Accueil > Revues > Médecine > Bulletin du cancer > Texte intégral de l'article
 
      Recherche avancée    Panier    English version 
 
Nouveautés
Catalogue/Recherche
Collections
Toutes les revues
Médecine
Bulletin du Cancer
- Numéro en cours
- Archives
- S'abonner
- Commander un       numéro
- Plus d'infos
Biologie et recherche
Santé publique
Agronomie et Biotech.
Mon compte
Mot de passe oublié ?
Activer mon compte
S'abonner
Licences IP
- Mode d'emploi
- Demande de devis
- Contrat de licence
Commander un numéro
Articles à la carte
Newsletters
Publier chez JLE
Revues
Ouvrages
Espace annonceurs
Droits étrangers
Diffuseurs



 

Texte intégral de l'article
 
  Version imprimable
  Version PDF

uPA/PAI-1 : un outil d’individualisation de la prise en charge des cancers du sein. Biologie, implications cliniques et méthodes de dosage


Bulletin du Cancer. Volume 97, Numéro 3, 341-8, mars 2010, Synthèse

DOI : 10.1684/bdc.2010.1047

Résumé   Summary  

Auteur(s) : P-J Lamy, G Romieu, W Jacot , CRLC Val-d’Aurelle-Paul-Lamarque, laboratoire de biologie spécialisée, 34298 Montpellier cedex 05, France, CRLC Val-d’Aurelle-Paul-Lamarque, service d’oncologie, 34298 Montpellier cedex 05, France.

Résumé : Les multiples possibilités thérapeutiques des cancers du sein contrastent avec la difficulté actuelle de déterminer avec fiabilité la population la plus à même de bénéficier d’un traitement adjuvant et la population chez qui la mise en place d’une telle thérapeutique sera génératrice de morbidité, voire de mortalité, de coût pour la société, sans pour autant améliorer son pronostic, et ce, particulièrement, dans la population des patientes sans atteinte ganglionnaire. En effet, en parallèle de l’amélioration des traitements adjuvants, une meilleure définition du pronostic et de la sensibilité au traitement de cette population permet de dégager des groupes de patientes chez lesquelles une désescalade thérapeutique peut être envisagée. Le dosage des taux d’uPA et de PAI-1, au sein du tissu tumoral, fait partie des facteurs décisionnels les plus relevant dans cette situation. L’intégration de l’information obtenue dans la discussion multidisciplinaire de prise en charge adjuvante doit permettre une désescalade thérapeutique dans un groupe à bon pronostic de carcinomes mammaires sans atteinte ganglionnaire. Cette revue va s’intéresser, en particulier, au système uPA/PAI-1, à son rôle biologique et à ses implications cliniques en oncologie mammaire. Les différentes possibilités de dosage seront ensuite présentées et commentées.

Mots-clés : uPA, PAI-1, urokinase, plasminogène, cancer, sein, marqueur pronostique

Illustrations

ARTICLE

Auteur(s) : P-J Lamy1, G Romieu2, W Jacot2

1CRLC Val-d’Aurelle-Paul-Lamarque, laboratoire de biologie spécialisée, 34298 Montpellier cedex 05, France
2CRLC Val-d’Aurelle-Paul-Lamarque, service d’oncologie, 34298 Montpellier cedex 05, France

Article reçu le 19 Juin 2009, accepté le 18 Decembre 2009

Le cancer du sein demeure un problème de santé publique, tant de par sa fréquence que par la multiplicité des options thérapeutiques mises à la disposition du clinicien, notamment en situation adjuvante. En effet, les nombreuses possibilités thérapeutiques validées contrastent avec la difficulté actuelle de déterminer avec fiabilité la population la plus à même de bénéficier d’un traitement adjuvant et celle chez qui la mise en place d’une telle thérapeutique sera génératrice de morbidité, voire de mortalité, de coût pour la société, sans pour autant améliorer son pronostic. Ce problème se révèle particulièrement crucial dans la population des patientes sans atteinte ganglionnaire. La recherche de meilleurs marqueurs, à la fois pronostiques et prédictifs, est donc un objectif majeur dans cette population, et un certain nombre d’outils sont ainsi apparus ces dix dernières années, tant du point de vue protéique que génomique. Cette revue va s’intéresser, en particulier, au système urokinase activatrice du plasminogène (uPA)/ inhibiteur 1 de l’activateur du plasminogène (PAI-1), à son rôle biologique et à ses implications cliniques en oncologie mammaire. Les différentes possibilités de dosage seront ensuite présentées et commentées.

