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Thérapeutiques dans le cancer du sein métastatique HER2-positif : présent et futur


Bulletin du Cancer. Volume 97, Numéro 3, 365-83, mars 2010, Synthèse

DOI : 10.1684/bdc.2010.1040

Résumé   Summary  

Auteur(s) : S Guiu, B Coudert, L Favier, L Arnould, P Fumoleau , Département d’oncologie médicale, centre de lutte contre le cancer Georges-François-Leclerc, 1, rue Professeur-Marion, 21000 Dijon, France, Département d’anatomopathologie, centre de lutte contre le cancer Georges-François-Leclerc, 1, rue Professeur-Marion, 21000 Dijon, France.

Résumé : Le cancer du sein HER2-positif représente 20 à 25 % de l’ensemble des cancers du sein. La surexpression de ce récepteur tyrosine-kinase est classiquement associée à un mauvais pronostic. Cependant, la prise en charge et le devenir de ces patientes ont considérablement changé depuis l’avènement du trastuzumab ces dix dernières années. Malgré les résultats encourageants obtenus avec cet anticorps monoclonal humanisé anti-HER2 utilisé seul ou en association à la chimiothérapie chez les patientes métastatiques, la progression sous trastuzumab est la règle, et des résistances à ce traitement apparaissent. Ainsi, de nombreux autres anticorps monoclonaux et des inhibiteurs de tyrosine-kinase ont fait leur apparition. Ces thérapeutiques, utilisées seules ou en association à la chimiothérapie ou au trastuzumab ont diverses propriétés : anti-HER2 et EGFR comme le lapatinib, le pertuzumab et le neratinib \; anti-EGFR comme l’erlotinib et le gefitinib \; antiangiogéniques (bevacizumab, pazopanib) \; inhibiteurs de la voie de signalisation mTOR (temsirolimus, everolimus) ou inhibiteur de HSP90 (tanespimycine). Nous détaillerons, dans cet article, les thérapeutiques ciblées validées dans le cancer du sein métastatique HER2-positif ainsi que celles qui sont actuellement à l’étude et semblent prometteuses dans cette indication, en première ligne ou après progression sous trastuzumab. Nous présenterons également les données disponibles dans la littérature sur la cardiotoxicité du trastuzumab et son utilisation dans certaines circonstances cliniques (métastases cérébrales, grossesse).

Mots-clés : cancer, sein, métastatique, HER2, trastuzumab, laptinib

ARTICLE

Auteur(s) : S Guiu1, B Coudert1, L Favier1, L Arnould2, P Fumoleau1

1Département d’oncologie médicale, centre de lutte contre le cancer Georges-François-Leclerc, 1, rue Professeur-Marion, 21000 Dijon, France
2Département d’anatomopathologie, centre de lutte contre le cancer Georges-François-Leclerc, 1, rue Professeur-Marion, 21000 Dijon, France

Article reçu le 10 Juin 2009, accepté le 18 Novembre 2009

Depuis les années 1980, le traitement de 20 à 25 % des cancers du sein a connu une véritable révolution avec la découverte des récepteurs HER1 à 4, plus spécifiquement le récepteur HER2 (human epidermal growth factor receptor 2). Le rôle pronostique de ce récepteur a tout d’abord été démontré [1], puis un anticorps monoclonal anti-HER2, le trastuzumab (Herceptin®), a obtenu l’AMM en 2000 et a totalement transformé le traitement des cancers HER2-positifs, c’est-à-dire HER2-3+ en immunohistochimie (IHC) et/ou FISH (fluorescence in situ hybridization)/CISH (chromogenic in situ hybridization) positifs, que ce soit en situation métastatique [2-5], adjuvante [6-8] ou néodajuvante [9-12]. Il a également un rôle prédictif de la réponse tumorale [13, 14]. Cependant, des phénomènes d’échappement apparaissent au cours du traitement par trastuzumab dans les cancers du sein métastatiques (CSM), et malgré l’AMM récente du lapatinib (Tyverb®), anti-HER1 et 2, le pronostic de ces patientes demeure péjoratif. De nouvelles stratégies thérapeutiques (thérapies ciblées/chimiothérapies/association des deux) se développent et seront envisagées dans cette revue.

Trastuzumab

Dans les tumeurs HER2-positives, l’efficacité du trastuzumab bouleverse les choix des chimiothérapies et des hormonothérapies et impose de distinguer des groupes de traitement selon le statut HER2 et les récepteurs hormonaux (RH) [15].

Il est admis que le trastuzumab doit être proposé uniquement quand la tumeur surexprime HER2, c’est-à-dire HER2-3+ en IHC (surexpression de la protéine) ou bien positive en FISH/CISH (amplification du gène) [recommandations pour la pratique clinique (RCP), Saint-Paul-de-Vence 2007]. Cela ne concerne a priori que 18 à 25 % des tumeurs mammaires [14]. Ce pourcentage a cependant probablement été surestimé jusqu’à présent et sera à vérifier dans les prochaines grandes séries prospectives tenant compte de l’hétérogénéité génétique dans l’établissement du statut HER2 [16].

Généralement, le statut HER2 est réalisé sur la tumeur primitive et semble stable au cours de l’évolution tumorale [17-20]. Néanmoins, des différences de statut HER2 ont été décrites entre la tumeur primitive et une atteinte ganglionnaire synchrone (6,7 % des cas), une récidive locale (13,3 % des cas) et des sites métastatiques métachrones (28,6 % des cas) [21]. Par ailleurs, progression tumorale et présence de micrométastases peuvent aller de pair avec l’acquisition d’un statut HER2-positif [22, 23]. Faut-il pour autant déterminer systématiquement le statut HER2 des sites métastatiques ? Cela semble difficile en cas de métastases multiples et possiblement hétérogènes. Le bon sens voudrait qu’une nouvelle détermination du statut HER2 au niveau d’un site métastatique ne soit proposée qu’en cas de maladie agressive et de tumeur primitive HER2-négative. La RPC Saint-Paul-de-Vence 2009 recommande cette attitude si le résultat doit changer la thérapeutique.

Trastuzumab monothérapie

En monothérapie, les taux de réponses varient entre 15 et 26 % [24-27] avec une durée médiane de neuf mois et un bénéfice clinique (réponse clinique ou stabilisation de la maladie de plus de six mois) chez 36 à 48 % des patientes traitées.

Le schéma d’administration du trastuzumab a évolué au cours du temps. Il était initialement administré de façon hebdomadaire, à la dose de 4 mg/kg lors de la première injection, puis de 2 mg/kg pour les perfusions suivantes [2, 24-26, 28]. Des études plus récentes ont démontré que l’administration toutes les trois semaines (8 mg/kg lors de la première injection, puis 6 mg/kg) permettait d’obtenir une pharmacocinétique et une efficacité équivalentes [27, 29, 30], avec un confort de vie amélioré pour les patientes.

Trastuzumab et hormonothérapie

Environ 10 % des cancers du sein sont à la fois RH-positifs et HER2-positifs [31]. La surexpression de HER2 est associée à une résistance relative au traitement hormonal [32]. Cela est confirmé par la méta-analyse de 12 études et 2 379 malades traitées par tamoxifène, ovariectomie, acétate de mégestrol, inhibiteurs de l’aromatase (fadrozole ou létrozole), goséréline ± tamoxifène, droloxifène ou une hormonothérapie sans précision [33]. En revanche, la surexpression d’HER2 ne peut servir d’argument pour choisir une hormonothérapie plutôt qu’une autre [34].

