ARTICLE
Auteur(s) : Marine
Gilabert1,2, Stéphane Audebert2, Patrice
Viens1,3, Jean-Paul Borg2,4, François
Bertucci1,3,4, Anthony Gonçalves1,2,4
1Institut Paoli-calmettes, Centre de recherche
en cancérologie de Marseille, U891 Inserm, oncologie
médicale, Marseille, France
2Institut Paoli-Calmettes, Centre de recherche
en cancérologie de Marseille, U891 Inserm, Pharmacologie
moléculaire, Marseille, France
3Université de la Méditerranée, Marseille,
France
4Institut Paoli-Calmettes, Centre de recherche
en cancérologie de Marseille, U891 Inserm, oncologie
moléculaire, Marseille, France
Article reçu le 17 Octobre 2009, accepté le 1 Février 2010
Introduction
Au niveau biologique, le cancer du sein est une pathologie complexe
caractérisée par l’accumulation de nombreuses altérations
moléculaires engendrant une prolifération cellulaire incontrôlée,
une instabilité génétique et l’acquisition d’un phénotype de plus
en plus invasif et résistant aux traitements. Cette complexité
tumorale ainsi que l’hétérogénéité globale des cellules malignes,
créent des sous-groupes moléculaires distincts de tumeurs,
entraînant des phénotypes cliniques différents et par conséquent
des pronostics différents.
À l’heure actuelle, l’un des objectifs majeur en oncologie
médicale est de s’éloigner d’une prise en charge et de décisions
fondées sur des données de population, pour se rapprocher d’une
médecine personnalisée (« traitement à la carte »). C’est
ainsi que les caractéristiques moléculaires et physiopathologiques
d’un individu et de sa tumeur doivent être pris en compte de façon
concomitante pour pouvoir adapter des thérapies spécifiques aux
différents profils individuels. Un autre objectif majeur est
d’introduire progressivement des thérapies ciblées visant
spécifiquement les cellules cancéreuses. Les efforts futurs
devraient donc s’attacher à caractériser toute l’hétérogénéité d’un
cancer présent chez un individu en utilisant de nouveaux outils
diagnostiques et théragnostiques. Un outil theragnostique se
définit comme un critère diagnostique permettant de mieux guider le
traitement, par exemple en prédisant l’évolution ou l’agressivité
d’une maladie et/ou la nature de la réponse thérapeutique,
c’est-à-dire l’efficacité du traitement et/ou sa toxicité.
Aujourd’hui, les techniques de biologie moléculaire de haut
débit permettent aux investigateurs d’interroger le génome, le
transcriptome ou le protéome des cellules cancéreuses.
Les applications cliniques potentielles sont importantes,
celles-ci étant basées sur l’utilisation combinée de plusieurs
marqueurs moléculaires, ou « signature moléculaire »,
manifestement plus sensible et plus spécifique en terme de
prédiction qu’un seul marqueur moléculaire. Cette méthode d’analyse
combinée de différents marqueurs moléculaires, géniques,
transcriptomiques ou protéiques pourrait permettre tout d’abord une
meilleure sélection des patients à traiter, mais surtout une
analyse plus fine du diagnostic, du pronostic, et de la prédiction
de la réponse thérapeutique, ainsi que l’identification de
nouvelles cibles thérapeutiques.
Au sein des stratégies en « omique », la protéomique représente
une des dernières technologies dont le développement est croissant.
En effet, parallèlement aux études ayant pour but d’identifier les
modifications transcriptionnelles, les approches protéomiques
permettent d’évaluer l’expression des gènes par l’analyse
comparative des différentes protéines présentes dans un tissu sain
et/ou pathologique. Elles offrent l’opportunité de mieux comprendre
la grande complexité du protéome tumoral, en complémentant les
études réalisées en génomique, l’ARNm et les transcrits n’étant pas
toujours parfaitement corrélés à l’expression protéique [1-4].
La complexité de l’étude du protéome est sous-tendue par la
présence de modifications post-transcriptionnelles et
post-traductionnelles comme les phosphorylations, acétylations,
glycosylations ou clivages protéiques [5], non détectables au
niveau ARNm mais jouant un rôle déterminant dans la fonctionnalité
protéique. Enfin, les protéines représentent des cibles
thérapeutiques relevantes et plus accessibles que les acides
nucléiques.
Les techniques de protéomique doivent être distinguées entre
elles en fonction de l’utilisation ou non de la spectrométrie de
masse (SM) (tableau 1).
Les approches sans spectrométrie de masse correspondent aux
approches en microarrays. Ces approches nécessitent une
hypothèse « a priori » et donc une sélection préalable des
protéines à tester. À l’inverse, les approches utilisant la SM sont
« sans a priori », c’est-à-dire qu’elles ne présupposent pas une
connaissance biologique initiale, permettant ainsi l’observation et
la quantification d’un large nombre de protéines ou de peptides
initialement inconnus, parmi lesquels peuvent être mis en évidence
de nouveaux biomarqueurs protéiques relevants pour un phénotype
tumoral donné. Les 2 approches ont en commun la
possibilité de développer des « signatures multiprotéiques ». Dans
cet article, nous passerons en revue les différentes méthodes de
protéomique appliquées à des échantillons cliniques de cancer du
sein, à visée diagnostique et pronostique. Ces études
concernent des tissus tumoraux mais aussi des fluides biologiques
incluant sérum, plasma, liquides d’aspiration mammaire ou lavages
ducto-alvéolaires.
Tableau 1 Outils de protéomique clinique et recherche
de biomarqueurs.
|
Avec “a priori” biologique
|
Sans “a priori” biologique
|
|
Tissue microarrays, Protein arrays
|
Basés sur la spectrométrie de masse (séparation, identification,
profiling)
|
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Pros
|
Cons
|
Pros
|
Cons
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|
Haut débit d’échantillons
|
Pas de mise en évidence de protéines initialement non suspectées et
donc non testées
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Grande échelle
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Faible débit d’échantillons (technologie d’identifications)
|
|
Facilement applicable aux échantillons cliniques
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Limitées par la disponibilité des anticorps et leurs
performances
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Haut débit d’échantillons (technologies de profiling)
|
Processing pré-analytique complexe (technologie
d’identifications)
|
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Identité des biomarqueurs connues
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Protéines non connues initialement, potentiellement détectables
|
Accès limité au proteome minoritaire
|
|
|
Accès aux modifications post-traductionnelles
|
Faible reproductibilité iner plateforme (technologies de
profiling)
|
Les approches non basées sur la spectrométrie
de masse
Ces approches utilisent les techniques de l’ELISA, du western blot
et de l’immunohistochimie (IHC). Leur inconvénient, dans leur forme
classique, était de ne pas permettre une analyse du protéome à
grande échelle et/ou d’un grand nombre d’échantillons
simultanément.
Ces dernières années, se sont développées des techniques
d’analyse protéique à haut débit, basées sur l’utilisation
d’anticorps : les tissues microarrays (TMA) et les
protein-arrays.
TMA et IHC
L’avènement des techniques d’analyse moléculaire à haut débit dans
les années 1995-2000, qui augmentaient de façon exponentielle la
découverte de biomarqueurs cliniques potentiels, a suscité le
développement d’une approche de validation rapide permettant de
tester chacun d’entre eux sur une large série d’échantillons.
Décrit pour la première fois il y a plus de 20 ans [6, 7], le
TMA s’est amélioré et modernisé depuis 1998 (revue [8]).