Système activateur du plasminogène

L’uPA et le PAI-1 font partie de la grande famille des protéases impliquées dans la réaction tissu-stroma, et dont le rôle dans la tumorigenèse fait des cibles thérapeutiques potentielles [1]. uPA et PAI-1 sont des protéines impliquées dans l’hémostase et appartenant au système fibrinolytique activateur du plasminogène. Ce système comprend cinq molécules majeures : uPA, une protéase de 53 kDa et son récepteur de surface cellulaire (uPAR) ; deux inhibiteurs spécifiques, PAI-1 et PAI-2 appartenant à la famille des serines-protéases et l’activateur tissulaire du plasminogène (tPA) (figure 1).

uPA et protéolyse péricellulaire

L’uPA est produit par les fibroblastes, les monocytes, les polynucléaires neutrophiles, les cellules épithéliales et tumorales. Il induit la conversion du plasminogène en plasmine, sa forme active. La molécule est synthétisée sous forme d’une proenzyme monocaténaire, Pro-uPA, capable de se lier à la surface des cellules tumorales. Clivée sous l’action de protéases telles que la plasmine ou la cathepsine-D, Pro-uPA est activée en uPA qui se présente sous la forme de deux chaînes polypeptidiques reliées par deux ponts disulfures et qui est dotée d’une activité serine protéinase C-terminale [2]. L’uPA peut alors se lier à son récepteur, uPAR. Cette liaison se fait avec une transformation conformationnelle de la chaîne B de l’uPA, avec exposition de son site catalytique et activation de ses fonctions protéolytiques avec production de plasmine. Dans le tissu tumoral, la plasmine va dégrader les composants de la matrice extracellulaire (MEC) comme la laminine, la fibronectine et la fibrine. Elle est aussi capable d’activer d’autres enzymes comme les métalloprotéases (MMP-2, -9, -12, -13), elles-mêmes, impliquées dans les processus de dégradation de la MEC. Par ces voies directes et indirectes de la dégradation de la MEC, l’uPA participe à la modification du microenvironnement tumoral permettant l’invasivité des cellules tumorales et le processus métastatique.

uPA-uPAR et activations des voies de signalisation

Le récepteur uPAR est une protéine de surface ancrée à la membrane par une ancre glycosylphosphatidylinositol (GPI-anchored protein). Sa structure présente une poche de liaison à l’uPA formée par trois domaines (D1, D2, D3). La présence du domaine D1 est essentielle à la formation d’un complexe uPA-uPAR de haute affinité. L’uPAR possède de par cette structure une capacité de se lier, en présence ou non de l’uPA, à d’autres protéines telles que l’EGF-R, les récepteurs de la famille formyl peptide receptor, ou les intégrines. Ces interactions sont de natures multiples et sont liées à des changements conformationnels de la molécule, lors de la fixation de ligands, ou lors du clivage de la partie extramembranaire de l’uPAR. Le clivage de l’uPAR est un processus physiopathologique important aboutissant à différentes formes solubles de l’uPA (suPAR) que l’on retrouve dans la circulation. L’ensemble des interactions des formes de l’uPAR sont si nombreuses qu’on parle d’« interactome » de l’uPAR (figure 1). Ainsi, l’uPAR modulé par l’uPA intervient dans l’adhésion, la migration, la prolifération et la survie cellulaire. Parmi les interactions les plus importantes, décrites dans les lignées de carcinomes épidermoïdes en culture, figurent les interactions avec le récepteur α3β1 de la fibronectine et l’intégrine α5β1, que l’uPAR stabilise et active, avec pour conséquence une initiation de la voie ERK via la voie de signalisation focal adhesion kinase (FAK) [3]. La liaison de l’uPA à l’uPAR potentialise cette voie de signalisation FAK-ERK [4, 5] qui agit sur les molécules du cytosquelette comme la cytokératine 1, modifiant la morphologie des cellules ainsi que leurs propriétés de motilité et de migration. Un niveau élevé de l’uPAR conduit à l’activation de l’EGF-R qui, associée à l’intégrine α5β1, induit une transformation vers un phénotype prolifératif [6]. Le complexe peut aussi se lier avec le PDGF-R conduisant à l’activation de la transcription de gènes de prolifération et de survie. L’uPAR interagit aussi avec des molécules de surface comme le kininogène de haut poids moléculaire, le récepteur du mannose-6-phosphate-insulin like growth factor II (CD 222) qui modulent son activité [7-9]. Il a aussi été montré une interaction avec la voie de signalisationJak/Stat dans les cellules musculaires lisses des vaisseaux [10].

