Accueil > Revues > Médecine > Bulletin du cancer > Texte intégral de l'article
 
      Recherche avancée    Panier    English version 
 
Nouveautés
Catalogue/Recherche
Collections
Toutes les revues
Médecine
Bulletin du Cancer
- Numéro en cours
- Archives
- S'abonner
- Commander un       numéro
- Plus d'infos
Biologie et recherche
Santé publique
Agronomie et Biotech.
Mon compte
Mot de passe oublié ?
Activer mon compte
S'abonner
Licences IP
- Mode d'emploi
- Demande de devis
- Contrat de licence
Commander un numéro
Articles à la carte
Newsletters
Publier chez JLE
Revues
Ouvrages
Espace annonceurs
Droits étrangers
Diffuseurs



 

Texte intégral de l'article
 
  Version imprimable
  Version PDF

Identification en pratique clinique des carcinomes basal-like du sein : des carcinomes « triple zéro/BRCA1-like »


Bulletin du Cancer. Volume 97, Numéro 3, 357-63, mars 2010, Synthèse

DOI : 10.1684/bdc.2010.1062

Résumé   Summary  

Auteur(s) : A Vincent-Salomon, G Macgrogan, E Charaffe-Jauffret, J Jacquemier, L Arnould , Institut Curie, département de biologie des tumeurs, Inserm U830, 26, rue d’Ulm, 75248 Paris cedex 05, France, Institut Bergonié, département de pathologie, 229, cours de l’Argonne, 33076 Bordeaux cedex, France, Centre de recherche en cancérologie de Marseille, laboratoire d’oncologie moléculaire, UMR891 Inserm/Institut Paoli-Calmettes, Marseille, France, Centre Georges-François-Leclerc, département de biologie et de pathologie des tumeurs, 1, rue du Professeur-Marion, BP 77980, 21079 Dijon, France.

Résumé : Les carcinomes basal-like représentent 10 à 15 % des carcinomes infiltrants du sein et ont été identifiés grâce aux données des puces d’expression. Morphologiquement, ce sont des tumeurs de grade histopronostique 3, indifférenciées et qui sont, en pratique, identifiées par la négativité des récepteurs aux estrogènes, à la progestérone et ERBB2 associées à l’expression des cytokératines 5/6/14 et/ou l’EGFR. D’un point de vue morphologique, phénotypique et moléculaire, ces carcinomes partagent une très grande similitude avec les carcinomes infiltrants survenant chez les femmes porteuses de mutations constitutionnelles de BRCA1. En particulier, ces tumeurs présentent de très nombreuses altérations chromosomiques avec de nombreux gains et pertes, des mutations de P53 dans environ 100 % des cas et de fréquentes mutations de PTEN avec activation de la voie AKT. Le terme basal-like peut à tort suggérer une origine cellulaire de ces carcinomes au niveau des cellules basales/myoépithéliales alors qu’aucune donnée ne permet actuellement de l’affirmer. De plus, les carcinomes présentant un immunophénotype basal-like forment un groupe de carcinomes hétérogènes incluant aussi bien les carcinomes de grade 3 indifférenciés que des carcinomesrares de type adénoïde kystique et sécrétant juvénile. Les similitudes existant entre les tumeurs basal-like de haut grade et peu différenciées avec les carcinomes survenant dans un contexte de mutation BRCA1 justifient la proposition de dénomination sous le terme de carcinomes « triple zéro/BRCA1-like » des tumeurs jusque-là appelées basal-like. L’absence de thérapeutique ciblée disponible actuellement pour ces tumeurs, ainsi que leur pronostic péjoratif, rend urgent la nécessité de progresser dans la compréhension des anomalies moléculaires qui surviennent dans ces tumeurs pour améliorer la prise en charge des patientes. Des développements thérapeutiques récents reposant sur l’utilisation d’inhibiteurs des PARP (poly-[ADP-ribose] polymérase) sont très prometteurs et s’appuient directement sur les progrès réalisés dans la compréhension de la biologie de ces tumeurs basal-like BRCA1, triple zéro/BRCA1-like.