Le TMA autorise l’analyse simultanée d’un marqueur d’intérêt –
au niveau protéique en cas d’IHC – dans jusqu’à
800 échantillons tumoraux présents sur une lame de microscope.
Brièvement, des carottes cylindriques, d’un diamètre pouvant
descendre jusqu’à 600 μm, sont prélevées - après repérage et
cerclage par l’anatomopathologiste de la zone d’intérêt - à partir
de l’échantillon fixé et inclus dans un bloc en paraffine.
Les carottes provenant de plusieurs centaines de tumeurs
différentes sont ensuite déposées de manière ordonnée et rapprochée
dans un bloc de paraffine receveur, qui sera alors coupé à l’aide
d’un microtome en très fines sections. Chaque section est ensuite
fixée sur une lame de verre, où seront alors représentées les
sections cylindriques de toutes les tumeurs. La lame est
ensuite incubée avec un anticorps spécifique du marqueur d’intérêt.
L’anatomopathologiste quantifie ensuite le marquage
immunohistochimique obtenu sur chacune des tumeurs. À la différence
des méthodes décrites plus bas, l’information moléculaire est
obtenue « in situ », c’est-à-dire dans le contexte de la
morphologie cellulaire et de l’architecture tissulaire, à partir
d’échantillons inclus en paraffine (l’analyse peut aussi se faire à
partir de tissus congelés dans le cas d’un cryo-TMA).
Des lignées cellulaires, des xénogreffes ou des biopsies à
l’aiguille peuvent être analysées sur TMA [9, 10].
Les avantages de l’IHC sur TMA sont multiples par rapport à
l’approche traditionnelle sur lames standards : gain de temps (une
fois que le TMA a été construit) puisque tous les échantillons sont
analysés en une seule expérience, gain de réactifs rendant
l’approche plus économique, et surtout gain de reproductibilité des
résultats à travers toute la série puisque tous les échantillons
sont testés dans les mêmes conditions, facilitant les comparaisons.
Le TMA permet d’augmenter très nettement le nombre de tests
réalisables sur une tumeur donnée. Le matériel nécessaire
est relativement simple. Le petit format du TMA facilite aussi
l’archivage du matériel tissulaire, ainsi que le partage des lames
à travers plusieurs institutions. La principale critique du
TMA concerne la représentativité d’une carotte tissulaire de
600 μm pour une tumeur potentiellement hétérogène. En fait, la
concordance entre lame standard et TMA devient excellente [3, 7,
11, 12] lorsque les prélèvements intéressent pour chaque tumeur
2 à 3 carottes soigneusement sélectionnées au préalable
par l’anatomopathologiste. Les autres critiques concernent
l’IHC : la subjectivité et le manque de reproductibilité de la
lecture manuelle, son caractère qualitatif ou semi quantitatif, la
disponibilité inconstante d’anticorps de qualité suffisante pour
l’analyse sur paraffine, et enfin le manque de standardisation.
Dans le futur, la diffusion et l’amélioration des techniques
permettront de minimiser ces limites. Par exemple, l’analyse
automatisée des TMAs s’est développée, permettant des résultats
plus rapides et reproductibles, mais surtout plus objectifs et sur
un mode quantitatif [13-16]. Des logiciels de quantification
sont disponibles dans le commerce [17].
En 2009, le TMA reste de loin la technique de protéomique la
plus utilisée en cancérologie. Depuis la première publication en
1998, le cancer du sein a été l’un des cancers les plus analysés.
La plupart des études se sont focalisées sur la pertinence
diagnostique ou pronostique individuelle d’un ou de quelques
marqueurs biologiques sur de grandes séries, tandis que seulement
quelques études ont cherché à définir, à partir de l’analyse de
plusieurs dizaines de protéines d’intérêt, une signature
multiprotéique. Nous présentons dans les paragraphes suivants
quelques-unes de ces études.
L’IHC sur TMA a été utilisée pour mieux caractériser des classes
connues du cancer du sein à travers plusieurs types de
classification. C’est le cas des formes héréditaires associées aux
mutations des gènes BRCA1 et BRCA2. Hedenfalk et al. [18] ont
validé sur un TMA (incluant 23 tumeurs BRCA1-mutées et
17 tumeurs BRCA2-mutées) la surexpression de cycline
D1 qu’ils avaient décelée sur puces à ADN au préalable comme
associée aux formes BRCA2-mutées. Palacios et al. [19] ont
analysé sur TMA l’expression de 37 protéines d’intérêt dans
20 tumeurs BRCA1, 14 tumeurs BRCA2 et 59 tumeurs
sporadiques. Les cas liés à BRCA1 et à BRCA2 étaient
différents quant à l’expression des récepteurs hormonaux, des
protéines du cycle cellulaire et de l’apoptose et des marqueurs
cellulaires basaux. La différence la plus éloquente concernait
l’expression de protéines du cycle cellulaire avec la surexpression
des cyclines D et de leur régulateur (CDK4) dans les formes
BRCA2-mutées par rapport aux formes liées à BRCA1. La plupart
des tumeurs BRCA1 étaient négatives pour RE et Erbb2, hautement
proliférantes et présentaient un phénotype basal. Inversement, une
équipe canadienne a montré par IHC sur TMA (64 cas mutés BRCA2
et 185 cas contrôles) que les formes liées à BRCA2 étaient
souvent positives pour RE et présentaient un profil luminal
[20].
D’autres études se sont portées sur la classification
histologique, notamment un type histologique rare et encore
énigmatique du cancer du sein, l’adénocarcinome médullaire. Malgré
des critères morpho-cliniques d’agressivité, il est associé à un
pronostic favorable. Le diagnostic du cancer médullaire
typique est parfois difficile. L’expression de 18 protéines
(marqueurs de type cellulaire, protéines de prolifération et de
différentiation, oncogènes et gènes suppresseurs de tumeurs) a été
étudiée dans 61 cancers médullaires typiques et
300 tumeurs non médullaires de grade III [21].
Les carcinomes médullaires étaient caractérisés par un haut
degré de différentiation basale/myoépithéliale en accord avec ce
qui avait été rapporté sur puces à ADN. Une analyse multivariée par
régression logistique montrait que les cancers médullaires étaient
définis de manière optimale par une haute expression de P-cadhérine
et Ki67, une négativité de erbB2, et une positivité de p53.
Le TMA a également été utilisé pour comparer l’expression de
protéines d’intérêt à travers différents stades de progression du
cancer du sein, du tissu normal au tissu métastatique. C’est par
exemple le cas de la protéine multifonctionnelle 14-3-3σ dont la
sous expression a été retrouvée, sur une série de 65 cancers
du sein représentés sur un TMA, moins fréquente qu’on ne le pensait
[22]. Une autre étude a été réalisée sur un TMA « progression du
cancer du sein » incluant 196 tumeurs sans envahissement
ganglionnaire (N-), 196 tumeurs avec envahissement
ganglionnaire (N+) et 3 ganglions métastatiques de chaque
tumeur N+.
Les auteurs ont rapporté une excellente concordance du statut
erbB2 entre tumeur initiale et métastases ganglionnaires
[23].
Des études comparant cancers du sein inflammatoires versus non
inflammatoires ont été réalisées en IHC sur TMA. L’équipe de P.