PAI-1 inhibiteur de l’uPA et recyclage de l’uPAR

PAI-1 existe sous deux formes, une forme soluble et une forme matricielle liée à la MEC. PAI-1 soluble est l’inhibiteur majeur de l’uPA dont la fixation sur le complexe uPA-uPAR conduit à l’arrêt de la protéolyse péricellulaire de l’uPA. En tant qu’inhibiteur d’uPA, il serait attendu qu’il soit un facteur antitumoral, mais il n’en n’est rien. En effet, sa fixation sur le complexe uPA-uPAR conduit à l’internalisation de l’ensemble par l’intermédiaire de récepteurs cellulaires d’endocytose, de la famille des récepteurs aux lipoprotéines de basse densité ou LDL receptor-related protein (LRP) [11]. C’est par un mécanisme de changement conformationnel lors de sa fixation au complexe uPA-uPAR, permettant l’exposition d’un site de liaison de haute affinité pour le LRP, que PAI-1 favorise cette endocytose. Il en résulte une accélération du turnover de l’uPAR qui, après internalisation, est recyclé à la surface cellulaire et peut de nouveau participer à l’activation du plasminogène, ainsi que jouer son rôle de transducteur des signaux extracellulaires. Il est à noter que cette internalisation est aussi médiée de façon indépendante de la liaison au ligand par le récepteur CD222 [9]. Dans les tissus, PAI-1 forme un complexe stable avec la vitronectine de la MEC. La liaison du PAI-1 matriciel au complexe uPA-uPAR entraîne la liaison de la cellule à la MEC. Les contraintes physiques, qu’exerce cet ancrage à la matrice, aboutissent à des modifications de la rigidité cellulaire ainsi qu’à l’activation de la cascade des Rho GTPases impliquées dans le remodelage du cytosquelette [12]. Des concentrations élevées de PAI-1 peuvent ainsi être à l’origine d’une transition amiboïde des cellules cancéreuses, capables alors de se mouvoir indépendamment des intégrines, par des séquences d’adhésion-désadhésions très rapides au sein de la MEC [13]. Le complexe uPA-uPAR-PAI-1 joue un rôle fondamental dans l’angiogenèse. La fixation du VEGF165 sur son récepteur, le VEGFR-2, induit l’activation de la Pro-uPA à la surface des cellules endothéliales, ce qui concourt à la dégradation de l’ECM mais aussi, par un processus PAI-1 libre dépendant, à l’internalisation du complexe via les récepteurs aux LDL. La redistribution à la surface, de la cellule de l’uPAR qui s’ensuit, est ciblée sur le bord d’attaque de la cellule en mouvement [14, 15]. PAI-1 est aussi un inhibiteur du tPA qui participe à l’activation du plasminogène, ce qui pourrait expliquer son rôle dans la pathologie vasculaire thrombotique. Il se pose la question de son implication dans la présence d’emboles vasculaires néoplasiques, facteurs pronostiques défavorables des cancers du sein localisés [16].

PAI-2, tPA et uPAR, les autres acteurs du système uPA/PAI-1

Contrairement à PAI-1, PAI-2 est un inhibiteur spécifique d’uPA, sans action sur le tPA et sur les voies d’activations cellulaires. Des niveaux faibles de PAI-2 sont reliés à un mauvais pronostic [17], aggravé dans le sous-groupe présentant des taux élevés d’uPA [18]. Les patientes qui présentent des taux faibles de tPA ont des taux plus élevés de récidive que celles qui ont des taux élevés de tPA [19]. Cela s’explique par le fait que le tPA est contrairement à uPA plus associé à l’activité de fibrinolyse et de maintien de l’intégrité vasculaire. En ce sens, son rôle est protecteur contre l’invasivité tumorale [20].

Enfin, il a été montré que des taux élevés d’uPAR étaient associés à une élévation de la dégradation de la MEC et à un mauvais pronostic [21].