La comparaison chimiothérapie/trastuzumab à une hormonothérapie/trastuzumab n’a pas encore été rapportée. Cependant, certaines données sont en faveur de l’association chimiothérapie-trastuzumab [35].

Association trastuzumab et anastrozole

L’étude TAnDEM a testé l’association trastuzumab-anastrozole vs anastrozole seul en première ligne métastatique : 207 malades, récepteurs estrogène (RE) et/ou récepteurs progestérone (RP) positifs, HER2-positifs (IHC = 3+ et/ou FISH+) dont 44 % avec des métastases pulmonaires, 30 % des métastases hépatiques, 63 % prétraités par du tamoxifène (adjuvant ou métastatique) et 56 % par une chimiothérapie adjuvante. Le trastuzumab améliore de façon significative les taux de réponses partielles (p = 0,018) et de bénéfices cliniques (p = 0,026) ainsi que la médiane de survie sans progression (p = 0,001) [4]. L’effet non encore significatif sur la survie (28,5 vs 23,9 mois, p = 0,32) continue d’être étudié [36]. Le trastuzumab augmente la toxicité de l’anastrozole notamment cardiaque : insuffisance cardiaque asymptomatique (quatre vs zéro cas), insuffisance cardiaque symptomatique (un vs zéro cas), infarctus myocardique (deux vs un cas), troubles du rythme (sept vs un cas) ; 23 % d’événements sérieux ont été rapportés sous anastrozole-trastuzumab contre 6 % sous anastrozole seul [4]. L’association trastuzumab-anastrozole peut s’envisager en relais et maintien de la réponse après chimiothérapie associée à du trastuzumab ou bien en premier traitement métastatique lors d’une contre-indication à la chimiothérapie.

Association trastuzumab et létrozole

La combinaison trastuzumab-létrozole (2,5 mg/j) dans les CSM RE+ et/ou RP+, HER2-positifs (IHC = 3+ et/ou FISH+) a été évaluée dans une étude de phase II (33 patientes) : 26 % de taux de réponses, 52 % de bénéfices cliniques (réponses complètes, partielles et stabilisations) et un temps jusqu’à progression médian de six mois avec une bonne tolérance de l’association. Quatre-vingt-deux pour cent des patientes avaient reçu un traitement par tamoxifène en adjuvant ou en métastatique. Tous les répondeurs ont eu une durée de réponse de plus d’un an, néanmoins l’association est inactive chez près de 50 % des patientes suggérant des mécanismes de résistances supplémentaires [37]. Plusieurs essais cliniques (phases II, III, IV) évaluant l’association trastuzumab-létrozole sont en cours [38].

Autres associations trastuzumab hormonothérapie

Les associations avec l’exemestane (phase II), le fulvestran (phase II), le tamoxifène (phase III) sont en cours d’étude.

Trastuzumab et chimiothérapie

Différentes associations possibles

En première ligne métastatique, dans l’étude originale randomisée de phase III de Slamon et al., il est démontré que le trastuzumab associé à une chimiothérapie (doxorubicine et cyclophosphamide ou paclitaxel) améliore le taux de réponses (50 vs 32 %, p < 0,001), le temps jusqu’à progression (7 vs 5 mois, p < 0,001) et la survie globale (25 vs 20 mois, p < 0,05) [2]. L’association était bien supportée, même s’il existait une discrète augmentation du risque d’anémie, de leucopénie, de diarrhée, mais a surtout révélé son risque cardiaque principalement lors de cardiopathie préexistante et en association avec les anthracyclines [2]. Ultérieurement, d’autres études randomisées de phase II permettaient également de démontrer la supériorité en survie de l’association du trastuzumab avec le docétaxel [3] ou avec le paclitaxel [5] (tableau 1).

Dans deux études de phase III, le paclitaxel hebdomadaire semble le plus efficace [39, 40]. Il n’est pas certain que l’adjonction d’un troisième cytotoxique à une bithérapie à base de trastuzumab soit utile [39, 41] (tableau 1). D’autres résultats sont en attente de publication [42].

En seconde ligne de traitement métastatique après progression sous trastuzumab, l’association trastuzumab (8 puis 6 mg/kg par trois semaines) et capécitabine (2 500 mg/m2 par jour, 14 jours par trois semaines) a été comparée à la capécitabine seule. L’adjonction de trastuzumab permet de doubler le taux de réponses (48 vs 28 %), de prolonger le temps médian jusqu’à progression (8,2 vs 5,6 mois), et une tendance à l’amélioration de la survie semble se dessiner [43] (tableau 1).

De nombreuses autres études de phases II ou III sont maintenant publiées, permettant différentes associations de chimiothérapies avec le trastuzumab (tableau 2). Hormis les toxicités propres au trastuzumab, les toxicités rencontrées correspondent à celles des chimiothérapies associées. Il n’y a que peu de cardiotoxicité pour les patientes n’ayant pas reçu de chimiothérapie à base d’anthracyclines. La séquence idéale des associations à utiliser avec le trastuzumab n’est pas connue.

Dès les premières études, la toxicité cardiaque du trastuzumab a été soulignée, que ce soit en association aux anthracyclines, ou chez les patientes ayant déjà reçu des anthracyclines [2]. L’incidence des événements cardiaques de classe III ou IV de la classification NYHA (New York Heart Association) avoisine 2 % chez les patients recevant du trastuzumab en première ligne, 2 % chez les patients recevant du trastuzumab en association avec du paclitaxel, et 16 % chez les patients recevant du trastuzumab avec de la doxorubicine et du cyclophosphamide [44]. Ces données sont confirmées par les études adjuvantes testant le rôle du trastuzumab (tableau 3) [6-8, 45-48].

L’exclusion actuelle des patientes ayant une fonction cardiaque altérée (fraction d’éjection ventriculaire [FEV] < 50 %), des antécédents de cardiopathie ou ayant déjà reçu une dose importante d’anthracyclines (dose cumulative maximale de 550 mg/m2 pour la doxorubicine et 900 mg/m2 pour l’épirubicine) fait que cette question est moins aiguë.

La physiopathologie de la cardiotoxicité liée aux anthracyclines et au trastuzumab est différente [49]. La première est dose-dépendante et caractérisée par l’apparition de dommages myocardiques : vacuoles, dysfonction, voire arrêt myofibrillaire jusqu’à une possible nécrose myocardique, l’ensemble favorisant de manière irréversible une baisse de la FEV, puis une insuffisance cardiaque congestive. Ces événements semblent liés à l’apparition de radicaux libres et à l’oxydation des membranes des myocytes (dont les effets néfastes peuvent être contrebalancés par le dexrazoxane [50]), à l’influx de calcium et à des altérations mitochondriales [51, 52]. Les analogues [53] et les formulations liposomales [54, 55] sont les moyens les plus couramment utilisés pour réduire l’incidence de cette toxicité (cf. infra).

La toxicité cardiaque du trastuzumab diffère, car elle n’est pas dose-dépendante et semble réversible [47, 56]. Les bases moléculaires commencent à être élucidées et impliquent le blocage de la signalisation liée à HER2, indispensable pour la croissance, la réparation et la survie des myocytes [57]. En effet, HER2 est exprimé par les cardiomyocytes, et l’activation de cette voie de signalisation a un effet protecteur sur la fonction cardiaque. L’utilisation du trastuzumab après les anthracyclines pourrait donc théoriquement bloquer la réparation des lésions induites préalablement par les anthracyclines [58, 59].