Mots-clés : carcinomes basal-like, BRCA1, cancer du sein, profil d’expression, immunophénotype, inhibiteurs de PARP

Illustrations

ARTICLE

Auteur(s) : A Vincent-Salomon1, G Macgrogan2, E Charaffe-Jauffret3, J Jacquemier3, L Arnould4

1Institut Curie, département de biologie des tumeurs, Inserm U830, 26, rue d’Ulm, 75248 Paris cedex 05, France
2Institut Bergonié, département de pathologie, 229, cours de l’Argonne, 33076 Bordeaux cedex, France
3Centre de recherche en cancérologie de Marseille, laboratoire d’oncologie moléculaire, UMR891 Inserm/Institut Paoli-Calmettes, Marseille, France
4Centre Georges-François-Leclerc, département de biologie et de pathologie des tumeurs, 1, rue du Professeur-Marion, BP 77980, 21079 Dijon, France

Article reçu le 1 Octobre 2009, accepté le 8 Février 2010

Introduction

Les analyses moléculaires des profils d’expression transcriptomique des carcinomes infiltrants du sein ont, depuis quelques années, modifié leur classification et tenté d’améliorer la compréhension de la carcinogenèse mammaire [1-3]. Les données des profils d’expression ont permis d’individualiser cinq principaux sous-types moléculaires parmi les carcinomes infiltrants : luminal A, luminal B, ERBB2, basal-like et normal-like. Les carcinomes basal-like sont caractérisés par l’absence d’expression des récepteurs aux estrogènes et à la progestérone et de ERBB2. Les carcinomes basal-like sont, avec les carcinomes ERBB2-like, associés à un pronostic péjoratif, mais ne bénéficient pas en pratique clinique actuelle de thérapeutiques ciblées [1-3]. Ce groupe est de plus hétérogène sur le plan clinique, morphologique et moléculaire [4]. De nouvelles possibilités thérapeutiques basées sur une meilleure compréhension des caractéristiques biologiques des carcinomes basal-like sont en développement pour adapter la prise en charge thérapeutique des patientes. Or, cette entité a été identifiée à partir des données des puces d’expression transcriptomique, technique accessible uniquement dans quelques centres spécialisés. Les nouvelles avancées thérapeutiques de ces tumeurs rendent l’identification des carcinomes basal-like, par immunohistochimie sur tissu fixé et inclus en paraffine en pratique clinique, tout à fait indispensable.

Toutefois, il convient de rappeler qu’il n’y a actuellement pas de recommandations internationales sur lesquelles les pathologistes peuvent s’appuyer, puisque cette entité a été individualisée après la publication de la classification des carcinomes mammaires de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) 2002.

Cet article a pour but de rappeler les principales caractéristiques biologiques, morphologiques et cliniques des carcinomes de type basal-like et de donner des recommandations en pratique clinique pour leur identification, à partir des données actuellement disponibles à ce jour dans la littérature.

Identification moléculaire des carcinomes basal-like : données transcriptomiques issues des puces d’expression

Les carcinomes de type basal-like ont été identifiés initialement à partir des données des puces d’expression [1-3, 5] comme un sous-groupe des carcinomes infiltrants. Ces tumeurs présentent une signature transcriptomique caractérisée entre autres par :
  • la sous-expression des gènes de la signature luminale, c’est-à-dire l’absence ou un très faible niveau d’expression du gène des récepteurs aux estrogènes (RO) et de la progestérone (RP) et de gènes tels que GATA3, LIV1, BCL2 ;
  • l’expression forte de gènes des cytokératines de haut poids moléculaire, dites « basales », car elles sont exprimées par ailleurs par les cellules myoépithéliales « basales » de la glande mammaire normale, les cytokératines 5/6/17/14. Ces carcinomes présentent également une expression élevée de gènes comme EGFR, CAVEOLINE 1 et 2, P-CADHERINE, KIT, FABP7 ;
  • une expression forte de gènes de prolifération tels que STK6, MYB, BUB1 TOPO2 Isomerase alpha.