uPA/PAI-1 dans le cancer du sein : un marqueur de niveau de preuve I

Les protéases et le système uPA, PAI-1 en particulier, sont impliqués dans de nombreux types de cancer [22]. Mais c’est dans le cancer du sein que la valeur pronostique de ces marqueurs a été le mieux étudiée. Duffy et al. [23] ont publié le premier article décrivant une diminution de la survie sans récidive chez des patientes présentant des taux élevés de l’uPA dans la tumeur. Janicke et al. [24] ont confirmé la valeur pronostique défavorable, en termes de survie sans récidive et globale, des taux élevés de l’uPA et de PAI-1. En 1993, la même équipe a permis d’évaluer, chez une cohorte de 274 patientes sans atteinte ganglionnaire, le caractère indépendant de l’uPA et du PAI-1 par rapport aux autres facteurs pronostiques. L’impact pronostique a aussi été quantifié comme étant plus fort que celui des autres facteurs pronostiques habituellement utilisés tels que les récepteurs aux estrogènes, HER2, p53 ou la cathepsine D [25]. Deux essais cliniques ont permis de valider les marqueurs à un niveau de preuve I (level of evidence, LOE-I) selon le tumor marker utility grading system proposé par Hayes et al. [26]. Ce système propose d’encadrer l’évaluation de l’intérêt clinique et la pertinence d’utilisation des nouveaux marqueurs, et pourrait être comparé au cadre des essais cliniques qui régit le développement d’un médicament. Le premier essai (Chemo N0) était un essai prospectif incluant 556 patientes sans envahissement ganglionnaire (N0) mené en Allemagne. Les patientes présentant des taux bas de l’uPA et de PAI-1, respectivement inférieurs aux seuils de 3 et 14 ng/mg de protéine, n’ont pas reçu de chimiothérapie, alors que le groupe présentant des valeurs élevées était randomisé en CMF vs observation. L’analyse à 4,5 ans a montré un taux de récurrence de 6,7 % dans le groupe uPA-PAI-1 bas contre 14,7 % chez les patientes à taux élevé (p = 0,006), avec une valeur pronostique indépendante de la taille tumorale, du grade et des récepteurs hormonaux. La seconde étude de validation menée par le groupe récepteurs et biomarqueurs de l’EORTC (Receptor and Biomarker Group of the European Organisation for Research and Treatment of Cancer) regroupait 18 séries de données incluant au total 8 377 patientes. Après un suivi médian de 79 mois, 35 % des patientes avaient récidivé et 15 % étaient décédées. Les valeurs hautes d’uPA et du PAI-1 étaient fortement associées, de façon indépendante, de tous les autres facteurs pronostiques à une diminution de la survie sans récidive et la survie globale. Chez les patientes sans envahissement ganglionnaire (n = 3 000), le pouvoir informatif des marqueurs était indépendant et supérieur aux autres facteurs (âge, pT, pN, RH, grade SBR) [27, 28]. Ces données sont confirmées dans une étude française récemment publiée [29]. Il est aussi prédictif de la réponse à la chimiothérapie adjuvante, et ce quel que soit le statut ganglionnaire. Le hasard ratio, associé à la chimiothérapie dans le groupe à taux bas des deux marqueurs, n’était pas significativement différent du 1, alors que dans le groupe avec augmentation des marqueurs, la chimiothérapie adjuvante était significativement associée à une amélioration de la survie sans progression, avec un hasard ratio de 0,43 (0,31-0,59) [30].

En conclusion, ces études ont montré que les patientes à taux faibles de l’uPA et de PAI-1 ont un risque de récidive bas, et que ces patientes N0 peuvent bénéficier d’une désescalade thérapeutique leur évitant une chimiothérapie adjuvante. L’étude de Meijer et al. [31] a montré le même pouvoir prédictif de l’uPA-PAI-1 vis-à-vis du traitement antihormonal par tamoxifène. Le couple uPA et PAI-1 reste actuellement le seul marqueur validé à ce niveau de preuve dans le cancer du sein. L’ensemble de ces données cliniques et le niveau de preuve associé ont amené l’Asco à recommander, en 2007, le dosage des taux d’uPA et de PAI-1 par Elisa chez les patientes opérées d’un cancer du sein sans atteinte ganglionnaire [32]. Ces résultats sont confirmés avec la présentation, en juin 2009, au congrès de l’Asco, de l’analyse finale de Chemo N0 à dix ans qui montre le caractère péjoratif de l’élévation de l’uPA et/ou du PAI-1, cette fois-ci en termes de survie globale, avec un hasard ratio de 1,93 et une différence de survie globale à dix ans de 77,5 contre 88,9 % (p = 0,001) [33]. La première analyse de NNBC-3 (un essai incluant 4 000 patientes qui vise à déterminer la meilleure chimiothérapie chez les patientes à haut risque définit par le statut uPA/PAI-1), présentée au même congrès, a montré que le statut uPA/PAI-1 était réalisable en routine, et que l’utilisation combinée du grade SBR et des marqueurs permettait une réduction de 39 % des chimiothérapies sans perte de bénéfice [34]. Les patientes avec un taux bas pour les deux marqueurs présentent un risque de récidive (et une chimiosensibilité) suffisamment faible pour pouvoir éviter le recours à une chimiothérapie adjuvante, et cela est d’autant plus vrai qu’il s’agit d’une population positive pour les récepteurs hormonaux. À l’inverse, les patientes présentant une augmentation du taux de l’un ou des deux marqueurs présenteraient, à la fois, un risque de récidive élevé et un plus grand bénéfice à la chimiothérapie adjuvante. La détermination du taux de ces deux marqueurs chez les patientes N0 est donc un moyen validé, côté à la nomenclature des actes de biologie médicale (Table nationale de biologie, version 28 du 22 janvier 2009 : code 1 825 paramètres tissulaires en cancérologie, traitement préanalytique : B100 et code 1 826 : paramètres tissulaires en cancérologie, dosage : B100 par protéine dosée) donc pris en charge par l’assurance maladie, qui permettrait d’éviter des chimiothérapies inutiles à une proportion non négligeable de cette population (jusqu’à 50 % de la population selon les études de Janicke et al. [35] et Zemzoum et al. [36]). On pourrait ainsi intégrer le risque relatif associé aux taux d’uPA et de PAI-1 au risque et au bénéfice attendu des différentes modalités thérapeutiques évaluées par le biais d’Adjuvant Online!, comme proposé dans les RCP de Saint-Paul-de-Vence [30]. Une question cruciale reste, cependant, posée : quelle est l’éventuelle corrélation de ces dosages avec les scores génomiques récemment mis sur le marché dans la même indication, et quelle méthode se révèle au final d’une part la plus discriminante, d’autre part la moins onéreuse à performances égales. Pour indication, le coût actuel du test Femtelle® est de 34 euros environ. Une telle réponse ne peut venir que d’une large étude multicentrique, au mieux prospective, évaluant de manière concomitante les différentes méthodes. Une telle étude reste, à ce jour, à mettre en place.