En raison de ces différences, une classification a été proposée pour caractériser les toxicités cardiaques liées à l’utilisation d’anthracyclines d’une part, et d’inhibiteurs de HER2 d’autre part [49].

Ces données de toxicité cardiaque, majorée en cas d’association aux anthracyclines, ainsi que la pharmacologie du trastuzumab (demi-vie de 22 jours) font qu’il est recommandé de :

  • ne pas utiliser les anthracyclines en association avec le trastuzumab en dehors d’essais cliniques ;
  • ne pas utiliser les anthracyclines dans les six mois suivant l’administration de trastuzumab.

Ces recommandations sont cependant contrebalancées par la publication de l’étude de Buzdar et al., où l’association en néoadjuvant de trastuzumab et d’anthracycline n’est pas accompagnée de toxicité cardiaque cliniquement relevante. Des baisses de la FEV sont rapportées réversibles dans un tiers des cas [9, 11]. Valero et al. rapportent chez dix patients du même groupe des biopsies myocardiques normales [60]. De même, dans l’étude de phase III de Gianni et al. testant le rôle du trastuzumab en association à une chimiothérapie (doxorubicine-paclitaxel-cyclophosphamide-metrothexate-5-FU) en néoadjuvant, 11 % des 115 patientes traitées par trastuzumab ont présenté une diminution asymptomatique de la FEV supérieure ou égale à 10 %, et une seule a vu sa FEV abaissée à moins de 45 % [61].

Par ailleurs, une méta-analyse des études adjuvantes met en évidence une différence absolue de 1,6 % (p < 0,000 01) du nombre d’insuffisances cardiaques entre les bras avec trastuzumab et sans trastuzumab [62].

D’autres essais tentent de réexplorer l’association trastuzumab et anthracyclines (doxorubicine liposomale ou épirubicine) avec des résultats encourageants et l’absence relative de toxicité cardiaque (tableau 4). Ils s’appuient sur le fait que l’épirubicine est moins cardiotoxique que la doxorubicine (rapport de 1,8) [63], et qu’en modifiant la pharmacocinétique et la biodistribution de la doxorubicine, l’encapsulation liposomale permet de diminuer la libération de la molécule au niveau des tissus sains, en particulier cardiaque, et d’augmenter sa concentration au niveau tumoral [64]. En monothérapie et en première ligne métastatique chez des patientes porteuses d’un CSM, deux études de phase III ont permis de montrer une efficacité équivalente avec une moindre cardiotoxicité de la doxorubicine liposomale par rapport à la doxorubicine conventionnelle [65, 66]. Deux produits contenant de la doxorubicine liposomale sont actuellement disponibles : la doxorubicine liposomale pégylée (Caelyx®) et la doxorubicine liposomale non pégylée (Myocet®) ; la pégylation permettant d’augmenter la demi-vie plasmatique (55 vs 2-3 heures) [64] et l’accumulation au niveau du site tumoral du produit en le protégeant de la dégradation.

Tableau 1 Études comparatives de combinaisons trastuzumab et chimiothérapie.

Auteurs

Nombre de patientes

Schémas

RO

RC

RP

S

Chimiothérapie ± trastuzumab

Slamon et al. [2]

138

Dx + Cy

42

4

38

143

T + Dx + Cy

56

8

48

96

P/3s

17

2

15

92

T + P/3s

42

8

34

Marty et al. [3]

94

D/3s

34

2

32

92

T + D/3s

61

7

54

Gasparini et al. [5]

58

P hebdomadaire

57

14

43

60

T + P hebdomadaires

75

22

53

Von Minckwitz et al. [43]

78

C

27

54

78

C + T

48

75

Comparaisons de chimiothérapies

Robert et al. [41]

94

T + P/3s

36

3

33

92

T + P/3s + CBDCA

52

10

42

Fountzilas et al. [39]

NC

T + P hebdomadaires

NC

T + P + CBDCA/3s

NC

T + D + G

Seidman et al. [40]

98

T + P hebdomadaires

55

76

T + P/3s

58



Tableau 2 Taux de réponses des principales combinaisons trastuzumab et chimiothérapie sans anthracyclines.

Auteurs

Nombre de patientes

Schémas

RO (%)

RC (%)

RP (%)

S (%)

Trastuzumab + taxanes

Esteva et al. (Esteva et al., 2002)

30

T + D hebdomadaires

60

60

13

Esteva et al. (Meden et al., 2001)

12

T + D hebdomadaires

50

50

42

Montemurro et al. (Montemurro et al., 2004)

42

T + D/3s

67

17

50

17

Sato et al. (Sato et al., 2006)

40

T + D hebdomadaires

65

Seidman et al. (Seidman et al., 2001)

95

T + P hebdomadaires

57

4

53

13

Tedesco et al. (Tedesco et al., 2004)

26

T + D hebdomadaires

50

8

42

31

Trastuzumab + ixabepilone

Tolaney et al. (Tolaney et al., 2008)

39

T + Ixabepilone/3s

51

51

25

Trastuzumab + sels de platine

Pegram et al. (Pegram et al., 1999)

37

T + CDDP

24

24

16

Pegram et al. (Pegram et al., 2004c)

34

T + D + CDDP

76

9

67

Pegram et al. (Pegram et al., 2004c)

14

T + D + CBDCA

71

21

50

Perez et al. (Perez et al., 2005b)

43

T + P + CBDCA/3s

65

Perez et al. (Perez et al., 2005b)

48

T + P + CBDCA hebdomadaires

81

(Ruiz et al. (Ruiz et al., 2008)

37

T + P + CBDCA hebdomadaires

56

27

29

22

Trastuzumab + capécitabine

Bartsch et al. (Bartsch et al., 2007)

40

T + C

20

3

17

50

Schaller et al. (Schaller et al., 2007)

27

T + C

45

15

30

33

Yamamoto et al. (Yamamoto et al., 2008)

59

T + C

65

Trastuzumab + vinca-alcaloïdes

Burstein et al. (Burstein et al., 2003)

54

T + V

68

7

61

17

Jahanzeb et al. (Jahanzeb et al., 2002)

40

T + V

78

11

67

8

Bartsch et al. (Bartsch et al., 2006)

78

T + V oral

28

6

22

34

Catania et al. (Catania et al., 2007)

39

T + V oral

41

5

36

43

Chan et al. (review) (Chan et al., 2007)

T + V

50-86

Infante et al. (Infante et al., 2004)

60

T + V + D

69

27

42

22

Bayo-Calero et al. (Bayo-Calero et al., 2008)

52

T +V hebdomadaires

58

Yardley et al. (Yardley et al., 2008)

21

T + VF/3s

48

48

Trastuzumab + navelbine + capecitabine

Yardley et al. (Chan et al., 2008)

44

T + V + C

77

18

59

18

Trastuzumab + gemcitabine

O’Shaughnessy et al. (O’Shaughnessy et al., 2004)

38

T + G

32

32

Bartsch et al. (Bartsch et al., 2008)

30

T + G

19

19

27

Loesch et al. (Loesch et al., 2008)

150

T +G + CBDCA

64



Tableau 3 Cardiotoxicité des études adjuvantes de phase III testant le rôle du trastuzumab.