Ces tumeurs ne présentent, de plus, pas de surexpression de gènes tels qu’ERBB2.

La signature transcriptomique « intrinsèque » caractérisant chaque sous-type moléculaire, initialement identifiée par Perou et al. [1], est robuste et a été confirmée par de nombreuses autres études transcriptomiques [2, 3, 6, 7].

Toutefois, il a clairement été montré que le groupe basal-like est un groupe hétérogène sur le plan transcriptomique [8, 9]. En particulier, deux grands sous-groupes sont individualisés, l’un associé à une importante activation des gènes de l’immunité (gènes des immunoglobulines et gènes de la voie de signalisation de l’interféron) et l’autre à des gènes de la matrice extracellulaire et du cytosquelette (comme actine, ezrine, moesine). Il a de plus été montré que les carcinomes basal-like associés à une forte expression des gènes de l’immunité étaient associés à un pronostic plus favorable [9]. Les carcinomes médullaires partagent cette signature basal-like avec forte expression des gènes de l’immunité [8].

Transfert en pratique clinique de l’identification des carcinomes de type basal-like

L’analyse par immunohistochimie des tumeurs basal-like a ensuite été réalisée afin de repérer ce sous-type tumoral en pratique sur les blocs tumoraux fixés et inclus en paraffine au moment du diagnostic initial, à l’aide d’une combinaison d’anticorps des gènes constamment sous-exprimés et d’autres surexprimés.

Un carcinome dont l’imunoprofil est RO– (0 %), RP– (0 %), ERBB2– (0 %) (« triple zéro »), qui présente une expression des cytokératines de haut poids moléculaire CK5/6/14 et/ou de l’EGFR et/ou de KIT, peut être considéré comme un carcinome de phénotype basal-like [10, 11]. Il n’y a pas de seuil strictement défini pour reconnaitre une tumeur comme positive pour les cytokératines de haut poids moléculaires (de 1 à plus de 10 % de cellules positives). Pour l’EGFR, le seuil de positivité retenu raisonnable peut être de 10 % de cellules marquées.

En pratique courante, pour toute tumeur triple zéro (c’est-à-dire : RO = 0 % ; RP = 0 % et ERBB2 = 0 %) et de grade histopronostique 3, sera déterminée par immunohistochimie l’expression des cytokératines 5/6 et de l’EGFR. Si ces deux marqueurs sont négatifs, il y a lieu de demander dans un deuxième temps, l’expression des cytokératines 14 et/ou de KIT. L’expression de l’un de ces marqueurs (CK5/6 et/ou EGFR et/ou CK 14 et/ou KIT) permet de nommer alors un adénocarcinome infiltrant de grade 3, triple négatif « carcinome basal-like (ou triple zéro/BRCA1-like) » (figures 1 et 2).

Tumeurs du sein de phénotype basal-like : un groupe hétérogène de tumeurs

Sur le plan morphologique, les carcinomes basal-like correspondant à ceux décrits par les puces d’expression sont des carcinomes de type canalaire peu différencié, le plus souvent de grade histopronostique 3 et/ou à fort index mitotique, à marges « refoulantes » et bien circonscrites, associés à des plages de nécrose géographique souvent centrale, avec un infiltrat inflammatoire lymphocytaire en périphérie. Les cellules présentent des atypies nucléaires souvent marquées et un index mitotique élevé. Les cellules tumorales sont agencées en travées, sans différenciation glandulaire.

Les carcinomes métaplasiques [12] et médullaires sont considérés d’un point de vue biologique et phénotypique comme des carcinomes de type basal-like [13-15].