Conditions préanalytiques et analytiques pour l’utilisation du test en clinique

Méthode de dosage recommandée

La méthode de dosage validée techniquement est une technique Elisa (Femtelle® ref. 899, American Diagnostica, Stamford, États-Unis) marquée CE IVD, c’est-à-dire validée pour un usage diagnostique en biologie clinique. Ce test est composé de deux techniques Elisa sandwich par immunocapture, utilisant des anticorps monoclonaux reconnaissant les différentes formes de l’uPA incluant le sc-uPA, l’uPA de haut poids moléculaire, l’uPA complexé avec le PAI-1 ou 2, d’une part, et d’autre part les PAI-1 de formes actives ou latentes et complexées au tPA. La tumeur prélevée doit être réfrigérée et transmise à l’anatomopathologiste qui, après examen de celle-ci, prépare un échantillon pour le dosage qu’il congèle dans l’azote liquide. Le temps moyen entre le prélèvement et la congélation est inférieur à une heure. Le prélèvement est un échantillon tumoral de 80 à 100 mg (soit un volume de 70 à 90 mm3 environ) obtenu par biopsie ou sur la pièce d’exérèse. Dans ce cas, le prélèvement doit être réalisé trois semaines, après toute biopsie ou cytoponction, en raison du risque d’interférence induit par le processus cicatriciel qui entraîne une élévation non spécifique de PAI-1. Bien que les marqueurs puissent être dosés dans le cytosol, il est aujourd’hui indispensable de préparer des extraits tissulaires Triton dans lesquels le niveau de récupération de l’uPA-PAI-1 est au maximum. C’est sur ce type d’échantillons qu’ont été établis les cut-off de 3 et 14 ng/mg de protéines [37], et ces derniers n’ont de valeurs qu’avec les extraits Triton. Le dosage des protéines permet de standardiser le test par rapport à la quantité initiale de prélèvement utilisé. La méthode BCA de Pierce (BCA #23225, Pierce Chemical Co, Rockford, Il, États-Unis) pour le dosage des protéines est recommandée, car elle est la seule méthode qui n’est pas affectée par des concentrations de Triton X100 jusqu’à 1 %.

Méthodes de dosages appliquées aux petits échantillons

Immunohistochimie

L’immunohistochimie n’est pas utilisable en raison des difficultés de quantifications inhérentes à cette méthode, d’une sensibilité moindre que celle de l’Elisa, de la modification des épitopes après fixation et inclusion en paraffine et de la difficulté d’intégrer dans le scoring le marquage du microenvironnement [38, 39], alors que Hildenbrand et al. [40] ont montré que la valeur pronostique d’uPA-PAI-1 est reliée aussi bien à l’expression des marqueurs dans les cellules tumorales que dans le stroma.

Micro-Elisa

Compte tenu de la diminution de la taille des tumeurs et de l’intérêt de l’uPA et du PAI-1 pour les tumeurs centimétriques, il était nécessaire d’adapter la méthode de dosage aux petits échantillons. Cette méthode a été proposée et validée par Schmitt et al. [41]. Le matériel requis est soit deux biopsies au trocart ou par forage, réalisées à partir d’une aiguille de type Tru-cut, de calibre 14G, soit cinq à dix sections de 90 μm de coupe au cryostat de tissu frais congelé.

