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Utilisation d’une méthode PCR en temps réel pour l’étude des ganglions sentinelles dans les carcinomes mammaires : expérience des centres anticancéreux de Lille et de Clermont-Ferrand


Bulletin du Cancer. Volume 97, Numéro 3, 349-55, mars 2010, Synthèse

DOI : 10.1684/bdc.2010.1039

Résumé   Summary  

Auteur(s) : M-C Baranzelli, F Penault-Llorca, F Revillon, G Portefaix, F Mishellany, M-P Chauvet, S Giard, M-M Dauplat, P Gimbergues, Y-M Robin, J Dauplat, J Bonneterre , Centre Oscar-Lambret, 3, rue Frédérique-Combemale, 59020 Lille cedex, France, Centre Jean-Perrin, boulevard Trudaine, 63000 Clermont-Ferrand, France.

Résumé : La technique RT-PCR en temps réel, GeneSearch™ Breast Lymph Node Assay (BLN), utilisant le mRNA de la mammaglobine et de la cytokératine (CK) 19, permet de détecter en peropératoire dans les ganglions sentinelles (GS) les métastases supérieures à 0,2 mm.Matériel–méthodesQuatre-vingt-trois patientes, 33 du centre Jean-Perrin et 50 du centre Oscar-Lambret, étaient éligibles pour cette étude, entre novembre 2007 et juin 2008. Chaque GS était étudié pour moitié par BLN et pour moitié de façon habituelle (extemporané par empreintes +/- coupes congelées, inclusion en paraffine, coupes semi-sériées et étude immunohistochimique).RésultatsCent cinquante-sept GS étaient examinés avec BLN, avec un nombre moyen et médian de deux GS par pte. Quatorze patientes avaient des macro- ou des micrométastases \; le diagnostic a été posé sept fois en extemporané, et le curage axillaire a pu être alors immédiat \; dans les sept autres cas, le diagnostic a été fait par la méthode BLN et/ou l’histologie définitive \; deux cas de discordance entre BLN et l’histologie définitive ont été observés probablement en rapport avec l’échantillonnage. Sept curages ont été réalisés secondairement, dont six auraient été faits immédiatement avec la méthode BLN. La sensibilité de BLN est de 92 %, la spécificité de 98 %, la valeur prédictive négative de 98 % et la valeur prédictive positive de 92 %. La durée moyenne de la procédure est de 40 minutes pour deux GS. Cette méthode ne détecte pas les cellules tumorales isolées (CTI) pour lesquelles aucun consensus n’existe sur la réalisation ou non d’un curage complémentaire.ConclusionDans cette étude, cette méthode sensible et rapide permet d’augmenter le confort des patientes en réduisant le nombre de réinterventions pour curage.

Mots-clés : ganglion sentinelle, carcinome mammaire, RT-PCR, extemporané

ARTICLE

Auteur(s) : M-C Baranzelli1, F Penault-Llorca2, F Revillon1, G Portefaix2, F Mishellany2, M-P Chauvet1, S Giard1, M-M Dauplat2, P Gimbergues2, Y-M Robin1, J Dauplat2, J Bonneterre1

1Centre Oscar-Lambret, 3, rue Frédérique-Combemale, 59020 Lille cedex, France
2Centre Jean-Perrin, boulevard Trudaine, 63000 Clermont-Ferrand, France

Article reçu le 24 Juin 2009, accepté le 18 Novembre 2009

Introduction

L’étude du ganglion sentinelle (GS) est devenue une procédure habituelle d’évaluation de l’envahissement ganglionnaire axillaire pour les tumeurs T0, T1, T2 jusqu’à 3 cm, en l’absence de métastases ganglionnaires évidentes cliniquement ou à l’imagerie [1-4]. Il fait l’objet d’une étude histopathologique approfondie incluant coupes semi-sériées et étude immunohistochimique si l’examen standard est négatif.