Il faut de plus souligner que 7,3 % des carcinomes non triples négatifs expriment des marqueurs basals (cytokératines 5/6 ou 14 ou EGFR), et qu’environ 20 % des carcinomes triples négatifs n’expriment pas les marqueurs basal-like [16]. Il a été montré que les carcinomes triples négatifs n’exprimant pas les marqueurs de type basal étaient associés à un pronostic plus favorable par rapport aux véritables carcinomes basal-like [16].

Les carcinomes adénoïdes kystiques et les carcinomes secrétants juvéniles présentent un immunophénotype de type basal-like [17, 18]. Or, ces deux entités sont associées à un pronostic très favorable et dépendant uniquement de la qualité du traitement locorégional, cela malgré certaines caractéristiques transcriptomiques communes des carcinomes adénoïdes kystiques avec les autres carcinomes basal-like.

Enfin, les carcinomes triples négatifs qui n’expriment ni les cytokératines de haut poids moléculaire ni KIT mais les récepteurs aux androgènes (AR) ont été identifiés comme des carcinomes de type apocrine [19].

Données génomiques issues des analyses de mutations de gènes et d’analyses pangénomiques par puces CGH

Sur le plan génomique, les carcinomes basal-like sont caractérisés par la présence de mutations du gène P53 observées dans pratiquement 95 à 100 % des cas [14, 20, 21]. Ces tumeurs présentent également de fréquentes altérations intragéniques du gène PTEN avec une activation de la voie AKT/mTOR [22].

Les analyses par puces CGH (comparative genomic hybridization ou hybridation génomique comparative en français) ont montré que ces tumeurs présentent des profils génomiques très remaniés avec de nombreuses anomalies du nombre des chromosomes (gains, pertes) et peu d’amplification de gènes [14, 23, 24].

Parmi le spectre de carcinomes de type basal-like, les carcinomes métaplasiques et médullaires présentent aussi des particularités génomiques.

Les carcinomes métaplasiques de type épidermoïde présentent des amplifications du gène EGFR observées jusque dans 37 % des cas [12].

Les carcinomes médullaires présentent par comparaison aux carcinomes basal-like sporadiques plus de gains et d’amplifications sur les bras courts des chromosomes 10 et 12 [14].

Analogie des carcinomes basal-like sporadiques avec les carcinomes des patientes porteuses de mutations BRCA1

Les carcinomes survenant dans un contexte de mutation héréditaire du gène BRCA1 sont dans 85 % des cas de type basal-like et partagent les caractéristiques génomiques, transcriptomiques et morphologiques des tumeurs sporadiques de type basal-like [25]. En particulier, ces tumeurs présentent des mutations du gène P53 dans environ 100 % des cas. Les tumeurs basal-like sporadiques ont une inactivation somatique (c’est-à-dire intratumoral) de BRCA1 par méthylation du promoteur de BRCA1 ou par inhibition de son promoteur par une protéine telle que ID4 [26, 27]. Ces similitudes morphologiques, immunophénotypiques et moléculaires incitent à nommer les carcinomes basal-like sporadiques « carcinomes triple zéro/BRCA1-like ».

Cette similitude entre les deux entités a permis d’ouvrir des perspectives thérapeutiques probablement très intéressantes.

Enjeux cliniques posés par ce groupe de tumeurs

Les études transcriptomiques initialement, les études phénotypiques ensuite ont montré que les patientes porteuses de tumeur basal-like ont une évolution clinique plus péjorative avec une survie globale et sans récidive plus courte que les autres sous-types [28]. Ces tumeurs présentant des taux de métastase axillaire ganglionnaire inférieurs à ceux décrits dans d’autres types tumoraux, ont une dissémination métastatique viscérale préférentielle aux poumons et au cerveau. Il a également été rapporté de plus fréquentes atteintes métastatiques multiviscérales synchrones [10, 16].

Il s’agit d’un groupe de tumeurs pour lequel aucune thérapeutique ciblée n’est actuellement disponible, et pour lesquelles, la recherche de nouvelles stratégies thérapeutiques adaptées est urgente. Il a toutefois été clairement montré que ces tumeurs, souvent associées à une prolifération élevée, répondent bien ou même mieux que d’autres sous-types (luminal en particulier) à la chimiothérapie à base d’anthracyclines [28-30].