Vermeulen a ainsi validé la surexpression de Ecadherine et RhoC
GTPase dans 34 cancers du sein inflammatoires comparativement
à 41 cas non inflammatoires [24]. Dans la seconde étude, nous
avons analysé l’expression de huit protéines (RE, RP, E-cadherine,
EGFR, ErbB2, Muc 1, MIB1 et p53) dans 80 IBCs et dans
552 NIBCs [25]. Ces huit protéines étaient
différentiellement exprimées entre les formes inflammatoires et non
inflammatoires. En analyse multivariée, les tumeurs inflammatoires
étaient caractérisées par la combinaison suivante : expression
élevée d’E-cadherine, RE négatif, MIB1 positif,
erbB2 positif et marquage cytoplasmique de MUC1. Ainsi, la
probabilité pour une tumeur d’être inflammatoire était de 91%
lorsque la signature était complète, mais moins de 50% quand
seulement 3 ou moins de ces paramètres étaient présents.
D’autres études se sont intéressées aux sous-types moléculaires
du cancer du sein initialement révélés par analyse
transcriptionnelle sur puces à ADN : luminal A et B, basal,
erbB2+ et normal-like [26, 27]. Ces sous-types ont d’abord été
confirmés au niveau protéique par classification hiérarchique de
données d’IHC obtenues en TMA sur des jeux de 7 à
31 protéines dans des séries d’échantillons de 97 à 1
944 patients [28-33]. Les protéines testées incluaient
toujours RE, RP, erbb2 et P53, et très souvent des
cytokératines basales et/ou luminales, ainsi que des marqueurs de
prolifération. La recherche d’une définition protéique plus
performante que la définition triple-négative des tumeurs basales a
été faite sur TMA. Dans une première publication [34], Nielsen
et al. ont collecté 21 tumeurs définies comme basales à
l’aide du profil génomique, et ont mesuré l’expression de
5 protéines d’intérêt (RE, erbB2, EGFR, CK5/6 et Kit) .
Le profil RE-, erbB2-, CK5/6+, et/ou EGFR+ offrait une
sensibilité de 76 % et une spécificité de 100 % pour identifier les
tumeurs basales, et permettait bien d’identifier un groupe de
mauvais pronostic à travers une série de 930 cancers du sein
déposés sur un TMA. Ce profil a été récemment amélioré avec
l’introduction du statut RP- à travers l’analyse d’une série de 4
046 cas représentés en TMA [35]. A coté de ces études
cherchant à mieux caractériser des classes et des sous-types
pertinents de la maladie, d’autres études se sont basées sur le TMA
pour valider et/ou identifier des marqueurs protéiques
pronostiques. La plupart d’entre elles ont testé une protéine
unique de pertinence connue ou suspectée. Les exemples sont
nombreux dans la littérature. Parmi les protéines dont
l’expression est associée à un pronostic défavorable, citons
par exemple HER2/neu testée dans 359 tumeurs N- [36],
COX2 testée dans 1 576 tumeurs [37], la sous-unité
catalytique des télomérases (TERT) testée dans 611 tumeurs
[38], ou la molécule d’adhésion cellulaire Ep- CAM dans 1
715 tumeurs [39]. À l’inverse, les protéines dont l’expression
a été démontrée sur TMA comme associée à un pronostic favorable
incluent FHIT [40], STAT5 [41], BCL2 [42], ou Tau, protéine
associée au microtubule, testée dans 1 942 tumeurs provenant
de l’essai NSABP-28 [43]. Le TMA a aussi permis de valider sur
de grandes séries les résultats obtenus en génomique sur puces
à ADN. C’est le cas par exemple de deux facteurs de transcription,
GATA3 et FOXA1, fortement représentatifs du sous-type luminal
A, et dont l’expression protéique était associée à un pronostic
favorable sur plusieurs centaines de tumeurs analysées par TMA [31,
44-46]. De même, l’impact pronostique défavorable de protéines
codées par des gènes surexprimés dans le sous-type basal a été
confirmé en IHC sur TMA ; citons par exemple la protéine de choc
thermique CRYAB [47], l’annexine A8 [48], et la protéine S100A9
[49].
L’identification d’une signature « multiprotéique » sur la base
d’analyses supervisées similaires à celles réalisées sur puces à
ADN n’a été entreprise que très rarement. Nous avons mesuré
l’expression (IHC) de 26 protéines sélectionnées dans plus de
1 600 échantillons tumoraux provenant de 552 cancers du
sein localisés [31-51]. Par une analyse supervisée appliquée à des
données qualitatives d’IHC, nous avons identifié dans un jeu
d’apprentissage de 368 tumeurs, puis validé dans un jeu de
validation indépendant de 184 tumeurs une signature de
21 protéines dont l’expression combinée présentait un rôle
pronostique fort et indépendant. Cette signature conservait son
impact pronostique dans divers sous-groupes de patientes définis
selon le statut RE et ganglionnaire axillaire, ou selon le
traitement systémique adjuvant reçu. Le point important est
que la combinaison des 21 protéines était le meilleur
prédicteur de survie, nettement supérieur à chaque protéine prise
isolément. L’intérêt pronostique de combiner plusieurs marqueurs
protéiques dans le cancer du sein a été confirmé dans trois autres
études sur TMA [31-52].
Protein arrays
Ces approches récapitulent au niveau protéique la technique des
puces à ADN en disposant sur une surface solide de multiples sondes
protéiques et en testant leurs interactions spécifiques avec des
protéines présentes dans des échantillons biologiques complexes
[53].
L’approche « antibody microarrays » ou « puce à anticorps » est
une des techniques les plus développées. Les sondes protéiques
sont des anticorps spécifiques déposés et fixés à la surface d’une
matrice solide. Les échantillons protéiques à analyser sont
directement marqués par un fluorochrome ou indirectement marqués
par un « tag » qui sera secondairement reconnu par un deuxième
anticorps marqué (figure
1). De façon alternative, la détection peut se faire
par une nouvelle incubation de l’array avec un second anticorps
spécifique qui va reconnaître la même protéine que l’anticorps fixé
sur la matrice, mais sur un épitope différent.
Cet anticorps secondaire est lui-même lié à un système de
détection. Cette méthode dite « méthode sandwich » augmente la
spécificité et la sensibilité du test. Les limites de ces approches
sont essentiellement la disponibilité des anticorps et l’espace
disponible sur l’array. Dans le domaine du cancer du sein, des
antibody arrays ont été utilisés sur différents échantillons
cliniques, tels que le sérum ou le tissu tumoral lui même. Par
exemple, Hudelist et al. ont comparé par cette technique le
niveau d’expression de 378 protéines dans le tissu mammaire
normal et tumoral issus d’une même patiente [54].
Les différences mises en évidence ont été confirmées par
immunohistochimie, suggérant la fiabilité de la technique. Celis
et al. ont étudié les cellules adipeuses et le liquide
interstitiel provenant du tissu graisseux prélevé à distance de
tumeurs à haut risque chez des patientes ayant subi une
mastectomie [55]. Ils ont incubé les lysats protéiques
correspondants avec le Panorama Ab Microarray Cell Signaling
array (Sigma-Aldrich, MO, USA), qui contient 224 anticorps
différents, et ont aussi examiné l’expression de multiples
cytokines en utilisant la technique « sandwich ». Ils ont
ainsi identifié un bon nombre de protéines potentiellement
impliquées dans la régulation du microenvironnement tumoral des
cancers du sein.
L’expression de cytokines a également été étudiée en utilisant
des antibody arrays spécifiques dans des modèles de lignées
cellulaires, mais aussi dans les sérums et les tissus tumoraux
issus de patientes atteintes de cancer du sein [55, 56].