Ainsi, des métastases de très petite taille sont mises en évidence, justifiant un aménagement de la classification pour le N dans l’OMS 2003 [5]. En l’absence d’envahissement tumoral, le curage axillaire n’est pas réalisé, et donc sa morbidité est évitée. Si des micrométastases (0,2 à 2 mm) ou des macrométastases (> 2 mm) sont décelées à l’examen histopathologique, un curage axillaire est réalisé secondairement. Environ 30 % des patientes devront bénéficier d’une réintervention pour curage axillaire secondaire. Pour éviter ces « procédures », de nombreuses équipes pratiquent un examen extemporané du GS sous forme d’appositions ou de coupes congelées, impliquant un curage axillaire immédiat en cas de détection de cellules tumorales. Néanmoins, en raison de la sensibilité limitée de ces méthodes, 10 à 17 % des patientes doivent avoir un curage axillaire secondairement.

Pour réduire ces réinterventions pour curage axillaire et améliorer la sensibilité de l’examen extemporané, une nouvelle technique de RT-PCR en temps réel (GeneSearch™ Breast Lymph Node Assay [BLN] ; Veridex, LLC, Warren, NJ) (tableau 1) a été testée dans deux centres français de lutte contre le cancer (Centre Jean-Perrin de Clermont-Ferrand et Centre Oscar-Lambret de Lille) sur 83 patientes. Ce test a eu l’agrément de la FDA le 16 juillet 2007, dans le cadre de la détection de métastases ganglionnaires des cancers du sein en peropératoire, à la condition que la moitié du ganglion soit examinée en méthode conventionnelle. C’est un test basé sur une méthode d’amplification de l’acide nucléique, utilisant le mRNA de la mammaglobine et de la cytokératine (CK) 19, calibré pour une détection des lésions métastatiques supérieures à 0,2 mm. Les GS ont été étudiés pour moitié par la méthode extemporanée standard et pour moitié par la méthode BLN. Les sensibilités, les spécificités, les valeurs prédictives positives et négatives des deux méthodes ont été comparées.

Tableau 1 Résultats globaux.

Par ganglion, n = 157

Nombre de GS déclarés positifsa

Nombre de GS déclarés négatifsa

HPS et IHC

16 (+2 GS avec CTI) (10 %)

141 (90 %)

GeneSearch™ BLN Assay

16 (10 %)

141 (90 %)

Extemporané

8 (5 %)

149 (95 %)

Par patiente, n = 82

Nombre de ptes avec au moins 1 GS positifa

Nombre de ptes avec GS négatifsa

HPS et IHC

13 (+2 ptes avec CTI) (16 %)

69 (84 %)

GeneSearch™ BLN Assay

13 (16 %)

69 (84 %)

Extemporané

7 (8,5 %)

75 (91,5 %)

Matériel et méthode

Les patientes éligibles pour l’étude des GS par la méthode BLN, âgées de plus de 18 ans, avaient un adénocarcinome mammaire invasif, T0, T1 ou T2 de moins de 3 cm, sans chirurgie homolatérale, axillaire ou mammaire, dans les six semaines précédentes.

Entre novembre 2007 et juin 2008, 83 patientes (33 du Centre Jean-Perrin et 50 du Centre Oscar-Lambret) ont été enregistrées dans l’étude du GS. Toutes les patientes ont été dûment informées et ont signé un consentement écrit. Une pte a été exclue en raison d’une chirurgie mammaire homolatérale préalable et récente, non précisée lors de l’intervention pour GS.

Recueil du GS et examen peropératoire

Les GS, identifiés par la méthode isotopique ou au bleu et disséqués selon les modalités habituelles, ont été transmis au laboratoire d’anatomie pathologique dans les dix minutes.

Chaque GS a été dégraissé et sectionné perpendiculairement à son plus grand axe en un nombre pair de tranches de section. Une tranche sur deux était examinée selon la méthode extemporanée standard (empreintes ± coupes congelées), et une tranche sur deux selon la méthode BLN. Les GS macroscopiquement suspects ont également été étudiés par les deux méthodes.