Étude

Schémas

Nombre de patientes

Événements cardiaques

Insuffisance cardiaque (%)

Dysfonction systolique (%)

Arrêt trastuzumab (%)

HERA (24 mois) (Piccart-Gebhart, Smith, Sutter)

Chimiothérapie*

1 693

0

0,5

Chimiothérapie* ≥ T

1 694

0,6

3,0

4,3

NCCTG N9831 et NSABP B-31 (24 mois) (Romond, Perez, Tan-Chiu)

AC ≥ TX

1 679

0,8

17

AC ≥ TX + T

1 672

4,1

34

19

BCIRG-006 (2e analyse intermédiaire-36 mois (Slamon)

AC ≥ TX

1 073

0,4

10

AC ≥ TX + T

1 074

1,9

18

Non publié

DCT

1 075

0,4

8,6

Non publié

FinHer (36 mois) (Joensuu)

TX ou V ≥ FEC

116

4,0

3

TX ou V + T ≥ FEC + T

115

0

0

Non rapporté



Tableau 4 Études d’association trastuzumab/anthracyclines (liposomales ou non).

Auteurs

Schémas

Nombre de patientes

Baisse FEV ≥ 10 % et FEV > 55 %

FEV < 50 %

ICG

Theodoulou (ASCO 2002, abstract no 216), phase I/II

T hebdo + D liposomale (Myocet®) (60 mg/m2)/3s

37

1

1

Trigo (ASCO 2002, abstract no 242), phase I

T hebdo + TLC-D99 D liposomale (40 à 60 mg/m2) + paclitaxel (60 à 80 mg/m2)/3s

15

0

2

0

Bianchi et al. (Bianchi et al., 2003)

T hebdo + D (60 mg/m2) + paclitaxel (150 mg/m2)/3s, 3 cycles puis T + paclitaxel (80 mg/m2) hebdo 9 cycles Vs

16

12 Tous réversibles

4

0

D + paclitaxel, 3 cycles puis T hebdo + paclitaxel, 9 cycles

16

10

0

0

Untch et al. (Untch et al., 2007), phase II

T + E (60 mg/m2) + cyclophosphamide (600 mg/m2)/3s Vs

60

4

1

T + E (90 mg/m2) + cyclophosphamide (600 mg/m2)/3s Vs

60

9

3

E (90 mg/m2) + cyclophosphamide (600 mg/m2)/3s

62

0

0

Wolff SABCS 2004

T hebdo + D liposomale + docétaxel (30 à 60mg/m2)/4s

22

8

0

0

Venturini et al. (Venturini et al., 2005), phase II

T hebdo + E (75 mg/m2)/3s + docétaxel (75 mg/m2)/3s +

45

5

5

Chia et al. (Chia et al., 2006), phase II

T hebdo + D liposomale (Caelyx®)(50 mg/m2)/4s

30

3

0

Andreopoulou al. (Andreopoulou al., 2007), phase II

T hebdo + D liposomale (Caelyx®) (30 mg/m2)/3s

12

3

1

Gennari al. (Gennari al., 2008), phase II

T hebdo faible dose (2, puis 1 mg/kg) + E (90 mg/m2)/3s

45

6

2

2

Stickeler al. (Stickeler al., 2009), phase II

T hebdo + D liposomale (Caelyx®) (40 mg/m2)/4s

16

0

0

Nistico et al. (Nistico et al., 2009), phase II

T hebdo + E hebdo (25 mg/m2) + paclitaxel hebdo (80 mg/m2)

15

3

0

0

Cortes et al. (Cortes et al., 2009) phase I/II

T hebdo + TLC-D99 D liposomale (50 mg/m2)/3s + paclitaxel (80 mg/m2) hebdomadaires

69

0

12

0

La question de l’utilisation concomitante de trastuzumab et d’anthracyclines est-elle encore d’actualité ?

Slamon et al. ont présenté mais non encore publié la deuxième analyse intermédiaire de l’étude BCIRG-006 comparant en adjuvant dans des cancers du sein HER2-positifs : doxorubicine-cyclophosphamide suivi de docétaxel vs doxorubicine-cyclophosphamide suivi de docétaxel-trastuzumab vs trastuzumab-carboplatine-docétaxel [46]. Les bras avec trastuzumab apportentunbénéfice absolu en survie sans récidive de l’ordre de 6 %. Les résultats varient selon l’existence d’une amplification HER2 et topo-isomérase 2 (Topo II). Lorsque l’analyse porte sur les tumeurs HER2 amplifié et Topo II non amplifiée, les bras avec trastuzumab apportent toujours un bénéfice significatif. Lorsque HER2 et Topo II sont coamplifiés, ce qui représenterait 8 % de l’ensemble des cancers du sein et 35 % des cancers du sein HER2-3+, le bras doxorubicine-cyclophosphamide suivi de docétaxel sans trastuzumab devient équivalent, mais non supérieur aux bras avec trastuzumab [46].

L’utilisation concomitante d’anthracycline et de trastuzumab reste donc d’actualité mais probablement chez certaines patientes HER2-3+ sélectionnées.

Durée d’utilisation du trastuzumab

L’intérêt de l’introduction précoce du trastuzumab est démontré dans plusieurs études [3, 67, 68]. Parmi elles, une étude de phase III randomisée a comparé les survies sans progression et globale de deux cohortes de patientes recevant en première ligne métastatique le trastuzumab seul suivi de docétaxel à la progression (schéma séquentiel) ou l’association d’emblée (schéma concomitant) [68]. La survie sans progression médiane était significativement améliorée par le schéma concomitant (14,6 vs 3,7 mois, p < 0,000 1), ainsi que le taux de réponses (71 vs 15 %). L’étude a été interrompue prématurément devant ces résultats bien que la médiane de survie globale n’ait pas été atteinte, suggérant que la combinaison trastuzumab-docétaxel soit supérieure en première ligne métastatique au schéma séquentiel.

Dans pratiquement toutes les études publiées, le traitement par trastuzumab a été poursuivi au-delà de la chimiothérapie et jusqu’à progression sans que cette attitude ait été démontrée scientifiquement. La durée d’utilisation du trastuzumab devrait s’appuyer sur les résultats des études précliniques. Sur des modèles de xénogreffes de tumeurs HER2-positives, une reprise de la croissance tumorale est observée lors de l’arrêt du traitement par trastuzumab. Dans un autre modèle de xénogreffe (KPL4) de tumeur mammaire humaine HER2-positive progressant sous trastuzumab, la poursuite du trastuzumab potentialise l’activité antimorale du paclitaxel [69, 70]. Des études observationnelles [71-75] ont montré qu’en cas de progression, le trastuzumab, poursuivi avec différentes lignes de chimiothérapies successives, permettait de constater des survies médianes pouvant dépasser quatre ans. D’autres études rétrospectives vont dans le même sens [76-78], alors que d’autres ne retrouvent pas de bénéfice en termes de réponse et de survie à la poursuite du trastuzumab [79, 80].

Plus récemment, l’étude randomisée de phase III TBP (GBG 26/BIG 3-05) démontrait que chez les patientes progressant sous trastuzumab, sa poursuite en association à la capécitabine utilisée lors du traitement ultérieur était bénéfique en termes de taux de réponses et de survies sans progression avec une tendance à l’amélioration de la survie [81].

