trastuzumab en situation adjuvante, les molécules ciblées sont sujettes à des mécanismes de résistance d’autant plus complexes que les voies de signalisation sont nombreuses et sophistiquées [15]. Parmi les voies de recherche les plus prometteuses, les associations et les ciblages multiples ont fait l’objet d’un réel essor, permettant de lever les phénomènes de résistance initiés par le recrutement de voies de signalisation accessoires (essaie ALLTO [91]). Alors qu’il convient d’encourager l’évaluation pas à pas des nouvelles molécules, la recherche de transfert devrait permettre d’optimiser les développements futurs en carcinologie mammaire [17].

Conflits d’intérêts

aucuns.

Références

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3 Marty M, Cognetti F, Maraninchi D, Snyder R, Mauriac L, Tubiana-Hulin M, et al. Randomized phase II trial of the efficacy and safety of trastuzumab combined with docetaxel in patients with human epidermal growth factor receptor 2-positive metastatic breast cancer administered as first-line treatment: the M77001 study group. J Clin Oncol 2005 ; 23 : 4265-74.

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