Description de la méthode BLN

L’échantillon ganglionnaire est pesé, puis homogénéisé pour libérer les molécules d’ARN. L’ARN est purifié, et la RT-PCR est effectuée sur un échantillon d’ARN.

La réaction RT-PCR en temps réel est effectuée de façon isolée et homogène dans l’appareil Cepheid Smart Cycler® II, avec les mélanges réactionnels (tampons contenant des amorces et des sondes d’ADN spécifiques aux marqueurs, des désoxyribonucléosides triphosphates et de l’ADN-polymérase) fournis par la société Veridex. Pour chaque échantillon, sont étudiés les deux marqueurs de carcinome mammaire, CK19 et mammaglobine, et un gène de contrôle interne (housekeeping gene ou gène de ménage) présent dans toutes les cellules et témoin d’un déroulement correct de la manipulation. Les tests sont calibrés pour détecter les métastases supérieures à 0,2 mm. Un contrôle externe est, par ailleurs, réalisé pour chaque manipulation. Les résultats sont rendus en positif sans notion de taille de la métastase, en négatif ou en invalide en cas de contrôle interne ou externe non satisfaisant.

Le résultat de la méthode BLN n’a pas eu de valeur décisionnelle dans cette série de patientes, et seules les patientes avec un examen extemporané standard positif ont bénéficié d’un curage axillaire immédiat.

Examen histologique définitif

Les tranches ganglionnaires examinées en extemporané standard ont fait l’objet, après inclusion totale, de six coupes semi-sériées à 150 μ, colorées pour une sur deux de façon standard à l’hémalun-phloxine-safran ; en l’absence de métastase, une étude immunohistochimique complémentaire par CKAE1 (M3515, CK clone AE1 AE3 de chez Dako avec kit de détection ultraview DAB, référence 760-500 de chez Ventana) est réalisée sur les autres coupes.

Analyse

L’analyse a porté :
  • sur les résultats obtenus suivant chacune des deux méthodes : examen extemporané standard ou BLN en termes de « GS » et en termes de « procédures », une procédure étant réalisée pour une pte et incluant un ou plusieurs GS. Les paramètres de sensibilité, de spécificité, de valeur prédictive négative ou positive ont été calculés pour chacune des deux méthodes, en prenant comme méthode de référence l’histologie définitive incluant la technique standard et l’immunohistochimie ;
  • sur la comparaison des résultats de l’histopathologie définitive et de la méthode BLN ;
  • sur le temps nécessaire à la méthode BLN et à sa faisabilité.

Résultats

Pour les 82 patientes incluses dans le protocole, 157 GS ont été étudiés avec un nombre moyen et médian de deux GS par pte (extrêmes : 1 à 6) (tableaux 1 et 2).
  • 16 des 157 ganglions examinés par la méthode BLN ont été déclarés positifs. À l’examen extemporané par appositions, huit d’entre eux étaient positifs et huit étaient négatifs. À l’examen définitif incluant l’étude immunohistochimique, des lésions métastatiques ont été retrouvées sur 15 des 16 ganglions : neuf macrométastases dont sept détectées en extemporané, six micrométastases dont une de 1,5 mm détectée à l’examen extemporané ;
  • 141 des 157 ganglions examinés par la méthode BLN ont été déclarés négatifs. À l’examen définitif, des amas de cellules tumorales isolées (CTI) ont été retrouvés dans deux ganglions, et une micrométastase de 350 μ dans un troisième ganglion.

Parmi les 82 patientes, 13 ont eu au moins un GS déclaré positif par la méthode BLN ; pour sept d’entre elles, le diagnostic a été posé dès l’examen extemporané, il correspondait, pour six des sept, à des macrométastases supérieures à 2 mm. Pour une d’entre elles, l’examen définitif, incluant l’étude immunohistochimique, était négatif.