De cette façon, on a pu suggéré par exemple que l’expression
de l’IL8 était associée au statut hormonal (récepteur aux
œstrogènes) et au potentiel métastatique des cellules cancéreuses
[57]. Plus récemment, le Human Cytokine array III (RayBiotech, Inc,
GA, USA), qui peut détecter simultanément 42 cytokines et
facteurs de croissance, a été utilisé pour étudier une « signature
de cytokines » sérique induite par le statut HER2 dans les
cancers du sein [58]. Les antibody arrays peuvent aussi
apporter des informations sur les modifications
post-traductionnelles de protéines cibles. Par exemple, l’anticorps
secondaire en technique sandwich peut cibler soit les protéines
totales d’un échantillon, soit les formes actives tyrosines
phosphorylées. Cela a été appliqué à des lysats de cancer du sein
afin d’évaluer l’activation des récepteurs erbB après fixation d’un
ligand et la perturbation de cette activité après fixation d’un
inhibiteur spécifique de ces ligands [59]. Parallèlement à ces
antibody arrays, des systèmes similaires sur billes sont en cours
de développement. Dans le système Luminex (TX, USA), des billes
distinctes recouvertes d’anticorps spécifiques dirigés contre
différentes cytokines sont mis en présence d’un échantillon
protéique. Le mélange est ensuite incubé avec un mélange
d’anticorps secondaires similaires aux anticorps de capture.
Ces anticorps sont eux-mêmes fluorescents. Les billes
sont passées en cytométrie de flux et chaque bille est traitée par
deux lasers : l’un pour l’identité de la bille et l’autre pour la
quantité de l’anticorps [60]. Des applications récentes dans
le cadre du cancer du sein incluent l’étude du profil des cytokines
de sérums, dans l’espoir de distinguer des patientes atteintes d’un
cancer du sein versus des patientes saines, des patientes N- versus
N+, et d’identifier « une signature de cytokines » corrélée au
statut HER2 [61].
Il existe une approche complémentaire aux antibody arrays
représentée par la technologie « reverse phase protein microarray »
(RPPM) où les échantillons protéiques à tester sont déposés de
manière automatisée sur des surfaces spécifiques, puis mis en
présence d’anticorps spécifiques des protéines à identifier, puis
incubés avec des anticorps secondaires marqués et analysés par un
système de détection/amplification [62]. Cette méthode, tout comme
le TMA, permet l’analyse de plusieurs échantillons en même temps
lors d’une seule expérience, mais est limitée par le nombre
d’anticorps que l’on peut utiliser. Un avantage est de pouvoir
analyser de façon presque complète des voies de signalisation
intracellulaire importantes. Par exemple, des anticorps
phosphospécifiques peuvent analyser l’état d’activation de
protéines de signalisation intracellulaire et établir une
corrélation entre ces états d’activation et le statut clinique
et/ou pathologique des échantillons [63]. En dépit de leurs
résultats prometteurs, l’application large de ces techniques de
type arrays reste encore limitée, en partie du fait du coût des
anticorps, mais aussi de leurs limites en terme de spécificité.
Les approches fondées sur la SM
Après extraction et séparation appropriées des protéines d’un
matériel biologique, les analyses en SM peuvent être utilisées de
2 façons complémentaires pour identifier de nouveaux
biomarqueurs dans les échantillons biologiques complexes que sont
les échantillons cliniques :
- – l’identification formelle et éventuellement la
quantification des protéines obtenues ;
- – le « profiling protéique », c’est dire la recherche
d’une signature multiprotéique corrélant avec un phénotype
donné.
Bien que ces approches soient encore confrontées à des obstacles
significatifs, tels que l’accès au protéome minoritaire ou encore
la reproductibilité dans un contexte de haut débit et/ou
multicentrique, elles présentent l’avantage majeur de ne pas
nécessiter de présupposés biologiques « a priori ».
Séparation et identification de protéines
par SM
Ici, la SM est utilisée pour identifier des protéines ou des
peptides intacts ou digérés au sein d’un échantillon complexe.
La SM MALDI (Matrix assisted laser desorption ionisation)
génère des peptides ionisés à partir d’échantillons en phase solide
(cristallisés au sein d’un matrice chimique), tandis qu’en
technique d’electrospray ionisation (ESI), les peptides ionisés
sont produits à partir d’une phase liquide, et sont pulvérisés en
fines gouttelettes hautement chargées vers l’analyseur. L’analyse
classique en SM est basée sur la mesure du temps de vol (time of
flight, TOF) des peptides ionisés dans un tube de vide: ce temps de
vol est corrélé à leur masse (ratio masse sur charge, m/z) [64,
65]. La SM comprend le plus souvent l’analyse de digestats
protéolytiques (bottom-up proteomics), qui va conduire à
l’identification protéique de deux façons possibles.
La première est la méthode de « l’empreinte de masse
peptidique », qui compare la masse des peptides obtenue
expérimentalement à celle théorique présente dans les bases de
données. Une méthode plus récente et plus efficace est
l’utilisation de la SM tandem ou MS/MS, où les peptides ionisés,
générés par la digestion enzymatique initiale et la première phase
de l’analyse SM, sont secondairement fragmentés avant une seconde
analyse spectrométrique, aboutissant à un quasi-séquençage
peptidique [66]. Couplées à la SM, différentes méthodes peuvent
être utilisées pour séparer les protéines comme la séparation par
électrophorèse bidimensionnelle 2D en gel de polyacrylamide (2DGE),
qui reste la plus ancienne mais la plus efficace, en permettant
l’étude simultanée de plus de 10 000 protéines sur un
seul gel [67]. Dans la 2DGE, les protéines issues d’échantillons
sont d’abord séparées en fonction de leur charge dans la première
dimension (isoélectrofocalisation IEF : les polypeptides migrent
jusqu’à un PH égal à leur point isoélectrique), puis en fonction de
leur taille (poids moléculaire ou masse molaire) dans la deuxième
dimension en utilisant un gel de polyacrylamide en conditions
dénaturantes (sodium dodecyl sulfate ou SDS/réduction des ponts
disulfure). Ces deux électrophorèses sont effectuées de
manière perpendiculaire l’une par rapport à l’autre, et comme les
paramètres de séparation sont indépendants, cette technique,
particulièrement résolutive, permet l’analyse de plus de 10
000 chaînes polypeptidiques séparées sous forme de taches de
protéines ou « spots » sur un gel.
Un grand nombre d’approches basées sur la 2DGE ont été
développées dans des modèles pré-cliniques de cancer du sein, mais
peu de données ont été générées à partir d’échantillons cliniques.