Mesure de l’ARNm

La quantification des ARNm par RT-qPCR pourrait être une alternative au dosage des protéines. Plusieurs études ont comparé les profils d’expression et le taux de protéines [42]. Notre équipe a montré des niveaux de corrélation acceptables, particulièrement pour PAI-1 [43]. Néanmoins, aucune étude clinique n’a étudié la valeur pronostique de l’ARNm. Il faut souligner que le taux de protéine mesuré ne reflète pas uniquement la quantité de protéines synthétisée in situ, mais aussi des protéines de la circulation captées par les récepteurs, ce qui peut expliquer les discordances. Pour l’heure et avant toute nouvelle étude, la quantification des ARNm ne peut se substituer à l’Elisa [44].

Conclusion

L’optimisation de la prise en charge adjuvante des patientes atteintes d’un cancer du sein se poursuit lentement. En parallèle de l’amélioration des traitements adjuvants, une meilleure définition du pronostic et de la sensibilité au traitement de cette population permet de dégager des groupes de patientes chez lesquelles une désescalade thérapeutique peut être envisagée. Le dosage des taux d’uPA et de PAI-1 fait indiscutablement partie des facteurs décisionnels dans cette situation, et une généralisation de son dosage et de l’intégration de l’information obtenue dans la discussion multidisciplinaire de prise en charge adjuvante doit permettre une désescalade thérapeutique dans un groupe à bon pronostic de carcinomes mammaires sans atteinte ganglionnaire. L’utilité complémentaire, ou la meilleure performance d’outils génomiques plus récents, se doit d’être déterminée par des études cliniques de bon niveau, comparant la valeur pronostique et prédictive de ces différents outils, de manière concomitante, au sein de la même population.

Conflits d’intérêts

aucuns.

Références

1 Tetu B, Trudel D, Wang CS. Proteases by reactive stromal cells in cancer: an attractive therapeutic target. Bull Cancer 2006 ; 93 : 944-8.

2 Andreasen PA, Kjoller L, Christensen L, Duffy MJ. The urokinase-type plasminogen activator system in cancer metastasis: a review. Int J Cancer 1997 ; 72  : 1-22.

3 Ossowski L. Effect of antisense inhibition of urokinase receptor on malignancy. Curr Top Microbiol Immunol 1996 ; 213  : 101-12.

4 Aguirre Ghiso JA. Inhibition of FAK signaling activated by urokinase receptor induces dormancy in human carcinoma cells in vivo. Oncogene 2002 ; 21  : 2513-24.

5 Aguirre-Ghiso JA, Estrada Y, Liu D, Ossowski L. ERK(MAPK) activity as a determinant of tumor growth and dormancy; regulation by p38(SAPK). Cancer Res 2003 ; 63  : 1684-95.

6 Liu D, Aguirre Ghiso J, Estrada Y, Ossowski L. EGFR is a transducer of the urokinase receptor initiated signal that is required for in vivo growth of a human carcinoma. Cancer Cell 2002 ; 1  : 445-7.

7 Colman RW, Jameson BA, Lin Y, Johnson D, Mousa SA. Domain 5 of high molecular weight kininogen (kininostatin) down-regulates endothelial cell proliferation and migration and inhibits angiogenesis. Blood 2000 ; 95  : 543-50.

8 Mahdi F, Shariat-Madar Z, Todd 3rd RF, Figueroa CD, Schmaier AH. Expression and colocalization of cytokeratin 1 and urokinase plasminogen activator receptor on endothelial cells. Blood 2001 ; 97  : 2342-50.

9 Leksa V, Godar S, Cebecauer M, Hilgert I, Breuss J, Weidle UH, et al. The N terminus of mannose 6-phosphate/insulin-like growth factor II receptor in regulation of fibrinolysis and cell migration. J Biol Chem 2002 ; 277  : 40575-82.

10 Patecki M, von Schaewen M, Tkachuk S, Jerke U, Dietz R, Dumler I, et al. Tyk2 mediates effects of urokinase on human vascular smooth muscle cell growth. Biochem Biophys Res Commun 2007 ; 359  : 679-84.

11 Cale JM, Lawrence DA. Structure-function relationships of plasminogen activator inhibitor-1 and its potential as a therapeutic agent. Curr Drug Targets 2007 ; 8  : 971-81.

12 Wang N, Planus E, Pouchelet M, Fredberg JJ, Barlovatz-Meimon G. Urokinase receptor mediates mechanical force transfer across the cell surface. Am J Physiol 1995 ; 268  : C1062-C1066.