Quinze patientes ont eu au moins un GS déclaré positif à l’examen définitif incluant l’étude immunohistochimique. Pour trois d’entre elles, le GS positif n’avait pas été détecté par la méthode BLN : deux GS avec des CTI et un GS avec une micrométastase de 350 μ. Pour sept d’entre elles, le diagnostic avait été posé lors de l’examen extemporané (cf. supra).

La procédure BLN a duré en moyenne 35 minutes pour l’étude d’un GS et cinq minutes par GS supplémentaire, soit 40 minutes par pte, puisque le nombre moyen de GS est de deux par pte. La durée de l’examen extemporané standard est de 18 à 25 minutes selon la réalisation d’empreintes et/ou de coupes congelées.

Ainsi, parmi 82 patientes, 14 (17 %) présentant des micro- ou des macrométastases étaient justiciables d’un curage axillaire, alors que l’examen extemporané standard n’en avait détecté que sept (50 %) qui ont eu un curage axillaire immédiat ; 13/14 (93 %) ont eu un diagnostic en peropératoire posé par la méthode BLN. Pour une pte, l’examen définitif n’a pas retrouvé les lésions métastatiques détectées en PCR, et pour une autre pte la micrométastase détectée après étude immunohistochimique n’a pas été dépistée en peropératoire par la méthode GeneSearch BLN™ Assay (tableaux 2 et 3).

Le curage axillaire, justifié pour 14 des 82 patientes (17 %) et réalisé dans le même temps opératoire pour les sept patientes, aurait été réalisé dans le même temps opératoire pour 13 patientes avec BLN. Une seconde intervention pour curage aurait été évitée pour six patientes (7 %). La pte, pour laquelle la métastase a été détectée essentiellement par BLN, n’a pas eu de curage axillaire comme prévu initialement (cf. matériel et méthodes). Les résultats des curages sont spécifiés dans le tableau 3. Les deux patientes avec CTI ont également eu un curage secondaire : l’une, âgée de 46 ans, avait une tumeur de 25 mm, de grade 3, et aucune métastase n’a été retrouvée dans le curage (9N–) ; l’autre avait eu une chimiothérapie néoadjuvante, et le curage axillaire avait été réalisé d’emblée, une macrométastase a été retrouvée dans le reste du curage.

Pour 33 patientes traitées au centre Jean-Perrin, la CK19 a été testée par étude immunohistochimique sur la tumeur primitive, et toutes étaient positives pour cet anticorps.

La pte exclue de l’étude pour chirurgie homolatérale préalable avait subi, six semaines auparavant, une lobectomie mammaire qui avait mis en évidence un carcinome lobulaire. L’étude des GS avec reprise chirurgicale des berges d’exérèse a été réalisée dans un second temps sans précision des antécédents chirurgicaux récents lors de l’extemporané. Un faux-positif a été réalisé sur l’extemporané (coupes congelées et empreintes) en raison d’une confusion avec des cellules macrophagiques, d’autant que l’aspect macroscopique était trompeur.

Sensibilité, spécificité, VPP, VPN

Il n’a pas été tenu compte, dans les calculs des deux amas, de CTI retrouvées dans deux ganglions essentiellement à l’examen immunohistochimique, puisque la détection étudiée par la méthode BLN est celle des micrométastases. Ainsi, la sensibilité de la méthode BLN évaluée sur les 82 patientes étudiées est de 92 % (12/13) [IC 95 % : 78-100] ; la spécificité de 98 % (68/69) [IC 95 % : 96-100] ; la valeur prédictive positive de 92 % (12/13) [IC 95 % : 78-100] et la valeur prédictive négative de 98 % (68/69) [IC 95 % : 96-100]. La sensibilité de l’examen extemporané est de 54 % (7/13) [IC 95 % : 27-81], la spécificité de 100 % (69/69), la valeur prédictive positive de 100 % (7/7) et la valeur prédictive négative de 92 % (69/75) [IC 95 % : 86-98] (tableau 4).