Quelques études ont porté sur des carcinomes in situ ou des tumeurs
invasives comparés à des tissus normaux ou des tumeurs bénignes
[68-77]. D’autres études ont utilisé des fluides biologiques
incluant du sérum ou des épanchements séreux [78, 79]. Récemment,
deux études ont utilisé la 2DGE pour réaliser un profil protéique à
partir de lysats protéiques obtenus sur des échantillons de tumeurs
mammaires. Bloom et al. ont analysé 77 adénocarcinomes
primitifs d’origines différentes, incluant 9 cancers du sein,
mais aussi des cancers du colon, de l’ovaire, de l’estomac, du
rein et du poumon [80]. Quelques spots protéiques ont été
identifiés comme spécifiques d’un type tumoral particulier ;
69 d’entre eux ont été identifiés par MS/MS, permettant de
construire un algorithme discriminant les différents tumeurs
primitives entre elles. Nimeus et al. [81], ont testé la
capacité de la 2DGE à identifier des protéines différentiellement
en fonction de la rechute tumorale à distance et en fonction de
l’expression des récepteurs hormonaux (RH), chez 20 patients
avec envahissement ganglionnaire axillaire (N+) recevant une
chimiothérapie adjuvante de type cyclophosphamide, méthotrexate et
5FU. Plusieurs protéines permettaient de distinguer le groupe «
rechute » du groupe « pas de rechute », spécialement dans le
sous-groupe RH+. Les limites de cette technique 2DGE restent
l’analyse des protéines de PH ou de poids moléculaire extrêmes, de
faible solubilité ou encore présentes à un faible niveau
d’abondance. Mais, le plus gros inconvénient reste le manque de
reproductibilité entre chaque technique, ce qui constitue un défi
dans l’amélioration future de ces techniques. Pour augmenter la
rapidité, la sensibilité et la reproductibilité de la 2DGE
conventionnelle, la technique de 2D-DIGE (differential gel
electrophoresis) a été développée [82]. Ici, les extraits
protéiques sont marqués au préalable par des fluorochromes
(cyanines : Cy2, Cy3 ou Cy5 par exemple). Typiquement,
l’échantillon test est marqué par Cy3, tandis que l’échantillon de
référence est marqué par Cy5. Des concentrations identiques
des 2 échantillons à comparer sont alors mélangées et séparées
simultanément par la même 2DGE. Le pattern 2D est alors
visualisé en scannant le gel avec deux longueurs d’ondes
spécifiques (l’une pour Cy3, l’autre pour Cy5) grâce à un imageur à
fluorescence. La comparaison des images générées permet la
quantification de chaque spot. La 2D DIGE élimine ou réduit de
façon drastique la variabilité inter-gel associée à la technique
2DGE standard et améliore la précision de l’analyse quantitative,
permettant d’envisager son utilisation à haut débit d’échantillons
(figure 2).
Une autre méthode de séparation protéique n’impliquant pas de
gel utilise les techniques de chromatographie liquide (LC) où les
peptides en phase liquide sont retenus puis élués en fonction de
leurs propriétés physico-chimiques à l’aide de colonnes
chromatographiques spécifiques [64]. Une combinaison de techniques
de chromatographie liquide à haute performance HPLC et de MALDI-MS
nommée « differential peptide dysplay » a été utilisée pour étudier
les peptides générés à partir de cancers du sein invasifs exprimant
(RE + ; n = 39) ou non (RE- ; n = 41) des récepteurs
aux oestrogènes [83]. Les données spectrométriques
étaient corrélées au statut hormonal, conduisant à l’identification
de protéines d’expression différente en fonction du statut RE.
La LC peut comporter plusieurs séparations chromatographiques
séquentielles, comme dans le cadre de la technologie MudPIT
(multidimensional protein identification technology) [84]. Deux
étapes de HPLC (échange de cations et phase reverse) sont couplées
à la MS/MS autorisant l’analyse rapide de matériel complexe et
permettant l’identification des séquences peptidiques obtenues.
Cette technique a récemment été utilisée pour mettre en évidence un
profil d’activité enzymatique dans des tissus tumoraux humains,
incluant des cancers du sein, et a généré des signatures
fonctionnelles bien corrélées aux sous-types moléculaires
précédemment décrits.
Un autre champ de développement très actif est celui de la
protéomique quantitative. Ainsi, pour augmenter la reproductibilité
et les capacités quantitatives, la LC peut être couplée au marquage
préalable des échantillons, comme dans les technique ICAT (isotope
coded affinity tag), SILAC (stable isotope labeling with amino
acids in cell culture) et iTRAQ (isotope tagging for relative and
absolute quantification). La méthode ICAT est basée sur le
marquage isotopique des échantillons protéiques à comparer par des
tags structuralement identiques mais de masses différentes [85],
qui se fixent sur les résidus cystéines. Ces tags sont eux
même liés à un groupement biotine. Les échantillons sont alors
poolés et soumis à une digestion par trypsine avant la réalisation
d’une HPLC puis d’une purification supplémentaire sur colonne
d’avidine, précédant l’analyse en spectrométrie de masse.
Les peptides résolus mais provenant de chaque échantillon
diffèrent alors de quelques kDa et leur ratios d’intensité peut
permettre d’évaluer très précisément leur abondance relative. Cette
procédure a été utilisée pour comparer des liquides d’aspiration
mamelonnaire issus de tumeurs de patientes atteintes d’un cancer du
sein par rapport au sein controlatéral non tumoral, identifiant et
quantifiant plusieurs protéines différentielles [86]. Dans la
technique SILAC, les populations de cellules à comparer font
l’objet d’un marquage assez similaire à l’ICAT, mais pendant la
phase de culture cellulaire, en supplémentant le milieu de culture
avec des acides aminés marqués par les isotopes d’intérêt. Cette
procédure a été utilisée par exemple pour comparer deux lignées
isogéniques de cancer du sein humains, qui sont également
tumorigéniques chez la souris, mais qui présentent des capacités
métastatiques distinctes. Après marquage en culture de type SILAC,
purification membranaire puis LC-MS/MS, 13 protéines
membranaires ont été identifiées comme sur-exprimées et
3 protéines membranaires comme sous-exprimées dans la lignée
métastatique, avec validation en cytométrie de flux, western blot
et IHC. L’expression de certaines de ces protéines
(ecto-5’-nucleotidase and integrin Beta1) apparaissaient associées
à un pronostic défavorable [87].
Le marquage isotopique iTRAQ permet lui d’identifier et de
quantifier des protéines in vitro dans quatre conditions
différentes par LC-MS/MS. Les peptides sont marqués sur leur
groupement amine par les réactifs iTRAQ, qui sont de trois types
:
- – groupement reporter : il diffère entre les quatre
formes du réactif utilisé par sa masse (m = 114, 115, 116 et 117)
;
- – groupement « balance »: sorte de contre-poids afin
qu’un peptide marqué par les réactifs iTRAQ aie la même masse
d’étiquette ; sa masse varie de 28 à 31 m/z, de manière à ce
que chaque marqueur soit en masse totale égale à 145 ;
- – groupement fonctionnel réactif peptide (NHS ester) qui
lie de manière covalente le réactif iTRAQ isobare aux amines
primaires libres du peptide, soit les fonctions amines primaires
des chaînes latérales de lysine et le groupe N-Terminal d’un
peptide.
Le principe de la méthode iTRAQ repose sur le marquage de
peptides issus d’une digestion par la trypsine avec les réactifs
ci-dessus formant un lien covalent avec les amines primaires de
l’extrémité amino-terminal ou de la chaîne latérale des résidus
lysine. Ces différents réactifs sont dits isobariques car ils
possèdent tous une masse moléculaire de 145 Da. Lors de
l’analyse en spectrométrie de masse, les peptides marqués
(précurseurs) seront donc détectés avec la masse intrinsèque du
peptide + 145 Da provenant du réactif iTRAQ. Ce n’est
qu’à l’étape de fragmentation du peptide (MS/MS) que l’on pourra
apprécier la contribution de chacun des quatre peptides qui se
traduira par la libération d’ions (fragments) ayant des masses de
114, 115, 116 ou 117 Da. C’est l’intégration de l’aire
sous la courbe des pics émanant de ces ions rapporteurs qui permet
l’analyse de quantification relative puisqu’un ratio des valeurs
d’intégration peut-être calculé pour chaque peptide détecté [88].