Des perspectives cliniques très intéressantes s’ouvrent actuellement avec les associations de chimiothérapies classiques à des inhibiteurs des PARP.

En effet, les altérations génomiques (leur type et leur nombre) de ces tumeurs montrent la présence d’une instabilité génétique importante, identique à celle observée dans les tumeurs BRCA1 et induite entre autres par l’inactivation somatique de BRCA1. Elle se traduit par de nombreuses altérations génomiques avec pertes et gains chromosomiques, associées à des mutations de P53 et de PTEN. [31-35]. L’inhibition de la voie de réparation des cassures simples brins de l’ADN par les inhibiteurs de PARP est une stratégie élégante pour détruire spécifiquement ces cellules tumorales déjà incapables de réparer les cassures doubles brins, étant donné l’inactivation de BRCA1. Les premiers résultats des essais de phase I ont été présentés au dernier congrès de l’ASCO 2009 et récemment publiés [32].

Ces perspectives de traitements spécifiquement réservés aux tumeurs de type basal-like rendent indispensables leur identification fiable par les pathologistes.

En pratique, la reconnaissance des carcinomes basal-like repose sur leur caractérisation morphologique et immunophénotypique. Elle doit être réalisée en pratique par les pathologistes pour une prise en charge des patientes adaptées, dans le cadre de protocoles de recherche clinique, qui deviendront les futures références de traitement s’ils démontrent leur efficacité.

Elle doit être faite pour les carcinomes de grade histopronostique 3 et de phénotype « triple zéro » pour permettre l’inclusion des patientes dans des essais thérapeutiques adéquats qui devraient à terme aboutir à des améliorations cliniques pour les patientes porteuses de ces tumeurs agressives.

Ainsi définis, ces carcinomes représentent 10 à 15 % des carcinomes infiltrants mammaires.

Commentaires pour en savoir plus : pourquoi le terme basal-like n’est-il probablement pas le plus approprié pour nommer cette entité ?

Il faut interpréter avec prudence les données moléculaires et les replacer dans le contexte actuel de la compréhension de la biologie des cancers du sein.

En effet, depuis la description de l’entité en 2000 par Pérou puis par Sorlie, les publications faisant référence au cancer basal-like croissent de façon exponentielle, et l’utilisation de ce terme basal-like décrit des carcinomes aussi différents d’un point de vue biologique et clinique que les carcinomes adénoïdes kystiques et les carcinomes médullaires.

L’origine de ce terme basal vient des travaux de Moll et al. [36], dans les années 1980, qui désignent ainsi des cellules présentes dans certains épithéliomas stratifiés, et qui expriment les cytokératines 14, 17 et 5. Ces cellules sont en position « basale » juste au contact de la membrane basale, soit au niveau des cellules myoépithéliales. Mais « basal » n’est pas synonyme de myoépithélial.

Il faut de plus noter que dans la glande mammaire humaine, l’expression des cytokératines 5/6/14/17 a été également retrouvée dans certaines cellules luminales des unités terminales ductolobulaires (UTDL) que la plupart des travaux actuels s’accordent à identifier comme le point de départ des cancers du sein [37]. De plus, les cytokératines dites « luminales » 8, 18 et 19, qui sont exprimées dans les cellules luminales mais jamais dans les cellules myoépithéliales de la glande normale, sont en revanche retrouvées largement dans la plupart des carcinomes mammaires y compris les carcinomes de type basal-like. En effet, Moll et al. ont montré que 100 % des cancers mammaires expriment la cytokératine 18, et jusqu’à 20 % peuvent exprimer la cytokératine 14 [14, 38]. Cette observation suggère fortement que les tumeurs ont plutôt une origine « luminale au niveau des UTDL » que « myoépithéliale ou basale ».