Une étude de coût a été menée pour les patientes du centre Oscar-Lambret, le surcoût lié à la méthode BLN a été estimé à 356 euros par pte ; il inclut les frais supplémentaires de personnel et de matériel et les frais liés à la mise en place de la méthode.

Tableau 2 Comparaison des résultats, par patiente, suivant la méthode utilisée. CTI incluses.

15 HPS et IHC positif

67 HPS et IHC négatif

13 GeneSearch™ BLN Assay positifs

12

1a

69 GeneSearch™ BLN Assay négatifs

1a micrométastase 2 CTI

66



Tableau 3 Patientes avec résultats positifs avec au moins une des trois méthodes.

Nombre de GS

Examen extemporané

GeneSearch™ BLN Assay

HPS et IHC GS

CA

no 4

2

2N+

2N+

2 GG avec 1 macrométastase/2N

1 Nmi/19N

no 6

2

2N–

1N+/2N

1 GG avec 1 micrométastase/2N

1 Nmi/5N

no 7

3

3N–

2N+/3N

1 GG avec 1 micrométastase et 1 GG avec 1 macrométastase/3N

15N–

no 10

1

1N–

1N+

1 GG avec 1 micrométastase/1N

1Nmi/14N

no 17

2

1N+/2N

2N+

1 GG avec 1micrométastase et 1 GG avec 1 macrométastase/3N

12N–

no 20

2

2N–

2N–

1 GG avec CTI/2N

9N–

no 21

2

2N–

1N+/2N

2N–/2N

no 27

1

1N+

1N+

1 GG avec macrométastase/1N

10N–

no 35

3

3N–

1N+/3N

1 GG avec macrométastase/3N

14N–

no 46

3

1N+/3N

1N+/3N

1 GG avec macrométastase/3N

4N+/15N

no 7P

1

1N+

1N+

1 GG avec micrométastase/1N

3N+/19N

no 15P

2

2N–

1N+/2N

1 GG avec micrométastase/2N

1N+/5N

no 19P

1

1N–

1N–

1 GG avec CTI/1N

1N+/10Na

no 21P

2

2N–

2N–

1 GG avec 1 micrométastase/2N

12N–

no 25P

2

1N+/2N

1N+/2N

1 GG avec macrométastase/2N

14N–

no 27P

2

1N+

1N+

1 GG avec macrométastase et GG avec CTI/2N

10N–



Tableau 4 Corrélations entre résultats peropératoires, extemporané et BLN Assay, et histologie définitive.