Cette procédure a été appliquée avec succès dans plusieurs études
protéomiques, étudiant notamment les modifications du
phosphoprotéome dans le cadre de l’oncogenèse mammaire [89].
Récemment, la technique iTRAQ a été utilisée pour comparer des
échantillons protéiques issus de 3 cancers du sein humain,
avec un phénotype métastatique distinct. L’identification
reproductible de 605 protéines non redondantes a été possible.
Une comparaison quantitative a ainsi identifié plusieurs
protéines différentiellement exprimées selon l’évolution
métastatique ou non et l’atteinte ganglionnaire axillaire,
confirmées en qRT-PCR [90].
Le développement des différentes techniques de protéomique
quantitative a clairement le potentiel pour révolutionner
l’application des approches de spectrométrie de masse aux
échantillons cliniques, dans le but d’identifier de façon plus
fiable et plus reproductible des biomarqueurs protéiques
d’intérêt.
Récemment, on a pu observer d’importants progrès dans les
performances des SM, essentiellement dus aux progrès des
technologies instrumentales avec les trappes ioniques [91], les
analyseurs Q-TOF, ou encore les SM à transformée de Fourier [92].
Toutes ces améliorations prédisent un accroissement très probable
de la découverte de nouveaux biomarqueurs protéiques. Par exemple,
ces dernières techniques peuvent permettre l’analyse complète de
protéines entières (« top-down » protéomique) sans nécessité
préalable de digérer l’échantillon par une enzyme protéolytique.
Cependant, la majeure partie de ces progrès concerne la résolution
et la sensibilité des analyseurs, tandis que les procédures
pré-analytiques restent très lourdes, et nécessiteront d’être
adaptées aux contraintes du haut débit d’échantillons.
Profiling protéique et ProteinChip®
Les approches par spectrométrie de masse sont aussi largement
utilisées comme outils de profiling protéique avant même
l’identification proprement dite des protéines. Dans ces études,
les échantillons biologiques (entiers ou fractionnés) sont plus ou
moins directement séparés par une technique chromatographique, puis
soumis à une analyse de profil d’expression protéique ou «
profiling protéique » en utilisant les paramètres de mesure des
masses.
Ces approches ont été popularisées par l’utilisation de la
technologie SELDI-TOF-MS (Surface-Enhanced Laser Desorption
Ionization Time Of Flight MS) [93]. Cette technique associe
directement séparation protéique et présentation au SM pour analyse
(Figure 3).
La première étape est séparative et utilise des surfaces
chromatographiques spécifiques (the ProteinChip arrays, Ciphergen
Biosystems, CA, USA, et maintenant BioRad, CA, USA) : échangeuses
d’anions et de cations, IMAC (immobilized metal affinity
chromatography) phase reverse. Ces surfaces présentent donc
différentes affinités biochimiques pour différents types de
protéines, et permettent ainsi d’implémenter l’analyse de la grande
diversité des protéines présentes dans un échantillon biologique
donné. La combinaison de ces multiples surfaces à des
approches chromatographiques sur billes préalables peut permettre
la détection de jusqu’à 2 000 espèces de protéines à partir du
sérum par exemple [94, 95].
Les protéines retenues sur les proteinchip sont ensuite
désorbées par transfert d’énergie grâce à un faisceau laser, puis
accélérées dans un champ magnétique et identifiées par SM
conventionnelle basée sur le temps de vol. L’analyse d’un
échantillon biologique génère ainsi un « profil », caractérisé par
l’inventaire des protéines présentes où chacune est représentée par
un pic caractérisé par sa masse moléculaire (m/z), et dont son
abondance relative est évaluée par l’intensité du pic.
Les spectres de masse obtenus sont analysés ensuite par des
approches statistiques univariées et/ou multivariées et permettent
d’obtenir soit un marqueur protéique unique pertinent, soit un «
profil protéique » composé de multiples marqueurs. Les pics
protéiques discriminants peuvent alors être purifiés et soumis aux
approches d’identification basées sur la SM, telles que décrites
précédemment (figure
3).
Les principales études de SM SELDI-TOF réalisées à ce jour en
cancérologie ont concerné du matériel tumoral (sein, prostate,
foie), mais surtout des fluides biologiques, et notamment du sérum,
dans une approche essentiellement diagnostique [95-101] (tableau 2). En effet, le sérum traverse en
permanence les tissus (physiologiques ou pathologiques) et peut
donc être modifié quantitativement ou qualitativement en permanence
par les processus rencontrés. Il constitue par conséquent
un « surrogate tissue » tout à fait acceptable. Les résultats
obtenus dans la recherche de biomarqueurs diagnostiques ont
clairement suggéré que le sérum pouvait être modifié plus ou moins
spécifiquement par un processus néoplasique donné et que ces
modifications étaient détectables de façon reproductible en
SELDI-TOF. La validation de ces résultats, la méthodologie
utilisée, et la spécificité des protéines éventuellement
identifiées dans ces approches restent cependant controversées
[102]. En effet, malgré l’excellente sensibilité de la technique,
la présence de protéines non spécifiques très abondantes dans des
échantillons de type sérum ou plasma peut gêner considérablement la
détection de protéines spécifiquement tumorales au profit de
protéines de la réponse de l’hôte. De plus nombre d’études
réalisées initialement, n’ont pas été validées ultérieurement, et
pour certaines ont fait l’objet de malfaçons dans l’analyse
statistique des résultats, limitant l’enthousiasme initial.
Cependant, bien que toujours controversée dans sa
reproductibilité et sa capacité à détecter d‘authentiques
signatures spécifiquement tumorales, l’approche SELDI a pour
avantage la facilité de son utilisation à haut débit.
Dans les cancers du sein, la SM SELDI-TOF a été utilisée pour
examiner sérums, plasmas et liquide d’aspiration mamelonnaire,
ainsi que les tissus tumoraux, à la recherche de biomarqueurs
diagnostiques. Certaines études ont identifié des protéines
sériques distinguant cancer du sein et mastopathies bénignes ou
sujets sains [103-106]. Incluant entre 133 et
356 patients, ces études ont suggéré des profils protéiques
avec des sensibilités variant entre 76 et 96% et des
spécificités variant entre 85 et 93%. Les pics protéiques
à valeur diagnostique entre sujets sains et patientes atteintes de
cancer du sein correspondaient à des ratios m/z à 4,3 et
8,9 kDa dans deux études indépendantes. Deux biomarqueurs
potentiellement diagnostiques (8,1 et 8,9 kDa) ont été
pour leur part validés sur un jeu de données indépendant [107] et
identifiés par SM tandem comme un composant du complément C3a
(desArg) (8,9) et sa forme tronquée en C-terminal (8,1). Une autre
étude à visée diagnostique [108] a analysé 30 échantillons
sériques provenant de patientes mutées pour BRCA1 qui ont
développé un cancer (n = 15) ou non (n = 15). Cette approche a
révélé 23 marqueurs protéiques sériques permettant la
classification des patients cancéreux avec 87 % de sensibilité et
de spécificité. Cette étude comparait également le profil protéique
sérique de patients cancéreux sur mutation BRCA1 aux patients
développant un cancer sporadique. Plusieurs protéines
apparaissaient up-régulées dans les cancers BRCA1 et
classaient les patients avec 94 % de sensibilité et 100 % de
spécificité. Cependant, aucune identité de protéines n’était
rapportée et le faible nombre de patientes étudiées ne permettait
pas de validation indépendante. Dans un étude récente, le profiling
SELDI a également été appliqué au plasma de patientes présentant un
cancer du sein HER2+ par rapport à des patients contrôles,
identifiant un jeu de 7 protéines biomarqueurs, validées
ensuite sur un jeu indépendant [109]. D’autres matériels
biologiques que le plasma et le sérum ont fait l’objet d’études
diagnostiques : la plupart du temps, celles-ci ont comparé le
liquide d’aspiration mamelonnaire (ou de lavage des canaux
galactophoriques) de sujets atteints de cancer du sein à celui de
sujets non cancéreux (avec quelquefois l’utilisation du sein
controlatéral non pathologique comme contrôle) [110-112]. Une
grande hétérogénéité des profils protéiques obtenus était notée en
inter-patient, tandis que la similarité entre les liquides obtenus
à partir du sein cancéreux par rapport au sein normal d’un même
sujet était grande. Cependant, des pics protéiques
différentiellement exprimés ont été observés entre seins cancéreux
et seins normaux, certains d’entre eux corrélant avec l’atteinte
ganglionnaire axillaire et l‘extension de la maladie [113].