Il y a donc non seulement une variabilité de l’expression des cytokératines « basales » dans la glande mammaire normale (expression dans les cellules myoépithéliales et luminales de certaines UTDL), mais aussi une variabilité de l’expression entre glande mammaire normale et cancer.

L’interprétation des données de Pérou et Sorlie avec l’identification du groupe basal-like par de nombreux auteurs a introduit l’idée que ces différents types tumoraux dérivent des différents compartiments cellulaires de la glande mammaire normale. Pourtant, il n’y a pas de preuves expérimentales actuelles supportant cette hypothèse, notamment pour le cancer basal-like. De plus, une étude critique des données conjointes de puces et d’immunohistochimie publiée récemment par Moinfar mettait en évidence que le cluster basal était surtout caractérisé par l’expression de cytokeratine 5 et 17, alors que bon nombre d’études immunohistochimiques n’utilisent jamais la cytokératine 17 mais plutôt très largement la cytokératine 14 [39].

À retenir

Il est indispensable d’identifier de façon reproductible les carcinomes basal-like pour pouvoir adapter au mieux les options thérapeutiques.

Ces tumeurs représentent 10 à 15 % des carcinomes infiltrants du sein.

Elles sont caractérisées par un grade histopronostique 3, la triple négativité des RO, de la progestérone et de l’ERBB2 (tumeurs triple zéro). Elles expriment les cytokératines 5/6 ou 14 et/ou l’EGFR. Elles partagent de très nombreuses altérations moléculaires avec les carcinomes survenant dans un contexte de mutations héréditaires du gène BRCA1 qui justifieraient de les nommer « triple zéro/BRCA1-like ».

Cette dénomination éviterait la confusion avec les tumeurs partageant les mêmes caractéristiques phénotypiques sans présenter les mêmes caractéristiques morphologiques et moléculaires. Ce nouveau terme mettrait en lumière l’intérêt des nouvelles approches thérapeutiques prometteuses, basées sur l’inactivation des autres mécanismes de réparation de l’ADN tels que les inhibiteurs de PARP.

Conflits d’intérêts

aucuns.

Références

1 Perou CM, Sorlie T, Eisen MB, van de Rijn M, Jeffrey SS, Rees CA, et al. Molecular portraits of human breast tumours. Nature 2000 ; 406 : 747-52.

2 Sorlie T, Perou CM, Tibshirani R, Aas T, Geisler S, Johnsen H, et al. Gene expression patterns of breast carcinomas distinguish tumor subclasses with clinical implications. PNAS 2001 ; 98 : 10869-74.

3 Sorlie T, Tibshirani R, Parker J, Hastie T, Marron JS, Nobel A, et al. Repeated observation of breast tumor subtypes in independent gene expression data sets. PNAS 2003 ; 100 : 8418-23.

4 Sotiriou C, Pusztai L. Gene-expression signatures in breast cancer. N Engl J Med 2009 ; 360 : 790-800.

5 Sotiriou C, Wirapati P, Loi S, Harris A, Fox S, Smeds J, et al. Gene expression profiling in breast cancer: understanding the molecular basis of histologic grade to improve prognosis. J Natl Cancer Inst 2006 ; 98 : 262-72.

6 Hu Z, Fan C, Oh DS, Marron JS, He X, Qaqish BF, et al. The molecular portraits of breast tumors are conserved across microarray platforms. BMC Genomics 2006 ; 7 : 96.

7 Reyal F, van Vliet MH, Armstrong NJ, Horlings HM, de Visser KE, Kok M, et al. A comprehensive analysis of prognostic signatures reveals the high predictive capacity of the proliferation, immune response and RNA splicing modules in breast cancer. Breast Cancer Res 2008 ; 10 : R93.

8 Bertucci F, Finetti P, Cervera N, Charafe-Jauffret E, Mamessier E, Adelaide J, et al. Gene expression profiling shows medullary breast cancer is a subgroup of basal breast cancers. Cancer Res 2006 ; 66 : 4636-44.