Pour l’examen extemporané standard

Histologie définitive positive

Histologie définitive négative

Extemporané positif

7

0

Extemporane négatif

6

69

Pour la méthode GeneSearch® BLN Assay

Histologie définitive positive

Histologie définitive négative

GeneSearch™ BLN Assay positif

12

1

GeneSearch™ BLN Assay négatif

1

68

Discussion

Les méthodes de détection peropératoire classiques par empreintes ou grattage avec examen cytologique ou par coupes congelées donnent des résultats très variables selon les études publiées : 58 à 87 % pour les coupes congelées, 48 à 94 % pour les empreintes [6]. Cela est lié, notamment, aux modalités variables d’étude histopathologique selon les équipes (nombre de coupes sériées réalisées, réalisation ou non d’une étude immunohistochimique, et si oui sur quels plans de coupes), aux différentes tailles des tumeurs primitives incluses et au type de métastases détectées, macrométastase, micrométastase, ou aux CTI. Néanmoins, la totalité du tissu ganglionnaire n’est jamais strictement étudiée. La réalisation de trois niveaux de coupes sur chaque tranche de 2 à 3 mm d’épaisseur d’un ganglion 15 mm étudie moins de 1 % de l’ensemble du tissu [7]. La méthode BLN étudie, quant à elle, la totalité de l’échantillon, à l’état frais et homogénéisé ; une étude histopathologique sur coupes en paraffine est donc ensuite impossible. C’est pourquoi cette technique PCR en temps réel est appliquée à 50 % du ganglion, l’autre moitié étant étudiée en histologie classique. Cela explique aussi les discordances possibles entre les résultats des deux méthodes, une micrométastase inférieure à 2 mm pouvant se trouver en totalité dans la tranche de section étudiée par l’une ou l’autre méthode. Deux cas de discordance ont été observés dans notre étude, no 21 (pas de métastase retrouvée à l’examen définitif) et no 21P (micrométastase de 350 μ retrouvée à l’examen définitif), en faveur de l’une et l’autre méthode. Blumencranz et al. [8], sur une étude de 416 patientes, ont observé 4 % de discordance en faveur de la méthode BLN et 3 % en faveur de la méthode histologique standard. Aucune différence de sensibilité n’a été détectée selon la taille de la tumeur primitive ou le type histologique en particulier lobulaire. C’est effectivement dans les carcinomes lobulaires que la détection des métastases est la plus difficile à l’examen extemporané, voire définitif ; c’est également dans ce type histologique, lobulaire, que surviennent généralement les faux-positifs en extemporané, en raison de la confusion des cellules tumorales lobulaires avec des cellules macrophagiques [6]. Dans notre expérience, le taux de sensibilité observé de la méthode BLN est de 94 %, et aucun faux-positif n’a été observé. Les résultats obtenus par d’autres équipes sont similaires : 88 % [8, 9], 92 % [10]. La sensibilité augmente en fonction du nombre de GS étudiés : 82 % pour un GS et 87 % pour deux GS [11].

En raison de l’utilisation de deux anticorps, la CK19 et la mammaglobine, la spécificité atteint 94 % [8, 9], et aucun faux-positif n’a été décrit [8].

Dans notre expérience, nous avons observé un taux de 4 % de passages invalides, ce qui est conforme aux observations des autres équipes [8-10] et aux données de la firme Johnson & Johnson. La réalisation d’un nouveau passage a toujours permis d’obtenir finalement un résultat ; cependant, dans ces cas, l’allongement du temps de réponse n’est plus compatible avec un examen peropératoire. Le temps nécessaire à la méthode a été de 35 minutes pour un ganglion et de cinq minutes par ganglion supplémentaire ; d’autres équipes plus expérimentées traitent un GS en 30 minutes avec cinq minutes par ganglion supplémentaire [11]. La compatibilité avec un examen peropératoire et la volonté d’avoir une bonne sensibilité justifient la limitation de l’étude à trois GS maximum.

Dans notre série, 17 % des patientes ont dû bénéficier d’un curage axillaire, et 50 % d’entre elles ont, à cette fin, subi deux interventions. L’utilisation de la méthode BLN aurait permis de réaliser ce curage axillaire dans le même temps opératoire que la mastectomie partielle pour 93 % d’entre elles.

L’amélioration de la technique permet actuellement la corrélation entre le nombre de cycles d’amplification et le type de la métastase, macro- ou micrométastase. La limite de la méthode est l’absence de détection des CTI, définies par des amas de cellules tumorales de taille inférieure ou égale à 200 μ [12]. Aucun consensus n’existe sur la nécessité de réaliser ou non un curage axillaire en cas de CTI. La revue de la littérature de Carolien et al. [13] rapporte, parmi 836 patientes, 12,3 % d’envahissement des ganglions non sentinelles après détection de CTI dans le GS ; cependant, les tailles des tumeurs primitives sont hétérogènes (jusqu’à 5 cm), les méthodes histopathologiques d’étude du GS variables et les patientes ayant subi un curage axillaire ont pu être sélectionnées pour d’autres facteurs de mauvais pronostic. Le staging de l’American Joint Cancer Commission (AJCC) ne tient pas compte des CTI (≤ 0,2 mm), quelles que soient les méthodes de détection histopathologiques utilisées [14].