Au delà de ces objectifs diagnostiques, l’utilisation de ces
outils d’analyse protéomique à visée pronostique ou prédictive de
la réponse thérapeutique s’est très récemment initiée, au niveau
tissulaire et/ou sérique. Il s’agit d’une approche que l’on
peut qualifier de théragnostique. Au niveau sérique, nous avons
récemment décrit pour la première fois que le profil protéique
sérique pouvait porter une information pronostique chez des
patientes atteintes d’un cancer du sein localisé avec des facteurs
de mauvais pronostic [114]. En utilisant la technologie SELDI-TOF,
nous avons rétrospectivement analysé le sérum post-opératoire
précoce de 81 patientes présentant un cancer du sein à haut
risque avec une indication de chimiothérapie adjuvante.
Les sérums, collectés après chirurgie et avant initiation de
la chimiothérapie adjuvante, ont été fractionnés en combinant
billes échangeuses d’anions et rétention sur des ProteinChips de
différentes spécificités chromatographiques, puis analysés en
spectrométrie de masse. Les protéines différentiellement
exprimées en fonction de l’évolution clinique (rechute métastatique
ou non) ont été combinées au sein d’un modèle de régression
logistique permettant de générer un index de 40 protéines
capable de prédire correctement l’évolution métastatique dans 83 %
des cas et distinguant 2 groupes de patientes avec des survies
sans rechute métastatique et des survies globales radicalement
différentes. Cet index apparaissait en analyse multivariée comme le
paramètre pronostique indépendant le plus significativement associé
à la probabilité de rechute. L’identification de certaines
protéines de cet index a été réalisée et celles-ci correspondent
essentiellement à des protéines de la réponse de l’hôte,
potentiellement impliquées dans des processus biologiques pouvant
influer sur le processus métastatique, tels que la réponse immune
ou le processus de néoangiogenèse. Deux autres études à visée
pronostique ont également appliqué la technologie SELDI-TOF au
niveau tissulaire. La première étude a analysé les extraits
protéiques cytosoliques provenant de 60 cancers du sein sans
envahissement ganglionnaire axillaire dont 30 avaient présenté
une rechute métastatique, alors que les 30 autres étant en
rémission [115]. Plusieurs protéines différentiellement exprimées
entre ces 2 groupes étaient retrouvées, deux d’entre elles
avec une valeur pronostique solide, secondairement identifiées par
MS/MS comme l’ubiquitine (diminuée dans le groupe métastatique) et
la chaîne légère de la ferritine (augmentée dans le groupe
métastatique), puis confirmées en IHC et en western blot. Une
seconde étude a examiné des tissus cancéreux invasifs après
microdissection laser, et a suggéré deux protéines associées au
risque d’envahissement ganglionnaire axillaire. De façon
intéressante, l’une de ces protéines présentaient un ratio m/z de
8,5 k consistant avec celui de l’ubiquitine, dont l’intensité
diminuait en cas d’envahissement ganglionnaire axillaire, de façon
similaire à l’étude précédente [116]. Enfin, nous avons récemment
examiné en technologie SELDI-TOF le protéome triton-soluble extrait
de 27 lignées cellulaires de cancer du sein. En analyse non
supervisée, par la procédure de clustering hiérarchique, il était
possible de distinguer sur la base du profil protéique en SM les
lignées dites « luminal-like » et les « basal-like », en référence
aux sous-types moléculaires constitutifs des cancers du sein
récemment décrits par l’analyse transcriptomique, et dont
la relevance pronostique et thérapeutique apparaît majeure en
clinique. En analyse supervisée, nous avons observé plusieurs
biomarqueurs protéiques potentiels associés aux phénotypes «
luminal-like » ou « basal-like », deux d’entre eux faisant l’objet
d’une purification et d’une identification en SM MALDI-TOF :
S100A9, augmentée dans les lignées basales, ce qui apparaissait
confirmé par d’autres techniques de typage moléculaire (IHC et
puces à ADN), avec un caractère pronostique défavorable démontré
sur un large TMA de plus de 500 tumeurs, et l’ubiquitine
tronquée sur sa portion carboxy-terminale, dont la surexpression
était retrouvée dans les tumeurs « luminal-like ». Ces données
illustrent les potentialités de l’approche profiling en SM pour
mettre en évidence des biomarqueurs pronostiques dans le domaine
protéomique clinique en oncologie [49]. Une autre approche basée
sur le profiling sérique ou plasmatique comprend l’analyse des
modifications des protéines circulantes induites par l’exposition à
des agents anticancéreux : certains auteurs ont ainsi exploré en SM
SELDI-TOF le plasma de patientes atteintes de cancer du sein et
recevant une chimiothérapie pré- ou post-opératoire [117, 118].
La protéomique sérique appliquée à la décision thérapeutique
peut également révéler un potentiel intéressant en situation
métastatique, lorsque le matériel directement tumoral n’est pas
disponible. Nous avons récemment collecté de manière prospective le
sérum pré-thérapeutique provenant de 81 patientes recevant un
traitement par docetaxel en première ligne thérapeutique.
Les sérums ont été analysés en SELDI, permettant de résoudre
521 pics protéiques. Nous avons identifié 20 protéines
significativement associées à la survie sans progression et
construit un modèle de Cox avec 7 pics protéiques permettant
de calculer un risque de progression pour chaque patiente. En
utilisant comme cut-off le risque médian de la population, des
groupes à haut et faible risque de progression ont été identifiés
avec des différences drastiques en terme de PFS, validées en
leave-one-out cross-validation. Dans un modèle de Cox multivarié,
ce profil multiprotéique apparaissait comme le facteur pronostique
indépendant le plus puissant pour cette population [119].
D’autres approches de type profiling ont été développées en
protéomique clinique appliquée aux cancers du sein. Ainsi, une
adaptation du concept SELDI a récemment été proposée, avec
l’association de billes magnétiques à propriété chromatographiques
et d’une technologie de SM MALDI-TOF (ClinProtTM robotic
platform ; Brucker Daltonics Inc ; MA, USA). Comme les surfaces des
ProteinChips utilisées dans l’approche SELDI, les billes sont
dotées de propriétés physico-chimiques distinctes leur permettant
d’interroger et de retenir diverses fractions du protéome, avec au
décours un dépôt de l’éluât obtenu sur plaque MALDI avant une
analyse en SM conventionnelle. Cette approche a été récemment
utilisée pour comparer patientes atteintes de cancer du sein et
sujets sains avec des résultats prometteurs [120, 121].