Trastuzumab et grossesse

Les données sont peu nombreuses, sept cas, et ont été colligés par Pant et al. [82]. Quatre patientes avaient débuté le traitement par trastuzumab avant leur grossesse (3 à 52 semaines). Quatre cas d’oligohydramnios ou d’anhydramnios sont rapportés ainsi qu’un cas d’insuffisance rénale. L’accouchement (survenu constamment après 32 semaines d’aménorrhée) ainsi que le développement ultérieur de l’enfant se sont avérés normaux. Un autre cas a été rapporté par Weber-Schoendorfer et Schaefer, la patiente ayant été traitée trois semaines avant la conception et jusqu’à 26 semaines de grossesse. Elle a présenté un décollement placentaire à 27 semaines d’aménorrhée conduisant à la réalisation d’une césarienne. L’enfant est décédé à quatre mois de complications liées à la prématurité mais présentait une hypoplasie/dysplasie d’un rein [83]. Witzel et al. décrivent la survenue d’un oligohydramnios à 27 semaines d’aménorrhée chez une patiente ayant reçu 32 cycles de trastuzumab, l’enfant est décédé à 21 semaines d’un syndrome de défaillance multiviscérale [84].

Actuellement, une contraception est recommandée aux patientes sous trastuzumab.

Trastuzumab et métastases cérébrales

Le trastuzumab, de par sa taille, ne peut traverser la barrière hématoencéphalique. Ainsi, 25 à 35 % des patientes porteuses d’un CSM HER2-positif traitées par trastuzumab vont développer des métastases cérébrales, même si la maladie systémique est par ailleurs contrôlée [85-89]. Quand ces métastases cérébrales sont diagnostiquées, il est difficile de savoir s’il faut poursuivre le traitement par trastuzumab. Les résultats de plusieurs études laissent penser qu’il est préférable de le maintenir afin de contrôler la maladie systémique et d’augmenter les survies globale et sans progression [88, 90]. Il en est de même après un traitement local spécifique (irradiation) [91]. Une de ces études suggère que les métastases cérébrales apparaissent plus tardivement chez les patientes traitées par trastuzumab [90]. Enfin, le trastuzumab ne réduit pas le risque de développer des métastases cérébrales : dans une série de 264 patientes porteuses d’un CSM HER2-positif (dont 80 % traitées par trastuzumab ± chimiothérapie), le traitement par trastuzumab n’est pas associé à une réduction du risque de métastases cérébrales qui surviennent chez 103 patientes (39 %) après un suivi médian de 3,1 ans (avec un délai médian après le début du traitement de 15 mois et un risque cumulé à 1,3 et 5 ans de 17, 42 et 55 % respectivement) [92].

Dans une étude menée sur 108 patientes (47 HER2-positives, 48 HER2-négatives, 13 HER2 non connues), la survie après le diagnostic des métastases cérébrales était meilleure chez les patientes HER2-positives que chez celles HER2-négatives (22,4 vs 9,4 mois, p = 0,000 2). Cependant, la survie des patientes surexprimant HER2 et non traitées par trastuzumab était comparable à celle des patientes ne surexprimant pas HER2, suggérant le rôle bénéfique de la poursuite du trastuzumab. Dans cette même étude, la survie n’était pas corrélée avec le contrôle de la maladie cérébroméningée, mais avec le contrôle de la maladie systémique, militant pour la poursuite du trastuzumab après le diagnostic de métastases cérébrales [93].

Une étude rétrospective menée sur 204 patientes porteuses d’un CSM traitées par trastuzumab met en évidence trois facteurs de risque de développer des métastases cérébrales :

  • un âge inférieur ou égal à 50 ans ;
  • un cancer du sein récidivant ;
  • des métastases hépatiques.

Lapatinib

Lapatinib monothérapie

Le lapatinib (Tyverb®) est une petite molécule administrée par voie orale inhibant de façon réversible les domaines tyrosines-kinases de HER1 et HER2 ; il agit également sur Akt et inhibe l’activation des MAP-kinases. Dans les lignées cellulaires dépendantes d’EGFR et d’HER2, le lapatinib est capable de provoquer un arrêt de la prolifération et une apoptose par réduction de la phosphorylation des kinases et inhibition de l’activation d’Erk1/2 et d’Akt qui sont les effecteurs de la prolifération et de la survie cellulaire.

Dans une étude de phase II (EGF20009), en première ligne métastatique et monothérapie orale (1 500 mg une fois par jour ou 500 mg deux fois par jour) chez 138 patientes HER2-positives n’ayant jamais reçu de trastuzumab, le lapatinib permet d’obtenir 24 % de réponses objectives et un bénéfice clinique au-delà de six mois de 31 % [94]. Les effets secondaires, peu sensibles au rythme d’administration, sont essentiellement de la diarrhée (46 %), des rashs (32 %), un prurit (22 %), des douleurs musculaires (14 %), des nausées-vomissements (14 %) et une toux (13 %). Aucun épisode toxique de grade 4, et aucune toxicité cardiaque n’a été rapportée dans cette étude.

Parmi les tumeurs HER2-positives, environ 30 % surexpriment p95HER2 (récepteur HER2 tronqué de son domaine extracellulaire mais comportant toujours l’activité tyrosine-kinase). Ces tumeurs sont de moins bon pronostic et sont résistantes à un traitement par trastuzumab, car l’anticorps monoclonal ne peut se lier au récepteur [95, 96]. Soixante-huit échantillons tumoraux de l’étude EGF20009 [94] ont été évalués pour l’expression de p95HER2, et il a été montré que le lapatinib avait une activité similaire chez les patientes avec p95HER2-positif ou p95HER2-négatif [97].

Dans une autre étude de phase II, Burstein et al. rapportent que le lapatinib, à 1 500 mg/j chez 140 patientes HER2-positives, progressant sous trastuzumab, permet d’obtenir 6 % de bénéfice clinique, c’est-à-dire l’absence de progression à six mois [98]. La deuxième cohorte de 89 patientes HER2-négatives progressant sous chimiothérapie n’a eu aucun bénéfice clinique du traitement par lapatinib. Chez 78 patientes progressant après une ou deux lignes de traitement avec trastuzumab, le lapatinib monothérapie (1 250 ou 1 500 mg/j) permet d’obtenir 5,1 % de réponses et un bénéfice clinique (réponses complètes, partielles et stabilisations à 24 semaines) de 9 % [99]. Le temps jusqu’à progression médian dans cette étude de phase 2 était de 15,3 semaines, et la survie globale médiane de 79 semaines.

Ces résultats ont conduit à réaliser des études chez les patientes HER2-positives progressant sous trastuzumab, en association à la chimiothérapie.

L’utilisation du lapatinib, comme celle du trastuzumab, peut augmenter le risque de dysfonction cardiaque (toxicité réversible) et impose donc une surveillance de celle-ci [100].

Lapatinib et chimiothérapie

Une première étude de phase III publiée par Geyer et al. en 2006 a montré la supériorité de l’association capécitabine plus lapatinib vs lapatinib seul en termes de survie sans progression (8,4 vs 4,4 mois, p < 0,001) [101].

Une deuxième étude de phase III (EGF100151) réalisée chez des patientes porteuses d’un CSM HER2-positif, déjà traitées par anthracyclines et taxanes, a démontré qu’après progression sous trastuzumab, l’adjonction de lapatinib (1 250 mg/j en continu) à une nouvelle ligne de capécitabine (2 000 mg/m2 de j1 à j14) [198 patientes] vs capécitabine seul (201 patientes) apportait un avantage. Le taux de réponses objectives était de 23,7 vs 13,9 % (p = 0,017), le temps jusqu’à progression de 6,2 vs 4,3 mois (p < 0,001). En revanche, il n’y avait pas de différence significative en termes de survie globale (15,6 vs 15,3 mois, p = 0,177). Avec l’association, la toxicité cardiaque était de 2,4 % et toujours asymptomatique ; la diarrhée et les syndromes mains-pieds étaient fréquents (60 et 49 %) ; le taux de métastases cérébrales était réduit : quatre cas (2 %) vs 13 cas (6 %) [p = 0,045] [102].