Conclusion

Cette technique de détection par PCR en temps réel est très séduisante par sa rapidité et sa sensibilité. Elle améliore très nettement le confort moral des patientes, en leur apportant une plus grande assurance de non-réintervention, et évite les angoisses et les contraintes que cela suscite. Le fait de ne pas détecter les CTI ne porte pas préjudice aux patientes, en l’absence de consensus actuel sur la prise en charge de ces patientes. La décision de chimiothérapie sera prise sur des critères propres à la tumeur et non pas sur la présence de CTI.

Conflits d’intérêts

non renseigné.

Références

1 Giard S, Baranzelli MC, Robert D, Chauvet MP, Robin YM, Cabaret V, et al. Eur J Surg Oncol 2004 ; 30 : 924-9.

2 Barranger E, Morel O. Indications of the sentinel node biopsy in breast cancer: controversies concerning the tumor size. Bull Cancer 2008 ; 95 : 653-4.

3 Hindié E, Groheux D, Espie M, Bourstyn E, Toubert ME, Sarandi F, et al. Bull Cancer 2009; 96: 713-25.

4 Clough KB, Giard S. Chirurgie axillaire : curage et ganglion sentinelle. In : Cancer du sein, monographie de l’AFC. Classe et Descamps Ed Arnette, 2007 : 71-8.

5 Tavassoli FA, Devillee P. World Health Organization Classification of Tumors. Pathology and genetics of tumors of the breast and female genital organs. IARCC Press, 2003.

6 Fortunato L, Amini M, Farina M, Rapacchietta S, Costarelli L, Piro F, et al. Ann Surg Oncol 2004 ; 11 : 1005-10.

7 Farshid G, Pradhan M, Kollias J, Gill PG. Computer stimulations of lymph node metastasis for optimizing the pathologic examination of sentinel lymph nodes in patients with breast carcinoma. Cancer 2000 ; 89 : 2527-37.

8 Blumencranz P, Whitworth PW, Deck K, Rosenberg A, Reintgen D, Beitsch P, et al. Sentinel node staging for breast cancer: intraoperative molecular pathology overcomes conventional histologic sampling errors. Am J Surg 2007 ; 194 : 426-32.

9 Julian T, Blumencranz P, Deck K, Whitworth P, Berry DA, Berry SM, et al. Novel intraoperative molecular test for sentinel lymph node metastases in patients with early stage breast cancer. J Clin Oncol 2008 ; 26 : 3338-45.

10 Martin Martinez MD, Veys I, Majjaj S, Lespagnard L, Schobbens JC, Rouas G, et al. Clinical validation of a molecular assay for intraoperative detection of metastases in breast sentinel lymph nodes. Eur J Surg Oncol 2008.

11 Veys I, Durbecq V, Majjaj S, Schoebbens JC, Noterman D, Sirtaine N, et al. Eighteen months clinical experience with the GeneSearch™ Breast Lymph Node Assay. Am J Surg 2009 ; 198 : 203-9.

12 Singletary SE, Green FL, Sobin LH. Classification of isolated tumor cells: clarification of the 6th edition of the American Join Comittee on Cancer Staging Manual. Cancer 2003 ; 98 : 2740-1.

13 Carolien H, van Deurzen M, de Boer M, Monninkhof EM, Bult P, van der Wall E, et al. Non sentinel lymph node metastases associated with isolated breast cancer cells in the sentinel node. JNCI 2008 ; 100 : 1574-80.

14 Lyman GH, Guliano AE, Somerfield MR, Benson AB, Bodurka DC, Burstein HJ, et al. American Society Clinical Oncology guideline recommandations for sentinel lymph in biopsy in early-stage breast cancer. J Clin Oncol 2005 ; 23 : 7703-77.


 

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