Il faut souligner cependant pour la plupart des approches SELDI
ou apparentées appliquées au cancer du sein, à l’image de
nombreuses études similaires rapportées dans d’autres localisations
tumorales, que peu de pics protéiques candidats au titre de
biomarqueurs diagnostiques, ont été structurellement identifiés.
De plus, la plupart des pics identifiés correspondaient à des
protéines physiologiques de la réponse inflammatoire ou de la
coagulation, non spécifiquement tumorales, qui plus est bien
souvent retrouvés comme potentiellement discriminants dans d’autres
pathologies, tumorales ou non. L’objectif principal de ces
approches de profiling, c’est-à-dire l’identification d’acteurs
spécifiques de la biologie tumorale, pour permettre une meilleure
compréhension de l’oncogénèse et découvrir de nouveaux marqueurs
diagnostics précoces, n’a donc pas était atteint. Il est tout
à fait possible que la concentration de tels acteurs moléculaires
soient en fait bien en dessous des limites de détection de la
procédure, dont l’excellente sensibilité intrinsèque est très
altérée dès lors que l’on travaille sur un milieu complexe tel que
le sérum ou le plasma, riche en protéines de très haute abondance.
Enfin, la plupart des résultats rapportés l’ont été à partir
d’études incluant des populations de taille modeste, et peu ont
fait l’objet d’une réelle validation sur un jeu de données
indépendant, limitant la portée des conclusions tirées. C’est un
point essentiel dans la mesure où le nombre de paramètres examinés
excède largement le nombre d’échantillons analysés, générant
inéluctablement un grand nombre de faux positifs.
Une autre stratégie permettant de générer des signatures
protéiques cliniques potentiellement informatives consiste à
travailler sur le matériel tumoral biopsique, avec l’analyse
directe des coupes histologiques en SM MALDI-TOF. Cette technique a
récemment été utilisée sur des échantillons tumoraux,
essentiellement sur cancers du poumon et des tumeurs cérébrales,
avec des résultats prometteurs en termes diagnostiques et
pronostiques [122-124]. De plus, cette technique permet de
réaliser une véritable imagerie tumorale tissulaire, en associant
aux pics protéiques obtenus une intensité colorée en fonction de
son abondance et une localisation spatiale. Ainsi, la variété des
types cellulaires présents dans les tissus tumoraux peuvent être
profilés simultanément et intégrés à l’analyse cytologique et
morphologique. Le potentiel de cette approche dans les cancers
du sein concerne le diagnostic histologique biopsique, l’analyse
des marges de résection, ainsi que l’amélioration des algorithmes
de décision pronostiques et thérapeutiques [125, 126].
Tableau 2 Principales études SELDI publiées dans le
domaine du cancer du sein.
|
Echantillons
|
Patients
|
Objectifs
|
Référence
|
|
Sérum
|
Cancer du sein versus patientes saines
|
Diagnostic précoce
|
[99, 102, 104]
|
|
Cancer du sein versus patientes saines BRCA-1 mutées
|
Risque prédictif
|
[103]
|
|
Cancer du sein chez les BRCA-1 mutées versus cancers
sporadiques
|
Diagnostic
|
[103]
|
|
Évaluation post-opérative des cancers du sein à haut risque
|
Pronostic
|
[109]
|
|
Cancer du sein traité par docetaxel
|
Modifications pharmacobiologiques
|
[113]
|
|
Plasma
|
Évaluation pré et post-opérative des cancers du sein localisés
après chimiothérapie adjuvante
|
Modifications pharmacobiologiques
|
[112]
|
|
Liquide d’aspiration mammelonnaire
|
Cancer du sein versus patientes saines
|
Diagnostic
|
[105]
|
|
Liquide d’aspiration d’un cancer du sein versus liquide
d’aspiration non cancéreux controlatéral
|
Diagnostic
|
[107]
|
|
Tissu tumoral
|
Cancer du sein localisé sans envahissement ggl Cancer du sein
localisé
|
Pronostic
|
[110]
|
|
Prédiction envahissement ggl
|
[111]
|
Conclusions – Perspectives
Ces résultats préliminaires démontrent les potentialités
diagnostiques, pronostiques et prédictives des approches
protéomiques en oncologie mammaire. Un certain nombre de protéines
ou de signature multiprotéiques candidates au statut de
biomarqueurs ont été proposées, qui doivent maintenant être
validées et/ou améliorées avant leur utilisation en pratique
clinique. Même si la route est encore longue, il est possible que
dans le futur, certaines de ces approches soient intégrées dans la
prise en charge des patientes en routine.
Cependant, le format exact de l’introduction des outils
protéomiques à la clinique reste difficile à anticiper. Une
application possible pourrait être par exemple la mise au point de
puces à protéines capables de détecter dans les tumeurs
l’activation de kinases ou de voies de signalisation susceptibles
d’être ciblées par les molécules thérapeutiques spécifiques
disponibles. Un autre champ d’application est bien entendu le
domaine du diagnostic précoce et de l’évaluation pronostique, dont
les retombées potentielles sont majeures. Avant que cette ère
n’advienne, un certain nombre de limites actuelles doivent être
dépassées. Elles tiennent à l’étendue, la dynamique et la
complexité du protéome, couplées à la complexité du processus
cancéreux. Les approches de protéomique, bien que rapidement
évolutives et innovantes, doivent donc connaître un certain nombre
de révolutions qualitatives avant d’être introduites en «
prime-time » dans le champ clinique.
Par exemple, malgré la sensibilité intrinsèque et le caractère
non biaisé a priori des approches en SM, l’accès de ces
technologies aux protéomes de faible abondance enfouis au sein
d’échantillons très complexes, tels que le sérum ou le plasma,
reste limité. Ceci est lié à la très haute gamme dynamique des
protéines présentes dans un échantillon biologique et la difficulté
à mesurer simultanément des quantités qui diffèrent d’un facteur
pouvant atteindre 1010. C’est pourtant parmi ces protéines de
faible abondance que se trouvent probablement les biomarqueurs
spécifiques. Parmi les approches développées pour contourner cet
obstacle, les stratégies de déplétion, d’égalisation ou de sous
fractionnement des échantillons sont en cours de développement.
Une autre limitation potentielle concerne la gestion du matériel
biologique à examiner. Les protéines étant hautement sensibles
à la dégradation, il est impératif que les échantillons cliniques
dédiés à l’analyse protéomique à visée de recherche soient
collectés, stockés et conservés dans des conditions prospectives
optimisées et standardisées, couplées au recueil d’informations
cliniques précises et complètes. La quantité du matériel
disponible est également une véritable question, puisque les
échantillons cliniques sont souvent de taille modeste.
Enfin, l’intégration des approches protéomiques aux autres
techniques de typage moléculaire des tumeurs (génomique,
transcriptomique, métabolomique, interactomique…) est probablement
essentielle si l’on souhaite approfondir mieux encore le
démembrement des mécanismes à l’œuvre dans les processus
biologiques complexes qui sous-tendent le développement des
cancers.
Conflits d’intérêts : aucuns.Soutiens et financements
Marine Gilabert est soutenue par une bourse de master ARC
(Association pour la Recherche sur le Cancer) 2008-2009
Anthony Gonçalves a bénéficié des soutiens suivants :
PHRC 2004 ; INCa, Projet libre 2005 ; Union européenne, FP6
2005, Projet OVCAD
Références
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and protein abundances in human liver. Electrophoresis 1997 ;
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