13 Malo M, Charriere-Bertrand C, Chettaoui C, Fabre-Guillevin E, Maquerlot F, Lackmy A, et al. The PAI-1 swing: microenvironment and cancer cell migration. C R Biol 2006 ; 329  : 919-27.

14 Bajou K, Maillard C, Jost M, Lijnen RH, Gils A, Declerck P, et al. Host-derived plasminogen activator inhibitor-1 (PAI-1) concentration is critical for in vivo tumoral angiogenesis and growth. Oncogene 2004 ; 23  : 6986-90.

15 Binder BR, Mihaly J, Prager GW. uPAR-uPA-PAI-1 interactions and signaling: a vascular biologist’s view. Thromb Haemost 2007 ; 97  : 336-42.

16 Vaughan DE. PAI-1 and atherothrombosis. J Thromb Haemost 2005 ; 3  : 1879-83.

17 Bouchet C, Spyratos F, Martin PM, Hacene K, Gentile A, Oglobine J. Prognostic value of urokinase-type plasminogen activator (uPA) and plasminogen activator inhibitors PAI-1 and PAI-2 in breast carcinomas. Br J Cancer 1994 ; 69  : 398-405.

18 Foekens JA, Buessecker F, Peters HA, Krainick U, van Putten WL, Look MP, et al. Plasminogen activator inhibitor-2: prognostic relevance in 1012 patients with primary breast cancer. Cancer Res 1995 ; 55  : 1423-7.

19 Kim SJ, Shiba E, Kobayashi T, Yayoi E, Furukawa J, Takatsuka Y, et al. Prognostic impact of urokinase-type plasminogen activator (PA), PA inhibitor type-1, and tissue-type PA antigen levels in node-negative breast cancer: a prospective study on multicenter basis. Clin Cancer Res 1998 ; 4  : 177-82.

20 Chappuis PO, Dieterich B, Sciretta V, Lohse C, Bonnefoi H, Remadi S, et al. Functional evaluation of plasmin formation in primary breast cancer. J Clin Oncol 2001 ; 19  : 2731-8.

21 Grondahl-Hansen J, Peters HA, van Putten WL, Look MP, Pappot H, Ronne E, et al. Prognostic significance of the receptor for urokinase plasminogen activator in breast cancer. Clin Cancer Res 1995 ; 1  : 1079-87.

22 Dass K, Ahmad A, Azmi AS, Sarkar SH, Sarkar FH. Evolving role of uPA/uPAR system in human cancers. Cancer Treat Rev 2008 ; 34 : 122-36.

23 Duffy MJ, O’Grady P, Devaney D, O’Siorain L, Fennelly JJ, Lijnen HJ. Urokinase-plasminogen activator, a marker for aggressive breast carcinomas. Preliminary report. Cancer 1988 ; 62  : 531-3.

24 Janicke F, Schmitt M, Graeff H. Clinical relevance of the urokinase-type and tissue-type plasminogen activators and of their type 1 inhibitor in breast cancer. Semin Thromb Hemost 1991 ; 17  : 303-12.

25 Duffy MJ, Duggan C. The urokinase plasminogen activator system: a rich source of tumour markers for the individualised management of patients with cancer. Clin Biochem 2004 ; 37  : 541-8.

26 Hayes DF, Bast RC, Desch CE, Fritsche Jr. H, Kemeny NE, Jessup JM, et al. Tumor marker utility grading system: a framework to evaluate clinical utility of tumor markers. J Natl Cancer Inst 1996 ; 88  : 1456-66.

27 Look MP, van Putten WL, Duffy MJ, Harbeck N, Christensen IJ, Thomssen C, et al. Pooled analysis of prognostic impact of urokinase-type plasminogen activator and its inhibitor PAI-1 in 8377 breast cancer patients. J Natl Cancer Inst 2002 ; 94  : 116-28.

28 Look M, van Putten W, Duffy M, Harbeck N, Christensen IJ, Thomssen C, et al. Pooled analysis of prognostic impact of uPA and PAI-1 in breast cancer patients. Thromb Haemost 2003 ; 90  : 538-48.

29 De Cremoux P, Grandin L, Dieras V, Savignoni A, Degeorges A, Salmon R, et al. Urokinase-type plasminogen activator and plasminogen-activator-inhibitor type 1 predict metastases in good prognosis breast cancer patients. Anticancer Res 2009 ; 29  : 1475-82.

30 Harbeck N, Kates RE, Look MP, Meijer-Van Gelder ME, Klijn JG, Kruger A, et al. Enhanced benefit from adjuvant chemotherapy in breast cancer patients classified high-risk according to urokinase-type plasminogen activator (uPA) and plasminogen activator inhibitor type 1 (N = 3,424). Cancer Res 2002 ; 62  : 4617-22.