9 Kreike B, van Kouwenhove M, Horlings H, Weigelt B, Peterse H, Bartelink H, et al. Gene expression profiling and histopathological characterization of triple-negative/basal-like breast carcinomas. Breast Cancer Res 2007 ; 9 : R65.

10 Nielsen TO, Hsu FD, Jensen K, Cheang M, Karaca G, Hu Z, et al. Immunohistochemical and clinical characterization of the basal-like subtype of invasive breast carcinoma. Clin Cancer Res 2004 ; 10 : 5367-74.

11 van de Rijn M, Perou CM, Tibshirani R, Haas P, Kallioniemi O, Kononen J, et al. Expression of cytokeratins 17 and 5 identifies a group of breast carcinomas with poor clinical outcome. Am J Pathol 2002 ; 161 : 1991-6.

12 Weigelt B, Kreike B, Reis-Filho JS. Metaplastic breast carcinomas are basal-like breast cancers: a genomic profiling analysis. Breast Cancer Res Treat 2009 ; 117 : 273-80. Epub 2008 Sep 25.

13 Jacquemier J, Padovani L, Rabayrol L, Lakhani SR, Penault-Llorca F, Denoux Y, et al. Typical medullary breast carcinomas have a basal/myoepithelial phenotype. J Pathol 2005 ; 207 : 260-8.

14 Vincent-Salomon A, Gruel N, Lucchesi C, MacGrogan G, Dendale R, Sigal-Zafrani B, et al. Identification of typical medullary breast carcinoma as a genomic sub-group of basal-like carcinomas, a heterogeneous new molecular entity. Breast Cancer Res 2007 ; 9 : R24.

15 Rodriguez-Pinilla SM, Rodriguez-Gil Y, Moreno-Bueno G, Sarrio D, Martin-Guijarro Mdel C, Hernandez L, et al. Sporadic invasive breast carcinomas with medullary features display a basal-like phenotype: an immunohistochemical and gene amplification study. Am J Surg Pathol 2007 ; 31 : 501-8.

16 Rakha EA, Reis-Filho JS, Ellis IO. Basal-like breast cancer: a critical review. J Clin Oncol 2008 ; 26 : 2568-81.

17 Azoulay S, Lae M, Freneaux P, Merle S, Al Ghuzlan A, Chnecker C, et al. KIT is highly expressed in adenoid cystic carcinoma of the breast, a basal-like carcinoma associated with a favorable outcome. Mod Pathol 2005 ; 18 : 1623-31.

18 Lae M, Freneaux P, Sastre-Garau X, Chouchane O, Sigal-Zafrani B, Vincent-Salomon A. Secretory breast carcinomas with ETV6-NTRK3 fusion gene belong to the basal-like carcinoma spectrum. Mod Pathol 2009 ; 22 : 291-8.

19 Farmer P, Bonnefoi H, Becette V, Tubiana-Hulin M, Fumoleau P, Larsimont D, et al. Identification of molecular apocrine breast tumours by microarray analysis. Oncogene 2005 ; 24 : 4660-71.

20 de Cremoux P, Vincent Salomon A, Liva S, Dendale R, Bouchind’homme B, Martin E, et al. p53 Mutation as a Genetic Trait of Typical Medullary Breast Carcinoma. J Natl Cancer Inst 1999 ; 91 : 641-3.

21 Manie E, Vincent-Salomon A, Lehmann-Che J, Pierron G, Turpin E, Warcoin M, et al. High frequency of TP53 mutation in BRCA1 and sporadic basal-like carcinomas but not in BRCA1 luminal breast tumors. Cancer Res 2009 ; 69 : 663-71.

22 Marty B, Maire V, Gravier E, Rigaill G, Vincent-Salomon A, Kappler M, et al. Frequent PTEN genomic alterations and activated phosphatidylinositol 3-kinase pathway in basal-like breast cancer cells. Breast Cancer Res 2008 ; 10 : R101.