Le lapatinib a ainsi obtenu son AMM en association avec la capécitabine, après progression sous trastuzumab/chimiothérapie en juin 2008 en France. Une communication au SABCS 2008 suggère que le lapatinib peut restaurer la sensibilité à la capécitabine chez des patientes HER2-positives devenues résistantes à cette prodrogue du 5-FU en régulant de façon négative l’EGFR/HER2 et la thymidylate synthase [103].

L’association lapatinib (1 500 mg/j)-paclitaxel (175 mg/m2 par trois semaines) vs paclitaxel seul ont été comparés dans une étude de phase III (EGF30001), en première ligne de traitement chez des patientes porteuses d’un CSM. Initialement prévue pour des tumeurs HER2-négatives, la population recrutée a finalement comporté aussi des patientes HER2-positives. Il n’y a pas eu de différence en survie sans progression (29 vs 22,9 semaines, p = 0,142), sauf chez les patientes HER2-positives (36,4 vs 25,1 semaines, p = 0,005). Dans ce même groupe, l’adjonction du lapatinib a également amélioré le taux de réponses (63,3 vs 37,8 %, p = 0,023) et le taux de bénéfices cliniques (69,4 vs 40,5 %, p = 0,011) [104]. Globalement, l’association lapatinib-paclitaxel était relativement bien supportée avec des rashs (43 vs 21 %), de la diarrhée (58 vs 26 %), des vomissements (25 vs 17 %) et des mucites (13 vs 3 %) ; l’ensemble des toxicités étant de grades 1-2. Ils n’ont pas observé d’incidences différentes de neutropénie sévère, de neutropénie fébrile ou de diminution de la FEV.

Il ressort de l’analyse conjointe des études EGF100151 et EGF30001, présentée à l’ASCO 2008 [105] que seules les patientes HER2 IHC3+ et/ou FISH+ bénéficient du lapatinib en termes de taux de réponses, de bénéfices cliniques et de survies sans progression.

L’association lapatinib (1 500 mg/j)-paclitaxel hebdomadaire (80 mg/m2) a été évaluée dans une étude de phase II en première ligne métastatique chez 57 patientes HER2-positives. Le taux de réponses objectives observé est de 77 %, et le profil de tolérance est comparable au schéma paclitaxel toutes les trois semaines (diarrhée : 56 vs 58 %, rashs : 40 vs 43%, toxicité neurologique : 25 vs 26%), sauf en ce qui concerne les neutropénies, tous grades confondus, plus fréquentes dans le schéma hebdomadaire (44 vs 26 %) mais avec une incidence des grades supérieurs ou égaux à 3 comparable dans les deux groupes (26 vs 21 %) [106].

Il faut noter que des complications dermatologiques sévères peuvent survenir sous lapatinib et méritent la mise en place de traitements spécifiques et préventifs [107].

Lapatinib et hormonothérapie

Une étude de phase III randomisée testant l’association létrozole (2,5 mg/j) et lapatinib (1 500 mg/j) vs létrozole seul a été conduite chez 219 patientes, RH-positives et HER2-positives atteintes d’un CSM en première ligne métastatique. Il en résulte une augmentation significative de la survie sans progression en faveur de l’association (8,2 vs 3 mois, p = 0,001 9) ainsi que du taux de réponses (27,9 vs 14,8 %, p = 0,021) et du bénéfice clinique (47,7 vs 28,7 %, p = 0,003) avec une bonne tolérance [108].

Lapatinib et métastases cérébrales

L’efficacité du lapatinib sur les métastases cérébrales a été évaluée dans une étude de phase II chez 39 patientes, prétraitées par trastuzumab (100 %) et par radiothérapie (95 %), en progression cérébrale [109]. Le lapatinib était donné à la dose de 750 mg, deux fois par jour. Le taux de réponses objectives était de 2,6 % (une réponse partielle). Sept patientes ne présentaient pas de progression cérébrale ou périphérique à 16 semaines. Par ailleurs, le lapatinib est le premier agent anti-HER2 dont l’efficacité a été démontrée sur des métastases cérébrales de cancer du sein dans un modèle préclinique [110].

Le futur : associations de thérapies ciblées ?

Une proportion importante de patientes va récidiver après trastuzumab, soit en rechute après utilisation du trastuzumab en adjuvant et/ou en néoadjuvant, soit lors du traitement de la maladie métastatique. Le trastuzumab, incontournable dès la première ligne de traitement, est utilisé en associations successives multiples avec des chimiothérapies, avec des survies médianes pouvant dépasser quatre ans. Se pose néanmoins la question du renforcement de la thérapeutique anti-HER2. Le tableau 5 présente une liste des thérapies ciblées prometteuses pour les cancers du sein HER2-positifs qui tentent soit de contourner les phénomènes de résistance (mutation ou perte du récepteur extramembranaire, perte de PTEN [phosphatase and tensin homolog]), soit de cibler d’autres voies métaboliques de transduction du signal.

Association trastuzumab et pertuzumab

Le pertuzumab est un anticorps monoclonal humanisé de type IgG1 qui se lie spécifiquement à la partie extracellulaire du récepteur HER2 au niveau du domaine 2 du bras de dimérisation. L’intérêt du pertuzumab réside dans le fait qu’à l’inverse du trastuzumab, qui n’agit que sur la signalisation HER2, il peut inhiber les hétérodimérisations (HER2-HER1, HER2-HER3, HER2-HER4) et toutes les signalisations d’aval qui en découlent [111], la dimérisation HER2-HER3 étant la plus importante vis-à-vis de la croissance tumorale. Il peut donc représenter une alternative intéressante au traitement par trastuzumab dans le cancer du sein HER2-positif (quel que soit le niveau d’expression d’HER2) mais également un traitement potentiel dans d’autres cancers dont la prolifération serait médiée par des récepteurs EGFR (ovaire, bronche, prostate). Sa synergie avec la chimiothérapie est étudiée.

L’intérêt de son association avec le trastuzumab résiderait dans le double blocage de la dimérisation et de la signalisation HER en complément de l’action extracellulaire du trastuzumab. Ce double blocage est synergique expérimentalement [112, 113].

Dans une étude de phase II réalisée sur 66 patientes progressant sous trastuzumab, un taux de réponses de 24 % a été observé (cinq réponses complètes et 11 réponses partielles) ainsi qu’une stabilisation de plus de six mois chez 17 patientes, apportant ainsi un bénéfice clinique chez 50 % des patientes traitées [114, 115]. Les principaux effets secondaires observés sont :

  • diarrhée (64 %) ;
  • asthénie (33 %) ;
  • nausées (27 %) ;
  • rashs (26 %).

Seulement, trois événements ont été de grade 3 et aucun de grade 4. Un seul cas de diminution asymptomatique de la FEV a été rapporté.

Dans une deuxième étude de phase II portant sur 11 patientes, deux (18 %) réponses partielles et trois (27 %) stabilisations de plus de 18 semaines ont été constatées. Cinq (45 %) patientes ont présenté une dysfonction ventriculaire gauche de grades 1 à 3, et une insuffisance cardiaque symptomatique est survenue chez une patiente [116]. La cardiotoxicité mérite donc d’être surveillée [117].