31 Meijer-van Gelder ME, Look MP, Peters HA, Schmitt M, Brunner N, Harbeck N, et al. Urokinase-type plasminogen activator system in breast cancer: association with tamoxifen therapy in recurrent disease. Cancer Res 2004 ; 64  : 4563-8.

32 Harris L, Fritsche H, Mennel R, Norton L, Ravdin P, Taube S, et al. American society of clinical oncology 2007 update of recommendations for the use of tumor markers in breast cancer. J Clin Oncol 2007 ; 25  : 5287-312.

33 Harbeck NSM, Meisner C, Friedel C, Untch M, Schmidt M, Lisboa B, et al. Final 10-year analysis of prospective multicenter Chemo N0 trial for validation of ASCO-recommended biomarkers uPA/PAI-1 for therapy decision making in node-negative breast cancer. J Clin Oncol 2009 ; 27 ; (Suppl. Abstract #511).

34 Thomssen C, Harbeck N, Dittmer J, Abraha-Spaeth SR, Papendick N, Paradiso A, et al. Feasibility of measuring the prognostic factors uPA and PAI-1 in core needle biopsy breast cancer specimens. J Natl Cancer Inst 2009 ; 101  : 1028-9.

35 Janicke F, Prechtl A, Thomssen C, Harbeck N, Meisner C, Untch M, et al. Randomized adjuvant chemotherapy trial in high-risk, lymph node-negative breast cancer patients identified by urokinase-type plasminogen activator and plasminogen activator inhibitor type 1. J Natl Cancer Inst 2001 ; 93  : 913-20.

36 Zemzoum I, Kates RE, Ross JS, Dettmar P, Dutta M, Henrichs C, et al. Invasion factors uPA/PAI-1 and HER2 status provide independent and complementary information on patient outcome in node-negative breast cancer. J Clin Oncol 2003 ; 21  : 1022-8.

37 Descotes F, Ville G, Bobin JY, Barbier Y, Saez S. Tissue extraction procedures for investigation of urokinase plasminogen activator (uPA) and its inhibitors PAI-1 and PAI-2 in human breast carcinomas. Breast Cancer Res Treat 1998 ; 49  : 135-43.

38 Ferrier CM, de Witte HH, Straatman H, van Tienoven DH, van Geloof WL, Rietveld FJ, et al. Comparison of immunohistochemistry with immunoassay (Elisa) for the detection of components of the plasminogen activation system in human tumour tissue. Br J Cancer 1999 ; 79  : 1534-41.

39 Harbeck N, Kates RE, Schmitt M, Gauger K, Kiechle M, Janicke F, et al. Urokinase-type plasminogen activator and its inhibitor type 1 predict disease outcome and therapy response in primary breast cancer. Clin Breast Cancer 2004 ; 5 : 348-52.

40 Hildenbrand R, Schaaf A, Dorn-Beineke A, Allgayer H, Sutterlin M, Marx A, et al. Tumor stroma is the predominant uPA-, uPAR-, PAI-1-expressing tissue in human breast cancer: prognostic impact. Histol Histopathol 2009 ; 24  : 869-77.

41 Schmitt M, Sturmheit AS, Welk A, Schnelldorfer C, Harbeck N. Procedures for the quantitative protein determination of urokinase and its inhibitor, PAI-1, in human breast cancer tissue extracts by Elisa. Methods Mol Med 2006 ; 120  : 245-65.

42 Spyratos F, Bouchet C, Tozlu S, Labroquere M, Vignaud S, Becette V, et al. Prognostic value of uPA, PAI-1 and PAI-2 mRNA expression in primary breast cancer. Anticancer Res 2002 ; 22  : 2997-3003.

43 Lamy PJ, Verjat T, Servanton AC, Paye M, Leissner P, Mougin B. Urokinase-type plasminogen activator and plasminogen activator inhibitor type-1 mRNA assessment in breast cancer by means of NASBA: correlation with protein expression. Am J Clin Pathol 2007 ; 128  : 404-13.

44 Biermann JC, Holzscheiter L, Kotzsch M, Luther T, Kiechle-Bahat M, Sweep FC, et al. Quantitative RT-PCR assays for the determination of urokinase-type plasminogen activator and plasminogen activator inhibitor type 1 mRNA in primary tumor tissue of breast cancer patients: comparison to antigen quantification by Elisa. Int J Mol Med 2008 ; 21  : 251-9.


 

Qui sommes-nous ? - Contactez-nous - Conditions d'utilisation - Paiement sécurisé
Actualités - Les congrès
Copyright © 2007 John Libbey Eurotext - Tous droits réservés
[ Informations légales - Powered by Dolomède ]