23 Bergamaschi A, Kim YH, Wang P, Sorlie T, Hernandez-Boussard T, Lonning PE, et al. Distinct patterns of DNA copy number alteration are associated with different clinicopathological features and gene-expression subtypes of breast cancer. Genes Chromosomes Cancer 2006 ; 45 : 1033-40.

24 Chin K, DeVries S, Fridlyand J, Spellman PT, Roydasgupta R, Kuo WL, et al. Genomic and transcriptional aberrations linked to breast cancer pathophysiologies. Cancer Cell 2006 ; 10 : 529-41.

25 Foulkes WD, Stefansson IM, Chappuis PO, Begin LR, Goffin JR, Wong N, et al. Germline BRCA1 mutations and a basal epithelial phenotype in breast cancer. JNCI Cancer Spectrum 2003 ; 95 : 1482-5.

26 Turner NC, Reis-Filho JS. Basal-like breast cancer and the BRCA1 phenotype. Oncogene 2006 ; 25 : 5846-53.

27 Turner NC, Reis-Filho JS, Russell AM, Springall RJ, Ryder K, Steele D, et al. BRCA1 dysfunction in sporadic basal-like breast cancer. Oncogene 2007 ; 26 : 2126-32.

28 Reis-Filho JS, Tutt AN. Triple negative tumours: a critical review. Histopathology 2008; 52: 108-18.

29 Carey LA, Dees EC, Sawyer L, Gatti L, Moore DT, Collichio F, et al. The triple negative paradox: primary tumor chemosensitivity of breast cancer subtypes. Clin Cancer Res 2007 ; 13 : 2329-34.

30 Rouzier R, Perou CM, Symmans WF, Ibrahim N, Cristofanilli M, Anderson K, et al. Breast cancer molecular subtypes respond differently to preoperative chemotherapy. Clin Cancer Res 2005 ; 11 : 5678-85.

31 Ashworth A. A synthetic lethal therapeutic approach: poly(ADP-ribose) polymerase inhibitors for the treatment of cancers deficient in DNA double-strand break repair. J Clin Oncol 2008 ; 26 : 3785-90.

32 Fong PC, Boss DS, Yap TA, Tutt A, Wu P, Mergui-Roelvink M, et al. Inhibition of poly(ADP-ribose) polymerase in tumors from BRCA mutation carriers. N Engl J Med 2009 ; 361 : 123-34.

33 Lord CJ, Ashworth A. Targeted therapy for cancer using PARP inhibitors. Curr Opin Pharmacol 2008 ; 8 : 363-9.

34 Martin SA, Lord CJ, Ashworth A. DNA repair deficiency as a therapeutic target in cancer. Curr Opin Genet Dev 2008 ; 18 : 80-6.

35 Turner N, Tutt A, Ashworth A. Targeting the DNA repair defect of BRCA tumours. Curr Opin Pharmacol 2005 ; 5 : 388-93.

36 Moll R, Franke WW, Schiller DL, Geiger B, Krepler R. The catalog of human cytokeratins: patterns of expression in normal epithelia, tumors and cultured cells. Cell 1982 ; 31 : 11-24.

37 Gusterson B. Do ‘basal-like’ breast cancers really exist? Nat Rev Cancer 2009 ; 9 : 128-34.

38 Malzahn K, Mitze M, Thoenes M, Moll R. Biological and prognostic significance of stratified epithelial cytokeratins in infiltrating ductal breast carcinomas. Virchows Arch 1998 ; 433 : 119-29.

39 Moinfar F. Is ‘basal-like’ carcinoma of the breast a distinct clinicopathological entity? A critical review with cautionary notes. Pathobiology 2008 ; 75 : 119-31.


 

Qui sommes-nous ? - Contactez-nous - Conditions d'utilisation - Paiement sécurisé
Actualités - Les congrès
Copyright © 2007 John Libbey Eurotext - Tous droits réservés
[ Informations légales - Powered by Dolomède ]