Dans ces deux études, le pertuzumab était administré toutes les trois semaines à la dose de 420 mg par voie intraveineuse après une dose de charge de 840 mg.

Une étude de phase III (Cleopatra) est actuellement réalisée et compare en première ligne métastatique chez les patientes HER2-positives, l’association docétaxel-trastuzumab plus ou moins pertuzumab.

Tableau 5 Principales thérapies ciblées utilisées ou potentiellement intéressantes dans les cancers du sein HER2-positifs.

Trastuzumab

Anticorps monoclonal

Inhibition HER2

Renforcement thérapeutique anti-HER2

Pertuzumab

Anticorps monoclonal

Inhibition HER2

Associations anti EGFR-HER

Lapatinib

TKI

Inhibition réversible HER2 et EGFR

HKI-272

TKI

Inhibition irréversible HER2 et EGFR

Gefitinib-erlotinib

TKI

Inhibition EGFR

Associations anti-HER2-anti-VEGF

Bevacizumab

Anticorps monoclonal

Inhibition VEGF

Pazopanib

TKI multicibles

Inhibition VEGFR/PDGFR

Autres associations

Temsirolimus (CCI 779)

Analogue de la rapamycine

Inhibition mTOR et désactivation Akt

Tanespimycine

Dérivé de la geldanamycine

Inhibition HSP90

Associations anti-HER2 et anti-EGFR

Trastuzumab et lapatinib

L’intérêt de l’association trastuzumab-lapatinib réside dans le double blocage d’HER2, sur des sites distincts et par des mécanismes d’action différents. La cytotoxicité cellulaire peut ainsi être augmentée, et les mécanismes de résistance innés ou acquis à l’un ou à l’autre des inhibiteurs peuvent être contournés. Le lapatinib, agissant à l’intérieur de la cellule, peut bloquer la signalisation de récepteurs ayant perdu ou muté leur domaine extracellulaire, une des causes de résistance au trastuzumab. Inversement, lors de mutation activatrice du site de fixation des inhibiteurs de tyrosine-kinase, rendant le lapatinib inefficient, le trastuzumab peut quand même bloquer le récepteur et sa signalisation. Dans des modèles expérimentaux, l’association lapatinib-trastuzumab augmente l’apoptose et diminue la survivine (protéine antiapoptotique) [118, 119].

Lors d’une étude de phase I, l’association s’est montrée efficace et peu toxique, avec essentiellement de la diarrhée, une asthénie et des éruptions cutanées chez des patientes multitraitées. Il n’y avait pas d’interaction pharmacocinétique [120]. L’association trastuzumab hebdomadaire-lapatinib (1 000 mg/j) vs lapatinib seul (1 500 mg/j) a été testée chez 296 patientes HER2-positives, en phase métastatique, après progression sous trastuzumab (nombre médian de lignes avec trastuzumab = 3) [121]. La survie sans progression (12 vs 8,4 semaines, p = 0,029), objectif principal de l’étude, et le bénéfice clinique à 24 semaines (25,2 vs 13,2 %, p = 0,02) ont été améliorés par l’association. Il n’y avait pas de différence significative sur le taux de réponses objectives et la survie globale. Un décès d’origine cardiaque est survenu dans le bras avec l’association.

Une étude de phase I récente a testé l’association lapatinib-carboplatine-paclitaxel sans et avec trastuzumab chez des patientes HER2-positives métastatiques n’ayant jamais reçu de trastuzumab, permettant de montrer la faisabilité de l’association avec une toxicité acceptable [122].

Seules des études randomisées, associant chimiothérapie ± trastuzumab ± lapatinib, permettront de réellement définir la place de cette association thérapeutique.

Trastuzumab et neratinib (HKI-272)

HKI-272 est un inhibiteur irréversible d’HER2 et d’EGFR, réduisant les activités kinases et les signaux de transduction de 50 %. Expérimentalement, HKI-272 est supérieur au trastuzumab dans le blocage de la phosphorylation de HER2, MAPK et Akt [123]. Une étude de phase I a testé HKI-272 chez 73 patients, dont 23 cancers du sein pour lesquels un taux de réponses de 17 % a été rapporté [124]. Le rationnel de son association au trastuzumab est le même que celui du lapatinib.

Une étude de phase II réalisée chez 136 patientes porteuses d’un cancer du sein localement avancé ou métastatique HER2-positif a permis d’évaluer le neratinib (HKI-272), à la posologie de 240 mg/j par voie orale [125]. Cette étude comportait deux bras : 66 patientes avaient déjà reçu du trastuzumab (bras A), et 70 patientes n’avaient pas bénéficié de cette thérapeutique (bras B). La survie sans progression médiane dans le bras A était de 23 et de 40 semaines dans le bras B. Le taux de réponses objectives était de 26 % dans le bras A, et de 56% dans le bras B. L’effet secondaire le plus fréquent était la diarrhée : environ 90 % des cas tous grades confondus dans les bras avec 30 % de grades 3-4 dans le bras A, et 13 % dans le bras B.

Cette thérapeutique semble donc prometteuse dans cette indication.

Trastuzumab et gefitinib/erlotinib

Il s’agit d’inhibiteurs réversibles de tyrosine-kinase agissant sur HER1 administrés par voie orale. Il existe des arguments expérimentaux en faveur de l’association [126]. En clinique, une phase I/II a montré que la dose maximale tolérée de gefitinib (Iressa®) en association au trastuzumab hebdomadaire est de 250 mg/j mais ne retrouve pas de bénéfice clinique par rapport au trastuzumab seul chez des patientes métastatiques HER2-positives. Une des explications proposée est que l’inhibition de phosphorylation d’HER2 induite par le gefitinib est suivie par un rétrocontrôle positif activant HER3 et Akt, limitant l’effet de cet inhibiteur de tyrosine-kinase [127].

Une étude de phase I/II a évalué la faisabilité et la tolérance de l’association trastuzumab-erlotinib [128].

Associations anti-HER2 et antiangiogéniques

Trastuzumab et bevacizumab

Le VEGF (vascular endothelial growth factor) est le plus puissant et le plus spécifique des promoteurs de l’angiogenèse, et un régulateur clé de l’angiogenèse tumorale [129]. Le bevacizumab (Avastin®) est un anticorps monoclonal humanisé qui bloque la fixation de toutes les isoformes du VEGF humain sur son récepteur VEGFR [130]. Dans les CSM ou inflammatoires, l’association en première ligne de traitement du bevacizumab avec une chimiothérapie (capécitabine, doxorubicine, paclitaxel ou docétaxel) permet d’améliorer le taux de réponses et la survie sans récidive [131-134].

Les relations entre les signaux de transduction induits par HER2 et les voies de l’angiogenèse passent par le VEGF. Des études in vitro démontrent qu’une augmentation de l’expression mARN de HIF-1α (hypoxia-inducible factor-1) et de VEGF existe dans les lignées cellulaires surexprimant HER2 [135], et que l’exposition au trastuzumab diminue le VEGF dans les cellules surexprimant HER2 [136]. Des données précliniques vont dans le sens d’une combinaison synergique du bevacizumab et du trastuzumab [137].

Une étude de phase I/II a permis de tester l’association trastuzumab hebdomadaire et bevacizumab (3, puis 5, puis 10 mg/kg par 14 jours). Chez les neuf premiers patients de la phase I étaient notées 56 % de réponses objectives et 22 % de stabilisations. Chez les 37 patients de la phase II, les chiffres étaient à 54 et 30 %. Des insuffisances cardiaques étaient notées chez ces patientes lourdement prétraitées notamment par anthracyclines [138, 139]. Cette association est actuellement testée, en première ligne métastatique et en association avec la chimiothérapie (docétaxel).

Lapatinib et bevacizumab

Une étude de phase II a étudié l’association lapatinib (1 500 mg/j) et bevacizumab (10 mg/kg tous les 15 jours) chez 52 patientes porteuses d’un CSM HER2-positif mutitraitées dont 91 % progressaient sous trastuzumab. L’objectif principal, qui était la survie sans progression à 12 semaines, a été de 69 %. Le taux de réponses objectives était de 13,3 %, et les principales toxicités de grade 3 ont été des diarrhées (2 %) et des rashs (4 %). Tous les événements cardiaques (cinq patientes) ont été asymptomatiques [140].

Pazopanib

Le pazopanib est une petite molécule inhibant le domaine intracellulaire tyrosine-kinase des VEGFR-1 à 3 mais aussi de PDGFR-α, PDGFR-β et de c-Kit.

La dose recommandée est de 800 mg par jour par voie orale. Les effets secondaires incluent hypertension artérielle, dépigmentation des cheveux, asthénie et augmentation des transaminases. Comme la majorité des petites molécules, il existe des interactions médicamenteuses potentielles dues à leur métabolisme par le cytochrome CYP3A4.

Une association de pazopanib (400 mg/j) et de lapatinib (1 000 mg/j) a été évaluée dans une étude de phase II utilisant le lapatinib comme contrôle (1 500 mg/j). À 12 semaines de traitement, le taux de progression est de 15,9 % avec l’association et de 36,8 % pour le lapatinib seul. De même, le taux de réponses est amélioré. La toxicité est acceptable avec de la diarrhée et des rashs cutanés [141].

Autres associations

Inhibiteurs de mTOR (mammalian target of rapamycin) et trastuzumab

La kinase mTOR est un important médiateur de la voie PI3K-Akt (phosphatidylinositol 3 kinases), qui intervient dans la croissance et la prolifération tumorales. Les voies de signalisation mTOR semblent indépendantes des voies des tyrosines-kinases activées par les récepteurs HER, ce qui rend attrayante une association entre le trastuzumab et les inhibiteurs de mTOR. De surcroît, les inhibiteurs de mTOR pourraient avoir un rôle spécifique dans les tumeurs porteuses de mutations inhibitrices de PTEN, qui sont connues pour favoriser la résistance des cancers du sein au trastuzumab [142-145].

Le temsirolimus (CCI 779, Torisel®) est un inhibiteur sélectif de la protéine mTOR. Une étude de phase II réalisée chez 109 patientes porteuses d’un CSM, multitraitées, a montré des taux de réponses de 9,2 % et une médiane de survie sans récidive de 12 semaines [146]. Il n’y a pas de résultats spécifiques chez les patientes HER2-positives (35 % des patientes de cette étude), mais le rationnel de l’association existe.

L’éverolimus (RAD001) est un inhibiteur oral de mTOR testé en association avec le paclitaxel et le trastuzumab hebdomadaires dans une étude de phase I chez 27 patientes porteuses d’un CSM HER2-positif et devenues résistantes au trastuzumab. Sur les 22 patientes évaluables, une a présenté une réponse complète (5 mg/j), huit une réponse partielle (4 à 5 mg/j, 1 à 10 mg/j et 2 à 30 mg/semaine) et 11 patientes une stabilisation (6 à 10 mg/j et 5 à 30 mg/semaine). Parmi les 12 patientes résistantes à la fois au trastuzumab et aux taxanes, une a eu une réponse complète, cinq une réponse partielle et trois une stabilisation de plus de 16 semaines. Les effets secondaires les plus fréquents sont les neutropénies et les mucites [147]. La dose recommandée pour la phase II est de 10 mg/j.

Tanespimycine (KOS-953) et trastuzumab

La protéine chaperonne HSP90 (heat shock protein) joue un rôle de protection du bon repliement tridimensionnel des protéines en dépit des chocs thermiques. HER2 est une des protéines prises en charge par HSP90.

La tanespimycine (17-allylamino-17-demethoxy-geldanamycine = 17-AAG) est un dérivé de la geldanamycine qui inhibe l’activité de HSP90 dans plusieurs modèles tumoraux murins [148-151]. Dans des modèles de xénogreffes humains de cancers du sein surexprimant HER2, la tanespimycine entraîne une dégradation de HER2 et une activité antitumorale significative avec à la fois des stabilisations et des réponses tumorales [152]. Dans une étude de phase I utilisant la tanespimycine solubilisée dans du diméthyl sulfoxide (DMSO), la toxicité était fonction du schéma et de la dose utilisés et incluait une élévation des enzymes hépatiques, de la diarrhée et une thrombocytopénie [153-158]. Une autre formulation de tanespimycine contenant du crémophore EL a été développée. Des études précliniques ont démontré que les deux formulations avaient des pharmacocinétiques comparables et une activité antitumorale similaire dans des modèles de xénogreffes tumoraux humains.

Dans des modèles animaux, l’effet antitumoral est augmenté quand on utilise l’association du trastuzumab et de la tanespimycine, par comparaison à l’effet obtenu avec chacun de ces deux traitements administrés séparément [159]. Une étude de phase I a testé la faisabilité de cette association chez 25 patients dont 18 CSM (dont 15 étaient HER2-positifs et progressaient sous trastuzumab). Les réponses tumorales (une réponse partielle, quatre réponses mineures) n’ont été observées que chez les patientes HER2-positives. Les effets secondaires les plus fréquents sont : diarrhée, asthénie et nausées [160].

Trastuzumab-DM1

Le trastuzumab-DM1 (T-DM1) est le premier ADC (anticorps couplé à une substance) combinant l’activité du trastuzumab et d’un agent antimétabolite (maytansine = DM1) qui cible spécifiquement les cellules surexprimant HER2. Le DM1 se lie à la tubuline de façon compétitive sur le site vinca-alcaloïdes avec une affinité 20 à 100 fois plus importante que la vincristine. Cet anticorps a été évalué dans deux études de phase I (schéma hebdomadaire et toutes les trois semaines) chez des patients porteurs d’un CSM HER2-positif progressant sous trastuzumab [161-163]. La dose maximale tolérée dans le schéma toutes les trois semaines est de 3,6 mg/kg. Parmi les 16 patientes ayant reçu 2,4 ou 3,6 mg/kg, six patientes ont présenté une réponse partielle et cinq une stabilisation. Les effets secondaires de grades supérieurs ou égaux à 2 étaient peu fréquents et réversibles. Aucune toxicité cardiaque n’a été rapportée.

Conclusion

De nombreuses questions restent à élucider : séquence des différents schémas possibles, types d’association, durée d’utilisation des différentes thérapies ciblées ainsi que la prise en charge des métastases cérébroméningées, fréquentes dans cette population et sur lesquelles les thérapeutiques validées sont peu efficaces.

Toutefois, l’avenir est prometteur, puisque de nombreuses molécules sont actuellement en cours de développement dans le cancer du sein HER2-positif métastatique. La plupart sont testées en association avec les chimiothérapies conventionnelles.

Conflits d’intérêts

aucuns.

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